JR (abcdetc)

L’esprit de confusion

“Nos pays ne peuvent accueillir l’ensemble des femmes et des hommes qui pour des raisons économiques cherchent à venir vivre dans nos pays.” Emmanuel Macron, mercredi 12 juillet

Outre la fâcheuse répétition du mot pays, étonnante de la part d’un homme qui maîtrise tellement sa parole et sa communication, la reprise de ce discours déjà éculé de discrimination “nécessaire” entre bons et mauvais migrants m’a interpelé.

Pas seulement à cause de la certaine habileté politique de l’homme du ni droite ni gauche qui, quelques jours avant de se démarquer de Marine le Pen en reconnaissant la pleine responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’hiv, fait un clin d’œil à une grande partie de son électorat et au-delà, avec une distinction aussi perverse qu’incomplète.

“Humanité” d’un côté, “efficacité pratique” économique de l’autre. Et au milieu coule une rivière comme disait le film ?

Je ne pense pas céder à “l’esprit de confusion généralisé” en rappelant que personne ne migre en raison de quelque appel d’air et que, fuyant la guerre ou la misère économique, les personnes qui entreprennent ces longs périples vers nos contrées prospères “risquent leur vie dans leur pays”. On meurt aussi sur notre planète aussi de la mondialisation sauvage qui la gangrène.

Au milieu coulent des milliers de litres d’eau, pour reprendre le fil et revenir à nos moutons du jour. Depuis le début du mois des inondations meurtrières touchent l’Asie, montrant à ceux qui veulent bien le voir que le changement climatique est bel est bien à l’œuvre. Dans un rapport sur l’impact du climat publié vendredi 14 juillet, la Banque asiatique de développement évoque “un désastre annoncé” qui pourrait conduire à “un drame humanitaire” dans plusieurs pays de la région.

Le Bangladesh, où a été prise la photo du jour, est parmi les pays les plus menacés. D’ici à 25 ans il pourrait voir englouti un quart de son territoire et, en attendant, les inondations catastrophiques s’y intensifient. Les habitants résistent avec les moyens du bord, comme ici en emmenant brouter en bateau les animaux dans des pâtures ondées. Mais les solutions de fortune ne suffiront pas toujours.

Aujourd’hui, le Bangladesh présente à l’ONU un rapport sur le développement durable, qui rappelle que le développement durable ne doit plus être un simple slogan politique vide de sens et surtout d’effet et que “la communauté internationale se doit de renforcer des partenariats pour aider les pays en développement à lutter contre la pauvreté, les inégalités et les changements climatiques”.

Notre pourfendeur de la confusion généralisé – et ses compères – entendront-ils cet appel ? Ou bien on-ils déjà préparé les éléments de langage pour refuser toute aide – et toute responsabilité – le jour où les bateaux ne serviront plus seulement à mener paître les moutons mais mettront le cap à leur tour vers les îlots préservés d’une prospérité toujours mal partagée.

Le jour où nous serons tous menacés de couler.

Solidairement.

(Photo : Zakir Chowdhury)

Sous le nom de Sandel, la jeune Australienne Steph Small a publié The Shadows, une belle chanson d’alerte et d’espoir. Sa modeste contribution? C’était en 2009, déjà, et la vidéo a été vue… un peu plus de 46000 fois. Mais comme chaque pas compte, malgré tout, dans la lutte contre le réchauffement climatique ET la confusion mentale, je vous la propose en complément de programme.


Sauver Alep ?

Il m’arrive parfois de confondre. J’en suis confus…

Ainsi, en cliquant sur la miniature de la photo du jour, qui m’emmenait vers la galerie des “photos de la semaine” passée de mes confrères de Reuters, je me demandais dans quel spectacle figurait cette comédienne, toute vêtue de blanc, comme son visage… Je pensais peut être à de prochaines vacances dans un quelconque festival de rue, à Chalon-sur-Saône, à Aurillac ou ailleurs. dans ce pays en paix – malgré certains discours alarmistes – qui est le nôtre. Je me souvenais aussi du soldat blanc, Yuda Braun, arpentant les rues de Jérusalem pour y évoquer (invoquer?) la paix

femme-alep

Ce n’est qu’en agrandissant l’image et le visage que le sang a sauté au mien. M’a sauté au yeux. Et en lisant la légende, j’ai vérifié qu’il ne s’agissait pas de fiction mais du sinistre spectacle du monde : “Une femme blessée réagit sur un site touché par une attaque aérienne, dans la zone de la vielle ville d’Alep contrôlée par les rebelles…”

Je traduis approximativement, mais tout y est.

Et c’est de nouveau l’horreur qui est en scène.

Après deux mois d’une trêve toute relative, les bombardements de l’aviation russe (au service du régime de Bachar el-Assad) ont repris. Et c’est de nouveau de véritables crimes que Le Monde nous relate et auxquels le monde assiste. Impuissant ?

Et je sais que mes mots de désolation, de honte ou de colère ne serviront à rien de plus que les “efforts” diplomatiques ou les manœuvres militaires. Mais j’ai vu le regard de cette femme qui ne joue que sa vie, tellement dérisoire, tellement méprisée, tellement hagarde, mais tellement tendue aussi vers la lumière et l’espoir. Même ténue.

Alors, même si… je joins ma voix infime à celles des hommes et femmes de bonne volonté. Et des enfants aussi. Comme cette fillette et sa pancarte brandie dans une manifestation de solidarité avec les habitants d’Alep, à Tripoli au Liban dimanche 1er mai.

(Photos : Abdalrhman Ismail, Ibrahim Chalhoub)

Dans un autre article, Reuters consacrait un reportage à la jeunesse de Damas (la capitale syrienne à 4 heures de toute d’Alep) où les jeunes Syriens tentent de revivre “normalement”en “fumant, buvant des bières ou des sodas et en parlant de tout sauf de la guerre”.

Je n’ai pas réussi à déceler dans l’article la musique qui s’écoute dans ces nuits damascènes. Mais de fil en aiguille, j’ai découvert le groupe Khebez Dawle (littéralement Pain d’État) qui, passé du Liban à l’Allemagne, via la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Croatie, se revendique toujours de … Damas sur sa page facebook et appelle, sur son site Internet, les gouvernements du monde à témoigner de leur humanité pour mettre un terme au “génocide mené par le régime du gang nazi d’Al-Assad ».

Bref.

Khebez Dawle est actuellement en tournée … en Allemagne. Et en attendant qu’ils aient l’autorisation (et l’envie…) de venir chanter par chez nous, je vous laisse apprécier cette vidéo (dont je n’ai pas réussi malheureusement à traduire les paroles).

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L’envers vaut l’endroit

Après les bombes d’hier, c’est juste une coïncidence si abcdetc fait aujourd’hui encore l’étalage d’armes. Mais celles du jour paraissent bien inoffensives.

armes-mali

Les fusils que promène paisiblement ce soldat malien sont en effet… en bois.

La légende de la photo m’a finalement appris qu’il s’agit de fusils d’entrainement et, dans leur lutte contre le terrorisme (là-bas aussi…), les militaires maliens disposent de vraies armes et de balles bien réelles. Qui blessent et qui tuent.

J’ai eu comme un soupçon de regret, après avoir imaginé le potentiel du développement de l’arme factice sur notre planète. Si les hommes aiment se tirer dessus, comme de grands enfants qu’ils sont restés, la solution du fusil en bois (et du canon en plastique, de l’avion et du bateau de papier ou de la bombe à eau), aurait tellement d’avantages par rapport à toute la quincaillerie déployée sur les champs de bataille et de plus en plus ailleurs : pas de pertes humaines, pas de dégâts matériels, une tendance très chic au développement durable et une économie de près de 1499 milliards d’euros. Soit le montant des dépenses d’armement que je vous communiquais il y a peu ici, moins un petit quelque chose pour le bois, le plastique, le papier et l’eau. Qui commence à coûter cher dans certaines régions du monde.

Mais trêve de regret et de rêve. Les grands enfants sont devenus encore plus cruels qu’ils ne l’ont été dans les arrière cours de récréation.

Un dernier détail : cette démonstration “de force” s’est déroulée au camp d’entraînement de Koulikoro à l’occasion de la visite au Mali (la troisième en 18 mois) de la ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen. Élevée à cette occasion, m’apprennent mes confrères maliens, “au titre de Commandeur de l’Ordre national, à titre étranger, par son collègue malien, Tiéman Hubert Coulibaly”.

