Les filles UEMOA

Les filles UEMOA

Une heure trente minutes déjà à l’attendre ! Et les copains ont déjà appelé plus de dix fois, tout est prêt, il ne manque que nous. Et pourtant elle m’avait dit qu’elle passerait juste après la prière qui s’est achevée il y a plus de deux heures ! De quoi lui donner six gifles comme le fait un jeune président – très fort, paraît-il – aux vieux barons de son père qui l’entourent à la présidence de mon pays dont j’ai oublié le nom. Attendre une fille ! Celles-là qui chez moi sont prêtes à nous attendre par dizaines sous le soleil, bien que nous ne leur donnions rien – en espèces bien sûr ! Eh Allah, fasse que je retourne chez moi, dans la dictature familiale!

Souley mon meilleur ami rentre, dans un long boubou. Pieux muslim le jour de la Tabaski !

– Ah, le grand écrivain sans bouquins n’écrit pas aujourd’hui ! Il se croit sapé alors qu’il ne ressemble qu’à un instituteur retraité allant jouer au tiercé. Mon vieux, tu pars où comme cela le jour de la Tabaski, toi qui te dis chrétien et qui n’as ni Bible, ni Nouveau Testament, et qui n’es jamais allé, même en rêve, à l’église ?

– Je suis invité chez des amis musulmans et je dois y aller avec Mariam qui…

Il explosa de rire en se laissant tomber sur le lit à côté de moi.

– Tu l’attendras, ta Mariam, jusqu’au retour de Jésus et de tous les Saints qui paraît-il sont au ciel. Je t’ai dit de chercher une bonniche pour copine mais tu joues au grand play-boy alors que tu es plus laid que l’anus d’un mouton et plus pauvre que la sébile d’un mendiant noir de Paris. Ta Mariam est une fille UEMOA et elle est en train de tourner pour le moment dans la sous région. Ton tour va arriver tard. Très tard. Trop tard, mon vieux.

– C’est quoi cette histoire de fille UEMOA ? lui demandai-je en le regardant rire, ébahi.

– Eh bien, mon grand écrivain idiot, sache que beaucoup de filles d’ici pratiquent bel et bien l’intégration et la libre circulation des personnes et des biens d’en bas. Elles sortent simultanément avec des gars de tous les pays de l’UEMOA. Pour des intérêts différents. Les Togolais pour le chauffage de leur moteur, c’est-à-dire le choc, parce que tu sais que ça c’est notre spécialité, nos trucs-là sont bien durs, on nous met suffisamment d’eau chaude dedans pendant nos jeunes âges. Les Béninois pour la bouffe car la cuisine est la profession de prédilection des Béninois qui viennent ici, il paraît qu’ils préparent très bien et je me demande si ce n’est pas leurs gris-gris-là qu’ils mettent dans les plats parce qu’il ne faut pas blaguer avec ces sacrés voisins que nous avons. Les Ivoiriens et les Sénégalais pour l’habillement, tu n’ignores pas que les meilleurs brodeurs de ce pays et les patrons des plus grands salons de couture sont des Ivoiriens et des fois des Sénégalais, et ces filles se collent à ces tailleurs pour faire gratuitement des habits. Les Burkinabais pour le show en boîte de nuit et la bière parce que tu sais que ces échappés du désert qui se disent des hommes intègres ne savent rien faire à part boire et faire bombance en boîte. Les Nigériens pour leurs menus besoins de filles : montres-bracelets, colliers, autres parures… tu sais bien qu’il n’y a pas meilleur commerçant que ces Nigériens, les médjiras comme on les appelle chez nous, qui s’obstinent à multiplier par zéro tous les efforts de l’Unesco qui se tue chaque jour à leur demander d’étudier, ces sacrés petits foulanis que Mamadou Tandja avait voulu dissoudre après avoir dissout toutes les institutions de son pays pour s’accrocher au pouvoir. Les Maliens pour les chèques, comme c’est ce que valent ces vieux puceaux des bords du Djoliba qui se croient galants, bourrer les nanas de billets de banque sans même oser vouloir connaître la couleur de leur petite culotte. Mon vieux, tu vois donc ce qu’est une fille UEMOA. Elles font circuler librement tous les garçons de l’UEMOA sur leur territoire. Eh bien, c’est ce qu’est ta Mariam. Et aujourd’hui jour de fête, elle doit accomplir des missions dans tous ces pays de la sous région ouest africaine. Et si tu es vraiment intelligent, tu dois deviner ton rang ! Elle doit d’abord passer chez son gars malien pour le chèque, ensuite chez l’Ivoirien et le Sénégalais pour ses habits, puis chez le Nigérien pour les parures, avant de passer au restaurant chez le Béninois pour manger, partir après en boîte avec le Burkinabais. Elle ne viendra chez toi aujourd’hui qu’autour de deux heures du matin, pour se faire pointer. Mon vieux, va te déshabiller et garde ces habits pour les funérailles des hommes politiques de notre pays parce que j’ai rêvé cette nuit qu’ils vont tous mourir bientôt. Va reprendre ton vieil ordinateur et tes brouillons-là que même les mendiants les plus crasseux de ce pays n’accepteront pas pour se torcher le cul. Tu occupes, dans le programme de la fille UEMOA, la dernière place comme ta brousse de pays dirigé par des broussards, dans la sous région… Ah, si tu veux une bonne, je peux t’en chercher. Deux cents francs pour lui acheter une bouteille de coca et tu tires un coup bien sec. Qui dit mieux !

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