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Chasse aux ressortissants africains : Tous les corps constitués s’y mettent

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Gendarmes, policiers et agents de la Sécurité Routière ont été lâchés dans une chasse effrénée contre les ressortissants africains à Nouakchott. Un contrôle sur pièces et sur faciès pour vérifier la conformité de ces personnes aux dispositions légales en vigueur en Mauritanie qui obligent tout étranger à se soumettre à l’enrôlement biométrique et l’obtention du titre de séjour. Ces contrôles inopinés n’épargnent ni les domiciles ni les lieux de travail des ressortissants étrangers qui sont traqués jusqu’à leur denier retranchement. Tout étranger pris sans son titre de séjour est directement acheminé vers le commissariat de Bagdad, où après les formalités d’usage, il est refoulé vers son pays d’origine.
Les plaintes sont ainsi pléthoriques dans ce cadre, plusieurs étrangers pris dans les nasses de ces contrôles se plaignent d’abus. Des ressortissants mauritaniens d’origine négro-africaine, sont souvent pris également comme cibles. Ils sont obligés d’exhiber leur pièce d’identité nationale ou se le faire apporter au lieu de détention pour étrangers. Ce qui conduit souvent à des frustrations et à des altercations qui viennent s’ajouter, selon certains d’entre eux, aux nombreux abus qui accompagnent les rafles intempestives.
Beaucoup d’observateurs se plaignent ainsi de la politique de deux poids deux mesures dans l’application de la loi. Au moment où les ressortissants africains originaires des pays au Sud du Sahara sont traqués sans ménagement, ils trouvent que cette même campagne épargne les ressortissants arabes du Maghreb et de l’Orient. Ajoutés à cela, les observateurs soulignent que la traque des étrangers ouest africains aboutit souvent à des drames comme celui du jeune Mody Coulibaly qui, lors d’un contrôle dans un chantier de construction, avait trouvé la mort en sautant du haut d’un bâtiment en construction.
La situation des étrangers semble même s’être empirée. Récemment, plusieurs d’entre eux se sont plaints auprès de la Direction de l’Etat-civil qui les oblige dorénavant, en plus des redevances exorbitantes (30.000 UM) qu’elle leur exige, l’obligation d’un titre de travail auprès de l’Inspection. Et entre les deux, les étrangers se voient ballotés à longueur de temps, ce qui leur fait perdre du temps et de l’argent, l’Inspection du Travail se disant incompétente et renvoyant les demandeurs à la Direction du Travail. Si ce sont surtout les étrangers employés dans le privé qui en souffrent, les étrangers installés à leur propre compte (restaurateurs, autres métiers) n’y sont pas encore soumis.


Indépendance de la justice en Mauritanie : les magistrats haussent le ton…

palais de justice

Jusqu’à présent, l’appel pour une plus grande indépendance de la justice en Mauritanie provenait du camp des opposants, alors que le pouvoir en place, quel qu’il soit à travers l’histoire politique nationale, a toujours chanté un Etat de droit, tout juste sortie de son imagination. Aujourd’hui, la réalité amère au sein de cette institution vitale pour la paix civile et le développement socio-économique est décriée de l’intérieur. Le club des magistrats vient en effet de publier un communiqué dans lequel il interpelle le président de la République pour le respect de l’indépendance de la justice en Mauritanie.

Le club des magistrats mauritaniens semble être inquiet face aux manœuvres dilatoires du ministère public, donc de l’Exécutif, tendant à intimider les juges par l’envoi délibéré et ciblé de l’Inspection générale d’Etat (IGE). C’est le cas pour les inspections diligentées auprès de la Cour pénale et de la Chambre correctionnelle après le tribunal d’Appel de Nouakchott-Ouest et ce, juste après les sentences qu’elles viennent de prononcer ;  comme ce fut aussi le cas pour la Cour d’Appel de Kiffa qui reçut l’IGE juste après son verdict réfutant la saisie d’un bus dans le cadre d’une affaire de drogue.

Les magistrats trouvent qu’au lieu d’envoyer les inspecteurs d’Etat pour intimider les juges, le ministère public, s’il se sent frustré par le rejet de ses réquisitoires et de ses preuves dans certains cas, doit contrer les décisions judiciaires émanant des cours et tribunaux en suivant les procédures légales et judiciaires prescrites par la loi, c’est à dire en faisant appel plutôt que d’utiliser l’intimidation. Un tel état de fait ne conduira selon eux qu’à travestir les jugements et pousser les magistrats, sous l’effet de la pression et de la peur, à prendre des décisions injustes et contraires à la loi. Ils ont rappelé à cet effet le serment fait par le président de la République lors de l’ouverture de l’année judiciaire 2016 dans lequel il a déclaré qu’il ne ménagera aucun effort pour garantir l’indépendance de la justice, améliorer les conditions de travail de ses agents, rapprocher la justice des justiciables par la simplification des procédures, et enfin de veiller au respect et à l’application de ses sentences. L’occasion pour les magistrats de rappeler au Ministère de la Justice le respect des engagements pris par la plus haute autorité du pays et de veiller à leur ordonnancement, en respectant le principe de séparation des pouvoirs, de l’indépendance du juge par rapport à ses arrêts dans le respect de la loi et de sa conscience professionnelle, loin de toute ingérence et de toute immixtion dans ses décisions.

Aussi, les magistrats voient-ils d’un mauvais œil l’envoi par le ministère de la Justice de ses inspecteurs pour enquêter et contrôler les décisions prises par les instances judiciaires en totale contradiction avec les principes d’un Etat de droit respectueux du pouvoir de ses juges, de leur indépendance et de leur probité.Cette critique interne des magistrats sur l’immixtion flagrante du pouvoir exécutif dans leur domaine de compétence vient ainsi corroborer les critiques que les différents bâtonniers de l’ordre des avocats ont toujours reprochées au système judiciaire mauritanien. Beaucoup lient ainsi certaines décisions prises contre tout entendement par la justice dans plusieurs affaires comme le fait du Prince.
Il en est ainsi dans des affaires où des hauts fonctionnaires ou encore des hommes d’affaires ont été mêlés et dont les péripéties semblent avoir été tissées en dehors des tribunaux  (les magistrats n’ayant été utilisés dans beaucoup de cas que comme de simples faire-valoir, chargés d’appliquer des décisions prises en «haut lieu »). Il en est de même pour des cas ayant touché des hommes politiques ou des défenseurs des droits humains. Des décisions judiciaires anachroniques prises en dehors des débats juridiques en audience. Des sentences émanant des plus hautes instances judiciaires jamais appliquées par l’Exécutif, tant bien même que les charges de la preuve lui sont défavorables.

Face au danger de la manipulation de la justice à des fins personnelles, pour la paix civile, l’alarme ne cesse d’être sonnée aussi par les milieux économiques. Ils expliquent l’absence de l’investissement direct étranger massif en Mauritanie par la déliquescence de son système judiciaire, marqué par la corruption, et par son contrôle par l’Exécutif.


L’après-Aziz enflamme déjà la lutte successorale

dialogue

Depuis que le président Mohamed Abdel Aziz a déclaré qu’il compte délaisser le pouvoir conformément à la Constitution dès la fin de son dernier mandat en 2019, les cartes se sont embrouillées au sein de sa majorité. Le départ du «protecteur et pourvoyeur des privilèges indus» sème déjà la panique au sein d’une constellation de satellites dont la chute galactique pourrait être provoquée par l’extinction quasi certaine du «Pôle» gravitationnel. La guerre fait ainsi rage au sein du cercle du pouvoir, pour la succession au trône, si ce n’est la course divinatoire vers le probable prochain maître à suivre.

Le bras-de-fer entre les Sénateurs frondeurs et le pouvoir en place revêt un caractère assez inédit pour ne pas attirer l’attention des éditorialistes. Cette situation serait tout simplement inimaginable si la fin inéluctable du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz ne constituait pas un fortifiant assez puissant pour signer déjà les prémisses d’un désarrimage latent. Ainsi, ce ne serait pas tout simplement la déclaration de Néma sur la suppression de leurs charges qui serait directement en cause dans la fronde persistante des sénateurs de l’UPR et de toute la majorité, encore moins la sortie assez gauche de leur propre camp à leur égard. Mais bel et bien, le fait que d’ici trois ans au maximum, ils n’auront plus de compte à rendre aux cercles de ce pouvoir-là, mais probablement à leurs successeurs. Si l’opinion semble jusqu’à présent indifférente aux intrigues de palais qui se déroulent dans les coulisses, si ce n’est pas pure ignorance, les spécialistes des croche-pieds politiques ainsi que les proches des hautes sphères ne sont pas dupes. Le compte à rebours pour la prise de la «Bastille présidentielle » aurait bel et bien commencé, sans que les cartes des jeux n’échappent ni totalement ni en partie à Mohamed Abdel Aziz, ni à l’armée qui veille au grain.
Beaucoup au sein du pouvoir reste ainsi persuadé que la distribution des prochaines cartes se concoctera dans les cuisines intérieures du palais présidentiel. La fronde actuelle des sénateurs ne serait dans ce cadre que l’une des facettes de cette bataille de positionnement. Nombreux sont ceux qui sont aujourd’hui persuadés que, derrière cette fronde se cache des «tireurs de ficelles invisibles». C’est ce que certains éditorialistes Outre-mer appellent déjà la «guerre des tendances» au sein du pouvoir. Les Sénateurs viennent ainsi de déclarer dans un communiqué que leur fronde n’est pas prête de s’éteindre, «sauf si les causes qui les ont créées sont résolues ». Les exigences semblent énormes pour des parlementaires habituées jusque-là à obéir au doigt et à l’œil. D’où leur vient ce courage soudain, qui les pousse ainsi à demander à Mohamed Abdel Aziz de revenir sur sa décision de dissoudre le Sénat et de limoger les responsables du parti-Etat, dont des membres du gouvernement, qui ont osé battre campagne pour les dénigrer publiquement ? Téméraire est aussi leur refus de rencontrer le président du parti, Sidi Mohamed Maham, malgré son insistance, poussant l’audace jusqu’à boycotter pendant plusieurs jours, les lois présentées par le gouvernement, avant qu’ils ne sursoient à cette démarche, au nom selon eux «de l’intérêt supérieur du peuple mauritanien ».
Mais les observateurs sont persuadés que derrière les prétextes apparents des Sénateurs se cachent en réalité une sourde bataille des courants antinomiques qui minent la majorité dont l’unité apparente ne serait que pure façade. Une sorte de chantage fomentée par les tenants de la Chambre des «Lords mauritaniens », pour garantir leur pérennité après l’ère Aziz ou leur recasement spatio-temporel dans les arcanes du pouvoir une fois leur planque douillette rangée aux oubliettes de l’histoire.
L’idée dominante reste cependant cette frénétique bataille des héritiers qui met à nu la fragilité du système politique mauritanien relatif à la conservation et à la transmission du pouvoir. Ce système rédempteur qui explique les intrigues par lesquelles se font et se défont les partis au pouvoir en Mauritanie lesquels, sitôt leur fin annoncée, voient leurs ouailles s’éparpiller aux quatre vents à la recherche de la prochaine prairie aux opportunités. Le dilemme est assez profond entre les jeteurs de cauris qui ne savent s’il faut encore faire plus d’allégeance à Mohamed Abdel Aziz, persuadé qu’ils sont, qu’il détient les cartes de la distribution politique à venir, ou s’il faut chercher dans le cercle de l’opposition radicale, le prochain successeur, en cas de transparence forcée qui accompagnera l’élection présidentielle en 2019.
La présente bataille politique occupe si intensément le pouvoir et sa majorité, qu’elle semble avoir rejeté dans les ornières un dialogue politique national que Mohamed Abdel Aziz avait pourtant prévu d’organiser au plus tard à la fin du mois de mai début juin passé.

