Salma

Au nom de la beauté

Pose d'ongle
Pose d’ongle

Hum les femmes hein, oui encore elles, j’en suis une, mais faut dire que je ne suis sûrement pas comme les autres. Normal, moi c’est moi et elles c’est elles.

Je suis d’accord que le monde actuel impose un rythme de vie infernal où la vitesse est au menu et surtout où le paraitre compte. Oui la croyance populaire veut que l’on donne tous les honneurs à celui qui est sapé et que celui qui adopte le style simple ou décontracté ne reçoit pas les mêmes honneurs et services. Tenez, c’est parce que les escrocs s’en sont rendu compte qu’ils portent des smokings de classe, des montres et des parfums de marque pour tromper leurs victimes, ne dit-on pas que « c’est le paraitre qui compte » ?

Depuis quelques années, le paraitre est la préoccupation majeure de nos dames. Et oui ! Je m’en suis rendu compte l’autre jour en me rendant au marché de Mobil Nkwen ici à Bamenda. Les « Bayam sellam » qui me servaient avaient un make up, une coiffure et une manucure et pédicure impeccables. Il faut cependant signaler que côté bling bling et paraitre, les populations de la partie anglophones dament le point aux francophones. Je pense qu’une femme anglophone se maquille avant de se coucher ou alors elle a toujours ses accessoires au chevet de son lit. Peu importe l’heure à laquelle vous arrivez chez une femme anglophone, son make up sera toujours au rendez-vous quand elle vous ouvrira la porte.

Bon je m’écarte de mon sujet. Je disais que loin des idées du paraitre ou alors de la tendance des femmes d’un certain âge, qui ne « veulent pas se laisser faire par le temps », ou encore des femmes mariées qui paniquent à la vue des jeunes vacancières ou étudiantes qui inondent la ville de Bamenda et deviennent un danger pour la tranquillité de leur foyer tellement elles sont sexy, belles et extravagantes (de vraies croqueuses d’hommes), les femmes se font une véritable fixation sur leur beauté. Elles sont devenues de véritables accros du prix de la beauté.

Un petit tour dans divers coins que fréquentent les femmes pour prendre soin d’elles m’a fait confirmer l’idée selon laquelle « la beauté à un prix » et même celui de la mort, je vous dis pourquoi.

Les faux cils

On retrouve les spécialistes en la matière dans tous les coins de rue de la ville surtout dans les marchés de Nkwen, Commercial Avenue, Food Market et autres qui ont de grands hangars emménagés à cet effet. Quand vous vous y rendez, elles vous interpellent de manière flatteuse. Une fois assise, on vous flatte encore là c’est la mise en condition pour faire passer la pilule souvent amère du montant que vous allez devoir débourser pour avoir vos faux cils. Il faut débourser de 2 000 f à 3 500 f pour une pose, le prix dépend de la longueur des cils. Pour celles qui aimeraient s’identifier à Niki Minaj question longueur et extravagance dans les couleurs, cela a aussi un prix bien différent. Une fois que vous vous êtes décidé, elle s’arme d’un paquet de cils qu’elle ouvre, retire quelques touffes qu’elle dispose sur la main gauche, un peu plus loin elle verse un peu de colle, se rapproche et prend votre œil en main. Le risque ici est que cette colle noire pour faire adhérer le faux cil, n’est en fait qu’une colle destinée à la pose des extensions capillaires. En plus, quand elle rate, elle se voit obligée de rajouter de la colle et là, bienvenue les tracas : les yeux de la cliente deviennent rouges car ils ont pris une quantité de cette colle, les larmes ne sont pas loin, en plus faut qu’elle prenne une pince, maltraite vos cils pour qu’ils paraissent droits et enfin fait assécher votre cornée en maintenant votre paupière grande ouverte le temps que cela sèche. C’est quoi ça ?

Les faux ongles

C’est le must de la tendance chez les femmes aussi. Ce n’est pas les innovations qui manquent de ce côté. Pose américaine, française, la « Niki Minaj », etc. C’est un vrai dictionnaire. Toujours dans le même sillage des flatteries, faut savoir que la pose d’ongles artificiels coûte de 1 000 f à 10 000 F Cfa. Quand vous vous asseyez, vous choisissez la coupe, les couleurs, la longueur des ongles et l’esthéticienne peut commencer. D’abord le matériel n’est pas souvent stérilisé donc vous devez compter sur votre chance pour espérer que la cliente qui vous a précédée n’avait pas des mycoses ou le VIH. Elle a parfois tout le matériel nécessaire mais manque la dextérité qui va avec et il n’est pas rare qu’elle vous blesse. Pas de panique, elle pourra rattraper le coup en traitant votre plaie oui mais avec de l’acétone qui désormais a le même rôle que l’alcool dans ces lieux. En plus, parait qu’ici à Bamenda la « bonne colle pour les ongles » se fait rare, mais ce n’est pas grave elles ont trouvé autre chose : les colles pour autres matériaux telles que le Super Glue ou encore l’Altéca 110. Résultat, il n’est pas rare de vous retrouver avec des ongles abîmés et devenus des cibles pour les mycoses et diverses infections de l’ongle.

Le défrisage

Ma dernière découverte en la matière est qu’une grande partie des femmes a rejoint le mouvement du moins cher dans les marchés de Bamenda. Bon nombre d’entre elles se plaignent des nombreux désagréments qu’elles ont eu avec les crèmes défrisantes de marque et même celles jugées miracles que l’on conseille dans diverses parfumeries. « J’ai déjà essayé tous les défrisants et cela ne donnait rien, il arrivait que je me brûle sans que mes cheveux ne cuisent. J’ai trouvé la nouvelle méthode ça marche et c’est moins cher ». Moins cher oui mais à quel prix ? Je me demande. Les femmes qui ne trouvent plus satisfaction auprès des défrisants modernes ont trouvé une solution. Désormais des marchands se promènent avec des seaux qui contiennent des défrisants de fabrication locale. A 500 f le défrisage, quelle que soit la résistance de vos cheveux, ils succomberont sous l’effet de ce défrisant. Composé d’un mélange de détergent en poudre et de produits chimiques dont seuls les fabricants connaissent le nom et les quantités, le défrisant local cuit votre cheveu et parfois votre peau, mais ce n’est pas grave, l’essentiel c’est le résultat.

Avec ça, il n’est pas rare de se retrouver avec une perte de cheveux aiguë, le mal de nerf, etc. Peu importe les effets secondaires, les femmes adhèrent et ce n’est pas cher. Des teintures de cheveux fabriquées à l’aide de pâtes dentifrices ou  de feuilles, de sel gemme et des produits chimiques dont les dosages sont approximatifs. Des tatouages que l’on fait n’importe où, avec n’importe quel matériel et n’importe comment font des victimes tous les jours qui se retrouvent aux urgences dans  les hôpitaux. Des vendeurs de produits cosmétiques devenus de vrais chimistes qui conseillent et mélangent des laits corporels avec tout ce qui leur passe sous la main. Résultat à peine 20 % des femmes ici à Bamenda ont encore un teint naturel. Pour les autres, il faut compter celles qui, à elles seules sont un drapeau à la vue de la couleur de leur peau, celles qui ne sont pas musulmanes ou nées en en Russie, mais sont obligées de se couvrir tout le corps. Tel des vampires, elles fuient désormais le soleil. Et la liste est bien longue. De telles pratiques restent encore favorables à la propagation du VIH et diverses infections qui pourtant, pourraient être évitées avec juste un peu d’hygiène et de contrôle. Parlant de contrôle, je me demande qui devrait contrôler de tels domaines ?


Ma Miss Cameroun à moi

Ankara & GeleC’est devenu un rendez-vous annuel pour nous d’attendre devant nos petits écrans qui sera élu « la fille la plus belle du Cameroun ». Mais depuis deux ou trois ans, c’est devenu un vrai sujet de débat pour les Camerounais qui, pour la plupart ne sont pas d’accord.

Oui j’aimerais bien être patriote, mais pas quand cela va en dehors de la morale. Je ne pense pas qu’il faut supporter une « femen », une prostituée, un assassin seulement parce qu’il est camerounais et que c’est le « patriotisme ». Non ! Je refuse. Bon je disais que chaque année nous assistons à la transmission en direct du Palais des Congrès de Yaoundé pour élire la Miss Cameroun. Bien avant, une sélection a lieu dans les dix régions du pays et les votes du public servent d’unité de mesure pour choisir celles qui défileront pour la sélection finale devant un jury.

Non pas que je dise que celles qui deviennent Miss ne sont pas belles, mais pour une« Miss du Cameroun » je pense que l’on s’éloigne de nos réalités. Je vous assure qu’il y a de la nourriture dans mon pays, si vous pensez que je mens, demandez aux touristes et à tous ces pays qui vivent aux dépens de nos cultures. Il y a de la nourriture et par conséquent nous ne connaissons pas, sinon très peu les régimes alimentaires. Ces jeunes filles doivent vraiment être fortes pour résister à tous ces mets délicieux que présentent nos régions. Des jeunes filles sveltes, d’un poids contrôlé, d’une silhouette sélectionnée représentent alors une minorité de Camerounaises.

Je ne sais pas quel est le critère de sélection pour les élues, mais je pense que chaque pays devrait avoir une Miss avec des particularités qui renvoie à son pays d’origine. Dans ce cas une Miss chinoise par exemple, serait de courte taille et forte en arts martiaux. Ce genre de critères de beauté que l’on sait propres à un pays. Je me demande si les organisateurs de ces élections veulent que toutes les filles se ressemblent ou c’est juste par souci d’économie de tissu qu’ils veulent qu’elles aient la même corpulence. On devrait revoir ce concept.

Il ne faut pas chercher trop longtemps pour savoir qu’un miss Cameroun doit être à l’image de notre carte géographique. Avez-vous déjà bien observé cette carte ? Je ne pense pas, sinon vous saurez que la majorité des Camerounaises, sont à l’image de leur carte géographique. Si je parle d’une femme et bien la description de la carte de mon pays le Cameroun présente une femme avec une forte poitrine et cambrée, c’est-à-dire une femme bien en chair surtout pas mince (cela n’est le propre que des femmes issues de certaines régions du pays). Hé oui, une Miss Cameroun devrait avoir comme on le dit chez nous « le devant et le derrière » entendez par là une forte poitrine ou alors le postérieur rebondi. Si elle n’a pas tous ces critères, elle devrait au moins avoir l’un deux. C’est ainsi que devrait être ma Miss Cameroun. Sinon qu’est ce qui la rend différente de Miss Gabon, Congo, RCA ? Surtout ne me dites pas qu’elles ne sont pas belles, car il m’en faudra très peu pour vous prouver le contraire.

Mais hélas c’est bien le contraire que je vois chaque année lors de l’élection.Pourquoi organiser un concours de Miss si elle ne reflète pas son pays. Il est vrai le concept de nous vient de l’Occident . Toujours est-il que nous ne devons pas copier sans y apporter notre touche personnelle. Les femmes africaines et les femmes camerounaises en particulier ne sont pas des adeptes des régimes, d’ailleurs combien sont à l’image de ces « représentantes ». Nous sommes des Africaines avec nos rondeurs, nos  cheveux crépus, nos pagnes et boubous, nos foulards noués avec la dextérité que nous seules nous avons.

Alors, élection Miss je veux bien, mais va falloir revoir les critères l’année prochaine !