Avec une médaille même pas en chocolat !

(Photo : Michael Kappeler)

À cause des fusils de bois, j’ai naturellement pensé Au bon roi Dagobert, ses innombrables couplets et son fameux sabre du même métal… Mais le titre du jour vient plutôt de la version de Colette Renard, moins enseignée dans les écoles, maternelles ou élémentaires, dont vous trouverez ici les paroles.

Et ici, en cliquant au bon endroit, la version chanté.

Mais parce que nous ne sommes pas samedi et qu’abcdetc a posé son regard au Mali, j’ai préféré compléter le voyage en réinvitant Rokia Traoré, en la félicitant au passage de sa nomination par l’ONU comme “Ambassadrice de bonne volonté” auprès des réfugiés.

Après, Né So, sa poignante chanson “de bonne volonté” diffusée ici en février, la belle et talentueuse ambassadrice nous propose ces jours-ci un clip (en apparence) plus léger… avec Ilé.

[youtube mok4filTILs 600]


Bruxelles : « m’enfin ?! »

“Aveugles, violents et lâches” se sont les mots de Charles Michel, Premier ministre belge. “Odieux et lâches” selon la reine et le roi, Mathilde et Philippe de Belgique.
En quelques mots, tout est dit…
Je ne vais pas me lancer dans une surenchère de qualificatifs. Je ne vais pas non plus participer au concours quelque peu obscène de celui qui trouvera le slogan ou le hashtag qui remportera la palme du suivisme sur les réseaux sociaux.


(dessin : Bar)

Mais en apprenant (par un dessin de l’ami Bar) que Tintin était invoqué pour pleurer les victimes des attentats “aveugles, odieux et lâches” qui ont frappé la capitale belge, je me suis dit que j’allais mettre mon grain de sel et faire une contre proposition :

2016-03-22-Lagaffe-Bruxelles

(photo : Jef Versele – dessin : Franquin)

Juste pour rappeler au souvenir le génial Franquin  (un pilier de la bande dessinée franco-belge) et son personnage Gaston Lagaffe, ici ahuri à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem.

Et maintenant, quelques minutes de silence…

Et après ce silence qui apaise un peu face à toute cette violence et le brouhaha médiatique qui l’accompagne et l’amplifie, un peu de musique qui fait aussi du bien…

En hommage.

  1. Jacques Brel    2.Dick Annegarn   3.Dalida
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Histoire de cul

equinoxe-string-Vasily-Slonov“Quand on n’a pas le cul propre, on ne grimpe pas aux arbres.”

[Si j’écrivais mes billets sur Twi*er, je m’arrêterais là ?]

Je ne sais plus vraiment si ma grand mère a dit ça, elle qui réprouvait tellement la vulgarité et les gros mots…

Quoi qu’il en soit, ayant toujours eu le vertige à partir de 2 mètres du sol, je ne grimpais pas bien haut. Maintenant aussi…

Et je sais depuis longtemps que je ne suis pas irréprochable et que si j’attends de l’être pour m’exprimer, je n’ai plus qu’à sagement fermer ma gueule.

Comme Obama à Cuba.

Hier matin, après avoir rédigé cette introduction, je suis allé mériter mon salaire au travail qui me paye, où j’ai retrouvé un extrait d’un livre d’Eduardo Galeano, Le Football, Ombre et Lumière, dans lequel l’auteur uruguayen évoque (entre autres) le Mondial 2006 et la situation planétaire dans lequel il se déroula :

Comme d’habitude, les avions de la CIA hantaient les aéroports européens, faisant comme chez eux, sans autorisation ni avoir averti personne ni rien, et transféraient des prisonniers vers les salles de tortures réparties à travers le monde.

Comme d’habitude, Israël envahissait Gaza, et pour récupérer un soldat kidnappé kidnappait, à feu et à sang, la souveraineté palestinienne.

[…]

Comme d’habitude, des sources bien informées de Miami annonçaient la chute de Fidel Castro, qui n’était plus qu’une question d’heures.

Comme d’habitude, on avait la confirmation qu’à Cuba on violait les droits de l’homme : à Guantánamo, base militaire nord- américaine en territoire cubain, trois des nombreux prisonniers enfermés sans accusation ni jugement étaient retrouvés pendus dans leurs cellules, et la Maison-Blanche expliquait que ces terroristes s’étaient suicidés pour attirer l’attention.

Bon d’accord, en 2006, Barack Obama n’avait pas encore succédé à George W. Bush, mais en 8 ans de règne il me semble que le prix Nobel de la Paix 2009, un peu par anticipation et “pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples” n’a pas vraiment tenu sa promesse de fermer le camp de Guantánamo (à 1h30 d’avion de La Havane) où sont encore détenus une centaine de “prisonniers”.

Je ne vais pas me lancer dans une défense de la politique cubaine en matière de droits de l’homme, au risque de me faire envoyer au goulag ou dans les démocratures pour voir si je peux y écrire aussi impunément qu’ici mes petits billets.

Mais si je suis bien d’accord avec la fameuse citation de Churchill disant que “la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres”, je pense avec Sade qu’il nous faut – en France comme ailleurs – faire “encore un effort si [nous voulons] être républicains”.

Et redonner leur dignité aux millions d’exclus de la grande générosité démocratique : aux expulsés de chez eux aux Etats-Unis, en Espagne ou ailleurs suite à l’effondrement du Monopoly des subprimes, aux autres victimes de nos “chères” banques surendettés jusqu’à la faillite, aux chômeurs qui n’ont rien compris au marché de l’emploi et à la nécessité de se flexibiliser, aux précaires qui ne le sont pas encore assez (flexibles), aux millions de pauvres qui font tâche dans la richesse de nos sociétés…

Mais qui ne meurent pas comme on meurent dans les geôles des dictateurs ou autrefois dans les goulags. Sauf de temps en temps sur un trottoir trop glacé, mais il a fait chaud cet hiver grâce au réchauffement climatique dont on aurait tort dès lors de se plaindre.

Et qui, même essorés par un système qui a encore du souffle, sont libres. De leurs opinions et de les exprimer (s’ils ne s’appellent pas Edward Snowden ou Chelsea – née Bradley – Manning…). Ou de s’acheter une voiture pour devenir les esclaves modernes de l’économie numérique. Comme pour nous rappeler que les démocratie “exemplaires” de l’Antiquité fonctionnaient grâce à une masse d’esclaves au sevice de quelques citoyens.

Bref.

Il n’y aura pas de photo de la famille Obama sous la pluie cubaine aujourd’hui sur abcdetc. Mais, à propos de goulag, je vous ai trouvé une image en provenance de Krasnoïarsk, en Sibérie, où l’artiste Vasiliy Slonov a fêté l’équinoxe de printemps avec une performance intitulée (selon l’agence Reuters qui m’a fourni ce cliché comme à nombre de mes confrères de la presse internationale) “Siberian Spring’s Strings”.

Je vous laisse traduire, je n’ai pas trouvé d’équivalent français pour string.

Et je pense que les jeunes filles qui accompagnent l’automobile ont le cul plus gelé que sale…

(Photo : Ilya Naymushin)

Qu’est ce que vous croyez ?

Je n’allais quand même pas survoler Cuba sans vous en rapporter un peu de musique. (Mais non, pas les Stones…) Et je vous propose même une balade dans la Havane en compagnie de Raúl Paz qui, après quelques années par chez nous, est reparti vivre à Cuba d’où il nous adressé en 2010 Havanization.

[youtube EuaVbePQipc 600]


Aux chiottes !

“Nous devons continuer d’éduquer et de protéger les populations les plus exposées, et de faire évoluer les mentalités et les pratiques anciennes auxquelles se heurte la quête de dignité.”

Ces mots de Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, n’ont rien à voir avec l’actualité. En tout cas pas avec notre triste actualité hexagonale qui en vient à occulter toutes les autres, nous faisant presque oublier que le monde compte 192 autres États que le nôtre et 7.316.644.771 humains (chiffre provisoire au moment où j’écris) d’une autre nationalité.

Ainsi, hier matin le rugbyman néo-zélandais Jonah Lomu n’a eu droit qu’à 13 secondes sur les 15 minutes que durait le journal de 8 heures que j’ai écouté chez France-Culture. À peine plus que les 10 seconde consacrées aux 32 morts (et environ 80 blessés) victimes d’un attentat attribué à Boko Hara sur le marché de Yola dans le nord-est du Nigeria (10 secondes…).