 

 


Solidarité islamique : doit-on continuer à coopérer avec la Chine ?

OUIGHOURS

La Chine Populaire interdit à sa population musulmane, notamment dans le Xinjiang où vivent 10 millions de musulmans ouïghours, de jeûner le Ramadan et de fréquenter les mosquées. La fraternité confessionnelle islamique étant plus sacrée que la fraternité sanguine, certains se demandent si des pays musulmans comme la Mauritanie, ont le droit de commercer avec des pays comme la Chine qui persécutent leur population musulmane et leur refusent le droit d’exercer leur culte.

Cela fait des années que les dix millions de musulmans Ouïghour de la province chinoise de Xinjiang vivent sous la persécution d’un régime communiste qui ne leur reconnait pas la liberté de culte. Le jeûne du mois de Ramadan est le pilier le plus visé par les interdits du pouvoir central. Des fonctionnaires font le tour des foyers et forcent les populations musulmanes à consommer aliments et boissons sous la coercition.
Pourtant, la Chine entretient des relations privilégiées avec le monde musulman, et ce dernier, selon quelques observateurs, semble jusqu’à présent indifférent au sort de ses frères persécutés en Chine. Mais de plus en plus, les pressions s’exercent sur Pékin par quelques pétromonarchies du Golfe dont l’influence est loin d’être négligeable. C’est ainsi que cette année, un léger fléchissement semble être observé, car l’interdit au jeûne ne semble toucher que les fonctionnaires, les étudiants et les mineurs. Interdit a été aussi lancé aux restaurateurs de la région de fermer leur échoppe pendant le jour.
Il faut dire que les tensions sont chaudes entre Pékin et le Xingjiang. Plusieurs attentats perpétrés dans la capitale sont toujours imputés aux Ouïghours qui luttent depuis des années pour l’indépendance de leur province. Plusieurs organisations des droits de l’homme ne cessent également de condamner les restrictions religieuses et culturelles exercées contre les minorités musulmanes en Chine.
Ainsi, avant même l’entame du mois de Ramadan, des circulaires administratives ont intimé l’ordre aux musulmans chinois de ne pas jeûner. Une de ces circulaires, en date du 2 juin 2016, stipule que « les membres du parti, les responsables publics, les fonctionnaires du secteur public, les étudiants et les mineurs musulmans sont interdits de jeûne de Ramadan et de toute manifestation à caractère religieux. Les restaurants ne doivent pas fermer leurs portes ». Il leur est aussi interdit pendant ce mois béni de fréquenter les mosquées pour la prière collective.


«Mohamed Ould Abdel Aziz va-t-il lâcher réellement le pouvoir ?»

Mhd Abdel Aziz

 

Malgré les dispositions claires de la Constitution mauritanienne qui verrouillent définitivement toute possibilité pour Mohamed Ould Abdel Aziz de briguer un troisième mandat et malgré ses récentes déclarations (par presse internationale interposée) dans lesquelles il affirme n’avoir pas l’intention d’aller au-delà de son deuxième mandat, l’opposition radicale reste sceptique. Elle soupçonne des subterfuges, quelques entourloupettes et des fenêtres dérobées. Pourtant, certains de ses partisans proposent de l’aider à quitter le pouvoir et à réaliser un exploit dans l’alternance pacifique, ce qui porterait son nom au panthéon de la démocratie mauritanienne.

Avant-même les incidents provoqués par quelques ministres de la République et qui avaient provoqué un tollé généralisé sur la possibilité d’un troisième mandat, le président Mohamed Abdel Aziz n’a eu de cesse, selon ses alliés, de proclamer sa ferme intention de respecter la Constitution mauritanienne et de s’en tenir à deux mandats, c’est à dire à quitter le pouvoir en 2019. Dans une interview accordée à AFRIKA 24, le président il avait déclaré sans ambages qu’il «ne briguera pas de troisième mandat » et qu’il «quittera le pouvoir à la fin de son second quinquennat».Il le répète à nouveau dans deux entretiens récents, dont l’un est à lire dans le journal français l’Opinion, il affirme que l’idée du troisième mandat n’est que le fruit de l’imagination de l’opposition et qu’il n’a jamais eu l’intention d’aller au-delà de 2019, terme de sa dernière législature.

Ses détracteurs soutiennent cependant qu’entre-temps, il y a eu la pression du mandat finissant et l’idée intenable de lâcher un pouvoir chèrement acquis, au prix de deux coups d’Etat successifs. Selon eux, il y a surtout la peur de devoir rendre des comptes. Il a exercé au cours des dix dernières années un pouvoir unilatéral et centralisé au cours duquel des abus pourraient lui être reproché. L’opposition le soupçonne d’avoir profité de ses charges pour bâtir une fortune considérée comme l’une des plus importantes du pays, elle lui reproche aussi d’avoir aidé ses proches à s’enrichir et à investir tous les segments de l’économie nationale, sans compter des dossiers énigmatiques, non encore dépoussiérés, qui pourraient bien l’être une fois qu’il serait hors du pouvoir.

Plusieurs ministres de la République ont évoqué la nécessité pour le président d’achever des chantiers à long terme, au-delà de son deuxième mandat. D’autres ministres insinuent la possibilité pour le peuple, seul détenteur de la souveraineté, de changer la Constitution pour permettre au président de faire un troisième mandat. L’opposition pense que ces paroles sont des ballons d’essai commandités directement par Mohamed Ould Abdel Aziz pour tâter la réceptivité d’une telle idée au sein de l’opinion. Constitutionnalistes chevronnés, juristes jongleurs, commentateurs et analystes se succèderont ainsi pendant des semaines sur les différents plateaux de télévisions et dans les studios de radio, remplissant des pages dans les journaux et les sites, pour décortiquer le «pourquoi et le comment d’une possible révision constitutionnelle qui pourrait permettre ou empêcher Mohamed Abdel Aziz à briguer un troisième mandat ».

Ainsi, les pronostiqueurs et autres prospecteurs politiques n’ont pas hésité à prédire que le président allait couper la poire en deux et annoncer sa décision de briguer un troisième mandat. Il n’en fut rien mais l’idée qu’il lança à propos de la dissolution du Sénat fut interprétée par l’opposition comme une alerte confirmative de son intention d’attaquer le mandat présidentiel par le plus subtile des subterfuges. Car, paroles de constitutionnalistes, cette mesure allait toucher plus d’une vingtaine d’articles de la Constitution, y compris ceux qui sont relatifs au mandat justement. En réponse à cette velléité détournée de piper les cartes, l’opposition organisa une manifestation monstre, la plus imposante dans l’histoire politique du pays, tandis que des boucliers se dressèrent aussi bien au niveau national qu’international. Et, comme pour mettre fin à toute cette polémique, Mohamed Abdel Aziz s’adressa alors à la presse internationale, pour déclarer son intention de lâcher le pouvoir à la fin de son présent mandat.

Mais des hommes politiques comme Moustapha Ould Bedredine de l’Union des Forces du Progrès (UFP) restent encore non convaincus. Dans une interview à la télévision, Ould Bedredine déclare que l’opposition est septique par rapport aux propos de Mohamed Abdel Aziz relatifs à son intention de ne pas briguer un troisième mandat. L’argumentaire avancé est qu’il est difficile de concevoir qu’un homme qui a tout sacrifié pour arracher le pouvoir en 2007 par la force, et qui a démontré une hargne sans précédent pour le conserver, puisse décider tout bonnement de tout lâcher aussi aisément. Selon Ould Bedredine cette attitude pourrait cacher des scénarios occultes par lesquels Ould Abdel Aziz tenterait de contrôler le pouvoir qui lui succédera à distance, ou de revenir par une porte politique dérobée.Il s’est toutefois déclaré soulagé d’entendre Ould Abdel Aziz affirmer qu’il ne briguerait pas de mandat supplémentaire et qu’il partirait en 2019.

Il y a surtout ceux, côté majorité présidentielle, qui pensent qu’il faudrait aider Mohamed Abdel Aziz à quitter le pouvoir. C’est l’avis de Mohamed Ould Babana, député du parti Union Pour la République (UPR parti au pouvoir), dans une interview qu’il avait accordée la semaine dernière à un périodique local, il a en effet affirmé que la priorité aurait dû être de profiter de la situation actuelle pour aider le président de la République à quitter le pouvoir. Il a évoqué ce moment crucial où il a eu le courage de donner la chance à la Mauritanie de vivre à la fin de son mandat une alternance pacifique au pouvoir qui restera sans nul doute dans les annales du pays mais aussi du monde démocratique libre.

 


Dialogue politique: périlleuse transition démocratique en Mauritanie

Aziz inaugure l'usine de lait

Certains se demandent pourquoi Mohamed Abdel Aziz tient au dialogue politique, alors qu’il se prépare dans moins de trois ans à quitter le pouvoir. Si ces mêmes voix trouvent qu’il y a anguille sous roche, d’autres par contre la trouvent nécessaire, ne serait-ce que pour assurer une transition qui ne mettrait pas en péril le processus démocratique en construction ou l’avenir du pays, eu égard aux nombreux problèmes que Mohamed Abdel Aziz risque de laisser derrière lui. D’où le caractère obligatoirement consensuel du prochain dialogue qui ne devra laisser personne en rade, surtout le RFD d’Ahmed Ould Daddah sans qui, semble-t-il, la communauté internationale n’accorderait aucun crédit  à tout dialogue politique en Mauritanie.

Le délai donné par Mohamed Ould Abdel Aziz, dans son discours de Néma du 3 mai 2016, pour entamer le dialogue politique en Mauritanie est aujourd’hui largement dépassé. «Dans trois ou quatre semaines » avait-il déclaré. Une certaine opinion soutient qu’à part quelques acteurs bien connus des jeux de rôle d’opposants dans ce genre de débat , notamment Messaoud Ould Boulkheïr et Boïdiel Ould Houmeïd assimilés désormais au pouvoir, peu de partis qui comptent sur la scène nationale ont jusque-là donné leur accord pour le dialogue convié par le pouvoir. Ni le RFD d’Ahmed Ould Daddah, encore moins le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité) qui sont réellement concernés par ce énième round ne compte y participer dans son format actuel. Or, sans le pôle de l’opposition dite radicale, tout dialogue politique en Mauritanie ne serait considéré par les partenaires de la Mauritanie et par une large part de l’opinion nationale que comme un monologue sans impact sur la situation générale du pays.

Inextricable dialogue
Au niveau national, la polémique bat son plein, entre les partisans du minimum consensuel qui se débine de l’opinion internationale et les partisans du dialogue inclusif qui veulent d’un débat national, celui que les Mauritaniens attendent depuis les fameux Accords de Dakar de 2009.
Pour les tenants de la première thèse, que certains qualifient de partisans du colmatage politique, «le dialogue doit être  convoqué avec ceux qui accepteront d’y prendre par ». Mis à part les partis de la majorité, il s’agira d’un plateau adverse sans beaucoup de consistance qui ne serait qu’un faire-valoir aux yeux d’une certaine opinion. Ce serait un remake du dialogue de novembre 2011, quand le pouvoir avait en face de lui l’APP de Messaoud Ould Boulkheïr, El Wiam de Boïdiel Ould Houmeïd et Sawab d’Abdessalam Ould Horma. Des concessions ont été consenties mais la crise politique n’a jamais été résorbée. Aussi, les observateurs croient qu’un dialogue politique colmaté de la même manière aboutirait au même résultat et que la crise insidieuse qui sévit depuis les Accords de 2009 continuera à s’exacerber. Résultat, le passage de témoin en 2019 risque de se faire dans une instabilité politique et sociale préjudiciable.

L’après-2019

Conscient du danger qui plane sur cette périlleuse transition démocratique que vit actuellement la Mauritanie, beaucoup pensent que le changement de régime en 2019 doit intervenir dans une scène mauritanienne apaisée et sans danger pour le processus démocratique et l’avenir du pays. Aussi, préconise-t-on d’ores et déjà que le dialogue politique envisagé actuellement et qui pourrait être le dernier, prenne en compte les paramètres liés aux facteurs de déstabilisation créés par la situation  économique, politique et sociale catastrophique que vit la Mauritanie.
«Mohamed Abdel Aziz, puisqu’il quittera le pouvoir en 2019, doit à présent se situer au dessus de la mêlée partisane et se comporter comme le président de tous les Mauritaniens, soucieux de leur avenir et de leur stabilité, soucieux surtout de l’héritage qu’il va laisser derrière lui » a soutenu récemment au cours d’une entrevue télévisée, Mohamed Ould Maouloud, président de l’UFP.
En déclarant sans ambages qu’il respectera la Constitution, dira-t-il en substance, il a satisfait à l’une des exigences de l’opposition. «Maintenant il appartient au pouvoir de répondre par écrit aux points contenus dans la Feuille de route que l’opposition avait présentée en 2015, entre autres, la préparation du dialogue sur une base consensuelle et non unilatérale comme c’est le cas aujourd’hui » a-t-il poursuivi.
Par delà les soupçons soulevés quant à l’intention de Mohamed Abdel Aziz à négocier son départ, ou à piper les cartes pour le maintien de son «Système » dans son intégralité pour barrer le chemin de l’alternance pacifique au pouvoir à l’opposition, il y a ceux qui redoutent en effet, le scénario de 2007. Tirant les ficelles dans l’ombre, Mohamed Abdel Aziz et l’appareil militaire qui ne compte pas lâcher le pouvoir politique en Mauritanie, auraient provoqué à l’époque l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au détriment du leader historique de l’opposition, Ahmed Ould Daddah. Ce même scénario pourrait se reproduire en 2019, avec un Mohamed Abdel Aziz qui quitterait le pouvoir formellement sans le quitter réellement.
Il y a ainsi ceux qui pensent qu’il envisage de réviser la Constitution pour changer la nature du régime politique. Les tenants de la thèse avancent déjà qu’à travers le dialogue envisagé, Mohamed Abdel Aziz pourrait proposer le régime parlementaire, avec un Premier ministre fort issu de la majorité parlementaire avec des pouvoirs largement amoindris du Président de la République. Dans ce cas de figure, même si un ténor de l’opposition accédera à la Magistrature Suprême, il se retrouvera dans un régime où tous les pouvoirs de l’Exécutif sont en réalité détenus par le Premier ministre. Certaines voix soutiennent que Mohamed Abdel Aziz serait même prêt à négocier avec Ahmed Ould Daddah pour la présidence de la République si ce dernier le veut.
Des scénarios aussi improbables tel un choix qui portera sur Messaoud Ould Boulkheïr pour jouer au dauphin de Mohamed Abdel Aziz sont même envisagés, aux termes de négociations dont les termes ne seraient pas totalement défavorables à la nomenklatura militaire ni au système dominant.
Une telle complexité dans les analyses dénote du chaos intellectuel et politique dans lequel se dessine le mandat finissant de Mohamed Abdel Aziz. Un nid de difficultés sans la résolution desquelles l’après-Aziz risque d’être explosif.


CAN 2017 : La Mauritanie OUT

Mauritanie Cameroun

A deux doigts d’une qualification historique pour sa première Coupe d’Afrique des Nations (CAN), les Mourabitounes ont raté le coche en se faisant battre à domicile par le Cameroun, 1 à 0. Même l’espoir d’un bon deuxième qualificatif n’est plus à l’ordre du jour. Le choc contre les Lions Indomptables le 3 juin dernier sur la pelouse du Stade Olympique de Nouakchott s’est ainsi transformé en déception et en désespoir pour un public mauritanien qui avait fait le déplacement par milliers.

Malgré de bonnes dispositions et une bonne campagne de préparations, dont une victoire prestigieuse contre le Gabon à Barcelone, les Mourabitounes se sont fait surprendre à la 30ème minute par un boulet du Monégasque, Edgar Salli. La rencontre qui les opposait au Cameroun le 3 juin dernier au Stade Olympique de Nouakchott était l’avant-dernière journée qualificative pour la CAN 2017 qui aura lieu au Gabon. Pourtant, au regard de la physionomie du match, les Mourabitounes auraient pu battre une équipe du Cameroun qui est aujourd’hui loin d’être la foudre de guerre d’antan.
Avec les trois points de la rencontre, le Cameroun (11 points) se qualifie directement pour le Gabon en s’installant définitivement à la tête du groupe M, sans crainte d’être rattrapé par la Mauritanie (7 points). Il faut dire que la rencontre de Nouakchott était capitale pour les protégés d’Hugo Bross qui signe ainsi sa première victoire en sélection nationale, mais aussi pour le public sportif camerounais ainsi que leurs dirigeants. Roger Milla, le président de la Fédération camerounaise de football, l’ambassadeur camerounais en Mauritanie et toute la communauté camerounaise qui avait animé l’ambiance sur les gradins, tous avaient fait le déplacement la peur au ventre.
Les Mauritaniens ont surtout pêché en milieu de terrain. L’absence de Guidilèye s’est fait sentir, malgré le travail remarquable de Khassa Camara, alors que Takhyoullah Denne n’était que l’ombre de lui-même. Ainsi, l’attaque mauritanienne (Bessam et Baguili) n’a pas pu apporter le danger faute d’une bonne distribution de balles. Ils ont pourtant prouvé que la défense camerounaise n’était pas cette forteresse imprenable, et, n’eût été la prouesse d’Ondoa, les Mourabitounes auraient pu remporter la rencontre.
Les Mauritaniens ont cependant montré qu’ils savent jouer au ballon et qu’ils forcent désormais le respect des grandes nations du football africain, à l’instar des Camerounais, qui ont tremblé jusqu’au sifflet final de l’arbitre, alors qu’ils jouaient à onze contre dix, après la sortie malencontreuse de Diaw pour un geste antisportif contre Ekimbi à 20 mn de la fin de la rencontre.
La défaite est ainsi consommée et la Mauritanie peut dire adieu à la CAN 2017. Même en cas de victoire improbable contre l’Afrique du Sud, elle a de faibles chances d’être parmi les meilleurs deuxièmes, avec un Libéria et un Cap-Vert déjà deuxièmes de leurs groupes avec 9 points, et un Bénin qui est à 8 points, alors qu’ils stagnent à 7 points.
Le déplacement en Afrique du Sud ne sera pas une promenade de santé, car les Sud’Africains qui viennent d’étriller les Gambiens par 4 à 0, les attendent de pieds fermes pour laver l’affront d’une défaite concédée à Nouakchott par 1 contre 3.

Cheikh Aidara


La Marmite du partage dans sa 5ème édition : Une pluie de reconnaissances et un rush de donateurs

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La «Marmite du Partage » vient de lancer sa 5ème édition d’œuvres humanitaires. C’était samedi 28 mai 2016 à l’hôtel Halima de Nouakchott devant un parterre de personnalités dont le président Ahmed Hamza, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie, Me Fatima MBaye, marraine de l’édition, l’international mauritanien Dominique Da Silva, plusieurs opérateurs économiques, artistes et associations sociales. Cette cérémonie s’est déroulé à quelques encablures du mois de Ramadan
Le président de l’association de bienfaisances, «la Marmite du Partage », Khaly Diallo a remercié dans son mot d’ouverture les différentes personnalités qui ont toujours accompagné ses actions sociales. Il a aussi rendu un vibrant hommage à l’équipe de jeunes volontaires qui l’accompagnent depuis des années dans son élan philanthropique en direction des pauvres et des déshérités de la Mauritanie que son association accompagne durant tout le mois de Ramadan, en offrant dans les différents quartiers marginalisés de Nouakchott, le souper du soir.
Une vidéo des activités de l’association a été par la suite projetée. Elle montre l’action que «la Marmite du Partage » mène sur le terrain de l’entraide sociale et de l’humanitaire, les différents services rendus aux populations, ses différentes brigades de volontaires, thé, bissap, cuisine, etc. Le tout dans la bonne humeur et parfois dans la souffrance caniculaire.
«Servir les plus démunis, atténuer la souffrance des pauvres » sont la devise de cette association qui compte aujourd’hui plusieurs centaines de jeunes volontaires et des dizaines de mécènes qui savent que leur argent est bien utilisé dans de nobles causes.
Dans la musique, l’humour massacrant et le bon entrain des animateurs, la cérémonie a été ponctuée par la remise de certificats de reconnaissance et de certificat d’excellence.
La vente aux enchères d’un tableau et de deux timbres fiscaux a permis à la «Marmite du Partage » de récolter plus d’un million d’ouguiyas au cours de la soirée sans compter le don t d’un million d’UM offert par Djeynaba Salla et son réseau humanitaire français, lui valant ainsi un déplacement à Nouakchott pour assister à la cérémonie.
Un certificat particulier, qui a valu un standing up, a été décerné à notre confrère, Feu Cheikh Oumar NDiaye, disparu lors d’un accident tragique en décembre 2015. L’occasion de quelques larmes dans l’assistance (Khali Diallo n’a pas pu se retenir) pour lui rendre hommage ainsi qu’aux deux autres victimes du drame, Ahmedou Ould Abdel Aziz et Ahmed Ould Taleb.


