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Services d’Appui aux Entreprises : un corps de métier à consolider

Dans le cadre du programme PROMOPECHE, sur financement de l’Union européenne, le Bureau International du Travail (BIT), vient d’entamer une série de formations sur le Guide du formateur des Services d’Appui aux Entreprises (SAE), ou Business Development Services (BDS) en anglais, qui s’étale de septembre 2019 à février 2020. L’objectif est de permettre à des personnes locales ayant des profils de formateurs/accompagnateurs d’être aptes à répliquer ces formations et ainsi pouvoir accompagner des micro-entrepreneurs et des populations vulnérables dans le cadre de leurs activités. Une première session a eu lieu du 16 au 20 septembre 2019.

Au premier plan, Linda Deelen et Yahya Kane (Crédit Aidara)

Le programme Promopêche, ayant pour objectif la création et l’amélioration de l’emploi dans le secteur de la pêche artisanale, est financé par l’Union Européenne et l’Allemagne, mis en œuvre par le Bureau International du Travail (BIT), la Coopération allemande (GIZ) et l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID).

Promopêche vient ainsi de lancer une série de formation qui s’inscrit dans le prolongement d’une première sur les Services d’Appui aux Entreprises (SAE) qui s’est déroulée du 2 avril au 15 août 2018 sur plusieurs thématiques, notamment accès aux financements, coaching, leadership et changements de comportements. Par la suite, un Guide du formateur de 15 chapitres reprenant toutes ces thématiques a été élaboré, en mettant l’accent sur l’aspect méthodologique et pédagogique du formateur. C’est sur cette base qu’une trentaine de participants ont été sélectionnés pour prendre part à la nouvelle série en cours. Plusieurs d’entre eux ont assisté aux sessions précédentes. Cette série de formations sur le Guide du formateur des Services d’Appui aux Entreprises débouchera sur un processus de certification du Centre International de Formation de l’OIT (CIF) basé à Turin. Huit sessions de formation sont au programme.

L’environnement du marché

Sous la houlette de deux experts, Linda Deelen, Chef de Programme Entreprise, Microfinance et Développement Local au CIF et Yahya Kane, Maître formateur GERME, les participants ont suivi les modules relatifs à l’introduction aux Services d’Appui aux Entreprises, l’étude de marché et le marketing.

Un groupe de participants se met en situation de formateurs (Crédit Aidara)

Les formateurs ont utilisé une approche participative et des jeux de rôle, des discussions et des sessions de micro-enseignement consistant à demander aux participants de présenter en petits groupes les sessions étudiées du Guide du formateur des SAE. Ces mises en situation on été interactives et constructives, se révélant indispensables pour des participants qui aspirent à former et accompagner des groupes de personnes en se basant sur le guide.

Les défis qui attendent les Services d’Appui aux Entreprises en Mauritanie sont énormes dans un marché où la majorité des petites et moyennes entreprises (PME) sont dans l’informel et fonctionnent sous la forme familiale.

Yahya Kane, formateur


«Les Services d’Appui aux Entreprises doivent adapter leurs services à la demande, en termes de contenus, de besoins des entrepreneurs, de calendrier, de durée et de supports de formation. En fait, qu’est-ce qui caractérise l’entreprise en Mauritanie ? Sa taille et son caractère familial. Comment expliquer l’importance de séparer l’argent de l’entreprise de l’argent de la famille ? Comment promouvoir le principe de la compétence ? Si on se fait entourer par les membres de la famille sans compétence, si l’entrepreneur n’est pas conscient de l’importance de la ressource humaine, il n’ira pas loin».

Rendre la formation des formateurs adaptée

Yahya Kane 
«Pour que les Services d’Appui aux Entreprises soient opérationnels et qu’ils puissent former les entrepreneurs potentiels, la première condition est leur capacité à apporter un changement perceptible par les entrepreneurs.  Lorsqu’un entrepreneur reçoit une formation qui augmente sa productivité et la gestion de sa petite entreprise, et qu’à travers cette formation, il augmente son chiffre d’affaires, il est prêt à payer sa formation initiale, et même à faire recours à un coaching et à payer les services pour son accompagnement. D’autre part, la meilleure façon de promouvoir les Services d’Appui aux Entreprises, c’est de construire un bilan d’appui aux entreprises. Il faut que les Services d’Appui dispensent des formations, documentent ce qu’ils font, montrent des résultats, fassent le suivi des entrepreneurs qu’ils forment, s’assurent de leur visibilité et s’approchent des entreprises de manière à évaluer l’impact de leur formation».

Une opportunité pour les jeunes entrepreneurs

Zeynabou Ndiaye

«Les Services d’Appui aux Entreprises doivent aller vers des formations capables de pousser les entreprises à se formaliser davantage afin qu’elles puissent évoluer de PME vers de grandes entreprises. Ainsi, en tant que structure de formation, les Services d’Appui aux Entreprises ont aussi un grand rôle à jouer dans les changements de mentalité. Cette formation est en tout cas une véritable opportunité pour nous jeunes diplômés sans travail. Cela nous permettra de trouver des créneaux sur lesquels bâtir notre expérience et aider de jeunes entrepreneurs à acquérir des compétences»

Services d’appui aux entreprises, une demande réelle mais latente

Sidi Mohamed Sow, Bureau Sarah Consulting


«Cette formation vient à point nommé car elle répond à des besoins des entrepreneurs mauritaniens qui ne sont pas pour la plupart conscients qu’il existe des structures capables de les accompagner et de fournir des solutions à leurs problème qui se situent à plusieurs niveaux, ressources humaines, accès aux financements, formation technique et management. Ce genre de formation répond ainsi à toutes ces attentes».

Inculquer la culture des SAE aux entrepreneurs mauritaniens

Ely Abdallah Ndaw, Expert en Ressources Humaines au cabinet Patrick Danielou et Associés (PDA).

Le cabinet Patrick Danielou et Associés (PDA) est une structure spécialisée dans le coaching, l’encadrement et le suivi de sociétés. Il travaille depuis 2001 en Mauritanie. Il compte à son actif une clientèle composée d’une vingtaine d’entreprises, toutes à capital majoritairement étrangers. Ce sont de grandes sociétés minières, comme Taziast, Al Gold, des compagnies comme Air France, des opérateurs comme Mauritel Mobile, etc. Le cabinet, eu égard à la courbe d’ascension et de décroissance des entreprises qui tourne autour de dix ans, a diversifié ses activités, en créant deux autres structures, AlMaaden pour la Gestion des Ressources humaines (AGRH) en 2011 et Gestion  des Ressources Humaines en Mauritanie (GRHM) en 2014. C’est l’exemple d’un Service d’Appui aux Entreprises qui a réussi à bâtir sa réputation par la qualité de ses services externalisées, comptabilité, paye, gestion des ressources humaines, etc. Selon Ely Abdallah «aucune entreprise à capitaux mauritaniens n’a encore demandé nos services. Ce sont surtout les étrangers, Canadiens, Français, Anglais, Marocains, qui nous sollicitent. Les entreprises mauritaniennes ont besoin d’être davantage édifiés sur l’importance des Services d’appui. Avec des SAE volontaristes, la culture de l’accompagnement et du coaching externalisé entrera peu à peu dans la culture des entrepreneurs, et pourront, comme les sociétés étrangères appréhender toute son importance. D’où la nécessité de former des SAE compétents et outillés».

Cheikh Aidara


Journée internationale de la contraception, les religieux au devant du combat

Imams de mosquée et jurisconsultes membres de l’Association des Ulémas de Mauritanie ont pris part avec force à la Journée Internationale de la Contraception du 26 septembre 2019 organisée sous le thème «Espacement des naissances pour accélérer la réduction de la mortalité maternelle ». Le Ministère de la Santé à travers le Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR), avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) Mauritanie, a tenu ainsi à donner un cachet particulier à cette célébration en mettant en avant le rôle des érudits dans une société mauritanienne profondément religieuse mais encore réticente à la planification familiale (PF).

Au cours de la journée deux communications ont été présentées, dont celle du Coordinateur du PNSR, Dr. Sidi Mohamed Ould Abdel Aziz sur la situation de la planification familiale en Mauritanie, acquis, défis et perspectives. Il a mis en exergue le caractère alarmant du taux de mortalité maternelle en Mauritanie, 582 décès pour 100.000 naissances vivantes, l’un des plus élevés de la région, avec un taux de prévalence contraceptive de 17, 8% dont 15, 7% pour les méthodes modernes, et un indice synthétique de fécondité encore élevé, 5, 1 enfant par femme.

Le Coordinateur a souligné les plans et stratégies mis en place depuis des années par les autorités mauritaniennes pour renverser la tendance, citant le premier Plan d’action national budgétisé de la PF (PANB) de 3 Milliards MRO qui s’est achevé en 2018, et du prochain PANB en cours d’élaboration. Mais également le Plan stratégique de la santé de la reproduction 2016-2020, le programme Maternité Sans Risques, le droit à l’accès à la santé pour les jeunes et les adolescents, le Plan de repositionnement de la PF 2019-2023 qui tient compte de l’outil FP 2020 Goals.

La deuxième communication présentée par Marième Tendghi Yahya, a porté sur la Loi portant Santé de la Reproduction adoptée en 2017 par le Parlement mauritanien. Elle a décortiqué le texte article par article, parcourant ainsi ses 26 articles et ses 8 chapitres.

Les érudits présents ont meublé les débats, certains allant jusqu’à critiquer l’écart entre la rigueur des textes de loi sur la santé et la réalité affreuse dans les structures de santé et auprès du personnel soignant. D’autres, ont demandé à ce que l’Etat profite de la prolifération des mosquées jusque dans les hameaux les plus lointains pour diffuser la loi sur la SR.

Cheikh Aïdara


Sécurité et Santé au travail, une culture et des pratiques à promouvoir dans la pêche en Mauritanie

Chantiers, usines, embarcations, terre-plein ! Des espaces où le danger côtoie en permanence le travailleur mauritanien. Une réalité documentée par Dr. Hatem Ben Mansour, expert à l’Institut de Santé et de Sécurité au Travail (ISST) de Tunis. C’était  lors de la formation organisée  du 16 au 20 septembre 2019 à Nouakchott, dans le cadre du programme Promopêche, financé par l’Union Européenne et l’Allemagne, mis en œuvre par le Bureau International du Travail (BIT), la coopération allemande (GIZ) et l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID).

Dr; Hatem Ben Mansour au milieu des participants (Crédit Aidara)

La sécurité et la santé au travail. Un sujet qui tombe sur une île presque vierge. Peu de Mauritaniens y sont sensibles, notamment dans le milieu de la pêche où les accidents de travail et les maladies professionnelles se multiplient. Ainsi, tout au long de la chaîne de valeur du poisson, du pêcheur à l’usinier, en passant par l’écailleur, le transporteur, le danger est permanent, malgré un dispositif législatif clair sur le sujet.

Que prévoit la législation en santé et sécurité au travail

Un diapo sur le mécanisme de suivi des accidents de travail (Crédit Aidara)

Les participants ont été familiarisés aux textes nationaux et internationaux relatifs aux risques liés au travail et qui sont faiblement pris en compte dans les métiers de la mer, telles que les dispositions du Code de Pêche, du Code de la Marine Marchande ou encore du Code du Travail, sans compter les conventions internationales de l’OIT, telles que la Conventions 121 de 1964 sur les prestations en cas d’accident du travail et de maladies professionnelles, la Convention 155 de 1981 sur la sécurité et la santé au travail, la Convention 161 de 1985 sur les services de santé au travail, la Convention 187 de 2006 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail et la Convention 188 de 2007 sur le travail dans la pêche.

Tous ces textes exigent des conditions de sécurité optimales pour les travailleurs, et pour les employeurs, le devoir de créer un environnement décent à même de prémunir leurs employés contre tout risque travail, de même que leur prise en charge médicale en cas d’accident ou de maladie professionnelle.

