Justice populaire : des lynchages qui posent question

Justice populaire : des lynchages qui posent question

Place de la reconciliationAu voleur, attrapez-le ! Au voleur, attrapez-le ! La scène est classique à Bangui, si vous écoutez ce cri la nuit, osez sortir de votre maison et voilà à peu près ce à quoi vous assisterez: Une filature acharnée ; à la tête du peloton un homme filant comme une flèche lancée par des bras herculéens, poursuivi par une bande de braillards «Hommes, femmes, adolescents armés de gourdins, pierres ou machettes et un seul refrain aux lèvres »

-Au voleur, attrapez-le !

C’est un cri bien connu à Bangui ainsi que sur l’ensemble du territoire centrafricain. Dès qu’on l’écoute dans un coin de cette vaste cité placée par le bon Dieu en plein cœur de l’Afrique, les réactions ne se font jamais attendre. Ce cri déclenche pour ainsi dire toujours une course poursuite folle qui  fini presque toujours par un lynchage. Et de mémoire des valeureux habitants de ce pays, les cas de vol ne se sont jamais réglés autrement que de cette manière. C’est une coutume qui remonte dans la nuit des temps, un voleur est un sorcier et Dieu sait que la société n’a besoin ni de l’un ni de l’autre. Massacrer un sorcier ou un voleur n’a jamais été un crime, cela personne ne vous dira le contraire. A un moment de l’histoire du pays de Bokassa1er cette coutume avait même tacitement acquit force de loi, on a commencé par couper les bras des voleurs dans les commissariats, puis ce fut au tour de leurs oreilles de subir les mutilations. Ensuite quand il fallait adopter la démocratie, on a pensé que les policiers ne devaient plus s’occuper de cette besogne. Seulement  la justice populaire est  toujours là, souveraine pour frapper et éradiquer ce mal qui gangrène la société.

Une fois le voleur attrapé, il est généralement entouré par une horde d’enragés qui discutent son sort :

–Attendez, attendez amenons-le à la police vont tenter de s’interposer quelques modérés.

-Quoi ? La police ? S’emporteront les zélés, ils vont le mettre au frais pendant un bout de temps et le relâcheront c’est là qu’il viendra te voler pour te remercier.

De toutes les façons vont renchérir certains, on n’aura pas le temps d’arriver au poste de police que les gens rencontrés en cours de route lui auront fait sa fête, alors pourquoi ne le faisons pas nous-mêmes ? Comme s’il n’y’a que des femmelettes ici…Sur ce, c’est un nouveau refrain qui va s’élever dans la foule : Tuons-le, tuons le ! Les uns proposeront de lui faire boire du ciment et de le laisser partir, les autres de lui planter des clous dans la tête. Mais ce sont les « passeurs à tabac » qui auront le dessus. Quand ils finiront de l’achever, ils le laisseront là, inerte et si ses parents ont assez de courage pour venir chercher le corps en douce tant mieux. Sinon ce sont les forces de l’ordre qui débarrasseront le quartier du corps qu’elles feront enterrer par des prisonniers. Et fin de l’histoire…

Cela s’est encore passé  hier dans le 4e arrondissement de Bangui, cette fois c’est un homme d’une trentaine d’année suspecté de vol et lynché  mortellement par la population du quartier Fouh dans le 4e Arrondissement de Bangui. Abandonné sur les lieux par les justiciers populaires, la victime qui serait père de deux enfants a été récupérée clandestinement par les membres de sa famille ce matin selon la mairie du 4e Arrondissement.

Mais entre nous, de celui qui vole pour survivre et des gens qui le massacrent parce qu’il les dépouille de leur strict nécessaire qui est le bourreau et qui est la victime ? Franchement…

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