Et je ne suis pas allé compter ailleurs, sur des sites d’information dont tout le temps de cerveau disponible était accaparé par une femme qui se faisait sauter

(Pour les lecteurs trop pressés qui ne cliquent pas sur les liens, je remets le dessin de Barros que j’ai posté hier en commentaire, ainsi que … le lien vers le site de son auteur, Barros…)

Tous unis vraiment ? C’était la question que posait hier la matinale de France-Culture. La réponse est au-dessus. Pas dans le dessin mais dans le traitement de l’information dans notre pays en temps de guerre.

Bref.

Pour en revenir au propos de Ban Ki-moon, ils sont extraits du communiqué rédigé par le Secrétaire général de l’ONU à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes qui se déroule aujourd’hui pour la troisième fois depuis l’adoption de la résolution “L’assainissement pour tous” en juillet 2013. Et dont l’ONU espère qu’elle cessera en 2025, date à laquelle devrait être éradiquée “la défécation à l’air libre”.

Laquelle concerne encore plus d’un milliard de terriens. Sans compter les 1,4 milliards d’autres qui n’ont pas accès à des sanitaires décents.

On espère qu’il n’y a pas de terroristes parmi ces déshérités de la défécation. Sinon il sera difficile d’aller les “buter jusque dans les chiottes”, selon la menace de Vladimir Poutine au siècle passé, délicatement reprise ces jours-ci sur les réseaux “sociaux”.

(Photos : Mike Hutchings, Akintunde Akinleye, Bassam Khabieh, Ivan Alvarado, Lucas Jackson, Yannis Behrakis, Jason Lee, Thierry Gouegnon, Thomas Peter, David Gray, Thomas Mukoya, Jamal Saidi, Muhammad Hamed, Mariana Bazo)

Je n’ai pas eu le courage de légender toutes les images du jour en provenance d’Afrique du Sud, d’Alaska, du Chili, de Chine, de Côte d’Ivoire, de Grèce, de Jordanie, du Kenya, du Liban, du Nigeria, du Pérou, de Russie, de Syrie et du Tibet.
Merci à Reuters de les avoir réunies (avec quelques autres) dans cette courte vidéo…

Et aussi bon anniversaire à mon non encore lecteur qui fête aujourd’hui ses … 2 ans !

Il y avait aussi des choses intéressantes dans la matinale de France-Culture hier matin… Merci à Mathieu Conquet de m’avoir fait découvrir The Langston Project qui réunit des textes de Langston Hugues (1902 -1967) sur des musiques du guitariste danois Hasse Poulsen. Si vous n’avez le temps de n’écouter qu’un morceau, allez directement au n°6 I Dream A World.


Les jours heureux

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. Benjamin Franklin

D’abord la sidération.

Puis le silence.

Que j’aurais pu garder encore. Longtemps. Noyé des mots des autres. Des journalistes insatiables aux politiques indignes. Bercé par une radio qui égrène le nombre de victimes dans un macabre compte à débours, qui glose, explique, radote, invite dans un grand ramdam les quidams et les spécialistes en tous genres à mélanger leurs propres mots, tend l’oreille aux rumeurs, aux petites phrases. Mésinforme en boucle jusqu’à la nausée…

Un samedi noir sur la terre. Un week-end de deuil qu’il n’était pas utile de décréter. Comme il était peut être déplacé de décréter l’état d’urgence, symbole d’un temps peu glorieux de notre histoire nationale et signe d’une surveillance de la liberté chérie censée combattre avec ses défenseurs.

Comme si les terroristes avaient gagné leur pari de détruire la démocratie. Et flotte alors le souvenir amer de tous ces discours de début d’année sur la nécessité de la reconstruire…

J’aurais pu me taire d’urgence.

Après tout, qui se soucie de ce que je pense. La radio ne m’a pas invité à m’exprimer.

Alors, j’ai pensé à quelques uns d’entre vous, cette poignée de regards fidèles, qui parfois m’encouragent à donner de ma petite voix de traverse.

J’ai repensé à ce “spécialiste” de la lutte contre la terreur (dont j’ai oublié le nom) qui appelait à faire des choix, en donnant plus de moyens à l’ordre et à la sécurité, au détriment peut être d’autres politiques moins urgentes dans ces temps de guerre… Et à d’autres propos de la même eau qui m’ont fait bondir.

J’ai tourné, retourné, écrit, biffé, tenté de dire.

Le résultat est brouillon. C’est ainsi. Je ne suis pas des grands penseurs du temps. Mais je pense de toutes mes forces que j’ai presque plus peur de la société que nous annoncent ceux qui prétendent la défendre à tout prix, que de ceux qui tentent de la détruire. Même au prix de leur vie.

Je le répète en préambule : je ne défends aucunement les opinions nauséabondes des terroristes et de ceux qui les inspirent, téléguident et financent. Je n’ai aucune sympathie pour l’idéologie totalitaire défendue par de prétendus croyants qui insultent le dieu qu’ils prétendent servir…

Mais il y a chez eux un “idéal”.

Et à cet idéal criminel, nous n’aurions plus que le “choix” de dépenser plus pour la sécurité, l’ordre et son maintien, la police et l’armée. Et la justice peut être, pour enfermer les coupables d’opinion, dans des prisons qui débordent déjà… Et rétablir la peine de mort ?

Et choisir de dépenser moins pour l’éducation ou la culture, qui forment et construisent des citoyens ?

Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, en voyant François Hollande et ses ministres sécuritaires poser devant le Bataclan, j’ai encore regretté qu’il soit si mal conseillé. Que personne ne lui ait glissé l’idée de rester à la maison en laissant travailler ceux qui s’occupaient des morts et des blessés. En ne surchargeant pas de travail ceux qui assuraient la sécurité du quartier… Ou alors, quitte à céder à l’automatisme d’une présence inutile, sauf à témoigner d’un intérêt présidentiel qu’il paraît terrible de devoir ainsi réaffirmer, de se faire accompagner des ministres concernés, Éducation, Culture, Santé, Jeunesse et Sports… Et de les inviter au Conseil de sécurité.

Mais ce n’est pas la conception du moment dans une société en guerre. Pour la défense de la démocratie !

Mais quel idéal offre aujourd’hui cette société ? Que proposons nous comme alternative au fanatisme ? La consommation, la compétition, l’argent, l’individualisme protecteur de l’avoir. Et pour ceux qui sont exclus de l’élite possédante ? Le choix de survivre. Ce qui est mieux que celui de mourir, je vous l’accorde, mais bien peu enthousiasmant, reconnaissez-le.

J’espère encore que nous fassions le choix du vivre ensemble, de la fraternité, que nous menions de nouveau la révolution vers l’égalité. Réelle. Des chances, de l’épanouissement, de l’emploi, du travail, d’une vie profitable, mais au delà des profits financiers. Que nous réinventions une société de partage : de l’espace, du bonheur, des richesses, des ressources du monde, de la pensée de l’autre, des beautés du monde, de l’imaginaire.

Ce n’est pas seulement de plus de sécurité dont nous avons besoin, pour préserver nos “valeurs” en réduisant nos libertés. Mais de réinventer l’égalité, de retrouver les clefs de la fraternité.

J’aimerais tant que nous puissions ne pas seulement partager les deuils, dans une unité nationale provisoire et éphémère, mais aussi les joies (et pas seulement quand la France gagne une coupe du monde, même si je déplore au passage que les attentats de vendredi nous aient privé de la saveur de la victoire contre l’Allemagne).

À propos de victoire contre l’Allemagne… Je ne défends pas plus l’islamisme et tous ses avatars que le nazisme, le fascisme et tous leurs avatars de l’époque et d’aujourd’hui encore. Mais je crois savoir que la “barbarie” nazie ne fut pas vaincue seulement pas la puissance yankee (on oublie tellement facilement les Russes…) mais aussi, surtout, par la volonté des résistants qui se sont battus alors pour la liberté. Et aussi pour le bonheur.

Les jours heureux : c’est le titre du Programme national de la résistance, mis en œuvre à la fin de la guerre. Et soigneusement détricoté depuis, notamment par Sarkozy, et dont Hollande, Valls, Macron et d’autres éparpillent les derniers lambeaux.

