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« La meilleure façon de vivre ça, c’est de ne pas vouloir en vivre » (Ayi DOSSAVI-ALIPOEH)

Mondoblogueur, grand amateur de musique classique et de Jazz, fan d’Adèle – la chanteuse britannique –  et panafricaniste convaincu, Ayi Dossavi-Alipoeh est un jeune écrivain qui a déjà à son actif trois ouvrages dont son premier recueil de poèmes, Rosées lointaines, paru en juillet 2015 et avec lequel il a été programmé sur la 10e édition du festival international Filbleu. Dans cette interview qu’il m’a accordée, il est longuement question de Rosées lointaines. Mais également de son parcours qui va des sciences aux lettres, du métier d’écrivain ou de poète et de l’avenir du blogging au Togo, entre autres.

 

Comment te définirais-tu ?

Pour faire simple, je me définirais comme un écrivain à l’origine passionné par les lettres et qui s’intéresse également à la science et à la culture.

 

Tu as fait tes études supérieures à l’ESTBA…

Oui, oui ! J’ai fait une Licence en analyse biomédicale à l’Ecole Supérieure de Technique Biologique et Alimentaire en abrégé ESTBA. Un cursus en sciences de la santé.

 

C’est un fort message, j’ai envie de dire, pour la mère patrie et également un hymne à la vie, à l’humanité et à l’Afrique globalement.

 

 

Ton premier recueil de poèmes, Rosées lointaines, est paru en juillet 2015. Quel est le message que tu veux passer à travers tes vers ?

 

Essentiellement, je crois que c’est… je ne dirai pas de tout et de rien. Je parle d’un certain nombre de choses. Je raconte un peu le quotidien, et surtout mon amour pour mon pays, mon continent et mon peuple essentiellement, et l’amour en général qui ne manque pas dans nos productions littéraires. C’est un fort message, j’ai envie de dire, pour la mère patrie et également un hymne à la vie, à l’humanité et à l’Afrique globalement. Ce n’était pas à l’origine un recueil à thème précis. Ça nous a donné une certaine liberté.

 

Je travaille plus au niveau des textes. Pour plusieurs raisons : passer des messages, et m’exprimer. C’est vrai que je me penche plus vers les lettres que vers les sciences. C’est du 60-40 en gros. Mais ça varie selon les jours.

 

Tu as déjà gagné par le passé deux prix littéraires. Entre toi et la littérature, est-ce une histoire d’amour ? Es-tu plus scientifique que littéraire ?

Fondamentalement, je ne m’inscris pas dans cette division littéraire-scientifique. Pour moi, c’est quelque chose qu’il faudra corriger dans notre façon de voir l’école et la façon d’aborder les choses. Ceci étant dit, est-ce que je suis plus littéraire que scientifique ou scientifique que littéraire ? Non, non… j’adore ce que j’ai étudié : les sciences de la santé. C’est très intéressant. Même si pour le moment, je travaille plus au niveau des textes. Pour plusieurs raisons : passer des messages, et m’exprimer. C’est vrai que je me penche plus vers les lettres que vers les sciences. C’est du 60-40 en gros. Mais ça varie selon les jours.

 

Donc tu préfères les mots ou les lettres aux rats de laboratoires ?

 

Euh… non, non. Je suis quelqu’un qui écrivait des textes entre un cours de biologie et de mathématiques. Mais au-delà de ça, je garde un pied quand même au laboratoire. Parce que c’est important, c’est intéressant et tout aussi passionnant. On n’a pas autant l’occasion de s’exprimer, de passer un message dans un laboratoire comme on peut le faire à travers des livres. Donc, c’est important aussi.

 

Pour moi, le fait que les poètes, les écrivains en général soient moins représentés dans le monde ne veut pas dire que leur temps est passé. Ça veut dire que ce monde va mal. La poésie, le roman ou l’écriture en général participent à forger l’esprit des gens.

 

Alors, le monde actuel peut-il se passer des poètes ?

 

Ça, c’est une grande question. C’est un éternel débat. Pour moi, le simple fait que l’on se pose la question montre que, encore aujourd’hui… non. Non. C’est vrai qu’on est de plus en plus distrait, poussé vers la matière, éloigné de la culture générale. Mais c’est un faux problème ! Pour moi, le fait que les poètes, les écrivains en général soient moins représentés dans le monde ne veut pas dire que leur temps est passé. Ça veut dire que ce monde va mal. La poésie, le roman ou l’écriture en général participent à forger l’esprit des gens. S’il n’y a plus ceux qui parlent au cœur, à l’âme, à l’esprit des personnes, je me demande bien de quoi les gens seront faits. Donc, c’est ça qui pose problème. Le monde ne peut pas s’en passer. S’il prétend s’en passer, c’est qu’il est malade en fait. Il y a un grand vide et nous remplissons ce vide avec du vide. Non, on ne pourra pas se passer des poètes…

 

On gratte un peu sur les heures de sommeil pour écrire. Ce qui fait que c’est très difficile d’en vivre. La meilleure façon de vivre ça, c’est de ne pas vouloir en vivre. Ça libère et tu ne te mets pas la pression non plus.

 

Je crois qu’avec ton recueil de poèmes, tu viens de rentrer dans le cercle fermé (ou pas?) des poètes togolais. Avec ta petite expérience, est-ce que le poète togolais peut vraiment vivre de son art ?

 

Le cercle n’est pas trop ouvert. Mais ce n’est pas fermé non plus (rires). Il y a encore quelques années, j’aurais dit non. Mais aujourd’hui, celui qui s’y consacre vraiment matin, midi et soir et fait des « tournées » et avec beaucoup d’efforts, je pense qu’on peut commencer à tirer nos épingles du jeu. Mais c’est difficile. Surtout parce que la plupart des écrivains ne sont pas uniquement écrivains. Ils ont plusieurs casquettes, notamment le poète. Entre les heures creuses, on se débrouille. On gratte un peu sur les heures de sommeil pour écrire. Ce qui fait que c’est très difficile d’en vivre. La meilleure façon de vivre ça, c’est de ne pas vouloir en vivre. Ça libère et tu ne te mets pas la pression non plus. Mais celui qui s’y met vraiment à fond, vraiment, c’est-à-dire matin, midi et soir de lundi à dimanche, se lève, sillonne le pays, d’écoles en écoles, vend son truc, va sur les médias, je pense qu’il peut tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, c’est faisable. Je pense que ça le sera encore plus dans quelques années. Disons qu’Il y a de l’espoir.

 

On va un peu parcourir le recueil de poèmes. À la page 16, tu écris :

« La misère embrasse mon pays comme une catin affriolante

Et mon pays fornique avec elle, et baigne dans le sang et la fiente !

Je lui baise les pieds et je l’embrasse, la terre qui m’a vu naître,

En lui demandant : « Pourquoi donc as-tu donné le sein à ces traîtres ? »

 

Tu y vas un peu fort non ?

 

Oui, c’est vrai. Comme les textes n’ont pas été écrits au même moment, chacun porte l’état d’esprit, l’état mental, le feeling de l’auteur au moment où il écrit. C’est un cri de colère. Je ne me rappelle plus très bien de l’occasion. C’est vrai que le Togo nous donne beaucoup d’occasions de nous énerver. Ça ne manque pas. Je pense quand même, pour un Etat relativement petit comme le nôtre, pas surpeuplé, normalement nous ne devons pas avoir certains problèmes. C’est étonnant, énervant, ça retourne l’estomac de constater certaines réalités.  Et quand on est écrivain, on rend ça. Oui, j’y vais un peu fort. Je pense que j’ai le droit. Et on ne m’en voudra pas pour ça.

 

Le Togo seul ne pourra pas s’en sortir. Le Ghana seul ne pourra pas s’en sortir. La Côte d’Ivoire ou le Mali seul ne pourront pas s’en sortir. Ni le Congo ni le Malawi.

 

Alors, es-tu défaitiste quant à ce que les choses changent ou s’arrangent ?

 

Non. Pas du tout. Absolument pas. Je ne suis pas d’un optimisme béat. Je crois que les gens construisent leur destin. Mais pour ça, il faut être prêt à faire des sacrifices. Je ne suis absolument pas défaitiste quant au destin du Togo. Je ne regrette pas le Togo. Je regrette l’Afrique en général. J’ai une vision beaucoup plus continentale du destin commun. Le Togo seul ne pourra pas s’en sortir. Le Ghana seul ne pourra pas s’en sortir. La Côte d’Ivoire ou le Mali seul ne pourront pas s’en sortir. Ni le Congo ni le Malawi. Je pense vraiment que c’est une renaissance totale africaine. C’est Tabo Nbéki  qui parlait de renaissance africaine à un moment donné. Je penche plus vers ça. Donc, je ne suis absolument pas défaitiste ou en désespoir quant au destin du Togo ou de l’Afrique. Au contraire, j’ai un immense espoir pour l’avenir. Comme dirait Edem Kodjo, il ne faut surtout pas sombrer dans le désespoir. L’Afrique a son avenir devant elle. Mais, il faudra se battre, il faudra travailler. J’ai un grand et immense espoir pour l’avenir.

 

On retourne à ton recueil de poèmes à la page 25 très exactement où se trouve le poème intitulé Cours

« Un prof, tout grand tout docte, dans une salle

Parle, parle, parle

Brasse l’air et le feu et le souffle et les mots et l’idée

L’auditoire, distraitement attentif,

Gît, exsangue,

Bataillant férocement contre le sommeil

L’université … Le poids de l’ennui ».

 

L’Université est-il vraiment le poids de l’ennui ?

 

(Rires) Je pense qu’on a tous… Il nous est arrivé de nous ennuyer ferme à l’Université hein ! C’est incroyable ! Parfois, tu te demandes qu’est-ce que le type raconte. C’est ça quoi ! On a appris des choses très passionnantes aussi. Mais par moment, je ne sais pas si c’est lui qui se fout de nous ou le contraire, mais parfois certains profs nous facilitent la chose quant à l’ennui ! C’est une petite pique comme ça qui est restée dans le texte. J’ai trouvé ça amusant de garder ça. C’est un clin d’œil à la fac. Je pense que beaucoup de mes camarades étudiants, ceux qui sont passées par l’Université s’y retrouveront d’une manière ou d’une autre.

 

C’est quoi la prochaine étape ? Un nouveau recueil de poèmes, un roman ?

 

Oui ! Les deux. Les trois mêmes je dirai puisqu’actuellement, je travaille à la fois sur un prochain recueil de poèmes, un roman également et un essai. Un essai pas politique, mais plutôt théorique. Je ne sais pas lequel des trois sortira en premier parce que l’édition au Togo c’est un chemin de croix. Mais je ne compte pas m’arrêter quand même ! Il y a encore des choses intéressantes à dire. Rester à l’écoute. Déjà, il faut profiter de ce premier recueil, achetez-le en attendant et il y aura certainement d’ici la fin de l’année un autre ouvrage à paraître.

 

Je pense que le plus intéressant c’est le fait que les gens puissent s’exprimer. Pendant longtemps, on a été chacun dans notre coin avec quelque chose dans sa tête qu’à un moment donné on a failli exploser. Maintenant, il y a un foisonnement incroyable des voix, des points de vue, une multitude de centres d’intérêts, de points de vue.

 

On sait aussi que vous êtes blogueur, mondoblogueur qui plus est. Ça fait un moment qu’on constate un foisonnement de blogueurs sur la toile. Comment voyez-vous l’avenir du blogging au Togo ?

 

Je pense que c’est comme pour l’écriture. Il y a une renaissance si on peut dire, une nouvelle floraison, une ré-émergence des idées. C’est intéressant le blogging. C’est quand même les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ça ouvre des voies. Je pense que le plus intéressant, c’est le fait que les gens puissent s’exprimer. Pendant longtemps, on a été chacun dans notre coin avec quelque chose dans sa tête, tant et si bien, qu’à un moment donné on a failli exploser. Maintenant, il y a un foisonnement incroyable des voix, des points de vue, une multitude de centres d’intérêts, de points de vue. Je pense que si nos autorités du ministère des Postes et de l’Economie Numérique nous offre une meilleure connexion, ça ira encore en avant. J’ai un bon espoir pour ça. J’ai aussi un regard un peu distant par rapport à ça. Je tourne de plus en plus vers le livre physique, vers des « travaux » plus sérieux, plus conséquents.  Mais, je trouve très intéressant cette émergence. Ça fait beaucoup de bruit aussi hein. Le fait que tout le monde ait la parole n’est pas forcément une bonne chose (rires). C’est quand même mieux que quand personne n’a le droit de s’exprimer. Je pense que des gens ont commencé par devenir blogueurs professionnels. Ça a déjà commencé, ça ira crescendo. Ça ouvrira la voie à la fois pour la liberté d’expression, pour la communication et aussi pour les affaires dans un pays où le chômage est quand même assez important.

 

Il faut sortir du Togo peut être pour se rendre compte de ce qu’est le Togo. On dit que c’est un petit pays par la taille mais grand par ses hommes. Mais, combien de grands hommes avons-nous ? J’imagine le Togo en négociation avec la Chine. Quand on sait que notre population représente un quartier de Beijing, on doit se poser des questions et se remettre en cause. Le temps des petits pays est révolu.

 

Quand on vous écoute, on sent le panafricain. Le panafricanisme, vous y croyez ?

 

Absolument ! Je suis un panafricain convaincu. Je dirai même panafricain radical. C’est une question de point de vue, de vision des choses. Ne serait-ce que pour des raisons géostratégiques ou géopolitiques. Le temps des petits ensembles est révolu. Il faudra que les pays africains le comprennent. Les petits pays à moins, d’être Israël et d’avoir un puissant réseau de diaspora, des gens fortunés répartis aux quatre coins du monde, ne pèsent rien face à la Russie, à la Chine, à l’Inde, aux Etats-Unis, ou à l’Union Européenne. Il faut oublier ça. Je ne dis pas de fusionner tout comme ça. Mais, il faut voir grand. Il faut sortir du Togo peut-être pour se rendre compte de ce qu’est le Togo. On dit que c’est un petit pays par la taille mais grand par ses hommes. Mais, combien de grands hommes avons-nous ? J’imagine le Togo en négociation avec la Chine. Quand on sait que notre population représente un quartier de Beijing, on doit se poser des questions et se remettre en cause. Le temps des petits pays est révolu. C’est fini ça. Après, chacun sa sensibilité. C’est mon point de vue. Rien que pour ça, je suis un panafricain radical. Quelle forme ça prendra, comment ça va se présenter, c’est autre chose. Je pense que c’est un point de vue intéressant qui malgré les échecs cuisants du passé, mérite quand même d’être revisité, re-exploré pour l’avenir. Même si l’Union Africaine joue très mal son rôle qui lui était dévolu, c’est un indice quand même de ce vers quoi on doit tendre. Ce n’est que mon point de vue évidemment. Mon avis compte si peu.

 

Comme je lis beaucoup, je me suis rendu compte que c’est une musique qu’on peut écouter tout en lisant. C’est généralement sans paroles.

 

C’est la musique classique que tu écoutes apparemment lorsque tu écris tes vers et textes !

 

Oui, je suis un immense consommateur de musique classique européenne.

 

Une bonne source d’inspiration ?

 

Oui. C’est excellent pour… en fait, c’est intéressant la façon dont je suis arrivé à ça. Comme je lis beaucoup, je me suis rendu compte que c’est une musique qu’on peut écouter tout en lisant. C’est généralement sans paroles. J’ai également découvert les grands compositeurs comme Mozart ou Bach… Beethoven aussi, qui pour moi est le plus grand compositeur de tous les temps même devant Mozart. Je consomme aussi beaucoup de jazz que certains appellent la musique classique africaine. C’est un parallèle intéressant. J’écoute donc beaucoup de musique classique et de jazz, mais je suis ouvert à tous les genres musicaux.

 

J’ai repris les disques de mon père pour reprendre Youssoupha.

 

Vos artistes préférés de Jazz ?

 

Incontestablement Miles Davis, Sydney Bechet, le vieux Louis Armstrong, John Coltrane aussi. Disons que je suis relativement old school. J’ai repris les disques de mon père pour reprendre Youssoupha.

 

 

Et côté féminin ?

 

En matière de jazz, je verrai plutôt Nina Simone. C’est La voix par excellence en matière de musique. Pour les slows, j’écoute beaucoup Nana Mouskouri. J’écoute aussi l’anglaise Adele qui est la meilleure chanteuse d’Europe des dix dernières années selon moi.


Sonya Tomegah au pays de la création

Née à Lomé il y a 30 ans, Sonya Tomegah est une entrepreneuse passionnée avec trois principales casquettes. Le monde de la création est là où elle exprime le mieux son talent d’architecte junior et de créatrice d’accessoires en wax et en textile africain. Discrète, dynamique et ouverte d’esprit, elle est perçue comme une professionnelle honnête, gentille et de bonne humeur.

Sonya Tomegah

 

Amoureuse de la vie comme elle se définit elle-même, diplômée de l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’urbanisme (EAMAU) de Lomé, titulaire d’un Brevet de Technicienne Supérieure (BTS) en Arts appliqués spécialité Design d’espace au lycée des Métiers de l’habitat et de l’aménagement urbain Adolphe Cherioux de Vitry sur Seine en France après l’obtention d’un bac Economique et Social, Sonya Tomegah a une vie professionnelle bien remplie. « Très tôt, j’ai su que je travaillerai dans le milieu de la création sans pour autant savoir exactement vers quelle branche me tourner » confie-t-elle. « J’ai trois casquettes principales » opine Sonya. Car celle dont le parcours et le cursus ont tourné autour de formations relatives à la création a fini par trouver non sa voix mais ses voix : celle de la raison, celle de la passion et celle du cœur.

 

« Toutes ces activités font mon équilibre »

 

« L’architecture, l’architecture d’intérieur (à ne pas confondre avec la décoration d’intérieur) sont mes choix de raison, le gagne-pain sur lequel je pourrai compter quoi qu’il arrive… » explique Sonya qui travaille en association avec deux de ses aînés dans le domaine avec autour d’eux une équipe de dessinateurs et d’ingénieurs.

« Nyah’s Touch » en abrégé NT, l’entreprise qu’elle a lancée il y a cinq ans, qui promeut « le textile ayant fait ou faisant partie de l’histoire africaine «  et qui crée des accessoires à base de wax ou de textile africain (cuir, bogolan, danfani, kenté, etc.) est sa passion. « NT pour moi, déclare Sonya, c’est une chose naturelle. Je ne peux pas voir un bout de tissu à côté de moi sans en faire quelque chose ». Elle affirme par ailleurs que « ne pas créer NT aurait été pour moi l’équivalent de renoncer à ce que je suis ».

 

L’école la Madone (maternelle, primaire et collège) fondée par sa maman il y 31 ans et où elle donne des cours d’arts plastiques aux classes du collège est enfin son choix de cœur pour pérenniser la « belle initiative » de sa maman qui n’est plus. « (…) Toutes ces activités font mon équilibre et me rende heureuse. J’ai déjà essayé de me séparer de l’une d’entre-elles. Impossible. J’y reviens toujours » explicite Sonya.

 

« Râleuse, paresseuse par moment, égoïste de mon temps (…) »

 

Décrite comme une grande professionnelle honnête, gentille et de bonne humeur, Sonya est à la fois discrète, dynamique et ouverte d’esprit. A en croire certains, elle n’hésite même pas à passer des nuits blanches pour satisfaire ses clients. A la qualité, elle tient beaucoup. « J’essaie surtout de donner tout ce que j’ai de meilleur en moi, d’être la meilleure version de moi-même » souligne l’architecte d’intérieur avant de reconnaître qu’elle n’est pas infaillible, que la perfection n’étant pas de ce monde, elle a aussi comme tous, beaucoup de défauts par rapport au portrait parfois idyllique que les gens dressent d’elle.

Sonya est aussi « râleuse » et « paresseuse par moment ». « Egoïste de mon temps » comme elle l’avoue elle-même, elle est sévère pour les uns et aussi critique pour les autres. « C’est souvent l’inspiration de dernière minute qui occasionne les nuits blanches ou les nuits charrette comme cela se dit dans le jargon des architectes » affirme Sonya. Les commandes pressées peuvent en être également la cause. Cela ne semble guère déranger Sonya. « J’ai l’habitude de ne pas me plaindre du travail supplémentaire ou sous pression. C’est une grâce d’avoir du travail et de pouvoir faire ce que l’on aime. Dans ces moments-là, je retrousse mes manches, je mets de la bonne musique et je fonce » indique cette âme sensible à la musique classique et à la salsa cubaine.

https://www.instagram.com/p/BMbnT9BDu2M/?taken-by=sonya_fifonsi

« Il est peut être facile de démarrer mais c’est faire perdurer son entreprise qui reste le plus dur »

 

Sonya Tomegah est à une étape où elle doit évoluer et trouver de gros financements pour Nyah’s Touch. Jusque-là, elle finance NT avec sa principale activité d’architecte. « Il est clair, avoue-t-elle, que si je veux développer NT, je dois y mettre plus de moyens ».  » Il ne faut pas se leurrer » lâche-t-elle avant de poursuivre: « Je dirai qu’il peut être facile de démarrer. Mais c’est faire perdurer son entreprise qui reste le plus dur ». « En ce qui me concerne, c’est beaucoup de sacrifices. Tu injectes beaucoup de temps, d’argent sans pour autant avoir de résultats immédiats » révèle Sonya qui a plusieurs pistes en tête et réfléchit à la meilleure tactique à adopter. Elle ne compte pas les nombreuses fois où elle a voulu arrêter l’aventure avec NT car le jonglage entre le meilleur business model, la gestion de la comptabilité et les impôts n’est pas une sinécure. « Vous n’aviez pas fini d’entendre parler de Nyah’s touch » lance-t-elle. Pour l’instant, elle savoure dès qu’elle le peut un verre de Gewurztraminer tout en écoutant « Le clair de lune » de Claude Debussy : un de ses moments « priceless » et « juste exquis ».

 


Attirance un jour, attirance toujours

Kèmba

Je sais que je ne devrais pas

T’écrire un poème

En ce jour,  mérite l’anathème

 

J’aime exprimer les choses qui sont au fond de moi

Même si elles suscitent parfois l’émoi

Et donc, sans transition

Je te réaffirme mon admiration

 

De toi, je suis toujours amoureux

En ta présence, je sens brûler en moi le feu

Ce feu qui brûle en moi depuis le premier jour

Et me convainc que c’est le véritable amour

 

J’ai voulu te détester

J’ai essayé

C’était voué à l’échec

Comme un mauvais déclic

 

Je t’ai dans la peau

De ma vie sentimentale, tu es la météo

Même éloignée de moi, je sens toujours ton influence

Te connaître est plus qu’une chance.

 

Il y a toi d’abord et ensuite les autres filles

Aucunes d’entre-elles ne t’arrivent à la cheville

Tu es unique

Tu es à la fois magnifique et magique

 

Mes mains dans tes mains

Moi qui t’étreins

Moi qui t’embrasse

Moi qui ne me lasse

 

Toi qui m’appelle « Bébé »

Ou Barthy que tu m’as surnommé

Toi qui me touche

Toi qui aime les bisous de ma bouche

 

Attirance du premier jour

Attirance toujours

Sur toi, je fantasme

Mais au-delà du physique, je t’aime.

 

Il vaut mieux au moins que l’amitié nous unisse

Il ne faudrait pas que tout finisse

Tu restes la femme de ma vie

Et j’en suis convaincu et ravi.

 


Kajola

Kajola, ce dimanche

Où de moi, tu étais proche,

J’avais remarqué ta forte pilosité

Et ton sourire m’avait enchanté

 

Après ton départ, j’ai regretté de n’avoir pas pris ton numéro

Mais, sur Facebook, je t’ai cherché

Et après avoir associé ton nom à celui de Kégué, ton quartier, je t’ai trouvée

J’eus la confirmation avec ta photo

 

Au début, tu étais méfiante

C’était tout à fait normal

Avec le temps, nos discussions sur Whatsapp, sont devenues cultes

Tel un rituel

 

Ton surnom Kajola

Couplé de ton aura

Me donne envie de te cajoler

Et de te câliner

 

Du peu que je sais sur toi,

Tu es une battante

Ta lutte pour avancer, malgré les écueils, est permanente

Ton côté touche-à-tout me laisse souvent pantois

 

Tu incarnes la joie de vivre

Dont tes ami(e)s à coup sûr sont ivres

Avec ta gueule d’ange

J’adore l’énergie que tu dégages

 

Tu es belle

Gracile

Et avec tes airs de gamine,

Superbement mignonne

 

Tu es stylée

Passionnée

Intéressante

Et attirante

 

Tu es intelligente

Alerte

Quand tu ries, tes fossettes décuplent ton charme

Quand tu parles, ta voix, un tantinet grave, raisonne comme un slam

 

J’aime ton franc parlé

L’importance que tu accordes à l’amitié

Le sens de la famille que tu privilégies

Et j’en suis ravi.


Tu es l’Etoile qui brille

Crédit: https://www.lechelledejacob.com

La première fois, tu m’as charmé

Car en plus d’être stylée, tu étais bien habillée

Et rien que pour ça, tu m’as plu

Mon intérêt pour toi s’est accru

 

Avec le temps, j’ai découvert ta sensibilité

Mais aussi ta gentillesse et ta tendresse

Mon attirance pour toi, à travers ta sensualité, s’est décuplée

Avoir réussi à tenir la conversation avec toi reste pour moi une prouesse

 

Ton rire est unique

Mais également magnifique

Il attire l’attention

Suscite l’admiration

 

Ton rire est comme une lumière qui brille dans une pièce obscure

Il est comme une Etoile qui brille dans la nuit

Telle une lueur, il luit

Et quand tu ris, moi, j’adore

 

J’aime ton côté rêveuse

Ainsi que ta façon de voir les choses

Je kiffe tes manières de gamine

Qui confirme que t’es une vraie benjamine

 

Ça me fait un bien fou de te câliner

De te couvrir de bisous

De toucher tes joues

Car, c’est extrêmement soyeux et doux

 

Te taquiner reste mon sport favori

Quand tu fais tes scènes de jalousie

Te pousser à bout m’amuse comme un enfant

Parce que c’est plus que tentant

 

Quand nos mains s’entrelacent, c’est un pur bonheur

Quand nos regards se croisent, je sens des frissons

Nos discussions reflètent l’harmonie d’une belle chanson

Qui raisonne comme un son d’Usher

 

 

J’aurai bien aimé ou j’espère un jour ou toujours t’embrasser

J’aurai voulu qu’il y ait beaucoup plus entre toi et moi qu’une simple amitié

J’aurai voulu que tu te confies plus à moi

Car tes soucis te rongent trop de l’intérieur parfois.

 

 

 


Pikaluz, le puriste qui prône le retour aux sources du Hip-hop togolais

Rage et assurance caractérisent le flow de Pikaluz à qui j’attribue déjà à tort ou à raison l’ego surdimensionné d’un Kanye West. Et tel un docteur ou un puriste, il pose le diagnostic de l’état de santé du Hip-hop togolais. Tout simplement malade, le genre a perdu de sa superbe constate-t-il amèrement sous la forme d’un coup de gueule. A l’en croire, les promoteurs mettent plus en valeur des artistes venus d’ailleurs. C’est fort de ce constat qu’il sort deux singles : Obéna et surtout Bintoua dans lequel Pikaluz  veut purifier le Hip-hop togolais et appelle tous les rappeurs à un retour aux sources.

« Je les appelle vraiment à un retour aux sources car la plupart des artistes qui ont commencé avec le Hip-hop ont dévié vers le commercial » fait remarquer le natif de Kodjoviakopé ou de la cité K, un quartier populaire de Lomé. Toujours dans Bintoua, il clashe Mic Flammez, un nom connu du Hip-Hop togolais. Aurait-il viré vers le commercial? Ou querelle de quartier?

S’il a choisi de rapper en Mina ou en Ewe, c’est selon, dans ces deux singles, c’est parce qu’il s’y sent à l’aise. « C’est ma langue maternelle, se justifie t-il. C’est de là que je peux m’exprimer à fond. Il est temps qu’on valorise notre propre langue aussi. Avec le Mina, je peux conquérir le Togo, le Bénin, le Ghana voire la diaspora ». Il précise par ailleurs la sortie prochaine de singles aussi bien en Anglais qu’en Français.

De retour du Ghana voisin où il a fait des études en cinématographie, Pikaluz est soutenu et rassuré par la Team Atiglinyi fondé par ses soins et dont les membres sont de jeunes talents ayant pour but de promouvoir la musique et la fraternité au sein de la cité K. Adzakey Kodjo Enyonam à l’état civil, Pikaluz – condensé de Papi, un autre de ses surnoms, Kodjo, de Adzakey et de Luz signifiant lumière en Espagnol – n’est pas un perdreau de l’année dans le rap game. Et à ceux qui croiraient le contraire parce qu’ils n’a pas encore d’album à son actif, il souligne que déjà en 2007, il a collaboré avec Black T, Master T et le groupe Most Wanted sur le titre Ancien dont il a composé le refrain. Lorsqu’on lui demande si c’est un album qui se prépare avec son retour au pays et les deux singles, il répond : « Si Dieu le permet, pourquoi pas ? » A ceux qui colportent à tort ou à raison des rumeurs sur lui, il les laisse parler et continue d’avancer. N’est-ce pas le message qu’il véhicule dans Obena ?

 

 

 

 


Le jour où mon casier d’ivresse n’était plus vide #MondoChallenge #MaPremièreFois

La première fois, c’était avec Jude. Lui avait déjà vécu pareille expérience. Il avait un palmarès peu ou prou riche en la matière. Il avait l’habitude de me raconter ses exploits ou déboires, c’est selon. Moi, mon casier d’ivresse était vide jusqu’à ce samedi soir. De l’année, je ne me rappelle plus. Mais, je sais que c’était lors de la fête de la bière à Lomé, que c’était en octobre, que c’était récent. Car elle s’est déroulée en face de l’Hôtel de la Paix et non plus en face de l’Hôtel Ibis comme les années précédentes…

Nous nous étions donnés rendez-vous Jude et moi sur les lieux. Comme convenu, nous nous retrouvâmes à l’une des entrées bondées de monde. Nous y entrâmes, allâmes saluer un de mes grands frères qui y tenait un stand. Nous primes place chez lui un moment. Quand un non fan de bière comme moi va à la fête de la bière, il y a déjà problème. Même si on y vend pas que de la bière, il est difficile de ne pas en consommer. Nous commandâmes une Castel chacun. Habitué à boire de la bière, Jude n’eut aucune peine à finir sa bouteille. C’était plutôt le contraire chez moi. J’eus toutes les difficultés du monde à finir la mienne. C’était un véritable supplice que je m’infligeai. Et comme si cela ne suffisait pas, nous quittâmes le stand de mon frère pour un autre. Une amie de Jude devait nous y rejoindre.

La fête de la bière est l’occasion de promotions en tous genres comme par exemple: deux Castels pour le prix d’une. C’est justement cette promotion qui aura fini de m’achever et de me porter le coup de grâce. Avant que l’amie de Jude ne nous rejoigne, nous fîmes un tour. Autrement dit, je m’infligeai encore tel un sadomasochiste deux Castels. J’ai oublié de vous dire que Jude et moi avions fait l’Institut des Sciences de l’Information, de la Communication et des Arts (ISICA) de l’Université de Lomé et que c’est lors d’un stage à la Radio Lomé qu’il a connu cette amie. Lorsqu’elle arriva, nous fîmes un autre tour. Deux nouvelles bouteilles de Castel étaient servies à chacun de nous trois. Je tiens à préciser que j’ai accompli jusque-là un exploit. Boire trois bouteilles était pour moi la mer à boire. J’entamais à peine ma quatrième bouteille lorsque je constatais que j’étais en état d’ébriété. J’étais en fait à la fois mi saoul et mi conscient. Il fallait arrêter le massacre. Une autre gorgée de bière aurait été celle de trop.

Je pris la décision de rentrer. J’en informais Jude. « Je n’en peux plus » lui dis-je. Il comprit. J’étais à bout. Ma maison ne se trouvait qu’à quelques kilomètres. Je marchais alors pour rentrer. Sur le trajet, je me demandais comment j’en étais arrivé là. Étais-je vraiment saoul ? Cette interrogation tournait en boucle dans ma tête. J’allais connaître pour la première fois l’expérience de l’ivresse. Rien qu’en y pensant, j’étais terrifié. Une fois rentré, je ne tardais pas à avoir la confirmation. Je gerbais d’abord. J’eus ensuite envie d’aller aux chiottes. Et là, je roupillais un bon moment. Je me réveillais en sursaut. Je me rendis compte que j’étais vraiment saoul, que je venais de manifester les quelques symptômes de l’ivresse, que je me retrouvais dans toutes ces histoires de mésaventures alcooliques racontées par des amis.

Je me rendis directement au lit. Toute la nuit, je me réveillais par moment car j’étais mal à l’aise. Le lendemain, j’eus de la peine à me réveiller. J’avais un mal de tête pas possible. Me lever et me tenir debout était une corvée. Quand je réussi enfin, je n’ai pas tenu longtemps. Dehors, mon visage ne pouvait supporter le soleil. Je tentais tant bien que mal de soigner ma gueule de bois. Je passais une mauvaise journée. D’ailleurs, une mauvaise semaine. La soirée de samedi soir a déteint négativement sur toute ma semaine.

Entre la bière et moi, ce n’est toujours pas le grand amour. Il ne pouvait en être autrement ! Mon casier d’ivresse, lui, n’était plus vide !


Lomé, la ville à la double naissance

Lomé était-elle vraiment une ville centenaire en 1997 ? N’existait-elle pas avant 1897 ? A-t-elle été fondée par Dzitri comme nous l’avions appris sur les bancs d’écoles ? Qui étaient ses premiers habitants ? Que nous disent les livres d’histoires ou les historiens à propos ? Voilà autant d’interrogations qui méritent de trouver des éclaircissements. Les versions et les sources divergent. Les analyses critiques sont sans concession. Pour Yves Marguerat[1], Lomé aurait ou a deux naissances. La première, « mystérieuse » et la seconde, plus que plausible.

« C’est en effet par les chronologies comparées que l’on doit arriver à une chronologie plus fiable »[2] écrivait Robert Cornevin[3] dans le mensuel Togo Dialogue en 1984.

Essayons d’y voir plus clair avec les traditions contradictoires, les documents administratifs, les récits et les écrits de l’époque.

Ce que tout le monde sait ou croit être la vérité 

Les versions divergentes ne font pas défaut. Demandez à un ou une élève du cours primaire qui a fondé la ville de Lomé. Il vous dira sans sourciller : « Dzitri ». Il vous dira même l’année : 1630, au XVIIe siècle. Et il n’as pas tort. C’est ce qu’on lui a appris.

« La tradition la plus répandue, qui a presque valeur officielle, et qu’on enseigne aux enfants des écoles, est celle qui parle de Djitri, telle qu’elle aurait été recueillie au tout début de ce siècle (XXe) par le pasteur Sieth, le grand anthropologue des Ewé, et transcrite par le premier historien togolais, le RP Henri Kwakumé[4] » renchérit  Yves Marguérat.

Dans le même ordre d’idées et à en croire Robert Cornevin, qui s’appuie sur des documents allemands et un article de l’administrateur Nativel[5], la naissance de Lomé coïnciderait avec  l’installation au XVIe siècle du chasseur Dzitri à l’emplacement de l’ancien quartier Zongo. Yves Marguérat souligne cependant, que jusqu’au dernier quart du XIXè siecle, les sources écrites étaient muettes sur les origines lointaines de Lomé.

D’autres traditions, orales pour la plupart, attribue la fondation de Lomé à un certain Konou ou à Elou. Des « personnages dont on ignore tout en dehors du nom » indiqua Yves Marguerat. Konou, selon une tradition du quartier d’Amoutivé qui reprend un récit entendu à Agbatopé (village situé près de Tsévié) et recueillie en 1979 par le RP Robert Pazzi, serait le fils d’un certain Avounya, chef de l’un des clans sortis de Notsè. Un récit recueilli en décembre 1986 à Kélégougan -banlieu nord de Lomé- par E. Ahiako de L’ORSTOM-Lomé attribuerait quant à lui la fondation de Lomé à Elou.

Vue de Lomé à partir du quartier administratif
Crédit @AnaniAgboh

 

Alomé, une ville de fuyards

Alomé, qui perdra son A initial pour Lomé et signifie littéralement « au milieu des alos », aurait été le premier abri du chasseur Dzitri « dont les ascendants se trouvaient dans le troisième groupement de l’Exode de Notsé » ou des Ewés selon H. Kwakume. Dzitri nomma ce lieu Alomé en référence aux arbres qui y végétaient et dont les fruits sont dits « alo ». Pour le RP Kwakume, Alomé correspond à Zongo, quartier des commerçants haoussah de 1909 à 1977, entre le commissariat central et la tour de la Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI).

« Dzitri escomptait être à l’abri des animaux féroces dont toute la région côtière était infestée en ce temps-là » fait remarquer le premier historien togolais.

L’établissement de Dzitri à Lomé est la suite logique de la grande migration des Ewés, qui s’opposant à la tentative forcée de monarchie centralisée voulue par le roi Agokoli ont quitté Notsè, « leur berceau historique » comme l’écrivit Yves Marguérat. Ils se sont alors éparpillés en petits groupe dans des directions diverses. Il a fallu, selon les estimations de Marguérat, un demi-siècle voire un siècle à ceux qui se dirigeaient vers le littoral, les ascendants de Dzitri, d’y parvenir. Les Ewés ayant quitté ou fui Notsè, c’est selon, seraient donc les premiers habitants de Lomé. La version populaire dit qu’ils ont fui le désir sanguinaire d’Agokoli. La version historique plus argumentée parle plutôt d’une révolution contre le pouvoir que voulait imposer Agokoli. Les seconds, eux, seraient venus de l’est c’est-à-dire du Dahomey. S’étant bien confortablement établi à Lomé, Dzitri décida de fonder pour son fils aîné Aglen un village du nom d’abord de « Adelatô »  (quartier des chasseurs) puis . Bè, la cachette, a gardé son nom jusqu’à aujourd’hui. Bè était donc la cachette des Adjas qui ont fui le Dahomey pour causes de guerres. Ils demandèrent donc asile chez Aglen qui les hébergea après un avis favorable de son père. Ces Adjas, explique H. Kwakume, « craignant que leur nouvel habitat ne fût découvert à la longue par leurs ennemis les Dahoméen, firent une loi de ne jamais parler à haute voix, ni de tirer des coups de fusils, ni de s’amuser en dansant aux sons du tam-tam, raison pour laquelle Aglê surnommait son village « Bè » (Cachette). On l’appelait aussi « Badefe, Badekpa » (clôture où l’on ne parle qu’à voix basse). « Il y avait, précise Yves Marguérat qui s’appuie sur le père Kwakume, au moins deux groupes à l’origine de Lomé et surtout de Bè, les Ewé, venus de Notsè, et les Adja, venus de l’est ». Il évoque également l’éventualité d’un troisième groupe originel qui d’après la tradition de Bè serait venu d’Aflao, à l’ouest, actuellement au Ghana.

