Alima, lesbienne à Ouagadougou

L’homosexualité existe bien en Afrique. Au Burkina Faso, on retrouve une communauté qui tente de vivre sa différence malgré  une certaine hostilité. Alima, c’est le nom que nous lui donnons, en fait partie. Cette lesbienne âgée de 44 ans a découvert sa tendance depuis l’âge de quatorze ans et assume pleinement sa situation.

Comment avez-vous compris que vous étiez lesbiennes?

Alima : C’est depuis mon enfance que j’ai compris cela. Vers l’âge de douze ans j’étais attiré par la femme. Je dirais plutôt par que c’est la beauté féminine qui m’attirait. A l’époque, je n’avais naturellement aucune notion sur la sexualité. Pour moi, c’était juste de l’amusement. Je me sentais bien en étant en contact avec les femmes. On faisait tout, sauf pensé à la sexualité. C’est vers l’âge de quatorze ans que les vraies choses ont commencé. Ça été vraiment une attirance sexuelle que je ressentais. J’ai pu avoir une première copine à cet âge là et c’est avec elle que je commencé.


Le Messager d’Afrique: En découvrant votre tendance. Cela ne vous a-t-il pas paru bizarre ?

Alima : Oui. En observant autour de moi je savais que c’était quelque chose qui était totalement différent. Je voyais mes frères, mes sœurs, mes amis, tout le monde était dans une relation hétérosexuelle. Mais ça ne me disait rien du tout. Je me rappelle qu’au même moment ou j’étais attiré par les femmes, il y’avait des hommes qui venait vers moi. Ils me faisaient la cour pourtant ils ne m’attiraient pas. C’était un peu dérangeant. Il y’avait une sorte de dualité. Mais l’autre coté était plus forte. Je me sentais bien quand j’étais avec une femme plutôt qu’avec un homme.

Le Messager d’Afrique: Donc les hommes ne vous attirent pas ?

Alima : Je peux dire non. Nous sommes dans une société où l’homosexualité est mal vue. Et nous sommes obligés de nous cacher derrière des hommes pour pouvoir vivre dans notre société. Sinon, ce n’est pas une attirance en tant que telle.

Le Messager d’Afrique: Est-ce que c’est votre cas ?

Alima : Oui c’est mon cas depuis très longtemps. Je me sentais bien avec les femmes mais les « Qu’en dira t- on » étaient tellement forts que j’acceptais les avances des hommes pour me cacher derrière eux pour que ça ne se voit pas.

Le Messager d’Afrique: Est-ce que cela signifie que vous ne ressentez aucun plaisir lorsque vous faites l’amour avec un homme ?

Alima : Non. Moi particulièrement Non. Ce n’est même pas la peine! Pourtant, j’ai un vagin comme toutes les femmes, j’ai des trompes comme toutes les femmes. Ça veut dire qu’un homme peut coucher avec moi au lit. Pourtant, quand on un homme couche avec moi, c’est moi je donne. Alors que l’amour, c’est donner et recevoir. Si tu fais l’amour et que tu donnes sans recevoir, ce n’est pas la peine. Dans l’hétérosexualité, la femme lorsqu’elle ne reçoit pas, elle fait semblant, parce qu’on lui donne quelque chose (Ndlr le matériel). La majorité de mes copines sont des hétérosexuelles. J’ai même des copines qui ont des enfants mais elles comprennent que leur relation n’est pas vraiment ce qu’elles espèrent. L’amour vrai n’attend rien en retour. Lorsqu’on prend un temps à donner quelque chose, c’est donner avec la joie. Ce n’est parce que je suis avec une femme que je suis obligé d’aller payer une dot? Chez nous ça n’existe. La base, y est déjà: l’amour.

Le Messager d’Afrique:Quelle a été la réaction des parents quand ils ont appris que vous étiez lesbiennes ?

Alima : Mon papa ne savait. Ma maman l’a appris très tard et elle est décédée par la suite. Elle n’a pas eu le temps de réagir. Mes deux parents sont donc décédés. Ils ne savaient. J’ai passé tout mon temps dans la cachette. Je savais que s’ils l’apprenaient ce ne serait pas bien parce qu’ils sont de religions chrétienne. En fait, c’est Association raëlienne des minorités sexuelles (ARAMIS) qui m’a emmenée à ne plus avoir peur, à pouvoir m’exprimer librement.

