Slip ou caleçon?

Slip ou caleçon?

Le Péruvien a choisi. Le modèle kangourou grand confort avec sa petite poche devant fait toujours recette ici. Et celui la est jaune car cela porte bonheur en cette année nouvelle. Lisez ces lignes vous en saurez bien plus sur les dessous du Pérou.

C’est sur les hauteurs de Lima, occupée à dépendre la lessive dans le quartier à la fois clame et branché de San Borja que me sont venues ces lignes… Je venais de lire celles de Ouédraogo sur les « soutiens-gorges yougou yougou », alléchées par la poésie du nom, et pliais pensivement tee-shirts après tee-shirts quand j ai compris ce qui me trottait derrière la tête: les slips kangourous du propriétaire des lieux. Tous sans exceptions étaient ces larges et confortables slips à la papa usés et bienheureux des services rendus.

Cela m a rappelé mes débuts perplexes face à la garde-robe intime péruvienne. En tant que parisienne, j avais l habitude des boxers, ces mini shorts moulants auxquels la mode a soumis nos métrosexuels de conjoints. Les slips c était à la rigueur pour le sport ou signe d un certain manque de classe. Les slips à la papa portent ce nom car ils sont d une autre génération, celle de mon père voire de mon grand-père. Mais, ici, quand un Appolon se désape, il arbore fièrement le kangourou en coton, de couleur unie, que les générations précédentes portaient avant lui et qui n est jamais passé de mode. Le premier, ça m avait fait sourire… Depuis j inspecte les cordes à linge qui exposent l intimite de tous au regard des petites curieuses et je confirme: le kangourou a la côte.

Ajoutons à cela le compagnon de toujours qui, lui, est bel et bien en perte de terrain, mais résiste héroïquement: le marcel blanc. Car, oui, le marcel blanc, ici, est porté sous la chemise blanche comme il se doit et sans complexes. Dans la jungle où je vis il est porté comme tee-shirt : explosion des codes, libération des moeurs.

Je me moque mais tout cela est l héritage de générations de traditions sous-vestimentaires. Et meme si la mode évolue, dans sa grande majorité, l Appolon péruvien, mes demoiselles, se présentera à vous en kangourou et marcel. Je vous rassure, on s habitue.

Bien, cette épineuse question du slip ou caleçon étant réglée passons au rayon féminin. Je ne me risquerai pas aux mêmes généralités car avec les différences culturelles, climatiques et l étendue du choix des dessous nous y passerions des heures. Contons donc juste la réalité que nous avons sous les yeux. Ici dans la selva, les filles, dans leur majorité, se baignent à la piscine en petit short et maillot moulant. Pudeur? Tradition? Sûrement les deux. La seule fois où j ai vu un flamboyant string rouge entrer dans l eau il appartenait sans se méprendre à une paire de fesses liméniennes, de la capitale donc branchées.

Cependant, dans l intimité, la chair se dévoile. Dans l unique magasin de lingerie de Pichanaki, à l angle de la Place Principale, signe qui ne trompe pas sur sa prospérité, on ose. J y suis allée avec une amie française à la recherche d un string (el « hilo », le « fil » comme on dit ici), pensant que les culottes en coton XXL ou aux petits dessins naïfs seraient tout ce qu elle trouverait. Erreur, j avais jugé trop vite. Non seulement la vendeuse a déballé toute une collection de strings mais nous a aussi présenté le modèle qui fait fureur selon elle: une petite culotte de dentelle noire ouverte entre les jambes. A Paris je n en avais vu que dans les sex-shops, ici elles sont en vente dans l honorable magasin du coin de la Place Principale. Je vous laisse établir vos conclusions.

Le décolleté n est pas en reste et, comme il fait chaud, pigeonne la nuit tombée sur les pistes de danse. Bretelles scintillantes, coques, découpes alléchantes… la chair, ici, met en appétit. De jour ou dans les plantations, il faut que ce soit sobre et pratique, mais, la nuit, toutes les folies sont permises. Et si le modèle n existe pas à l honorable magasin du coin de la Place Principale on le commande via les catalogues Avon qui se passent de mains en mains jusqu à être cornés par l usure.

Que leurs Beaux soient en kangourou et marcel n arrête pas les coquettes. Et quelque chose me dit que cette avidité de mode et de sexy va bientôt sonner pour le macho péruvien (qui comme chacun le sait est, au final, aux ordres de sa femme) la mort de son précieux kangourou et l entrée dans l ère globalisée du métrosexuel. Heureusement vous, vous saurez ce qu il en était.

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