La seconde naissance de Lomé : une histoire de contrebande

Selon Yves Marguérat pour qui « Alomé et ses habitants resteront toujours fantômatiques », l’installation de Dzitri parmi les alos pourrait constituer la première naissance de Lomé. Si les sources semblent ne pas être fiables sur cette première naissance, le mécanisme qui conduit à la seconde naissance de Lomé est « clairement intelligible » dixit Y. Marguérat. Tout se serait passé entre 1874 et 1884.

« Les anglais annexent à leur nouvelle colonie de la Gold Coast le littoral des Anlo. Ne sachant pas exactement ou s’arrête celui-ci vers l’est, ils occupent aussi le littoral mitoyen, celui des Somé ; ils imposent désormais de lourdes taxes douanières aux denrées d’importation les plus bénéficiaires : le gin, le rhum et le tabac, taxe qui sont de très loin la ressource essentielle du budget de leur colonie (jusqu’à 80%) » détaille Y. Marguérat.

Cette annexion se déroule en août 1874.

Mais très vite, des commerçants de la région créent au-delà de cette nouvelle frontière de la Gold Coast, un nouveau poste de commerce à Denu. Craignant que ce nouveau poste ne plombe l’économie de la colonie, les anglais reviennent à la charge le 1er décembre 1879 pour annexer derechef 7 km supplémentaires du littoral, Denu et Aflao compris. Ils fixent ainsi les frontières de l’actuel Ghana. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un nouveau trafic vit le jour au-delà de cette nouvelle frontière. Il s’agit de la contrebande qui se déroule à Bey Beach qui n’est autre que Lomé. Ceci apparaît dans un rapport rédigé le 21 décembre 1880 par le commandant de Keta, le capitaine Graves.

« J’ai découvert, narre-t-il, que de nombreux chefs d’Aflao et d’Agbosomé, ainsi que quelques chefs anlo, y ont débarqué des quantités de rhum, de gin et de tabac, de poudre et de fusils. (…) Cela prive Keta de revenus [douaniers] importants, car ces nouveaux points de commerce sont très proches ».

Les rapports alarmants des successeurs de Graves comme ceux des capitaines Wilton et Firminger demandant avec insistance à Londres d’annexer Lomé afin d’y juguler la contrebande ne trouveront aucun écho favorable. « La ville de Lomé, soulignait Wilton dans un rapport du 6 octobre 1881, est le quartier général des opérations ».

« Les pertes de revenus douanières, poursuit-il, causées à la colonie par la contrebande faite à cet endroit et à Baguida[6] sont énormes. Les gens traversent constamment Adafienu et Denu [en venant de Keta] avec des dames-jeannes vides sur la tête. Aucune de ces dames-jeannes ne revient jamais par le même chemin ».

ll faut noter que Lomé est située à 2,3 km d’Aflao. En d’autres termes, c’est la distance exacte à en croire Yves Marguérat, qui va de la frontière actuelle au carrefour avenue de la Libération/boulevard de la République. Lomé ou Beh Beach voire Lomi comme on pouvait le lire dans certains rapports, n’a fait son apparition que depuis l’annexion de Denu et d’Aflao (1879).

Abondant dans le même sens, le capitaine Firminger évoque la nécessité d’annexer Lomé avec des chiffres à l’appui dans un rapport datant du 26 mars 1884. En voici un extrait :

« En 1880, l’année qui avait suivi l’établissement de douanes à Denu, les revenus douaniers étaient remontés [de 2136 livre] à 6184 livre. Dès 1881 toutefois, le nouveau point de commerce de Lomé, ou Beh [Beach], qui avait été fondé par les chefs d’Agbosomé avec les subsides qui leur avaient été donné [1880], s’était solidement implanté comme dépôt de contrebande. A mesure que son trafic augmentait, les revenus de Quittah (incluant ceux de Danoe) ont baissé : 3771 livre en 1881. […] ».

« Sans Beh Beach (Lomé donc) entre nos mains, Agbosomé et Afflahoo n’ont pour nous peu d’intérêt, voire aucun » écrit-il également tout en faisant remarquer que « les droits de douanes qui pourraient être collectés à Beh beach sont estimés à 30 000 livre par an ». Yves Marguérat indique qu’en 1883 et juste après deux années déficitaires constatées au niveau du budget de la Gold Coast, la somme de 30 000 livre « était bien tentant ».

Ainsi donc, faisant fi du refus de Londres, le gouverneur d’Accra envoya en juin 1884 Firminger à Lomé dans le seul but de mettre fin à la contrebande florissante qui s’y déroulait.

« Il séjourne dans la région à partir du 18 juin 1884, rencontre les autorités de Bè, de Porto-Séguro et de Togoville et leur arrache la promesse de faire cesser la contrebande nuisible à la Gold Coast dans un délai d’un mois, faute de quoi la puissance britannique se manifesterait en occupant toute la région » explicite le Professeur Nicoué Lodjou Gayibor.

Ce dernier précise que « Firminger repart très content de sa mission, ignorant qu’il venait, bien malgré lui, de sceller le destin allemand de la future colonie du Togo ». « On sait, note Y. Marguérat, la principale conséquence de cette démonstration de force de Firminger sera, deux semaines plus tard, l’appel au secours lancé à un navire allemand qui passait là providentiellement, et donc, très directement, la naissance du Togo en tant qu’entité territoriale internationalement reconnue ». Le Togo allemand est « un pur hasard » dira le Pr Gayibor lorsqu’il préfaça en 1993 l’ouvrage : La naissance du Togo selon les documents de l’époque[7] d’Yves Marguerat.

« (…) L’existence du Togo allemand, opine-t-il, fut réellement un produit du hasard. Nullement accrédité pour signer des traités d’occupation sur la Côte des Esclaves, Nachtigal réussit néanmoins à y jeter les bases d’une colonie qu’on qualifiera bientôt de « modèle », en profitant d’un concours de circonstances habillement –et providentiellement ? – exploitées par les commerçants allemands, pourtant en petit nombre sur les lieux ».

A l’en croire, « trois évènements cruciaux ont rendu cette réalité possible ». D’abord, « la création de la colonie anglaise de la Gold Coast et, par voie de conséquence, l’émergence de la ville de Lomé ». Ensuite, « les rivalités anglo-françaises sur la Côte des Esclaves, enclavée entre les possessions britanniques de l’ouest (la Gold Coast) et de l’est (Lagos, alors rattachée à la précédente) ». Et enfin, « les rivalités internes entre les dynastes Akagban (Lawson) et Adjigo d’Aného, deux camps soutenus par une forte clientèle, dans leurs luttes pour le partage (ou le monopole) des taxes et rentes foncières payées par les firmes européennes-anglaises, allemandes, françaises-et sierra-léonaises, installées sur la place ».

De cet appel au secours découlera la signature du protectorat allemand par l’entremise du Dr Nachtigal envoyé par Bismarck. Nachtigal à son tour désigna le commerçant Heinrich Radad pour représenter l’Allemagne dans son protectorat le 6 juillet 1884 et lui assigna Lomé comme résidence. « Si Togoville était la capitale officielle du royaume du Togo, Lomé en était donc la capitale administrative, et la décision du 6 mars 1897 ne fut, en fait, qu’un retour aux sources… » affirme M. Marguérat.

Lomé, ville centenaire en 1997 ?

La seconde naissance de Lomé, qui semble la plus plausible et qui est intervenue juste après l’annexion de Denu et d’Aflao par les anglais en 1879, fruit des commerçants contrebandiers se situerait en 1880. Pourquoi alors a-t-on donc fêté le centenaire de la ville de Lomé en 1997 ?

« En fait, confie Yves Marguerat, en 1897 Lomé existait déjà depuis 17 ans, et même depuis deux siècles. Mais ces deux naissances avaient été fort discrètes et obscures ». Lomé était sûrement commémorée en tant que capitale du Togo car c’est bien le 6 mars 1897 qu’elle obtint ce titre. Elle n’était pas célébrée comme ville au sens propre du terme.

« C’est pourtant, fait toujours constater le français de l’ORSTOM, ce qui a été longtemps affirmé, et même imprimé : Lomé aurait été fondée en 1897 par le gouverneur Köhler, vrai génie visionnaire qui en aurait dessiné tout le plan, jusqu’au boulevard circulaire inclus. Certains ont même écrit que ce plan était inspiré de Hambourg ce qui prouve une totale méconnaissance des deux villes, que vraiment rien ne rapproche ».

Tout porte donc à croire qu’on a voulu passer sous silence ce que Lomé était avant 1897 et comme par enchantement, elle a commencé à vivre en 1897. S’agit-il peut être d’un coup de communication pour faire rentrer Lomé dans le cercle des villes centenaires du monde ?

« Pour les historiens, tranche Yves Marguerat, c’est bien en 1880 qu’eut lieu la seconde naissance de Lomé, celle qui fut définitive ».

 

Références:

[1]Les deux naissances de Lomé : Une analyse critique des sources. In : Gayibor N., Marguerat Y. Nyassogbo K. (ss. dir. de) 1998 : Le centenaire de Lomé, capitale du Togo (1897-1997), Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997), Collection « Patrimoine » n°7, Lomé, Presses de l’UB, pp.59-77.

[2] Robert Cornevin. Au sujet des origines de Lomé, Togo Dialogue, N°92, 1984.

[3] Ex Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer.

[4] « Premier prêtre natif du Togo, ordonné en 1928, décédé en 1960, il publia d’abord ses études dans des articles de la revue catholique en éwé Mia Holo, dans les années 1930, puis les reprit en livre en 1984 » (Yves Marguerat)

[5] Leo Nativel : Administrateur-adjoint du cercle d’Atakpamé (novembre-décembre 1931)

[6] « Un second point de trafic s’ouvre, une quinzaine de km plus loin, sur la plage du vieux village de Baguida, mais il restera nettement moins actif » (Yves Margurat)

[7] Yves Marguerat, Les chroniques anciennes du Togo N°4, La naissance du Togo selon les documents de l’époque, première période : l’ombre de l’Angleterre, Lomé, 1993.


La 10e édition du Filbleu fera la part belle aux arts plastiques

Si Filbleu brille encore cette année par sa pluridisciplinarité, elle fera la part belle cependant aux arts plastiques. Cette 10e édition (15-25 mars 2017) « est l’occasion de la première rétrospective dans les arts plastiques au Togo » annonce Kangni Alem, directeur artistique du festival pour qui il s’agit de mettre en exergue ce qui a marqué l’histoire des arts plastiques au Togo.

Affiche de la 10e édition du Filbleu

 

Ainsi, les projecteurs seront braqués sur le mystérieux peintre Calico à la double mort, définitivement décédé en 2002. Il appartenait à ce qu’on appelait « l’école de Lomé ». « Nous avons cherché à retrouver ses œuvres pour une rétrospective » précise Kangni Alem. De la musique, du théâtre, des débats d’idées sont également au programme. Côté littérature, trois écrivains béninois, autant d’ivoiriens, le jeune poète togolais et mondoblogueur Renaud Ayi Dossavi-Alipoeh sont entre autres au rendez-vous.

Commençons par évoquer ici la caravane littéraire qui a sillonné le Togo du nord au sud, de Dapaong à Lomé, pendant une semaine (26 février-04 mars 2017) et qui a servi indirectement de tremplin au Filbleu 2017.

La caravane littéraire comme rencontre directe entre auteurs et public de l’intérieur du pays

L’idée a germé il y a six mois. Toutes les conditions, semble-t-il, étaient réunies pour qu’elle se réalise. D’un côté, la délégation de l’Union européenne au Togo dont le soutien à la promotion de la culture et des arts, n’est plus à démontrer était prête pour un partenariat et voulait en profiter pour lancer des projets de développement. De l’autre, l’Association des écrivains du Togo (AET) désirait promouvoir ses auteurs et par ricochet leurs œuvres. Par ailleurs, l’association Filbleues organisatrice du festival du même nom ne pouvait rêver d’un meilleur tremplin que celui-ci.

