Le syndrome du Togolais indigne

 

Il y a deux semaines, pour une complication survenue à Lomé lors du renouvellement de mon passeport, je m’étais tellement énervé contre le Togo que j’avais publiquement, sur ma page Facebook et dans une interview en ligne, déclaré que j’allais changer de nationalité. Le problème a été résolu par un mentor, écrivain togolais. Il y a de ces moments où la lourdeur de l’administration togolaise, les horreurs et matoiseries de la dictature, les cocasseries de notre opposition, les crimes et violences de notre armée, les humiliations de nos policiers et gendarmes horripilent, effarouchent tellement que l’amour pour le Togo en prend un coup. On se sent du coup si malheureux d’être togolais, parce qu’on n’a pas de bons dirigeants. Mais il y a aussi de ces moments où certains actes isolés, certaines habitudes, certains travers, certains vices, certaines perversions de nous autres petites gens, nous qui semblons ne rien représenter dans la marche de notre pays, poussent à la révolte, tout comme les agissements de nos hommes politiques et de nos corps habillés.

J’ai assisté, avec un groupe de quatre compatriotes travaillant comme moi à Bamako, le soir du 08 juin 2012, devant un restaurant togolais détenu par une Togolaise, à l’une de ces scènes qui vous révoltent contre votre identité. Nous étions partis discuter de la semaine autour d’un plat du pays, quand nous butâmes, juste à l’entrée du restaurant, sur une bagarre. Deux femmes se battaient. Et s’injuriaient en mina, la principale langue parlée à Lomé. Des Togolaises, toutes les deux. Une nièce et sa tante qui est la détentrice du restaurant. La nièce d’une vingtaine d’années avait une partie de sa perruque enlevée, et une grosse bosse sur le front, la tante, plus battue, tout le visage griffé, la jupe complètement lacérée qui laissait entrevoir sous la lumière son slip, les seins au vent.

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