Le Messager d’Afrique: Comment faites vous pour savoir qu’une personne est de la même tendance sexuelle que vous ?

Alima : Effectivement nous sommes dans une société où la majorité est hétérosexuelle. C’est un ressenti pour mon cas. Je prends le soin d’observer la personne qui m’attire. J’essaie de voir si une relation peu marcher entre moi et cette personne avant de m’engager. Très souvent, ça marche. Mais comme toute relation amoureuse, il y a des échecs et des réussites. C’est comme ça aussi. Sinon, il n y a rien d’extraordinaire, comme pour dire que lorsqu’on voit une personne homosexuelle dès le premier coup d’œil on le reconnait. Non. Ce n’est pas comme ça. Ça commence par l’attirance. Quand tu voies qu’une personne te plait, tu essais de lui faire comprendre cela. Si elle te comprend et qu’elle t’accepte, c’est la joie totale. Sinon, ce n’est écrit derrière personne qu’il est homosexuel ou pas.

Le Messager d’Afrique: Quand on se met à votre place, quel regard a-t-on des hétérosexuels ?

Alima : Les homosexuels sont nés de l’union d’un couple hétérosexuel. Je suis la réussite d’une relation hétérosexuelle bien appliquée. J’ai été d’abord conçue… j’ai fait neuf mois dans le ventre d’une mère, je suis sortie victorieuse, cela veut dire que je ne suis pas mort-née. J’ai reçu une éducation de la part des hétérosexuels. La seule différence, c’est que je ne suis pas comme eux. Nous les considérons comme nos pères, comme ceux là qui nous ont générés. Ce sont eux qui nous refusent sinon nous reconnaissons que nous venons d’eux et nous leur devons du respect. Eux ils ont de l’hostilité, de la discrimination, des jugements envers nous. On ne peut obliger quelqu’un à avoir la même sexualité que vous. Dans la nature, il y a tellement de diversité qu’on ne peut pas s’appesantir sur l’hétérosexualité.

Le Messager d’Afrique: On sait bien que le pape, et partant de là la religion en générale, est opposé au mariage homosexuel. Qu’est ce que vous pensez de cette opposition du Vatican?

Alima : Je pense que le mariage est l’union entre deux êtres. Pas forcement différents. Deux êtres de même catégorie peuvent s’unir tout comme deux êtres de catégories différentes. Dans le cadre de la sexualité, deux personnes de même sexe qui se sentent bien peuvent choisir de rester ensemble. De nos jours on voit bien que deux hommes qui se sentent bien ensemble s’associent pour créer une entreprise. C’est vrai que ce n’est pas la sexualité. Ils ont des affinités communes, ils font des choses ensemble. Donc, si deux personnes se sentent bien dans leur peau, on ne doit pas leur empêcher d’être ensemble. Dans la société actuelle, on n’a pas besoin du pape, des parents ou d’une quelconque loi pour dire qu’on veut être ensemble. Le reste, c’est du papier, c’est rien du tout. Ça ne sert à rien. Que ce soit au niveau de la religion, de la loi, on a pas besoin d’un maire ou d’un pape pour prouver qu’on s’aime. Il y a plein d’homosexuels qui se marient chaque jour que Dieu fait. Au moment où je vous parle, il y a deux qui se mettent la bague au doigt. Ils n’ont pas besoin d’église, ils n’ont pas besoin de témoin. C’est ça, le vrai mariage. Le reste, c’est pour montrer aux autres… Il n’y a qu’à voir le nombre de divorce qu’on enregistre par jour.

Le Messager d’Afrique: Dans la société actuelle, l’homosexualité est jugée contre nature…

Alima : Ceux qui disent cela ne connaissent même pas la nature. Dans le monde, il y a plus de 400 milles espèces animales qui pratiquent l’homosexualité. On dit que c’est contre nature, pourquoi dit-on que c’est contre-nature et moi je peux me trouver dans cette nature et pratiquer quelque chose contre? Ce n’est pas possible! C’est tout à fait paradoxal. Rien ne se perd rien ne se créé, tout se forme et je pense que tout ce qui se passe sous ce soleil a toujours existé, ça existera toujours et ça devrait exister. L’homosexualité fait parti de la sexualité que ce soit avec les animaux ou les humains. Ceux qui disent que ce sont des lois contre nature, je leur dit qu’ils ne connaissent pas leur nature. L’homosexualité est pratiquée par les animaux. Demandé aux bergers, ils vous diront. Chercher, vous trouverez. Je pense qu’il faut chercher à comprendre

Le Messager d’Afrique:Comment se passent les relations sexuelles entre deux femme?