Quelques outils de gestion des risques au travail

Au cours des cinq jours de formation, les participants ont été édifiés sur les risques professionnels à bord des navires de pêche, dans les usines et sur le terre-plein, sur les principes de la prévention et sur la nécessité de disposer d’une base de données sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Ces indicateurs sont utiles dans la gestion des risques et permettent d’apporter des réponses ciblées en fonction de leur taux de fréquence et de leur taux de gravité. Ils permettent surtout aux autorités de pallier l’absence de statistiques dans ce domaine très souvent négligé, car la plupart des accidents de travail ne sont pas comptabilisés, notamment dans le secteur de la pêche artisanale, qui est un secteur informel par excellence.

Les acteurs de la pêche découvrent des aspects ignorés sur la sécurité et la santé au travail

La majorité des participants, malgré leur expérience professionnelle au sein d’organisations socioprofessionnelles de pêche ou d’administrations en lien avec le milieu du travail, comme la CNSS ou la Médecine du Travail, ou d’institutions de formation comme l’Académie Navale, sont peu au fait des normes nationales et des conventions internationales du BIT en matière de sécurité et de santé au travail. Ce que la formation a permis de combler.

Mohamed Ould Abderrahmane, chef de service prévention CNSS
«Nous avons beaucoup appris au cours de cette formation, des notions sur la prévention de risques au travail, sur les statistiques, que nous ignorions. Nous remercions le BIT et l’UE d’avoir organisé cette formation qui est primordial et nous demandons à ce qu’elle soit répétée, avec plus de pratiques»

Mathurin Dieng, Facilitateur de la Plateforme «Cogestion» de la pêche artisanale
«Une formation très utile pour les acteurs de la mer. Nous avons appris beaucoup de choses, comme la nécessaire formalisation du secteur de la pêche afin que ses travailleurs puissent bénéficier des services de la caisse de sécurité sociale et de la médecine du travail. En matière de respect des normes liées à la sécurité, nous sommes à zéro. On compte 2 à 3 collisions en mer tous les six mois, notamment entre pirogues de la pêche artisanale et gros navires. Il en résulte des dégâts physiques souvent mortels et des dégâts matériels qui restent sans suite.  Au niveau de la pêche artisanale, les disparitions en cas de tempête, sont légions. L’année passée, une pirogue a chaviré et dix pêcheurs ont disparu. Après cette formation, nous devons en tant que pêcheurs et organisations socioprofessionnelles, allez vers la recherche de l’information, sur la caisse et la médecine du travail, voir comment y adhérer. Les responsables de ces institutions doivent aussi nous aider».

Bakary Mamadou, formateur au Centre de Qualification et de Formation aux Métiers de la Pêche (CQFMP)

«Cette formation a été très utile pour nous formateurs car nous avons recueilli beaucoup d’informations et de connaissances. En tant que formateur en sécurité en mer, j’avais besoin de cette formation pour me mettre à niveau. J’ai découvert beaucoup d’aspects liés aux risques de travail et la prévention de ces risques au cours de cette formation. Je remercie le BIT et l’UE et je trouve en effet que la sécurité en mer est un sérieux problème en Mauritanie. Les accidents sont nombreux et très peu de gens sont formés dans le sauvetage, que ce soit en mer ou à terre. Je salue l’initiative de l’ONMT de se déployer le long de la côte, là où l’Académie Navale dispose déjà d’installations».

L’Office National de la Médecine du Travail (ONMT), un outil à améliorer

Siège de l’ONMT à Nouakchott (Crédit Aidara)

Logé dans un immeuble flambant neuf à Tevragh-Zeina, l’Office National de la Médecine du Travail (ONMT) est une révolution dans le monde du travail. Des médecins spécialistes, des laboratoires qui seront complétés en 2020 à travers la coopération turque par l’installation d’un laboratoire de toxicologie, le premier en Mauritanie. L’ONMT développe également un partenariat privilégié avec le BIT et l’ISST de Tunisie. En plus de son rôle curatif à travers ses  centres et ses  postes de santé, il effectue également des pré-visites, des visites et post-visites aux entreprises dans le cadre de la sécurité et la santé au travail.

Dr. Mohamed Vall Houssein lors de la visite guidée à l’ONMT, à sa droite Dr. Hatem Ben Mansour (Crédit Aidara)

Cependant, il est confronté à plusieurs défis, selon Dr. Mohamed Vall Houssein, spécialiste en santé et sécurité professionnelle et Directeur Technique de l’ONMT, qui cite le caractère étendu du territoire national, l’absence d’indicateurs statistiques dans le domaine de la sécurité au travail et des maladies professionnelles, la mauvaise répartition du tissu économique, l’insuffisance du personnel qualifié et l’absence de coordination entre les acteurs du travail.

La visite guidée de l’ONMT et la présentation de ses missions ont été largement appréciés par les participants.

La dernière journée de formation a été consacrée à la connaissance des textes réglementant le travail en Mauritanie, notamment le Code du Travail et les textes régissant la sécurité sociale. Les participants ont posé beaucoup de questions sur l’applicabilité de ces textes sur le secteur de la pêche artisanale qui demeure informel. Des pistes de réflexion sont envisagées avec les institutions concernées avec l’appui du BIT, pour trouver des solutions afin que les travailleurs de la pêche artisanale puissent bénéficier des prestations ouvertes aux travailleurs du secteur formel, comme les prestations liées à la branche des risques professionnels.

Cheikh Aidara

 


Afriyan Mauritanie et UNFPA offrent aux habitants pauvres de Dar-Beida, deux journées de consultations gratuites

Organisées par le réseau Afriyan Mauritanie, avec l’appui du Bureau  Pays du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), deux journées de consultations gratuites en médecine générale, pédiatrie et services de santé de la reproduction, planning familial, ont été offertes aux habitants de Dar-El Beida, l’un des quartiers populaires le plus pauvre à Nouakchott.

Les tentes bondées de patientes (Crédit Aidara)

Pendant deux jours, les 24 et 25 septembre 2019, quelques 800 consultations ont été délivrées. La mobilisation a été forte, avec une écrasante présence de filles et de femmes, mais aussi d’enfants et de quelques hommes.

Aminetou Mint Sidi, la trentaine avec déjà quatre enfants, entre 4 ans et huit mois : «Je suis venue me consulter et la sage-femme m’a convaincue de suivre un planning. Elle m’a prescrit des pullules, la méthode que j’ai moi-même choisie comme la plupart des femmes de mon quartier».

Venu le deuxième jour et à la dernière heure, Zeinebou Mint El Barka, «j’avais des douleurs d’estomac ; on m’a prescrit une ordonnance mais on m’a dit que le stock de médicaments est  épuisé ».

C’est la même déconvenue pour Aminata Sow, dont l’enfant souffre de problèmes dermiques. Elle a pu au moins obtenir un paquet de pullules du lendemain. Pour son enfant, il n’y avait plus de médicaments à la pharmacie qui a été ouverte pour la circonstance dans l’enceinte du poste de santé.

Aida Diop, sage-femme, avec une patiente pour le PF (Crédit Aidara)

C’est surtout Madame Fall née Aida Diop, Sage-femme au Poste de Santé de Dar-Beida où ces journées de consultations gratuites se sont déroulées qui a été la plus sollicitée. Elle distribuait consultations pré et post-natales en plus du planning familial, à des femmes qui se bousculaient devant sa porte.  «Les femmes ici optent en général pour les pullules ; je leur ai proposé des injectables, mais elles semblent en avoir peur» a-t-elle déclaré. Elle a pu cependant administrer une dizaine de Sayana-Press et quelques Dépo-Provera.

D’une manière générale, les patients qui ont bénéficié des consultations ont exprimé toute leur satisfaction, d’autant que «ce n’est pas tous les jours, disent-elles, qu’on les soigne et leur donne des médicaments gratuitement».

De G.à Dr. Moussa MBareck, Bâ Bocar, Saidou Kaboré, Mohamed Abdallahi Sghaïr (Crédit Aidara)

A noter que la cérémonie de lancement des Journées de Consultations gratuites a été marquée par un échange de discours, entre le Représentant Résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, le Président du Réseau Afriyan Mauritanie, Bâ Bocar, le maire de la commune d’El Mina, Mohamed Abdallahi Ould Sghaïr, la Coordinatrice régionale du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, Neya Mohamed Vall et l’infirmier chef du poste de santé, Adama Diop.

Les jeunes de Afriyan, réseau mis en place par le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre,  ont aussi animé pendant les deux jours, des séances de sensibilisation sur les violences basées sur le genre (VBG) et les mutilations génitales féminines (MGF).

Il faut enfin mettre en exergue le rôle particulier qu’a joué l’Association «Jeunesse A l’Heure JAHE d’El Mina» et son président Moussa MBareck, membre du réseau Afriyan, dans la mobilisation des masses.

Cheikh Aidara


Bureau Mauritanien pour l’Insertion (BMI), une structure au secours des jeunes chercheurs d’emploi

Depuis janvier 2018, des jeunes chercheurs d’emploi comme Koudy Diallo et Abdoulaye Brahim Dia, ont une porte à laquelle taper pour les accompagner dans l’insertion professionnelle. En effet, le Bureau Mauritanien pour l’Insertion (BMI), mis en place avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT) sur financement de l’Union européenne, à travers le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour l’Afrique dans le cadre du PECOBAT, est une structure avec une vocation d’insertion. Il intervient à Nouakchott, au Brakna, au Gorgol et au Guidimagha.

Atelier d’entretien avec des jeunes demandeurs d’emploi

«Les besoins en matière d’insertion de jeunes diplômés chercheurs d’emploi directs ou d’auto-emploi sont réels. C’est la raison pour laquelle, forts de notre expérience de plus de dix ans avec le Groupement de Recherches Technologiques (GRET), à travers son projet CAP-Insertion qui a pris fin, mon ami Alpha et moi, avions décidé en décembre 2017 de créer le BMI. Notre structure dispose de son récépissés de reconnaissance en tant que SARL», a déclaré Mamadou Bâ, l’un des initiateurs du projet. Selon lui, les jeunes chercheurs d’emploi sont confrontés aux mêmes problèmes. Ils ne savent pas à qui s’adresser pour obtenir des informations sur les opportunités de travail, de stage ou de formation professionnelle. Ils ont un besoin impérieux en services de conseils, d’orientation et d’information. Tout ce que le BMI leur offre.

Le département de Sebkha, notamment Basra, l’un des quartiers les plus précaires de Nouakchott, avec son fort taux de chômage, abrite le siège central de BMI. «Nous avons choisi de nous installer dans un quartier périphérique de la capitale, l’un des plus déshérités, parce que les structures étatiques d’emploi, comme l’Agence Nationale Pour l’Emploi des Jeunes (ANAPEJ), fournissent certes des efforts, mais n’atteignent pas une couche de jeunes résidant loin du centre-ville et confrontés à des problèmes de transport, de connexion et d’information »a précisé Mamadou Bâ. ««Ici, nous recevons beaucoup de jeunes de tout bord. A travers les contrats qui nous lient à certains partenaires, tels que le BIT ou Terre des Hommes Italie, nous assurons le suivi-insertion des jeunes formés dans le cadre de projets comme PECOBAT, pour les aider à accéder au marché du travail après leur formation» nous confie-t-il. Selon lui, le BMI accompagne aussi les jeunes désireux de créer leur propre entreprise.

Interview avec une jeune demandeuse d’emploi

Concernant la méthodologie, M. Bâ explique que leur démarche se base sur les techniques de recherche d’emploi, notamment les conseils d’orientation, le ciblage et la démarche d’emploi, les techniques d’entretien d’embauche, de rédaction de curriculum vitae (CV) et de lettre de motivation, la défense d’un projet. «Autant d’appuis que nous apportons pour répondre aux besoins des jeunes dans leur quête de travail » souligne-t-il.

Le BMI s’est impliqué dans plusieurs projets visant l’insertion et l’emploi des jeunes à l’intérieur du pays, comme le Chantier-école d’entretien routier à Aleg (Brakna), le projet PECOBAT à Kaédi (Gorgol) et à Sélibaby (Guidimagha) dans l’insertion des jeunes formés en maçonnerie-terre et en énergies renouvelables. Ces deux projets sont mis en œuvre par le BIT sur financement de l’Union européenne. A noter que contrairement à Nouakchott, où le BMI dispose d’un siège fixe, il n’est présent à l’intérieur du pays que dans les moments actifs d’exécution de contrats de suivi-insertion avec les partenaires.

«Le BMI est parvenu, dans le cadre du PECOBAT, à insérer 66 jeunes sur 96, soit un taux d’insertion de 71% » a précisé Mamadou Bâ. Il s’agit selon lui, d’un pourcentage important, compte-tenu des réalités du marché de travail mauritanien et des difficultés inhérentes à l’insertion des jeunes en situation de vulnérabilité, avec peu ou pas d’instruction de base.

Indépendamment des projets confiés par les partenaires, il ajoute que le BMI accueille également des jeunes issus d’autres quartiers précaires de Nouakchott, tels que ceux d’El Mina, de Riadh, d’Arafat ou de Dar-Naïm, qui viennent spontanément pour une recherche de stages ou d’emplois. «C’est notre participation sociale à l’effort d’insertion que nous offrons, dont l’auto-emploi » explique Mamadou Bâ. «Dans le cadre des nouveaux chantiers écoles de formation du PECOBAT, qui ont démarré à MBagne (Brakna) et Gouraye (Guidimagha), avec cofinancement de l’Union européenne et de l’Agence Française de Développement (AFD), le BIT nous à approchés à nouveau» confie-t-il. Et d’ajouter, «nous avons été invités à rencontrer les stagiaires dès le processus de sélection pour les formations, en vue d’un éventuel accompagnement en suivi-insertion».

Selon lui, à part le BIT, dans le cadre des projets financés par l’Union européenne, les partenaires du BMI sont les ONG, Terre des Hommes, ECODEV, Mauritanie 2000, GRET et Action pour le Développement (Action-Dev), ainsi que l’institution DJIKKE de microfinance et le Centre d’Accueil et de Réinsertion sociale des Enfants en Conflit avec la loi (CARSEC).

Témoignages

Koudy Abdoul Diallo, 23 ans, divorcée : «je fais partie de la promotion formée par PECOBAT en maçonnerie-terre à Kaédi. J’ai travaillé dans la construction de l’école de Dar-Salam. J’ai été contactée ensuite par le BMI, ce qui m’a permis d’être retenue pour la construction d’une autre école à Mbagne, au Brakna. Je salue l’attention particulière que BMI nous a accordée. Je les remercie de leur accompagnement et de leur aide précieuse. Je remercie également le PECOBAT, le BIT et l’UE qui nous ont formés et qui ne nous ont pas lâchés, car c’est grâce à eux que j’ai été contactée par le BMI pour la phase du suivi-insertion»

Abdoulaye Brahim Dia, électricien-maintenance formé au CFPP de Nouakchott : «j’ai été formé au CFPP de Nouakchott en électricité en 2013, puis en maintenance électrique en 2015. Je ne connaissais pas le BMI. J’avais suivi une formation supplémentaire avec le BIT sur les énergies renouvelables en 2018, ici à Nouakchott. C’est le BIT qui m’a demandé de contacter le BMI pour le suivi-insertion. Depuis, je viens de temps en temps, voir s’il y a du nouveau. En attendant, je travaille pour mon compte dans des chantiers privés dans l’installation, la maintenance, les raccordements à domicile. Je cherche une embauche dans une entreprise du BTP, et si je trouve un petit financement pour ouvrir un atelier, ce serait mieux. En attendant, je ne chôme pas, car l’essentiel pour moi est de travailler et ne pas être dépendant. Merci au BIT et à l’UE et félicitations au BMI au service des jeunes».

Cheikh Aïdara

 

 

 

 


Conseil National du Dialogue Social : entre l’espoir d’un renouveau et l’angoisse du statut quo

Le Conseil National du Dialogue Social, mis en place en 2014 et dont les membres ont été désignés en février 2019, a organisé à Nouakchott sa première rencontre les 17 et 18 septembre 2019. C’était au cours d’un atelier de renforcement de capacités, sous l’égide du Ministère du Travail avec l’appui du BIT. L’éternelle effervescence des rapports tendus entre les pouvoirs publics et certaines centrales syndicales  a ressurgi dès la première journée au cours de laquelle, les arguments des partisans du renouveau se sont heurtés à ceux qui évoquent le statu quo.

@crédit Aidara


Pendant deux jours, du 17 au 18 septembre 2019, les membres du Conseil National du Dialogue Social (CNDS) ont participé à un atelier de renforcement de capacité organisé par le Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration (Ministère du Travail), avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT) Alger dont dépend le bureau de Nouakchott.

Dialogue social et négociations collectives

Institué par décret 2014-156 du Premier Ministre en date du 21 octobre 2014, le CNDS dont les membres ont été nommés par l’Arrêté 085 du Ministre du Travail en date du 5 février 2019, suscite beaucoup d’espoir auprès des acteurs du travail, mais nourrit également le doute chez certaines centrales syndicales qui lui reprochent son faible ancrage institutionnel et le caractère purement consultatif de ses avis.

Le CNDS est composé de 21 membres, sept représentant l’Etat, sept les Employeurs et sept les Travailleurs. Son président a été nommé parmi les personnalités indépendantes. Il est composé d’une Assemblée Générale, d’un Bureau Exécutif et de trois sous-commissions.

En l’absence d’une définition conventionnelle du dialogue social, il est cependant établit que l’esprit de ce dialogue est ancré dans l’histoire et la culture locale, en tant que forme de négociation, de consultation et d’échanges qui se retrouve dans la Jemâa et la Choura, bien avant qu’il ne soit confiné dans des concepts juridiques et institutionnels.

Dans sa présentation sur les objectifs du CNDS, ses règles de fonctionnement, les attentes et les défis liés à sa mise en place, Hamoud Ould T’Feil, Conseiller technique du Ministre du Travail a rappelé quelques conventions de l’OIT ratifiées par la Mauritanie et qui sous-tendent l’assise juridique de ce nouvel organe de régulation sociale. Il s’agit de la Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective de 1954, la Convention 87 sur la liberté syndicale et la Convention 144 sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail. Sur le plan national, il a cité le Code du Travail en son Chapitre IV sur la Convention et les Accords collectifs du Travail.

Il a passé en revue les trois grandes négociations collectives qui ont eu lieu en Mauritanie en 2005, 2011 et 2016, lesquelles avaient permis aux travailleurs d’obtenir de substantielles améliorations de leurs conditions, tels que les augmentations successives du SMIG, l’assurance maladie, la formation professionnelle, la révision du statut des dockers, etc., mais aussi aux employeurs de négocier leur fiscalité, coûts de production, endettement, entre autres.

La question centrale de la représentativité syndicale

Parmi les tâches confiées au CNDS, la tenue d’élections professionnelles devant fixer la représentativité syndicale, une vieille revendication que les autorités mauritaniennes n’ont jamais voulu satisfaire conformément à la feuille de route du 6 mars 2017 et en totale violation de la loi 017/2004 portant Code du Travail Mauritanien et fixant les critères de représentativité des organisations syndicales, en ses articles 90 et 265,

Le Conseil est également chargé de la mise en œuvre du Plan d’Action National pour l’Elimination du Travail des Enfants (PANET-RIM) et la réactivation du dialogue social entre les partenaires sociaux interrompu depuis 2016.

Communications et groupes de travail

Les participants ont suivi plusieurs communications, dont trois présentées par Mohamed Kchaou, Expert en dialogue social et administration du travail. Le premier est intitulé «Conditions de réussite du dialogue social au niveau national», le second, «Règles de conduite et recommandations pour le bon fonctionnement des conseils nationaux de dialogue social» et le troisième «Organisation du fonctionnement du Conseil national de dialogue social en Tunisie».

Mme Ntap Innocence Présidente CNDS Sénégal (Crédit Aidara)

Invitée d’honneur de l’atelier, la présidente du CNDS Sénégal, Mme NTap Innocence, qui était accompagnée de trois de ses collaborateurs, a présenté les 5 années d’expérience de son pays.

Enfin, les participants ont animé trois ateliers pratiques, sur les «Méthodes et techniques du dialogue tripartite au niveau national», «Les priorités du dialogue social en Mauritanie » et «L’organisation des élections professionnelles en Mauritanie : les difficultés et les solutions».

Les participants ont formulé et adopté à la fin de l’atelier un certain nombre de recommandations.

Il faut souligner que l’atelier a été ouvert par le Secrétaire Général du Ministère du Travail, Mohamed Mahmoud Ould Deh. Il a indiqué que son département travaille d’arrache-pied pour renforcer la capacité des partenaires sociaux, garantir leurs droits et préserver les acquis afin d’assurer  l’équilibre des relations au travail.  Il a enfin appelé les participants à profiter pleinement de l’atelier, louant au passage l’appui constant que le BIT n’a cessé d’accorder à son département.

Dr. Halim Hamzaoui, Directeur par intérim OIT Alger pour le Maghreb (Crédit Aidara)

Auparavant, le Président du Conseil, Mohamed Ould Baba, avait salué la présence des trois mandants de l’OIT, le Gouvernement, le Patronat et les Organisations syndicales, estimant que la qualité de leur apport servira certainement au succès de l’atelier.

S’exprimant au nom du BIT, Dr. Halim Hamzaoui, Directeur par intérim de l’OIT à Alger pour les Pays du Maghreb, dont la Mauritanie, a remercié les autorités mauritaniennes pour l’organisation de cet atelier dont l’objectif selon lui, est de renforcer la capacité des membres du Conseil National du Dialogue Social et améliorer leur expertise.

Cheikh Aïdara


Après altercation avec un Chinois au chantier du Port de NDiago, un camionneur mauritanien sous contrôle judiciaire

Sedigh Ould Halima, la trentaine, est camionneur dans une société chinoise chargée de travaux au Port de NDiago. Il se dit victime d’actes arbitraires non seulement de la part de ses employeurs chinois, mais aussi de la part de la gendarmerie de NDiago. Suite à une bagarre avec un pointeur chinois, qui l’aurait provoqué, il a été placé sous contrôle judiciaire par le Parquet de Rosso.

Le jeune Sedigh à l’extrême droite à coté de sa mère en compagnie de défenseurs de l’homme (Crédit Alioune Sow)

Le calvaire de Sedigh Ould Halima a commencé le 10 septembre 2019. Selon lui, le différend entre lui et le Chinois résulte du refus de ce dernier de lui pointer ces heures de travail, à la fin de son service de nuit, aux environs de 5 h 10 du matin. Quand il lui tendit sa feuille de pointage, le Chinois la mit dans la poche de sa chemise et refusa de le pointer. Lorsque le jeune tenta d’arracher sa feuille de pointage que le Chinois refusait de lui rendre, ce dernier lui asséna un coup de stylo sur la main, le blessant. Et c’est la bagarre,  avant qu’ils ne soient séparés.

Le Chinois alla se plaindre auprès de son supérieur, un autre Chinois. Ce dernier se rendit sur le champ au poste de gendarmerie distant de plusieurs kilomètres du camp pour porter plainte. Le jeune affirme que sans voiture, il ne pouvait les devancer pour porter lui aussi plainte. Il devait attendre la levée du jour pour trouver un taxi qui le déposa au poste.

A son arrivée, le jeune affirme avoir été humilié par les gendarmes devant les Chinois. Ils le placèrent en garde-à-vue et lui refusèrent même de parler avec sa mère qui l’appelait depuis Sélibaby pour s’enquérir de ses nouvelles. Le jeune fut conduit à NDiago, placé derrière les grilles. Pendant trois jours, dit-il, il ne trouva que peu à manger, ajouté au refus de le laisser prier parfois.

La veille de son déferrement, il déclare n’avoir pas eu envie de manger, tellement ses conditions de détention étaient inhumaines, enfermé dans un cachot sans fenêtre et au sol nu.  Les gendarmes lui auraient même refusé de se changer pendant qu’on le conduisait à Rosso. C’est le chauffeur du véhicule qui les transportait lui et le gendarme qui a fini par lui permettre de récupérer un pantalon de rechange à la base de vie du chantier.

Arrivé tard à Rosso, au lieu que le jeune prévenu soit conduit à la Brigade de gendarmerie, il passa la nuit chez un particulier, avec sa mère qui s’était déplacé depuis Sélibaby quand elle apprit sa mésaventure, ainsi que le gendarme accompagnant. Le lendemain, il a été entendu par un juge d’instruction, puis placé sous contrôle judiciaire, en attendant la tenue de son procès. Pourtant, selon les informations recueillies, le Chinois avait un arrête de travail de 24 heures seulement, ce qui, aux dires de sa famille, ne méritait pas qu’on inflige à Sedigh tout le calvaire et les humiliations qu’il a subi. Le Chinois n’aurait même pas été entendu. Il n’y eut même pas de confrontation pour savoir lequel des deux avait tort ou raison.

Cette affaire remet sur le tapis les nombreuses plaintes des travailleurs mauritaniens face à ce qu’ils appellent «l’impunité des employeurs chinois». Ils disent s’être toujours plaints de la situation de non droit qui règne dans les entreprises chinoises exerçant en Mauritanie, comme si, disent-ils, «ils jouissent du droit absolu de fouler au pied, la législation nationale du travail et les droits les plus élémentaires des travailleurs».

Cheikh Aïdara


Les Panafricanistes de Mauritanie ont manifesté ce matin à Nouakchott

Le phénomène Kemi Seba et son organisation «Urgences Panafricanistes », représentée en Mauritanie par Alioune Sow, président de l’ONG «Soins maladie et services divers» gagne le pays. Les Urgentistes Panafricanistes mauritaniens ont organisé ce samedi 14 septembre 2019 à Nouakchott, un sit-in devant la BMCI, après le refus des autorités de les laisser marcher «pour un lendemain meilleur pour nos enfants » selon le mot de Alioune Sow.

Urgences Panafricanistes, dont la devise est «Ce que l’Union Africaine ne fait pas pour le peuple, le peuple le fera lui-même» mobilise depuis plusieurs semaines ces affiliés, en vue de la grande marche du 14 septembre 2019, appelant les militants à manifester. Plusieurs capitales africaines et en Europe, ont ainsi connu des marches ou des sit-in pour protester contre la situation des populations noires. L’organisation, que d’aucuns qualifient de subversive, s’est bien fait connaître, à l’image de son fondateur, pour ses coups d’éclat sur le champ de la protestation populaire, s’en prenant à l’hégémonie de l’Occident, aux dirigeants africains qui oppriment leur peuple, au racisme, à la xénophobie, aux lois pernicieuses du marché libéral, entre autres.

En Mauritanie, la mobilisation pour le 14 septembre a été lancée depuis le 22 août dernier. La section Mauritanie s’active en effet depuis lors pour mobiliser ses militants, se disant consciente que «les problématiques locales ne trouveront résolutions que dans leurs inclusions dans la question plus globale du panafricanisme » avant d’asséner, «la société civile mauritanienne se mobilisera le 14 Septembre, agrandissant chaque jours un peu plus le front de la contestation».

Plusieurs jeunes, tenant le bandeau noir de l’organisation et son écusson, ont participé au sit-in devant la BMCI, avant de se disperser sans inquiétude, devant les forces de police qui se contentaient de les encadrer de loin.

Cheikh Aïdara

 


Le Représentant Résident UNFPA au Ministre de l’Economie et de l’Industrie : «Je salue l’engagement du gouvernement, à travers la Déclaration de Politique Générale du Premier Ministre en faveur de la santé de la mère et de la jeune fille»

Les locaux du Ministère de l’Economie et de l’Industrie ont abrité vendredi 13 septembre 2019 la cérémonie de remise du Rapport Mondial sur la Population 2019 des mains du Représentant Résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré au Ministre de l’Economie et de l’Industrie, M. Ckeikh El Kebir Ould Moulay Taher.

Au cours de l’audience qui lui a été accordée par le Ministre de l’Economie et de l’Industrie, vendredi 13 septembre 2019, SEM. Saidou Kaboré a félicité le ministre pour sa nomination, mettant en exergue la place importante de l’économie dans les politiques et stratégies de développement, tout en le félicitant de nouveau pour le travail jusque-là accompli par son département. Il a salué au passage l’engagement du gouvernement, à travers la Déclaration de Politique Générale du Premier Ministre, M. Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidya le 5 septembre dernier, et avant lui le Chef de l’Etat, en faveur de la santé de la mère et de la jeune fille. Le Représentant considère qu’il s’agit là d’un aspect essentiel pour l’atteinte des ODD en 2030, insistant sur l’importance à investir dans les femmes et les filles, pour booster encore davantage le taux de croissance déjà constant et en progression depuis quelques années. Il s’est félicité des perspectives heureuses de l’économie mauritanienne, compte tenu de la diversité et de la richesse de ses ressources.

Plaidoyer en faveur de la Santé

SEM. Saidou Kaboré a surtout insisté sur l’urgence à relever le défi posé par les décès maternels en Mauritanie où 13 femmes meurent par semaine en donnant la vie, ce qui représente 0,2% des décès maternels par jour dans le monde. Il s’est dit toutefois persuadé que ces indicateurs ne reflètent plus la réalité, car datant de 2015, soulignant que la prochaine Enquête Démographique et de Santé (EDS) prévue cette année, permettra certainement de fournir des chiffres moins alarmants, au vu des efforts entrepris depuis quelques années.  Il a rappelé à ce propos que la Mauritanie fait partie des pays qui ont déployé des efforts remarquables en matière d’investissement dans le secteur de la santé, avec des financements importants, mais qui restent toujours en deçà des engagements d’Abuja, fixant à 15%, la part des Budgets nationaux des Etats dans la santé.

SEM. Kaboré a par ailleurs développé devant le Ministre de l’Economie et de l’Industrie, un véritable plaidoyer en faveur du Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR) qui a surtout besoin, selon lui, de moyens plus importants pour assurer le suivi des politiques et stratégies du Ministère de la Santé dans le domaine de la santé de la reproduction et de l’espacement des naissances. Il a évoqué à ce propos la récente tournée régionale d’évaluation dans 5 régions du pays que le PNSR vient d’entreprendre avec le concours de l’UNFPA et la participation de la CAMEC.

Le Représentant s’est dit confiant que tous ces défis trouveront certainement réponse dans la stratégie du gouvernement, à travers le Projet SWEDD et la SCAPP 2016-2030. Il a salué dans ce cadre la mise en place de l’Observatoire régional du Dividende Démographique, soulignant que la Mauritanie est le 6ème pays à avoir entamé le processus.

Il a aussi relevé d’autres défis qui se posent à ce niveau aux femmes, comme les mariages forcés et les mutilations génitales féminines. Il a souligné dans ce cadre les efforts menés par le Ministère de la Santé pour s’attaquer à ces défis au niveau des poches où les taux sont les plus élevés, saluant la décision prise par le gouvernement d’interdire les mariages avant 18 ans, alors qu’elles sont encore 35%  de filles à se marier avant cet âge.

Sur la CIPD 25

Le Représentant Résident de l’UNFPA a également abordé le sujet sur la Conférence Internationale Population et Développement (CIPD) qui fête ses 25 ans cette année à Nairobi (Kenya), en présence des Chefs d’Etat et de gouvernement. Pendant trois jours, du 12 au 14 novembre 2019, a-t-il souligné, les dirigeants du monde vont échanger et discuter sur les avancées accomplies depuis la première conférence du Caire en 1994, ce qui reste à être réalisé, le gap à combler et les solutions.

Réponse du Ministre

En réponse, le Ministre de l’Economie et de l’Industrie a remercié le Représentant Résident de l’UNFPA pour son excellente présentation, prenant le temps de lui dire qu’il connaît bien le Burkina Faso,  pays d’origine du Représentant, lui citant plusieurs localités, du centre, de l’Est et du Nord qu’il a visité. «C’est un pays que je connais bien, un magnifique pays, celui des Hommes Intègres, qui est en train de faire de réels progrès » a-t-il précisé. Le ministre s’est dit content d’entendre de la bouche du Représentant les progrès accomplis par la Mauritanie, notamment dans le domaine de la santé, tout en reconnaissant que le pays enregistre des retards dans beaucoup de secteurs, y compris celui de la santé, en particulier en termes de décès maternels. Selon lui, l’équipe actuelle est engagée à poursuivre les réformes. Il a promis également de faire tout pour que le PNSR soit davantage appuyé afin qu’il puisse mener sa mission dans les conditions optimales.

L’entretien entre le Ministre de l’Economie et le Représentant de l’UNFPA s’est achevé par une photo scellant la remise du Rapport Mondial de la Population 2019.

A noter que la rencontre s’était déroulée en présence de Brahim Vall Ould Mohamed Lemine, Chargé de Programme Population et Développement à l’UNFPA, Ahmedou Ould Mohamedou et Abass Sylla, respectivement Conseiller du Ministre de l’Economie chargé de la Communication et Directeur général des politiques et stratégies de développement.

Cheikh Aïdara


Affaire Ghaya Maiga ou la difficile application de la loi sur l’esclavage en Mauritanie

Fille esclave ou fille domestique ? L’affaire Ghaya Maiga, au-delà de la qualification des faits qui oppose défenseurs des droits de l’homme et famille de la victime, procureur de la République et juge d’instruction, pose le problème de l’applicabilité de la loi sur l’esclavage en Mauritanie.

Ghaya Maiga, comme l’ont découverte les militants IRA (Crédit IRA)

Une supposée affaire d’esclavage sur une fille mineure de 14 ans, qui a éclaté le 1er septembre 2019, est en train de poser le problème de la difficile application de la loi 2015-031 portant incrimination de l’esclavage et pénalisant les pratiques esclavagistes en Mauritanie. Les deux magistrats chargés d’instruire le dossier, le procureur de la République de la Cour criminelle chargée des crimes esclavagistes de Nouakchott Sud, Ethmane Ould Cheibany, et le juge d’instruction, sont en totale déphasage. Le procureur requiert mandat de dépôt contre la présumée esclavagiste, la mère et le beau-père de la victime. Le juge décide de libérer tout le monde et, cerise sur le gâteau, confie la victime à ses supposés bourreaux, au lieu de la placer sous la protection de la loi, en la confiant à une ONG de défense des droits de l’Homme ou d’une structure de l’Etat, pour la soustraire à toute pression qui pourrait avoir une incidence sur le cours de la justice.

Les prémices de l’affaire

Le 1er septembre 2019, la section de l’ONG antiesclavagiste Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) au niveau du département (Moughataa) d’Arafat reçoit une jeune fille en détresse. Elle pleure et demande assistance, se plaignant d’avoir été séquestrée depuis son arrivée à Nouakchott, battue et exploitée par la dénommé Lalla Mint Jiddou de la tribu des Oulad Daoud, originaire de Bassiknou. Elle avoue que c’est sa propre mère qui l’avait confiée. La jeune fille est interrogée par les militants d’IRA et son témoignage filmé fait le tour des réseaux sociaux, soulevant une indignation populaire. Conduite devant le commissariat d’Arafat, la fille se présente. Elle s’appelle Ghaya Maiga, née à Bassiknou en 2005. Elle porte plainte contre Lalla Mint Jiddou pour maltraitance et exploitation de type esclavagiste.

Controverse au Parquet

Militants IRA devant le tribunal pour exiger l’application de la loi (Crédit IRA)

Le 5 septembre 2019, le procureur de la République auprès de la Cour criminelle chargée des affaires esclavagistes de Nouakchott Sud, Ethmane Ould Cheibany, accepte d’enregistrer la plainte. Il écoute la jeune fille, Ghaya Maiga et l’auteur présumé d’esclavage Lalla Mint Jidou. Aux termes de la confrontation, le magistrat décide de placer Lalla Mint Jidou, la mère et le beau-père de Ghaya Maiga sous mandat de dépôt. Le communiqué de presse du Parquet général, tel que diffusé par l’organe officiel, l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI), ordonne l’approfondissement de l’enquête et dénonce les auteurs de propos visant à calomnier la victime. En effet, celle-ci est décrite parfois comme majeure, tantôt mariée, tantôt mère d’un enfant illégitime.

Mais le juge d’instruction du 1er cabinet auprès du même tribunal, Ethmane Ould Mohamed Mahmoud décide de passer outre et refuse de déposer les prévenus en prison. Il libère les suspects et pire, il confie la victime Ghaya Maiga à ses bourreaux. Celle-ci est conduite aussitôt par ses derniers à Bassiknou, à 1 400 Km de Nouakchott, pour l’éloigner le plus loin possible, afin de pouvoir la travailler tranquillement et l’amener à changer la version des faits, selon les soupçons avancés par les défenseurs des droits de l’homme. Dans cette affaire, l’ONG IRA soupçonne la connivence de plusieurs forces intervenant dans l’instruction du dossier, y compris l’actuel ministre de la Défense, proche parent de l’auteur présumé des faits, la commissaire chargée des mineurs, l’assistante sociale qui devait se charger de son encadrement, plusieurs notabilités et personnalités influentes de la tribu Oulad Daoud. Une vidéo sera même diffusée sur les réseaux sociaux par un parent de la principale suspecte Lalla Mint Jidou, où il menace le pays de guerre civile.

La famille de la victime manipulée

«Tout est fait pour soustraire l’esclavagiste Lalla Mint Jidou de la prison, et une fois de plus, on se dirige vers le blanchiment d’une affaire d’esclavage, avec la complicité de la justice mauritanienne », confie El Hadj Ould Ide, coordonnateur général du mouvement IRA, qui suit le dossier depuis les premiers instants.

Comme dans tous les cas précédents, selon lui, la machine tribale est en marche et le scénario est bien connu. La famille de la victime, en général pauvre, fragile et analphabète, va être soumise au jeu du bâton et de la carotte, menace d’exclusion du groupe, plus d’aide, plus de solidarité tribale… Avec des discours du genre : «votre famille c’est nous, les autres sont là justes pour les intérêts des occidentaux », etc. Une machine bien huilée, accompagnée de cadeaux et de subites attentions portées à la victime, comme la vidéo montrant une Ghaya bien habillée et coiffée récusant tous les propos qu’elle avait tenu et accusant IRA de l’avoir manipulée. »Une image tout à fait différente de la jeune fille en pleurs, mal fagotée, portant les stigmates de coups et aux cheveux sales que nous avions recueillie », s’indigne Abou Diop, membre d’IRA. La mère de la fille a sorti elle aussi une vidéo où elle dénonce la vaste campagne de calomnie portée contre sa fille. Elle déclare que c’est elle-même qui l’a louée à Lalla Mint Jidou, moyennant un salaire mensuel de 800 MRU (environ 20 euros).  Enfin, elle déclare qu’elle poursuivra IRA en justice pour réclamer des dommages et intérêts.

De la bonne foi  des autorités mauritaniennes

De la conduite de la procédure sur l’affaire Ghaya Maiga, même si elle semble être faussée dès le départ par l’attitude du juge d’instruction, dépendra en grande partie la crédibilité de l’Etat mauritanien face à ses engagements internationaux à appliquer la loi 2015-031. Présent depuis près de 3 ans en Mauritanie, suite à la ratification du protocole 2014 de la convention n°029 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) portant sur le travail forcé, le projet Bridge a organisé plusieurs séminaires de formation sur la loi en question. Des dizaines d’administrateurs, magistrats, procureurs, juges d’instructions, avocats, greffiers, officiers de la police judiciaire, élus, leaders religieux et communautaires, et militants des droits de l’homme ont été formés par le projet Bridge sur la loi 2015-031, en particulier à Nouakchott et Nouadhibou. Sans compter la prise en charge chaque année de la journée nationale sur l’esclavage. Dernièrement, Bridge en collaboration avec le ministère du Travail a également organisé une tournée régionale dans l’ensemble du pays entre juillet et août 2019, sur le travail forcé, le travail décent, l’exploitation au travail, etc. Jusque-là, le gouvernement mauritanien a montré tout son engagement à faire respecter la loi sur le travail et à combattre toute forme d’exploitation.

Affaire à suivre

Le 11 septembre 2019, «face à la machine d’Etat qui cherche à étouffer ce énième cas d’esclavage», selon eux, les militants d’IRA qui n’ont pas baissé les bras ont organisé un sit-in massif devant le tribunal d’Arafat, où les deux parties étaient convoquées pour la suite du dossier. Ils comptent poursuivre l’affaire Ghaya Maiga qui, selon eux, relève du sort d’une jeune esclave prise en otage par ses propres parents et ses bourreaux.

Cheikh Aïdara


Insécurité en Mauritanie : le village de Guemou attaqué par une bande criminelle

Les villageois de Guemou, au Guidimagha, ont été attaqués dans la nuit du vendredi 6 septembre 2019 par une bande criminelle motorisée. Ils ont ligoté les hommes et pillé les commerces avant de s’enfuir. L’un des habitants sévèrement battu est actuellement hospitalisé à l’hôpital de Sélibaby. Selon le maire de Ghabou, Ibrahim Soumaré contacté par téléphone «la bande a attaqué le village au crépuscule. Ils se sont attaqués à l’une des boutiques, blessant son propriétaire et s’emparant de 700.000 MRO. Ils ont attaqué une deuxième boutique emportant le coffre ». Ils avaient auparavant tiré, selon les témoignages des habitants, près de 100 coups de feu pour intimider les occupants. Par la suite, ils ont pris la route de Diogountourou vers l’Est. Ils seraient au nombre de 4 à 5 individus.

Photo d’un village – illustration: Aidara

Quelques jours auparavant, c’est l’arrondissement de Oueynat Zbell au Hodh Charghi qui a été attaqué. Une agence de transfert d’argent a été dévalisé et la bagatelle de 4 millions MRO emportés, ainsi que plusieurs commerces. La ville de Toulel au Gorgol a subi le même sort il y a deux mois.

Cette recrudescence dans les attaques armées à l’intérieur de la Mauritanie, connu pourtant pour sa quiétude, inquiète les habitants et dénote d’une démission sécuritaire de plus en plus grandissante.

L’inquiétude est d’autant plus grande que les états-majors de la gendarmerie et de la garde, ainsi que la police n’assurent plus la sécurité des édifices publics, tels que la Banque centrale, le Trésor Public, la radio et la télévision de Mauritanie. La question légitime se pose : quelle sécurité ces forces assurent-t-elles, si les établissements publics, les villes, villages et les populations ne sont plus en sécurité ?

Cheikh Aïdara


Groupe GRIMINFO : De la virtualité à la réalité, rencontres physiques et projets en perspectives

Les groupes Watsapp pullulent en veux-tu en voilà en Mauritanie. Des forums de discussion, il y en a ainsi à tous les goûts. Parmi ces groupes, GRIMINFO, un groupe créé sur initiative de Camara Mohamed, un ressortissant de Kaédi vivant au Canada, qui a eu cette idée de mettre sur pied ce forum de discussion qui réunit des cadres mauritaniens dont des expatriés, plusieurs intellectuels de divers horizons professionnels, ethniques et idéologiques. Au bout du temps, ce grand ensemble aux idées généreuses a fini par se muer en une vaste famille virtuelle qui tente chaque jour de décortiquer l’actualité chaude du moment, de soulever les problèmes économiques, sociaux et politiques qui entravent le développement de la Mauritanie tout en proposant des solutions aux décideurs et à l’opinion publique.

De la virtualité à la réalité physique,  ce ne fut qu’un pas que le groupe GRIMINFO a vite franchi en organisant le jeudi 22 août 2019 une première rencontre physique chez le Doyen Bâ Saïdou. Ce fut une belle soirée où chacun est parvenu enfin à mettre un nom sur chaque visage qui anime depuis plus d’un an l’espace d’échanges et de convivialité qu’est devenu GRIMINFO.

Au cours de cette rencontre, les membres du groupe se sont présentés plus amplement et des propositions ont été avancées pour faire de GRIMINFO, non seulement un espace d’échanges d’idées, mais le point de départ d’une nouvelle aventure qui aura encore plus d’impact sur la vie du groupe mais aussi de la Nation toute entière. Des démarches seraient ainsi en cours pour faire de GRIMINF0, une organisation internationale d’intérêt public qui participera plus activement au développement socioéconomique et culturel du pays. Une rencontre plus formelle est ainsi prévue, et les membres de la diaspora se déplaceront à Nouakchott, pour mettre en place, cette structure.

En attendant, les rencontres entre les membres se poursuivent. C’est ainsi qu’une deuxième est prévue dimanche 15 septembre 2019 à l’Ilot V, chez Aîchetou Camara.

L’occasion sera certainement propice pour faire le point sur la situation du groupe qui s’agrandit de jour en jour. De nouveaux membres se sont en effet joints à GRIMINFO. Une autre opportunité pour consolider les relations et élaguer les voies du succès collectif.

Cheikh Aîdara


Tournée dans 5 régions de Mauritanie où les femmes et les nouveau-nés meurent le plus en maternité

«Les indicateurs santé reproductive et planning familial (SRPF) sont en progression, en milieu urbain comme dans les hameaux les plus lointains. Signe d’une évolution des mentalités et de l’amélioration du système de santé». C’est le constat tiré par la mission conjointe, Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR), Bureau du Fonds des Nations Unies pour la Population en Mauritanie (UNFPA) et Centrale d’Achat des Médicaments Equipements et Consommables Médicaux (CAMEC). «Nous venons de sillonner du 25 août au 6 septembre 2019, les cinq régions qui totalisent 80% des décès maternels et néonataux en Mauritanie » selon le Coordinateur du PNSR, Dr. Sidi Mohamed Abdel Aziz.

Les membres de la mission arrivent au Centre de Santé de Bassiknou (Crédit Aidara)

L’atteinte des ODD, de l’Agenda 2030 des Nations Unies et de l’Union Africaine, sont deux batailles que les nouvelles autorités sanitaires en Mauritanie veulent remporter. Une bataille qui commence par les Trois Zéros, «Zéro décès maternel évitable, Zéro Besoins non satisfaits en matière de planification familiale et Zéro Violence basée sur le genre ». Ce message a été transmis aux autorités administratives, Walis (Gouverneurs) et Hakems (Préfets) des régions visitées par la mission conjointe PNSR/UNFPA/CAMEC. Certains gouverneurs ont d’ailleurs été sensibles à ce message, à l’image du Gouverneur du Hodh Gharbi, Diallo Amadou Oumar qui estime que «la santé de la reproduction est l’épine dorsale de la santé et du développement économique et social». Il s’est engagé à entreprendre une répartition judicieuse du personnel de santé dans sa région.

Cinq Wilayas (Régions), Gorgol, Assaba, Guidimagha et les deux Hodhs ont été sillonnées et 11 centres de santé visités, Mbout, Kiffa, Aïoun, Bassiknou, MBerra, Amourj, Kobenni, Ould Yenge, Kankossa, Tintane et Barkéol. Au cours de ce marathon régional, le PNSR a signé avec les hôpitaux de Kaédi, Kiffa et Néma, un contrat de prise en charge totale des femmes souffrant de fistules obstétricales, sur financement UNFPA.

Des acquis à consolider

Dr. Sidi Mohamed Abdel Aziz, Coordinateur du PNSR
«Au cours de cette tournée, j’ai eu beaucoup de satisfaction, mais aussi des déceptions. Dans l’ensemble, ce fut une belle expérience. Les produits SRPF et les 4 médicaments essentiels qui sauvent les femmes, sulfate de magnésium, gluconate de calcium, Misoprol et Oxytocine, sont disponibles au niveau de tous les centres de santé. C’est le cas aussi des produits contraceptifs, notamment les méthodes dites de longue durée et l’entrée toute nouvelle du Sayana Press que les populations découvrent».

SEM. Saidou Kaboré, Représentant Résident UNFPA
«
¨Premier constat, ce genre de mission doit être répété pour s’imprégner de l’évolution réelle de la SRPF, surtout dans les zones reculées. Il permet de relever les insuffisances et de les corriger. Je salue l’engagement du Coordinateur du PNSR pour l’organisation de cette mission. Plus le PNSR multipliera les supervisions formatives sur le terrain plus le programme progressera. Nous avons trouvé par ailleurs, un personnel engagé, prêt à redoubler d’efforts et sollicitant plus de supervisions périodiques».

La mission a remarqué une nette augmentation de l’effectif du personnel, notamment en spécialistes et sages femmes, quasi absents il y a quelques années des structures de santé éloignées.

Centre de santé de Bassiknou (Crédit Aidara)

Au centre de santé de Bassiknou, ville située à plus de 1.300 kilomètres de Nouakchott près de la frontière malienne avec son camp de réfugiés (57.000 personnes), seuls les fonctionnaires originaires de la ville acceptaient d’y être affectées, eu égard au coût élevé de la vie. Le loyer mensuel varie entre 200 et 400 dollars (6.000 à 15.000 MRU), et la ville ne compte aucun restaurant. Mais de plus en plus, de jeunes agents de la santé acceptent d’y être mutés, là où ne trônaient que quelques anciens, comme Khadijetou Baba, sage femme en place depuis plus de cinq ans. «Au début, c’était difficile mais je me suis adapté» explique-t-elle avec un grand sourire. Depuis août 2019, elle a déjà recrutée dix femmes pour le Sayana Press. «Les femmes préfèrent en effet les injectables et les implanons aux autres méthodes comme le DIU» précise-t-elle.

Deux jeunes spécialistes viennent également de débarquer, l’anesthésiste Abdallahi Mekyoune et le chirurgien Mohamed Mahmoud Maymout. Cet afflux de jeunes agents touche aussi le camp MBerra, Dr. Wane Al Qassoum, médecin généraliste, est sur place depuis 6 ans loin de son Nouakchott natal, tout comme Marième Sall, sage-femme, originaire de la Vallée, ou encore Raby Dieng, infirmière en charge du service néonatologie, qui a quitté Rosso depuis près de 7 ans. Les sages-femmes de la maternité de l’AMPF mise en place avec appui UNFPA ne sont pas en reste.

C’est le cas de Fatimata NDim recrutée depuis huit mois. «J’aime cette expérience à l’intérieur du pays, car ici, nous sommes confrontées aux réalités de la santé de la reproduction. Mon passage à MBerra sera très utile pour la suite de ma carrière » a-t-elle déclaré.

Dr. Diallo Mohamed Lemine DRAS Hodh Charghi par intérim (Crédit Aidara)

Dr. Diallo Mohamed Lemine, Directeur Régional à l’Action Sanitaire (DRAS) du Hodh Echarghi (par intérim) : «Avec la création des Ecoles de Santé Publique dans les régions, les besoins en personnel local, infirmiers et sages-femmes, devaient être résolus. Pourtant,  la plupart parvient encore à se faire affecter à Nouakchott ou ailleurs où les besoins sont moindres, comme à l’hôpital de Néma où 17 sages femmes officient alors que la structure n’a réellement besoin que de dix».

Dr; Bal médecin-chef Ould Yenge (Crédit Aidara)

Au Centre de santé de Barkéol , comme au centre de santé de Ould Yengé, les médecins-chefs, se plaignent du déficit en personnel qualifié. Avec la saison hivernale très pluvieuse cette année, des localités du Sud de la Mauritanie sont coupées du monde, en particulier le Guidimagha. Au centre de santé de Ould Yengé, Dr. Bal Mamadou insiste : «depuis le début de l’hivernage nous sommes dans les urgences. Les cas d’éclampsie sont fréquents, et les évacuations difficiles à cause des mauvaises routes, ce qui oblige à des détours de plusieurs kilomètres. Des cas graves peuvent survenir dans des postes de santé où l’accouchement assisté est absent. Il nous faut des sages femmes dans ces agglomération souvent peuplées comme Bouanz (9.000 habitants)».

La mauvaise gestion du personnel et sa répartition équitable ont été d’ailleurs mises en exergue par l’analyse de la situation du plan révisé du Programme national du développement de la santé (PNDS 2017-2021) de février 2017 qui relève que «la planification stratégique des besoins en ressources humaines, la non application des normes pour les différents niveaux du système, la qualité insuffisante de la formation initiale et de la formation continue des professionnels de santé, bref, la gestion peu efficace des ressources humaines de santé, serait responsable de la répartition inéquitable des effectifs avec une forte concentration à Nouakchott et un  déficit important dans les niveaux déconcentrés. La quasi-totalité des Postes de Santé ne disposent pas de sages femmes, ce qui porte un sérieux préjudice à la disponibilité même des services de santé de base».

Selon Dr. Sidi Mohamed Abdel Aziz, «Les nouvelles autorités sanitaires sont conscientes du défi et ont déjà engagé un plan de redressement, avec un retour aux normes édictées par le Ministère de la Santé, exigeant aux sortants des Universités et Ecoles de Santé, à commencer leur carrière dans des centres et postes de santé à l’intérieur du pays »,.

Nette amélioration dans la gestion des produits SRPF

 Saidou Kaboré : «Au niveau de la gestion des produits, nous avons noté des améliorations à faire pour qu’ils soient disponibles au dernier kilomètre et sans rupture de stock. Globalement, la situation est satisfaisante, mais on voudrait du 100%. A ce niveau, je pense qu’ensemble, avec le PNSR, nous avons noté que le gouvernement a déjà prévu de renforcer ce volet dans le cadre du Projet SWEDD, mais aussi dans le cadre général du programme du ministère de la santé».

Selon le Représentant Résident UNFPA, «au niveau de la CAMEC, l’une des solutions que nous avons discutée, c’est de faire en sorte que chaque antenne régionale ravitaille les Moughataas (départements) trimestriellement et qu’à leur tour, chaque département ravitaille les postes de santé relevant du médecin-chef, de sorte que les produits ne s’arrêtent pas au niveau des chefs-lieux de région».

La plus grande plainte que la mission conjointe a enregistré au cours de sa tournée, c’est celle que la plupart des directeurs d’hôpitaux et des médecins-chefs ont adressé à la CAMEC. Ils estiment que la CAMEC satisfait moins de 30 % des besoins en médicaments essentiels sollicités.

Dr. Mohamed Yeslem, Conseiller du Directeur général de la CAMEC, représentant l’institution au cours de la mission, «des dispositions sont prises pour palier cette carence. La CAMEC a commandé depuis 2016 la valeur de plus de 1 Milliard d’ouguiyas pour assurer la couverture nationale en médicaments essentiels et consommables. Ce sont les procédures liées à l’Appel d’Offres international qui ont retardé la livraison, mais d’ici peu, la Mauritanie aura un stock suffisant de médicaments essentiels».

La mission a constaté également la bonne tenue des stocks de médicaments SRPF et la disponibilité des produits au niveau des CAMEC régionaux. La palme d’or de la gestion des stocks et de la disponibilité des produits a été décernée à la CAMEC d’Aïoun, à la pharmacie de l’hôpital régional et la CAMEC de Kaédi.

Pour les produits SRPF, en plus des 4 médicaments essentiels,  l’UNFPA  ravitaille la Mauritanie pour 1 million de dollars US par an. Elle a en outre doté plusieurs structures de santé en ambulances, comme celles parquées au centre de Santé de Tintane.

Centre de santé Amourj (Crédit Aidara)

Elle a aussi fourni des blocs opératoires pour les césariennes et les fistules dans plusieurs hôpitaux, comme à Kiffa en partenariat avec la Coopération japonaise. Au cours du passage de la mission au centre de santé de Amourj au Hodh Charghi, il a été constaté que la salle d’accouchement ne disposait pas de climatiseur, alors que la région connaît des pics de chaleur des plus infernaux en été. Des instructions ont été aussitôt données par le Représentant résident de l’UNFPA, et avant que la mission n’ait achevé sa tournée, une équipe de techniciens dépêchée depuis Nouakchott était déjà en route pour l’installer. Quand au centre de santé de Kobenni, en pleine réfection, il affiche une grande affluence et un personnel enthousiasmé par la stratégie fondée sur l’achat des indicateurs de performance entreprise par le ministère de la Santé, à travers le Projet INAYA.

Marieme Taleb Mohamed, une patiente dit apprécier la disponibilité du personnel ainsi que sa diligence. «J’ai surtout découvert la commodité de l’espacement des naissances, même si c’est à partir de mon troisième enfant» semble-t-elle regretter.

Saidaou Kaboré remettant un appareil Hemocue au Centre de santé de Bassiknou (Crédit Aidara)

L’UNFPA a également profité de la tournée pour offrir aux centres de santé visités, un appareil Hemocue pour tester le niveau d’anémie des femmes enceintes.

Besoin en leadership et coaching

Dr. Sdi Mohamed Abdel Aziz : «ce qui manque, c’est le coaching des médecins-chefs qui doivent être formés en leadership et également être incités à plus d’engagement dans leur mission. Cet engagement, on le sent déjà de prime abord dès le premier contact avec la structure, sur l’état des locaux et l’hygiène ».

Le Coordinateur du PNSR s’est aussi réjoui de la décision prise par le Ministère de la Santé d’envoyer tous les médecins-chefs en formation en Santé Publique. «Dorénavant, tout médecin qui ne serait pas passé par cette formation ne pourra plus diriger un centre de santé » a-t-il précisé. La formation initiale et la formation continue des sages-femmes ont été des points saillants que la mission a relevés.

Saidou Kaboré constate qu’au niveau de la planification, «la plupart des sages-femmes ont été formées, mais en raison de la mobilité du personnel, certains centres de santé se retrouvent avec des sages-femmes non formées en technologies contraceptives».  Selon lui, «décision a été prise d’organiser dès le mois d’octobre prochain, des sessions de formation sur site, une ou deux semaines, à l’intention des sages femmes qui n’ont pas pu bénéficier des opportunités».

Les autorités sont d’ailleurs conscientes de ce déficit en formation. L’analyse de la situation de février 2017 constate que «l’absence de supervision formative régulière au niveau périphérique reste l’un des principaux facteurs de dégradation qualitative des services offerts au niveau des postes et centres de santé. L’insuffisance de qualité serait, en partie, liée à une formation de base pas toujours adaptés aux besoins du système national de santé ; une évaluation de la formation des Sages femmes stipule que le programme de formation sage-femme arrêté et appliqué au niveau des écoles régionales de santé est loin de répondre aux besoins en ressources humaines des services de soins de santé maternelle et néonatale».

Khadijetou Ahmed Hadi épluchant le registre PF du Centre de santé de Tintane (Crédit Photo)

Le PNSR semble avoir pris au pied de la lette cette réalité, car au cours de la mission conjointe, une des expertes nationales en la matière, Mme Khadijetou Ahmed El Hadi, chargée de la PF au PNSR, a formé au cours du périple plusieurs sages-femmes à l’utilisation du Sayana Press, mais aussi sur la tenue des registres accouchements et espacements des naissances, ainsi que la gestion logistique. Partout où la mission est passée, elle a distribué des formulaires devant servir aux rapports mensuels en termes d’accouchements et d’utilisations des différentes méthodes contraceptives.

Le Coordinateur du PNSR et le Représentant Résident UNFPA ont plaidé auprès des autorités administratives et sanitaires, et par leur biais, aux leaders religieux et communautaires, pour  que les femmes fréquentent les structures de santé et les services de la planification. Une campagne de sensibilisation qui devra porter selon eux sur l’ensemble des méthodes, y inclus le DIU, une méthode contraceptive disponible dans tous les centres de santé, mais faiblement utilisé, malgré son adaptation pour les personnes souffrant d’hypertension et de diabète.

Dieh Moctar Cheikh Saad Bouh dit Cheikh Aidara


La réforme du Système des Nations Unies expliquée aux journalistes

Le Coordonnateur du Système des Nations Unies en Mauritanie, M.Anthony Kwaku Ohemeng Boamah, était mardi 21 août 2019 face à un parterre de journalistes triés sur le volet pour leur expliquer les grandes lignes de la réforme des Nations Unies initiée par le Secrétaire général, M. Antonio Guterre.

