Exponentiel

Elle ouvrit les yeux, la chambre était plongée dans le noir. Les oiseaux s’extasiaient au-dehors. Elle souleva la couverture, posa ses pieds sur le sol et alla ouvrir le rideau. Dans le champ, Paul, le voisin, lui fit signe sur son tracteur.

Ville de Bamenda

Emmanuelle Pagano – En résonnance

Elle va venir. Elle est sûrement sur la route. Dans sa voiture une place. A deux on est déjà trop serrés. Trop de souvenirs, trop de malaises. De non dits sans doute. Elle va venir.

Ta maman va arriver, on l’a appelée ce matin.
Je n’ai pas eu la force de dire à l’infirmière que non, elle n’allait pas venir. Enfin si, mais mal à l’aise. Pleine de souvenirs et de doutes. Je ne l’ai pas dit. C’était trop tard de toutes façons.

Vous vous rappelez ce qui s’est passé ?
Etrange ce soudain vouvoiement. C’est vrai que je fais plus que mon âge. C’est toujours moi qu’on envoie acheter l’alcool.

Ville de Bamenda

Ne pas me chercher

Tu crois que c’est qui qui allume le feu chez toi, qui tue des gens à coup de poings malveillants, te tatoue encore et toujours, te fait hurler dans tes rêves? Faut pas me chercher tu le sais.

Ville de Bamenda

Parole d’objet

Je crois qu’elle ne m’aime plus. Elle ne m’a pas souri depuis des jours, cinq, j’ai compté. Cinq jours qu’elle ne m’a pas touché. Est-ce que c’est moi ?

Ville de Bamenda

A la lune

J’ai demandé à la lune qu’elle me donne un corps de pierre.
Un galet dense dans la main. Aux contours si beaux si purs si bruts qu’ils couperaient les mains de ceux qui serreraient trop forts.
J’ai demandé à la lune de m’ôter ce corps d’éponge.
Je lui ai dit de me retrouver sur la plage, à l’heure où les étoiles profitent de l’instant pour filer discrètement.
Je me mettrai nue. Je m’enlacerai. Et je presserai. Fort.

Bougie

Coeur, Corps, Esprit

Je suis au plus près de sa peau. Je suis couleur chair il paraît, c’est ce qui était écrit sur l’étiquette quand elle m’a acheté. Elle m’a acheté parce que je suis chaud. Ca aussi c’était marqué sur l’étiquette. Pourtant je suis très fin, je colle à la peau, léger comme une plume. Si fin que lorsqu’elle a froid je ne sais retenir ses seins qui pointent. Si près du corps que l’hiver j’ai remplacé tous ses soutiens-gorge, même quand on prend les routes cabossées à vélo. Les pistes cyclables en relief dont les racines font vibrer la selle et la dynamo. Je suis doux, je l’enserre et la protège, du froid, de tout. Je la câline et la caresse, je me fonds sur sa peau rosée d’hiver. Elle m’adore.

Il fut un temps où j’écrivais des lettres d’amour

Je me rappelle de cette phrase, perdue dans les montagnes suisses. Soleil couchant. Ce serait bucolique si ce n’était pas si stressant : mon train, mes trains, ont eu du retard. Pas de réseau, on m’attend. Je me rappelle de cette phrase : « moi aussi, il fut un temps où j’écrivais des lettres d’amour. » Une amie, à peine plus âgée, qui séchait mes larmes. « Moi aussi je tombais amoureuse dans la seconde, j’offrais mon coeur et tout mon corps, j’écrivais des lettres d’amour. »