Mauritanie : question démographique et autonomisation des femmes au Sahel

DR UNFPA DAKAR


Mabingue NGom, le Directeur régional pour l’Afrique du Centre et de l’Ouest du Fonds des Nations unies pour la population (l’UNFPA), Mabingue NGom, a assisté le 28 mai à l’atelier régional de Nouakchott sur l’engagement en faveur du dividende démographique et de l’autonomisation des femmes au Sahel. Au cours de la conférence de presse qu’il a animée en marge des travaux, il a déclaré que la «rencontre de Nouakchott est importante » soulignant que «l’avenir de l’Afrique en dépend », notamment sa jeunesse et en particulier, les jeunes filles. Ces dernières seraient pénalisées, a-t-il dit, « par des pratiques sociales défavorables à leur épanouissement et à leur développement ».

« En mettant en œuvre l’autonomisation des femmes et le dividende démographique au Sahel (le SWEDD), nous pouvons changer l’Afrique » a affirmé Mabingue Ngom. Lors d’une conférence de presse qu’il a animée en marge de l’atelier régional de Nouakchott, il a insisté sur l’importance des changements de comportements, telle la lutte contre les mariages et les grossesses précoces qui empêchent les filles de pousser leurs études plus loin dans l’enseignement secondaire et supérieur. Ces pratiques sont tout simplement, selon lui, «incompatibles avec une Afrique confrontée à l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et à l’Agenda 2030 des objectifs de développement durable (ODD) ».

Mabingue Ngom insiste sur le fait que, contrairement au passé où les programmes de développement n’étaient pas mis en œuvre dans des conditions optimales, avec un faible niveau d’exécution qui ne prenait pas en compte les réalités locales, le SWEDD compte bien renverser la tendance. Aussi, le Directeur régional de l’UNFPA estime que «l’engagement des communautés locales est un facteur de réussite », s’estimant heureux de constater que «l’atelier de Nouakchott porte sur cette communication sensible aux réalités locales ».

Il a déclaré que ce sont les bonnes politiques, celles qui sont judicieusement mises en œuvre, et non l’argent, qui font le développement. «L’Afrique, avec ses talents et ses taux de croissances parmi les plus élevés au monde, doit se bâtir autour des ressources disponibles au niveau local » a-t-il souligné. Il estime qu’avec un engagement politique plus fort, le dividende démographique est  un important aspect de l’agenda de développement international post-2015. «Il constitue un chantier pour la nouvelle Afrique de 2063 et ce sera le thème principal de la réunion des Chefs d’Etat de l’Union Africaine lors de leur prochaine réunion en 2017 à Kigali au Rwanda. « Il s’agit également, a-t-il précisé, d’une première étape qu’il faut faire suivre par des ressources de la part des Africains eux-mêmes pour susciter l’investissement international ».

Le SWEDD, une option stratégique pour la Mauritanie
En marge de l’ouverture officielle de l’atelier de Nouakchott des pays du Sahel, le 25 mai dernier, le ministre de l’Economie et des Finances, El Moctar Dyay, avait déclaré que le projet SWEDD était un «maillon important dans le pool des projets lancées ces dernières années en Mauritanie». Il a rappelé les trois axes autour desquels il est articulé : la scolarisation des filles, la lutte contre leur déperdition scolaire et la création d’activités génératrices de revenus pour leurs familles. Le projet tombe à point car il coïncide avec le lancement de la Stratégie de croissance accélérée et de la prospérité partagée (SCAPP) pour la période 2016-2030 dont le processus est en cours depuis trois mois, a-t-il précisé. «Nous estimons pouvoir le finaliser d’ici fin juillet et l’opérationnaliser à travers un premier plan d’action pour la période 2016-2020 avec un programme d’investissement public » a-t-il souligné.

Profil démographique de la Mauritanie
Selon Mohamed Mélaïnine Ould Eyih, le Coordinateur du Projet SWEDD en Mauritanie, «notre fenêtre des opportunités démographiques s’est ouverte depuis 1988 » avant les autres pays membres du SWEDD, avec un taux de croissance du ration de soutien économique qui est passé de 40% en 1984, à 45% en 2014. Selon lui, «la Mauritanie offre aujourd’hui un réel potentiel pour une croissance économique accélérée». Le profil démographique de la Mauritanie a été établi par des experts nationaux avec l’aide du Centre de recherches en économie et finances appliquées de Thiès (CREFAT). Plusieurs projections ont été réalisées et il a été montré que dans le cadre d’un scénario global intégrant l’économie, l’éducation et la santé, le PIB par tête d’habitant passera de 1283 dollars en 2014 à 17.000 dollars en 2052. Ceci implique l’accroissement des investissements publics dans les secteurs de l’éducation et de la formation des jeunes, ainsi que dans l’intensification des politiques d’espacement des naissances, le tout sous-tendu par une campagne pour un changement de comportement favorable au maintien des filles à l’école, la mise en place de politiques d’autonomisation des femmes, la réorganisation du secteur informel, l’amélioration du niveau de vie en milieu rural, la réduction des inégalités entre régions, parmi d’autres mesures à prendre…

Ainsi, les décideurs doivent anticiper le poids démographique à venir et revoir la politique de population en fonction du dividende démographique. La création de pôles régionaux de développement et l’actualisation de la politique  d’aménagement territorial se présentent comme des choix pertinents.


Dialogue politique en Mauritanie : Entre les exemples congolais et sénégalais

Aziz inaugure l'usine de lait

Si au Sénégal, le dialogue politique a permis de réunir les acteurs de la vie nationale, y compris le PDS de Me Abdoulaye Wade, après la mini-crise qui a accompagné la révision constitutionnelle sur le mandat présidentiel,  au Congo-Brazzaville, l’appel lancé à la communauté internationale par la coalition de l’opposition pour initier un dialogue politique intervient alors que l’on compte encore les morts après les émeutes qui ont suivi la réélection forcée, pour un 3ème mandat obtenu sur le cadavre de la constitution, de Denis Sassou Nguessou. Entre les deux scénarios, la Mauritanie se cherche une voie qui semble de plus en plus se radicaliser.

Le Forum national pour le développement et la démocratie (FNDU), principale coalition de l’opposition vient de lancer un appel à mobilisation pour «faire échouer le dialogue politique prévu». Dans un communiqué qu’il vient de publier, le FNDU invite ainsi «toutes les forces patriotiques, personnalités et citoyens soucieux de l’avenir du pays, à se mobiliser pour faire échec à cette mascarade qui vise à engager le pays dans une voie périlleuse qui ne peut conduire qu’à des changements non maîtrisés ». Le communiqué indique que «le dialogue n’apportera pas les réponses attendues par les Mauritaniens qui constituent les seules préoccupations du FNDU».
Tout indique en effet que le pouvoir se prépare à lancer dans quelques jours, un dialogue qui risque de laisser en rade les pontes de l’opposition démocratique. Selon des sources proches du pouvoir, le dialogue qui s’annonce regroupera un panel beaucoup plus large et divers que celui tenu en novembre 2011 où seul un pôle de trois partis de l’opposition avait pris part. Des pourparlers avancés pourraient ainsi aboutir à une participation plus large. Quelques partis membres du FNDU seraient même attendus, à l’image du parti Arc-en-ciel, mais aussi des partis sans attache à une coalition tels que l’AJD/MR, ou encore d’autres non encore reconnus comme les FPC ex-Flam. D’anciens transfuges du RFD et du parti Tawassoul, des dissidents de l’UFP, ainsi que des partis formés par d’anciens cadres de l’opposition, pourraient apporter au dialogue programmé un certain élan consensuel. Mais selon plusieurs observateurs, «un dialogue politique sans Ahmed Ould Daddah restera sans aucune importance pour une grande partie de l’opinion nationale et internationale ».
Reste que certains prônent déjà l’exemple du Sénégal qui vient d’entamer un dialogue politique inclusif où toutes les questions seront mises sur la table, le mandat présidentiel, le statut de l’opposition ou encore la création de sièges de députés pour les Sénégalais de la diaspora, entre autres. Ce qui aurait pu servir de «pré-conditions » pour l’opposition représentée par le PDS, dont la libération de Karim Wade, font ainsi partie des négociations en cours.
A la différence du Sénégal, l’opposition mauritanienne compte d’abord «avoir les résultats du dialogue avant le dialogue »selon les partisans du pouvoir qui s’étonnent de l’attitude de ceux qui cherchent «à mettre les charrues avant les bœufs ».
Pour l’opposition cependant, ces pré-conditions sont les gages de la bonne foi d’un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements.
Seulement, selon d’autres observateurs, ce blocage dont le dépassement aurait pu conduire au scénario sénégalais risque d’exacerber davantage les tensions et aboutir au scénario congolais.
En s’entêtant contre la volonté de son opposition à transgresser la constitution qui ne lui permettait que deux mandats, le président Denis Sassou Nguessou qui rempile pour la troisième fois, aurait ainsi conduit son pays vers l’instabilité politique et sociale. Des émeutes auraient fait des morts et pour sortir de la crise, l’opposition congolaise regroupée au sein du Frocad-IDC (Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique-Initiative pour la démocratie au Congo) vient ainsi de lancer un appel à la communauté internationale pour l’ouverture de pourparlers politiques.


Le président Aziz sous la phobie du tout sécuritaire

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La phobie du tout sécuritaire semble marquer le quinquennat finissant de Mohamed Abdel Aziz. Mardi 24 mai 2016, quelques heures avant qu’il ne débarquer à l’aéroport de Nouadhibou de retour d’Istanbul en Turquie, où il avait participé au sommet humanitaire mondial, c’est la panique. Personne n’est autorisé à l’accueil, hormis une dizaine d’autorités locales. Ni les hautes personnalités qui ont fait le déplacement, ni les journalistes de la presse indépendante, audiovisuelle, électronique et papier, pourtant dûment conviés et badgés n’ont échappé à l’humiliation d’un renvoi sans ménagement hors de l’aéroport.

La ville de Nouadhibou a vécu ces derniers jours sous l’effervescence des alliés du pouvoir. Ce sont d’abord les pontes de l’UPR (Union Pour la République, parti au pouvoir) qui vont entretenir l’ambiance, traînant dans leurs sillages tous les hauts fonctionnaires de l’Etat. Histoire de chauffer l’atmosphère et de créer les conditions d’un rush populaire et d’un accueil digne de ce nom au président Mohamed Abdel Aziz qui a promis un aller simple, d’Istanbul vers la cité économique.
Après une participation au Sommet humanitaire mondial qui s’est tenu dans la deuxième ville de Turquie,  le président de la République a débarqué directement à l’aéroport de Nouadhibou, mardi soir dernier.
Une atmosphère inédite du tout sécuritaire va cependant doucher l’enthousiasme de ses soutiens. A la place des accueils jadis populaires à l’aéroport, des mesures draconiennes vont circonscrire l’accès à la passerelle à seulement une dizaine de personnes, les autorités administratives et quelques élus. Le reste de la foule sera contenue loin de l’enceinte de l’aéroport, là où la masse de hauts responsables ruminera sa déception. Le cérémonial de « serrement des mains » si caractéristique jadis des voyages présidentiels ne serait plus qu’un lointain souvenir. Pire, l’isolement du président Mohamed Abdel Aziz par rapport à ses soutiens semble être devenu une partie du protocole, car les mêmes restrictions ont été imposées lors de sa visite à Néma, le 3 mai dernier.
La panique soudaine liée à l’insécurité, de plus en plus ressentie par les responsables sécuritaires, se serait même soldée par des arrestations préventives. C’est ainsi que des informations auraient rapporté plusieurs arrestations dans le milieu de certains cercles mécontents, notamment les gardes côtiers victimes de licenciements abusifs.
La colère était encore plus grande chez les journalistes de la presse indépendante. Invités officiellement et dûment badgés, c’est avec rage qu’ils verront leurs autres confrères de la presse publique (télévision et radio nationale, agence mauritanienne d’information) franchir la porte d’entrée de l’aéroport pour couvrir en direct l’arrivée du chef de l’Etat. Ils ont été empêchés de bénéficier de cette primauté à l’information, repoussés de loin en loin, par les éléments du protocole et les agents des forces de l’ordre.
«Qui que soit le responsable d’une telle mesure draconienne, rien la justifie » estime un journaliste de la presse électronique. Un autre considère que l’affront dont ont été victimes les journalistes de la presse indépendante à Nouadhibou n’est qu’une des facettes du mépris qu’accorde le pouvoir actuel à la liberté de la presse dans le pays, lequel s’est manifesté par la guerre économique menée contre leurs organes.


Atelier régional de Nouakchott: SEM. Mokhtar Diay face à la presse

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Après la cérémonie d’ouverture de l’atelier régional de Nouakchott sur l’Autonomisation des femmes et le dividende démographique, qui s’est ouvert hier, mercredi 25 Mai 2016, le ministre de l’Economie et des  Finances SEM Mokhtar Ould Diay était face à la presse nationale et internationale.

Le gouvernement élabore en ce moment une stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP), est-ce qu’on peut obtenir les principaux axes de cette politique ?

Effectivement, le gouvernement a élaboré une stratégie de développement du pays pour la période 2016-2030. Le processus de cette stratégie est en cours. Il a été lancé il y a  trois mois. Nous estimons que d’ici fin juillet, il va permettre de finaliser cette stratégie et de l’opérationnaliser à travers un premier plan d’action pour la période 2016-2020, de finaliser l’élaboration d’un programme d’investissement public. Ce qui va nous permettre de nous positionner pour l’organisation d’une table-ronde pour la mobilisation des financements pour cette stratégie avant la fin de l’année 2016.
Bien que provisoire, trois axes se dégagent de cette stratégie. Un premier axe sur l’accélération de la croissance économique durable, inclusive et tirée par le secteur privé. Un deuxième relatif au développement du capital humain capable de supporter une seule ambition, le développement du secteur de l’éducation, de la santé, la transformation du milieu rural par l’accès des populations aux services de base. Enfin, un troisième axe relatif à la bonne gouvernance, la bonne gestion, l’état de droit et le renforcement de la justice.
A signaler que le lancement du projet SWEDD coïncide avec l’engagement du processus d’élaboration de la SCAPP. Son apport à l’élaboration de notre stratégie et à l’amorce de la mise en œuvre de certains des axes que je viens de citer est désormais devenu une réalité.


Mauritanie : parade populaire pour la libération des leaders d’IRA, mouvement anti-esclavagiste

SORTIE BIRAME

«Chaque fois qu’il sort de prison, Birame devient encore plus populaire !» fait remarquer un observateur alors qu’une foule d’un millier de personnes était massée devant la prison civile de Nouakchott depuis les premières heures de cet après-midi du 17 mai 2016. La libération des deux leaders du mouvement anti-esclavagiste, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan (emprisonnés depuis dix-neuf mois) est imminente, elle galvanise les cœurs des militants. Accoutrements traditionnels, danses populaires, résonnements creux des tam-tams et des tambourins donnent au spectacle un air exotique bercé par la multitude de voix sonores et les grésillements de haut-parleurs où se relayent divers orateurs. Reportage.

Mardi 17 mai 2016, début d’après-midi, un temps très doux balaie les alentours de la prison civile de Nouakchott. Déjà l’apparat des grands jours. Des jeunes filles aux tenues bigarrées entourent un «Tbal » que des mains juvéniles maltraitent à souhait sous le déhanchement d’une vieille femme aux gestes amples et souples. Certaines arborent des coiffures traditionnelles de mariés, où l’art maure côtoie la culture peulh. D’autres portent des blouses blanches avec, sur le dos, l’inscription «IRA section Teyarett » (Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan dirigent l’ONG IRA Mauritanie « Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste »). A même le sol, une dizaine d’hommes en tee-shirts blancs et serwals noirs, sont assis avec sur leurs genoux des photos cadrées des deux leaders emprisonnés. Toute cette foule dense et compacte attend le moment crucial où les deux hommes franchiront la porte de la prison vers la liberté.

Tôt le matin, cette même foule se trouvait à quelques cinq cent mètres plus au nord. Devant la Cour Suprême, là où le verdict scellant le sort des deux leaders d’IRA devait être prononcé. «Beaucoup d’entre nous étions présents devant la Cour dès les premières heures de l’aube pour éviter que les forces de l’ordre ne viennent avant nous pour occuper la place » commente un homme. Ils étaient nombreux à assurer l’ordre, avec la même densité, le même folklore et les mêmes membres du Comité de Paix d’IRA, tous en chemise blanche, pantalon et cravate noire. Vers 13 heures, un  vrai tonnerre de cris emplit l’espace. Un avocat vient d’annoncer : «La Cour a décidé la libération de Birame et de Brahim !». Scènes de liesse, débordement de marée humaine. Direction la prison civile où l’acte final devait être consommé. La presse fut conviée grâce un bref communiqué diffusé par la cellule de communication d’IRA. Birame et Brahim donneront une conférence dès leur sortie de prison, cette intention explique la présence de tant de journalistes, de caméras et de micros… Tous les objectifs étaient braqués sur la porte de la prison où quelques gardes déambulaient, jetant de temps en temps un regard à demi-inquiet vers la foule qui grossissait. Quelques cars de la Police anti-émeute étaient stationnés avec discrétion un peu plus loin. Cinq d’entre eux sont venus quelques instants discuter avec les chargés d’ordre du mouvement IRA. La circulation a été quelque peu barrée à cause du débordement de la foule, mais la situation fut vite arrangée, tout est rentré dans l’ordre.

Portés en bandoulière

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La foule attendait l’air un peu assagi malgré quelques poches de vitalité soutenues par les tam-tams et les tambourins, puis elle se réveilla. Les avocats avançaient vers la foule, doigts de la victoire en l’air, sous les applaudissements. Ils apportaient le mandat de levée d’écrou délivré par le Procureur de la République. L’ordre avait été donné par la Cour Suprême – qui avait balayé les verdicts prononcés en première et deuxième instance – qui avait requalifié les faits et renvoyé les magistrats à leurs pinacles en mentionnant l’article 102 du Code pénal qui ne prévoit qu’un an de prison. A cet égard, la Cour Suprême estime que Birame et Brahim ont purgé leur peine et payé leur dette, de «fausses dettes» estiment plus d’un observateurs et surtout les intéressés qui considèrent avoir été arbitrairement emprisonnés pour des raisons politiques et racistes.
Avec l’arrivée des avocats porteurs de la délivrance, la foule se porta plus en avant, retenue par une barrière de bras formés par les éléments du Comité de paix, corps de parade dévolu à la protection rapprochée du leader du mouvement, Birame Dah Abeid. Deux journalistes d’une chaîne arabe sortirent de la foule, ils avaient le privilège d’une primauté pour une interview parce-qu’ils avaient auparavant rejoint les détenus dans leurs cellules. Quelques membres de la famille de Birame et de Brahim les suivirent, des garçonnets et des fillettes habillés comme à la fête. Ensuite surgit le sénateur Youssouf Sylla, écharpe débordant à peine de la poche de sa «Dara’a ». Il discuta quelques instants avec un gradé de la garde puis rejoignit le peloton d’accueil formé par quelques figures d’IRA, comme Diop Amadou et le président d’Arc-en-ciel, Balas. L’ancien -membre des Cavaliers du Changement -auteurs du coup d’Etat manqué de 2003 contre Ould Taya – Ould Hendeya, était aussi là, en plus d’autres personnalités du Mithaq Harratine.
Une clameur sourde envahit l’espace. Des agents de la société d’assurance contigüe assistaient à la scène du haut de leur balcon au deuxième étage. Gendarmes et douaniers, dont les locaux jouxtent la prison, se placèrent ensemble devant leur institution pour se rincer les yeux face à cette marée noire clamant leurs leaders. Bras levés au ciel, Birame et Brahim ainsi que leurs avocats se tenaient la main. La barrière de protection formée par les éléments du Comité de Paix se brisa. Une immense foule se porta vers les leaders. Brahim fut hissé au dessus des épaules, tandis que Birame et ses gardes du corps bataillaient dur pour s’extirper de l’étau humain. C’était le délire. Une forêt de bras et de têtes noires noyaient les deux leaders dans une atmosphère de folie collective. Un millier de poitrines scandaient «Bi-Rame ! Bi-Rame ! Bra-Him ! Bra-Him ! ». Les deux hommes furent hissés dans le camion où devait se dérouler la conférence de presse. A l’intérieur de la caisse, la bousculade : les micros disputaient la primauté aux caméras et aux stylos dans une atmosphère surréaliste. Le camion démarra en trombes alors que Birame et Brahim étaient assaillis par les questions des journalistes assoiffés de scoop.
«Notre libération est le fruit du combat mené par des hommes et des femmes militants d’IRA. Je remercie tous ceux qui ont participé à ce dénouement, la communauté internationale, la classe politique, les organisations des droits humains. C’est un sentiment de victoire qui nous anime aujourd’hui et nous sommes en train de récolter le fruit de notre résistance face au système raciste et esclavagiste. Nous ne cesserons jamais de défendre les idéaux d’IRA et nous allons rendre son humanisme à ces esclaves chosifiés, nous allons débarrasser la Mauritanie du pouvoir despotique de Mohamed Abdel Aziz » a clamé d’emblée Birame Dah Abeid. Selon lui, «IRA ne changera pas sa stratégie d’un iota, car c’est une stratégie qui paye. Nous allons continuer sur notre lancée jusqu’à ce qu’on mette fin à la dictature ».
A propos du Rapporteur spécial des Nations Unies contre l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme, Philip Alston, qui avait animé une conférence de presse controversée après un séjour de dix jours en Mauritanie, Birame considère qu’il a été «très tendre, voire laxiste avec la Mauritanie, car la réalité est encore pire que ce qu’il a mentionné». De son côté, Brahim a déclaré qu’il était prêt à  » retourner en prison, ici même avant de rentrer chez moi ». Pour lui, «c’est la résistance de notre combat qui a permis notre libération », il estime que le discours de Néma de Mohamed Abdel Aziz sur les harratines prouve qu’il déteste les harratines, «au point qu’il n’a pas pu s’empêcher de révéler son extrême racisme envers eux et tous les noirs du pays». Sur une question relative à l’éventuelle participation du mouvement IRA au dialogue politique, Brahim Bilal Ramadan estime que «c’est une insulte que de nous poser une telle question ». «Comment nous demander de dialoguer avec un homme qui nous a mis en prison avec un tel mépris et une telle injustice ? » s’est-il indigné.

