La Fièvre du Samedi soir

La Fièvre du Samedi soir

Des John Travolta en bonnets et ponchos ? Parfaitement. Même si les « papachos », défenseurs de la culture inca, continuent de sautiller sur les rythmes folkloriques traditionnels, leurs petits-fils ont la fièvre. Coumbia, reggaeton, perreo, Un Autre Pérou, a enquêté dans les effluves des boîtes de nuit.Avant d’arriver au Pérou, j’en avais une image de carte postale, figée dans le temps : un paysan buriné, chaussé de son bonnet en poils de lama, flûte au bec, et poncho pour les grands froids. Cette image est vraie, elle appartient toujours au Pérou traditionnel, celui de l’Altiplano: des familles de paysans qui vivent dans des maison de pierres soufflées par les vents, de leurs quelques terres et de l’élevage de leurs « cuy », petits hamsters galopants regroupés à même le sol de la cuisine.

Mais dans les grandes villes, Lima, la capitale, Huancayo, la moderne, Arequipa, la classique, Cusco, la pervertie, et même dans la petite Pichanaki, les jeunes péruviens laissent bonnets et ponchos à l’entrée de la boîte et roulent des hanches et des épaules comme toute l’Amérique latine.

Bien évidemment les péruviens ne sont ni brésiliens, ni cubains, ni colombiens. Même si ils ont encore un peu de retard dans la fluidité des mouvements, ils se rattrapent dans la chaleur de la prise en mains.

Dans une boîte classique la reine incontestée c’est la coumbia. Chansons d’amour déchirantes, rythmes de synthé, pieds qui sautillent (un deux un deux), on vous prend les mains, vous fait tournoyer, lève les mains, baisse les mains. Ici, on ne danse que par couple. Et la partenaire pour la soirée ne change pas. Attention donc à qui vous offrirez la première danse car il n’est pas coutume de passer de bras en bras à moins d’être une « gringita » (une petite blanche) dévergondée, mais nous y reviendrons.

Un cran au-dessus il y a la salsa. D’abord réservée aux élites de bon goût liméniennes, elle creuse peu à peu son sillon dans tout le Pérou amenant avec elles ses effluves de sensualité caribéenne. La salsa n’est pas temps figures et pirouettes imposées que prétexte à un corps à corps. Un vacillement érotique. Comme un slow des temps modernes.

Enfin une fois réchauffés, on attaque le plat de résistance : le « reggaeton » et son concurrent encore plus sulfureux, le « perreo ». Rythmes funk, paroles explicites et arrières-trains en transe. Les femelles (car c’est comme ça qu’on parle en « perreo ») devant agitent leurs popotins de haut en bas, jusqu’au sol en se frottant. Les mâles derrière labourent du bassin et simulent de petites frappes sur les fesses de leurs partenaires avec moulinets des bras. Comme une boîte péruvienne ne fonctionne pas sans un DJ au micro, le perreo est l’occasion pour le jeune homme de débrider les foules : en avant, en haut, en bas, plus fort, donne tout, oui allez…

Le rythme s’accélère, la frénésie aussi et on constate qu‘il était dommage de cacher depuis toujours les fesses péruviennes sous ces immenses jupes à flonflons typiques. Inutile de préciser qu’ici la tenue folklorique n’est pas de rigueur. Jeans super slim, talons vertigineux, hauts à paillettes et décolletés abyssaux. Quand on sort, on est maquillées, coiffées, limées… Malgré ce qu’il paraît l’ambiance reste bon enfant. On simule, on rit, on frôle, on embrasse entre deux gorgées de bière mais ça va rarement plus loin. Une certaine réserve ou pudeur empêche les boîtes de nuit péruviennes de tourner à l’orgie. On libère les corps et la sueur, le reste est du domaine privé.

Sauf, une exception : les villes pour touristes. A Huaraz, Cusco ou Arequipa, les règles explosent sous l’influence réelle ou fantasmée des partenaires d’un soir, les fameuses « gringitas » dévergondées. On le sait car on l’a vu à la télé (merci Hollywood!) les « gringitas » n’ont peur de rien et viennent chercher la diversion. Les Péruviens, pas bégueules, leur donnent ce qui est prévu. Quelques péruviennes s’aventurent en quête du gringo innocent mais, malheureusement pour elles, son bassin n’est pas souvent à la hauteur des péripéties prévues. Voilà donc ces créatures réduites à onduler devant des échalas touts blancs et un peu déboussolés.

La majorité néanmoins sont des galants caramels qui courtisent les touristes. Blondes aux yeux bleus si possible, le Saint Graal de la Conquête post Inca. Les Péruviens ont compris une chose : la testostérone et le machisme à petites doses est une arme de séduction massive. Ils plantent leurs yeux bruns, saisissent une main et entraînent la partenaire de leur choix sur la piste sans autre atermoiements. Si vous dites « non », ils font ceux qui n’ont rien entendu et vous font pirouetter jusqu’à ce que vous renonciez. Pas de pause polie pour rejoindre votre verre, ils vous feront danser jusqu’à vous épuiser. Et les plus téméraires ne traînent pas : une danse, les mains au creux des fesses. Deux danse, les mains explorent les épaules, le nombril, la naissance des hanches. Trois danse, les mains s’aventurent jusqu’au décolleté et se creusent un chemin sous le jean à même la peau. Notez que pendant ce temps les jambes exécutent tous les mouvements attendus, les secousses, déhanchements et pirouettes continuent comme si après tout ces mains licencieuses n’étaient qu’un élément de plus de la chorégraphie. C’est un art et certains le maîtrisent à la perfection. Comme dirait une connaissance sans bonnet ni poncho « danser avec moi, c’est faire l’amour à la vertical ».

La suite vous la devinerez, elle entre dans un autre genre de chorégraphies. Les « serial lovers » des pistes de danse péruviennes ont un nom : « britcheros », de l’anglais « bridge » : ceux qui séduisent dans l’espoir de traverser et exercer leurs dons sur le Vieux Continent. C’est qu’on prend vite goût aux déhanchements et les histoires d’amour tans-frontalières ne sont pas rares, du moins pour les quelques jours de la demoiselle dans la ville. Est ce qu’un bon déhanchement suffit pour avoir droit à un visa ? Là, ça ne dépend plus de votre reporter.

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