L’équipe de la caravane à l’étape d’Atakpamé

La caravane allait être bénéfique pour toutes les parties prenantes. Ainsi, les écrivains togolais : Kangni Alem, Sami Tchak, « la guest star » de la caravane et écrivain togolais de la diaspora, Germaine Kouméalo Anate, poétesse et ex-ministre de la Communication, Sophie Ekoué, autre plume de la diaspora, Claude Assiobotis, l’homme du complexe de Mamiwata, Alexandre Goli, Thérèse Karoué-Atchall auréolée de son prix littéraire France-Togo 2016, Koffi Boko, l’écrivaine française Annie Ferret qui voyage souvent entre le Mali, le Burkina Faso et le Togo, le conteur Joseph Koffi Bessan et la slameuse Wapondi armés de la langue française avec laquelle ils expriment leurs talents avaient pour mission de parler de la littérature en général, faire la promotion de leurs œuvres, favoriser la rencontre directe entre auteurs et lecteurs, familiariser les jeunes de l’intérieur du pays avec la littérature et les arts. Ils devaient aussi « promouvoir la créativité et la richesse de la littérature togolaise » et susciter des talents ou vocations. Les lieux où ils devaient intervenir étaient aussi divers les uns que les autres : prisons, collèges, lycées, universités, centre de lecture et d’animation culturelle, centres de jeunesse.

À la prison civile de Dapaong (664 km au nord de Lomé), on pouvait lire la joie sur le visage de ces détenus qui grâce à un des leurs pouvaient comprendre en Moba, la langue du milieu, les prestations en français des artistes. Ils ne se sont pas montrés indifférents aux extraits lus par Koffi Boko de son ouvrage « Nawir ». Ils ont également participé de manière active aux récits de Joseph Koffi Bessan, le chasseur de contes et des textes déclamés de Wapondi, la slameuse.

Contre vents et marées !

La caravane a fait preuve d’ingéniosité et a montré qu’elle pouvait faire face à toutes les situations comme une grève de l’enseignement par exemple ! Le premier jour de la caravane à l’étape de Dapaong, deux équipes d’écrivains se sont retrouvées dans des lycées vidés de leurs élèves. Mais, rapidement, ils ont trouvé un plan B : celui d’aller à l’école normale d’instituteurs de la ville. Là, également, les instituteurs étaient absents. Leurs formateurs par contre étaient présents. Les écrivains Kangni Alem, G. K. Anate, Alexandre Goli et Annie Ferret ne pouvaient rêver mieux. K. Alem saisit l’occasion pour lancer une discussion sur ce qu’on peut faire de la littérature togolaise. Les débats ont tourné autour de l’évaluation critique de cette littérature qui n’est pas assez poussée. Les formateurs se sont demandé à tort ou à raison si les Togolais faisaient de la littérature. La question a monopolisé les débats. Pour les auteurs, la question n’a pas lieu d’être, car les écrivains togolais reçoivent des distinctions littéraires à l’international. Ce qui prouve, selon eux, qu’ils produisent des contenus de qualité. Les formateurs soulignent le manque d’ouvrages de référence.

Les écrivains trouveront que l’on n’accepte pas, au niveau du système éducatif togolais, l’évolution de la langue française et l’adaptation qui en est faite dans chaque pays francophone. Pour les formateurs, les textes des écrivains togolais peuvent ne pas être accessibles aux enfants. À cette inquiétude, les écrivains répondront qu’il faut accepter que les enfants où les élèves ne comprennent pas tout. Tous s’accorderont sur le principe ou la nécessité de programmer les écrivains togolais et d’introduire les extraits de leurs ouvrages dans les manuels scolaires. Les écrivains ont mis un accent particulier sur l’impérieux devoir qu’ont les instituteurs de transmettre le goût de la lecture, d’établir le contact entre l’apprenant et le livre afin de faire la littérature un « rêve utile, un vrai partage des imaginaires. “Le goût de la lecture ou de la littérature, la passion du livre doivent être communiqués sur les bancs de l’école” renchérira Germaine Anate, car pour elle, la littérature est une chose qui traverse toutes les frontières. Durant, la caravane, les écrivains ont été confrontés à des questions relatives à leurs noms de plume, aux titres de leurs ouvrages, aux genres littéraires, aux thèmes qu’ils développent, sur la littérature togolaise, sur l’accessibilité de leurs œuvres, etc.

Sami Tchak, la « guest star »

Sami Tchak représenté au Centre de Lecture et d’Action Culturelle de Sokodé avec des citations des écrivains de la caravane littéraire


Durant la caravane, un nom aura été dans tous les esprits. À n’en pas douter, ce nom est bien celui de Sami Tchak, l’écrivain togolais qui n’est plus rentré au pays depuis plus de trente années et fait partie avec Sophie Ekoué des écrivains de la diaspora qui vivent en France. Prolifique et lauréat de nombreux prix littéraires (Grand prix littéraire d’Afrique Noire, prix Ahmadou Kourouma), Kangni Alem dira de lui qu’il “est le meilleur de nous tous” même si certains le trouvent “sulfureux”. Sami Tchak, objet de nombreuses thèses de doctorat à travers le monde, est traduit en Allemand, en Espagnol et Italien pour ne citer que ces langues, est celui qui a reçu plus d’hommages tout au long de la caravane. À l’université de Kara, dans son village natal Bowoumda (à 20 km de Sokodé Ville) qui veut dire littéralement “dans le trou” et où il n’a pu retenir ses larmes, Sami Tchak est resté égal à lui-même, c’est-à-dire simple.

“Ça fait toujours un grand plaisir, affirme-t-il. Quand je reviens, je me dis : c’est peut-être la dernière fois. Et ça, je ne le dis pas pour faire l’écrivain, c’est quand même la réalité de la vie. En repartant, je ne sais pas si je reverrai le village ou le village me reverra. Toutes ces personnes m’ont réservé un accueil qui témoigne de l’importance qu’ils me témoignent. L’accueil m’a semblé trop grand, par rapport à l’image que j’ai de moi. Sans faire semblant, je me disais que je ne méritais pas cet accueil-là”.

À Bowoumda, il confiera que la visite de la forge de son père lui rappelle ce dernier décédé à la Mecque ainsi que sa mère inhumée dans un autre village.

“Assis dans cette forge, je pense à notre père qui est mort à la Mecque et qui n’a pas laissé de tombe ici. Chaque fois que je pense à notre père qui est mort sans la tombe qui scelle le lien entre la famille et les défunts. Je pense aussi à ma mère qui est morte loin d’ici et qui est enterrée quelque part, il y a quarante-cinq ans aujourd’hui. Je pense à la très grande probabilité que moi, je n’aurai pas de tombe ici. Vivant loin de ce village, je suis quand même persuadé que ma mort se trouve ailleurs et que moi non plus, je n’aurai de tombe ici. Mais la forge est la chose que je porte en moi. C’est de là d’ailleurs que me viennent les textes que j’ai publiés sous le titre Le son de la cloche” a confié l’écrivain.

 

Sophie Ekoué et Sami Tchak à Bowoumda, le village natal de ce dernier

À l’Université de Kara, celui dont Sophie Ekoué – ex-journaliste à Radio France Internationale (RFI) – souligne la “grandeur et l’humanité” affirmera que “l’écrivain n’apporte de contribution que grâce aux lecteurs et de ce qu’ils font de ses textes”. Il précisera aussi qu’“un écrivain est avant tout un chercheur”. Un paramètre que les jeunes écrivains actuels selon lui ont tendance à oublier. Il indiquera également à l’Université de Lomé où il fut honoré qu’“il reste au fond de chaque écrivain, la claire conscience de ce qu’il n’est pas encore”. Sami Tchak s’estime comme un “bâtard” en termes de référence littéraire. SI Ahmadou Kourouma est l’une de ses premières références, les auteurs latino-américains sont ceux qui l’ont beaucoup influencé. “Même morts, les écrivains ont la capacité de nous entendre et de nous maudire”, ironise-t-il. Il accorde une place centrale au voyage. “Le voyage, avance-t-il, est une occasion pour un écrivain de renouveler une interrogation”. Dans la même dynamique, il fait remarquer que “l’insatisfaction chronique est le propre de l’écrivain”. Derrière chaque œuvre littéraire devrait se trouver une idée philosophique à en croire le natif de Bowoumda qui avoue que l’un de ses plus grands défis sera de “contribuer à aider un jeune écrivain togolais à trouver son chemin”. Un autre défi qui pourrait s’imposer à lui sera peut-être de permettre à tous ceux qui parlent sa langue maternelle, le Tem, de pouvoir la lire également. Son roman Femme Infidèle paru aux éditions NEA en 1988 a été traduite récemment aux éditions Graines de Pensées non seulement dans sa langue maternelle et en Ewe, une autre langue populaire du pays. Ne sachant pas lire dans sa langue maternelle, Sami Tchak de son vrai nom Sadamba Tcha-Koura ne peut donner son avis sur le contenu de cette traduction. Sa pensée a-t-elle été fidèlement traduite ? Ses lecteurs Tem comprendront-ils vraiment ce roman ? Sami pourrait-il lui seul promouvoir sa langue maternelle ? Réussira-t-il ? Et la francophonie ou l’Organisation internationale de la francophonie dans tout ça ?
“Trop occupée à résoudre les crises politiques” nous dira Kangni Alem. “Je ne cesse de le leur répéter aux réunions de l’OIF à Paris”, poursuit-il. L’OIF a beaucoup plus à gagner dans la promotion de la diversité linguistique et culturelle qu’à vouloir résoudre les crises politiques selon lui.

 

La caravane littéraire, une expérience à renouveler

Wapondi sur scène


À la prison civile de Sokodé, l’Ambassadeur de l’Union européenne au Togo a été touché par l’enthousiasme des détenus qui à un moment donné ont pris d’assaut la scène en lieu et place du conteur Joseph Koffi Bessan et de la slameuse Wapondi pour prester eux-mêmes. Un écrivain fut marqué par cet élève qui tout en saluant les initiateurs de la caravane faisait remarquer son ignorance de l’existence d’une littérature togolaise. Ses professeurs et enseignants étant trop occupés à lui parler d’auteurs français. La caravane a permis selon les organisateurs de se faire une idée sur comment la littérature togolaise est enseignée dans les écoles, les universités et dans les manuels scolaires (où elle est presque inexistante). La caravane devrait amener les dirigeants à repenser la qualité de l’éducation et du système éducatif. Pour le ministre de la Communication, des Arts, de la Culture, des Sports et de la Formation civique, “l’on ne découvre le monde qu’à travers le livre”. “La caravane littéraire, selon ce dernier, a apporté quelque chose de particulier : faire découvrir les artistes, reprendre le chemin des bibliothèques”. Le ministre envisage déjà de constituer des mini bibliothèques dans toutes les prisons du pays. “Dans la solitude, la douleur et la peine, la meilleure façon de se débarrasser de ses chaînes, c’est la lecture qui doit permettre à chacun de s’évader” a-t-il opiné. Dans cette dynamique de bonnes intentions, la délégation de l’UE au Togo et l’Association Filbleues pensent également à la création d’une troupe théâtrale dans chaque établissement pénitencier du pays. Simple effet d’annonce ?


Tous les protagonistes espèrent que l’expérience de la caravane littéraire ne s’arrêtera pas à cette première édition, qu’elle se renouvellera surtout qu’elle avait aussi des allures d’une caravane socioculturelle avec les lancements de projets de développement de la délégation de l’Union européenne à l’instar du “Programme d’appui au renforcement de la démocratie participative locale pour un développement durable dans le sud-est de la région des Plateaux au Togo”.


J’aime la radio parce qu’elle rend mon imagination débordante

Oui, j’aime la radio. Je l’adore même. Parce que d’abord, c’est le média traditionnel par excellence de l’instantanéité. Ce n’est donc pour rien qu’elle « annonce » avant que la télé ne « montre » et que la presse n’ « explique ». Avec elle, la loi de proximité est plus qu’une réalité. Les radios rurales ou communautaires jouent bien ce rôle. Les émissions ou programmes en langues locales rendent la radio populaire.

Il faut noter aussi qu’un poste radio ne coûte pas les yeux de la tête et la peau des fesses. Avec de l’électricité et/ou surtout des piles électriques, je peux donc capter ma fréquence radio préférée.

De nos jours et depuis belle lurette, je peux même écouter la radio sur mon téléphone portable tout en faisant autre chose comme marcher ou en faisant du jogging. Quelle aubaine! Il suffit d’avoir les écouteurs qui servent également d’antenne et le tour est joué. Je suis donc dans l’ère de la radio à portée d’oreilles.

Beaucoup prédisaient sa disparition avec l’avènement des nouveaux médias. Mais, elle ainsi que la télé et la presse se sont plutôt bien adaptées à la situation . Avec la numérisation, la radio demeure un média d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Une autre raison et non pas des moindres: c’est la possibilité de devenir devin le temps d’un instant grâce à la radio. Cet instant est celui de la retransmission accompagnée de commentaires d’un match de football à la radio. Pour réussir cette forfaiture, rien de mieux que de se placer, tout en suivant le match à la radio, au milieu de gens qui le suivent à la télé. Comme par enchantement ou si c’était de la magie, je peux leur annoncer à l’avance les buts qui seront marqués lors du match. Durant la dernière Coupe d’Afrique des Nations (CAN) tenue au Gabon, j’étais un véritable devin. Lol!

La dernière raison et la principale pour laquelle j’aime la radio dont la journée internationale est célébrée chaque 13 février, c’est qu »elle développe mon imagination. Je crois que le fait d’écouter la radio et des podcasts régulièrement me permet d’avoir une imagination débordante. A travers la voix de ces journalistes, animateurs et invités, je décèle des émotions, des états d’âme et d’esprit. J’imagine ces interviews, ces émissions et journaux parlés réalisées au studio. J’imagine l’ambiance, comment ils sont habillés, comment ils se tiennent devant le micro, tous ces signes qu »ils se font au studio avec le ou les techniciens et réalisateurs. Mon cerveau est en perpétuel réflexion. Je trouve tout simplement un match de foot ou un événement sportif à la radio super bénéfique pour l’imagination. Souffrez, vous qui adorez la télé, que je vous le dise!


Chérita, la poupée d’ébène

Prologue: Personne ne lui avais jamais écrit de poème a-t-elle laissé entendre. Et à l’en croire, ça frisait presque l’injustice. Voir l’opprobre ou l’affront. Et Chérita, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, avait raison. Une telle beauté devrait être une muse. Mais que peut une muse devant des gens privés de la fibre artistique ou qui n’en ont même pas une once? Je crois avoir un tantinet cette fibre artistique.  Et comme je sais aussi un peu manier les mots, j’ai voulu m’essayer au jeu afin de réparer cette injustice. Je précise qu’en matière de poème, je suis un véritable débutant. J’ai donc droit à l’erreur. J’espère que Renaud Dossavi ne m’en tiendra pas rigueur.

 

Poupée d’ébène

C’est le sobriquet que Délivrance te donne

Elle me demanda, après notre première rencontre, comment je t’avais trouvée

De te tresser des lauriers, je ne me suis pas privé

 

Tu as, lui avais-je répondu, de beaux et jolis yeux

Tu es belle, attirante, as un joli teint, un joli sourire

Ce portrait juste et non flatteur de toi faisait de moi un chanceux

Même si ce fut pour un laps de temps assez court

 

Messie disait que de toutes celles dont je lui avais montré les photos, tu étais la plus jolie

Ton visage angélique et poli

Tes lèvres presque lippues

Ta peau noire, grâce à laquelle ton surnom prend tout son sens, scintillante et reluisante l’ont sûrement convaincu

 

Durant ces deux rendez-vous, j’ai adoré causé avec toi

Face à toi, je suis resté pantois et sans voix parfois

Comment ne pas l’être devant une telle beauté ?

J’ai passé pratiquement le temps à te contempler

 

Si tu étais une toile de Picasso, je t’aurai acheté

Sans hésiter

Et une fois mienne, tu aurais été l’objet de toutes mes attentions

Je t’aurai analysé avec passion

 

 

Ta franchise et ton côté sans façon

Ajouté à ta disponibilité et à ta bienveillance

Prouvent qu’avec toi, je n’aurai pas eu trop de mouron

Mais il fallait que je rompe avec cette fâcheuse tendance

 

Tu sais pourquoi il n’y a pas eu de troisième rendez-vous

Il faut que j’apprenne de mes erreurs

Je dois éviter pour le moment, de nouvelles secousses sentimentales, à mon cœur

Cependant, rien n’est tabou.

 

Epilogue: Après m’être efforcé à accoucher de ce poème aux forceps, je crois avoir atteint l’objectif à moi fixé : celui de réparer l’injustice faite à Chérita à qui personne n’avait jamais écrit auparavant de poème. Je me suis d’un coup découvert une nouvelle passion pour les poèmes. Vous me lirez plus souvent dans ce registre-là.


Finale de la CAN Gabon 2017 : les Pharaons ont croqué du « bitter Kola »

Les Égyptiens ont cru, le temps où ils ont mené au score, lors de la finale d’hier que les camerounais étaient du bonbon. Mais les Lions Indomptables leur ont prouvé qu’ils étaient du « bitter kola » ou du « kola amer ». Ce raisonnement, je le tiens d’une camerounaise interviewée par Rfi après la victoire (2-0) en demi-finale de la bande à Hugo Broos sur le Ghana. C’était donc au tour des Pharaons d’en prendre pour leur grade lors du clap de fin de la CAN Gabon 2017.

 

Pour la petite histoire, le bitter kola, plus amer que le Kola habituel, est très prisé au Cameroun. Il aurait des vertus thérapeutiques et est utilisé comme un puissant aphrodisiaque. C’est le pied lorsqu’on l’associe à du Guinness à ce qui paraît et selon les Mondoblogueurs Fotso Fonkam, Fabrice Nouanga, Christine Djafa et Alexandra Tchuileu.

Mais revenons au match ! A la 22e minute de cet ultime match de la compétition, l’équipe d’Egypte, très offensive depuis le début du match, a ouvert le score par l’entremise de Mohamed Elneni.

Les Pharaons venaient d’introduire le bitter kola dans la bouche en le prenant pour du bonbon.

Ils ont cru que cette illusion allait perdurer jusqu’à la fin du match. Car ils s’étaient habitués à ne s’imposer qu’avec le minimum syndical (1-0 face à l’Ouganda, au Ghana et au Maroc). Ils n’avaient d’ailleurs encaissé qu’un seul but (1-1 contre le Burkina-Faso en demi-finale). Leur goal, Essam El Hadary du haut de ses 44 ans faisait figure d’épouvantail.

Mais, c’était sans compter sur la détermination des joueurs camerounais. Ainsi, à la 58e minute et pratiquement à l’heure de jeu, le bonbon a commencé à changer de saveur pour devenir amer dans la bouche des Égyptiens. Rentré en première période suite à la blessure de Adolphe Teikeu, Nicolas Nkoulou égalisa de la tête après un centre de son capitaine Benjamin Moukandjo. La confiance venait de changer de camp et la bande à Hector Raul Cuper ne comprenait toujours pas comment le bonbon commençait par virer au bitter kola. Toujours illusionnés, ils eurent la confirmation à la 88ème minute lorsque Vincent Aboubakar, rentré en jeu lui aussi, à la mi-temps scella la victoire des siens de fort belle manière. Le bonbon s’était transformé finalement et définitivement en Bitter Kola.

Et voilà le Cameroun sur le toit de l’Afrique pour la 5e fois au détriment des Égyptiens qui voulaient y être pour la 8e fois. Après les victoires égyptiennes en 1986 et en 2008 face aux mêmes Lions Indomptables, le « jamais deux sans trois » n’aura pas lieu pour les Pharaons. Le coach argentin de l’Egypte habitué des finales perdues a une nouvelle fois porté la poisse à son équipe. Sa malédiction court toujours. Son homologue Belge du Cameroun a presque réussi un coaching payant lorsqu’on jette un coup d’œil aux buteurs (Nkoulou et Aboubacar) rentrés en jeu. Cette équipe du Cameroun est montée en puissance au fil des matches et mérite amplement sa victoire. Elle a prouvé qu’elle a de la ressource et qu’après 15 années sans titre, elle revient de loin. La prochaine CAN que le Cameroun organise sera l’édition de la confirmation pour cette nouvelle génération. Pour l’instant, les égyptiens sont « dans la sauce » camerounaise .

 

 

 

 


Et la durée ?

L’expression est presque rentrée dans les habitudes. Au Tweetup228 de décembre dernier, elle était à n’en pas douter l’expression la plus utilisée. Plutôt que de dire : « Comment vas-tu ? », on se répétait sur un drôle de ton : « Et la durée » ? Car sous l’impulsion et l’inspiration de @YannMoebius, mon pote @Kokosaintkokou, graphiste le plus doué de sa génération, a fait un visuel sur cette expression venue, disons-le, de la partie septentrionale ou centrale du Togo – certains vous diront qu’elle a été popularisée par des illettrés ou demi lettrés. Les deux étaient présents et c’était la plus belle des manières de leur rendre hommage d’avoir immortalisé ou révélé au grand jour cette expression qui au delà de son originalité, peut choquer, embrouiller ou étonner.

Disons qu’au Togo, nous aimons parler un français plus que parfait. Nous voulons trop bien faire. Nous oublions que l’erreur est humaine ou qu’on peut en faire souvent. Mais, est-ce une mauvaise chose en soi que de vouloir parler un bon français ? La moindre faute d’orthographe, de grammaire ou de conjugaison déclenche souvent chez son interlocuteur la raillerie qui va avec. Tu regretteras même d’exister sur la terre de nos aïeux. J’en veux pour preuve l’édition annuelle de Miss Togo où toutes les interventions des candidates sont scrutées à la loupe par spectateurs et téléspectateurs, voire internautes à la recherche de la moindre faute de français.

C’est également au Togo que « Et la durée ? » , prend de l’ampleur. A force d’être répétée par ceux qui l’ont popularisé, elle est presque devenue une expression comme toutes les autres expressions de la langue française qui, je précise, n’est pas notre langue maternelle. Comme « un mensonge répété plusieurs fois devient une vérité », cette expression semble ne plus souffrir d’illégitimité et est de plus en plus utilisée. De prime abord, on est tenté de croire qu’elle s’utilise entre personnes qui se croisent après un laps de temps plus ou moins long. On pourrait aussi croire que le visuel a été initié pour s’en moquer. On pourrait enfin croire que c’est une référence faite à la maison Ladurée située à Paris, spécialisée dans la boulangerie et reconnue pour ses bougies, macarons et chocolats.

Pas du tout, selon @YannMoebius. « Ce n’est pas, souligne-t-il, une façon de se moquer. En fait c’est une expression qu’on rencontre au nord [ou au centre] du pays à partir du pays Kotocoli [ou Tem]. Ça vient souvent après le bonjour. C’est une sorte d’équivalent de « comment vas-tu ?« 

Nous nous sommes donc livrés à l’exercice le 10 décembre 2016 au TweetUp228. En attendant que cette expression intègre peut être le Larousse 2017, ses adeptes comme ce monsieur d’origine Tem – la précision en vaut la peine – que je vois pratiquement tous les jours ouvrables continuent de faire preuve d’ingéniosité dans leur néologisme. Ainsi donc, en plus de l’expression fétiche, il me demande à chaque fois qu’on se croise : « Et la santé ? Et la famille ?» Entendez plutôt : « Vous allez bien ? Les membres de votre famille vont bien ?»

J’ai presque oublié de vous dire la réponse appropriée à : « Et la durée? » Eh bien, c’est « Et le courage? » Si vous n’y voyez aucune logique qu’on puisse répondre à une question par une question, moi non plus. Allez savoir pourquoi! La réponse peut bien vouloir dire: « J’essaie de m’en sortir malgré les difficultés ».

 

 

 

 

 


Il fallait être dans les poules A et D pour passer en demi-finale de la CAN 2017

Les quarts de finale de la CAN 2017 ont livré leurs verdicts le week-end dernier. Et lorsqu’on s’attarde sur les équipes victorieuses (Burkina-Faso, Cameroun, Ghana et Egypte), on se rend compte qu’elles viennent des groupes A et D.

Ça doit être une règle tacite ou peut-être un pur hasard que de voir les équipes des poules B (Sénégal et Tunisie) et C (RDC et Maroc)  qualifiées pour les quarts de finale, passer à la trappe. Peu d’observateurs plaçaient le Burkina-Faso en demi-finale. Et pourtant, les Étalons ont bien maté les Aigles de Carthage par deux buts à rien. Face à une Tunisie revenue de très loin après sa défaite inaugurale sur le même score en phase de groupes contre le Sénégal, la bande à Paulo Duarte, sortie première de la poule A a continué sur sa lancée. Le premier de la poule A venait de battre ainsi le deuxième de la B.

Sorti premier de la poule B avec 7 points après une phase éliminatoire sans faute, le Sénégal pouvait se targuer du titre de favori avec une équipe jeune, talentueuse et technique. Mais c’était sans compter sur le courage d’un Cameroun qui a su faire le dos rond jusqu’aux tirs au but après un match nul et vierge (0-0). Tout comme en 2002 lors de la finale au Mali, ce sont les camerounais, deuxième de la poule A, qui passent au prochain tour.

On savait que les ghanéens jouaient à l’expérience et étaient des adeptes du minimum syndical (1-0 face à l’Ouganda et au Mali) en phase de groupes. On savait aussi qu’ils étaient fébriles et qu’ils ont cédé la première place du groupe D à l’Egypte en s’inclinant face aux pharaons (0-1). On savait que la RDC avait remporté le CHAN 2016. On savait par ailleurs que les léopards étaient troisièmes lors de la CAN 2015. C’est un secret de polichinelle : Florent Ibenge est là depuis 6 ans. C’est un détail important. On savait enfin que les congolais ont dominé la poule C où se trouvait le tenant du titre ivoirien éliminé dès le premier tour. Mais, une fois encore un deuxième (Ghana) a dominé (2-1) un premier (RDC).