 

Parade à pied sur 10 kilomètres

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La conférence de presse ambulante s’est poursuivie sur des kilomètres. L’incroyable procession, faite de cars bondés, de véhicules petit modèle, de tricycles ainsi qu’une masse humaine en marche, avait emprunté la route de l’aéroport, longeant la façade orientale de l’Etat-major de la gendarmerie nationale, déchirant le rond point Madrid, où les véhicules, venant des quatre directions, avaient interrompu leur progression. Des dizaines de personnes, massées tout au long de la route menant vers les P.K, lieu de résidence de Birame, agitaient les mains. Des femmes à demi-dépoitraillées brandissaient les pans de leur Melahfa. Certaines lançaient des you-yous stridents. Toute la largeur de la route était occupée. Les voitures venant dans un sens ou dans l’autre, étaient obligées d’emprunter les bas-côtés. Beaucoup brandissaient le V de la victoire. Certains automobilistes et leurs passagers, crevant de curiosité, s’arrêtaient pour apercevoir les héros du jour. Des doigts pointaient sur Birame et Brahim, debout dans le camion, mains agitées, en réponse aux gestes de la foule. «Ils sont là ! Ils sont là ! » s’écriaient-ils. A hauteur des cimetières, sur les deux dunes encore nues, deux groupes procédaient à des inhumations. Silhouettes lointaines regardant du haut de leur perchoir, cette déferlante humaine. Par respect aux morts, les tambourins qui accompagnaient la procession s’étaient tus. Ils reprirent de plus belle, une fois les cimetières dépassés. Il en fut ainsi, jusqu’au P.K 10. A part une femme noire hystérique qui avait poursuivi par ses insultes le convoi, aucun incident n’émailla la parade des militants d’IRA. Infatigables, le corps et les habits trempés de sueur, «les chemises blanches et pantalons noirs» et la foule qui les accompagnaient poursuivaient leur héroïque progression. Les slogans repris par cœur variaient au gré du niveau d’épuisement. «Birame lla Tweli ! » criaient les uns, les autres répondaient en chœur «Aziz Khaïv Minak ! », ce qui veut dire «Birame ne recule pas, Aziz a peur de toi».
P.K 10, «Avenue Birame». Une véritable marée humaine. Impossible de faire passer une aiguille. Une clameur montait au ciel. Le service d’ordre d’IRA eut du mal à s’accorder sur une option. Fallait-il le faire descendre là et poursuivre le reste du trajet à pied, ou continuer avec le car ? Cette deuxième option l’emporta tellement la folie de la première semblait évidente. Centimètre par centimètre le car se frayait un chemin au milieu de cette forêt noire. Des centaines de bras, des cris d’hystérie, des interpellations, un brouhaha indescriptible. Des dizaines de personnes étaient perchées sur leur terrasse. Une fois le camion arrivé à destination, Birame et Brahim parvinrent sous une haie humaine, à rejoindre la terrasse de la maison où se trouvaient déjà une vingtaine de personnes. Brahim fit un discours qui disait la détermination d’IRA à poursuivre son combat, il parla aussi de l’emprisonnement arbitraire dont ils furent victimes et évoqua la nécessité pour les Mauritaniens de conjuguer leurs efforts pour l’édification d’une société égalitaire, sans injustice et sans discrimination. Puis, Birame prit la parole, il fustigea le «pouvoir dictatorial, discriminatoire et esclavagiste de Aziz », s’en prit à la «bande de voleurs qui l’entoure et aux esclaves de service qui les servent ». Sur le discours de Néma, «Aziz a porté son mauvais œil sur les harratines, je lui répondrai, comme nous le disons dans la Gebla : nous les boucs reproducteurs, nous ne nous arrêterons pas ! » Hilarité bruyante dans l’immense foule massée à ses pieds. Puis, «les enfants des Harratines sont dépravés ? Et les enfants de Aziz, ce sont eux qui sont bien élevés, eux qui volent, pillent et tirent à bout portant sur les gens ! » Acclamations, rires goguenards, hilarité. Tout était dit. Ainsi, la foule a vu ses héros et entendu le discours de ses fantasmes. Puis, après un moment, la foule se dispersa. Heureuse !


Le «Précis de Néma» expliqué aux nuls

UPR

Jamais discours politique n’a mobilisé autant de monde que le discours du Président Mohamed Abdel Aziz le 3 mai 2016 à Néma. Pas moins de vingt-deux espaces publics ont été ainsi investi simultanément le vendredi 13 mai 2016 à Nouakchott pour des séances d’explication, de commentaire et d’analyse relatives à ce que beaucoup d’observateurs considèrent comme le discours le plus controversé dans l’histoire politique de la Mauritanie. Les détracteurs du régime sont même allés jusqu’à comparer les orateurs de l’UPR investis de cette mission d’explication aux interprètes de certains précis théologiques, comme les «Shourah Khlil», ce bréviaire du rite malékite en vigueur en Mauritanie et dont l’exégèse assez compliquée a donné naissance à une littérature florissante très savante.

Les habitants de Nouakchott avaient rendez-vous le vendredi 13 mai dernier avec de véritables foires à paroles, comme il en existait dans l’Arabie préislamiques à la Mecque, avec des places réservées à la rhétorique, comme Aqqa. Des dizaines de ministres, de cadres à tous les niveaux avaient investi ces places de meeting. Objectif, expliquer le discours que le président Mohamed Abdel Aziz avait prononcé le 3 mai au cours de sa visite dans la région du Hodh Charghi. Ce discours avait porté sur plusieurs points, dont deux qui auraient essentiellement provoqué la controverse, notamment la  révision constitutionnelle pour dissoudre le Sénat et la procréation chez la communauté harratine. L’opposition mauritanienne avait particulièrement surfé sur ces axes, parvenant à drainer l’un des plus gigantesques rassemblements que Nouakchott ait jamais connus.
Les membres du gouvernement ont ainsi organisé la riposte pour d’abord prouver leur capacité à mobiliser la rue et ensuite, déconstruire le discours de l’opposition. La défense du discours de Néma fut ainsi acharnée, notamment dans ses aspects que l’opposition aurait insidieusement déformés dans l’objectif, selon les partisans du pouvoir, de semer la discorde et la désunion du peuple mauritanien.
Tous les intervenants ont ainsi développé la thèse selon laquelle le président Mohamed Abdel Aziz au cours de son discours à Néma n’a pas pointé du doigt la communauté haratine lorsqu’il a parlé de démographie incontrôlée et de l’avenir incertain de beaucoup d’enfants victimes des tragiques dislocations familiales.
Le reste des interventions portera sur les réalisations accomplies dans plusieurs domaines, notamment sur le plan routier et le désenclavement de plusieurs villes et localités du pays, soulignant que ces réalisations sont incomparables sur toute l’histoire du pays, depuis 1960.
Certains orateurs ont soutenu la démarche du président visant la suppression du Sénat et le renforcement de la décentralisation avec la création des conseils régionaux, tandis que d’autres se sont appesanti sur les actions menées dans le domaine de la lutte contre les séquelles de l’esclavage et la promotion sociale des descendants d’anciens esclaves à travers l’Agence Tadamoun, citant en exemple la fin des bidonvilles et la distribution des terrains d’habitation en faveur de cette couche sociale,  leur présence de plus en plus forte dans les centres de décision et les nombreux projets de développement qui leur sont destinés dans leurs localités d’origine et leurs lieux de résidence citadine. Beaucoup de critiques et de diatribes ont également été distribué. Ni le mouvement IRA, ni le RFD, encore moins Tawassoul ou l’ancien Chef de l’Etat, Ely Mohamed Vall, particulièrement visé, n’ont échappé à ces coulées de laves. Des incidents ont surtout émaillé ces meetings de l’UPR. Trois ministres au moins auraient été agressés, dont le ministre des Finances à Teyarett et le ministre de la Défense à Sebkha. Beaucoup de scènes surréalistes aussi, telles que les chaudes larmes du Dircab du Premier ministre.


Mauritanie : Alston et sa bombe politique

Philip Alston

Deux évènements majeurs ont créée ces jours-ci, selon les observateurs, un véritable tsunami sociopolitique en Mauritanie, le discours de Néma du président Mohamed Abdel Aziz et le rapport provisoire de Philip Alston, Rapporteur spécial des Nations Unies pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. Celui-ci vient d’épingler sans ménagement le gouvernement mauritanien, accusé de marginaliser les deux tiers de sa population, à savoir, les harratines et les Mauritaniens d’origine négro-africaine.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston a quitté la Mauritanie, laissant derrière lui une opinion publique profondément divisée sur ses conclusions sur la situation en Mauritanie. Si d’aucuns trouvent son rapport provisoire fidèle à la situation sociale du pays, le gouvernement mauritanien est par contre en courroux contre sa «partialité». Certains vont même jusqu’à l’accuser d’avoir semé exprès les germes d’une guerre civile en Mauritanie. Le point essentiel sur lequel se fondent ces critiques concerne la situation des harratines et des négro-mauritaniens que Philip Alston considère comme une population majoritaire mise à l’écart dans la répartition du pouvoir et des richesses. Il a ainsi mis en garde le gouvernement mauritanien «contre un risque d’instabilité en l’absence d’une répartition juste de la richesse entre ses différentes composantes ». Il estime que peu d’efforts ont été déployés pour régler les séquelles de l’esclavage en Mauritanie, que les droits essentiels à l’accès à l’eau potable, à la protection sociale, à l’enseignement et à la sécurité alimentaire ne sont pas équitablement répartis entre tous les citoyens mauritaniens, que 44% des Mauritaniens vivent dans l’extrême pauvreté, et que l’expropriation des terres agricole se poursuit  à grande échelle a profit des investisseurs. Il s’en est enfin pris aux partenaires de la Mauritanie leur reprochant de ne pas négocier assez sur certaines priorités fondamentales lors des réunions qu’ils initient avec le gouvernement mauritanien.
Ces propos de Phlilp Alston ont été distillés lors de la conférence de presse qu’il a animée le 11 mai 2016 à Nouakchott après un séjour de dix jours en Mauritanie au cours duquel il a visité plusieurs villes et localités, s’entretenant avec les populations locales et les autorités administratives, rencontré plusieurs hauts responsables mauritaniens, les partenaires au développement et une partie de la société civile mauritanienne.