Alima : D’abord, il faut comprendre le terme faire l’amour. Il faut savoir faire la différence entre «baiser» et «faire l’amour à quelqu’un».« Baiser une femme », c’est autre chose: on voit un pénis rentré dans une matrice en train de cogner comme si on pilait du fonio. Mais « faire l’amour », c’est prendre le temps, de regarder la personne de la tête jusqu’aux pieds, de le toucher, de la ressentir, de lui apporter ce qu’on  a de meilleur. Donc, dans la relation homosexuelle entre femmes, la majorité n’a pas besoin d’une bite. Nous nous célébrons le vagin. Tout le corps de la femme est célébré entre deux femmes qui s’aiment. Chez les hommes par exemple, c’est le pénis qui est célébré. Donc, il n’y a pas à se demander comment cela se fait. Chaque amour qui est fait dans le lit ou ailleurs, est une œuvre d’art. Bakary ne fera pas l’amour de la même manière que Ousmane. Chaque fois, même si c’est avec la même personne, il y a toujours une différence. Seulement, si vous n’avez pas la conscience de l’acte que vous posez, vous la faites de façon mécanique, ça devient une routine et ça passe. Chez nous, il n’y a pas d’intérêts. J’ai un corps de femme, elle a un corps de femme. On se donne. Alors que l’hétérosexualité est basée sur l’intérêt : tu es une femme, je suis un homme, donc tu peux m’apporter quelque chose. Et si tu es bien « calé », tu peux m’apporter de l’argent. Chez nous, c’est l’amour qui prime. Même l’intérêt de faire des enfants, ça vient plus tard.


Le Messager d’Afrique: Alors n’avez vous pas envie de faire des enfants ?

Alima : Je dirais que nous nous ne sommes pas obligés d’avoir des enfants. Quand vous regarder dans la nature, il y a un moment pour faire des enfants et un moment pour se procurer du plaisir. C’est le côté plaisir que nous choisissons sans intérêt.Tous les enfants du monde sont nos enfants. On n’est pas accroché … à savoir que l’enfant qui sort de moi, c’est lui qui est forcement mon enfant. Même si la loi nous refuse d’adopter des enfants, pour le moment, ce n’est pas notre problème. La société nous forme à être possessifs. Nous sommes dans une société de l’avoir. Quand un enfant n’est pas sorti de toi, on a tendance à dire que qu’il n’est pas le tien. A notre niveau, l’enfant de mon frère, l’enfant de ma sœur, je peux le traiter comme si c’était mon propre enfant. Il n’y a pas de problème. Peut-être que d’autres homosexuels auront ce problème, sinon, nous sommes des gens hautement spirituelles. L’avoir ne nous dit rien. C’est vivre, c’est aimé. C’est se sentir bien sur terre. C’est ça pour tout homosexuel.

Le Messager d’Afrique:Vous dites que vous cacher derrière quelqu’un. Est-ce que l’homme avec qui vous êtes sait que vous n’êtes pas hétérosexuel ?

Alima : Il y a parfois que cette personne le sache, comme il y a des cas ou il ne le sait pas. C’est comme n’importe quelle autre femme qui à un copain et puis derrière, elle en a d’autres, les petits pompiers, c’est pareil. Si tu sais ce que si tu dis la vérité à la personne, il ne va pas aimer, tu ne le dis pas Mais si tu sais que la personne épouse cela, il n’y a pas de problème. J’ai eu la chance d’être avec des hommes qui m’ont compris et qui ne me dérange même pas.

Le Messager d’Afrique: Vous êtes minoritaires, comment vous faites pour vous retrouvez entre homosexuel? Vous vous connaissez tous ?

Alima : Je n’ai pas cherché à savoir s’il y avait un groupement d’homosexuels. Je me suis dis que ça ne pouvait pas exister. Moi, les copines que j’ai connu, elles ne venaient pas de ces associations. C’est après que j’ai connu le mouvement raëlien, une philosophie qui accepte les homosexuels tels qu’ils sont, en tant que des êtres humains. Je trouve ça génial. Je pense que que je ne peux pas m’exprimer dans une religion qui m’est hostile. On m’accepte parce que je dépose mon argent dans le panier mais on ne m’accepte pas dans mon intégralité. Je sais que je ne peux pas être chrétienne mais je peux être raëlienne parce que les raëliens ont compris qu’être homosexuel, on ne désire pas cela dans le ventre de sa maman. On n’a pas choisi de l’être, on est venu trouver que c’est comme ça.