Comme le Burkina-Faso (premier), l’Egypte, lors du derby entre pays de l’Afrique du Nord, a battu in extremis (1-0)  le Maroc (deuxième de la poule C). Cette victoire des pharaons sur les lions de l’Atlas vient donc confirmer la règle non écrite selon laquelle, on ne pouvait pas sortir des poules B et C et prétendre à une place en demi-finale. Les poules B et C ont porté la poisse.

Le verdict des quarts de finale prouve aussi que les matches de groupes sont bien distincts des matches à élimination directe, qu’on peut bien terminer premier de son groupe et se faire éliminer, qu’on peut bien finir deuxième et passer en demi-finale. L’expérience a son importance dans les matches couperets. Une meilleure équipe, inefficace en attaque, ne peut gagner.

 


Mes analyses sur le premier tour de la CAN 2017

La phase de groupes de la CAN 2017 s’est achevée mercredi dernier avec des fortunes diverses pour les 16 équipes participantes. Je vous livre ici mes analyses sur ce premier tour.

 

Les petits poucets ont respecté leur rang

 

Excepté quelques coups d’éclats, les équipes réputées faibles des 4 poules n’ont pas déjoué les pronostics – pas en leur faveur. Après un match nul (1-1) inaugural, qui plus est face au pays organisateur (Gabon), la Guinée Bissau n’a pu confirmer en perdant respectivement (1-2 et 0-2) contre le Cameroun et le Burkina-Faso lors de ses deux derniers matchs dans le groupe A. Dans la poule B, le Zimbabwe aussi, après un match nul (2-2) convainquant où il a même mené au score avant d’être rejoint, face à l’Algérie, l’une des équipes citées parmi les favorites de la compétition, a perdu ses autres matchs. Le Togo et l’Ouganda n’ont pas fait autre chose dans les poules C et D. Ces deux équipes quittent aussi la compétition avec 1 point dans leurs gibecières. Là où bissau-guinéens, zimbabwéens et togolais ont obtenu leur premiers points lors du premier match, les ougandais ont fait le chemin inverse et ont attendu l’ultime match pour parvenir au même résultat (1-1 face au Mali).

https://youtu.be/m6mMWoHVCH8

Des éliminations plus ou moins logiques

 

Les têtes de série comme le Gabon, l’Algérie et la Côte d’Ivoire – championne en titre – ont connu le bide auquel elles-mêmes ont contribuées. A quelques semaines du tournoi qu’il allait abriter, le pays hôte s’est permis de changer de sélectionneur. Jorge Costa, viré, a laissé sa place à l’espagnol José Antonio Camacho. Le climat socio-politique lié aux dernières élections présidentielles dans le pays conjugué à un appel au boycott de la CAN n’a pas apporté la sérénité autour des Panthères qui quittent la compétition après trois matchs nuls. Dans la même logique, les Algériens auront aussi connu trois coaches. Entre un Christian Gourcuff parti d’un commun accord avec la fédération algérienne de football, un Milovan Rajevac dont les méthodes étaient trouvées ringardes par certains cadres des Fennecs et un Georges Leekens venu jouer au sapeur-pompier, la mayonnaise n’a jamais pris dans ce qui ressemblait à une erreur de casting. Avec deux matches nuls et une défaite, les algériens n’ont pu tenir leur rang de favoris. Ils s’en vont sans avoir atteint le second tour. Peu inspirés, les ivoiriens n’ont pas valablement défendu leur couronne. Après un match nul et vierge (0-0) contre le Togo, réputée l’équipe la plus faible de la poule C dite « de la mort », la Côte d’Ivoire a été dans la réaction plutôt que l’action face aux léopards de la RDC (2-2). Ils perdent finalement le dernier match en s’inclinant devant le Maroc (0-1), quittent la CAN 2017 plus tôt que prévu et la tête basse. L’absence d’un Yaya Touré ou d’un Gervinho a sûrement pesé.

 

https://youtu.be/5h8cAmgJugs

 

Les confirmations

 

Au titre des confirmations, le Sénégal truste la première place. Après avoir enregistré 6 victoires en autant de sorties lors des éliminatoires du tournoi, les Lions de la Teranga terminent premiers de la poule B devant la Tunisie (qu’ils ont battu 2-0), l’Algérie (match nul 2-2) et le Zimbabwe (victoire 2-0). Les sénégalais sont plus que jamais de sérieux prétendants au titre. Nonobstant sa défaite contre l’Egypte (0-1) lors du dernier match dans la poule D, le Ghana – qui va généralement en demi-finale –  a également confirmé qu’on pouvait compter sur lui pour la suite. Mais son jeu inquiète. Qualifié avant le dernier match, les Ghanéens ont brillé par leur efficacité et leur expérience (1-0 face à l’Ouganda et au Mali). Sorti sur blessure face à l’Egypte, l’expérimenté attaquant des Black Stars Gyan Assamoah, auteur du seul but ghanéen face au Mali, serait une énorme perte pour l’équipe.

 

https://youtu.be/D6d_gtfO2aQ

 

Ce serait également une injustice si la RDC ne faisait pas partie des équipes confirmées. Après une troisième place obtenue à la précédente Can en Guinée Equatoriale et le sacre en 2016 au CHAN avec Florent Ibenge en poste depuis près de six ans, la RDC est arrivé à la CAN avec des certitudes et des valeurs sûres. Malgré le forfait du feu follet Yannick Bolasie blessé, les léopards ont terminé premiers d’une poule où les ivoirines étaient favoris. Le quart de finale qu’ils s’apprêtent à disputer face au Ghana dimanche s’annonce spectaculaire et explosif. Enfin, la Tunisie, elle aussi qui a dû puiser dans ses ressources pour se qualifier après son premier match perdu (0-2) face au Sénégal. Ils ont prouvé qu’on peut également compter sur eux et que cette défaite initiale n’était qu’un incident de parcours. Leurs victoires : 2-1 et 4-2 respectivement contre l’Algérie et le Zimbabwe le prouvent à suffisance.

Les surprises

Les petits poucets étant tous éliminés, il n’y avait presque pas de surprises à priori. Mais le Burkina-Faso qui termine premier de la poule A devant le Cameroun et le Gabon tout comme l’Egypte – septuple vainqueur de la CAN qui revient après 7 ans d’absence – devant le Ghana dans la poule D, sont quand même un tantinet des surprises dans la mesure où l’on s’attendait à ce qu’ils jouent les seconds rôles. Le Maroc, qui a enregistré de nombreux forfaits, et non des moindres, dont on compte ceux de Younès Belhanda et Sofiane Boufal avant la compétition, et sa défaite lors de sa première rencontre (0-1) contre la RDC a surpris peu ou prou en gagnant ses deux derniers matches (3-1 et 1-0 respectivement face au Togo et à la Côte d’Ivoire). Les Lions de l’Atlas ont sûrement bénéficié de l’expérience et de l’ingéniosité du sélectionneur Hervé Renard déjà double vainqueur de la Can en 2012 et 2015.

Alors, où mettre le Cameroun ? Vous me direz, peut être au niveau des équipes qui ont surpris. Que beaucoup de joueurs à l’instar de Joël Matip ou de Eric Choupo-Moting ont fait défection dans la tanière des lions et qu’ils sont logés à la même enseigne que le Maroc. Je trouve que le Cameroun est une équipe normale qui est montée en puissance durant ses matches du premier tour. Elle a d’ailleurs fait preuve d’un mental assez fort pour gérer la pression du match face au Gabon qui lorgnait une victoire pour se qualifier. Ils ont tenu bon. Pour moi, les lions indomptables ont juste fait respecter leur statut de quadruple vainqueur de la compétition. Mais en quart de finale, ils devront offrir autre chose et confirmer leur progression pour remporter le duel des lions face au Sénégal.

Avec les quarts de finale, une toute autre compétition, les matches couperets, débute demain. Les équipes invaincues ou qui ont fait un parcours sans faute (Sénégal, Egypte, Cameroun, Burkina-Faso, et RDC) jusque-là, peuvent tomber. Les Tunisiens, les ghanéens et les marocains vont vouloir prouver qu’ils ne sont pas des faire-valoir.


Agassa Kossi, le bouc émissaire d’un mal plus profond

« La défaite est orpheline, la victoire a mille pères ». Cette citation cadre bien avec la déconvenue des éperviers du Togo vendredi dernier 1 but contre 3 face aux lions de l’Atlas du Maroc. Durant ce match, le portier togolais, Kossi Agassa (38 ans) s’est rendu plus ou moins coupable sur deux des trois buts que le Togo a encaissés. Cette confrontation a une fois encore révélé au grand jour les tares ou les lacunes que traine, depuis quelques années, l’ex-gardien du Stade de Reims. C’est un secret de polichinelle : Agassa, qui plus est sans club, n’est pas une assurance tous risques dans la défense togolaise. Il a toujours eu du mal à soigner ses sorties sur coups de pieds arrêtés.

 

Bonjour Tout le monde,Je voudrais rassurer les Togolais que ma maison se trouvant à Adakpame n as pas pu être saccagée…

Publiée par Agassa Kossi Officiel sur Samedi 21 janvier 2017

 

Réduisant la longue carrière du goal togolais en équipe nationale à ce match, des pseudos supporters ont voulu s’en prendre à la maison de ce dernier à Adakpamé. L’ex-gardien de l’Africa Sports d’Abidjan est devenu le coupable ou le bouc émissaire tout trouvé de cette défaite et par ricochet de la CAN 2017 ratée du Togo. Agassa doit-il en endosser toute la responsabilité ? Le mal n’est-il pas plus profond qu’on ne le pense ?

 

Une équipe faible par rapport à ses adversaires

 

Avec la Côte d’Ivoire, le Maroc et la RDC, le Togo était considéré, à raison si l’on se réfère au classement final de la poule C, comme le petit poucet ou la lanterne rouge du groupe. Sur le papier, les adversaires du Togo partaient logiquement et largement favoris. Au dernier classement FIFA, le Togo est 90ème mondial. La Côte d’Ivoire, la RDC et le Maroc sont respectivement 34ème, 49ème et 57ème. Sur le plan africain, le Togo 23ème ne fait pas mieux face à la Côte d’Ivoire 2ème, la RDC 6ème et le Maroc 10ème.

Que peuvent donc des joueurs togolais sans clubs (Agassa Kossi et Emmanuel Adébayor), de 5è division en France (Tchagouni Baba et Cedric Mensah), pas réguliers dans leurs clubs  face à des joueurs ivoiriens, marocains et congolais qui jouent les premiers rôles dans leurs clubs en Europe ou même en Afrique? C’est un faible Togo qui s’est rendue à la CAN Gabon 2017 après un stage de 10 jours au Sénégal ponctué par une victoire 3-2 sur Diambars FC, une équipe de première division sénégalaise. Comme si c’était suffisant, le Togo se targuait de pouvoir jouer le rôle de troubles fêtes. Il se disait également que le Togo était capable du miracle et répondait généralement présent là où on l’attend le moins. Balivernes ! Devant l’optimisme des autorités togolaises qui voyaient le Togo en final et rentrant même avec la coupe à Lomé, le coach Claude Leroy sachant sûrement les forces et les faiblesses de son équipe et appréhendant les forces en présence opposait une réserve calculée et raisonnable. Ne pas mettre les moyens, ne pas travailler pendant que ses adversaires s’étant levés tôt continuent par fourbir leurs armes et vouloir réussir frise l’insulte, l’absurde et même la sorcellerie. Le temps des miracles n’est-il pas révolu ? Peut-on continuer par ne rien semer et vouloir récolter des fruits ?

 

Absence de vision pour le football togolais

 

« Il faut comparer des choses comparables » dit-on souvent. Se hasarder à comparer le championnat de football de première division du Togo à ceux de la Côte d’Ivoire, de la RDC et du Maroc serait risqué. Il n’y a vraiment pas photo. La D1 togolaise a toujours brillé par son irrégularité. Elle a repris cette année après deux ans de traversée du désert liée à des querelles intestines et de personnes à la Fédération togolaise de football (FTF). Les clubs togolais ne vont pas généralement loin en coupes africaines. Ils dépassent rarement les phases préliminaires, celles qui permettent d’entrer en poule. Les clubs congolais (Tout Puissant Mazembé et l’AS Vita Club), marocains (FUS de Rabbat) sont des vainqueurs réguliers des coupes africaines depuis plusieurs années. Ni professionnelle ni semi-professionnelle et dans les méandres de l’amateurisme, la D1 togolaise ne nourrit pas réellement son joueur.