Tollé d’indignation officielle
Le gouvernement mauritanien, par le biais du Commissariat aux droits de l’homme et à l’action humanitaire, mais aussi celui de plusieurs acteurs de la société civile, ont vivement réagi aux propos de Philip Alston. Une totale désapprobation par rapport au contenu de la déclaration qu’il a publiée, suite à la visite qu’il a effectuée du 2 au 11 mai 2016 en Mauritanie. Le commissariat aux droits de l’Homme épingle ainsi la «partialité d’un expert censé être indépendant et qui a clairement épousé les thèses de certains milieux et ONG hostiles au pays, dont les seuls objectifs sont de porter atteinte à la cohésion nationale et aux importants acquis enregistrés dans les domaines politique, économique et social ».
Ainsi, le Commissariat reproche au Rapporteur spécial d’avoir délibérément occulté les zones où d’importantes réalisation ont été accomplies par l’Agence Tadamoun pour se focaliser sur les rapatriés du Sénégal et sur les populations qui arguent d’avoir été expropriés par l’Etat, d’avoir travesti la réalité sociale en Mauritanie sur de prétendues exclusions des Harratines et des Négro-mauritaniens, d’avoir avancé des chiffres sans s’appuyer sur des données réelles.
Certains milieux diplomatiques mauritaniens ont relevé le manque de niveau de Philip Alston dans le domaine spécifique des usages diplomatiques et sa faible personnalité qui le porte à se laisser influencer facilement. Ces sources pensent que le rapport de Philip Alston pourrait même être remis en cause par les instances des droits de l’Homme de l’ONU si elles y sentent une quelconque partialité et si le gouvernement mauritanien élève le ton, ce qui pourrait donner lieu à une contre-enquête.
Sur cette même lancée, les Acteurs non étatiques mauritaniens (ANEM) composés de 19 groupes thématiques concernés pour la plupart par la lutte contre la pauvreté avaient exprimé leur stupéfaction face aux déclarations de Philip Alston, s’étonnant même de n’avoir pas fait partie des acteurs de la société civile avec lesquels le Rapporteur spécial des Nations Unies s’est entretenu au cours de son séjour en Mauritanie. Les ANEM considèrent ainsi que «le rapporteur spécial a fondé l’essentiel de ses conclusions sur des données tendancieuses offertes comme à l’accoutumée par des fonctionnaires du bureau local du Haut commissariat des droits de l’homme de l’ONU » toujours enclins à induire en erreur les experts qui ne prennent garde.

Parfait accord avec Philip Alston
Bien qu’aucun leader de parti politique de l’opposition ni syndicat ne se soit jusqu’à présent prononcé par rapport au discours de Philip Alston, beaucoup d’observateurs ou étrangers ont rejoint son constat. L’ambassadeur chef de la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie, Jose Antonio Sabade n’est pas loin de ces conclusions. Lors de la célébration de la Journée de l’Europe, le 9 mai 2016, bien avant la sortie de Philip Alston, il avait déclaré qu’aucun pays «ne peut se développer en excluant la moitié de sa population », promettant l’appui de l’Union européenne aux autorités et à la société civile mauritanienne «pour continuer à avancer vers une Mauritanie plus stable, plus inclusive et plus prospère, qui met l’accent sur l’unité nationale et la volonté de vie et de progrès partagés de toutes les communautés et tous les citoyens ». Certains y ont perçus des allégations claires sur l’exclusion de plusieurs pans de la communauté mauritanienne des cercles de décision politique, économique, sociale et sécuritaire, et d’une réelle fragilisation de l’unité nationale et de la cohésion sociale en Mauritanie.
Des acteurs politiques de l’envergure du Pr.Lô Gourmo du parti Union des forces du progrès (UFP) ont réagi sur leur page facebook. Pour Lô Gourmo, «jamais un rapport n’a été aussi loin dans la description de la réalité économique et sociale de la Mauritanie que celui que vient de rendre public le rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston, après une visite de terrain dans le pays ». Ainsi, selon lui, «le passage du discours du Chef de l’Etat à Néma, accusant les pauvres, surtout descendants d’esclaves, d’être à l’origine de leur propre misère prend un relief particulier, à la lecture de ce rapport ». Ainsi, pour Me Gourmo, Alston a bien raison de dire que le régime actuel poursuit une «politique de charité » vis-à-vis des pauvres, que les Haratines et les Négro-mauritaniens sont marginalisés, que les terres de la Vallée sont accaparées, que les injustices et les inégalités sont criantes, que les réalisations «tape-à-l’œil » sont courants, tels cette école «Taj Mahal » bâti au prix de 80 millions d’UM en zone rurale au milieu de la misère. OUI, affirme Gourmo «le rapport met le doigt sur l’exclusion active par l’Etat de catégories entières de la population, surtout les harratins et les négro-mauritaniens qui sont devenus les principales cibles des politiques discriminatoires pratiquées à grande échelle par le gouvernement mauritanien ». Pour lui, «les richesses sont inégalement réparties et sont accaparées par diverses clientèles affiliées au pouvoir ».
Beaucoup trouvent que le rapport de Philip Alston est juste et que pour la première fois un responsable onusien rompt avec la langue de bois pour décrire crûment ce qu’il a vu et constaté sur le terrain de ses observations. Selon eux, les autorités devaient le prendre au sérieux pour en tirer les bonnes solutions au lieu de jouer aux outrés et aux indignés.


Assalamalakum Cha’ab Youth Saghav : les jeunes du Hip-hop prennent la main

assalamalekum

En perspective de la finale, prévue le 3 juin 2016 à Nouakchott, avec plusieurs jeunes artistes de Nouakchott et de l’intérieur du pays, «Assalamalekum Cha’ab Youth Saghav » un projet initié par Zaza Production de Kane Limame dit Monza, sur financement européen, a organisé le jeudi 12 juin dernier une conférence de presse à l’Institut Français de Mauritanie (IFM). C’était en présence du Directeur de l’institution, du Délégué Général des Alliances Françaises de Paris et de la représentante du Programme de l’Union européenne pour la société civile et la culture (PESCC).

Sur financement du PESCC d’un montant de plus de 17 millions d’UM, Zaza Production a lancé le 1er mars 2016 son projet «Assalamalekum Cha’ab Youth Saghav» pour la professionnalisation des jeunes artistes mauritaniens, tout en initiant une série d’activités culturelles basées sur le Hip-hop. L’objectif de ce patchwork qui signifie en gros «les jeunes s’éduquent par la culture » vise à renforcer les compétences artistiques et techniques pour faciliter les échanges entre acteurs et le public afin d’appuyer l’organisation d’un tremplin dans les disciplines du Hip-hop, musique et danse. Ce projet est passé par six étapes qui ont commencé par un diagnostic exhaustif de la filière dans les six régions ciblées par le projet, Nouadhibou, Atar, Kaédi, Rosso, Kiffa en plus de Nouakchott. Dans chacune de ces régions, des studios d’enregistrement ont été créés au sein des Alliances françaises locales et à Rosso, au sein de la commune. Il s’agira de promouvoir les productions locales par web radio, en plus de la formation des formateurs.
Yéro Abdoulaye Sow a été choisi pour l’enquête de compilation sur les groupes Hip-hop existant dans les six régions et les résultats définitifs de ce travail, selon Monza, seront présentés lors de la finale prévue le 3 juin 2016. Le projet permet ainsi, dira-t-il en substance, de former des musiciens professionnels, de créer des tremplins dans les régions avec 2 à 3 points focaux, de former les jeunes sur l’utilisation du matériel. Cette formation a été assurée par des Mauritaniens et dans une seconde phase, des professionnels étrangers seront conviés pour compléter la formation et apporter leur savoir-faire.
Le directeur de l’IFM est revenu quant à lui sur la mission de son institution qui est d’accompagner la structuration de l’offre culturelle en Mauritanie, déclarant sa satisfaction de travailler avec «Assalamalekum ». Selon lui, l’IFM grâce à son maillage territorial et ses Alliances françaises lui permet d’aider et d’appuyer la jeunesse mauritanienne dans son épanouissement intellectuel et culturel. Selon lui, il y a la culture Hip-hop qui permet aux jeunes de s’exprimer sur toutes les formes, précisant que les jeunes représentent les deux tiers de la population mauritanienne et qu’ils ont des messages à transmettre et souhaitent participer eux aussi à l’action nationale.
Pour le Délégué général des AFM de Paris, les alliances françaises en Mauritanie essayent de jouer leur rôle de centre culturel, soulignant que «Assakamalekum permet de porter la culture urbaine à l’intérieur du pays et qu’il offre aux jeunes marginalisés de ces régions l’occasion de profiter des opportunités culturelles dont ne jouissaient jusque-là que les jeunes de Nouakchott ». Ainsi, il trouve que le travail mené par Monza offre des perspectives aux artistes des régions dans la production, dans leur propre espace culturel, de leurs œuvres sans être obligés de venir jusqu’à Nouakchott.
Pour sa part, la représentante du PESCC a vite évoqué le programme de coopération qui lie la Mauritanie et l’Union européenne depuis septembre 2012, programme qui arrive selon elle à termes, puisque s’achevant cette année 2016. L’appel à proposition dans le cadre de ce programme a été lancé selon en 2015 et que 8 contrats culturels ont été signés avec les associations, eu égard aux rigueurs des procédures. «Tout cela est destiné cependant à renforcer les capacités des associations mauritaniennes pour leur permettre d’acquérir la rigueur nécessaire qui leur permettra de remporter d’autres appels d’offres venant de partenaires internationaux ». Il s’agira en fin d’aboutir à la professionnalisation des jeunes et renforcer le rôle de la culture dans le développement de la Mauritanie.
Par la suite, Yéro Sow a parlé de son expérience difficile en régions, de la soif des jeunes à s’améliorer et à produire leurs œuvres. Les différents intervenants se sont par la suite prêtés aux questions-réponses des journalistes.


«On peut interdire Tawassoul, mais pas ses idées»

confpress Tawassoul

Dans le siège flambant neuf de son parti, sur la route de la mairie du Ksar, le président Mohamed Jemil Mansour du parti Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul), d’obédience islamiste, est revenu sur les principaux thèmes à l’ordre du jour, notamment le discours du président Mohamed Abdel Aziz le 3 mai dernier à Néma et les sorties intempestives de ses partisans, en particulier l’un des chargés de mission de la présidence de la République qui a miroité en l’air la dissolution de sa formation politique. «On ne tue pas une idée portée pendant des décennies par des hommes et des femmes déterminées » a-t-il répondu.