Le Messager d’Afrique:On dit que ce sont les personnes riches qui sont homosexuels. Peut-on le dire pour votre cas ?

Alima : Moi également, j’entends parler de cela. Mais c’est peut-être lié à la propreté. Deux femmes qui se retrouvent rentrent, l’une et l’autre, dans leur intimité. Pour cela, il faut qu’elles soient vraiment propres. Les hommes n’ont qu’un seul objectif, c’est plongé la dedans (Ndlr, le sexe de la femme) et ressortir. Alors que nous vérifions tout de la tête aux pieds. Si tu n’es pas propre, tu n’es pas la bienvenue. Peut-être que c’est lié à cela. Nous aimons tout ce qui est produit cosmétique, tout ce qui est propre. Sinon, les deux ne vont pas de paires. Pour avoir de l’argent il faut travailler. Ce n’est pas sexualité qui apporte la fortune. Ce n’est pas vrai.

Le Messager d’Afrique: Ailleurs, en Europe, il y’a des luttes pour que l’homosexualité soit légalisée. Au Burkina, ce n’est pas le cas. Les gens se cachent toujours…

Alima : On n’a pas besoin que la loi confirme un mariage. Nous sommes dans une société il y a qui sont privilégiés. Si vous remontez dans l’histoire, vous constaterez que l’homosexualité a toujours existé et était bien vue. Comme la vie est une roue qui tourne, l’hétérosexualité a été popularisée et l’homosexualité a été réduite. Nous sommes toutes des êtres humains. Alors que je décide d’aller avec une femme ou un homme, c’est ma vie, c’est mon droit et on doit ne pas me priver de cela. Je dois avoir les droits comme tout citoyen. Je pense qu’en Afrique ici, il faut un temps pour préparer les gens à pouvoir accepter cela. Ça va venir petit à petit.


Le Messager d’Afrique: Comment êtes vous arrivés dans le mouvement raëlien?

Alima : J’ai connu ce mouvement au cours d’une conférence. J’ai compris leur message et ça m’a plus et ça me convenait. Après ils ont crée l’association sans savoir même que j’étais lesbiennes. Comme la lutte se menait sur le continent, le leader de ce mouvement a décidé de créer cette association pour permettre aux homosexuels de se retrouver, à mieux vivre et à apporter les la lumière à ceux qui ne nous connaissent pas.

Le Messager d’Afrique: Qu’est ce que le mouvement raëlien ?

Alima : C’est mouvement athée qui croit en l’existence des extras terrestres (…). Si on commence maintenant, on ne pourra pas finir. Ceux qui veulent bien nous connaitre, qu’ils passent chaque dimanche à partir de 10 heures à la cité AN II villa 111. C’est le siège du mouvement à Ouagadougou. Certains pensent qu’un homosexuel est un obsédé sexuel. C’est différent. Moi je ne tombe pas sur n’importe quelle femme. Il faut qu’il y ait une attirance. Vous pouvez avoir une lesbienne parmi vous pendant longtemps sans qu’elle ne vous fasse de proposition tant que vous ne l’attirez pas. Ce n’est pas une obsession mais plutôt une attirance. Je demande aux gens de s’informer, de fouiller partout pour bien nous connaitre.

Le Messager d’Afrique:Pourquoi les homosexuels ne cherchent pas devenir hétérosexuels ?

Alima : Parce que l’hétérosexualité a perdu tout son sens. Tout est basé sur l’intérêt. Je t’aime donc on doit se marier. Je t’aime donc il faut que tu m’achètes des bijoux. Je t’aime donc tu dois m’acheter un pagne. Le sens de l’amour est perdu dans l’hétérosexualité de sorte que la fille qui a duré dans l’hétérosexualité lorsqu’elle a des relations avec une lesbienne, elle ne veut plus retourner à son ancien statut.

À propos de l'auteur

Boukari Ouédraogo

Boukari Ouédraogo est journaliste multimédias et blogueur burkinabè passionné des nouveaux médias, du cinéma et du sport. Il blogue depuis 2009 pour le compte de Mondoblog.

Archives par auteur

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *