Un espion franchouillard en Allemagne

Un espion franchouillard en Allemagne

Les comédies d’espionnage OSS 117, bien connues dans l’Hexagone, n’ont jamais eu droit à une sortie sur les écrans allemands. La semaine du cinéma français à Berlin rétablit, l’espace d’une soirée, cette injustice. Rencontre avec le réalisateur Michel Hazanavicius et son actrice, Louise Monot.

OSS 117, un espion franchouillard, gouailleur, le sourcil en accent circonflexe, est bien connu du public français. Dès le premier film, OSS 117 – Le Caire nid d’espions, l’acteur Jean Dujardin fait merveille dans la peau du cette délicieuse caricature de James Bond. Le second film, OSS 117 – Rio ne répond plus, n’a pas déçu son public friand des blagues politiquement incorrectes et du chauvinisme exécrablement drôle d’Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, le « meilleur agent français ».

Le public cinéphile allemand a pu découvrir OSS 117 – Rio ne répond plus lors de l’ouverture de la semaine du cinéma français à Berlin. Une occasion unique, car l’espion français n’a jamais eu droit à une sortie dans les salles d’Outre-Rhin. « Mais le DVD sort en juillet 2011 en Allemagne », souligne tout de même le réalisateur du film, Michel Hazanavicius. « Les comédies françaises ne s’exportent pas bien, poursuit-il. A l’étranger, on veut du cinéma d’auteur français. Le film français est presque devenu un genre en soi : ce sont des films un peu bavards, qui parlent d’amour, dans une tonalité « posée »… »

Le cinéaste, arrivé la veille à Berlin, se dit décontracté devant son public allemand, bien que le film joue avec les clichés nazis et n’hésite pas à caricaturer nos voisins germains, à la grande manière française, type Grande Vadrouille ou Papy fait de la résistance. Rudi Vogler, le célèbre acteur allemand qui incarne le méchant nazi prêt à occire notre espion national, a même fait savoir à Hazanavicius que « jouer l’Allemand dans un film français, c’est déjà pas terrible. Jouer l’Allemand dans une comédie française, c’est encore moins flatteur. Mais jouer le nazi dans une comédie française, c’est vraiment pire que tout ». « Le film ne prend pas au sérieux cette époque-là », raconte le réalisateur. « Je serai ravi qu’aujourd’hui, les Allemands cessent de traîner cette culpabilité si lourde vis-à-vis du nazisme ».

D’ailleurs, le film n’épargne pas les mythes gaullistes d’après-guerre. « Les critères de la démocratie ont changé », affirme Michel Hazanavicius, « aujourd’hui, on prendrait la France des années 60 pour une dictature. Ca me fait rire de mettre les pieds dans le plat. C’est fou qu’on vive encore sur ce mythe gaulliste ».

Michel Hazanavicius et Louise Monot après la projection du film, à Berlin

La critique du chauvinisme, dans le film, revient à Louise Monot, qui incarne une espionne israélienne féministe et sexy, et met des revers aux blagues machistes d’OSS 117, tout en se moquant ouvertement de la France gaulliste. « Un rôle à la James Bond girl, une fille moderne pour son époque », dit l’actrice. Louise Monot est d’ailleurs l’héroïne d’une comédie romantique du réalisateur américain Jeremy Leven qui sortira en Allemagne en 2011. Le film a été tourné au célèbre Bavaria Film Studio, à Munich. « Ma mère est allemande », dit l’actrice en riant, « mais je parle très mal la langue. »

Y aura-t-il un prochain OSS? « Ce n’est pas exclu », répond Michel Hazanavicius. « Mais il faudrait que j’en ai vraiment envie ; sinon, j’aurais l’impression de ronger le même os. Il faut que je vieillisse, et que Jean (Dujardin) vieillisse un peu… que je puisse faire de lui un vrai vieux facho dégueulasse! Un vrai film décevant – j’aimerais bien faire ça« .

Pour le moment, le réalisateur aux envies multiples ne souhaite pas se limiter au seul genre de la comédie. « Je suis en plein montage d’un film muet en noir et blanc avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman et James Cromwell. J’ai envie de faire des choses toujours différentes ».

Michel Hazanavicius semble maîtriser l’art de la surprise, au cinéma comme dans la vie. Nous partons tous dîner dans un petit resto de Charlottenburg appelé comiquement « Bond » – mais le cinéaste s’éclipse en taxi pour revenir une heure plus tard… le visage couvert par un extraordinaire masque de vieil homme, qui semble plus vrai que nature.

Alors, il est pour quand, ce vrai film décevant? Une telle promesse n’est pas facile à remplir. Je trépigne d’impatience…

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