La salle de conférence du parti Tawassoul, sis au Ksar, avait refusé du monde hier, mercredi 11 mai 2016. Entouré de quelques uns de ses collaborateurs, le timonier du parti Rassemblement national pour la réforme et le développement, Mohamed Jemil Mansour, a d’emblée tracé les grandes lignes de son intervention, face à un parterre de journalistes dont certains travaillant pour des chaînes étrangères. «En tant que parti, nous avons convoqué cette conférence de presse pour donner notre avis sur les questions de l’actualité chaude, notamment la crise multiforme que vit aujourd’hui la Mauritanie, mais aussi les contradictions présidentielle et les tentatives menées actuellement pour recadrer son malheureux discours de Néma ». Il considère que le discours politique et les échanges entre acteurs de la scène nationale doivent rester dans  les limites du respect et de la responsabilité, soulignant que chacun «doit assumer ses paroles et ses actes ou à défaut avoir assez de courage pour reconnaître ses erreurs et demander pardon à qui de droit ». Un discours clair, dira-t-il en substance, n’a pas besoin de campagne de clarification et d’explication.
«Nous à Tawassoul nous mesurons nos mots et nos actes, puis nous prenons entière responsabilité de ce que nous avons dit ou posé comme action » a-t-il ajouté
Pour le président en fin de mandat du parti islamiste Tawassoul, Jemil Ould Mansour, deux camps coexistent sur la scène nationale, celui des démocrates, soucieux du fonctionnement des institutions de la République, respectueux de la diversité du pays et attaché à l’unité de son peuple et à sa cohésion, et celui des partisans du pouvoir, qui se battent pour maintenir le statu quo, qui pillent les ressources, sèment la corruption et la gabegie. Dans cette situation de dichotomie, le parti Tawassoul par la voix de son président déclare ainsi vouloir clarifier sa position et se déclare adepte du camp des réformateurs et des bâtisseurs.

Une crise multiforme
Pour Ould Mansour, le discours du président à Néma est plein d’insultes, précisant que jamais des insultes n’ont été aussi équitablement distribuées, car elles n’ont épargné selon lui, ni les Harratines, ni les femmes et encore moins l’opposition. Selon lui, la situation générale du pays est marquée par une crise multiforme, économique, sociale et politique. «La hausse intempestive des prix et le niveau élevé de la vie écrase les faibles et n’épargne maintenant plus les nantis » a-t-il fait remarqué, soulignant qu’à ce rythme, «personne n’écoute plus les chiffres, surtout s’ils n’impactent pas directement dans la vie quotidienne ». D’ailleurs, précisera-t-il, «nous avons de mauvais souvenirs avec les chiffres », faisant allusion aux «faux chiffres de la Mauritanie dénoncés par le FMI dans les dernières années de règne de Ould Taya. «Ces manipulateurs sont toujours présents avec autant de force dans les postes de commandement » dira-t-il.
Mohamed Jemil Mansour a également relevé les «engagements non tenus du pouvoir », citant les réalisations jamais achevées et éternellement inaugurées, dans le domaine des routes, des industries, citant notamment la fameuse mosquée à 15.000 places qui devait voir jour avant les législatives de 2013. «Le pouvoir actuel est empêtré dans la mauvaise gestion et l’incurie » notera-t-il. «Il se lamente aujourd’hui sur la baisse du prix des minerais, dont le fer, alors qu’il avait manqué de vision et de prévisions durant la période des vaches grasses lorsque le prix de ces minerais avaient atteint des sommets insoupçonnés »a-t-il noté. Il a aussi évoqué l’état-civil qui a créé des milliers d’apatrides notamment au sein des rapatriés du Sénégal et de la diaspora mauritanienne à l’étranger. Le problème de l’enrôlement et de l’esclavage constituent pour Mohamed Jemil Mansour les deux plus grands fléaux que le pouvoir actuel a planté sur le dos de l’unité nationale et de la cohésion sociale, soulignant que l’absence d’égalité et d’équité entre les citoyens du pays est le plus grand danger qui peut le menacer. Selon lui, une nation qui laisse en rade une composante de sa population est vouée à l’implosion, trouvant que les victimes des séquelles de l’esclavage, les Harratines en l’occurrence, doivent bénéficier d’une politique de discrimination positive pour rattraper leur retard historique. Mohamed Jemil Mansour trouve que dans un Etat de droit qui se respecte tous les citoyens sont traités d’une façon égale nonobstant leur appartenance et leur couleur. «En cela, l’Islam offre un modèle parfait de cohésion sociale et d’unité nationale » a-t-il martelé.

On ne touche pas à la Constitution
Abordant la Constitution et ce que le président en a dit à Néma, puis ses partisans par la suite, Mohamed Jemil Mansour juge que les Mauritaniens sont toujours dans l’expectative tant le discours à ce niveau reste flou, ambigu et indécis. A ce propos, il a cité le président du parti UPR (Union Pour la République, parti au pouvoir) qui, interpellé à propos des articles de la Constitution qu’ils veulent modifier, a répondu qu’ils ne les ont pas encore déterminés. Ou encore le porte-parole du gouvernement pour qui le président donnera une répons à ce propos en  2019, c’est-à-dire vers la fin de son mandat.
«A Tawassoul et au FNDU, le jeu du pouvoir par rapport à la Constitution reste imprécis, plein d’allusions et de sous-entendus »  a affirmé Mohamed Jemil Mansour qui a mal jugé l’attitude du président Mohamed Abdel Aziz à Néma lorsqu’il exprima son satisfecit par rapport à la sortie antérieure de ses ministres sur le 3ème mandat, allant jusqu’à prendre comme citation  les propos de son ministre de la Justice, qui avaient soulevé pourtant un tollé d’indignation sur la scène politique. «A notre niveau, nous disons qu’il n’est pas question de toucher à la Constitution » a déclaré Ould Mansour.

Dialogue politique
Par rapport au dialogue politique, il trouve que Mohamed Abdel Aziz en a déjà fixé la date, dans trois à quatre semaines, défini le contenu, fixé les participants (ceux qui le souhaitent) et dégagé le résultat, à savoir un référendum constitutionnel. «Comment voulez-vous que l’on participe à un dialogue préalablement plié, dans sa date, son contenu, ses participants et ses conclusions » a-t-il ajouté. Pour Mohamed Jemil Mansour, cette attitude ne fait que donner raison davantage au FNDU qui refuse d’aller à un tel dialogue et exige des préalables de nature à rétablir la confiance. Il trouve d’ailleurs incongru qu’aux insultes de Mohamed Abdel Aziz à Néma, auxquels se sont ajoutées les insultes de ses partisans lors de leurs multiples sorties télévisées, le pouvoir ait encore le culot de les traiter en partenaires à un dialogue politique.
Sur les allusions de dissolution du parti Tawassoul, diabolisé par le président Mohamed Abdel Aziz qui les accuse d’importer des idées de l’extérieur et vilipendé par son chargé de mission Ould Ahmed Damou lors d’une sortie télévisée, Ould Mansour  souligne que Tawassoul est une idée et une idéologie avant d’être un parti politique. «Un groupe de femmes et d’hommes est porteur d’une flamme et d’un programme de société auquel adhèrent aujourd’hui des milliers de Mauritaniens et nous continuerons à exister quel que soit le cadre dans lequel nous  évoluerons » a-t-il déclaré.


Visite présidentielle à Néma : Tribus et courants politiques en ordre de… bétail

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Vingt-quatre heures avant l’arrivée du président Mohamed Abdel Aziz, attendu le 3 mai 2016 à Néma, c’est l’effervescence des joutes politiques. Tribus et clans adverses se livrent une guerre de positionnement. Toute la panoplie communicationnelle est ainsi déployée dans la fièvre des grands rendez-vous. Objectif, taper dans l’œil du président et démontrer sa fidélité, réelle ou feinte, à travers la mobilisation, même si c’est en ordre de…bétail !

Néma n’a pas réellement changé en deux décennies. Le décor est le même, celui d’une cité antique qui tente de se moderniser à petits pas. C’est toujours cet entassement de pierrailles à l’ombre de la ceinture montagneuse. Toujours cette antique muraille géante à tunique ocre qui veille sur l’architecture plate d’une ville qui commence à donner peu à peu place aux couleurs.
Certes, quelques bretelles goudronnées ont été rajoutées ici et là, mais Néma reste une cité rébarbative à tout progrès.
A la veille de la visite présidentielle, l’afflux des cadres ressortissants du Hodh Charghi et d’autres venus d’autres régions pour squatter une portion de visibilité  bat son plein. Le contraste reste cependant saisissant entre ces processions de bolides derniers cris, dominés par un flot de V8 rutilants, et  la misère du décor ambiant, fait de maisons en banco à la couleur neutre, et un circuit goudronné réduit à sa plus simple expression.  Ce qui donne lieu à des embouteillages monstre et un parc roulant dix fois plus important que la capacité d’accueil au niveau local. A ce rythme, les équipes du Groupement de la Routière dépêchés sur place depuis Nouakchott, se trouvent débordés pour réguler une circulation aussi infernale que la chape de plomb thermique qui s’abat sur Néma, où le thermomètre affiche allègrement ses 45 à 50° de chaleur à l’ombre.
Mais la chaleur des empoignades reste encore plus élevée sur le plan politique. Deux clans s’affrontent sur le terrain, les partisans du Premier ministre Yahya Hademine et ceux du ministre Secrétaire général de la présidence de la République, Moulaye Mohamed Laghdaf. Entre les deux, d’autres forces tentent de se rendre visibles, notamment les Ehel Taleb Mokhtar, agglutinés autour de leurs cadres, l’ambassadeur Mohamed Lemine Ould Aboye et Dieh Ould Sidaty, entre autres. D’autres courants qui s’estiment lésés dans leurs prérogatives boudent presque toute cette campagne fiévreuse, notamment les Chorfas de Néma considérés comme les véritables fondateurs de la ville. Dans cette empoignade, d’autres tribus tentent d’émerger, en particulier les Kounta et les Joumane.
Au centre-ville, l’ex-maison de Hamada Derwich ne désemplit pas. C’est ici où beaucoup de cadres venus de Nouakchott ont déposé leurs baluchons.
Ehel Ghadde, qui semble désormais disposer de l’exclusivité des accueils présidentiels, s’active sur le terrain de football de Néma, un grand espace vide, sans clôture et sans gradin. L’estrade lumineuse prend peu à peu forme, sous l’œil vigilant du Wali du Hodh Charghi, Mohamed  Ould Belamech, le visage à demi masqué par un turban à demi teint.
Et l’usine de lait dans tout ça, cette bâtisse bleue dont l’inauguration constitue l’un des points essentiels de la visite du président Mohamed Abdel Aziz ? C’est le flou total sur cette unité qui constitue l’un des maillons les plus importants du projet «Progrès Lait » financé à coups de milliards d’ouguiyas dans un partenariat à moitié financé par l’Union européenne, entre la Mauritanie et le Sénégal. Jusqu’à la veille de la visite présidentielle, les interrogations persistaient encore sur cette usine. Le président va-t-il l’inaugurer ou pas ? Même la ministre de l’Elevage et son équipe semblaient encore indécis et gênés à quelques heures de l’arrivée du président de la République, car en toute apparence, tout ne serait pas encore au top. Des insuffisances techniques seraient évoquées, ce qui pourrait coûter à la ministre et à son staff leur poste, de l’avis de plusieurs observateurs.