Comme autrefois contre les idées odieuses des nazis et des fascistes, il nous faut lutter aussi avec les armes d’une foi convaincue en des jours meilleurs, des lendemains qui chantent et pourquoi pas des grands soirs, pas endeuillés, sauf par la mort des tyrans de l’argent et du pouvoir.

Il ne suffit pas de déclarer la guerre à ceux qui veulent la guerre. Il nous faut imaginer une société de la paix.

Il est vain de lutter contre “l’idéologie” islamiste si nous ne retrouvons pas d’idéal.

Comme il est vain de n’avoir comme programme, pour les élections qui viennent et dont la campagne s’est brutalement interrompue, comme pour les suivantes, d’empêcher le FN d’accéder au pouvoir. Ce parti extrémiste a pour sa part un programme. Détestable, exécrable, mais qui convainc de plus en plus de gens. C’est en trouvant autre chose que la bataille (feinte?) contre ce parti, qu’il peut être envisagé de le combattre. Et de combattre ses idées. En luttant réellement contre les inégalités, c’est à dire contre ceux qui accaparent les richesses, en se battant contre le chômage, à travers le droit réaffirmé de travailler dignement et pas en développant l’asservissement des travailleurs, en se battant contre la pauvreté, dans l’un des pays (le 5e, le 6e, je m’en moque…) les plus riches du monde comme ailleurs dans les pays où l’on rêve d’eldorado, en assurant de vrais droits au logement, et pas seulement dans des cités ghettos de plus en plus éloignées de la vie, à la santé, à l’éducation, à la culture, au bonheur.

En ayant enfin le courage d’un programme. Commun, comme celui que sabota en son temps Mitterrand. Ou des jours heureux…

Auxquels j’ai envie de croire encore. Malgré tout !

*

Je n’ai pas oublié la ligne de ce blougui. Aussi ce (long) article est-il illustré des lumières que le monde a allumées pour notre pays. Et comme j’aimerais encore croire à la France des lumières.

(Et comme me fait vomir la colorisation en bleu-blanc-rouge de f$$$k, tellement peu solidaire quand il s’agit de payer les impôts pour financer la société dont il tire profit…)

(Photos : Aly Song, Marcos Brindicci, Alexander Schippers, Asit Kumar, Vladimir Simicek, Leo Correa, Denis Balibouse, David Mdzinarishvili, Mussa Qawasma, Kacper Pempel, Arben Celi, Stevo Vasilijevic, Ammar Awad, Marko Djurica, Chris Helgren, Melo Moreira, Licata Caruso, Jason Reed, Gérard Julien, Hannibal Hanschke, Stephen Lam, Tomas Bravo, Suzanne Plunkett, DR)

J’ajoute un moment de silence en pensée pour toutes les victimes tellement inutiles. Sans ruban noir, comme d’autres hypocrites qui ont recyclé celui de janvier. Mais avec la Colombe de même couleur de Picasso… Pour croire encore à la vie !

 

Et parce que la musique est encore tellement indispensable…

Une mini mosaïque avec David Martello, le 14 novembre 2015 devant le Bataclan, et John Lennon, en 1971, chez lui.

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Par procuration

J’ai longtemps gardé le silence sur mondoblog et m’en excuse auprès des quelques fidèles auxquels j’aurai manqué.

C’est que même la duplication de contenu demande un temps dont je dispose de moins en moins.

Mais, puisque j’ai longuement écrit aujourd’hui, je peux bien prendre un peu (plus) de temps pour copier-coller l’article du jour, en provenance d’abcdetc canal historique

voter-avec-ses-pieds

Il y a plus de 6 mois, je me suis coupé le doigt en faisant la vaisselle. Je n’ai pas dit sectionné hein ? Juste bien entaillé par le bord tranchant d’une assiette qui s’est cassée en deux sous la pression de l’éponge. C’est vous dire si je ne fais pas les choses à moitié ! Belle entaille et beau sang rouge. Et depuis une gêne de tout le doigt voire de tout le bras dans les bons jours. Et les mauvaises nuits.

Je ne vous dis pas ça pour me plaindre ni pour témoigner de mon abnégation à poursuivre mes activités dans l’adversité depuis tout ce temps. Malgré ce handicap, finalement tellement dérisoire comparé à d’autres que je tairai ici par pudeur.

Juste parce que j’avais rendez-vous ce matin chez un spécialiste de l’auriculaire. Et des autres doigts. De la main tout entière. Droite ou gauche, sans discrimination. En ce qui me concerne, c’est l’auriculaire gauche qui fut tailladé. J’ai omis de le préciser tout à l’heure.

Mais le rendez-vous a été reporté par la secrétaire médicale qui m’a appelé en fin de semaine dernière pour m’annoncer que le Dr X serait en grève ce vendredi 13.

Pas de chance, me dis-je in petto, en hésitant du coup à parier mon obole sur un hypothétique gain de 13 millions au loto du jour. Avant de demander à haute voix à mon interlocutrice les raisons de ce mouvement d’humeur de mon praticien et de grève de ses collègues.

La pauvre bafouilla quelque peu, m’expliquant que la grève était pour la loi santé. Que je pouvais consulter sur Internet. Je rectifiais,  pour moi la grève était sans doute plutôt contre et je voulais bien qu’on m’explique plus précisément contre quoi. La pauvre secrétaire bafouilla davantage, visiblement peu préparée à mes questions. Elle m’expliqua que c’était pour la défense des patients et de leur liberté d’accès aux soins et tralala, blabla… N’étant pas d’un naturel sadique, je n’ai pas prolongé le calvaire de la pauvre secrétaire si mal informée par son patron. Je lui ai juste demandé de transmettre à celui-ci que je n’avais pas besoin qu’on fasse grève à ma place. Et j’ai remis à plus tard mon rendez-vous.

C’est hier, en croisant les “informations” sur LCI, que j’ai appris de la bouche d’un représentant des médecins libéraux dont j’ai oublié le nom que je ne suis pas allé rechercher (désolé) que les protestations médicales portaient notamment sur la généralisation du tiers payant, que ces nobles praticiens ne veulent pas subir. “Nous ne voulons pas être les otages de la sécurité sociale”, précisait le brave toubib. Sans que le contredise son interviewer en lui faisant remarquer : 1° que les “otages ” de cette grève devraient être les usagers selon la logique éprouvée à l’égard des fonctionnaires et autres agents de service public, notamment dans les transports ; 2° que la sécurité sociale est quand même le dispositif qui permet aux médecins d’être payés, ce qui fait d’eux d’une certaine manière les collègues des fonctionnaires qu’ils aiment bien dénoncer…

Bref.

Après cette longue introduction très hexagonale et donc hors sujet, je suis allé voir chez les Grecs, qui eux aussi faisaient grève (mais sans procuration), pour protester (encore) contre l’étranglement de la rigueur dont il croyait s’être un peu débarrassé en votant pour Syriza. Et dont le gouvernement d’Alexis Tsipras a fini par accepter de leur resservir une nouvelle tranche. La grève du 12 novembre contre ce gouvernement Syriza était d’ailleurs soutenue par… Syriza. De quoi devenir schizophrène. Mais j’ai compris malheureusement que l’état des finances de la majorité des Grecs ne leur permettait guère de consulter les psychiatres de leur pays. Dont je ne sais pas de qui ils se sentent otages : de leur gouvernement ou du “quartet” qui a succédé à la “troïka” qui veille à l’orthodoxie libérale des remèdes imposés à leur pays. Et qui venait vérifier tout ça sur place mercredi, à la veille de la grève générale. J’espère qu’ils ont été coincés à l’aéroport au moins…

Bref (bis).

J’ai toujours mal au doigt et au bras. Et la démocratie a des soucis à se faire aussi bien en Grèce que dans le reste d’une Europe de plus en plus sourde aux alternatives.

Les peuples vont continuer à voter de plus en plus avec leurs pieds, comme le dit l’expression figurée. Incarnée aujourd’hui par cette image en provenance d’Haïti, où plusieurs milliers de personnes ont manifesté mercredi pour protester contre le “vol” auquel se serait livré le président sortant, président Michel Martelly, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, le 25 octobre 2015, plaçant son poulain Jovenel Moïse (à l’affiche ici piétinée) en première position avant le second tour…

Je sais. Ce billet vous paraîtra peut-être long et sans vraiment de logique.

