Hassan Abdoulaye

Tchad : interdiction des motos, les conséquences sur la santé

Au Tchad, le président de la République a décrété un état d’urgence dans trois provinces, à savoir le Ouaddaï, le Sila et le Tibesti. Parmi les mesures prises figure l’interdiction de circuler à moto sur l’ensemble du territoire des trois provinces en dehors du périmètre urbain. Mais cette mesure affecte négativement certaines activités, y compris relatives à la santé des habitants.

En dehors des conséquences annoncées sur les ondes de RFI, la radio du monde, concernant la manière dont les motos sont arrachées par les forces de l’ordre à Goz Beida, je voulais citer ici une autre conséquence qui peut affecter même la vie des citoyens : celle sur la santé. C’est pourquoi je demanderais juste une autorisation spéciale de circuler aux agents de santé pour éviter le pire. D’abord, je vous explique l’enjeu. Je vous recommande d’aller jusqu’au bout de l’article pour bien comprendre.

J’ai participé le 19 août dernier à une réunion de monitorage des activités du programme élargie de vaccination (PEV) regroupant tous les 29 responsables des centres de santé du district sanitaire d’Abéché. Pour vous qui n’êtes pas de la santé, cette réunion consiste à voir le nombre d’enfants de zéro à onze mois vaccinés contre des maladies spécifiques par rapport au nombre attendu, pour la période de janvier à juillet 2019, analyser ces données et prendre des mesures en cas d’insuffisance.

Il ressort de ce monitorage que sur les 29 centres de santé, seulement sept sont au vert (avec une bonne couverture vaccinale), c’est-à-dire qui ont vacciné un nombre acceptable d’enfants par rapport au nombre attendu. Rien que pour le district sanitaire d’Abéché, il faudra vacciner un minimum d’environ 2 600 enfants chaque mois pour atteindre l’objectif d’ici la fin de l’année 2019. Ce nombre est réparti, bien évidemment, entre les 29 centres de santé que compte le district, parmi lesquels 20 sont dans les zones rurales. Je vous rappelle que la délégation sanitaire provinciale du Ouaddaï compte quatre districts sanitaires. Imaginez alors combien sera le gap pour toute la province !

Afin d’atteindre ce nombre, il a été recommandé aux responsables des centres de santé d’organiser des stratégies avancées. Il s’agit là de planifier et aller dans les villages et ferriques se trouvant au-delà de cinq kilomètres du centre de santé pour vacciner tous les enfants de zéro à onze mois et rechercher les perdus de vue, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas fini leurs doses de vaccin. Les agents auront nécessairement besoin de motos pour faire ce travail. Ils ont besoin de motos pour aller dans les villages mais aussi et surtout pour venir jusqu’à Abéché pour chercher des vaccins, étant donné que seulement quatre centres de santé sur les 29 ont des frigos pour conserver les vaccins (les vaccins doivent être conservés entre +2 et +8°C).

Maintenant que les motos sont interdites de circuler, les indicateurs de la vaccination risquent de chuter davantage. Non seulement les agents ne peuvent pas rattraper les enfants non vaccinés, mais ils ne peuvent même pas continuer la vaccination des enfants qu’ils avaient commencés à vacciner. Sachant l’importance de la vaccination sur la prévention de beaucoup de maladies mortelles et invalidantes pour les enfants, comme la rougeole et la poliomyélite, cette décision peut avoir des graves conséquences sur la santé des enfants.

J’ai juste expliqué la situation du district sanitaire d’Abéché mais je suis certain que la situation est la même dans toutes les délégation sanitaires provinciales concernées par l’état d’urgence. Le risque immédiat est l’apparition des épidémies dans ces provinces. On ne le souhaite pas mais en cas d’épidémie, personne n’est épargné. Même vous qui êtes en train de lire cet article, surtout si vous êtes dans l’une de provinces concernées. Et avec la mobilité fréquente de la population, l’épidémie peut vous rattraper où que vous soyez. Afin d’éviter le pire, je demanderais tout simplement aux gouverneurs du Ouaddaï, de Sila et du Tibesti de délivrer une autorisation spéciale de circuler aux agents de santé leur permettant de faire ce travail. Si vous le faites, messieurs les gouverneurs, les enfants, leurs parents, les agents de santé et toute la population vous seraient très reconnaissants. Pensez-y !


Promotion de la culture bio au Tchad

Fin juillet, j’ai participé à la Foire des Opportunités Économiques à N’Djamena. Cette foire était organisée par le Centre pour le Dialogue Humanitaire en collaboration avec le ministère de la promotion de la jeunesse, des sports et de l’emploi.

Je me suis présenté avec un « projet de production et de commercialisation d’oignons biologiques ». Seize projets ont été présélectionnés parmi une centaine, dont le mien. Après avoir défendu mon projet devant un jury composé d’experts, j’ai reçu le 3e prix de meilleur projet sur 10 sélectionnés. Grâce à cela, l’Office National de la Promotion de l’Emploi (ONAPE) va apporter une aide financière à hauteur de 3 149 100 francs CFA, soit 90% du coût global du projet.

Ce projet entre dans le cadre des activités de ma startup dénommée « Cbio-Tchad » a pour objectif de réduire les risques liés à l’utilisation des produits chimiques en promouvant la culture maraîchère biologique.

J’ai choisi l’oignon pour commencer parce que c’est le produit le plus consommé par les tchadiens. L’oignon est présent dans tous les repas et mets quotidiens : à la maison, au restaurant, à la sandwicherie, chez le grilleur de viande, sur le point coin du quartier et partout où l’on trouve à manger. Bref, tous les jours que Dieu fait nous tous, hommes, femmes, enfants, vieux, tous consommons au moins une fois par jour de l’oignon ! Il est donc absolument nécessaire que cet oignon tant consommé soit sain, sans danger ni aujourd’hui, ni demain pour nous les consommateurs. Je dis « nous » parce que je suis producteur mais aussi consommateur.