 

Source: Google

Source: Google

 


Alerte au virus Ebola : les bouchers de Bamenda paniquent

viande de porc
viande de porc

Bamenda comme les autres régions du Cameroun n’a plus le sommeil tranquille. Depuis l’annonce il y a une semaine d’une personne infectée au Nigeria, les Camerounais paniquent, les bouchers surtout.

Info ou intox, on  signale un cas à l’hôpital la Quintinie de Douala. Nous n’avons pas encore fini avec la secte Boko Haram et le choléra dans le Septentrion que voici le virus Ebola. Loin de l’image que je me fais de ce film qui traitait du sujet et mettait en scène Morgan Freeman impliqué dans la lutte acharnée contre ce virus,  je me rends compte que le film reste le film et qu’il va désormais falloir faire face à la réalité.

Les moyens d’y faire face sont maigres. Quand je me rends compte que parmi les mesures de prévention l’hygiène reste la pièce maîtresse, je me demande s’il est possible de se laver les mains autant de fois qu’il est recommandé quand les coupures d’eau sont devenues courantes chez nous. Quand on parle de se rendre dans les différents centres de santé les plus proches une fois que l’on suspecte un cas, c’est encore un autre combat. Les formations sanitaires et le personnel qualifié dans les villages ne sont pas si proches que ça et le chemin pour y parvenir est long, cahoteux, les moyens de transport sont rares dans certaines régions et avec le nouveau prix du carburant, c’est cher.

Dans la croyance populaire ici à Bamenda, un message massivement distribué, a fait du « Mbita Kola » un moyen de prévenir l’infection. Sur le net, c’est l’oignon qui l’est. Alors les vendeurs de Mbita Kola se réjouissent. « C’est devenu rare et cher » disent-ils pour vendre cette potion magique à notre portée à un prix élevé. Il y a ceux qui se frottent les mains et ceux qui à contrario vont devoir songer à changer d’activité ou à casser les prix.

Les bouchers sont de ceux-là. Tout comme l’épidémie de grippe aviaire avait rendu le poulet et tous les produits dérivés moins chers, le virus Ebola va mettre bon nombre de bouchers au chômage. Le même message qui a été distribué massivement sur les précautions à prendre parle aussi d’éviter de consommer les viandes de brousse, de chauve-souris (je ne savais pas qu’on en consommait), de singe, de chimpanzé, de porcs, bref d’éviter de consommer toutes les viandes et surtout d’aspect suspect. En particulier du gibier trouvé mort dans la brousse ou ailleurs.

Le prix de la viande de porc en baisse

Pour ce qui est de la viande de brousse, de chauve-souris, de singe, de chimpanzé, ce sont les restaurants spécialisés en la matière qui auront des soucis. Ce week-end, j’ai pu constater que le prix de la viande porc est passé de 2 700 F Cfa à 2 500 voire 2 400 F. Déjà 300 F de moins, je ne pense pas que la descente d’une équipe de contrôle du prix du ministère du Commerce aurait réussi à leur faire baisser les prix de cette viande. Les clients sont au courant et ils boudent. Les bouchers vendent à peine 5 kg de viande de porc par jour. Résultat ils sont obligés de faire de petites commandes pour être sûrs d’écouler tout le gigot. Ils ne le font pas sans plainte « si cela continue faudra rentrer au village parce qu’on ne s’en sort plus, je suis obligé de rapporter de la viande chaque jour dans la chambre froide. Je ne vends pas, mais je dois payer la conservation et si la viande dure, elle perd sa fraîcheur et il faudra jeter ». Je ne suis pas sûre qu’il peut jeter cette viande et c’est là tout le problème avec les bouchers, quand ils se rendent compte que la viande n’est plus fraîche, il la fume ou la sèche pour la vendre sous une nouvelle forme. Pour eux, pas question de perdre cet investissement même si cela est devenu un poison pour le client. S’il y a une autre chose qui plaît avec cette période, c’est que les clients reçoivent des morceaux de viande porc en guise de cadeau de la part des bouchers qui, ainsi, les invitent de manière masquée à revenir.

Une autre inquiétude avec la viande de porc est que si c’est par elle que doit passer le virus Ebola, et bien je pense qu’il y aura beaucoup de victimes. Le porc est l’une des viandes les plus consommées au Cameroun. Qu’il soit braisé, bouilli ou fumé, dans la plupart de nos manifestations (mariage, cérémonie de Dote, baptême, deuil, funérailles, etc.) on mange cette viande. Certes, il y a des précautions à prendre oui, mais va-t-il falloir songer à trouver un palliatif ? « Parce qu’une cérémonie de dot par exemple sans porc n’est pas une cérémonie » dixit un ressortissant de la tribu beti.


Une histoire de « Para »

Paracétamol
Paracétamol

 

C’est bizarre comme l’on peut se rendre compte qu’il n’y a pas beaucoup de choses qui changent. Cela concerne surtout les tares dans notre société.

Une discussion entamée avec des lycéens me je replonge dans mes années passées au lycée et surtout une situation répétitive qui était devenue pénible à la fin. Il n’était pas rare de voir les établissements se vanter d’avoir les meilleurs équipements. A l’approche de la rentrée scolaire, les dirigeants et promoteurs des établissements faisaient un véritable défilé sur nos petits écrans. On connaissait les arguments de leurs discours pour attirer le maximum d’élèves dans leur enceinte. « Nous avons le meilleur établissement de la capitale, du pays, du continent. Nous sommes internationaux, nos élèves ont les meilleurs résultats aux différents examens » . Propos mensongers parfois ! ils les tiennent en oubliant que c’est la première cuvée qu’ils sont en train de recruter ! Ils poursuivent « nous avons les meilleurs professeurs, des salles de classe aérées qui accueillent un maximum de 50 élèves par classe (un autre mensonge l’établissement scolaire public au Cameroun qui n’a pas trop d’élèves en compte 80 par classe, et même là je ne suis pas capable de vous donner un nom). Pour les classes d’examens, c’est le poulailler.

Bien sûr je vous épargne des frais de scolarité accessibles à tous pour tant de confort ? C’est un rêve.  Maintenant la tendance veut que l’on ait une salle d’informatique munie de vieux ordinateurs dont à peine 2 sur 20 installés dans la salle fonctionnent. De vieilles machines devenues des ornements pour appâter les parents, il vous suffit de vous rapprocher pour voir l’inscription « Pentium –4 ». Oui vous avez bien lu je préfère ajouter le signe – par ce que ces machines ne sont plus d’actualité et en plus elles sont plus utiles à l’hébergement des virus qu’à la connexion Internet.

Mais ce qui devrait attirer l’attention des parents, et je le dis en connaissance de cause, devrait être l’infirmerie. Nos établissements et leurs infirmeries c’est une autre histoire. Elles sont équipées très rarement de lits sinon de matelas installés à même le sol et dont l’état vous donne des sensations de démangeaisons. Autres éléments classiques une table et deux chaises dont l’une, installée derrière la table, appartient à la maîtresse des lieux. Très souvent, c’est une infirmière d’âge mûr, qui une fois qu’elle est assise est plus motivée à causer qu’à recevoir un élève malade. Dans les tiroirs de cette table quelques médicaments incontournables, très souvent périmés ou mal conservés, qui sont devenus des remèdes miracles qui peuvent guérir tout. Le plus célèbre le paracétamol, communément appelé « Para », celui que tous les élèves détestent. Vous avez les maux de tête ? Une solution le Paracétamol.  Vous souffrez d’hémorroïdes, de diarrhée, de mal de ventre, de fracture ? Pas de souci le  « Para »  est là, le médicament miracle qui soigne tous vos bobos.

En cas de blessure, si vous êtes chanceux, on pourra nettoyer votre plaie avec de l’alcool, du coton ou un bout de compresse. Ne comptez surtout pas sur l’infirmière pour toujours vous faire un bandage avec du sparadrap, parfois elle se débrouille avec du scotch et réjouissez-vous, car elle aurait pu laisser votre blessure à la merci des mouches.

Sérieusement cette histoire d’infirmerie dans les établissements c’est tout sauf une infirmerie. On vous donne tellement de paracétamol que votre corps devient résistant et vous vous retrouvez avec des allergies.  Votre organisme consomme tellement ces comprimés blancs que rien qu’à sa vue, votre gorge s’assèche et en imaginant que vous allez encore boire ça, Non merci vous êtes guéri. D’ailleurs en demandant, vous vous rendrez compte que seuls les élèves du primaire et des classes de 6e et 5e le prennent comme un médicament. Ceux des autres classes, pour qui désormais c’est une corvée,  se contentent de boire le verre d’eau qu’on leur sert accompagné de deux ou trois comprimés de paracétamol . Si c’est du « Para », « non merci »,  ils le prennent mais ne l’avalent pas. Si vous vérifiez bien, ces médicaments finissent cachés sous les matelas, dans les poches de leurs uniformes et sacs ou encore dans les toilettes et sous les fenêtres des infirmeries.

Les infirmeries, je pense que cela devrait être le  critère primordial pour choisir un établissement, car comment penser que votre enfant, s’il lui arrivait quelque chose à l’école, ne pourrait pas avoir aux premiers soins.  C’est un suicide ! Alors, Oui aux infirmeries, Non au paracétamol comme seul traitement au sein des établissements.

 


Miser sur la jeunesse pour l’émergence en 2035 au Cameroun.

Affiche UNFPA
Affiche UNFPA

À l’occasion de la journée mondiale de la population pour l’année 2014, la ville de Bamenda a été le théâtre des manifestations pour marquer cette journée dans notre pays.

Bamenda est la capitale de la région du Nord-ouest et comme toutes les capitales, elle se développe et attire de nombreux jeunes qui exercent des activités diverses surtout dans le secteur informel. Bamenda c’est aussi une jeunesse qui, pour la majorité est sans emploi et se retrouve dans des réseaux de « scamers » (arnaqueurs du net), avec des grossesses non désirées, mais aussi une jeunesse qui n’a pas du tout accès aux services de santé de qualité car le pouvoir d’achat est faible.  C’est sans doute tant de raison qui ont été favorable pour qu’elle soit choisie pour accueillir pour cette célébration sous le thème « investir dans la jeunesse pour un Cameroun émergent en 2035 ».

Défilants
Défilants

Pour l’occasion, de nombreuses autorités étaient présentes, parmi elles, le Gouverneur de la région Mr Adolphe Lélé L’Afrique, le Ministre de , la Représentante de l’UNFPA (United Nations Population Fund) Mme Barbara M. Sow, etc.

Défilé au Grand Stand de Bamenda de multiples associations telles que celle des personnes handicapées, celle des Droits de l’homme, des divers services publics impliqués dans la santé, le bien-être, le sport, toutes les couches y étaient représentées. C’est après avoir assisté à une foire organisée à cette occasion que j’ai pu poser quelques questions à  Mme Barbara M.Sow, Représentante de l’UNFPA.

Représentante UNFPA Mme Barbara M.Sow

Représentante UNFPA Mme Barbara M.Sow

Pourquoi avoir choisi de miser sur la jeunesse pour le thème de cette année sur la célébration de la journée mondiale de la population ?

C’est une décision prise sur le plan globale. Le discours du secrétaire des Nations Unies à cette occasion dit que « il y a 1,8 milliard de jeunes dans le monde » c’est une force énorme et positive. Cette force doit être mieux encadrée pour des actes et des résultats positifs pour tous les pays, toutes les sociétés et toutes les économies.

Lier la jeunesse à l’émergence pour le cas du Cameroun, qu’est ce que cela implique pour l’UNFPA ?

La chose la plus importante pour voir que la jeunesse contribue à l’émergence du Cameroun en 2035, c’est de s’assurer qu’elle est en bonne santé. Nous à UNFPA nous nous occupons des questions de santé, de l’accès pour les personnes les plus vulnérables surtout les jeunes filles et jeunes garçons. Pour nous ce qui est important pour atteindre cette émergence, est que les jeunes ne soient pas victimes de violence, que les jeunes filles soient à l’abri des mariages forcés, qu’elles peuvent se protéger contre les infections sexuellement transmissibles, qu’elles peuvent se marier quand elles veulent enfin, qu’elles puissent aller à l’école et poursuivre leurs études jusqu’au niveau qu’elles veulent.

Pourquoi avoir choisi la ville de Bamenda pour la célébration de cette journée mondiale  de la population 2014 au Cameroun ?

C’est un choix du gouvernement camerounais, nous l’avons soutenu parce que nous avons vu l’importance de l’éducation, du travail et du rôle de la société  et la présence des jeunes partout ici à Bamenda. La première fois que je me suis rendue à Bamenda, j’ai vu que les jeunes avaient une énergie débordante, il fallait faire qu’ils le reconnaissent et faire qu’ils soient vu comme des modèles pour les autres.

 

 

 

 


Au Cameroun les apprentis sorciers sont de retour !

source; google
source; google

C’était en 2008 et les lions indomptables devaient affronter les pharaons d’Egypte au stade Babayara de Kumasi et ont été battus par un score de 4 buts à 2. Otto Pfister et ses poulains avaient pris le chemin du retour avec toute la honte du monde. Ce jour là j’ai vraiment commencé à avoir peur des momies (les égyptiens). Le Cameroun était Out!

Il est vrai que pour nous les camerounais les mots défaite, perdants ne font pas partis de notre dictionnaire. Nous ne connaissons que la victoire. Avant leur retour, je ne sais combien de personnes sont devenues hypertendues, mais tout ce que je sais c’est que la pilule n’est pas passée et vous pouvez imaginez le genre de commentaires qu’il y avait dans le pays. Et nos têtes n’avaient pas fini de chauffer qu’on nous annonçait déjà que le prix du carburant allait augmenter dans les stations. C’était le genre de « jour de malchance » que l’on prévoit souvent dans son horoscope. Descentes dans la rue, grève des transports, fermeture des marchés et arrêt des activités. Les agents du Bureau d’intervention Rapide descendaient dans les villes pour le « retour au calme ». La grève des transporteurs était devenue générale et la colère montait. Il fallait que le président réagisse et il a réagi. J’avoue que depuis ce jour le mot « apprentis-sorciers » est définitivement entré dans mon langage.

Je dirais que l’histoire se répète cette année encore. On était tous excités de voir nos chers lions tenir tête à l’Allemagne lors des matchs amicaux avant le mondial au Brésil. Nous avions à nouveau confiance en notre équipe, car s’ils tenaient tête à l’Allemagne, ils pourraient tenir tête à n’importe qui. Résultat, les vendeurs de téléviseurs ont bien vendus les téléviseurs, Canal Plus a eu de nombreux nouveaux abonnés, notre seule inquiétude était le courant donc le message est passé « AES sonel ne doit pas blaguer avec nous et en plus bienvenue à Artis ».

Nos lions étaient redevenus « indomptables » et nous étions les rois du monde sinon d’Afrique. Discours d’assurance de la part du staff des Lions, cérémonie de remise du drapeau ratée car le capitaine n’a pas pris le drapeau que voulait lui remettre le premier ministre, ou peut-être il ne s’y attendait pas ? Départ reporté pour le Brésil car les Lions réclament leur prime, montant : 50 millions de Fcfa. J’avoue que jusqu’aujourd’hui je ne sais toujours pas comment on a fait pour les payer mais cela a été réglé, ils savaient sans doute où ils puiseraient pour rembourser.

Départ pour le Brésil, réunion de tête à tête avec le ministre des sports et tous ceux qui sont impliqués. Les personnes présentes ont trouvé cette réunion inutile. 3 rencontres 1 seul but marqué par Matip. Eto’o était  Out depuis la deuxième rencontre et il était question pour les autres de montrer qu’on pouvait combler ce vide, c’était raté. Les lions Indomptables ont plutôt brillé en transformant la rencontre en ring de boxe et de Kung Fu. Pour couronner le tout, le Brésil a tenu à nous raccompagner en beauté 4 buts en guise d’au revoir, fallait le voir.

Au retour, seuls 11 joueurs sont présents. Le Président veut des explications et c’est le premier ministre qui a un mois pour les lui donner. C’est vrai qu’il n’a pas encore digéré l’épisode du drapeau refusé mais je me demande ce que sa réponse va changer ?

Je me demandais bien où on allait prendre cet argent pour combler le vide laisser par les primes qu’on avait payé et j’ai la réponse. Nous ne souffrons pas assez des coupures d’eau et d’électricité qu’il a fallu que le prix du carburant grimpe dans les stations et aussi celui de la bouteille de gaz de 12,5kg. Si à Yaoundé le gaz coutait 6000 et qu’il va passer à 6500F maintenant, à Bamenda il y a belle lurette qu’il coute 7500f et plus. Résultat nous allons contribuer à combler le vide des caisses. Pour nous rassurer, les membres du ministère du commerce nous garantissent qu’ils feront des descentes pour veiller à ce que les prix ne grimpent pas, c’est une blague et nous y sommes habitués. désormais faudra débourser 1000f de plus pour se rendre à Yaoundé. Le trajet Bamenda- Yaoundé coûte désormais 6000 fcfa, le taximan n’accepte plus 100f pour une destination et ce n’est que le début.

Une grève illimitée des transporteurs était annoncée le 7 juillet et concernait tous les secteurs camionneurs, taximen et moto-taximen. Parmi les réclamations il était  aussi prévu « une colère de 72 heures » pour l’humiliation faite au peuple camerounais en Coupe du monde par la sélection de football. »  . S’il y avait vraiment eu grève je me serais attendu une fois de plus à un remake du 28 février 2008 et là je me serais attendue à ce que le Président s’adresse enfin, directement, aux apprentis-sorciers qui reviennent du Brésil.

 


Une vie sans emballages plastiques

emballage papier

Il y a des formes de colonisation dont on prend conscience seulement au moment où elles disparaissent. L’emballage plastique en fait partie. Avant que le gouvernement ne pense à interdire l’usage des emballages plastiques non biodégradables, je ne réalisais pas la place qu’ils tenaient dans ma vie. Je me souviens de ce documentaire qui parlait du même sujet dans un pays africain. Il parlait de l’interdiction du « Léda », qui signifie plastique en langue fufuldé utilisée dans la partie septentrionale du Cameroun. Quand on parlait de la fin de l’usage des emballages plastiques non biodégradables au Cameroun en avril 2014, je croyais cette date très lointaine, mais voilà nous y sommes et ce n’est pas le paradis.
Le gouvernement est-il conscient de ce qui se passe réellement dans nos vies désormais ? Ici à Bamenda, je dirais que cette décision est venue soulager les commerçants qui, ainsi, économisent l’argent qu’autrefois ils attribuaient à l’achat d’emballages. C’est avec un ton presque moqueur et assuré qu’ils vous disent: « Il n’y a pas les emballages plastiques ». Je suis parfois très remontée contre eux car je leur réponds que « on a interdit un type d’emballages plastiques, pourquoi vous n’achetez pas ce qui est recommandé ? » Et là toutes les raisons du monde sont données : « c’est rare » ; « on n’en trouve pas », « ce n’est pas encore arrivé ici et même à Yaoundé on dit qu’il y a pénurie », « c’est cher ». Cette  dernière raison est, je pense, la raison pour laquelle ils ne veulent pas acheter les nouveaux emballages plastiques : c’est cher. Oui, ne demandez pas à un commerçant qui achetait un paquet de 100 emballages à 100f, de débourser 300 à 500F pour le même nombre de plastiques juste parce que c’est « biodégradable ».


Bamenda est sans doute une ville plus propre sans plastiques non biodégradables, mais l’hygiène des populations de la ville est menacée. La plupart des aliments sont emballés dans du papier. Vous serez chanceux si on emballe votre marchandise avec du papier journal. Pour les plus malchanceux comme moi vous aurez le choix entre tenir vos achats en main ou les faire emballer avec du papier de ciment. Imaginez ce que cela donne une fois mélangée à la nourriture. Pas étonnant qu’on ait des maladies rares de nos jours. On vous sert de la viande, du poisson, du riz dans la main si vous n’avez pas d’emballage. Le weekend dernier, un jeune célibataire qui avait acheté des cacahuètes a du les mettre dans ses poches de pantalon. Je ne vous parle pas du Tapioca, du couscous, du haricot et tout ce que vous pouvez imaginer. Les fruits coupés en tranches sont exposés ainsi à la poussière, aux crachats, aux mouches, etc.

Emballages Plastiques
Emballages Plastiques

Une rencontre entre les fabricants d’emballages plastiques, les consommateurs et le gouvernement est urgente. On veut bien utiliser les emballages biodégradables mais on n’en voit pas ici à Bamenda. Il faut revoir la distribution de ces emballages dans les dix régions car ce n’est pas parce que les villes de Yaoundé et Douala sont approvisionnées que les 8 autres régions le sont aussi. Il faut également revoir le prix car la pilule a été amère pour moi lors de mon dernier voyage à Yaoundé quand j’ai constaté que l’emballage avec lequel on m’avait servi dans un magasin figurait sur ma facture et à quel prix ? (je préfère le taire).
Aux commerçants, ne vendez plus si vous ne pouvez pas emballer. Heureusement,  il existe encore des réseaux où l’on peut avoir les anciens emballages, ils nous aident beaucoup pour séparer nos aliments dans le réfrigérateur par exemple. Pour le couscous on nous propose de les emballer avec des feuilles de bananier, mais est ce qu’on voit même ces feuilles sur le marché ? C’est rare et samedi dernier au marché, une maman m’a griffé en arrachant un paquet de feuilles que j’avais en main en négociant le prix. Les seules personnes  qui se sont alignées sans rechigner sont les pharmaciens. C’est dans les pharmacies de Bamenda qu’il vous est possible d’avoir des emballages avec la mention «  biodégradable » et non facturés s’il vous plait. Au gouvernement, je demande le temps que cela prendra pour que cette interdiction touche les autres produits emballés avec du plastique ? Faudra s’attendre à une pénurie d’eau minérale, de gamelles, de bonbons, de biscuits, de récipients, de produits cosmétiques, de chaises, de tentes, de sac « Mbadjock » (sac en plastique pour faire les achats), cuillères, fourchettes et plats jetables, etc ….
Bref vous pouvez nous imposer toutes les pénuries que vous voulez mais de grâce avant de décider de rendre l’emballage du préservatif biodégradable, assurez-vous qu’ils soient disponibles à temps et partout, sinon nos efforts pour éliminer le VIH/Sida auraient été vains.


Je ne suis pas un membre de Boko Haram

congrès eucharistique du centenaire à Bamenda
Congrès eucharistique du centenaire à Bamenda

C’est vrai je vis à Bamenda, une ville proche du Nigeria à la frontière, mais aussi par le nombre important de la population de ce pays qui vit ici, c’est vrai aussi qu’avec tout ce monde on n’arrive plus à distinguer qui est qui. Oui vous pouvez dire que nous sommes aussi Nigérians, car colonisés pas leurs musiques, artistes, films et même Emmanuel TV. Il est aussi vrai que dans la population bororo qui s’est installée ici, il y a des noms musulmans semblables au mien. C’est d’ailleurs aussi vrai que je rêve parfois de faire partie de ce genre de groupe quand je constate toute la souffrance qu’il y a dans le quotidien des Camerounais. Mais bon, l’expression « Cameroun, pays de paix » me rend encore fière et j’abandonne cette idée.

Je ne comprends toujours pas pourquoi dans tous les conflits il faut violer, enlever, intimider les femmes. Oui toujours nous, le « sexe faible ». Pour atteindre un homme, on passe par sa femme et quand cela ne suffit pas on enlève aussi les enfants. Deux cents jeunes filles enlevées, comme ça. On dirait 200 bonbons ou biscuits qu’un individu pourrait soutirer et mettre dans sa poche, sa mallette ou que sais-je encore. Vous ne pouvez pas me dire qu’un groupe de 200 personnes peut disparaître ainsi ni vu ni connu, c’est quand même étrange. Si le pape François, Michelle Obama et de nombreuses stars ont tenu à prendre part à l’initiative « Bring back our Girls », il n’en demeure pas moins que ces jeunes filles ne sont toujours pas rentrées chez elles.

La phobie Boko Haram, je le pensais, n’existait qu’à Yaoundé, Bertoua et dans le Nord. Les évènements de ces derniers jours me font de plus en plus réaliser que cela va bien au-delà de ces trois régions que je viens de citer. Loin des blagues que j’entends au quotidien dans les marchés, les taxis et même dans la rue du genre « avec ta barbe comme les gens de Boko Haram là », ou « tes yeux là sont suspects je ne sais pas pourquoi la police cherche les gens de Boko Haram alors que tu leur ressembles ». Boko Haram nous pourrit la vie, et dire que ce chef pour enfoncer le couteau dans la plaie à créer une nouvelle série à la Jack Bauer où il enregistre les épisodes et les distribue un peu partout, c’est révoltant !

l'une des statue du Centenaire de l'évangélisation à Bamenda
L’une des statues du Centenaire de l’évangélisation à Bamenda

Bamenda est en pleine célébration du centenaire de l’évangélisation de l’archidiocèse, de 1913 à 2013, cela fait exactement 100 ans que les populations de la région du Nord-Ouest ont reçu la « Bonne nouvelle ». Au sein de l’Eglise catholique je vous laisse imaginer ce que cela comporte comme déploiement et organisation de la part de toutes les autorités du coin. Tout allait bien et je me disais bénie de célébrer ces 100 ans, j’aurais enfin l’occasion de voir une personnalité de Rome et pourquoi pas le pape (le rêve est permis et même que dans nos rêves on peut faire ce qu’on veut). Heureuse d’interviewer tel ou tel cardinal, telle ou telle Eminence, tel ou tel Monseigneur, autant de grâce à recevoir seulement en une semaine. La célébration du centenaire a commencé le 25 mai dernier et la grande cérémonie de clôture se déroulera le 29 mai, jour de la fête de l’Ascension.

Nous aurons la crème des invités en ce qui concerne l’Eglise catholique (j’aurais souhaité vous donner le nom de ces personnalités, mais si un membre de Boko Haram me lit, leurs vies sont en danger). Il a fallu que ce groupe s’invite dans notre pays pour que le tourisme baisse, pour que le Cameroun devienne une destination à risque dans les ambassades. Il a fallu que ce groupe pense à enlever les Chinois, nos compatriotes, trois religieux, 200 jeunes filles, il a fallu il a fallu …

On ne sait toujours pas où se trouvent les trois religieux et même le Saint- Père a dû nous écrire pour dire qu’il espérait un dénouement heureux et rapide de cette situation. Pauvres religieux chrétiens au milieu d’un groupe musulman ? Je pense que dans cette situation Dieu qu’il soit Allah dans un camp et Dieu dans l’autre, est sans doute le seul qui sait comment finira cette histoire. Mon rêve a été brisé et après le briefing avec les journalistes et bien il n’y aura plus d’interviews de ces personnalités, plus de photos, plus de mouvements brusques et bizarres. Tout est désormais une affaire d’Etat et les instructions sont strictes « une fois que nous serons à la cathédrale pour la cérémonie de clôture, les aller et retour cesseront ». On ne sait pas qui est qui et en plus si l’on nous accorde des interviews comment être sûr qu’un membre de Boko Haram ne s’infiltrera pas et pourrait au lieu d’un dictaphone ou d’une caméra, faire exploser une bombe ? On verra ces personnalités mais de loin.

Réunion de briefiing avec les journalistes de la région du Nord-ouest
Réunion de briefiing avec les journalistes de la région du Nord-Ouest

Il faudra tout revoir à cause de Boko Haram. Pas de chance je ne recevrais pas de bénédiction, pas de photos avec des stars de l’Eglise catholique. Quand j’imagine le dispositif sécuritaire qui est mis en place avec aux commandes le Bataillon d’Intervention rapide (BIR) de la ville, je sais que l’atmosphère sera tendue. Et même pour aller aux toilettes, faudra faire un examen personnel de conscience et se demander « devrais-je me lever au risque d’être fouillé, escorté et surveillé ? ». Je ne suis pourtant pas membre de Boko Haram, mais tout simplement journaliste.

 

 

 


Pâques à la prison de Bamenda

Pendant qu’à Yaoundé c’est l’apparition de Jésus à Odza dans un domicile qui fait l’actualité de la célébration de cette fête de la résurrection, à Bamenda la venue de l’archevêque à la prison a été bien plus qu’un cadeau.

Vous le savez déjà, il y a près d’une semaine que les agitations se font à Yaoundé où l’on aurait aperçu Jésus. Il paraît même que c’est devenu un vrai lieu de pèlerinage. Désormais, la terre, les cailloux recueillis sur ce lieu est un symbole d’assurance pour les croyants. Si j’écris sur ce sujet, je pense qu’on me traitera de mécréante, donc  je préfère laisser et demander comment fait-on la distinction entre le bon et le mauvais Jésus ? la bonne et la mauvaise apparition ? Bref c’est un autre débat.

jeune servant de messe à Bamenda
Jeune servant de messe à Bamenda.

Un jeune homme servant de messe s’est évanoui pendant l’homélie de l’archevêque. Si cela avait été dans l’une des églises que je connais ici à Bamenda, ou encore à la télévision chez Emmanuel TV, je pense que l’on parlerait de possession et il aurait fallu « parler en langue » pour le délivrer avec un micro s’il vous plaît. Mais c’était juste de la fatigue, il a fallu que je fouille au fond de mon sac pour trouver des bonbons qui l’ont aidé à avoir un peu de force.

J’arrive à la prison de Bamenda à 9 h 30. Mgr Cornélius Fontem Esua, archevêque de Bamenda y donne une messe pour la fête de Pâques. Première surprise les gardiens me lancent « on n’entre pas en prison avec le pantalon ». Je supplie une gardienne de me donner un bout de tissu pour l’attacher au-dessus de mon pantalon, mais elle n’a rien. Je remercie le ciel d’être « journaliste » comme l’a souligné un des gardiens. La porte s’ouvre et après identification je me retrouve à l’intérieur et devinez quoi ? Avec mon téléphone, vive le 4e pouvoir pour une fois.

Je traverse la grande cour qui me sépare du lieu de culte et, peu à peu, mes pas ralentissent au fur et à mesure que je croise des groupes de jeunes prisonniers. J’entends à travers les trous des « happy easter Anty » et je me dis « fais attention, tu n’es pas à un défilé de mode, tu es à la prison » et là, ma démarche ressemble à celle d’une jeune fille qui apprend à marcher avec des talons. Je vous épargne les commentaires désagréables de groupes de prisonniers : des hommes semblables à ceux que je rencontre souvent à Commercial Avenue . Les gardiens sont fascinés, ils rient je suis dans l’arène, la jungle,  à moi de faire preuve de sang-froid pour traverser ce monde.

grande cour de la prison de Bamenda
Grande cour de la prison de Bamenda

Ambiance de quartier

La cour est grande, il y a des bâtiments où les prisonniers sont classés par ordre de délits. Il y a aussi les cases de mise en quarantaine, des cellules pour femmes. Je remarque un seau de beignets et je demande à qui il appartient ? L’un des membres du personnel me fait remarquer une cafeteria, des champs de canne à sucre, de maïs, des choux. Tout ceci appartient aux prisonniers qui pour l’acquérir doivent écrire une demande au régisseur qui leur attribue un lopin de terre ou une parcelle de terrain pour diverses activités. Ceci est fait dans le but de récompenser ceux qui se comportent bien et de montrer ainsi aux autres prisonniers récalcitrants qu’en suivant le bon exemple, ils peuvent aussi jouir de certaines libertés comme le commerce.

Hangar de boutique à la prison de Bamenda
Hangar de boutique à la prison de Bamenda

Les prisonniers ont diverses activités ludiques comme le chant, la danse, le foot la catéchèse, le ludo. Sur ce dernier jeu je suis un peu sceptique et je demande aux contrôleurs comment ils font pour éviter que ces jeux ne deviennent « le njambo » ? (expression utilisée pour désigner un jeu de cartes ou de ludo qui fait intervenir des paris d’argent). Il me rassure en disant qu’ils créent au sein de chaque cellule des petits comités de discipline « des espions » qui signalent à la hiérarchie ce genre d’activité.

 

Champ cultivé par des prisonniers à Bamenda
Champ cultivé par des prisonniers à Bamenda

La messe de la résurrection des prisonniers

Les textes bibliques choisis pour la circonstance cadraient avec le milieu carcéral. Jésus est certes mort et ressuscité ce jour, mais l’archevêque demande aux prisonniers de ressusciter pour devenir des « bonnes personnes ». Il leur demande surtout de réfléchir à la question de savoir pourquoi ils se trouvent en prison. S’ils parviennent à trouver la réponse, alors leur vie aura changé. Sept détenus sont baptisés, confirmés et reçoivent le sacrement de la communion avec joie. La chorale chante merveilleusement bien et le maître de chant est si actif qu’il attire mon attention.

Maitre de chant à la prison de Bamenda
Maître de chant à la prison de Bamenda

C’est après une brève présentation que je me rends compte que je suis en compagnie de prisonniers à 90 % dans cette chapelle. Ils sont comme des anges, ils chantent, se mettent à genoux, récitent les prières, exécutent les signes plus que les enfants de chœur. Je me demande « pourquoi sont-ils en prison ?» et un commentaire me ramène à la réalité. Les gardiens m’indiquent de fermer mon sac et une doléance avec une voix très douce me fait sursauter « grande sœur, après le culte tu peux me donner 100 F pour payer le savon et laver mes habits ? ». Je fais le signe de croix, je respire fort et je change de place. Avec ce genre de commentaire, j’avoue que je n’ai plus envie de faire une offrande (Seigneur, je le ferai en semaine sous d’autres cieux, mais ici hein, c’est chaud !).

Chapelle à la prison de Bamenda
Chapelle à la prison de Bamenda

Je viens de constater que l’un des lecteurs du jour qui semble très actif porte des chaînes à ses pieds, le maître de chant de la chorale de la prison est en fait un grand consommateur de drogue dans la prison. Son inspiration lui vient-elle de cette substance ? Je ne veux pas y penser ! Après plus de 3 heures, la messe s’achève. Tout le monde veut se filmer avec l’archevêque, il n’a certainement pas peur de se faire soutirer avec sa robe il est tranquille. Je me décide à sortir de la chapelle et j’entends à nouveau la douce voix « au revoir grande sœur, je t’ai laissé un petit mot dans ton sac ».