Mais ma conclusion, d’à propos en à propos, est simple :

Je ne donnerai plus jamais de procuration, comme celle qui me comptabilisa (contre mes consignes de vote) comme électeur de Chirac en 2002. Et je conseillerais au président sortant, s’il décidait enfin à faire appel à mes services plutôt qu’à ceux de communicants désespérants de démagogie, de cesser de jouer à faire monter la droite extrême en espérant ainsi emporter un deuxième mandat. Car, en 2017 comme en 2002 (et en 2007 et en 2012), je me refuserai toujours à voter à droite pour soi-disant faire barrage à l’extrême droite.

Et je ne suis plus seul à avoir compris que François Hollande, pas plus que Ségolène Royal et tant d’autres de leurs “camarades”, n’est “pas de gauche”.

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(Photo : Dieu Nalio Chery)

“La réussite dans la vie dépend de plusieurs facteurs, tels que : la volonté, la détermination, la discipline, le respect des valeurs sacrées, la croyance en soi, la sincérité, l’assiduité au travail et surtout la patience. Sur le plan de la réussite collective, tout cela ne servira à rien si tous les membres d’une société, d’un groupe musical ou d’une organisation ne sont pas vraiment animés du même esprit ou s’ils ne partagent pas les mêmes aspirations et les mêmes rêves. En d’autres termes, il faut qu’ils aient tous le même but.”

Quitte à être long, je n’ai pas résisté au plaisir de vous recopier l’introduction de l’article qui m’a conduit jusqu’à Zenglen, groupe haïtien que je vous laisse maintenant découvrir tranquillement.

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Sans hésiter ?

(Photo : Scott Barbour)

Parfois, en écrivant ces billets quotidiens, il m’arrive d’hésiter entre plusieurs sujets, plusieurs photos. Ou même d’hésiter à écrire, parce que je ne trouve rien à dire, pas les mots ou pas les photos.

Mais hier, je suis tombé sur Kane Petersen. Qui, heureusement pour lui, n’est pas tombé lors de sa traversée à 300 mètres au-dessus de Melbourne… malgré une crampe à mi-parcours.

Que voulez-vous : par nostalgie d’une profession que je n’ai pu embrasser pour cause de vertige intempestif, j’ai une admiration et même une certaine d’affection pour les marcheurs sur fil d’acier. Et même si Kane Petersen n’a battu que le record national et qu’il n’effacera pas le souvenir de Philippe Petit, j’ai eu un sourire de complicité pour lui.

Sourire partagé par plusieurs de mes confrères… La photo du jour s’est retrouvée dans plein de titres de la presse internationale. Très peu ma foi chez les francophones, mais abondamment chez les anglo-saxons :

  • Daredevil walks between two buildings on high wire 984ft above ground – with leg cramp (Mirror)
  • “Daredevil suffers leg cramp during Australia’s highest ever tightrope walk” (Metro)
  • Tightrope walker suffers leg cramp during daredevil stunt nearly 300m above ground (ITV News)
  • “Daredevil Kane Petersen in Eureka Tower tightrope walk” (Herald Sun)
  • Daredevil Kane Petersen in Eureka Tower tightrope walk (Adelaide Now)

Oserai-je vous avouer que j’ai d’abord cru que Daredevil était le surnom de Kane Petersen, avant que Wikipedia ne m’apprenne que “Daredevil est un personnage de comics appartenant à l’univers de Marvel Comics qui a été créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett dans la revue Daredevil n°1”. Et que “l’expression anglaise ‘daredevil’, souvent utilisée pour qualifier les acrobates ou autres cascadeurs, peut se traduire par ‘casse-cou’, littéralement ‘tenter le Diable’, de l’anglais dare (oser) et devil (diable). Il est souvent surnommé ‘L’homme sans peur’.

Moi qui en était resté à Davy Crockett en tant qu’homme qui n’a jamais peur…

Le plus drôle, c’est que juste après cette découverte linguistique, j’ai croisé en photos plein d’autres daredevils.

(Photo : Eli Martinez)

La plongeuse italienne Roberta Mancino dans le Golfe du Mexique : “Italian daredevil Roberta Mancino was completely unprotected when she swam just inches away from the huge jaws of an American crocodile.”

(Photo : Pedro Pardo)

Les plongeurs d’Acapulco, non loin d’elle.

(Photo : Landov)

Spencer Horsman, qui semble s’inspirer d’Houdini pour ses plongeons personnels quelque part au Canada.

(Photo : DR)

Robbie Madison, compatriote de Kane Petersen qui fait du surf en moto.

(Photo : Alkis Konstantinidis)

Et, toujours dans la série risques aquatiques…

Euh non…

La photo de ce réfugié syrien qui empêche ce gamin de se noyer ne date pas d’hier mais de dimanche dernier…

Et j’ai comme l’impression en voyant son visage qu’il a peur.

Et la sensation, en lisant le chiffre qui légende l’image de 500.000 migrants qui ont tenté le diable en 2015 pour venir jusqu’en Europe, que le monde n’a pas fini d’avoir le vertige.

Et quelques crampes.

Raison de plus pour applaudir Kane Petersen.

À cause de Davy Crockett, j’ai hésité entre Annie Cordy et Chantal Goya.

Mais je n’ai pas réussi à départager ces deux grandes dames de la chanson française qui survivront à Guy Béart.

Alors, à cause du funambule et après plusieurs tâtonnements de Raphaël à Grand corps malade, en passant par Gérard Lenormand et Thomas Van Eeckhaute accompagné par Lucille Marchel-Seumois

…j’ai retrouvé Jehan. Qui vacille comme s’il allait basculer mais s’en sort finalement pas mal de cette chanson de JR Caussimon et L Ferré : Le Funambule.


Le poids des photos

Hier, l’image du jour n’était pas à la Une d’abcdetc.

Ce n’est pas par choix éditorial, fausse pudeur, dilemme entre le montrable et l’innommable, interrogations sur la déontologie… j’en passe, comme j’ai entendu mes confrères de la presse sérieuse s’en justifier en écoutant (ou en lisant) les « informations” de midi.

Non, c’est tout simplement que je n’en ai pris connaissance qu’après mon réveil, alors que le billet du jour était déjà publié.

Mais l’image (les images) n’est pas là non plus aujourd’hui 4 septembre, même si je me suis senti obligé d’en parler. Comme naguère à d’autres moments…

Pas seulement parce qu’elle est choquante. Et si cette image de désolation révulse, elle n’est pas plus terrible que la détresse de milliers de personnes que j’ai vue ces derniers mois sur des dizaines de photos…

Mais parce qu’elle est presque trop “visible”. Et que le tapage médiatique autour de l’humanité échouée (qu’on l’écrive en français ou en turc…) est assourdissant.

Que les mots clefs n’ouvrent pas forcément les yeux, les cœurs, les consciences, les pays.

Et que si une image vaut 1000 mots, celle-ci m’a ôté tous les miens.

Mais tellement d’autres ont parlé, glosé, scandé, déclaré, commenté, invectivé, affirmé leur prise de conscience, jusqu’à l’écœurement, la nausée, l’indigestion devant toutes ces réactions, d’indignation, d’horreur, d’humanité, de bouleversement. D’une émotion qui, une fois de plus, remplace et empêche la réflexion, et de réaction qui remplace l’action, et son urgente nécessité… comme l’a écrit en quelques caractères un certain Premier ministre.

Une émotion qui, ce matin au moment où j’arrive enfin à retrouver quelques mots, cède déjà la place à la polémique.

Alors, ce matin encore, je n’ai pas publié la photo (les photos) du petit Aylan (Kurdi ou Shenu).

Parce qu’une photo, quel que soit son poids, n’a jamais changé le monde.

Parce que, comme le disait hier Laetitia Guillemin, présidente de l’Association nationale des iconographes et iconographe au Monde diplomatique :

“Je ne suis pas pour ce genre de photos. Il y a d’autres moyens que la manière frontale. Utiliser un enfant pour dénoncer la non-politique européenne sur la question n’est pas la solution.”

Parce que, grâce à mes confrères du Huffington Post Maghreb, j’ai trouvé d’autres images.

De vivants.

Des réfugiés syriens en Jordanie, en 2013. Trop vivants pour émouvoir et faire cesser la guerre dans leur pays ?

Des réfugiés qui parlent.