Il faut savoir qu’aucune étude n’a été faite au Tchad pour déterminer les effets des produits chimiques. Pourtant, nous savons tous que l’utilisation de ces produits a des conséquences à divers niveaux. Un entretien avec un de mes ami qui travaille sur le contrôle de qualité des aliments et un tour sur le net m’ont permis de savoir ceci : les produits chimiques utilisés dans la cadre des cultures polluent l’air, appauvrissent le sol et polluent les nappes phréatiques (donc l’eau que nous consommons). Sur l’homme, ces produits présentent une toxicité néfaste pour la santé, certaines maladies comme le cancer pourraient être dûes à une intoxication lente et continue. (Un article consacré aux effets des produits chimiques sera publié prochainement). Au final, il suffit de s’informer sur les produits chimiques pour savoir que leurs effets indésirables sont nombreux et dangereux. On comprend vite l’intérêt de consommer une alimentation saine, biologique, non polluée par la chimie.

Alors, afin de réduire les risques pour l’environnement et pour l’être humain, et dans le but de satisfaire les consommateurs,  j’ai pensé produire des oignons bios par la culture maraîchère pour ensuite les vendre sur les marchés. Pour cela, je vais utiliser les déchets organiques et compostes afin de fertiliser le sol. J’utiliserai des compositions de feuille de plantes à la place des pesticides et les techniques physiques pour arracher les herbes au lieu d’utiliser des produits chimiques. Vous convenez avec moi que toutes ces méthodes sont souhaitables, saines et non invasives. Rappelons que les produits chimiques sont utilisés comme engrais, herbicides et pesticides, ça fait beaucoup ! Evitons-les au maximum et revenons à une agriculture saine pour que ces produits ne nous empoisonnent pas.

Pour information, mon projet est implanté à Wadi Choc, à 18 Km de la ville d’Abéché, département de Ouara, province du Ouaddaï.


Symposium de MEAP : Un véritable cadre d’échange

En marge du premier Symposium International du MAEP pour la jeunesse tenu du 1er au 2 juillet 2019 à N’Djamena auquel j’ai pris part, j’ai rencontré ma consœur Rachel du Congo Brazzaville.

Rachel est une jeune entrepreneure qui évolue dans le domaine de l’agriculture. Elle a une startup qui fait de la transformation des produits agricoles locaux dans son pays et qui les exportent même ailleurs. Non seulement elle a réussi et gagne sa vie grâce à sa startup, mais la jeune entrepreneure emploie 11 de ses pairs congolais. Elle est fière de ce qu’elle fait. Cette fierté je l’ai lue dans son visage grâce au sourire éclatant qu’elle m’a offert lorsque je lui ai dit : « Rachel, tu as vraiment contribué à la réduction du taux de chômage dans ton pays et partant, en Afrique ».

Après avoir écouté Rachel faire son success history, j’ai sauté sur elle. Ou plutôt sur l’occasion, pour ne pas faire allusion au sourire. Au fait, je me dis aussi avoir une startup dans le domaine de l’agriculture mais cette fois-ci bio. Une fois m’approcher d’elle et discuter (avec elle bien sûr) sur le sujet, j’ai compris que mon projet peut aboutir mais il me reste encore beaucoup à faire. Cela m’a donné davantage l’engouement de continuer sur ma lancée en bravant les obstacles. Je voulais donc partager avec vous, jeunes qui voulez vous lancer dans le domaine de l’entrepreneuriat, ces 5 conseils :

  1. Commencer avec les moyens disponibles ;
  2. Prendre le risque en agissant en fonction de sa perte acceptable ;
  3. Ne pas travailler seul, impliquer les parties prenantes ;
  4. Ne pas abandonner en cas d’échecs mais tirer plutôt parti des surprises ;
  5. Ajouter de la valeur à son produit.

Je reconnais que je titube encore mais me référant à ses conseils et aux expériences que j’ai acquises des uns et des autres, je peux bien marcher et même courir. Bonne lancée à vous, bon courage et bonne chance.


Jeunesse: Quatre conseils pour participer au développement de l’Afrique

Je participe depuis ce matin au premier Symposium International du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP) pour la Jeunesse. Cette rencontre qui se tient du 1er au 02 juillet à l’hôtel Radison Blu à N’Djamena, regroupe plus de 170 jeunes venus des différentes régions du Tchad, des 54 autres pays africains et de la diaspora. C’est une occasion pour les jeunes de discuter de leur participation dans la bonne gouvernance de l’Afrique.

De tous les discours et autres interventions, ce dont je voulais parler sur cet article c’est la responsabilité des jeunes. Certainement, comme l’a dit l’ancien ministre de la culture Khayar Oumar Deffallah, les jeunes africains sont confrontés à des obstacles tels que la difficulté d’accès à la politique et le problème de la libre circulation, mais les jeunes, eux-mêmes ne prennent pas leur destinée en main.

Pour ne pas être trop long, je formule les recommandations suivantes :

  1. Comme je le disais un jour à un ami, parlant de la politique, il ne faut pas rester en dehors du cercle et critiquer mais entrer plutôt dans le cercle et donner son point de vue afin de changer les choses comme l’on le souhaite. Pour apporter notre contribution dans le développement de l’Afrique, nous devons comprendre le système, comprendre comment s’y intégrer et comment s’imposer pour que notre opinion soit prise en compte ;
  2. Comme l’a dit un intervenant dans la salle, nous ne devons pas attendre à ce qu’on nous donne ce qui nous appartient. Nous ne devons pas rester attendre à ce qu’on vienne nous informer des opportunités par exemple. Allons vers nos cadets, demandons leur poliment les informations dont nous avons besoin ;
  3. Entreprenons ! Devons nos propres patrons avec l’auto-emploi. N’attendons pas tout des Etats, des gouvernements ;
  4. Nous ne devons pas nous sous-estimer. Quand on nous donne une responsabilité, nous devons bien accomplir la mission qui nous est assignée, sans s’auto-exclure des autres jeunes. Soyons responsables et évitons de donner l’expression que nous ne pouvons l’être.


Ouaddaï: La sensibilisation comme solution aux conflits.

J’ai participé, ce mardi 04 juin 2019, à la présentation des vœux au Gouverneur de la Province du Ouaddaï Ramadan Erdebou, à l’occasion de l’Eid-El-Fitr ou fête de Ramadan. Je suis parti en ma qualité de membre d’une organisation de la société, représentant nom association : l’Association Culturelle « Etoile des Jeunes ». J’avoue que c’est ma première fois d’assister à ce genre de rencontre. Les différentes catégories de personnes entrent à tour de rôle. Sur le programme, nous sommes censés entrer à 11H30mn mais nous avons été reçus à 12H10mn. Ensemble avec les représentants des partis politiques, nous étions dans une salle d’attente quand le protocole du gouverneur est venu nous dire d’entrer dans le salon où se trouvent le Gouverneur et son staff pour recevoir les vœux.

Dans la salle se trouve également une équipe de la radio qui assure la retransmission en direct de l’événement. Nous avons désigné un de nous qui a présenté les vœux au Gouverneur, tout en déplorant les événements de ces derniers jours qui ont causé mort d’hommes et réitérant notre engagement à sensibiliser les différentes communautés sur le pardon et le vivre ensemble.

Ce dont je voulais parler ici c’est la réponse du gouverneur. D’abord, il a déploré, lui aussi, les attaques qui ont fait plusieurs victimes ces derniers jours, indiquant qu’il est inadmissible, à notre époque, que des hommes meurent sans aucune raison. Il nous a également signifié que les membres des organisations de la société civile et ceux des partis politiques sont les conseillers des autorités administratives. Malheureusement, « certaines associations n’existent que de nom et leurs bureaux se trouvent dans les sacs de leurs présidents. Elles ne font aucune activité et attendent un financement. Comment cela serait-ce possible ? » S’est-il interrogé. Je sais que ce qu’il dit sur certaines associations est vrai mais je vous assure, sans faire des commentaires, que mon association n’en fait pas partie. Aux représentants des partis politiques, il a indiqué qu’ils ne doivent pas attendre la campagne pour s’adresser à la population. Ils peuvent organiser des séances de sensibilisation sur divers thèmes relatifs au quotidien de la population : santé, éducation, protection de l’environnement, social…

Aussi, il a insisté sur les méfaits des réseaux sociaux, surtout WathsApp, sur lesquels des personnes malintentionnées diffusent des messages de violence dans le but de diviser les communautés, et qui sont, malheureusement, suivis par certains jeunes.

Le gouverneur nous a donc exhortés à se mettre au travail. « Le Tchad repose sur vous, les jeunes. Je vous demande d’intensifier les sensibilisations sur la cohabitation pacifique afin que la population change de comportement » a-t-il indiqué.

Personnellement, je m’adhère à ses idées et appelle toutes les couches sociales à s’impliquer et sensibiliser les différentes communautés sur le vivre ensemble et la cohabitation pacifique. Aux jeunes particulièrement, à ne pas suivre tout ce que les gens racontent sur WathsApp.


De l’eau pour Abéché : la solution communautaire

Distribution de l’eau dans un quartier d’Abéché

La situation

Abéché est la deuxième grande ville de mon pays le Tchad. Elle est située à environ 900 kilomètres à l’est de la capitale N’Djamena. Les 83 000 âmes qui y vivent ont du mal à trouver de l’eau. La Société Tchadienne des Eaux (STE) n’arrive pas à satisfaire la population. Les robinets ne coulent pas, même pas une seule goutte, dans certains quartiers de la ville, pendant cette période de canicule où la population a plus besoin d’eau. Selon la STE, la seule solution serait le projet Bitéha II.

Vous trouvez des dizaines de colporteurs d’eau alignés devant les quelques bornes fontaines attendant impatiemment l’eau qui ne coule pas ou à compte-gouttes. Certains passent toute une journée pour n’avoir que trois tours. Des femmes en jeûne, sous la chaleur accablante, se disputent le tour. Un seul bidon de 20 litres se vend entre 100 et 150 francs CFA selon la distance entre le quartier et la borne fontaine.

De la promesse vaine

Le Chef de l’État avait PROMIS plusieurs fois de résoudre le problème. Il parle de ça depuis que je faisais le CM2 et pendant chaque campagne présidentielle. Cela fait plus de 20 ans. Récemment, il était même allé personnellement à Bitéha, où se trouvent les installations de pompage, pour constater de visu la situation. Il avait DÉCLARÉ que le problème d’eau à Abéché ne va être qu’une histoire. Mais il n’a honoré aucune de ses promesses. La population d’Abéché a espéré une solution avec l’exploitation du pétrole (avant que la vache ne maigrisse) mais hélas ! Un projet intitulé « Bitéha II » dont le coût s’élève à près de 3 milliards a été même adopté par l’Assemblé Nationale mais penne à se réaliser.

La population pleure mais personne ne la console.  Elle crie mais personne ne l’écoute. Elle appelle au secours mais personne ne lui vient en aide. Ni le Chef de l’État, ni le gouvernement, moins encore les soient disant élus du peuple.

Une solution communautaire

Distribution de l’eau dans un quartier d’Abéché

L’eau étant la vie, une denrée vitale, la population, délaissée, ne pouvant pas croiser les bras et attendre la réalisation d’une promesse qui ne se concrétise pas où peut être jamais, elle a fait quelque chose : ceux qui ont les moyens personnes ont creusé des forages afin de combler le vide mais cela ne suffit bien évidemment pas. Alors la population s’est organisée. Une commission de gestion de la crise d’eau à Abéché a été mise sur pied afin de réfléchir sur une solution d’URGENCE d’ici la fin du mois de Ramadan. La commission s’est approchée des propriétaires des forages et citernes et, alhamdou lillah, les bonnes volontés locales ont réagi. Rapidement, un forage et trois citernes ont été mis à la disposition de la commission, 5 quartiers prioritaires ont été identifiés et l’opération de distribution de l’eau a commencé. Comme vous le voyez sur les images, la citerne se stationne sur un site et la population sort avec des récipients, généralement des fûts, pour s’approvisionner en eau. 30 mètres cubes ont été distribués dans trois quartiers lundi 21 mai. UN ACTE MODESTE MAIS SALUTAIRE. Avec le sourire aux lèvres, les bénéficiaires estiment retrouver la vie.

Selon les membres de la commission, l’opération se fera chaque jour et continuera jusqu’à la fin du Ramadan. En attendant une solution durable.


Un traitement aux plantes contre le VIH !?

Photos de médicaments – toumaiactu

Pour votre information, je suis affecté à Abéché, la deuxième plus grand ville du Tchad, après cinq ans de service passés à Amleyouna (à 60 Km à l’Est d’Abéché) comme responsable de centre de santé. Je suis désormais le point focal de la santé de reproduction du district sanitaire d’Abéché.

Alors, à mon arrivée à Abéché, je suivais la radio locale et j’écoutais une émission qui m’étonne. Il s’agit d’un invité, tradi-praticien, qui prétend guérir le SIDA. Je m’approche encore de mon poste radio et je trouve que l’orateur est sérieux dans ses dires. Il dit qu’il guérit complètement le SIDA avec des décoctions des racines. Il répond à toutes les questions du journaliste. Pire encore, j’ai écouté des témoins qui affirment être guéris par le Monsieur. « J’avais le virus du SIDA et après six mois de traitement avec ce monsieur, je suis parti à l’hôpital pour refaire le test et il (le test) s’est révélé négatif » affirme le témoin, fier.

J’étais étonné parce que je suis infirmier et j’ai toujours appris que le seul traitement du SIDA, pour le moment en tout cas, reste les antirétroviraux (ARV). Là encore, ces ARV ne détruisent complètement le virus mais bloquent le cycle de sa croissance. Étant également dramaturge, j’ai même écrit une pièce de théâtre intitulée « un verre pour la route » dans laquelle j’ai dit « aucun marabout, aucun guérisseur traditionnel, moins encore un charlatan ne peut guérir le SIDA. Le seul traitement du SIDA reste médical : les ARV ».

Complètement confus, j’ai posé la question à un médecin. Selon lui, il est impossible que le test soit négatif après être positif car les anticorps anti VIH sont dans l’organisme de la personne à vie. Le SIDA est une maladie virale et jusqu’à présent, il n’existe pas officiellement un traitement définitif pour le SIDA. Mais comment expliquer cela ? La question reste posée.

Conséquences, les centres de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA se vident de leurs patients. Beaucoup de patients se sont retournés chez le Monsieur pour le traitement soit disant définitif, espérant vraiment la guérison totale. Le risque est que les patients sous traitement vont rompre avec les ARV et ne se fier qu’au traitement de ce prétendant guérisseur. Ce qui aggrave encore leur situation sanitaire.

Moi, je reste confus. Alors je continue à chercher. Pouvez-vous m’aider ?


Attaque dans le Ouaddaï/Sila: les assaillants défient les autorités.

Ambulance transportant des blessés

Il était environ 17Heures, ce lundi 20 mai. En sortant de l’hôpital provincial d’Abéché j’écoute la sirène : c’est une ambulance qui vient de la province de Sila, transportant des blessés. Des blessés suite à l’attaque des villages des ouaddaïens par des tribus arabes. D’autres ambulances étaient sur le point d’aller amener d’autres blessés. Ce qui rend à 28 le nombre de blessés évacués à l’hôpital provincial d’Abéché, depuis le début du conflit, jeudi 16 mai, dans la province du Ouaddaï. Cela sans compter ceux qui sont évacués dans d’autres hôpitaux. L’on dénombre également plus d’une vingtaine de morts.

Le ministre de la sécurité publique était même arrivé sur le terrain, arrêtant une trentaine de présumés auteurs et complices, annonçant la suppression de diya mais la situation s’est empirée après cette arrestation.

On parle quelque part d’un conflit agriculteurs-éleveurs mais c’est loin d’être le cas, car aucun éleveur n’a commencé à cultiver et les champs sont donc déserts. Des sources ont indiqué qu’il existe parmi les assaillants des hommes en ténues soudanaises, ainsi que des pick-up avec des immatriculations soudanaises.

Je ne reviens pas sur les faits mais je me pose beaucoup de question. Pourquoi cela ? Pourquoi les attaques persistent, des Hommes continuent à mourir, à souffrir, alors que toutes les autorités sont a

u courant de la situation ? Pourquoi laisser des hommes armés venir du Soudan pour faire des victimes au Tchad ? Où sont les forces tchadiennes de défense et de sécurité ? Y’a-t-il une volonté de défendre et de sécuriser la population ? Où est l’autorité de l’Etat? Un Etat qui est capable de délocaliser des troupes de rebelles n’est-il pas capable de stopper un groupe d’individus ?


Ouaddaï: Interdiction de circuler à moto


Passage du Gouverneur du Ouaddaï à Amleyouna

J’ai assisté ce jour à une communication dont l’un des points me préoccupe. Le Gouverneur de la Région du Ouaddaï Adoum Forteye, accompagné d’une forte délégation est arrivé dans la sous-préfecture d’Amleyouna (60 Km à l’Est d’Abéché) pour passer un message. Nous étions une quarantaine de personnes à l’attendre. Dès l’arrivée de la délégation, j’ai pressenti qu’ils étaient pressés.

Dans un discours très bref, après l’introduction du Sous-préfet d’Amleyouna, le Gouverneur a prononcé quatre mots: armes, motos, fraudes et véhicules.

Il s’agit, en effet :

1- Pour toute personne qui possède une arme à feu, de la remettre au sous-préfet ou au chef de canton.

2- Pour toute personne qui possède une moto, de la remettre également au sous-préfet ou au chef de canton.

Selon le Gouverneur, plusieurs meurtres et braquages sont pratiqués par de personnes à motos. Les motos constituent ainsi une cause d’insécurité et ne doivent pas circuler en dehors de la ville d’Abéché.

3- Pour toute personne transportant frauduleusement des marchandises, de cesser immédiatement. Car la fraude constitue un manque à gagner pour la caisse de l’Etat.

4- Les véhicules TOYOTA pick-up, les véhicules sans plaques d’immatriculation et les vitres fumées sont interdits.

Je n’ai pas eu le temps de poser une question qui me préoccupait mais elle me tient toujours à cœur, car je n’ai pas, jusqu’à l’heure où je publie cet article, trouvé de réponse. Elle concerne l’interdiction de circuler à moto. Au fait, le point n’était pas spécifié par le Gouverneur, mais il existe des motos de service et celles des particuliers.

Je m’explique: je suis responsable d’un centre de santé (RCS) en brousse et point focal de la surveillance épidémiologique intégrée (PF/SEI). A ce titre, je surveille sept centres de santé et plusieurs autres guérisseurs traditionnels de la zone Est du District Sanitaire d’Abéché. Je dois, en pratique, visiter tous les sites au moins une fois par mois, soient deux sorties par semaines, afin de rechercher les cas de Paralysie Flasque Aigue (PFA) et autres maladies sous surveillance.

En plus de la surveillance, il y a également la vaccination des enfants âgés de zéro à onze mois et des femmes enceintes. Pour tous les villages se trouvants au-delà de cinq kilomètres du centre de santé, je dois aller vers eux afin de vacciner la cible précitée. Tout cela, je le fais à moto. Cela ne concerne pas que moi mais tous les RCS. Voire même tous les responsables des services de l’Etat exerçant dans les zones rurales. Je sais que très peu d’entre nous (pour ne pas dire personne) ont des véhicules. Maintenant que la décision est prise et qu’elle est générale, je ne sais que faire.

En tout cas, si une solution n’est pas trouvée dans un bref délai, les centres de santé se verront leurs indicateurs baissés considérablement. Ce qui n’est dans l’intérêt de personne: ni du Gouverneur, ni population, moins encore de l’Etat. Je n’oublie pas aussi le fait que plusieurs autres activités sont bloquées depuis la prise de cette décision.

Cet article est une sorte de plaidoyer que j’adresse auprès des preneurs de cette décisions pour autoriser, sinon tout le monde, au moins les RCS et autres chefs de services, à utiliser leurs motos…


Dix conseils pour se prémunir du paludisme

Le paludisme est un réel problème de santé au Tchad. Il constitue l’une des premières causes de consultation dans les structures sanitaires. Il représente 37,21% de morbidité dont 43,65% chez les enfants de moins de cinq ans. Aussi, plus de la moitié de décès chez les enfants de moins de cinq ans dans les structures sanitaires est amputable au paludisme.

Cette maladie, dangereuse, sévit de façon endémique dans la zone soudanienne (sud) du pays et de façon saisonnière au centre du pays. L’on enregistre un pic en cette période des pluies. Si je vous parle de cette généralité, c’est pour que vous sachiez combien le paludisme est une maladie « dangereuse ».

Cette maladie est transmise par une toute petite créature : un moustique appelé anophèle femelle et se manifeste par un réchauffement du corps (fièvre), maux de tête (céphalée), fatigue (asthénie, courbature), douleur articulaire, troubles digestifs (diarrhée, vomissement, manque d’appétit)…

Malheureusement, selon certaines croyances, le paludisme est causé par la faim, la consommation de certains aliments ou encore l’exposition aux intempéries telles que la pluie, le soleil. Quelquefois, si le malade présente des signes du paludisme grave en occurrence les hallucinations, le délire, les parents le prennent à un fou, attaqué par les esprits… Ce qui fait que beaucoup ne partent à l’hôpital qu’après avoir parcouru toutes les pratiques traditionnelles, en vain.

Maintenant, voici dix (10) conseils pour prévenir le paludisme :

  1. Garder la cour de la maison et les alentours propres ;
  2. Évacuer les eaux sales et les eaux stagnantes ;
  3. Porter des vêtements longs, couvrant tout le corps (manches longues…), le soir, et de préférence pas des vêtements sombres ;
  4. Utiliser des crèmes et autres produits qui repoussent les moustiques ;
  5. Pulvériser les chambres avec des insecticides ou utiliser des serpentines (léopards) ;
  6. TOUJOURS dormir sous moustiquaire imprégnée d’insecticide en respectant les modes d’utilisation ;
  7. Suivre les consultations prénatales (CPN) pour les femmes enceintes è les femmes enceintes y reçoivent des moustiquaires imprégnées d’insecticide et des médicaments (fansidar) pour prévenir le paludisme ;
  8. Pour les voyageurs ne résidant pas dans un pays d’endémie palustre et qui viennent au Tchad, passer dans une structure sanitaire avant le séjour. En prophylaxie, ils doivent recevoir un médicament à prendre hebdomadairement, pour une durée de 3 mois maximum ;
  9. Consulter une structure sanitaire (la plus proche) en cas d’apparition d’un des signes ci-dessus cités ;
  10. Au cas où le personnel de santé confirme le paludisme, prendre correctement le traitement qui sera administré.

Comme vous le constatez, les deux derniers conseils permettent de détecter précocement la maladie et de prévenir les complications. Protégeons-nous contre le paludisme !


Tchad : Désastre à Dourbali

La population de Dourbali, localité situé à 80 Km à l’Est de la ville de N’Djamena, vit dans un désastre suite à la pluie torrentielle qui s’est abattue le 15 juillet 2017. Cette pluie qui a duré huit heures environ a causé d’énormes dégâts. 

Des sinistrés déplaçant leurs effets

Plusieurs maisons et murs écroulés, laissant des centaines de ménages sans abris. Les habitants ont fait de leur mieux pour réduire le risque mais elle ne peut rien contre une inondation d’un mètre de profondeur surtout lorsqu’il s’agit des habitations semi-dure. Certains ont pu sauver quelques effets mais ne savent pas où les sécher. Des hommes, des femmes, enfants, des vieillards, tout le monde patauge à la recherche d’une terre ferme qui n’existe malheureusement pas.

Des sinistrés ne sachant où aller

On dénombre également  des latrines traditionnelles qui sont écroulées, complètement inondées, qui risquent d’engendrer des conséquences sanitaires. Si rien ne se fait, cette situation risque de faire plus des victimes collatérales, sans oublie une éventuelle épidémie.

Les sinistrés demandent au gouvernement et aux les bonnes volontés de voler à leur secours.

Cette localité riveraine du fleuve Chari subit presque chaque année des inondations


Tchad : Les épreuves de baccalauréat 2017 ont commencé ce matin

71 902 candidats composent le baccalauréat tchadien, session de juillet 2017, depuis ce lundi, 17 juillet 2017. Les filles représentent 32%, soit près de 1/3  des candidats. Ce qui n’est pas négligeable.  Ils sont repartis dans 71 centres d’examen sur toute l’étendue du territoire. Conformément aux reformes faites depuis l’année dernière, les candidats composent une seule épreuve par jour, donc six jours d’examen.

Le baccalauréat 2017 arrive dans une année scolaire perturbée à son début par la grève des enseignants. Les élèves avaient mis près de quatre mois à la maison avant de prendre le chemin de l’école. Ce retard doit avoir des répercussions sur le programme scolaire mais, les responsables en charge de l’éducation ont pris des dispositions pour réduire le risque. Le déroulement des épreuves au mois de juillet au lieu de juin en est l’une des conséquences.

Pour les quelques candidats que j’ai rencontrés à la fin de l’épreuve, le sujet est abordable. Il doit d’ailleurs l’être parce que vu pendant les cours et proposé par les enseignants eux-mêmes. Les candidats sont appelés à travailler dans la sérénité et le calme, et ne compter que sur eux-mêmes.

Signalons que le nombre de candidats cette année est réduit de 6,75% par rapport à l’année 2016.

Bonne chance à tous les candidats.


Tchad : Le réseau des jeunes du G5 Sahel s’agrandit

Les membres du réseau des jeunes du G5 Sahel, branche du Tchad, ont organisé une rencontre ce samedi, 15 juillet 2017, au restaurant « Le Crunch de Sabangali » à N’Djamena. Cette rencontre permis d’étendre le réseau sur d’autres régions du pays et intégrer plus de jeunes.

Après une brève présentation du réseau, les jeunes ont, tour à tour, pris la parole pour  parler de  l’intérêt de tous les jeunes à avoir une telle plate-forme pour œuvrer en faveur de la jeunesse et défendre ses droits. La paix et de la sécurité au Tchad, l’entreprenariat et l’emploi des jeunes, la scolarisation des enfants et surtout des filles, la protection de l’environnement sont entre autres les programmes dans lesquels va intervenir le réseau, commençant par la sensibilisation.

Cela a permis de rapprocher les jeunes qui ont pris part à la rencontre des jeunes des pays de G5 Sahel tenue à Bamako en juin 2017 et ceux qui ont pris part à la première rencontre de Bruxelles en juin 2016. Elle a également  permis de dissiper toute l’équivoque qui existait sur le réseau.

Bien que le réseau des jeunes de G5 Sahel soit né suite à la rencontre des jeunes organisée par l’Union Européenne en collaboration avec le Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD) à Bruxelles, il n’est pas créé pour faire un bras-de-fer avec HD. Cependant, il peut collaborer avec HD tout en gardant son indépendance, élaborer son plan d’action, réaliser ses propres activités à travers le pays.

Alors tous les participants de Bamako et ceux de Bruxelles ont intérêt à travailler ensemble et élargir le réseau. Ainsi, il va y avoir une représentation dans chacune des cinq zones à savoir le Ouaddaï, le Borkou, le Kamen/Lac, le Moyen Chari et la ville de N’Djamena, avec une extension dans les autres régions du pays.

Etant donné que le réseau existe dans tous les pays de G5 Sahel, les jeunes du Tchad demande aux membres du réseau des autres pays de faire autant.


Tchad/Jeunesse: Restitution des travaux de G5 Sahel

Les jeunes tchadiens ayant participé à la rencontre des jeunes du G5 Sahel tenue à Bamako du 03 au 06 juin dernier ont restitué les travaux aux autres jeunes et aux autorités ce jeudi. C’était lors d’un atelier organisé du 12 au 13 juillet 2017, au Mercure Hôtel à N’Djamena.

Durant deux jours de travaux, les jeunes venus de cinq zones du projet à savoir le Ouaddaï, le Borkou, le Lac/Kanem, le Moyen Chari et la ville de N’Djamena ont passé en revue les défis et les solutions proposées par rapport aux thématiques qui touchent directement les jeunes tchadiens et ceux de l’ensemble de pays de G5 Sahel. Ces thématiques ressortent des discussions engagées avec les jeunes lors de la rencontre de Bakara au Tchad du 25 au 27 mai 2017 et celle du Bamako, au Mali. C’était donc une restitution à deux niveaux.

A Bakara comme au Mali, les thématiques abordées sont liées à l’éducation et la formation professionnelle, aux opportunités économiques et emploi des jeunes, à la participation citoyennes, et à la paix et la sécurité.

Concernant l’éducation et la formation professionnelle, il a été recommandé entre autre le renforcement de l’enseignement primaire de qualité et du niveau des élèves en organisant des cours de soutien par exemple, la création des centres de formation pour le renforcement des capacités des jeunes, la création des écoles de seconde chance pour offrir aux jeunes n’ayant subis aucun cursus scolaire ou eux ayant abandonné l’école très tôt, la répartition équilibrée des enseignants notamment dans les zones rurales, la lutte contre la corruption en milieu scolaire, la promotion la culture de l’excellence…

Par rapport aux opportunités économiques, les jeunes ont recommandé de l’allégement fiscale pour les jeunes entrepreneurs, la valorisation du potentiel d’emploi en milieu rural, l’éducation des jeunes à entreprendre dès le jeune âge, la promotion et la création des centres incubateurs afin d’améliorer le transfert de compétence et de favoriser l’insertion socioprofessionnelle des jeunes de la diaspora désireux de rentrer aux pays, et la mise en place des structures de formation, d’accompagné et d’orientation des jeunes, l’orientation et l’appui aux promoteurs du secteur informel…

Touchant le thème lié à la paix et la sécurité, les jeunes ont proposé l’organisation et le renforcement des activités culturelles organisées dans la région, la réaction et revitalisation des espaces d’animation pour les jeunes, de lutter contre la dégradation de l’environnement, la création d’un espace de dialogue entre les jeunes et les forces de défense et de sécurité, la transparence dans la gestion de la chose publique, la prise en compte des couches vulnérables, la sensibilisation des jeunes aux techniques d’adaptation aux changements climatiques…

Etaient présents à la rencontre les représentants du Ministère de l’Education Nationale et de la Promotion Civique, de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE), de l’Union Européenne, du G5 Sahel et du FOSAP.

Ce rendez-vous a donc permis aux représentants des institutions de rencontrer les jeunes des différentes régions du pays, les écouter, comprendre leurs préoccupations, discuter avec les eux afin d’adapter leurs programmes en fonction des besoins de la jeunesse. C’était donc un échange entre les jeunes et les institutions, dans un dialogue important.

MALHEUREUSEMENT, LE MINISTERE DE LA JEUNESSE N’A VOULU ENVOYER AUCUN REPRESENTANT A CETTE RENCONTRE DES JEUNES. POURTANT, C’EST LE MINISTERE LE PLUS CONCERNÉ PAR LE PROJET. IL SEMBLE QUE TOUT LE PERSONNEL DU MINISTERE, DU MINISTRE AU PLANTON, EST INVITE A UNE RENCONTRE ; DONC IL N’Y A PAS DU TEMPS POUR LES JEUNES.

Toutefois, tout semble croire que la synthèse des travaux sera envoyée au ministère. Reste à savoir s’ils auront le temps d’au moins la LIRE.


Tchad : les candidats au baccalauréat se sont bien préparés

Les épreuves de baccalauréat de second degré ont commencé ce lundi (8 juin 2015) sur l’ensemble du territoire national. 78 625 candidats toutes séries confondues, répartis sur 92 centres d’examen à travers le pays, composent cet examen. La plupart des candidats estiment que l’épreuve du premier jour est abordable.

Révision_Baccalauréat

Cette année, les candidats, même si ce n’est pas la totalité, se sont quand-même bien préparés. Le soir, plusieurs d’entre eux prennent leurs cahiers et se dirigent vers les rues à la recherche de la lumière, de la tranquillité et d’un air un peu frais. Individuellement ou en groupe, les élèves révisent leurs cours, font des entraînements, des exercices, se posent des questions entre eux et à tour de rôle. Ils passent la nuit sur place ou rentrent tard. Ils cherchent tous à décrocher le fameux baccalauréat, la clé pour accéder aux études supérieures.

Cette année, le baccalauréat comporte plusieurs innovations, ce qui donne plus de chance aux candidats.

  • Le candidat ne compose qu’une seule matière par jour au lieu de deux. Ce qui leur donne plus de temps pour réviser leurs cours.
  • Une deuxième session sera organisée pour les candidats qui auront une note inférieure à 10/20 et supérieure ou égale à 8,5/20.
  • Un « certificat de fin d’étude secondaire » sera délivré pour ceux qui rateront le baccalauréat après la deuxième série d’épreuves (avec une note supérieure à 8,5/20).

Ce certificat n’est ni un diplôme de baccalauréat ni son équivalant. C’est l’équivalent d’une attestation de niveau Terminale qui permettra au détenteur de déposer son dossier pour être admis à certains concours et suivre une formation technique/professionnelle, exigeant un niveau de classe Terminale. Ceci étant, les attestations de niveau Terminale qui seront délivrées par les proviseurs des lycées ne seront plus valables.

Bonne chance à toutes les candidates et à tous les candidats.


Blog : Internet, mon vrai obstacle

« Bloguer » à partir d’Abéché devient presque impossible. Le vrai problème qui se pose par rapport aux publications, c’est la connexion Internet avec un ordinateur. Elle n’existe pas. Je dirais même qu’elle n’existe plus.

ConnexionUn blog a besoin nécessairement d’être « alimenté » par des publications régulières. Malheureusement, comme vous le constatez, je passe quelquefois plusieurs jours, voire plusieurs semaines sans publier un seul article sur ce blog. Pourtant les sujets ne manquent pas. Ils sont cumulés sans être publiés et le temps passe.

A Abéché, l’une des plus grandes villes du Tchad, il n’existe qu’un seul Cybercafé dont le débit est très faible et le coût élevé. Une heure de connexion coûte mille francs CFA, et le client ne peut même pas ouvrir sa boîte mail pendant ce temps. L’autre alternative, c’est la connexion « offerte » par les téléphonies mobiles via un modem. Cette alternative aussi un coût très élevé avec une qualité très médiocre. Lorsque je me connecte avec un mode, je ne peux même pas ouvrir une page d’accueil. Alors que l’on parle de service 3G et 4G (3e génération et 4e génération). J’ai l’impression que ce service ne fonctionne que sur les téléphones portables.

Il a fallu que je vienne à Ndjamena (près de mille km) pour pouvoir en parler, pour pouvoir publier certains articles.

Un soir, j’ai appelé un grand frère qui se trouve à Bamako au Mali pour lui dire bonjour. La première question qu’il m’a posée, c’est : « Ton blog n’est plus mis à jour, pourquoi ? Ton dernier article date de plusieurs mois alors que beaucoup de choses se passent à Abéché ».
Le grand frère me fait savoir qu’à Bamako, il possède une installation Internet chez lui, avec un haut débit. Et cela ne lui coûte que 150 000 francs CFA l’année, soit 12 500 francs CFA le mois et juste un peu plus de 400 francs CFA pour toute une journée. Aux Cybercafés de Bamako, une heure de connexion – haut débit – ne coûte que 250 francs CFA.
En termes de comparaison, au Tchad une heure de connexion coûte 1 000 francs CFA ; soit près de sept fois plus  qu’une heure de connexion à Bamako. Ainsi, mon pays reste parmi les pays dont Internet est le plus cher.

Quelle est la situation dans vos villes, dans vos pays ? Les blogueurs, êtes-vous confrontés au même problème ? Comment faites-vous pour alimenter vos blogs ? Laissez un commentaire au bas de cet article s’il vous plaît.


Le mariage précoce, une réalité au Tchad

Mariée à bas âge, la jeune fille dont je parle dans cet article n’a jamais gouté le bonheur de la vie conjugale. Aujourd’hui elle ne garde de ce mariage que les mauvais souvenirs.

Elle se souvient encore du jour où sa mère est venue lui annoncer la nouvelle de son mariage avec l’ami de son père, la cinquantaine, époux de deux autres femmes. Elle avait 14 ans révolus. « L’ami de ton père est un homme riche, responsable, généreux avec tous les membres de notre famille. Il fait partie de notre famille. Tu n’as rien à craindre… » Rassure la maman à sa fille, les larmes aux yeux ; une façon de la convaincre. Elle lui parle comme si elle a d’autre choix que d’accepter cette proposition, disons plutôt cette imposition. En effet, la gentille mère a essayé de s’imposer à ce mariage parce que sa fille est encore petite mais en vain. Le Chef de famille, le décideur a décidé. Trêve de la discussion. Il ne cherche que le bonheur de sa fille. En tout cas c’est ce qu’il pense… il a seulement oublié que c’est un mariage précoce.

Le mariage est célébré, la fille a eu quelques conseils de la sa mère et de ses tentes avant de rejoindre son foyer où l’attend une autre vie : la vie conjugale. Je m’en passe de détails et des difficultés que la jeune mariée a rencontré la nuit de noce, au cours de la « vie conjugale » et avec ses coépouses. Parce que ce n’est le but de cet article.

Le troisième mois suivant la noce, la jeune femme ne voit pas ses règles (aménorrhée) et commence à avoir de la nausée, hyper sialorrhée (elle crache partout), vertige et asthénie physique (fatigue). En notre terme, on parle des « signes sympathiques de la grossesse ». Elle porte en elle un bébé. Et c’est la fierté du mari et de toute la famille. Le ventre pousse peu à peu, la jeune femme surmonte tout grâce aux conseils de sa maman. Elle est enceinte, elle frôle les 15 ans, elle n’était jamais amenée dans une structure sanitaire pour des consultations prénatales (CPN). C’est une grossesse non suivie.

La grossesse est à terme. Ce jour, la future fille-mère commence à avoir des douleurs lombo-pelviennes à type des contractions utérines (parlons simple : elle a mal au ventre) depuis le matin. Les vieilles du village se regroupent autour d’elle et l’accoucheuse traditionnelle fait son travail de tout le temps pour accouchée la fille. La situation n’est si facile que cela. Malgré ses années d’expériences, l’accoucheuse la plus réputée de la zone échoue aujourd’hui. Après deux jours de tentatives, tout le monde décide de l’amener au centre de santé qui se trouve à 9 Km du village. Après examen, le responsable du centre l’évacue d’urgence à l’hôpital pour travail prolongé sur bassin limite. Au fait, le bassin de la jeune femme n’est pas encore développé, n’est pas encore prêt pour porter une grossesse. On parle de « disproportion fœto-pelvienne », toujours en notre terme.

A l’hôpital, elle était prise en urgence au bloc opératoire. Elle a subi une césarienne. Les chirurgiens sort un mort-né de 3500 grammes. Ce n’est pas tout. Etant donné que la tête de l’ « enfant » a compressé la vessie de la « mère » contre les os du bassin durant longtemps, certains tissus se sont nécrosés et la fille a alors connu une fistule vésicale. C’est-à-dire, les urines coulent par le vagin (excusez-moi le terme) et à tout moment, continuellement, sans contrôle. Le personnel a expliqué la situation à la famille et la fille doit subir une autre opération chirurgicale par un spécialiste de réparation de fistule.

Ayant appris la nouvelle, le mari de la malade fait entendre à ses beaux-parents qu’il est désolé et qu’il ne peut pas rester avec une femme qui ne peut pas retenir ses urines. Il la divorce alors qu’elle dans la salle de réveil. La fistule est réparable mais ce n’est pas son problème. « Il est riche, responsable, respecté… » Se rappellent les parents. Rien ne peut l’empêcher d’aller épouser une autre. De quel âge ? Dieu seul sait. La mère, pleurant, accuse le père qui semble avoir un regret pour ce qu’il a fait. Mais à quoi bon ?

Elle se souvient encore de tout cela parce que maintenant c’est fini pour elle. Réparée deux fois (après échec), elle continue toujours par boiter car la compression a lésé le nerf sciatique et aucun homme ne veut d’elle.

L’âge prévu pour le mariage au Tchad est 18 ans, beaucoup de fille sont données en mariage avant 15 ans au vu et au su de tout le monde, les conséquences sont là, connues de tous, les auteurs/contrevenants ne sont pas punis … la pratique continue et ce sont nos sœurs qui encaissent.

Le village des femmes de l’Hôpital Régional d’Abéché qui prend en charge les malades de fistule obstétricale a réparé des centaines de femmes depuis sa création en 2008. Aujourd’hui, une vingtaine de femmes attendent à être opérée.


Que des erreurs. Et les fonctionnaires encaissent.

C’était la fin du mois. Je viens à la banque pour vérifier mon compte et j’aperçois que mon salaire de janvier n’est pas viré. Le guichetier me dit d’appeler le service de solde à N’Djamena pour me renseigner. A la sortie de la banque, je trouve deux de mes collègues qui ont le même problème. Alors, je ne suis pas le seul. Une source proche du service concerné me fait savoir que nous sommes plus de 4600 fonctionnaires à ne pas avoir le salaire du mois de janvier. Tous ces fonctionnaires doivent se présenter à N’Djamena pour voir leurs situations, cas par cas. Pourtant, ils avaient la même chose il y a deux mois. Selon la même source, le travail était mal fait et doit donc être repris. Que des erreurs.

Conséquences : 1. Des nouvelles commissions sont mis sur pied pour retraiter les dossiers ; ce qui coûtera énormément de l’argent et du temps pour l’État. A-t-on coutume de dire « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». 2. Les fonctionnaires qui passeraient des semaines, voire des mois, hors de leurs services pourraient réaliser beaucoup de choses le cas échéant.

Vous vous souvenez, en novembre dernier, nous avons publié un lien faisant état de plus de 10.000 fonctionnaires auraient été en « situation irrégulière » et beaucoup sont partis régulariser leur situation.

Des erreurs : La commission n’a pas rendu public son rapport mais je partage avec vous quelques situations : D’abord, la commission s’était trompée sur beaucoup de fonctionnaires et les a taxés à tort et à travers de double salaire. Moi par exemple, j’avais travaillé avec une ONG et j’avais cessé en 2009 quand j’avais réussi le concours de l’Infirmerie. Je suis intégré à la fonction publique en 2013 et comme la commission a trouvé mon dossier à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), elle a affiché mon nom sans vérifier la date de cessation du contrat. Une erreur qui m’avait coûté un déplacement inutile et trois semaines hors de mon service. Pour certains qui étaient taxés de double matricule, c’est-à-dire qu’ils prennent deux ou plusieurs salaires dans des ministères différents, le problème est créé au niveau même du service de la solde : certains payeurs ont créé des noms fictifs avec des matricules existants et ouvrent des comptes bancaires avec d’autres noms. Ainsi, deux salaires sont versés chaque fin de mois à un même numéro matricule, une part va à l’intéressé et une deuxième part revient au payeur. Incroyable mais vrai. Comme l’on a l’habitude de dire, « l’impossible n’est pas tchadien ». J’ai vu des copies d’engagements signées par des payeurs pour rembourser l’argent qu’ils ont volé à l’État. Certaines ont même versé une partie au trésor public. Il y en a qui sont en situation irrégulière certes, mais certains irrégularités viennent de l’intérieur du système. C’est peut-être pour ça que la commission n’a pas voulu publier son rapport.

En tout cas, je dois me préparer pour parcourir près de 1000 kilomètres (x2) et je ne sais pas quand le retour.