Prisonnier et assistance à la chapelle de la prison
Prisonniers et assistance à la chapelle de la prison

Mon sac ? Il était bien fermé pourtant et je le serrais contre mon corps de peur de me le faire arracher comme dans la rue ? Je repense aux signes du gardien qui m’indiquaient de fermer mon sac. Il était passé dans mon sac et je ne m’en étais même pas aperçue. Je crois à un mot gentil ? D’amour, c’est trop beau pour être vrai plutôt une liste de doléances bien rédigées avec un numéro de téléphone et le nom du prisonnier. « Mon frère ta liste là hein, si tu sais que moi-même je n’ai pas souvent l’argent pour acheter du détergent pour laver mes habits tu vas wanda. Oublies que je suis sur mon 31 papa, je suis paumée ».

Prisonniers baptisés à Bamenda
Prisonniers baptisés à Bamenda

Un menu difficile à digérer

À la fin de la messe, nous nous rendons dans une salle aménagée pour une réception express. En repensant à la main de ce prisonnier dans mon sac, j’avoue que je n’ai plus faim. Je découvre une école et surtout le maître qui est ravi que je le prenne en photo. A l’entrée de la salle de classe, on peut voir des affiches avec des inscriptions parmi lesquelles « No pidgin », une phrase sur la paix et la justice. En classe, les prisonniers, surtout les mineurs reçoivent des enseignements divers.

l'Archevêque à la confirmation
L’archevêque à la confirmation
Enseignant à l'école de la prison de Bamenda
Enseignant à l’école de la prison de Bamenda

Ce qui me coupe définitivement l’appétit est quand on me raconte ce qu’était la vie ici avant. Il était difficile de se rendre dans cette prison sans se faire dérober quelque chose par les prisonniers et ni vu, ni connu. Ils mangeaient mal et les conditions de vie étaient difficiles si bien qu’ils traduisaient leur souffrance par la violence. C’est pour leur bien-être que l’archevêque a instauré dans son programme et les actions de l’Eglise catholique à Bamenda, un aspect sur l’assistance chrétienne en milieu carcéral. Cela semble marcher, car depuis ce partenariat, le niveau de vie des prisonniers a changé et ils ont tenu à remercier l’archevêque en lui offrant des cadeaux de leur création.

affiche à l'école de la prison de Bamenda
Affiche à l’école de la prison de Bamenda
photos
Photos
l'Archevêque avec les prisonniers baptisé
L’archevêque avec les prisonniers baptisés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ces choses que l’on fait pour avoir la peau blanche

source; Google
source; Google

L’Afrique est riche, j’entends de nombreuses personnes le dire, et je pense que je vais adhérer à cette idée. Elle est riche mais je ne sais pourquoi la peau noire est comme une malédiction. Je ne pense pas que j’ai besoin de me justifier y a qu’à voir comment on traite les blancs chez nous, ils peuvent être clochards chez eux, mais une fois chez nous on leur déroulera le tapis rouge. Les filles brunes sont très convoitées, même si elles sont laides. J’ai été très agacée lorsque j’étais encore une élève de voir comment elles avaient tous les avantages. J’ai trouvé la solution, il me suffisait d’imaginer une fille brune avec une peau noire, et là je la trouvais laide. Je ne mentirais pas si je vous disais que les filles brunes valent plus chères que les filles noires (demandez aux ressortissants de la ville de Dshang). J’ai eu l’audace de demander un jour à une amie Bamoun pourquoi la plupart des femmes de cette tribu aimaient s’éclaircir la peau ?elle m’a répondu « parce que les femmes brunes coûtent cher et les hommes les convoitent beaucoup ».

On leur a donné de ces noms « couleur taxi», « koki », « white », « la blanche », etc. un homme qui sort  avec une femme brune sait qu’il a au moins un budget de 15000f minimum à débourser par mois pour son lait corporel. Pour nous les femmes noires, nous sommes « moins chères », nous ne sommes pas obligées d’utiliser un lait corporel « l’huile de palmiste c’est suffisant ».

Depuis que je suis à Bamenda, je constate que les femmes de cette ville et même les hommes, aiment s’éclaircir la peau. Vous n’imaginez pas les mélanges qu’elles font ici et le prix. J’ai du me méfier des vendeurs de produits cosmétiques. Ils trouvent le moyen de vous vendre une lotion éclaircissante à ajouter à votre lait pour « laver votre peau » comme si vous ne le faites pas bien. Des crèmes éclaircissantes mixées ça et là, des savons à ajouter au lait corporel, des sérums, des lotions, tous portent la mention « éclaircissant ». Je vous épargne la suite qui vous rassure que vous vous éclaircirez à l’aide de fruits, de produits naturels, d’extraits de plantes, etc. Avec ça ne soyez pas étonnez de voir une fille de Bamenda au magnifique visage, ou décolleté, et qu’en regardant ses mains ou ses articulations, vous les trouvez plus sombres. Je vous épargne des odeurs corporelles qu’elles dégagent avec ça quand vous vous retrouvez assise près de l’une d’elles et que les vitres du taxi sont complètement fermées « SOS ».

L’une de mes voisines est décédée dernièrement, elle était noire et avait commencé à s’éclaircir la peau. Elle était devenue si rose qu’on pouvait apercevoir ses veines. Elle s’est blessée suite à un accident de moto et n’a pas pu cicatriser tellement sa peau était « poncée ». C’est une folie, je ne comprends pas qu’une fille noire veuille devenir brune, une fille brune veuille devenir métisse, une métisse veuille devenir blanche. Nous nous sommes longtemps moqués des changements de peau de Michael Jackson, pourtant nous avons des comme lui à côté de nous et plus effrayants encore.

Ma dernière trouvaille en la matière vient du Sénégal. Je croyais avoir tout vu avec les « Bine-bine » Internet et autres que non. Les Sénégalaises s’éclaircissent avec du sperme. Parait qu’elles le trouvent  plus efficace et moins coûteux. Je vois déjà vos yeux s’ouvrir ici mais c’est vrai. Les hommes donneront volontiers leur sperme pour cette cause je le sais, vu que cela procure du plaisir. Ce précieux liquide ne sert plus qu’à procréer, faut désormais que des milliers de spermatozoïdes contribuent aussi à « la beauté ».Pour se dépigmenter la peau, cela marche en moins de 15 jours et les femmes mariées sont gâtées car elles ont ce ravitaillement à domicile et gratuit en plus.Après avoir recueilli le précieux liquide, elles se recouvrent le corps avec pour certaines, et pour d’autres elles l’avalent, beurk !vous direz mais c’est vrai. Elles le surnomment en langage secret « T.A.B ». Elles trouvent que c’est un moyen sur, sans produit chimique, ni effet secondaire, le sperme est naturel et très riche. Ne me demandez pas les formules, je n’en sais rien cela ne m’intéresse pas. Tout ce que je peux dire c’est que les femmes sont vicieuses et prêtent à tout pour la beauté, pour devenir blanches. Et en poussant ma réflexion je dirais que cette mode sénégalaise serait partie d’une femme désespérée qui, suite à des recommandations tordues d’un marabout, s’est retrouvée à faire cela en guise de charme ou que sais-je encore pour gagner les faveurs de son partenaire. Et le hasard faisant de bonnes choses, elle a vu son teint changé.

Une information très intéressante que vous découvrirez sans doute en lisant le magazine Amina N°522.

 


Avec Maureen, le sourire est éternel

Maureen Phiri
Maureen Phiri

Elle est sexy avec des bas, une mini jupe et des chaussures à la Lady Gaga. Maureen est arrivée dans la salle du Palais des Congrès à l’occasion de la 6e conférence sur les droits sexuels et la santé reproductive. Cette jeune fille très élégante, mais très accessible a décidé de garder le sourire et de le redonner aux autres, voici comment.

« Je suis Maureen Phiri de l’association Family Planning du Malawi, j’ai 17 ans et je suis une élève. Jai choisi de venir au Cameroun dans le cadre de cette 6e conférence sur les droits sexuels et la santé reproductive car je sais qu’il y a de nombreuses personnes qui ne croient pas que le VIH/sida existe. Il y a aussi des jeunes personnes qui nient l’existence de cette maladie ou qui se cachent. Ils n’ont pas de bonnes informations sur comment se prendre en main, ils n’ont pas de support. C’est pourquoi j’ai choisi de me lever et de me montrer pour que les gens me connaissent et sachent que cette maladie existe. Je veux encourager les jeunes à aller se faire dépister. Ainsi , ils sauront s’ils sont positifs et ils apprendront à vivre positivement. Nous sommes quatre dans la famille et je suis la deuxième. Deux d’entre nous sont infectés : moi et le dernier-né. Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi, mais chaque fois que j’essaie de parler de ce sujet avec ma mère, elle refuse de me répondre et semble ne pas être intéressée.

Je pense le premier problème qu’elle a c’est celui de la religion. Ma mère croit en Dieu et ne veut pas parler de sexualité avec nous, avec moi surtout de VIH/sida elle n’y croit pas. Elle est séropositive et prend des médicaments. Mon père est mort en décembre 2013. Il était aussi malade et souffrait de tuberculose. Ce n’est pas facile de vivre cette situation avec le VIH et cela ne le sera jamais.  Ce qui est important pour moi, , c’est de savoir combien ma vie est importante, est- ce que je veux vivre ou non. Moi j’ai décidé de valoriser ma vie, car je veux vivre. J’ignore tout ce qui peut m’arriver et je positive et je sais qu’il y a des personnes plus vieilles que moi qui ne parviennent pas à positiver. Certaines sont stressées, ne prennent pas de médicaments, tentent de se suicider. Moi j’ai choisi d’accepter mon  sort et surtout de vivre positivement. La discrimination est ce qui pousse la plupart des personnes à refuser la réalité. En observant cela, je voulais briser le silence et partager mon secret avec les autres. Je me suis ouverte à pas mal d’organisations et j’ai décidé de les aider à lutter contre le sida et c’est dans ce cadre que je suis au Cameroun. J’ai décidé de parler à visage nu parce que j’ai envie d’être libre.  J’ai eu tout ce que vous pouvez imaginer, j’ai été rejetée, j’ai eu peur, j’étais dans l’ombre ,mais j’ai décidé d’être dans la lumière et me voici. Je suis heureuse car j’ai un petit ami qui connaît mon état. Nous ne sommes pas encore allés faire son test, nous avons décidé de nous abstenir jusqu’au mariage, nous sommes tous les deux chrétiens. Nous pouvons avoir des moments intimes à deux avec des attouchements, mais quand arrive le moment de franchir le pas ou d’être tentés, on ne franchit jamais cette limite. Je suis là pour le protéger, même s’il veut aller loin je ne l’accepterais pas, c’est la base de notre relation. Depuis que j’ai parlé de mon cas, de nombreuses personnes me soutiennent dans mon église, mes voisins, ma  communauté, mon groupe. Certains ont parlé de mon moi dans la plupart des médias et d’autres ont cru et croient toujours que je suis folle, comme si je ne savais pas ce que je faisais. 

