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Ebola en Guinée. Crédit Photo : European Commission DG ECHO

Quand le torchon brûle entre Dakar et Conakry

Ebola n’est décidément pas une bénédiction, loin de là. En plus du florilège de nouveaux cas, de morts ainsi que la contagion assez facile du virus d’un individu à un autre, viennent s’ajouter les tensions sociales, la stigmatisation que provoque la maladie à travers les pays et entre les populations.
On assiste depuis quelques temps (depuis la soudaine réapparition du virus plus précisément) à des comportements assez particuliers sur les réseaux sociaux et les sites d’information en ligne rubrique « Commentaires » . Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en ce moment entre le Sénégal et la Guinée, deux pays pourtant frontaliers et frères, les relations ne sont pas au beau fixe.

De la nécessité de fermer les frontières terrestres

Tout commence lorsque quelques semaines après la découverte du virus ravageur sur le sol guinéen, le Sénégal ainsi que quelques pays limitrophes à la Guinée décident de fermer les frontières avec ce dernier en privilégiant la sécurité de leur population. Jusque- là rien d’anormal me direz-vous et j’en conviendrai. Car bien qu’étant guinéenne, je peux aisément concevoir le besoin pour les autorités sénégalaises de sécuriser leur pays contre une possible invasion du virus Ebola. Et si nous étions dans la situation inverse, j’aurais sans aucun doute exiger et attendu des autorités guinéennes qu’elles fassent de même. L’étincelle qui va provoquer le feu de brousse vient du fait qu’un Guinéen porteur du virus va voyager pour le Sénégal (tout en ne connaissant pas sa situation) pour y passer ses vacances, profitant des frontières qui ont été entre-temps temporairement rouvertes par le gouvernement sénégalais. Dés lors sur les réseaux sociaux sous l’effet de la panique, l’on se livre à toutes sortes d’accusations et de théories de complot sur la Guinée soupçonnée de vouloir délibérément contaminer le Sénégal pour ne pas avoir à crouler toute seule sous le poids de l’épidémie. Les frontières sont immédiatement refermées et les hostilités sont lancées.

Pour raccompagner le guinéen guéri à Dakar dans son pays, le Sénégal affrète un avion pour le déposer à Conakry (capitale guinéenne). Avion qui n’aura pas l’autorisation d’atterrir sur le sol guinéen puisque la Guinée vexée par les accusations portées à son encontre, aura à son tour fermer ses frontières terrestres et aériennes avec le Sénégal. Les deux pays se sont embourbés dans un imbroglio dû à l’énervement et à une mauvaise communication. Nous avons d’une part les deux autorités en désaccord s’exprimant dans les médias à coups de piques lancées (Alpha Condé en colère contre le Sénégal : On les nourrit ils nous ferment leurs frontières) et de l’autre les populations des deux pays qui mettent en pratique ce désaccord sur le terrain. Des guinéens tentant de franchir les frontières pour leur commerce sont arrêtés par les habitants des villages environnants et reconduits sans autre forme de procès en Guinée. Car il faut le dire, il existe de nombreux échanges professionnels entre les habitants des deux pays. Une économie transcendante qui les lie depuis plusieurs années maintenant et pour preuve depuis la fermeture des frontières, le Sénégal fait face à une pénurie de fruits et légumes.

La goutte de trop

Cependant, (je m’exprime ici en tant que guinéenne lambda) j’estime tout de même qu’une limite a été franchie lorsque la foudre ayant endommagé le tarmac de l’aéroport de Conakry, un avion d’Air France censé arriver à Conakry et obligé de se poser à Dakar le temps que le problème soit réglé, a l’interdiction de laisser descendre les passagers de l’avion puisqu’à son bord se trouvaient des guinéens. Quand bien même ceux-ci viendraient de la France où aucune trace d’épidémie n’a été enregistrée, on y a répertorié que des cas isolés, importés rapidement mis en quarantaine. Nous sommes alors au summum du mépris et de ce que les journalistes appellent si communément aujourd’hui l’Ebolaphobie. Le traitement que subissent les passagers plus spécialement ceux guinéens n’est plus à prêter à une prétendue mesure de sécurité que voudraient prendre les autorités sénégalaises mais à un règlement de compte oeil pour oeil, dent pour dent. Il s’agit d’un manque de considération énorme, et du respect bafoué de tout un peuple. Du moins, pour ma part je le prends comme ça. Il s’agit d’une insulte à tous les guinéens, un affront que l’on se doit de laver. Raison pour laquelle j’ai signé sans hésitations il y a quelques jours, la pétition qui circule sur la toile adressée aux autorités guinéennes. Une pétition qui reflète aujourd’hui les volontés de nombreux guinéens à travers le pays et le monde. Comme le dit la célèbre phrase de campagne de non stigmatisation des pays touchés : Je suis guinéen, libérien, léonais, je ne suis pas un virus.

Voici les exigences de la pétition qui on l’espère se fera entendre et prendra du poids. Le gouvernement guinéen doit impérativement :

1. Arrêter toute coopération avec le Sénégal en rappelant notre ambassadeur au Sénégal et remercier l’ambassadeur du Sénégal en Guinée.

2. Interdire l’exportation de nos produits agricoles vers le Sénégal.

3. Maintenir la fermeture de nos frontières avec le Sénégal (terrestre, maritime et aérienne)

Ces mesures peuvent sembler radicales mais il serait utile ne serait-ce que de façon temporaire de les appliquer. Nous ne sommes pas des animaux dépourvus de bon sens et d’orgueil et les actes posés par le Sénégal nous vexent, et entre frères on se doit d’être francs. C’est ce que nous cherchons à montrer par cette démarche. Dans cette ambiance électrique déjà pesante, le but n’est pas d’enflammer le combustible plus qu’il ne l’est déjà mais parfois lorsque le brouhaha prend le dessus sur toute notion de rationalité, il est bien entendu impératif de lever le ton. Cette situation m’attriste à plus d’un point car comme je le disais dernièrement, comment fait-on (comme dans mon cas) lorsqu’on a une mère d’origine sénégalaise et un père guinéen ? Le parti pris est pourtant inéluctable. Les deux autorités ont tout intérêt à régler leurs problèmes avant que la mésentente ne détruise entièrement le fil d’une longue amitié historique.

moh Dioubaté

Portrait d’un entrepreneur à la fleur de l’âge : Mohamed Dioubaté, PDG de MTOE ©

Mohamed Dioubaté est un jeune homme de  vingt-cinq ans inscrit à la faculté de Droit de Marrakech en master 2 de Droit de l’homme que j’ai eu le plaisir de rencontrer au détour d’un café…( Non je rigole c’était beaucoup plus formel que ça). 🙂