Une paire de fesses gratos pour Noël !

Une paire de fesses gratos pour Noël !

« Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel, avec des paires de fesses gratos, n’oublie pas que j’aime aussi en consommer… »

C’est quoi ces paillardises que je suis en train de débiter, hein ? Eh bien, que chanter, que danser, après ce qui m’est arrivé, ce 24 décembre 2010, en chair et en os et vis-à-vis devant les clients comme on le dit chez moi là-bas au bled ?

Je m’étais consciencieusement préparé à passer ces fêtes de fin d’année dans un véritable pastis, un fiasco total, quoi ! Presque tous mes amis, mes compatriotes, sont descendus au bled, n’ayant pas pu réussir à me convaincre de les suivre. Déjà présent à Lomé du 22 au 26 novembre dernier, je ne peux, en un mois, descendre une seconde fois au pays alors qu’il faut avoir des couilles solides pour y aller. Toute la famille, les amis de la famille, les familles des amis… vous y attendent, vous êtes descendu de l’étranger, et vous avez des braises à n’en savoir que faire. On est toujours Bill Gates quand on revient de l’étranger. Ma dernière visite de novembre m’a coûté plus de cinq cent mille balles – une fortune ici – et je suis complètement crevé comme un militaire durant la seconde moitié du mois.

J’ai donc décidé, faute de pognon, de passer mes fêtes de fin d’année ici à Bamako. Je ne sais pas si je me le pardonnerai un jour. En décembre, Bamako rend malheureux un étranger chrétien qui a déjà fêté Noël dans un pays à dominance chrétienne. Les rares décorations, vous les croisez par hasard dans des supermarchés chics tenus par des Occidentaux. Pas de sapins décorés ! Pas de représentations de papa Noël dans les lieux publics et sur les grands bâtiments ! Pas de cantiques de Noël dont on vous sérine au Togo dès le mois de novembre ! Rien, parbleu ! On ne sent pas venir Noël à Bamako. Parce que Jésus, eh bien, le mec n’est pas considéré ici comme le Fils de Dieu, pas même comme Son cousin lointain, et sa naissance, on s’en tape comme une pute brésilienne du paradis.

Cerise sur le gâteau pour moi, euh non, nivaquine dans le venin, pas de gonzesse, au moins pour se permettre quelques petites gâteries à la con pour oublier la déception. Les filles de Bamako, comme d’ailleurs toutes celles de la nouvelle génération BCBG, les jetsetteuses, faut s’en méfier comme de la mort au mois de décembre, parce que même si elles ne fêtent pas Noël, le 31 décembre, c’est leur plus grand jour de l’année, et elles doivent s’habiller. Bien s’habiller. Vous comprenez, hein ! Et quand une fille de Bamako doit bien s’habiller, c’est comme la femme de Robert Mugabe qui doit aller faire du shopping en Occident parce qu’elle prétend avoir de si petits pieds qu’elle ne peut trouver ses pointures ici au Bled. Et ça coûte. Se chercher ou gérer une minette à Bamako au mois de décembre, c’est comme confier son argent à Bernard Madoff. On s’en sort complètement ruiné, fini. La meilleure solution, c’est d’inventer une histoire saugrenue pour créer un no man’s land entre vous et votre nana du 1er au 31 décembre, et reprendre les « mon bb, j t’adore… j’ai soif d’toi ma biche… » et toutes les autres imbécilités après la fête. Le truc est simple. Au soir du 30 novembre, froncez la mine quand elle vous rend visite, et quand elle vous demande la cause de votre mauvaise humeur, répondez-lui en grondant que vous êtes au courant de tous les textos qu’elle envoie à son ex toutes les nuits à votre insu – elles ont toujours un ex quel que soit leur âge -, et si elle essaie de se défendre, mettez-vous sur vos nerfs et demandez-lui de vous laisser tranquille jusqu’à nouvel ordre, après le 31 décembre donc. Mais attention, ça peut se révéler des fois dangereux parce que son départ peut être définitif ! Voilà comment j’arrive toujours à jouer au singleton le mois de décembre.

Le 24 décembre dernier donc, dans cette morose atmosphère de Noël sans Noël, j’ai décidé, déçu, contrarié, humilié, solitaire, d’aller me soûler la gueule comme un policier burkinabé à la fin de mois, et retourner me coucher ivre-mort, afin de passer la journée du 25 allongé dans mon lit avec une gueule de bois sans nom. Tous les moyens sont bons pour fêter Noël, surtout quand il n’y a pas de Noël à fêter.

L’ambiance était encore plus moche dans le bar que je ne l’avais imaginé. Quel réveillon, mon Dieu ! J’étais sur la quatrième bouteille quand j’entendis derrière moi :

– Bonsoir Monsieur, bonne fête de Noël, je peux m’asseoir ?

Je ne souffris pas le calvaire d’ouvrir les yeux, le parfum qui m’avait inondé m’ayant révélé à qui j’avais affaire. Dieu seul sait là où ces petites prostituées, d’origine nigériane surtout, s’en vont chercher ces parfums qu’on dirait piochés dans l’anus d’un cadavre.

-Monsieur, je vois que vous êtes chrétien, je le suis aussi, donc, si vous voulez, je peux vous faire un prix spécial pour Noël. Le toucher est gratuit et l’entrée à demi tarif.

Ça devenait intéressant. J’ouvris les yeux en souriant. Elle était vêtue, comme elles l’ont toujours été, d’une robe qui cachait à peine sa petite culotte. Une perruque de couleur bleue ou verte, ou grise, ou violette, je ne savais pas avec la pénombre, qui lui arrivait jusqu’aux épaules. Des bijoux de pacotille au cou et aux poignets. Je fis un rapprochement impossible entre elle et Rama Yade. Deux univers diamétralement opposés. L’indignité et l’humiliation d’un côté, toute la dignité de la femme et la classe de l’autre. Le monde est injuste !

– Oui, madame, vous dites quoi ? Elle s’assit, sans fermer ses deux battants, m’offrant, dans la pénombre, une vue directe, et en plongée, sur son monde intérieur.

– Je veux juste vous aider à bien fêter Noël parce que je vois un crucifix à votre cou et je sais que vous êtes chrétien. Je vous offre donc le toucher gratuitement, et l’entrée à la moitié du prix normal plus les frais de chambre.

Un chien qui voit un fantôme n’a plus la force d’aboyer, il s’efforce de pousser un sourd soupir, proverbe de chez moi. Je soupirai en la fixant, ébahi. Eh, mon petit pauvre Jésus, du sexe cru et de la chair gratuitement offerts pour fêter ta naissance !

– Tu veux une bière ?

– Non, mais si vous voulez vous pouvez me donner l’argent de la bière, je ne bois pas.

Je lui tendais, en la fixant tristement, un billet de mille francs, quand les haut-parleurs du bar, comme par enchantement, avaient commencé à chanter « Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel… »

Ouais, mon sacré bizarre papa Noël ne m’avait pas oublié pour ce Noël super moche, le plus moche de toute ma vie, que j’étais en train de passer. Une paire de fesses à toucher gratos, à consommer à moitié prix, pour célébrer la naissance du Fils de Dieu ! Huuummmmm…

Joyeuses fêtes!

1 Commentaire

  1. Mon frère pardon cet article ne doit pas, ne peut pas s’arrêter là.
    On attend la suite, tes impressions au réveil,etc…

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