Maureen Phiri
Maureen Phiri

Certains chrétiens me disaient que je n’avais pas la foi. J’ai arrêté de prendre les médicaments, j’allais aux séances de prières et rien ne changeait, je devenais de plus en plus malade. Je perdais encore plus de poids et même aujourd’hui je n’ai pas repris mon poids d’auparavant. Je souffre de tuberculose tout comme ma mère. C’est vrai qu’il m’est difficile de gérer mon emploi de temps avec celui de l’école, mais je suis contente d’être ici et de savoir que je serais à l’origine du changement de vie de quelqu’un n’importe où. J’aime partager et voir ce qui se passe ailleurs. Je mène d’autres activités comme parler de sexualité aux jeunes de mon groupe, même s’ils me regardent méchamment la plupart du temps. Je suis prête à affronter tout, car cela est réel, quoiqu’il arrive je vis avec le VIH et cela ne changera pas. Vivre avec le VIH, aujourd’hui c’est comme vivre avec d’autres maladies. Vous avez peut-être peur de savoir si vous êtes ou non porteur du VIH, mais il est mieux de le savoir.  Et si le test est positif, ne pensez pas au suicide, mais plutôt à une nouvelle vie avec plus de précautions. Vous pouvez vivre une vie positive, garder le sourire, la joie sur votre visage et dans votre vie naturellement ».

Maureen Phiri
Maureen Phiri

 


Jaloud et sa camera en guise d’arme.

Jaloud Tangui, jeune réalisateur nigérien
Jaloud Tangui, jeune réalisateur nigérien

Il est étudiant en réalisation audiovisuelle  à l’IFTIC 3ème année licence. Âgé de 22ans, il a décidé de consacrer sa vie à lutter contre le viol, le mariage forcé et précoce dans son pays. Pour le faire, il n’a pas cherché, loin car si un adage dit qu’une image vaut mille mots, pour Jaloud « un documentaire vaut mille campagnes de sensibilisation.

1- J’aimerais bien savoir qui tu es car ce nom Tangui ressemble à un label d’eau minérale ici au Cameroun ?

Je suis  Jaloud Zainou Tangui, nigérien issu d’une famille nomade de Touareg. Je suis né en ville et j’ai vécu avec mes parents en ville. J’ai fais le secondaire dans une école militaire. Après le bac, j’ai rejoins un institut spécialisé en TIC. J’ai 2 frères et 4 sœurs.

2- Pourquoi avoir choisi de parler de ces sujets alors que tu n’es pas une femme?

La croissance démographique du Niger est plus grande que la croissance économique ce qui fait que l’Etat est obligé de passer du temps à investir sur la natalité. J’ai pensé qu’en faisant dans la communication pour le développement avec mes outils de communication je  pourrais faire passer les messages. Il est question pour moi de sensibiliser les gens que le viol  et le mariage précoce cause de la fistule obstétricale.

3- Les gens adhèrent-ils facilement à ce genre de combat ?

Pas du tout parce que la plupart des gens chez moi se servent de la religion pour répondre et justifier leurs actes (90% de la population au Niger est  musulmane). Je continue à me battre  parce que j’aime faire ce que je fais la communication audio visuelle et c’est le seul moyen dont je dispose pour toucher les autres.

4- Pourquoi  avoir choisi ces sujets ?

Parce que c’est le principal problème de la pauvreté au Niger (d’après UNFPA Niger). Si l’Etat n’investit que sur la natalité, la mortalité et tout ce qui touche ce domaine, le pays n’évoluera jamais car les autres domaines de développement auront toujours du retard.

5- Comment trouves-tu les financements  pour faire tes documentaires?

Ce n’est pas facile, je l’avoue comme toute chose d’ailleurs dans la vie. Mais comme j’ai le matériel  et je me suis formé,  j’ai pu réaliser le documentaire sur la mortalité au Niger. J’aimerais tourner celui sur le viol et le mariage précoce donc  je recherche des partenaires.

6- Depuis que tu fais passer le message est ce que les choses ont changé ?

Oui, quand cela passe dans les médias les gens sont touchés et réceptifs. Je suis chanceux car la plupart de mes proches sont scolarisés et dans ma famille il n’y a pas eu ce genre de cas. Mon entourage pense souvent que c’est juste une façon pour nous de refuser que nos filles se marient. Il arrive qu’on nous traite parfois d’ «  ethno centristes » juste parce qu’on ne veut pas suivre  ce genre d’idées. Je compte continuer dans cette lancée car plus le temps passe plus j’ai  le courage d’affronter ce qui viendra.

7- Que recherchais-tu en venant à cette conférence  sur les droits en santé sexuelle au Cameroun ?

J’ai voulu toucher d’autres problèmes et d’autres réalités. J’avoue que j’aime le brassage car il y a beaucoup de nationalités et c’est un plaisir de voir des gens ressortir des pays que l’on a l’habitude de voir seulement sur la carte. J’aimerais bien travailler avec d’autres nationalités car on a les mêmes les problèmes en Afrique et nous devons mener les mêmes combats.

8- As-tu un souhait ?

«Je voudrais que tous les médias passent ce genre de messages tous les jours. Que ces messages passent comme on le fait avec les publicités, pour sensibiliser les gens et être sur que chacun d’eux a eu à voir la campagne. C’est un problème humain réel et je trouve que tout le monde devrait s’impliquer et surtout les médias ».

 


Femmes et filles élevez vos voix

Mariama témoigne
Mariama témoigne

J’assiste depuis trois jours déjà à la 6e conférence sur les droits en matière de santé sexuelle. Cette rencontre qui a lieu du 3 au 7 février au Palais des congrès de Yaoundé, réunit des représentants de diverses organisations nationales et internationales qui œuvrent pour le bien-être des filles et des femmes.

C’est un panel de spécialistes en la matière qui viennent du Nigeria, du Niger, d’Ouganda, du Burundi, Cameroun, Rca, Tchad, Sénégal, Niger, Ghana, l’Australie, le Kenya, le Zimbabwe, la Zambie, les Etats-Unis, la France. Il est question d’ « éliminer les vulnérabilités des femmes et des filles à la santé sexuelle et reproductive en Afrique ».

Bon pas besoin de vous dire comment une conférence de ce genre se déroule, vous le savez. Je veux vous parler de Mariama. C’est la fête de la jeunesse le 11 février au Cameroun, Mariama est jeune elle a 16 ans. On a célébré la journée mondiale contre les mutilations génitales, Mariama a subi une violence plutôt. On va célébrer toujours ce même mois de février la fête des amoureux, Mariama n’a pas d’amoureux, mais a un enfant, bizarre non ? En mars, le 8 on célèbrera également la journée internationale de la femme, Mariama est appelée à devenir une femme et toutes les femmes devraient s’indigner de ce qu’elle a subi.

Je fais la connaissance de Mariama le premier jour à la conférence dans le hall réservé aux différentes présentations. J’avoue que même vous l’auriez remarquée avec son pagne qui couvre les orteils et celui qui couvre son visage. Ça on le remarque vite vu comment les gens s’habillent quand ils vont à une conférence.

Le deuxième jour ce qui attire encore mon attention, c’est lorsqu’elle éclate en sanglots au restaurant. Mariama pleurait et il n’y avait que la délégation venue avec elle du Niger qui pouvait nous dire ce qui se passait. Mariama était triste, car c’était la première fois qu’elle quittait son pays et tout ce qu’on pouvait dire ne pouvait faire sécher les larmes du volcan qui sommeillait au fond d’elle. Ce volcan était entré en éruption ce jour-là, il fallait que les larves sortent.

C’est le mercredi que j’ai pu savoir ce que je vais vous narrer.

Mariama, 16ans
Mariama, 16ans

Mariama vient du Niger et parle Haoussa. Elle a décidé d’assister à la conférence pour faire son témoignage et inviter les autorités compétentes à « lutter avec moi pour qu’aucune fille ne subisse ce que j’ai subi ».

Lorsqu’elle avait 13 ans, un jour sur le chemin du retour à la maison, elle rencontre le nommé Moubarak. Il l’interpelle et lui demande de l’emmener chez elle, elle refuse. Par la suite il la suit et retrouve sa maison avec le concours des amis de Mariama. Elle en colère  gronde ses amis. Les jours suivants ils se rencontrent souvent et se saluent. Un jour, Moubarak l’invite à prendre du thé chez lui. Elle accepte l’offre et boit du thé. Elle vide la tasse et se rend compte qu’elle a perdu ses forces et s’endort. À son réveil, couvert de sang, elle se rhabille et se rend chez sa grande sœur pour lui faire part de la situation. Sa grande sœur la rue de coups. Après un long moment de pleurs, elle décide de rentrer. Une fois à la maison, elle fait sa toilette, se change et ne dit rien à ses parents tellement elle a peur de leur réaction.

Les jours passent et Mariama ne se rend pas compte que son corps change. Un jour elle a tellement mal que sa mère décide de l’emmener à l’hôpital. C’est à ce moment qu’elle apprend qu’elle est enceinte de  trois mois. De retour à la maison et tout au long du trajet, sa mère la couvre d’injures aussi dénigrantes les unes que les autres. Elle la frappe et apprend la nouvelle a son père qui fait de même et avec le village, la considère comme persona non grata. Elle leur raconte ce qui s’est passé et le père demande à rencontrer Moubarak. Ce dernier reconnaît les faits et est traduit devant les tribunaux. Il purge une peine de 7 mois en prison et est relâché quand l’enfant naît. Moubarak sous la pression de l’Etat, signe un engagement qui exige qu’il doit verser 10 000F chaque mois à Mariama pour l’enfant. Il verse la somme conclue pendant 6 mois et disparait. La famille de Mariama la rejette. Elle n’avait pas droit au repas et était isolée. Elle décide de chercher du travail en ville comme bonne et les jours où elle ne trouvait pas de travail, elle ramassait du bois en brousse et revendait pour se nourrir ainsi que son enfant.

Après quelques mois le père de Mariama revient la voir et décide de la soutenir mais lui demande d’aller rester dans un autre village. Une fois dans le village, elle fait la rencontre d’une dame qui travaille au Fnuap. Cette dame s’occupe de sa scolarité et de tous ses besoins. Entre temps, la famille de Moubarak réapparaît et émet le vœu de prendre l’enfant de Mariama pour s’en occuper. Ce que la jeune fille refuse. Mariama ne va pas en cours ce jour-là, s’enfuit avec son enfant et va cacher la petite chez sa grande sœur aînée qui vit dans un village éloigné de celui de leurs parents.

Aujourd’hui Mariama est en classe de 5e et sa fille a 2 ans. Elle a décidé de venir faire ce témoignage pour que cela cesse. « Je veux qu’aucune fille ne subisse ce que j’ai subi et je veux que vous m’aidiez à soutenir cette cause ».

Après ça, j’ai compris pourquoi elle pleurait ce jour-là.

Elle a reçu des félicitations de toutes les personnes présentes dans la salle et elle est désormais engagée dans cette lutte. Et vous, pour quelle cause serez-vous un leader pour vos filles, pour vos femmes.

 

 


Bamenda : le fief des « scamers ».

ordinateur
ordinateur

Encore un nouveau mot en anglais que je découvre de ce côté de la région du Nord-ouest. Ce mot a attiré mon attention quand ma coiffeuse, en me voyant toujours scotchée sur mon téléphone ou mon ordinateur m’a posé la question « are you a scamer ? » traduction littérale « es-tu une arnaqueuse ? ». J’ai répondu non mais il a fallu que je fouille mon dictionnaire pour savoir à quoi cela renvoyait.

