« Ya ya, si si, ciao ciao, ciao… »

« Ya ya, si si, ciao ciao, ciao… »

Plans spéciaux, RPM, recharges… Les péruviens courent après un temps de parole encore cher et précieux et sont les champions de la conversation express : tout dire en moins d’une minute ! « Hola, donde estas ? Ya pue vienes. Ya, ya listo. Si si ciao ciao ciao… » Voilà une conversation typique sur téléphone portable au Pérou. Les péruviens sont devenus addict et le dégaine à tout moment pour confirmer ou infirmer un plan, il faut dire qu’ici ils changent tout le temps. Mais point de bavardage. A 50 centimes la minute (monnaie locale) il faut réussir à tout dire, le plus rapidement possible. Résultat ? On hurle, personne ne comprend rien, on est obligés de rappeler…Amour-haine avec un outil technologique qui a révolutionné le quotidien. Et est devenu une vraie dépendance. Ici, on n’éteint pas son téléphone la nuit. « Et si ?… » Il faut être joignable. Et si ça sonne, peu importe qui, on répond. On ne sait jamais. Idem dans les taxis ou « micro » où les usagers s’empilent. Si le portable sonne, on se tortille et tortille toute la file avec soi pour hurler dans son téléphone « ya ya ya, si si si, ciao ciao, ciao… ». L’autre jour, au cinéma, une petite mamie s’est lancée dans une conversation de plusieurs minutes. Quelques « chut » discrets. Il a fallu que je me lève et la menace d’un doigt vengeur de couper court pour qu’elle finisse par renoncer à son interlocuteur « ya ya si si ciao ciao ciao ».

Dans notre plantation, il y a un an et demi de cela, les voisins hurlaient d’un mont à l’autre pour s’inviter à une partie de volley ou annoncer le déjeuner. « On émettait des signaux de fumée », rigole-t-on grassement. Ou l’on grimpait sur la colline avec la meilleure réception baptisé « Locutorio » comme ces cabines dans les rues où l’on peut passer un appel pour quelques sous. C’est là que nous avons rencontré hier soir, la nuit bien tombée, l’un des oncles exhibant en offrande à la lune son mobile dans l’espoir de capter. Il n’a pas de chance, il habite dans le creux d’une vallée. Ceux qui sont en hauteur, à condition de renoncer à tout gadget (appareil photo, accès Internet qui rendent les téléphones élaborés inopérationnels dans cette jungle) profitent des toutes nouvelles antennes et inondent la plantation de leur « ya ya si si ciao ciao ciao ». Au revoir les signaux de fumée, bienvenue la sonnerie Movistar.

Car, ici, à part les jeunes et leur frivolité, personne ne sait exactement comment personnaliser son mobile. Presque tous ont la même sonnerie, celle préréglée à l’achat. Et chaque fois qu’un portable sonne, toute la famille ou le bus sursaute. Tutututu tutututuuuuuu sur un air de tango digital languissant…

Autre spécialité, personne ne sait à quoi sert le répondeur. Ah on peut laisser un message? » Mais oui quand la petite voix annonce « deja un mesaje en la casilla de voz »… Ici, on coupe court, rageur, et on rappelle, jusqu’à dis fois de suite, « il doit être sur sa moto et ne pas entendre… » Ne pas avoir envie de répondre ? Personne n’y songe. Qu’on sorte de la douche, qu’on coupe un arbre à la machette, qu’on risque un accident de la circulation, il faut répondre. « Ya ya si si ciao ciao ciao … »

C’est que si c’est à vous de rappeler c’est à vous qu’il en coûtera. Et dans la jungle des plans tarifaires, il est rare de trouver un client qui a tout le loisir de papoter… 50 centimes la minute au tarif unique (valable pour les deux opérateurs Claro et Movistar). Plans promos à activer qui vous donneront des minutes additionnelles pour votre opérateur et les fixes, d’où la question récurrente : « T’es Claro ou Movistar? »

Mieux vaut bien choisir votre camp selon la zone de réception et l’opérateur de la famille et des amis au risque de vous voir sermonner en guise de « bonjour » d’un « oui c’est machin, bon j’ai pas de crédit et t’es Claro alors dis moi… ya ya si si ciao ciao ciao… ».

Le plan en or c’est le RPM comme Red privée Movistar (car, oui, j’ai choisi mon camp). Ici on signe un contrat, on dépose une caution, on s’engage sur 6 mois au moins sans possibilité de changer son plan tarifaire et on paie chaque fin de mois. 19 dollars pour 200 minutes Movistar et fixes qui s’effondrent si on a le malheur de passer à l’ennemi (appeler un Claro) et… appels illimités à tous les autres RPM.

Illimités comme dans papoter, prendre le temps, parler posément, amoureusement, clairement… Juste en demandant le numéro RPM: # suivi de 6 chiffres qui n’ont évidemment rien à voir avec votre numéro de portable classique. Comme un code secret pour accéder à un horizon de félicité téléphonique possible avec… le vendeur de téléphone, le comptable, le cousin geek, le fonctionnaire Bidule. Tous les autres ayant une allergie prononcée au mot « contrat ». Le RPM n’est encore qu’un outil de travail. Et un luxe de Liméniens, les branchés de la capitale, qui, eux, ont leur I Phone ou BlackBerry et chatte sur MSN tout la journée.

Mais, vous êtes dans la jungle, la vraie, alors assumez ! D’autres, et ils sont nombreux, n’ont que le téléphone satellite et le bouche à oreille du village pour communiquer.

Une fois vos minutes épuisées, impossible de payer un hors-forfait, ça n’existe pas. Vous pouvez alors au choix passer les derniers jours du mois au téléphone avec le cousin geek et le comptable (illimités, on vous rapelle) ou recharger en crédit à un tarif plus élevé que les recharges classiques (le privilège d’être un bon client) et repasser au mode « ya ya si si ciao ciao ciao ». En attendant mieux.

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