Yo soy de la calle

Yo soy de la calle

Je suis repartie sur les routes du Pérou et ça m’a donné l’occasion de tomber à nouveau amoureuse du pays et de toutes ses facettes. Une de celles dont j’avais oublié de vous parler c’est la rue. La rue a une vie à elle, des artistes, des vendeurs, une économie informelle qui gravite tout autour. La vie est la rue. La rue est la vie. Et je ne me lasse jamais d’observer toutes les histoires qu’elle a à raconter.

Le soir tombe sur Mancora, la station balnéaire de référence au Pérou. Les vagues lèchent le sable doré, les pas se languissent sur la promenade, le vent souffle, le ciel rougeoie… A quelques mètres ou « cuadras » comme on dit ici, sur la promenade, la rue jusque là au ralenti sous les bouffées de chaleur se réveille. Les premiers sont les artisans, péruviens, argentins, colombiens, qui vendent leurs créations et bijoux à même le sol ou sur des tables louées pour quelques heures à un vieux du village. Toute la soirée ils vont séduire et vendre au bâgout, « enamorate de algo princessa! », bagues, boucles, bracelets et tresser dans les cheveux des belles de plage des motifs colorés. A leurs côtés, s’installent les vendeurs de « papa rellena » (pomme de terre reconstituée fourrée), de maïs, de brochettes, de glaces, de pastèque à la coupe, le vendeur de cigarettes et chewing-gum à la sauvette. Et l’inimitable mamita, une cuisinière hors pair, qui débarque avec sa gamelle et vendra le tout rapidement. Un plat peu cher et ravigorant, le mot et les odeurs passent.

En face, un petit colisée où le clow au nez rouge et complet à bretelles débute son premier numéro. Toute la journée l’autre clown, premier du genre, un gras garçon deux ballons gonflables sous les fesses et deux sur la poitrine, drapé dans son paréo à fleurs, a épuisé rues et plages à vendre des chewings-gums. Il a bien gagné une nuit de sommeil et laisse la place à ceux qui ont des tours dans leurs sacs, des échasses aux pieds et jonglent dessinant des trainées de couleurs dans le noir de la nuit. Les « malabaristas » d’ordinaire jonglent partout dans les villes, au coin des rues, le temps d’un peu de poésie au feu rouge. Ils sont l’une des caractéristiques latinos: des artistes des rues, qui grandissent et se développent à même le bitume. Le petit colisée est une scène privilégiée aux heures d’été. Les enfants s’attroupent. Les « malabaristas » enjambent un vélo immense et se mettent  à tournoyer. Le temps s’arrête.

Les suivront une troupe de « comicos ambulantes », un vrai succès d’audience au Pérou. Un groupe, des déguisments de filles, quelques perruques, et beaucoup de répartie. Les blagues fusent. On se moque du voisin. On parodie une chanson du répertoire local inépuisable des coeurs brisés et accès de jalousie, en se trémoussant, le public rit. Pour vivre ils vendent leurs dvd, des gaufrettes au chocolat et font passer le chapeau. Les gens donnent par peur d’une mauvaise blague et pour que la nuit ne s’arrête pas. Ils attendent la parodie finale où une jolie demoiselle du public servira d’assistante. « Nous les péruviens, on est très moutons. Il faut qu’on ne loupe rien et d’où vient le bruit il faut qu’on y soit, alors ce qu’on va faire, c’est applaudir en rythme et faire semblant qu’une super fille se trémousse au centre… » La foule joue le jeu, grossit, et le show reprend.

Plus loin un groupe s’est formé: guitare, quena (la flûte andine), cajon (tambour de percussion afro-péruvien). Impros et folklore réchauffent la nuit qui avance. Les flics municipaux, rabats-joie de la fête, observe le tout de loin. Dans le colisée deux brésiliens en profitent pour faire une démonstration de capoeira aux quelques noctambules.

Il reste deux brochettes sur le feu. Les artisans replient les tables, rangent les bijoux et partent dîner près du marché. Ils sont tous voisins, hébergés dans des petits hôtels peu chers dont ils se donnentles noms comme des secrets bien gardés. Les boîtes montent le son. La deuxième partie de la nuit commence. La rue se tait pour quelques heures.

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