Le Coordonnateur du Système des Nations Unies en Mauritanie (Crédit Aidara)

Son exposé a ouvert les vannes d’une série d’interventions de la part des participants qui l’ont criblé de questions. Un passionnant débat qui démontre l’intérêt que cet échange suscite, malgré le peu de réactions de la part de l’intelligentsia mauritanienne face à cette réforme qui pourrait pourtant faire bouger les lignes, si ces principes directeurs s’étaient traduits par des décisions politiques à la hauteur des ambitieux programmes de développement en perspectives.

Les bouleversements survenus récemment en Mauritanie, avec l’arrivée d’un nouvel Exécutif à la tête du pays, devrait selon plusieurs observateurs, recadrer la faible volonté politique jusque-là exprimée, en faisant de l’alignement aux 17 Objectifs du Développement Durable (ODD), largement traduits dans la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP), un axe central dans les orientations budgétaires et institutionnelles. L’objectif central de tous les pays à l’horizon 2030, la Mauritanie y compris, est de mettre fin à toutes les formes de pauvreté, combattre les inégalités et protéger la planète. «Personne ne doit être laissée de côté».

Ainsi, selon le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies en Mauritanie, l’objectif de cette réforme entamée le 1er janvier 2019, est de «renforcer le leadership, l’efficacité et la redevabilité des Nations Unies dans sa mission d’accompagner les pays dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030».

Une partie de la salle (Crédit Photo Aidara)

Les principaux axes de cette réforme sont la mise en place d’un cadre de partenariat renforcé axé sur le développement durable, appelé le Plan Cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement Durable. Il s’agit aussi de mettre en place un système de Coordination renforcée avec un Coordonnateur Résident représentant le Secrétaire Général des Nations Unies dans le pays. Un Coordonnateur indépendant et impartial, doté de compétences accrues en leadership et en développement durable. La nouveauté, c’est surtout la séparation entre la fonction de Représentant Résident du Système des Nations Unies et celle du Représentant Résident du PNUD.

L’idée est également de créer une nouvelle génération d’équipes pays dotés de compétences améliorées pour mener à bien l’Agenda 2030, avec utilisation rationnelle et coordonnée des capacités de mobilisation des ressources et du système de partenariat, dans la transparence et l’esprit de redevabilité axé sur les résultats et une meilleure compréhension des actions du nouveau système dans le pays.

C’est fort du rôle important que les médis peuvent jouer dans la réalisation des différents objectifs de l’Agenda 2030, que le Coordonnateur Résident des Nations Unies a jugé utile d’organiser cette rencontre pour une meilleur vulgarisation des ODD et des réalisations accomplies en Mauritanie.

Face à cette réforme, il est attendu de la Mauritanie qu’elle opère des changements institutionnels en vue de cadrer ses actions avec les nouvelles options décidées par la communauté internationale et dans lesquelles elle s’est largement engagée. Cela commencera sans nul doute par un ciblage rationnel de ses priorités en parfaite cohésion avec la SCAPP, mais également à un recentrage institutionnel pour un meilleur ancrage de sa matrice de développement.

Plusieurs questions ont été posées, allant des problèmes d’intendance économique, à la gestion de la paix et de la sécurité en Mauritanie et dans la sous-région.

Le Coordonnateur a répondu à toutes les questions et a prêté le flanc à certaines critiques adressées au Système des Nations Unies, notamment dans certains aspects liés à ses relations avec les gouvernements des pays hôtes.

Cheikh Aidara


Save The Children clôt un projet d’appui aux OSC de protection de l’enfance

Pendant trente mois (2 ans et demi), Save The Children, en collaboration avec l’ONG ACTION, a restructuré, encadré, formé, appuyé et mis en réseaux une trentaine d’organisations de la société civile dans la cohésion sociale, l’égalité des chances, la protection des jeunes et des enfants dans les neuf Moughataas des 3 Wilayas de Nouakchott.

@Crédit Aidara

La cérémonie de clôture du Projet «Appui aux Organisations de la Société Civile pour l’amélioration de leur contribution au Système de Protection de l’Enfance» a eu lieu mardi 20 août 2019 à Nouakchott, en présence de la Coordinatrice de Save The Children en Mauritanie, Stepha Rouichi, le président de l’ONG Action, M.Diagana, du Directeur Adjoint de l’Enfance et la Représentante du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), ainsi que des ONG bénéficiaires.

Ouvrant les travaux, la Représentante du MASEF, a remercié Save The Children pour ses appuis en matériels, en formation et en renforcement des capacités, qu’il n’a cessé d’apporter à son département et à la société civile mauritanienne.

Auparavant, la Coordinatrice de Save The Children, Stepha Rouichi, s’est félicitée de cette cérémonie qui vient clôturer 30 mois de travail dans le renforcement des capacités des ONG de la société civile bénéficiaire de l’appui pour l’amélioration du système de protection de l’enfance mis en œuvre par son institution et cofinancé par l’Union européenne. Elle a déclaré que cette cérémonie n’est que le commencement d’une  nouvelle étape dans la formation des ONG en matière de conception de projets, de rédactions de rapports et de présentation de dossiers éligibles aux financements européens.

@Crédit Aidara

Les participants ont suivi par la suite une communication sur le bilan des résultats du projet présenté par Aïssata Ba, Superviseur du projet OSC. Parmi ces résultats, la mise en place de 3 nouveaux réseaux et leur redynamisation dans les communes couvertes par le système de protection de l’enfance, la signature de 37 alliances entre OSC de niveau 1 (les ONG bénéficiaires) et les OSC de niveau 2. Il s’agit de l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant (AMSME) pour les questions liées à la prise en charge des enfants victimes de violence sexuelle, l’Association des femmes chefs de famille (AFCF) pour tout ce qui est droit des enfants, l’ONG Pairs Educateurs pour la sensibilisation et le plaidoyer, et l’ONG Action pour les questions liées aux violences basées sur le genre.

En tout, 322 personnes ont bénéficié directement des formations offertes par le projet dont 135 femmes, et ces derniers ont procédé à la restitution de cette formation dans leurs associations respectives, faisant bénéficier à leur tour les connaissances acquises à 2002 personnes dont 1475 femmes. Ces restitutions ont eu lieu en présence de superviseurs de Save The Children. Un bureau spécialisé a été recruté pour le contrôle des connaissances acquises, notamment dans le domaine du montage de projets et de gestion financière.

Le projet qui vient d’être clôturé qui a permis le financement de 30 microprojets dans le domaine de la cohésion sociale, l’égalité des chances, la protection des jeunes et des enfants a obéi à une logique de financements par cascades selon les lignes directrices de l’Union européenne. Le processus a commencé par un appel à candidature, suivi d’une sélection des dossiers éligibles suivant des critères préalablement exposés aux ONGS candidates lors d’une journée d’explication. Parmi les critères d’éligibilité, le récépissé de reconnaissance, l’existence d’un siège et d’un bureau exécutif de l’association, plus une expérience dans la conduite de projets durant les deux dernières années. Aux termes de ce tri, seuls 17 associations auraient répondu aux critères. Les 13 autres ONG repêchées ont bénéficié d’un recadrage technique avec l’aide des experts de Save The Children pour accéder à l’éligibilité, selon les explications fournies.

En tout, ce sont 7981 enfants qui ont été touchés par le projet, dont 3845 pris en charge en termes d’insertion scolaire, d’offres de kits scolaires, de kits alimentaires, de kits d’hygiène, de formation professionnelle et d’appuis psychologiques.

Cheikh Aïdara


Pas d’ancrage institutionnel de la SCAPP, pas de développement en Mauritanie

En tant que structure nationale porteuse du projet de développement de la Mauritanie de 2016 à 2030, la Stratégie de Croissance Accéléré et de Prospérité Partagée (SCAPP), par son faible ancrage institutionnel, ne peut assurer l’engagement que la Mauritanie a souscrit par rapport à l’Agenda 2030 des Nations Unies et celui de l’Union africaine, mais aussi de son engagement par rapport à la Déclaration de Paris de 2005 et du Programme d’Action d’Accra de 2008. Elle constitue en outre, un grain de sable dans l’engrenage du nouveau Système des Nations Unies, telle que conçu dans sa nouvelle réforme de 2018.

L’ancrage de la SCAPP dans une obscure sous direction dépendant de la Direction des Stratégies et Politiques, elle-même sous tutelle du Ministère de l’Economie et des Finances, en fait un interlocuteur trop éloigné et indirect des partenaires au développement. Sa place à la Présidence de la République ou dans une moindre mesure, à la Primature, en tant que tableau de bord proche des premiers décideurs, permettra non seulement d’éclairer rapidement ces derniers sur l’évolution périodique des indicateurs de développement, mais aussi d’exprimer la forte volonté des autorités à faire du développement un axe prioritaire et donner plus de confiance aux partenaires.

Des signaux forts du régime Ghazwani

Il est certain que la dernière déclaration du président Mohamed Cheikh Ould Ghazwani adressée aux ministres, dans laquelle il leur lâche la bride en contrepartie de résultats concrets, constitue une lueur d’espoir quand au mode de gouvernance qu’il compte prôner. Elle rassure surtout les partenaires au développement quant à la forte volonté exprimée par la plus haute autorité du pays, à faire respecter l’un des engagements les plus fondamentaux et longtemps bafoués que la Mauritanie a prise par rapport à la communauté internationale. La gestion axée sur les résultats constitue en effet l’un des principes de base de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement d’août 2005.

Ainsi, les Mauritaniens inaugurent sans nul doute une ère inédite. Les ministres auront dorénavant, comme l’a promis le nouveau président de la République, les moyens pour mener leurs missions et seront entièrement responsables devant le Premier ministre et lui. Leur performance sera à la hauteur de la confiance qui leur est aujourd’hui accordée.

Fini le temps où un ministre attendait les ordres du Grand Manitou pour acheter une rame de papier. Une gouvernance d’épicier qui fut le lot des Mauritaniens pendant plus de dix ans, sous l’ombre d’un pouvoir, celui de Mohamed Abdel Aziz, qui a tenu à rester au cours de son règne l’Alpha et l’Oméga de la vie des Mauritaniens. Une sorte de « Big Brother », ce personnage de Georges Orwell qui poussera l’auteur de l’ouvrage « 1984 », édité en 1949, à imaginer un monde où tout tourne autour d’un super dirigeant qui contrôle jusqu’à la moindre respiration de ses administrés.
Ainsi, cette nouvelle approche dans la gouvernance du président Mohamed Cheikh Ghazwani, a été saluée par les Mauritaniens qui n’en demandaient pas plus, eux qui ont été sevrés et savonnés par dix années de centralisation et de monopole excessif du pouvoir, une gouvernance solitaire que son prédécesseur a exercé sans partage ni parcimonie.

Une SCAPP mal logée

Seulement, l’harmonisation des politiques du gouvernement en matière de développement constitue un pilier central et l’action de chaque département doit se jeter dans une grande matrice commune de résultats. Or, cette grande matrice s’appelle la SCAPP, ce tableau de bord, cette boussole et cette feuille de route qui va déterminer jusqu’en 2030 les grands axes de développement de la Mauritanie.
Or, la SCAPP est logée dans une sombre sous-direction de la Direction des Stratégies et Politiques du Ministère de l’Economie et des Finances.

Sans aucun ancrage institutionnel fort, sans pouvoir de décision, sans envergure et sans possibilité de se faire voir ou entendre. Une bien piètre manière de porter le développement de la Mauritanie, pendant que son pendant au Sénégal, « Sénégal Emergence », est directement logée à la Présidence de la République. Comment voulez-vous que le Président de la République, Mohamed Cheikh Ghazwani ou son Premier ministre, Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidya, dont la priorité est d’abord sortir la Mauritanie de l’ornière du sous-développement, de la pauvreté, de la fragilité des secteurs vitaux comme la Santé, l’éducation, l’emploi et l’autosuffisance alimentaire, soit tenu au courant, au jour le jour, du travail de fourmi qu’abattent dans l’obscurité de leur manoir, les techniciens chargés de concevoir et de planifier le développement de la Mauritanie, s’ils sont logés au bas fond de la pyramide ?

