Facebook Tour de Babel numérique ?

Facebook Tour de Babel numérique ?

Seuls les hommes instruits sont libres
Epictète

Ecrire sur le réseau social Facebook tel qu’il est exploité aux Comores est une entreprise complexe et compliquée en raison du nombre très restreint des internautes dans l’archipel. A peine 10 % des Comoriens résidant dans l’archipel naviguent sur la toile dont bon nombre habitent dans les milieux urbains. Il est à noter ici que près de 48% des pauvres aux Comores vivent dans les  milieux urbains contre 55 % dans les  milieux ruraux ; et peu de villages aux Comores ont l’électricité. La majorité des internautes comoriens se connectent à internet à partir de cybercafés d’où le foisonnement des cybercafés dans les villes comme Moroni, Mutsamudu et Mamoudzou. Toutefois avec le coût très élevé de la connexion, rares sont ceux qui s’attardent sur la toile : la plage horaire étant littéralement limitée faute de ressources, la consultation des messageries électroniques reste prioritaire.

N’empêche que depuis septembre 2006, date à laquelle Facebook est ouvert à tous, des Comoriens dont beaucoup font partie de la diaspora en France se sont appropriés le réseau social pour publier des trombinoscopes, pour affirmer leur attachement à leur village par des textes, des photos et des vidéos, ou tout simplement pour faire étalage d’un savoir.

Au demeurant, Facebook ne peut être le support d’idées subversives aux Comores comme fut le cas en Tunisie et aujourd’hui en Egypte. Pour les raisons suivantes :

–          aux Comores, il n’y a qu’une infime minorité qui a accès à Internet

–          80% des Comoriens sont illettrés*, pauvres et paysans. Cela dit ils ignorent autant  leurs droits que leurs devoirs.

–          sont visibles sur Facebook des débats houleux parfois entre Mahorais et autres Comoriens à cause du contentieux franco-comorien, d’autre fois entre partisans du régime au pouvoir aux Comores indépendantes et sympathisants, si l’heure n’est pas à la diffusion de clips poussifs ou de photos ostentatoires.

Effectivement  sur Facebook on ne prend pas conscience que des dégâts que cause le brain drain .On se rend aussi compte combien le Comorien confond le terme patriotisme (l’attachement à une patrie) et le terme nationalisme (attachement à une souveraineté d’une nation une et indivisible en rejetant ainsi les particularismes régionaux). Les facebookeurs comoriens se disent souvent nationalistes pendant que bon nombre d’entre eux se décarcassent à travers le réseau social à valoriser leur identité villageoise. Certes certains arrivent à se dégager des sentiers battus en publiant des réflexions sur la société comorienne dans sa généralité, mais d’aucuns ne les rejoignent, jugeant le travail intellectuel infructueux. Mais rien n’est étonnant dans cette indifférence du travail intellectuel quand nous savons que bon nombre des Comoriens n’ont plus foi dans l’Etat depuis qu’à la Grande-comore c’est la diaspora comorienne en France qui construit les écoles et les routes et réhabilite les hôpitaux et qu’à Anjouan, tout le monde nourrit, dans le désespoir, le projet d’émigrer à Mayotte. Aujourd’hui aux Comores, en plus de ceux qui votent par mimétisme ou par solidarité familiale, beaucoup échangent leur vote contre des billets de banque ou un bol de riz.

Si Facebook a pu être un support de la révolution tunisienne, c’est parce que depuis l’indépendance du pays, l’Etat tunisien a toujours investi sur l’instruction de son peuple. C’étaient des Tunisiens instruits, des nationalistes tunisiens au chômage qui avaient investi les rues pour pousser l’ex-Président Ben Ali à la porte.  La vulgarisation d’Internet par Ben Ali, pendant ses dernières années de règne sans partage, a manifestement  contribué à la montée des protestations. Par ailleurs en 2009, si le Liyannaj  Kont Pwofitasyon en Guadeloupe a pu par la voix de son leader Elie Domota mobiliser pendant plusieurs semaines les Guadeloupéens, c’est parce que cette île à une forte majorité de gens instruits. Si les facebookeurs tunisiens  se sont refusés à cautionner à tout jamais les injustices du régime de Ben Ali par le silence et l’indifférence en élevant la voix pour dire NON c’est parce que ce sont des jeunes ayant des capacités intellectuelles qui leur permettent du coup de prendre du recul, des capacités intellectuelles qui leur permettent de discerner le bien du mal.

*Illettré désigne ici et les analphabètes et ceux qui ont désappris, sachant que l’analphabétisme de retour est un phénomène important aux Comores. Dans cet archipel où l’Etat est à construire, toute révolution au sens propre du terme reste une arlésienne.

À propos de l'auteur

Adjimaël HALIDI

a collaboré au magazine économique mahorais Horizon Austral , à l’hebdomadaire Mayotte Avance , au quotidien La Gazette des Comores et à l'Agence de presse HZK-Presse.

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