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Burkina Faso : Les Salauds veulent mettre le feu dans mon paradis

 

Assimi Kouanda appelle à la violence dans L'Observateur Paalga
Assimi Kouanda
Crédit Photo: Basidou KINDA

Au Burkina Faso, il y a des gens qui ne réfléchissent pas avec leur tête mais j’allais dire avec leur derrière. Malgré tout ce qu’ils ont comme niveau intellectuel, ils pensent moins qu’un mouton. De leur bouche se dégage des flammes d’actes terroristes. Ces gens sont pires qu’Ebola.

« S’ils brûlent vos maisons, brûlez les leurs ! » Des propos attribués à Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP, parti au pouvoir. C’est dans L’Observateur Paalga de ce lundi 27 octobre que je viens de lire ces âneries qui se justifient ainsi : «  Vous avez également constaté des activités hors-la-loi qui se préparent. (…). S’ils vont brûler une maison, il faut qu’au retour, ils trouvent que leur maison aussi brûle » En tant que citoyen burkinabè, je suis indigné d’entendre ces propos venant d’un professeur d’université, de surcroit, Islamologue. C’est honteux de voir des intellectuels jeter de l’huile sur le feu au profit de leur panse. Qui peut appeler des Burkinabè à se préparer pour affronter des Burkinabè ? Ce n’est qu’un terroriste qui peut avoir ce culot. Ne nous trompons pas, il y a des terroristes au Burkina Faso. Les masques commencent à tomber à travers des propos de ce genre. C’est tout le contraire de ce qu’ils prétendent être : des artisans de la paix !

Lire aussi >> Le top 10 astuces pour durer au pouvoir au Burkina Faso

Comme l’a chanté le célèbre reggae man ivoirien, Alpha Blondy, « les salauds ont mis le feu dans mon paradis » Moi ne je dirai que les « Salauds veulent mettre le feu dans mon paradis » Le seul Héritage que m’ont légué mes aïeux.  On vous comprend bien : Blaise Compaoré est l’arbre sur lequel s’accrochent-les vautours, les charognards, les chauves-souris. Aujourd’hui, si cet arbre tombe, nul doute que tous ces oiseaux seront malheureux. Mais de grâce…. Les Burkinabè n’ont pas besoin de subir votre ignominie avant que vous ne vous retrouviez devant la CPI. Ça sera trop tard !

 


Burkina Faso : « De graves menaces » sur la vie d’un journaliste

Newton Ahmed Barry mencé
Newton Ahmed Barry
Crédit photo: L’Evénement

Newton Ahmed Barry est incontestablement la plume la plus acerbe au Burkina après Norbert Zongo assassiné en décembre 1998. Et cela n’est pas sans conséquence. Dans une lettre « alerte » en date du 7 août 2014,  il dénonce de « graves menaces qui pèsent sur sa vie. »

Newton Ahmed Barry a sacrifié sa carrière dans l’administration publique au lendemain de l’assassinant de Norbert Zongo, journaliste d’investigation. Les autorités ont invoqué un conflit entre éleveurs et agriculteurs pour justifier la mort de Norbert Zongo. Ce dernier avait, en effet, un ranch dont les animaux dérangeraient les agriculteurs. C’est suite à cette présentation des faits que Newton Ahmed Barry a écrit une note pour dénoncer l’irresponsabilité de l’Etat en ces termes : « Si l’Etat n’est pas coupable, il est quand même responsable ». C’est ainsi que débute sa carrière dans la presse. Journaliste de formation il exerce dans la presse privée en passant par L’Indépendant, le journal de Norbert Zongo, Avec d’autres personnes il s’investit sans compter, afin que survive ce canard qui symbolise aujourd’hui le prix de la liberté d’expression et de presse au Burkina.

Il faut dire que ceux qui ont tué Norbert Zongo voulaient du même coup voir le journal disparaître.

(« Supposons aujourd’hui que  »L’Indépendant » arrête définitivement de paraître pour une raison ou une autre (la mort de son directeur, son emprisonnement, l’interdiction définitive d’être publié, etc.), nous demeurons convaincus que le problème David restera posé et que tôt ou tard, il faudra le résoudre. Tôt ou tard ! » Norbert Zongo In L’Indépendant N°274 du 8 décembre 1998).

Il s’agit de la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré  le frère du président burkinabè.  C’est après cette collaboration bénévole que Newton Ahmed Barry crée, avec d’autres, L’Evénement.

Sa plume acerbe dérange, indigne et le régime fait tout pour la casser. Journaliste d’investigation, Newton Ahmed Barry  est depuis 2001, date de la création du journal « L’Evénement »cofondateur et responsable de la rédaction. « A ce titre, je me trouve dans le collimateur du régime burkinabè qui a multiplié les actes attentatoires à mon intégrité morale et physique. A chaque situation de crise, en raison de l’audience de notre journal, les actes de surveillance, d’intimidation et même de menace s’accroissent », fait savoir le journaliste. La même année de la création du journal, il sera accusé de traîtrise avec l’étranger après la mort mystérieuse de l’ancien ministre ivoirien Balla Keita, réfugié au Burkina Faso.

Le journaliste a été convoqué et entendu des heures durant avant d’être relâché sans suite. Le ministre de la Sécurité et le chef d’état-major de la gendarmerie l’ont accusé de « crime d’intelligence avec l’étranger » pour selon Newton Ahmed Barry « dissuader le journal L’Evénement d’enquêter sur le sujet». Depuis, les harcèlements, les intimidations, les calomnies pour tenir son image se poursuivent.