Parmi les messages qu’ils ont voulu transmettre (et que vous pouvez retrouver ici), on peut lire : “Sauvez les enfants syriens.” “Où est ma vie ?” “Mon enfance m’échappe.”

Comme autant d’appels à l’aide et à l’action.

Mais aussi : “Je veux retrouver ma vie d’avant.” “Je veux retourner en Syrie, mais c’est dur.”

Qui nous rappellent que les réfugiés, les migrants, les exilés, les naufragés, quel que soit le nom qu’on leur donne (et cette autre polémique du langage…) demandent autant à être accueillis qu’à pouvoir espérer repartir un jour chez eux.

Que si des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants arrivent par milliers en Europe (et meurent par centaines sur nos rivages), ce n’est pas seulement pour “profiter” de nos richesses, emmener les enfants à Disneyland ou faire leurs courses sur Internet. C’est aussi, d’abord, que leur quotidien n’est pas possible là où ils sont. Dans des pays en guerre, secoués de violence, détruits par les conflits…

Et que la reconstruction, après des années de destruction en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, en Somalie, en Érythrée, au Soudan, au Yémen… demandera autre chose que de l’émotion. Et ne se fera pas dans l’urgence.

Je sais. J’ai dit ce que j’ai pu…

(photos : Robert Fogarty)

La Family Atlantica propose plein d’autres vidéos sur son site. Mais celle-ci m’a paru d’actualité.

Just a Day on the Beach.

Et ne voyez aucun cynisme dans ce qui n’est qu’une amertume.


La bourse ou la vie ?

panda-washington

J’ai dû me pincer hier matin pour vérifier que je ne rêvais pas après une nuit de sommeil trop courte et un peu agitée.

Il faut dire que la radio et les gazettes annonçaient avec un certain unisson un krach boursier chinois (que tout laissait prévoir dans les semaines passées… ) en tentant cependant de nous rassurer en nous expliquant que la chute des valeurs n’aurait pas vraiment d’influence sur notre quotidien de consommateur occidental et que de toute façon cela n’avait que peu de rapport avec la réalité.

Je vous ai trouvé un petit florilège de ces déclarations sur “l’économie réelle”.

“Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle (alimentant en particulier les marchés boursiers) plutôt que dans l’économie réelle.” (Liu Li-Gang, économiste de la banque AN, cité par Le Parisien via L’AFP)

“Les Bourses chinoises s’étaient envolées de 150 % en l’espace d’un an, dopées par un endettement massif et déconnectées de l’économie réelle.” (L’AFP toujours)

“Ces chutes lundi sont aussi l’éclatement d’une bulle financière, signe d’un décalage des marchés avec l’économie réelle.” (Marina Cabiten sur France-Bleue)

“Il y a quand même une différence entre marché boursier et économie réelle.” (Philippe Ledent, économiste ING, sur RTBF)

“On assiste actuellement à un ajustement par rapport à l’économie réelle.” (Philippe Waechter, directeur des recherches économiques chez Natixis Asset Management, interviewé par Francetvinfo)

“Il faut aussi relativiser le poids de la Bourse dans l’économie réelle chinoise.” (Sylvain Broyer, économiste lui aussi chez Natixis, interviewé par L’Express-L’Expansion)

“L’impact de la dégringolade des marchés sur l’économie réelle sera probablement limité.” (Sous-titre d’un article réservé aux abonnés de L’Opinion)

“Mais au total, pas de quoi renverser l’économie réelle.” (Marion L’Hour sur France-Inter)

“Une croissance factice qui a fini par se cogner à l’économie réelle.” (Victor Point dans 20minutes)

“Chine : derrière le plongeon des marchés, la crise de l’économie réelle.” (Titre de l’article de Claire Guélaud dans Le Monde)

“Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle. Il faut faire plus pour l’économie réelle.” (Patrice Gautry, chef économiste d’UBP cité par Le Figaro)

La banque centrale s’efforce désormais de guider ces fonds [d’État] vers l’économie réelle.” (Wang Shengzu, économiste de Barclays Capital cité par La Croix)

“L’économie réelle de la Chine ralentit mais il est tout à fait naturel que cela se produise.” (Carlo Cottarelli, directeur exécutif du Fonds monétaire international, cité par Boursorama… dimanche dernier à la veille du crash)

Mais vous pouvez en trouver plein d’autres par vous même (en français comme en anglais, et peut-être en chinois ?). Il y a même un site Internet éponyme, créé par … PSA, pour financer ses ventes de voitures.

Bref.

Il est vrai que l’économie irréelle, virtuelle, fausse, abstraite, artificielle, factice, illusoire, mensongère, théorique, imaginaire, fictive, etc. représente largement plus que l’autre si l’on en croit certains chiffres, comme ceux de ce tableau trouvé ici :

Ou ce ratio que j’ai trouvé plusieurs fois cité (en cherchant un graphique publié jadis sur une double page du Monde diplomatique, avis aux archivistes…)

En 1990, le montant des transactions financières représentait déjà 15 fois la valeur du PIB mondial. À la veille de la crise, en 2007, ce montant atteignait 70 fois le PIB mondial.

Et comme la folie spéculative n’a pas été vraiment (réellement?) freinée par ladite crise, on peut imaginer que le rapport c’est encore accru. De là à conclure que l’impact sur nos vies de la “crise” chinoise sera au moins 70 fois moins important que sur celles du Pékinois moyen (ou pas)…

On peut raisonnablement penser tranquillement à autre chose.

Comme les lecteurs du Monde, qui plaçaient hier en tête des articles les plus partagés, un billet du blog “Passeurs de sciences” de Pierre Barthélémy qui répondait à l’angoissante question : Qui a découvert le clitoris ? à partir d’une étude publiée en 2010 dans l’European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology et joliment intitulée Colombo and the clitoris.

Rien à voir avec Peter Falk, mais plutôt avec Realdo Colombo lequel, dans De re anatomica, un ouvrage rédigé de 1542 jusqu’à sa mort en 1559, localise le clitoris et le décrit comme “le siège principal du plaisir des femmes pendant les rapports sexuels” ajoutant que “s’il est permis de donner un nom aux choses découvertes par moi, cela devrait être appelé l’amour ou la douceur de Vénus. On ne peut dire à quel point je suis surpris par le fait que de si nombreux remarquables anatomistes ne l’aient pas détecté.”

Voilà un beau retour à la réalité du monde. Même si pour ma part, j’attribuerais plus volontiers la découverte du clitoris à Eve ou à Lucy…

Quant à la photo du jour, elle n’a (malgré certaines apparences) aucun rapport avec le clitoris et je l’avais choisie avant de trouver l’article de Pierre Barthélémy. Rien de sexuel donc (ni de vraiment boursier). Juste l’image (parmi d’autres) de la naissance de deux bébés pandas dimanche 23 août au zoo de Washington dont je ne savais pas trop dans quel billet j’allais la publier…

(photos : Becky Malinsky)

De la réalité au Real World de Peter Gabriel. C’est cohérent, non ?

C’est en visitant le site du label que j’ai découvert les Colombiens de Sidestepper, avec ce titre Come See Us Play extrait de leur prochain album, à paraître en janvier 2016, sous le titre Supernatural Love.

Et vous m’excuserez si je vous laisse établir les rapports entre “amour supernaturel”, économie réelle, clitoris et pandas…


En bonne compagnie ?

“Allez-vous sauver la planète vendredi ?”

C’est l’étrange question que m’a posée hier Le Parisien, via une édition spéciale de sa lettre d’information consacrée à la Journée mondiale de l’environnement qui se déroule aujourd’hui.

Et quand j’ai cliqué pour en savoir plus, j’ai découvert ce beau programme :

Que le site dédié des Nations unies décline en proposant de poster son rêve parmi ceux de milliers de Terriens qui ont participé à cette magnifique opération, parrainée par Leonardo Di Caprio : “[…] partager les rêves qui nous permettrons (sic) d’avoir une planète saine et à prendre des engagements en vue d’atteindre les objectifs de développement durable durable (resic).”

Il faisait chaud, je rêvais juste de fraîcheur et d’un verre d’eau. Avec la conscience de ma chance infinie de pouvoir m’offrir tout cela d’un seul geste. Mais pas plus envie de lire des centaines de messages des temps modernes en anglais, ni de partager grand-chose avec Leonardo di Caprio. Ni d’avoir envie de croire encore à cette arnaque du développement durable (durable), dont je m’offre juste le plaisir à chaque fois de dire que c’est un oxymore.

