Avis de malaise social

Avis de malaise social

La France semble doucement sortir d’un mois et demi de mouvement social très particulier. Vu de l’étranger, peu ont compris que notre pays avait passé un cap en terme de dureté de la confrontation sociale. Malgré les appels au calme et un certain essouflement de la mobilisation sur une longue durée, une nouvelle fois, des centaines de milliers de personnes ont défilé, dans toute la France et les collectivités d’outre-mer. Que se passe-t-il vraiment en France?

Alors que le parlement a définitivement adopté la réforme des retraites, après des votes au Sénat et à l’Assemblée Nationale, la semaine dernière, 2 millions de personnes (530 000 selon la police) ont manifesté dans les 230 cortèges prévus dans le pays, ce jeudi 28 octobre.

Le passage de 60 à 62 ans de l’âge de départ en retraite, et à 67 ans pour un départ à taux plein a, selon les différents sondages, rencontré une opinion publique défavorable à 70%. C’est sur ce point précis que se sont dans un premier temps concentrées les centrales syndicales, à l’unisson pour demander une autre réforme des retraites.

Au fil des dates de rassemblement, des manifestations, le ton des contestataires s’est rapidement transformé. Cette mobilisation a en effet découché sur une cristallisation des mots d’ordre vers une critique ouverte du chef de l’Etat, symbolisé comme « président des riches ». Nicolas Sarkozy, élu président de la République il y a 3 ans et demi, connaît désormais une défiance jamais révélée pour un président en exercice. Le tout semble aujourd’hui avoir atteint une telle ampleur, qui, sans porter pas de nom, plane telle une ambiance générale sur le pays.

Un air de morosité

Vu de l’étranger, cette situation peut paraître incompréhensible voire abbérante, mais il existe un profond malaise au sein de la société française. La colère avec laquelle s’emploient les opposants en tout genre de M. Sarkozy, à s’en revendiquer et le faire savoir, rappelle les fixations passées sur certains chefs d’Etat, tels Georges W. Bush aux Etats-Unis ou Silvio Berlusconi en Italie.

Cette colère mise à jour mais non entendue, laisse une certaine forme d’amertume dans le pays. Le monde du travail est désormais furieux contre un pouvoir qui ne veut pas entendre l’ensemble des organisations syndicales, qui n’ont eu de cesse, pendant le conflit, de prôner le retour au dialogue.

Un dialogue également rompu avec les jeunes. Partout, et notamment dans les quartiers populaires, les lycéens ont tenu à montré leur solidarité avec le monde du travail en lutte. Parfois de manière brouillonne, ces mobilisation plus spontanées ont entrainé quelques tensions autour de différents établissements et au sein de certaines villes.

Une jeunesse abattue mais pas résignée

Cette jeunesse mobilisée, bien que critiquée, n’en est pas moins demeurée enthousiaste et lucide. Elle qui grandit avec la crise, sait que les temps vont devenir durs. Mais elle conteste, n’accepte pas l’ordre établi et ce qu’on lui offre comme avenir.

Dans les quartiers, ou le taux de chômage atteint jusqu’à 40%, cette mobilisation a parfois pris des formes violentes. Comme un reflet des conditions d’existence, tout une partie de la jeunesse n’arrive pas à y déployer ses ailes. Que d’étonant de voir, dans ces mêmes quartiers, l’abstention flirter avec les 70%, dans plusieurs bureaux. Les personnes qui y vivent sont délaissés, la crise les touche de plein fouet.

Chez les jeunes, les perspectives d’avenir manquent cruellement. L’insécurité, mise en avant médiatiquement, laisse la place à une insécurité sociale grandissante. Comment obtenir un premier boulot, un logement, des perspectives d’avenir?

Le climat de peur actuel met en exergue le sentiment raciste lattant. Les préjugés reprennent alors toute leur place, et un phénomène jamais vu de discrimination prend forme. Les structures sociales et les acteurs du vivre-ensemble, trop peu nombreux, sont débordés par toutes les situations rencontrées.

Le manque de confiance en la chose publique, le monde politique, médiatique a atteint un stade jamais vu jusqu’alors.

Si le mouvement de contestation sociale venait à se terminer de la sorte, un profond sentiment de dégout prendrait une place plus grande dans tout un pan de la société. Cela ne présage rien de bon pour les mois à venir.

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