Un « scamer » est ce que nous appelons au Cameroun un « feyman » donc un escroc. C’est une personne qui passe ses journées devant un ordinateur. Il peut agir seul ou avec des copains. Bon je disais que c’est une personne qui a un ou plusieurs comptes dans un ou plusieurs cybercafés. Elle peut y passer toute la journée ou bien quand elle est fatiguée son ami continue. L’objectif est ici d’exercer la cybercriminalité. Elle poste des annonces dans divers sites sur la vente de chien d’espèce rare, des produits rares. Elle peut même par le biais des spam vous envoyer des mails où elle vous parle de vous léguer sa fortune, vous menace de fermer votre boîte mail si vous n’entrez pas vos coordonnées (Jean Michel de Hauteville en sait quelque chose), le dernier en date est de passer par une demande d’amis sur les réseaux sociaux et de vous demander de continuer votre amitié par une adresse mail.

Si vous tombés dans le ses filets, c’est une escroquerie qui se trouve au bout de cette relation. J’ai entendu des histoires folles d’européens qui se font arnaquer avec  la vente des chiens en ligne, une fois qu’il envoie une avance pour les modalités de transfert de la bête, ou  la somme totale, le site n’existe plus. Il y a des avis de recherche de jeunes garçons « scamers » à Bamenda.

Des personnes abusées ont déjà effectué le voyage en direction du Cameroun pour rechercher leur voleur sans succès. Résultat, de nombreux tenanciers de cybercafés sont devenus méfiants et chassent tout jeune ou groupe de jeune qui passe trop de temps sur Internet. J’ai demandé dernièrement à un propriétaire de cyber pourquoi il chassait ainsi un groupe de cinq garçons, il m’a répondu « qu’ils ne reviennent plus faire leurs bêtises là ici. Ils mettent les gens dans les problèmes et après ils disparaissent, je ne veux pas de ça dans mon cyber ».

Les filles aussi sont dans le réseau, elles sont parfois des secrétaires de sociétés fictives, elles proposent des logements à prix bas pour touristes, elles proposent des bébés, elles cherchent des partenaires prêts à les aider à faire leurs papiers pour traverser, une fois qu’elle trouve un homme assez amoureux, assez intéressé pour la transaction, elles l’arnaquent et vont voir ailleurs si l’herbe y est plus verte.

On ne peut avoir un portrait définitif du « scamer » parce que ce sont parfois des gérants de cybercafés, des étudiants, des informaticiens, des dépanneurs d’ordinateur, n’importe qui peut l’être. Les filles servent le plus souvent d’appât et pour elles, c’est si facile. Alors si vous vous rendez dans un cybercafé à Bamenda, n’oubliez jamais de vous déconnecter de votre compte, de décocher l’option « garder ma session ouverte », ou encore de télécharger et remplir des formulaires avec vos coordonnées bancaires et autres données. Si vous avez fini supprimer vos documents du Bureau et aller vider la corbeille, j’ai parlé, euh pardon écris.

 


C’est la maison qui offre

buvette de vin de palme à Bamenda
buvette de vin de palme à Bamenda

Je me rends bien compte qu’en lisant le titre, de nombreuses personnes penseront à ces cadeaux ou promotion offerts par diverses sociétés de la place. Je dirais oui, mais pas exactement. En Afrique nous n’avons pas la culture du pourboire. Je n’ai jamais compris pourquoi on devait donner une récompense à une serveuse qui me foudroie du regard. Elle me passe au scanner visuel de la tête aux pieds et quand il faut prendre les commandes, quand il s’agit de moi, elle le fait d’un ton menaçant et écoute à peine la fin de ma phrase qu’elle s’en va.

En tout cas j’ai leur remède. Quand elle vient avec une boisson glacée je lui dis « oh non j’ai dit non glacé » et quand elle rapporte la boisson glacé je lui dis « faut changer le verre il n’est pas propre ». Elle tire les pieds tant qu’elle peut mais ne peut refuser de le changer : «  la cliente est reine ». Les serveuses du Cameroun ont de quoi être stressées. Si à Yaoundé et Douala leur salaire varie de 25 à 40000Fcfa selon l’établissement, à Bamenda, les serveuses perçoivent 5 à 20000f et encore le salaire est irrégulier. Elles vivent en cohabitation, seule ou dans le bar qui les emploie.

Ce métier que l’on semble simplifier, nécessite d’avoir des nerfs en acier. Elles sont celles qui ouvrent et ferment les bars. Elles font le ménage à l’ouverture et à la fermeture. Pour les conditions de travail c’est un cauchemar. Les camerounais ont pris pour habitude de les mépriser. Je veux dire qu’une fois que vous dites que vous êtes une serveuse, la connotation qui apparait est celle de « fille facile », de « bordelle », « fille finie qui a raté sa vie », etc.

Pourtant pour qu’une telle croyance s’installe, ce sont les camerounais qui ont fait des serveuses ce qu’elles sont devenues. C’est la maison qui offre veut dire pour moi qu’en vous rendant dans un bar le gérant n’a pas besoin de vous dire que les serveuses sont un cadeau offert par la maison. Pour passer une commande de boisson il n’est pas rare qu’un ou plusieurs clients tripotent la serveuse à chaque lettre qu’elle écrit pour prendre leur goût.

Aucun élément de l’anatomie n’est oublié et en guise de consolation les mots qui vont avec « tu as compris ma chérie », « hein bébé ». Certaines m’ont avoué qu’ « au début c’est traumatisant, mais on fini par s’y faire ». Quand vous refusez le patron se fâche car pour lui « tu chasse mes clients ». Pour d’autres, elles sont catégoriques « le client vient pour boire et non pour me toucher, quand cela m’arrive, je le repousse gentiment ou alors je fais appel au vigile ». Les camerounais sont rusés. Il n’est pas rare que l’un d’eux fait semblant d’être saoul pour se permettre de passer ses mains n’importe où sur vous (Florian en sait quelque chose).

Si une serveuse veut se plaindre et bien le patron n’y va pas par quatre chemins pour vous dire « tu crois que quoi ? Ce sont les clients de la maison faut leur faire plaisir ». Vous comprenez que c’est ça ou chercher un autre travail et le travail au Cameroun est une denrée rare et les patrons le savent résultat ils font du chantage. Résultat pour garder leur travail les serveuses sont devenues « gentilles » je dirais même « trop gentilles », mais bon , cela n’engage que moi.

Ces hommes qui vous tripotent n’importe comment sont ceux qui font des commentaires du genre « est ce que les serveuses sont des gens ? », « moi ! Épouser une serveuse que j’ai perdu la route ». Et je me demande pourquoi en la touchant tu ne te poses pas toutes ces questions ?

Il faut aussi avouer que les serveuses ne sont pas faciles. C’est elles qui vous font des factures en augmentant le prix global pour se payer elle-même son pourboire. C’est elle qui vous fusille du regard comme si vous aviez le même partenaire (c’est normal, quand vous êtes là, elle ne peut pas se faire draguer et avoir des boissons gratuites et de l’argent de taxi ou de ration). C’est elle qui n’a cure du fait que vous êtes entrés là il ya une demie heure, vous n’êtes pas assis et vous devez venir l’appeler. Quand elle se décide à venir prendre vos commandes, elle traine les pieds et vous vous rendez compte que vous buvez cette poussière avant que la boisson n’arrive.

Elle vous apporte des verres sales, huilés qui vous permettent de savoir à l’avance de quelle maladie vous soufrerez bientôt si vous vous entêtez à boire dedans. Après avoir ouvert votre bière elle prend la capsule gagnante sans votre avis.  C’est toujours elle qui ne veut pas aller faire de la petite monnaie parce que « vous n’avez pas signalé que vous avez un gros billet ».

On a beau parler mais on n’a pas le choix. Les bars se trouvent à tous les coins de rue. Quelques fois, c’est la courte distance et le prix bas qui vous pousse à vous abonner dans un bar. La majeure partie du temps, les patrons recrutent des « filles qui n’ont rien à faire » ou ne « sont pas allée à l’école » pour devenir des serveuses. Ils savent pertinemment que vu leur bas niveau scolaire et la précarité de l’emploi dans notre pays, elles ne négocieront pas pour un salaire très élevé.

Mais ils oublient juste une chose, la réussite d’une entreprise se joue de prime abord à l’accueil. Il est vrai que les clients ferment les yeux sur de nombreux mauvais comportements de la part des employés, mais cela n’empêche qu’ils supportent le temps de trouver mieux. Chers tenanciers de bar, l’accueil, le bon service, le sourire, la chaleur et la convivialité doivent faire partis de ces choses primordiales offertes par la maison.

 


À Bamenda les ordures servent de repas pour les fêtes de fin d’année

poubelle à Foncha street (bamenda)
poubelle à Foncha street (bamenda)

Bref c’est une idée parmi tant d’autres qui défilent dans ma tête. Depuis plus de six mois déjà, la collecte des ordures dans la ville se fait je dirais selon les prévisions astrales. Vous connaissez non, ces prévisions où on vous parle de jour de chance (pour moi c’est le jour de collecte de ces ordures), atomes crochus (les quartiers qui ont la chance d’être choisis pour cette collecte).

C’est bizarre. Dans un contexte où, à un moment donné, le Cameroun en accord avec Hysacam avaient instauré des prix en matière de « ville propre », je me dis que soit à Bamenda cela ne les intéresse pas, soit ils sont bien avec tous ces ordures au quotidien. Le BCC (Bamenda city council) est en charge de cette collecte. Seulement, le personnel sur le terrain, collecte les ordures de manière anarchique. Je vous explique pourquoi. Il avait été établi un emploi de temps qui désignait les jours de collecte d’ordures pour chaque quartier. Pour Foncha Street par exemple, le camion est censé passer le mercredi matin. Il peut arriver que ces agents du BCC décident de passer soit le mercredi à 8h (et là il n’y a pas encore d’ordures, ils sont bien contents), soit de passer un autre jour de la semaine à n’importe quelle heure (à vous de deviner cette heure, est ce que si les ordures remplissent votre cours c’est leur problème ? comme on dit chez nous, leur salaire passe).

tas d'ordures à mobil nkwen (bamenda)
tas d’ordures à mobil nkwen (bamenda)

À tous les carrefours ou point de jonction dans les quartiers, il y a un tas d’ordures. Je vous épargne les odeurs je ne pourrais les mettre sur ce billet. Cela fait déjà deux mois que le tas d’ordures de mon quartier est là, et avec ça, nous avons de nouveaux agents de collecte d’ordures. Ces nouveaux agents sont : les animaux (poules, chats, chiens, porcs) qui passent par là et voient en ce tas d’ordures, un bon moyen de se nourrir. Résultat si monsieur le chien trouve un bon os emballé dans un sachet, s’il ne peut l’ouvrir rapidement, il trainera le sachet jusqu’à ce qu’il se déchire, et une fois l’os dégusté, il abandonne le sachet là. Un autre agent de collecte ces derniers temps est la pluie. Quand il pleut, le courant des eaux emporte une bonne partie des ordures emballés qui sont légers. Les habitants aussi en profitent et n’hésitent pas à verser leurs ordures dans les torrents crées par la pluie. Les ordures circulent avec la pluie et achèvent leur course quand ils se heurtent à un obstacle, ou lorsque la pluie s’arrête.

Les populations ne savent plus à quel saint se vouer. Certains veulent bien croire que les véhicules sont en panne que non. La plupart des camions chargés de la collecte d’ordures font des allers et retours dans certains quartiers. Ils collectent maintenant de la terre pour la déverser  sur les pistes très fréquentées pour combler les nids de poule. Bienvenue la poussière (je vais vous raconter cela dans un autre billet).