Pas plus que je ne me sens de partager grand-chose avec les pollueurs dont on a appris cette semaine qu’ils seront les sponsors de la Conférence climat de Paris (COP21), qui doit réunir en fin d’année à Paris 40.000 participants de 196 délégations, sans compter 3000 journalistes. Et peut être quelques ratons laveurs… Pour un budget prévisionnel de 187 millions d’euros, que des entreprises qu’on n’imaginait pas à la pointe de l’écologie (EDF, Engie – ex-GDF Suez –, Air France, Galeries Lafayette, Ikea, JCDecaux, LVMH, Michelin, La Poste, Renault Nissan, etc.) financeront – en partie – en échange d’une belle image de défenseurs de l’environnement et de la planète, qu’ils pourront valoriser dans leurs publicités.

Combien de conférences inutiles et de journées pour rien faudra-t-il avant que nous réalisions collectivement que le modèle économique dominant n’est pas compatible avec notre survie ?

Hmmm…

Je me suis resservi un verre d’eau fraîche.

Et comme il fallait bien une image pour ce billet, j’ai repensé (et pas vraiment par association d’idées avec Leonardo di Caprio) à ce pauvre pingouin sur sa banquise que j’avais aperçu il y a quelques semaines, illustrant un article à propos d’un rapport de la Nasa, nous alertant sur la fonte accélérée des glaces de l’Antarctique du côté de la barrière de Larsen.

“Bien qu’il soit fascinant scientifiquement d’avoir un siège au premier rang pour regarder la banquise se craqueler et se briser, c’est une mauvaise nouvelle pour notre planète. Cette masse de glace existe depuis au moins 10.000 ans, et aura bientôt disparu.”

pingouin

Brrr…

Et je ne crois pas que le pingouin ait une chance quelconque de s’assurer auprès d’AXA, l’un des sponsors de la COP21.

(photo : DR – Reuters)

Je n’ai pas envie d’être fataliste ces temps-ci : il n’est peut être pas trop tard pour nous sauver (la planète n’a pas besoin de nous pour le faire).

Par contre, j’ai raté Elvis Perkins qui passait à côté de chez moi mercredi soir.

Je me consolerai en vous passant deux morceaux du bonhomme. L’un de son tout récent disque, I Aubade :

L’autre plus ancien, de quelques années, à travers lequel j’avais découvert cette voix qui semble d’un autre âge.


Moi j’m’en foot…

Son pays proteste depuis bientôt un mois et l’annonce de sa candidature à un troisième mandat présidentiel. Une tentative de coup d’Etat a ébranlé son pouvoir, plus de 20 personnes sont mortes dans les manifestations (dont encore 2 hier), plus de 100.000 habitants ont fui vers les pays voisins, la mobilisation ne semble pas faiblir malgré la répression policière qui menace maintenant les journalistes étrangers, les radios libres sont muselées et surveillées par la police… mais Pierre Nkurunziza a causé sur les antennes de la radio-télévision nationale dans la soirée du mercredi 20 mai pour affirmer que “la paix et la sécurité règnent au Burundi”.

Pierre-Nkurunziza-foot

Puis il est allé jouer au ballon (avec Dieu dans les buts ?) pour bien montrer qu’il s’en foot !

(Photo : Goran Tomasevic)

“S’il vous plaît, s’il vous plaît, je vous appelle au secours, vous les journalistes, levez-vous pour vos confrères, levez-vous pour la liberté de la presse. Moi j’ai vu, au début de l’année, des millions de gens dans la rue pour Charlie Hebdo. Là on parle d’un pays qui est enfermé; d’un peuple qui se fait massacrer. On a dépassé les paroles. Je vous en supplie, venez à notre secours.”

Hier matin, la chanteuse belgo-burundaise Khadja Nin est intervenue à la télévision belge pour attirer l’attention sur son pays d’origine.

Après avoir entendu (et lu) son appel, écoutez aussi son chant, aussi apaisant que les images qui l’accompagnent, signées Jeanne Moreau.


La grosse cavalerie

On peut avoir perdu toutes ses guerres depuis 70 ans et continuer à rouler des mécaniques.

C’est ce que fait actuellement l’armée étasunienne en Roumanie, où le 2e bataillon du 2e régiment de cavalerie commandant est en exercice pour une marche de 400 km à travers le pays. Plus de 300 soldats et 100 véhicules de combat participent à cette grande parade, que leurs chefs annoncent comme une “démonstration de la capacité de l’Otan à se déplacer librement dans la région”. Chouette non, cette belle liberté !

Et pour que les autochtones puissent goûter aux joies de la liberté, les braves soldats ricains rejouent la scène qui leur a valu tant de succès il y a 70 ans en Europe et depuis sur les écrans d’Hollywood, avec le concours amical des populations conquises. Au sens figuré bien sûr. Ils étaient ainsi plus de 2000 — selon les organisateurs – à Ploesti en fin de semaine dernière, à venir admirer les soldats, leurs uniformes et leurs équipements. À “s’agiter comme s’ils avaient attendu les Américains toute leur vie.”

Et pour calmer leur excitation, ils ont même eu droit de faire joujou avec les fusils.

Au moment où les derniers champs de bataille étasuniens (Irak ou Afghanistan) connaissent un regain d’activité avec le départ de leurs “libérateurs”, cette démonstration de déplacement libre en milieu amical en réjouira peut-être quelques-uns.

À ceux qu’elle fait gerber, sachez qu’un dépôt de gerbe est justement prévu pour clôturer cette semaine de festivités, jeudi au mémorial de la Seconde Guerre mondiale.

Je vous laisse chercher où il se trouve en Roumanie. Pour ma part je resterai chez moi…

(photos : Vadim Ghirda)

Roumanie ET accordéon avec, pour calmer l’excitation de vos gambettes avides de danser plutôt que de marcher vers la guerre, les Taraf de Haïdouks, qui nous viennent de Clejani, au sud de Bucarest, et nous interprètent Clejani Love Song, extrait de leur album Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts.


François vs François

Dimanche 10 mai 2015, après sa rencontre avec François (le pape), Raúl Castro a été dithyrambique : “Je suis sorti de cette rencontre très marqué, vraiment, par sa sagesse, sa modestie et toutes les vertus que nous connaissons. Je lis tous les discours du Saint-Père et j’ai dit au président du Conseil [italien] que si le pape continue à parler ainsi, un jour je recommencerai à prier et je retournerai à l’Église catholique. Et je ne le dis pas pour plaisanter.”

Avant-hier, après sa rencontre avec François (notre président), Raúl Castro a été… discret. Aucune grande déclaration à la presse. À peine si les deux présidents “ont évoqué l’idée de renforcer le partenariat France-Cuba dans le respect du rythme et de l’identité de chacun”.

Et rien de plus sur le site de l’Élysée, où hier encore la visite officielle à Cuba était annoncée deux fois avec un lien toujours actif sur le 4 mai :

Ce qui témoigne une nouvelle fois de l’importance relative des deux François de l’actualité du moment. Et qui me confirme qu’il n’est d’aucun intérêt d’inviter dans ce blougui qui parcourt le monde à sa manière un individu qui a autant de mal à entrer dans le présent que dans l’histoire. À ce sujet, je signale aussi aux responsables de communication de l’Élysée que dans la (bonne) rubrique “Visite officielle en République de Cuba” il n’y a aucune mention de la rencontre “historique” entre François Hollande et Fidel Castro.

Et franchement, c’est bien pour ne pas être amalgamé avec l’UMP que je n’en conclurai pas que c’est “pathétique” (un peu comme la une de Libération d’avant-hier, non?)

(photos : Gregorio Borgia, Présidence de la République, Alex Castro –
montage pour Libération : Yorgo Tloupas)

Pour vous choisir la musique du jour, j’ai parcouru les pages musicales de l’excellent site Havana Culture où, après bien des hésitations, j’ai porté mon choix du jour sur Yusa. À cause des lignes de basses qui accompagnent son champ et aussi des images de Patagonie qu’elle nous offre dans son clip De Colores.