Le Togo ne dispose pas d’une équipe nationale locale digne de ce nom. Sa piètre prestation au dernier tournoi de l’UEMOA organisé à domicile en dit long sur les performances de l’équipe. Le Togo ne dispose pas non plus d’équipes cadette, junior et espoir. Elles sont souvent composées à la hâte et souvent à la veille des éliminatoires des compétitions. Lorsqu’elles existent, elles ne bénéficient pas de suivi. En témoigne le traitement réservé à la belle génération des cadets arrivée jusqu’en finale de la CAN 2007 de la catégorie. Tout est misé sur l’équipe A. Dans les pays de la sous-région ouest-africaine, l’accession à l’équipe première est plus ou moins conditionnée au passage dans les catégories inférieures. La participation aux compétitions continentale et internationale concernant ces catégories sont aussi une priorité autant que celles de la sélection A. Au Togo, on navigue à vue. On attend des exploits sans mettre les moyens. On pense qu’on peut sauter les étapes. On pense qu’on peut avoir une équipe nationale compétitive sans un championnat compétitif. On pense que des joueurs togolais (des binationaux évoluant dans des divisions inférieurs pour la plupart)  formés par leurs propres moyens ou par d’autres, prêts à utiliser se trouvent en Europe et constitue un vivier dans lequel on peut puiser à satiété. On pense que ce n’est pas important d’investir dans la formation à la base des joueurs dès leur plus jeune âge. On pense qu’on peut ne pas budgétiser une participation à la CAN et demander de gré ou de force aux pauvres citoyens de contribuer via des dons. On pense enfin qu’on peut avoir des résultats sans avoir une vision pour son football ou son sport.

 

Tout porte donc à croire que le sport n’est pas une priorité dans mon pays. Que nos autorités politiques en général et sportives en particulier cessent donc de nous faire croire qu’ils veulent le meilleur pour le sport sans y mettre les moyens.

 

Pour l’instant, Claude Leroy – pas exempt de tout reproche sur ses choix tactiques – et ses ouailles sont renvoyés à leurs chères études. La CAN 2017 pour laquelle ils se sont qualifiés in extrémis et qui est « un bonus » appartient désormais à l’histoire. Les éliminatoires de la CAN 2019 pour laquelle il a été demandé au technicien français de qualifier le Togo vont débuter juste après la fin de la CAN 2017. Le chantier qui l’attend semble assez dense : disposer d’une équipe nationale locale compétitive, rajeunir encore plus une sélection A qui l’est déjà avec un fond de jeu et une identité, etc. D’ici là, tâchons de ne pas oublier que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.


#FaisonsLesComptes : Mobiliser des fonds pour aller à la CAN ou comment promouvoir l’impunité et se payer la tête des togolais

Quand le mépris et le cynisme sont la réponse d’un gouvernement – qui promeut l’impunité dans les crimes économiques entre autres – à un peuple qui ne demande que les comptes d’une mobilisation de fonds pour une Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football, une campagne sur la toile via #FaisonsLesComptes s’impose. Réclamer ce qui est légitime pour un peuple qui a habitué ses dirigeants à violer, à brimer et à bafouer ses droits sans broncher n’est pas une faveur. Mais, une obligation.

Ils doivent nous prendre pour des dupes, des écervelés, des gens atteints d’Alzheimer ou victimes de traumatismes crâniens. Eux, ce sont nos dirigeants ou les membres du gouvernement togolais qui vendredi dernier en Conseil des Ministres présidé par le chef de l’Etat – la précision en vaut la peine – ont adopté un décret  portant création de comités ad’hoc de supervision, d’organisation, de mobilisation de  fonds et de gestion des fonds pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2017 à laquelle le Togo participe ou s’est qualifié in extremis.

A la veille de la CAN 2013, un décret similaire fut adopté. Et sans notre consentement d’ailleurs, des sous ont été prélevés sur nos appels téléphoniques. Les prix du ciment et de la bière furent aussi augmentés. Depuis, aucun compte n’a été fait. Et comme pour nous narguer ou nous mettre le doigt dans l’œil, le gouvernement désire de nouveau mobiliser des fonds pour la CAN 2017. Comment peut-on faire fi de la gestion de 2013 ? Comment est-ce possible ?

Extrait du communiqué du Conseil des Ministres

Le deuxième décret adopté porte création des comités ad’hoc de supervision, du comité d’organisation, du comité de mobilisation des fonds et du comité de gestion des fonds pour la CAN 2017. Pour assurer les meilleures conditions de préparation aux Éperviers lors de la phase finale de la coupe d’Afrique des nations de football qui aura lieu au Gabon en janvier 2017, il est mis en place un comité ad’hoc de supervision, un comité d’organisation chargé d’élaborer un plan de travail avec un chronogramme, un comité de mobilisation de fonds chargé de l’organisation des actions publicitaires et de sponsoring et un comité de gestion des fonds, dans des conditions de transparence maximales.

Aucune notion de reddition de comptes

Allergiques à rendre des comptes, ils le sont ! De ce que nous en pensons, ils s’en foutent royalement. Ils sont toujours prêts et prompts à gérer des fonds publics sans jamais en rendre compte. Comment donc s’étonner qu’ils s’inscrivent dans cette dynamique répugnante ? Si le ridicule ne tue plus depuis un moment au Togo, c’est le manque de scrupule et de vergogne avec lequel ils s’y prennent qui ulcère plus d’un et moi en particulier. Il ne peut en être autrement quand ils savent qu’ils ne seront nullement inquiétés et qu’ils peuvent même être promus à d’autres postes. Oui, c’est possible !

Un véritable hymne à l’impunité

Pendant pratiquement 4 ans, ceux qui ont chapeauté ces commissions ad hoc n’ont pu rendre des comptes. Ceux qui les ont choisis ne pipent mot non plus excepté ce « Aucun franc ne sera détourné » du Premier ministre d’alors et Président du comité de supervision, je veux parler de Séléagodzi Ahoomey-Zunu. Que des paroles ! « Je n’écoute pas ce que les gens disent, je regarde ce qu’ils font » disait Youssoupha. Un cabinet d’audit était censé situer les responsabilités. C’est à croire qu’il y a des intouchables, des hauts placés mêlés à cette affaire pour qu’on n’ait toujours pas les comptes. Il semble que sûrement mais lentement, les coupables soient en train d’être amnistiés.  Et comment ? Ces coupables pourraient se retrouver de nouveau membres ou à la tête de ces comités pour la CAN 2017. Il y en a marre de l’impunité illimitée et à haute dose !

Transparences maximales ?

Ces nouveaux comités pour 2017 seront gérés « dans des conditions de transparence maximales » à en croire le communiqué qui a sanctionné le Conseil des Ministres. Ce qui veut dire, à mon avis, qu’en 2013, la gestion n’était pas transparente. Est-ce un aveu du gouvernement ? La gestion sera-t-elle transparente cette fois-ci ? On n’en a que faire ! Pour le moment, nous voulons d’abord les comptes de 2013. Ils nous doivent au moins ça ! Pour des sous qu’ils nous ont presque arraché des mains, ils doivent nous dire à quoi ils ont servi.

https://twitter.com/KEAdzra/status/811130570768007168

Ne leur a-t-on pas prêté le flanc à agir ainsi depuis belle lurette ? Combien de fois avons-nous réagi ou répondu à l’appel de la ligue ou de l’association des consommateurs lorsqu’il s’est agi de l’augmentation unilatérale des produits de première nécessité par nos autorités ? Combien de fois réagissons-nous lorsque nos droits sont brimés, violés ? Il est temps que #FaisonsLesComptes prenne de l’ampleur sur le net et que la mobilisation pour exiger ce qui est légitime aille au-delà de la toile.


Ma cure de désintoxication amoureuse

Si l’amour ou aimer une personne peut être parfois comparable à une addiction (celle à l’alcool ou à la drogue par exemple), disons que je m’administre actuellement une cure de désintoxication amoureuse. Je vous explique.

@Crédit www.gettyimages.fr
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La malédiction de mon ex ?

« Je prie fort que tu tombes sur une fille dont tu seras follement amoureux et qui ne t’aimera pas en retour », m’avait écrit mon ex sur Whatsapp en guise de malédiction -c’est, en tout cas, comme ça que l’ai pris. Car elle estimait que la nature rend justice, que j’avais abusé d’elle dans une relation où mon « Tu me plais » du début ne s’est jamais mué en « Je t’aime » et ses « Je t’aime » n’ont jamais reçu pareille réponse de ma part sauf les « Ça viendra avec le temps ». Mais, rien n’est jamais venu. Ça été statique et j’ai finalement rompu avec elle après quelques mois afin de ne pas lui perdre le temps. Ce qui provoqua donc sa colère. Aujourd’hui, sa malédiction semble s’être réalisée. La nature l’a vengé. Et de fort belle manière d’ailleurs!

Dans la peau d’un amant

Comme mon ex le souhaitait, je suis donc tombé sur une fille dont j’étais (J’étais ou je suis ? Lol) éperdument, follement amoureux. Une fille qui a un mec. Elle voulait indirectement que je sois son amant. Elle voulait le beurre et l’argent du beurre. Une sorte de ménage à trois ou de partie à trois (ça reste cependant à vérifier, lol). Et oui, ce ne sont pas seulement les hommes qui peuvent avoir des maîtresses ! Elle a toutes les caractéristiques de la petite amie idéale : visage angélique, belle, gentille, généreusement doté d’atouts physiques comme je les aime chez les filles, entreprenante, battante et partageant avec moi beaucoup de points communs . Je suis donc tombé dans la gueule de la louve. Nous passions nos nuits à s’endetter chez Togocel, à parler de tout et de rien, à se complimenter, en échangeant des mots doux. Bref, le processus classique de séduction et des débuts de relations amoureuses, fruit des charmes des premiers jours. On s’est donc rapidement découvert des atomes crochus. Dans ses bras, la terre cessait de tourner, plus rien n’était important. Elle m’a fait oublier toutes les autres filles. C’était la femme de ma vie. Vraiment? Elle a radicalement changé mes habitudes. Je n’avais d’yeux que pour elle. « Elle n’est pas certes le nombril du monde. Mais, elle peut être le nombril de ton monde » me disait une amie à propos d’elle. Je contemplais son joli visage sans jamais me lasser. Aux relations amoureuses exceptionnelles et bien nées, me disais-je pour paraphraser Pierre Corneille, le temps n’a point d’importance. Mais, il n’a jamais été question pour elle de quitter son mec pour moi. Elle m’a eu. Elle voulait nous avoir les deux concomitamment. Ce que je ne pouvais accepter. Je voulais une petite amie, elle voulait un amant pour s’amuser avec et combler ce qu’elle ne trouvait pas chez son mec. Amoureux, il m’était difficile de rompre le charme. Malgré mes nombreuses tentatives d’éloignement, je n’arrivais (ou je n’arrive pas) à me défaire de son emprise. Aussitôt parti, aussitôt revenu! Elle devait être heureuse de m’avoir dans ce rôle d’amant où la jalousie était ma tasse de thé. Mais il fallait que je prenne mon courage à deux mains, que j’entamasse une cure de désintoxication amoureuse. Parce que je ne pouvais continuer à avoir des overdoses d’amour pour elle et perpétuer mon addiction. Il fallait adopter une méthode radicale d’éloignement.

Une cure douloureuse

Les cures de désintoxication sont dures à vivre. Amy Winehouse, si elle était toujours en vie, peut en témoigner. On peut se contenter de son titre « Rehab » quand même. Il fallait couper les ponts comme on dit. Ne plus demander d’après elle, essayer de ne plus penser à elle, m’occuper au maximum à faire d’autres choses. J’ai trouvé le moyen d’être hyper occupé surtout les weekends: matches de foot aux stades, terrains ou comme à la télévision, séries américaines à haute dose, lecture, écoute de musique, etc. Mais, il suffit d’être un tantinet seul un moment pour repenser à elle. Dieu devait m’accorder une incroyable grâce de maîtrise de soi pour résister à mes folles envies de lui écrire, de l’appeler et de la voir. J’ai donc commencé par répondre de la façon la plus laconique qui soit à ses messages. Je prenais tout mon temps pour répondre. « J’étais occupé » lui disais-je quand elle voulait comprendre mon silence et la distance que je prenais vis-à-vis d’elle. De mon smartphone, j’avais déjà supprimé toutes ses photos, tous nos messages. Il n’y avait plus aucune trace d’elle à part son numéro de téléphone qui est gravé dans ma mémoire et pas pour longtemps j’espère. Il était inutile de le supprimer. Il ne résisterait pas à la prochaine mise à jour de ma mémoire. Une autre fille, pas pour combler le vide, ferait l’affaire. Plus je fais une fixation sur comment l’oublier rapidement, plus je pense à elle. Je devrais laisser le temps au temps qui seul peut soigner mes blessures. Qu’il semble bien long ce temps ! « En amour, il ne devrait y avoir de déceptions. Que des expériences », me disait un frère. Sauf que c’est facile à dire qu’à faire. Entre la théorie et la pratique, c’est le jour et la nuit. Y a-t-il un amour sans croix ou sans souffrance?

Je sais cependant qu’on oublie pas une personne -d’ailleurs l’oublie-t-on totalement?- qu’on aime du jour au lendemain, que c’est un long processus et qu’en plus de mon cœur résilient, je l’espère, je devrais prendre mon mal en patience. J’ai finalement compris qu’en amour, on blesse ou on est blessé. Et vice-versa. On ne le fait pas sciemment même si ça en a l’air bien des fois. Cependant, la vie, elle, continue…