Tas d'ordures à Virgin land(bamenda)
Tas d’ordures à Virgin land(bamenda)

En parlant de repas de noël, je pense à ce cours où, à l’école on nous enseignait que certaines ordures peuvent servir d’engrais. J’imagine que stockés ainsi, ces ordures deviendront sans doute de l’engrais. Une fois fertilisé, le sol laissera paraitre de grands arbres fruitiers qui nourriront la population. En attendant le paysage de la ville change et les odeurs d’ordures sont devenues des effluves normaux pour nous, il y a quoi ?ne dit-on pas que « la saleté ne tue pas l’homme noir ».

Tas d'ordures dans un caniveau à Bamenda
Tas d’ordures dans un caniveau à Bamenda

 

 

 


À Bamenda, les locks sont une mine d’or

J’aime Bob Marley, Luky Dube, Wycleff Jean, Lauryn Hill. Ce que ces stars ont en commun est qu’à une époque certains avaient des locks. On a bien voulu attribué à ce look, un style de musique : le reggae. Une musique venue de Jamaïque qui se retrouve partout dans le monde de nos jours. Dans un documentaire sur le sujet, des mentors du mouvement expliquait que c’est la meilleure voie pour faire passer un message, mais surtout un message de paix, d’amour, un peu paradoxale quand j’écoute le titre « get up, stand up, stand up for your right » de Bob Marley. Bon je suis novice dans le domaine.

Au Cameroun, une personne qui a des locks a cette connotation de droguée. Serge Katembera  se souviendra bien de notre conversation sur le sujet à Dakar. J’avais voulu savoir pourquoi il avait choisi ce look. Bon cela était plutôt une question de goût pour lui. Chez nous, les gens avec des looks sont un peu comment dire « déconnectés » je dirais. Je parle de la majorité que j’ai côtoyée.

photos: Salma
photos: Salma

Durant mon parcours avec des amis qui avaient des locks, je me suis longtemps dis qu’il c’était passé quelque chose. Je vous explique pourquoi. Un jour vous vous levez vous rencontrez votre ami de longue date qui garde des cheveux. Question « c’est quoi ces cheveux là ? »Réponse « je n’ai pas d’argent ». Vous lui donner de l’argent, mais il garde toujours ses cheveux. Chaque jour vous vous rendez compte que ses cheveux se bouclent de plus en plus, et avec cela, il laisse aussi la barbe poussée. Les jours suivants, il n’écoute que du reggae. Il faut désormais ajouter « Jah » à son nom. Il porte désormais des vêtements, des bracelets, des T-shirts aux couleurs de la Jamaïque ou avec des effigies de Bob Marley dessus, sans oublier le bonnet évidemment. Il ne vous parle que du « spirituel », de « jah son dieu qui inspire ». Pour danser il lui faut secouer la tête et dandiner en levant soit la main gauche ou droite, avec le poing fermé et l’autre main sur le torse. Il ferme les yeux, il est concentré, dans son monde je dirais.

Je pense qu’il faut être dans le mouvement pour le comprendre. Les gens avec des locks sont considérés comme des voyous, des drogués. Drogués parce que la plupart de ceux que j’ai fréquentés étaient ou voulaient devenir des artistes et ils fumaient de l’herbe et vous racontaient ces choses que l’on ne voit que lorsqu’on plane déjà.  J’en ai aussi vu qui n’en prenne pas, cela existe.

À Bamenda, j’ai découvert que l’on peut se faire de l’argent avec ses locks. Hé oui ! Des gens se font de l’argent avec ces tresses. Si certains sont désormais séduits par les mèches brésiliennes, péruviennes, chinoises, indiennes, ou que sais-je encore, à Bamenda c’est autre chose. Les femmes et les hommes qui ont des locks mettent le prix pour entretenir leurs tresses. Les clients préfèrent celles des femmes car plus entretenues. Quand les tresses ont atteint une certaine longueur, ils les coupent et les gardent en prenant soin de les entretenir de temps en temps en attendant les clients.

Il y’en a qui sont des spécialistes de la chose. Ils consacrent leur vie à faire pousser des locks de taille et de teinte différents, pour les donner à des propriétaires de salons de coiffure qui se chargent de les revendre. Le prix dépend de la taille des tresses. On retrouve des tresses de 12 pouces, 14 pouces, 16, 18, etc. le prix varie de 50 à 150000fcfa/touffe. Pour vendre vos locks, vous devez bien sur mettre le prix en ce qui concerne l’entretien. Utiliser de bons produits, les laver, les parfumer, les colorer, tout ceci pour qu’elles aient une belle texture. Pour tout ceci, il faut débourser en moyenne 15000f par mois pour l’entretien, mais le gain en vaut la peine.

Les clients viennent la plupart du temps des Etats-Unis. Ils sont aussi propriétaires de salon de coiffure de ce côté-là, et ont une forte demande. La  technique est simple. Si vous voulez des locks et que par exemple vos cheveux ne poussent pas vite, il est question ici de  trouver des locks longs et de procéder à une rallonge, ainsi plus vos cheveux grandiront, plus vos locks s’allongeront.

Le gain considérable fait que les populations de Bamenda ont mis de côté les superstitions. Oui en Afrique et au Cameroun particulièrement, on ne laisse pas ses cheveux n’importe comment et à n’importe qui, c’est un élément très facile pour vous faire du mal chez les tradi-praticiens (sur ce plan demandez ce qu’il en est aux albinos). Pour obtenir des locks faut « avoir le réseau », vous n’en trouverez pas dans tous les salons, faut bien vous renseigner. Alors qui à des locks à vendre ?

 


Ces choses qui font que le Sida ne partira pas de sitôt

Le 1er décembre on célèbrera encore la journée mondiale de lutte contre le Sida. Je vois d’ici le spectacle habituel, dépistage volontaire et anonyme (la précision en vaut la peine), table-ronde, discours, les artistes sont aussi présents, quoi ? Faut bien que l’on se divertisse en attendant de se faire dépister. La population veut se tromper en disant que ce sont de nombreux millions que l’on gaspille chaque année pour cette journée et aussi un moyen de faire fructifier la vente des préservatif, se sont là autant de choses qui font que la maladie ne disparaitra pas.

Le « full contact »

Les camerounais adorent ça. Il faut voir les nombreuses expressions qu’ils ont trouvées pour ne pas se chausser « ça freine le mouvement », « est ce qu’on mange la banane avec la peau », etc. Tant de raisons qu’ils évoquent pour que leur partenaire ne résiste pas et cède. Les camerounaises aussi j’oubliais, on a beau parler de « féminisation de la maladie » ; pour elles c’est « le gros français », elles n’y croient pas et en plus il est difficile pour elles d’imposer le port du préservatif à leur partenaire ? Elles vous sortiront des phrases du genre « il a refusé de mettre je devais faire comment ? », « si je lui demande de le faire, il va se fâcher et tu sais ce que cela veut dire : pas d’argent de ration pendant un bon moment », « si je refuse, il ira dehors », c’est là leur plus grande crainte. Les camerounaises sont hantées par le fait que leur homme va voir ailleurs et pour que cela n’arrive pas, elles sont prêtes à mettre leur vie en danger. Le partenaire a beau aligner les conquêtes, cela ne les empêchera pas au moment de la réconciliation d’avoir de rapport sexuel sans protection. Les hommes ont compris que la plupart des femmes sont attachées à leur porte-monnaie et cela leur permet de créer la dépendance et d’exiger certaines choses comme les rapports sexuels sans protection.

source: google
source: google

Les salons de coiffure

Un aspect bien négligé de la lutte contre le Sida. S’il est vrai que la voie sexuelle est la première en ce qui concerne les voies de contamination, il est aussi vrai que les autres voies ne sont pas à négliger. À Bamenda, la majorité des coiffeuses ne se soucie pas de la santé de leurs clients. Vous entrez dans un salon de coiffure pour des tissages et rien qu’à la vue des aiguilles vous avez le vertige. Si elles ne sont pas rouillées, les aiguilles servent parfois de cure-dents dans les salons. La coiffeuse vous piquent avec ces aiguilles plus qu’elle ne vous coiffe. S’il est vrai que j’ai décidé d’acheter mes aiguilles, il est aussi vrai que chaque fois que j’ai demandé à la coiffeuse de stériliser ce matériel, elle a toujours trouvé une excuse : « l’alcool est fini », « la bougie que j’avais est perdue, est finie », mais je demande toujours « c’est perdu mais pas fini au marché ». Il faut voir comment elle le fait avec paresse.

Les lames de rasoir

C’est l’outil fétiche des femmes lorsqu’elles veulent s’épiler et il n’est pas rare de les voir se partager une lame pour économiser 25F et courir le risque d’être contaminer. Si vous faites la remarque à l’une d’elle, vous aurez une réponse du genre « c’est ma personne non, elle n’est pas malade ». Comme si le sida se lit sur le visage.

Ceux qui  manipulent aussi bien ces outils, ce sont les marabouts. Vous savez de qui je parle non, ces personnes qui mettent des plaques de publicités partout en disant qu’ils peuvent résoudre vos problèmes. Que ce soit l’envoûtement, la pauvreté, les mauvais rêves, la jalousie, il peut tout résoudre. Ils créent plus de problèmes dans les familles qu’ils n’en résous. Bon je disais que le marabout pour résoudre vos problèmes doit passer par les blindages. Il sort une lame on ne sait d’où, ou alors ce sert d’une même lame pour plusieurs membres d’une famille, pour que cela soit une réussite, il  doit vous blesser plusieurs fois à divers endroits du corps. Ensuite il sort une pâte noire, dans une boîte sale et dont l’odeur vous fait penser aux selles séchés et avec tout cela l ne faut pas vous laver  pendant plusieurs jours pour que le blindage marche.

On ne croit pas en l’efficacité du gratuit

Les camerounais sont méfiants quand une chose leur est donné gratuitement (sauf en ce qui concerne la boisson). Bref je veux dire que lors des campagnes de dépistage, quand on distribue les préservatifs, les camerounais gaspillent. Pour les antirétroviraux, quant il faut aller les chercher vous avez des discours du genre « tu es sure que les produits là guérir même, je n’ai pas confiance aux choses gratuites ». Faut-il vendre pour que le camerounais sache que c’est de la bonne qualité ?

Les pénuries d’antirétroviraux

C’est l’information majeure qui m’aura marquée cette année. Nous avons eu une pénurie des médicaments pour les malades du Sida. Ces malades qui s’accrochent désormais à ces médicaments comme le seul espoir qu’ils ont d’attendre que l’on trouve un vaccin contre le Sida. Nous ne fabriquons pas ces médicaments au Cameroun et je pense que des pénuries d’antirétroviraux, nous en aurons  désormais. De quoi être jaloux de sa santé et la préserver.

Une jeune fille ne réalise pas la chance qu’elle a d’être enceinte après un rapport sexuel non protégé. Cette grossesse est une chance qui lui ait donné de prendre conscience du risque qu’elle a encourue en refusant de se protéger, le garçon aussi d’ailleurs. On parle de zéro nouvelle infection, zéro discrimination, zéro décès lié au Sida, mythe ou réalité ? C’est à nous de décider, le défi, le plus grand d’ailleurs est lancé aux personnes séronégatives, il est question pour elle de ne pas changer de statut et il ne suffit que d’un acte pour se faire, alors ne le posons pas.