L’occasion d’une dédicace à deux amoureux qui m’ont offert le magnifique livre de Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du sud, qui me permet de voyager en mots et en images dans ce bout du monde extraordinaire qu’est la Patagonie (et de ne pas subir François Hollande pendant 10 jours à la une de ce blougui…)

dernieres-nouvelles-du-sud


Comme un air de fête

Si vous n’étiez pas à Yasothon (Thaïlande) à la fin de la semaine dernière, abcdetc vous a trouvé pour vous consoler quelques images de la Boun Bang Fai (ประเพณีบุญบั้งไฟ ou Fête des fusées) qui s’y déroulait. Une cérémonie bouddhiste qui marque le sixième mois du calendrier lunaire, au cours de laquelle les paysans demandent aux dieux de bonnes récoltes et des pluies abondants, en leur adressant des fusées géantes en bambous décorés.

Il paraît que c’est aussi une fête de la fertilité, avec des phallus géants dressés vers le ciel par des hommes habillés en femmes. Mais je n’en ai pas trouvé d’images… Juste celles des malheureux artificiers dont les fusées n’ont pas explosé.

Vendredi dernier, Kim Jong-Un n’était pas non plus à Yasothon. Mais le “Commandant suprême de l’Armée du Peuple coréen” s’est consolé avec son nouveau missile balistique sous-marin qu’il a lui même imaginé puis testé avec un “succès révélateur”, et qu’il présente comme une “arme stratégique de niveau mondial”.

Mais rassurez vous, au niveau mondial, nous avons aussi de quoi nous offrir un sacré beau feu d’artifices, si l’on en croit l’inventaire des têtes nucléaires disséminées ici ou là, publié récemment par Le Parisien, selon les chiffres du Bulletin of the atomic scientists.

Enfin je ne sais pas si cela est vraiment rassurant…

(photos : Taylor Weidman, David Longstreath, KCNA)

Même s’il n’inonde pas Internet, il était plus facile de vous trouver un peu de rock thaïlandais que nord-coréen.

The Paradise Bangkok Molam International Band sera en concert cet été au Paleo Festival (où je ne vais plus depuis belle lurette, mais que de beaux souvenirs) qui présente le groupe comme une dreamteam thaï et Kammao Perdtanon comme le Jimi Hendrix du luth thaï.

Je vous laisse en juger.


Ensemble, sauvons la démocratie !

Honnêtement, ce blougui a beau avoir une réelle fibre écologiste et s’intéresser de près aux problèmes environnementaux qui nous menacent largement plus que la planète qui nous survivra, je n’aurais pas couvert les manifestations de la fin de semaine en Roumanie si un détail n’avait attiré mon attention.

À l’appel de 26 ONG environnementales, 2 500 à 5 000 personnes ont manifesté samedi 9 mai dans les rues de Bucarest et ils étaient au moins 20 000 au total dans 40 villes de Roumanie (Brasov, Barlad, Baia Mare, Craiova, Cluj, Iaşi, Alba Iulia, Drobeta Turnu Severin, Arad, Focsani, Galati, Mangalia, Miercurea Ciuc, Oradea, Pitesti Ploiesti, Radauti, St. George, Sibiu, Sighisoara, Suceava, Targoviste, Timisoara, Tulcea et Vaslui) ou à l’étranger (Berlin, Chisinau, Copenhague, Dublin, Londres, Luxembourg, Madrid, Milan, Montréal, Toronto, Munich, Pristina, Stockholm et Vienne…) à protester contre l’exploitation illégale de la forêt nationale, la “plus grande surface de forêts vierges de l’Union européenne”.

Les Roumains demandent donc à leur gouvernement de sauver leur forêt, dont 3 hectares disparaissent chaque heure, au profit des prédateurs étrangers, notamment la société autrichienne Holzindustrie Schweighofer, qui ne semble pas très regardante sur l’origine légale ou illégale du bois.

Outre les milliers de manifestants affirmant leur unité pour défendre la forêt, des milliers d’internautes ont déjà signé une pétition en ligne pour inciter le Parlement à renforcer la loi de protection de ce patrimoine.

La pression de la rue et d’Internet semble payante, puisque le parlement roumain a prévu d’étudier dès mardi les conditions d’application de la loi forestière, encouragé par le président roumain, Klaus Iohannis, lequel a jugé les manifestations de samedi “légitimes”.

Comme quoi, on peut croire un peu à la démocratie. En Roumanie…

Ce qui est contradictoire avec la fameuse photo qui a attiré mon attention, où l’on voit un cochon de papier affirmer que la démocratie est un mensonge, en anglais et devant la statue de … Charles de Gaulle qui trône sur la place éponyme de Bucarest.

Mais c’était peut-être un message à notre attention ?

(Photos : Vadim Ghirda, Alina Dumitriu, Ramona Găină, Cristian Delcea, DR)

Et j’ai trouvé une vidéo qui colle pour la rubrique accordéon du lundi ET l’anniversaire de la mort de Bob Marley. Renée de la Prade dans une interprétation très personnelle de Concrete Jungle :


Rompre le silence

Naturellement, on commence à parler beaucoup moins du Népal, plus de 10 jours maintenant après le tremblement de terre du 25 avril. Les nouvelles reléguées en pages intérieures nous parlent d’un embouteillage de l’aide humanitaire et de la longue reconstruction d’un pays dévasté. Mais ça ne fait plus frémir l’audimat…

C’est dire si le ravage de Gaza par l’opération “Bordure protectrice” en août dernier a peu de chances d’attirer l’attention. Surtout qu’il est toujours plus facile de témoigner de la compassion pour les victimes de catastrophes naturelles que pour celles d’une armée “démocratique”*.

Et c’est justement de l’intérieur de cette armée démocratique – Tsahal en langage journalistique politiquement correct et poétiquement réducteur – que nous sont arrivées lundi 4 mai de biens sinistres informations.

Dans un rapport sobrement intitulé This is How We Fought in Gaza (Comment nous avons combattu à Gaza), l’ONG israélienne “Breaking the silence” (Rompre le silence) donne la parole à plus de 60 officiers et soldats de l’armée israélienne qui ont participé à cette guerre tellement innommable qu’elle s’appelle “opération”. Et leurs témoignages sont édifiants…

À l’heure où j’écris ce billet, le rapport en ligne est inaccessible, mais je vous laisse lire certains de ces témoignages sur vos sites d’info habituels : Libération, L’Obs, Le Figaro, Le Monde, L’Express ou Courrier international

Ou écouter ce reportage de la Radio Télévision Suisse qui donne la parole à Yehuda Shaul, l’un des fondateurs de “Breaking the silence” qui dénonce le changement radical de doctrine de l’armée israélienne qui, à Gaza, a complété l’impératif “zéro risque pour nos forces” par une précision “à n’importe quel prix”. Y compris la vie des civils, considérés dès lors comme des cibles légitimes lorsqu’ils se trouvent dans les zones de combat. C’est-à-dire, en août 2014, l’ensemble de la bande de Gaza.

On m’objectera qu’à la guerre comme à la guerre. Mais la majorité des plus de 2 000 victimes de cette guerre (80 % selon le ministère de la Santé de Gaza, 69, 5 % selon l’ONU et 50 à 60 % selon … l’armée de défense d’Israël) étaient des civils qui ne demandaient qu’à vivre en paix.

Il sera encore plus long de reconstruire les 360 km² de Gaza que les 147 179 km² du Népal.

Et y construire la paix paraît parfois aussi illusoire que de vouloir arrêter les tremblements de terre.

Mais la terre a au moins l’excuse de son aveuglement.

(photos : Mohammed Salem, Ibraheem Abu Mustafa, Suhaib Salem, Mohammed Saber, Majdi Fathi, Banksy)

PS : * “Il est plus facile de s’occuper d’un désastre humanitaire lointain que de celui plus proche provoqué par Israël à Gaza”, a tweeté Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch , cité dans cet article de L’Union juive française pour la paix, où l’on apprend que la priorité des secours israéliens au Népal a été le rapatriement de 25 bébés nés de mères porteuses “achetés” par des couples homosexuels israéliens.

Un pays, une patrie… C’est tout ce que demandent les Palestiniens.

Homeland, c’est le titre du deuxième disque que nous offre Hindi Zarah. Je n’ai pas réussi à trouver où la Franco-Marocaine avait posé pour la couverture de cet opus.

Mais je sais que la photo est de Tala Hadid, la même artiste (anglaise d’origine irako-marocaine) qui a réalisé le clip de la chanson Any Story :