Le vieux nègre qui tua Hampâté Bâ

Je suis le soixante-quatrième. Pas le soixante-quatrième enfant de ma mère, parce que ma mère, Mère Marthe, elle n’est pas une Nigérienne pour faire, elle seule, soixante-quatre enfants, voyons. Je suis le soixante-quatrième sur la file d’attente dans laquelle vous me voyez, beau comme le rêve d’un adolescent la nuit de sa première pollution nocturne, coincé entre une jeune fille qui doit sûrement être une Gabonaise parce que je sens, nom d’un érotomane à succès, depuis plus de trente minutes maintenant, qu’elle a envie de me draguer, et un bavard qui me fait des éloges du capitaine Sanogo et dont la bouche pue comme celle de Caroline, ma voisine de la classe de quatrième qui m’asphyxiait chaque matin et chaque soir avec ses putréfactions buccales, chaque fois qu’elle me demandait de lui passer ma règle, mon Bic rouge, ma gomme, mon ensemble géométrique… ah, la pauvre Caroline et sa bouche puante, Dieu merci elle sortait avec notre prof de maths et c’est pourquoi elle était toujours la meilleure en maths, et alors, hein… et…

… ah, ouais, je suis le soixante-quatrième. Soixante-trois personnes paieront leur facture d’électricité avant moi. Que faire hein, je suis obligé de payer moi-même, voici trois semaines que j’ai viré Hermione ma bonne française – je n’emploie que des bonnes françaises, la classe ! Hermione que j’ai virée parce qu’ayant attrapé une grossesse avec un rasta percussionniste du quartier, je ne le dirai jamais assez, les rastas sont trop féconds, et comme je supporte tout sauf une femme enceinte qui n’est pas mienne, je l’ai renvoyée en lui hurlant, Casse-toi, pauv’conne, l’Afrique, encore moins ma maison n’est pas prête à accueillir toute la misère de la France.

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