La fuite des cerveaux: un élément déstabilisateur pour le continent noir

La fuite des cerveaux: un élément déstabilisateur pour le continent noir

Lorsqu’on observe ses multiples trébuchements sur les plans politique, économique et social, on est tenté de remettre en question l’idée que notre continent regorge d’hommes valides. Pourtant en portant un regard critique sur le bilan des prouesses que le monde a réalisées jusqu’ici on se rend compte que les statistiques englobent aussi bien les nationalités occidentales que les descendants du berceau de l’humanité. Même si le mérite de tels exploits n’est pas souvent officiellement attribué à ces derniers, cela ne les empêche pour autant de toujours aller de l’avant.

Il y a quelques années, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (à travers son Programme-Cadre pour la mise en place, le renforcement et l’utilisation des capacités essentielles en Afrique, Addis-Abeba, 1996) fournissait à propos de la fuite des cerveaux les chiffres suivants : entre 1960 et 1975, ce sont 27000 hauts cadres africains qui ont quitté le continent pour s’établir en Occident. Une décennie plus tard, ce chiffre atteignait 40000 personnes, soit le tiers des personnes les plus qualifiées. De 1985 à 1990, on estime à plus de 60000 le nombre de médecins, d’ingénieurs et de professeurs d’universités qui ont émigré de leurs pays. Et aujourd’hui, on pense que cet exode s’est accru, de sorte qu’ils seraient autour de 20000 à immigrer chaque année vers l’Europe et l’Amérique, à la recherche des meilleures opportunités de travail et d’épanouissement. Ces statistiques révèlent qu’il y a de la matière grise en Afrique, mais hélas une matière grise tournée vers l’Occident.

Qu’est ce qui justifie le fait que des élites africaines se soient établies en grand nombre à l’étranger et non pas dans leurs pays respectifs ? Je vous propose de faire le tour de cette problématique à travers l’analyse qui suit. Lorsqu’on est Africain et qu’on étudie en Europe ou aux Etats-Unis, le rêve qu’on a le plus souvent c’est de s’y installer plus tard pour faire fortune. Mais ce rêve ne devient réalité que si l’on est meilleur dans ce que l’on fait, et nombreux sont les émigrés africains qui excellent dans leur domaine de compétence. Dans la plupart des cas, ceux-ci sont retenus par des entreprises de renom  qui les arrosent de privilèges afin qu’ils mettent leurs génies au profit du pays d’accueil. A ce niveau, les éléments qui motivent la diaspora africaine intellectuelle à rester dans cet eldorado sont davantage l’épanouissement personnel et le besoin de s’affirmer. Là n’est pas le problème car l’on peut, après avoir terminé sa formation, travailler pour une structure étrangère pendant 3, 5 ans ou même une dizaine d’années, et revenir chez soi servir sa patrie pour le restant de sa vie. Si la plupart des têtes africaines ne sont pas favorables à l’idée de retourner définitivement un jour dans leurs pays d’origine c’est qu’ils ressentent une profonde indignation, de la frustration. Rien qu’en songeant aux rouages infernaux du pouvoir, à la rude conjoncture économique et aux amères réalités sociales qui y prévalent, ils sont tout de suite découragés.

Je cite pour étayer mon propos l’entretien qui s’est tenu en Août dernier entre le futur chef de la Diplomatie camerounaise et trois éminents membres de la diaspora. Au cours de cet échange qui est, à mon avis, illusoire, Jacques BONJAWO, ancien de Microsoft et actuel patron de Genesis Telecare a déclaré : « Nous ne demandons pas que l’Etat construise des ponts, connecte tous les villages et villes au réseau d’eau potable et d’électricité… Nous demandons qu’il y ait mise en place d’un cadre dans lequel l’élite camerounaise de l’étranger pourra participer à l’amélioration du climat des affaires, des conditions de vie des populations et au développement du pays. ». Ils sont nombreux à faire partie de la diaspora, ces cerveaux africains qui n’ont pas eu l’opportunité d’importer le savoir-faire occidental chez eux. Quand je dis qu’ils n’ont pas eu la possibilité c’est qu’ils ne l’ont pas eue, contrairement à ce que clament certains chefs d’Etats africains dont je ne mentionnerai pas les noms. C’est une perte énorme pour l’Afrique, vous en conviendrez sans doute avec moi. Il y a cinquante ans aujourd’hui que nos plus importants projets, nos sociétés les plus prometteuses auraient dû être pilotés par ceux-là qui illuminent majestueusement le continent de Madiba et qui font sa fierté.

À propos de l'auteur

Francoperen

Ingénieur de formation, j'ai un fort intérêt pour l'écriture. Les mots sont pour moi tout ce que les chiffres ne peuvent être. Les modeler au quotidien pour raconter des histoires est un besoin pour mon âme. Au-delà des histoires qu'ils servent à raconter, les mots sont mes petites armes pour contribuer à rendre le monde meilleur.

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