Tant que la SCAPP ne sera pas logée à la Présidence de la République, ou dans une moindre mesure, à la Primature, le développement de la Mauritanie ne sera que chimère et travail de Sisyphe, un gouffre sans fonds, où viendront se perdre les milliards des budgets nationaux et les milliards de dollars des partenaires au développement. Et tant que la SCAPP continuera à être un simple appendice dépendant d’une direction, sous l’auspice d’un ministère, les partenaires au développement resteront sans interlocuteur directe. Ce qui relève de la dérision et du manque de sérieux dans les options affichées par les autorités mauritaniennes quant à leur volonté de développement.

En déphasage avec la nouvelle réforme de l’ONU

Cette dévalorisation institutionnelle de la SCAPP rend en tout cas difficile le travail de beaucoup de partenaires au développement en Mauritanie, notamment celui du Coordinateur Résident du Système des Nations Unies, poste créé après la dernière réforme du Secrétaire général sur le repositionnement du Système de Développement des Nations Unies en 2018. Il faut souligner que le but de cette réforme est de « renforcer le leadership, l’efficacité, l’efficience et la redevabilité du Système des Nations Unies dans sa mission d’accompagner les pays dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030 ».

Ce qui signifie que la mission de la SCAPP (plan de développement de la Mauritanie) dépasse le cadre national et s’intègre dans un mouvement mondial pour l’atteinte d’objectifs convenus de concert par l’ensemble des pays à l’horizon 2030. La Mauritanie ne pourra pas jouer sa partition dans le concert des Nations si les autorités ne marquent d’une manière forte leur ferme volonté à traduire dans les faits leur exigence de développement. Et cela passe sans délai par l’ancrage de la SCAPP, en tant qu’institution porteuse de la politique de développement, à la Présidence de la République ou à la Primature.

Quid de la Déclaration de Paris et du programme d’action d’Accra

D’autre part, la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement (2005) et le programme d’action d’Accra (2008) engagent la Mauritanie en tant que pays signataire des deux conventions à s’aligner sur les cinq principes fondamentaux de ces pactes mondiaux et régionaux de développement, à savoir l’appropriation, l’harmonisation, l’alignement, la gestion axée sur les résultats et la responsabilité mutuelle.

Par l’appropriation, les pays partenaires exercent une réelle maîtrise sur leurs politiques et stratégies de développement et assurent la coordination de l’action à l’appui au développement.
Par l’alignement, les pays donneurs font reposer l’ensemble de leur soutien sur les stratégies nationales de développement, les institutions et les procédures des pays partenaires.
Par l’harmonisation, les actions des donneurs sont mieux harmonisés et plus transparentes, et permettent une plus grande efficacité collective.
Par la gestion axée sur les résultats, il s’agit de gérer les ressources et améliorer le processus de décision en vue d’obtenir des résultats.
Par la responsabilité mutuelle, les donneurs et les pays partenaires sont responsables des résultats obtenus en matière de développement.

En septembre 2008 à Accra, les ministres des pays en développement, dont celui de la Mauritanie, et des pays donneurs chargés de la promotion du développement et les responsables d’organismes bilatéraux et multilatéraux d’aide au développement ont entériné la Déclaration d’Accra, en vue d’accélérer et d’amplifier la mise en œuvre de la Déclaration de Paris et ses cinq principes fondamentaux sur l’efficacité de l’aide au développement.

Ils se sont engagés à renforcer l’appropriation du processus de développement en ouvrant un dialogue inclusif avec l’ensemble des acteurs nationaux, à obtenir des résultats sur la voie du développement et à rendre compte de ces résultats, en améliorant la transparence et la reddition des comptes à leurs opinions publiques sur les résultats obtenus. Les pays en développement et les donneurs se sont aussi engagés, entre autres, à travailler ensemble au niveau international à l’analyse, au recensement et à la diffusion des bonnes pratiques en matière de conditionnalité dans le souci de renforcer l’appropriation par les pays et des autres principes de la Déclaration de Paris en mettant l’accent sur une conditionnalité harmonisée et axée sur les résultats, en donnant une attention particulière à la société civile.

Voilà un certain nombre d’engagements auxquels la Mauritanie a souscrit et qui fait de la SCAPP la pièce maîtresse du mécanisme de coordination avec les pays donateurs de l’aide au développement. Une fois de plus, le faible ancrage institutionnel de la SCAPP rend son rôle dérisoire dans l’enjeu national et international de la gestion du développement, ce qui risque de fausser l’harmonie mondiale.

Cheikh Aidara
Groupe de Journalistes Mauritaniens pour le Développement


Une grave crise alimentaire menace le monde rural, face à un ciel aride et des terres desséchées

Le mois d’août 2019 tire à sa fin, et la Mauritanie enchaîne sa énième année de sécheresse. Les paysans n’auront plus le temps de cultiver la terre, alors que les rares animaux encore en transhumance occupent le versant des collines, arrachant les dernières feuilles d’arbres en l’absence de pâturage. C’est tout le grenier naturel de la Mauritanie, de NDiago à Ghabou et de la Batha d’Aleg aux confins de Fassala Néré qui souffre de cette sécheresse qui risque d’être encore plus impitoyable que les années passées. Aux alentours des villages et hameaux jadis généreusement arrosés, ce n’est que désolation. Un ciel obstinément silencieux et aride et des hectares de terre lamentablement desséchés.

crédit: aidara.mondoblog.org

La plupart du bétail parti au Mali au début de la soudure*, il y a de cela près de six mois, n’est pas encore revenue. Pendant les années d’hivernage, les troupeaux redescendaient de leur zone de transhumance au Mali et au Sénégal, dès les premières gouttes, vers le mois de juillet. Certes, il y  a eu des averses dans certaines régions du pays. De fortes averses, deux ou trois pluies qui ont fait couler les oueds et donner de l’espoir. Mais depuis la mi-août, le ciel s’est refermé sur ses trésors et la terre aride où commençaient à germer de fragiles tapis vert, a repris sa couleur ocre. Le désespoir s’installe peu à peu dans le monde rural.

« Même s’il pleut maintenant, nous ne pourrons plus cultiver, car le temps qui reste ne pourra pas faire mûrir le sorgho, le mil ou le maïs. Les animaux sont d’ailleurs toujours en amont et leur retour ne fera que détruire nos cultures, si culture il y aura », explique Mahmoud, vieux paysan dont les champs s’étalent près de la mare Echeyeb, à 12 kilomètres de Kankossa en Assaba.

Non loin du village d’Ekamach, quelques hameaux peuls. Hommes et femmes se tournent les pouces, en pleine oisiveté. « Les troupeaux de vaches sont toujours au Mali et ils risquent d’y passer encore des mois, car ici, la faim les décimera. C’est pourquoi, nous nous apprêtons à les rejoindre », avance Mawdo Bâ, la quarantaine.

Du Guidimagha, jadis région la plus arrosée du pays et lieu de transhumance du bétail mauritanien, les échos qui parviennent poussent au désespoir. « En cette période de l’année en général, les herbes masquent déjà les villages et les champs font germer leurs premiers bourgeons. Mas cette année est vraiment dramatique. Nous n’avons jamais vécu pareille situation. Pas le moindre semi jusqu’à présent. Là-bas, la situation est catastrophique, d’autant plus que les animaux se sont attaqués aux arbres. D’ici peu, et il n’y aura plus aucune forêt au Guidimagha », raconte SIlèye Camra, un jeune transporteur soninké qui fait la navette entre Sélibaby et Kankossa.

Contacté au téléphone, Sidi Traoré, cadre à l’ONG ADIG (Association pour le développement intégré du Guidimagha) s’étonne de l’inertie des pouvoirs publics qui n’ont encore pris aucune mesure pour régler la situation. « C’est vrai que l’arrivée d’un nouveau pouvoir, d’un nouveau gouvernement qui vient juste de prendre fonction, pourrait constituer une excuse, mais la catastrophe est là. Des régions entières de la Mauritanie sont menacés de disettes, des hommes, des femmes, des enfants, des troupeaux sont menacés dans leur existence et cela doit constituer la priorité. Un appel à l’aide d’urgence internationale s’impose et l’Etat mauritanien doit tirer la sonnette d’alarme », a-t-il confié.

Selon lui, le pire, c’est que la même situation prévaut sur toute la bande sahélo-saharienne, au Mali comme au Sénégal, entre autres.

« N’empêche, selon Sidi Traoré, la volonté politique devra se traduire dans les faits à travers un engagement durable et inclusif. Le gouvernement doit s’atteler à lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, conformément aux recommandations de la revue Faim Zéro qui est le résultat d’un long processus de concertation entre le gouvernement, la société civile et les partenaires au développement. »

 

Cheikh Aïdara
Groupe des Journalistes Mauritaniens pour le Développement (GJDM)

 

*La soudure est la période précédant les premières récoltes et où le grain de la récolte précédente peut venir à manquer. Il y a alors souvent pénurie et flambée brutale des prix parfois accentuée par la spéculation. (Source:Wikipedia)


Dr. Taleb Sid’Ahmed, des chaumières dénudées d’un campement d’anciens esclaves au «Panthéon de la République»

Simple, affectueux et terriblement marqué par son parcours atypique, Dr. Taleb Sid’Ahmed qui vient d’être coopté dans le premier gouvernement de l’ère Ghazwani, est le prototype du cadre supérieur, bétonné dans les abysses de la pauvreté et qui s’est moulu tout seul au contact de la vie. Sa nomination a été unanimement saluée, car elle représente la consécration d’une bataille livrée à armes inégales à une existence qui ne lui a fait aucun cadeau. A la tête du Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, il saura, si on lui en donne l’occasion, insuffler à ce département momifié par plus de dix ans d’immobilisme, le tonus qui lui manque.

Taleb Sid’Ahmed (ici avec une vielle femme du milieu rural) durant sa mission de Chargé de Communication au Bureau de la Banque Mondiale à Nouakchott

Certains trouvent que sa nomination est liée à une vidéo largement diffusée récemment et où il raconte sa vie, une vidéo à relent de leçons de vie adressées à tous ces exclus, tous ces enfants de pauvres, tous ces oubliés des Edebaye éloignés et reclus comme il le fut, et qui leur dit, «vous aussi, vous pouvez devenir un jour quelqu’un si vous vous armez du savoir et de la connaissance, si vous allez à l’école et si vous persévérez dans vos études ».

Tel fut en effet son parcours. Exclu en 3ème année de Collège, pour n’avoir pas pu soutenir le rythme de l’enseignement pour des raisons sociales, Taleb Sid’Ahmed a appris tout seul, en autodidacte, en parallèle à des activités de puisatier par-ci, de maçons par-là, pour gagner sa vie. En 1993, il passe le baccalauréat en candidat libre sans jamais avoir fréquenté le lycée, mais en se forgeant seul, à coup de «bouffe pantagruélique d’ouvrages », au Centre culturel français, debout devant les fenêtres de certains établissements pour suivre les cours, en empruntant les cahiers de quelques camarades…

Le Bac en poche, l’enfant de Edebaye Loudeye, finira de brillantes études en Tunisie (Institut de la Presse et des Sciences de l’Information) puis décroche un doctorat à l’Université Stendhal de Grenoble en Sciences de l’Information et de la Communication. Il fait ses débuts professionnels à la Télévision de Mauritanie, puis atterrit au Bureau de la Banque Mondiale à Nouakchott comme chargé de communication, avant de s’envoler au Bureau des Opérations de la Banque Mondiale à Abidjan (Côte d’Ivoire).

Avant sa nomination, Dr. Taleb Sid’Ahmed était cadre à la Banque Maghrébine d’Investissement et de Commerce Extérieur à Tunis.

Il a publié deux ouvrages, «L’Afrique face à ses retards, quelle place pour les NTIC ? » et «Banque mondiale, Etat et société en Afrique ».

Cheikh Aïdara