Chiffres bidons, fabricants chinois, opérateurs français: bienvenue au Cameroun!

Chiffres bidons, fabricants chinois, opérateurs français: bienvenue au Cameroun!

Photo: Issouf Sanogo (AFP)

Chronique rédigée dans un bus lancé à pleine vitesse sur l’axe Yaoundé-Douala, alors que j’avais les fesses ankylosées et la tête coincée entre l’énorme poitrine d’une mémère et la vitre sale. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça, peut-être parce que l’agence de voyage en question se fait appeler Confort Voyages.

Il y a quelque temps, j’ai reçu un tweet (prisonnier de mon temps hein?) énumérant les chiffres d’une analyse menée par une société de com. Selon celle-ci, le nombre d’abonnés mobiles africains aurait dépassé les 500 millions en septembre dernier. Je ne mets pas en doute ce chiffre, mais vous savez, avec le conditionnement socio politique que je subis au jour le jour, j’en suis arrivé, comme tout camerounais sensé, à me méfier des chiffres.
Il faut dire que chez nous au pays de Samuel Eto’o, les politiques ne font pas amis-amis avec les chiffres, même lorsqu’il s’agit de téléphonie mobile. L’opérateur MTN déclarait récemment avoir atteint le cap des 4 millions d’abonnés, Orange Cameroun des cousins gaulois a déclaré ne rien avoir à déclarer, et l’Etat, se basant sur une opération qui relève plus de la divination que d’une quelconque addition évalue le nombre d’abonnés mobiles à environ 9 millions d’utilisateurs.
Au milieu de cette cacophonie, je me suis demandé où le cabinet Informa T & M est allé prendre ses chiffres concernant le Cameroun. Je me le suis demandé jusqu’à ce que la mémère me presse le cerveau et en extirpe une idée : en réalité, ici au pays des « Grandes ambitions » le téléphone est la technologie du monde la mieux partagée, il n’ya qu’à observer la société autour de soi. Un ami me faisait remarquer il ya quelques temps que le Village de E. était sûrement l’endroit de ce pays où le nombre de téléphones au mètre carré est le plus élevé. Pas parce qu’il s’agit d’une Sillicon Valley tropicale, mais à cause du fait que ce petit village de quelques centaines d’habitants est devenu tristement célèbre il ya quelques années à cause du nombre dangereusement élevé d’accidents de la route mortels survenus dans ses parages. Les villageois, toujours les premiers sur les lieux, se sont transformés en dépouilleurs de cadavres, et que croyez vous qu’ils découvrent sur la majorité des dépouilles? Des téléphones !!!
Histoire ou blague macabre, je le conçois, mais même les braqueurs et autres cambrioleurs ont compris le truc ! Lorsqu’ils entrent ils chez vous, ils ne sont jamais surs de trouver téléviseurs, argent ou bijoux, alors leur premier réflexe est de vous crier : « les mains en l’air, les téléphones par terre! »
Hé oui ! si les paysans d’E. les braqueurs et toute cette engeance stupide ont pu comprendre que le taux de pénétration du téléphone était plus grand que celui de la télévision ou de la radio, difficile de croire que les experts de Informa T & M ne s’en soient pas rendu compte. A moins que ces derniers n’aient fait comme certains agents du dernier recensement général de la population : s’asseoir à la terrasse d’un bar devant une bière glacée et compter les passants…
Déplorons néanmoins le fait suivant: dans ce processus de mondialisation de la communication mobile, les africains occupent une fois de plus le mauvais rôle, celui de « donneur » : on brade (ne me parlez pas de vente !) le coltan sans lequel, pas de téléphone, les chinois fabriquent lesdits téléphones, les émiratis les importent et les montent, les français d’Orange et les Sud-Africains de MTN se sucrent grâce aux sociétés de téléphonie et les Camerounais ? Ils consomment.
La triste consolation, notre concitoyen la trouve lorsqu’il contemple son NNOKKIA (sic) tout-en-un avec écran tactile et design imitation iphone. Il est vrai que les chutes lui sont fatales tout comme les averses soudaines, mais que voulez-vous ? Au prix où on l’achète faut s’attendre à aucune garantie.
Comme le dit un proverbe chinois : Qui fait l’âne ne doit pas s’étonner si les autres lui montent dessus.

À propos de l'auteur

Florian Ngimbis

Florian Ngimbis s’est fait remarquer en remportant le Prix du Jeune Ecrivain de langue Française 2008. Ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs recueils et revues littéraires. Documentaliste diplômé de l’ESSTIC de Yaoundé, community manager et écrivain, il blogue à ses heures trop souvent perdues. Il vit à Yaoundé au Cameroun. Le blog Kamer Kongossa a été primé en 2012 lors des prestigieux Deutsche Welle Blogs Awards (The Bob’s) dans la catégorie « Meilleur Blog Francophone »

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