Lettre à Mame abdou aziz sy dabakh

Lettre à Mame abdou aziz sy dabakh

Grand-père,

Me serait-il permis d’espérer que cette interpellation ne vienne point importuner ton sommeil. Il est à n’en point douter que les convulsions qui secouent ton pays à l’heure actuelle sont loin de t’honorer. Toi qui fis de ta vie un combat acharné contre l’injustice, nous voici au summum de l’injustice.

Toi qui sillonnais le pays pour prêcher la bonne parole, voici que celle-ci se dérobe si invraisemblablement à nos autorités.

Toi qui assenais la vérité sans calculs politiques, voici que quelques infimes petits bouts d’hommes, sont prompts à la falsifier au nom d’avantages bassement périssables. Ils sont prêts à tout escamoter. Même si l’évidence s’imposait à leur regard, ils vont la nier en l’attribuant à une hallucination : tout ce qui existe est ce qui les arrange.

Au moment où je défie la nuit en t’écrivant ces lignes, car il est 3h25 minutes sur l’écran de mon ordinateur, j’entends encore la gorge nouée de l’imam Ibrahima Ndoye dont le talibé a été descendu. Le grand homme dont la voix se débat, articule mal son discours pour dire toute sa détresse.

Les parents du pauvre garçon pouvaient-ils pressentir que leur petit ne leur reviendrait plus jamais ? Pouvaient-ils penser qu’une balle ignoble aurait raison de la vivacité de leur rejeton ?

Ces questions sont aussi valables pour ceux de Mamadou Diop, de Mamadou Ndiaye et de toutes les autres victimes de ce troisième mandat tant convoité.

Mame,

Jamais régime n’a été aussi éloigné des populations avec qui il cohabite pourtant. Un nombre effroyable d’actes – des plus incroyables aux plus suspicieux – a été posé dans ce pays avec autant de constance. De dignes fils de la Nation ont trouvé la mort dans des circonstances inouïes et nous n’avons même pas eu le mérite d’en être amplement informés. Nous n’avons pas eu droit à une justice juste et vraie, encore moins à une enquête objective et transparente.

Et quand il s’agit de gens du pouvoir, la machine compassionnelle et la machine judiciaire se mettent aussitôt en branle. Je me souviens encore de cette scène quand une fumée se dégageait de l’immeuble qui abrite l’ANOCI . Le  Président de la République accourut sur les lieux dare-dare au secours de son fils de super ministre. Ce jour-là, une bonne partie du gouvernement fut mobilisée: le premier ministre, des membres de son gouvernement en plus des sapeurs pompiers sénégalais et  des forces françaises du Cap Vert.

Maintenant que des jeunes coupables de leur innocence tombent sur le champ des manifestions – consacrées par la Constitution -, ce même homme, très attendu, sortit de son mutisme pour qualifier toutes ces convulsions de « brise ». Pas même une parole courtoise et compassionnelle pour le coeur meurtri des parents des victimes. Pas même un engagement solennel pour dire aux populations sénégalaises que les policiers indexés répondront de ces accusations. Ousmane Ngom, le ministre de l’Intérieur agit comme s’il était lui-même sa propre police !

Mame,

Ces derniers jours fourmillent d’exemples patents pour constater deux Sénégal. D’un côté, des populations croulant sous le poids du coût de la vie, une injustice devenue légendaire à leurs yeux et de l’autre un groupe de privilégiés au dessus de la loi.

Grand-père,

Je ne suis pas assez candide : je sais que quelques bouts d’hommes seront tentés de m’infantiliser. Ils me ridiculiseront : « L’homme à qui tu t’adresses ne peut en aucun cas changer ton destin, décents sur le terrain ».

Mame,

Cet homme, cause de toute cette agitation n’a-t-il pas dit lui-même très jovialement : « J’ai bloqué le mandat à deux » avant d’ajouter plus loin que « je vous le dis sérieusement, je ne me présenterai pas »(voir vidéo). Il s’est même permis de donner un profil à son successeur : Le profil, c’est que ce soit quelqu’un comme moi, qui travaille beaucoup, intelligent, qui travaille, qui écoute les populations, qui aide les populations, qui a de bonnes relations internationales, qui représente l’Afrique (…) » en excluant Idrissa Seck. Le danger avec ce jeu c’est que l’actuel locataire du Palais puisse croire et continuer de croire qu’il peut s’autoriser à nous trouver un successeur. Mais, tout le problème tient à ceci : Abdoulaye Wade s’est toujours pris comme supérieur à nous. Sûrement, il doit se dire intérieurement que son intelligence nous dépasse, que nous ne le méritons pas en tant que Chef d’Etat.

Mame,

Ceux qui continuent de croire à l’arme du Ndiguel (consigne de vote) doivent enfin déchanter. L’agitation de ces derniers jours nous a prouvé (une fois de plus !) que ces jeunes qui manifestent ne sont ni manipulés par des partis politiques, ni téléguidés par un ndiguel : ils sont mus par la détermination de protéger leur Constitution.

Grand-père,

Le plus cruel dans ce diagnostic de la situation du Sénégal actuel, c’est que le Président de la République n’arrive toujours pas à comprendre la résolution des Sénégalais à le faire partir.

Mais, tu ne mériterais pas d’être associé à toutes ces turpitudes. Dieu seul sait pourquoi il t’a prit sitôt. Je m’arrête là sur ces lignes Mame.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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À propos de l'auteur

Ousmane Gueye

Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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2 Commentaires

  1. Très belle lettre à notre regretté grand père. Mais s’il plait à Dieu Wade partira. Vu tout le mal qu’il nous a fait, je fais parti des personnes qui croient qu’au sortir de ses elections; il ne sera plus qu’un mauvais souvenir

  2. Saut cher Ameth. Je partage ta conviction. Je ne perds jamais de vue que ce régime qui tue les Sénégalais est fini. Ousmane Ngom dit que ceux qui tuent dans cette jungle politique des Sénégalais ne sont pas des policiers. Et même si nous devions lui concéder cela (ce qui n’arrivera jamais), la mission de la police est de nous protéger. Mais Ousmane Ngom ne peut avoir la chance d’entrer enfin dans ses habits de ministre de l’intérieur. Il restera toujours le militant du PDS.

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