Quand Bollywood débarque sur le petit écran des Sénégalais !

Il y a deux ans de cela, le paysage audiovisuel sénégalais était dominé par les télénovelas sud américaines, séries à l’eau de rose qui permettaient à la gent féminine de rêver au prince charmant. Pendant plus d’une dizaine d’année, ces séries brésiliennes ou mexicaines ont accompagné le quotidien des Sénégalais. Tous les jours (sauf le samedi et le dimanche), vers 19h30, toute la famille, du moins les femmes, les adolescents et les enfants, se retrouvent devant leur petit écran pour suivre l’aventure amoureuse mouvementée de leur héroïne. Que ce soit Rosa la sauvage, Marimar, Sublime mensonge, Luz clarita, Muñeca Brava ou encore Barbarita, ces téléfilms ont tous eu un succès retentissant au point de marquer toute une génération. Mais toute hégémonie ayant une fin, les téléspectateurs ont relégué au second les télénovelas pour porter toute leur attention sur cette nouvelle vague venant d’Inde.

Je me souviens que, étant enfant, nous attendions avec impatience la diffusion des films hindous avec leurs histoires de sorcelleries, leurs danses folkloriques et surtout, les scènes de bastons interminables d’Amitabh Bachan. A l’époque, alors qu’il y avait encore des salles de cinéma, à chaque fois qu’un film hindou était à l’affiche, les salles étaient pleines à craquer. Aussi, connaissant l’intérêt que les Sénégalais portent au cinéma bollywoodien, et devant la médiocrité de plus en plus accrue des séries sud américaines, la 2STV (première chaine privée à voir le jour dans le pays) innove et propose un téléfilm qui va connaître un succès retentissant : Vaïdéhi. Différente des autres télénovelas, cette série hindoue s’est distinguée par son histoire plutôt originale, par son univers proche des réalités africaines et surtout du thème majeur : la place de la femme dans la société. Autre aspect important, le cinéma hindou est en général dénué de toute sexualité. Dans un pays encore attaché à ses valeurs culturelles et religieuses, les séries sud américaines étaient perçues par leurs détracteurs comme un moyen de pervertir la conscience des jeunes générations. D’ailleurs, pour ne pas heurter la sensibilité des téléspectateurs les chaînes de télévision sont obligées de censurer les scènes jugées un peu torrides. Mais avec les séries hindoues, aucun problème à ce niveau ; toutes les classes d’âge peuvent les visionner. Du coup, le feuilleton a eu un tel succès qu’il a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffré le reste des chaînes nationales. Maintenant que ce soit la RDV, la TFM (dernière née dans l’audiovisuel sénégalais) ou encore la RTS, chacune de ces chaînes a sa propre série hindou diffusée à des horaires diverses. Au total depuis la diffusion de la série Vaidéhi, quatre nouveaux feuilletons sont arrivés dans le paysage audiovisuel sénégalais. Ce qui laisse présager une longue aventure

Le phénomène Vaïdéhi : L’actrice Pallavi Kulkarni se souviendra pendant longtemps de l’accueil exceptionnel qui lui a été réservé le 26 janvier 2010 par des milliers de fans en délire. Invitée par la chaîne privée pour la finale de la série, l’actrice hindoue a pu jauger sa popularité auprès de ses fans. Depuis sa descente de l’aéroport jusqu’aux locaux de la 2STV la jeune actrice a traversé les rues de Dakar devant une foule conquise et heureuse de voir leur héroïne défiler devant leurs yeux. Jamais un tel accueil n’a été réservé à une personnalité depuis le retour des Lions du foot de la coupe du monde 2002. La série était tellement suivie par les téléspectateurs que les tailleurs ont vite fait de copier le modèle des habits traditionnels porté par les personnages féminins. Aussi, lors de la fête de Tabaski (l’Aïd al Kabir : fête du sacrifice du mouton), nombreuses étaient les femmes qui avaient arboré la copie des vêtements de leur héroïne préférée lançant ainsi une nouvelle mode. Jamais une série n’avait rencontré autant de succès au point d’influer sur les habitudes vestimentaires de ces demoiselles.

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Auteur·e

ameth

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