Lire l’intégralité de la note alerte ici

Le fait le plus récent est le cambriolage du siège du journal et notamment et la fouille minutieuse du bureau du journaliste. « Mon ordinateur, mon téléphone portable, une somme importante d’argent et mes dossiers ont été emportés. Les cambrioleurs n’ont rien pris dans les autres bureaux, alors qu’ils ont vu et ont déplacé des objets de valeur. Ce cambriolage est à lier à deux dossiers sensibles sur lesquels, nous menons des investigations. Il s’agit de l’affaire « Salif Nébié », juge au Conseil constitutionnel retrouvé mort mystérieusement en mai dernier et l’affaire de « l’explosion à Larlé » le 15 juillet dernier » affirme Newton Ahmed Barry.

Bien avant, en février 2014, il y a eu une intrusion nocturne à son domicile, alors qu’il était absent. Son gardien a été sérieusement blessé et a été pendant près d’un mois incapable de travailler. Le journaliste a déposé une plainte  au service régional de la police judiciaire de Wemtenga (un quartier de Ouagadougou).

En mai 2014, sa voiture a été vandalisée, la vitre brisée et des effets emportés. La police de Wemtenga a procédé à un constat. Depuis le gardien, pour sa propre sécurité a démissionné. Les gardiens refusent de surveiller sa maison, parce qu’ils sont harcelés. Ce que vit ce journaliste (qu’on l’aime ou pas) est une grave atteinte à la liberté d’expression, d’opinion, à la liberté de presse bien consacrée par l’article 8 de la Constitution du Burkina Faso : « Art. 8. Les libertés d’opinion, de presse et le droit à l’information sont garantis. Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur ». Serait-ce tout simplement des mots ?


Algérie : le Burkina Faso n’a pas la mémoire courte…

L’Algérie, l’une des cinq équipes africaines présentes au Brésil, a croisé mardi les crampons contre la Belgique. Et sa défaite (1-2) a été plutôt bien accueilli par ertains Burkinabè… (Crédit photo : Pymouss, Wikimedia Commons)

La plaie semble ne s’être pas encore cicatrisée chez bon nombre de Burkinabè. Beaucoup non pas oublier que c’est l’Algérie qui a barré la route du Brésil aux Etalons du Burkina. C’était le 19 novembre 2013 lors du match retour sur le sol algérien. Une rencontre qui s’était achevée par le score de 1 but à 0 en faveur des Fennecs.

Danse de la défaite

Supporter l’Algérie au cours de cette Coupe du monde ? Isaac est catégorique : « Magnedg kanga ka bé yé l’Algérie ! » En Français : personne ne peut l’amener à soutenir les Fennecs. C’est donc en toute logique que certains ont dansé pour fêter la défaite des Fennecs face aux Diables. « Je danse, je danse…Merci les Diables », exultait ainsi Mariam Diallo.

En tout cas, pour certains, c’est Dieu qui a vengé les Burkinabè. « Wend na ka yorobayé (un plat qu’on utilise pour mesurer les céréales) », s’écriait ainsi d’autres supporters : une manière de dire que les Algériens ont truqué le match du 19 novembre dernier, mais que « Dieu a vengé le Burkina« .

https://www.youtube.com/watch?v=ZaQxiaWoF04*

Basidou KINDA, Bloggueur à Ougadougou, Burkina Faso


SOS santé au Burkina : les hôpitaux, couloir de la mort !

Crédit photo: Diakité Diafodé.  Cette note d'information illustre bien l'agonie dans lequel se trouve l'hôpital Sourou Sanou
Crédit photo: Diakité Diafodé. Facebook
Cette note d’information illustre bien l’agonie dans laquelle se trouve l’hôpital Souro Sanou

L’état des hôpitaux burkinabè fait penser qu’il s’agit de mouroirs. « Entrez-y athée vous sortirez croyant »

« Notre hôpital est dans l’agonie. Il a besoin de soins urgents. Sauvons l’hôpital Souro Sanou ! » C’est le cri de désolation que je viens d’entendre sur le profil Facebook du mouvement Le Balai Citoyen. Quand un centre de santé se retrouve avoir « besoin de soins urgents », quel sort pour les malades ? L’hôpital Souro Sanou (à Bobo Dioulasso, capitale économique), on peut dire, est le 2e plus grand du Burkina Faso après Yalgado Ouédraogo à Ouagadougou. Leur présence fait croire qu’ils sont là pour défier la mort. Pourtant, « regardez les gens en sortir et ils vous paraîtront plus vieux que leur âge, beaucoup plus triste que la vie. Entrez-y sain et vous sortirez malade. Entrez-y athée vous sortirez croyant »

La réalité est triste dans nos hôpitaux. Dans les urgences, on voit les gens entassés comme des sardines dans une boîte de conserve parce qu’il n’y a pas place (je préfère ne pas dire lits). Le plus souvent quand une personne est malade, elle ne veut pas entendre parler d’hôpital parce que c’est synonyme de la mort. Quand tu y vas c’est pour prendre ton « passeport mortuaire » et passer de l’autre côté. Un extrait des maux qui minent l’hôpital Souro Sanou  est éloquent : Table d’opération en panne, le scanner en panne, ruptures permanentes d’oxygène pour les malades placés sous oxygène, les laveuses de la buanderie en panne, manque de film à la radiologie, manque de produits anesthésiants, manque de lits et de matelas, les  chambres froides de la morgue en panne entraînant la décomposition des corps, groupe électrogène vieux de 25 ans donc obsolète et manque toujours de carburant obligeant les chirurgiens à opérer avec de torches en cas de coupure en pleine opération, insuffisance de personnel, manque de soins d’urgence, les techniciens de surface (nettoyeurs) en grève pour arriérés de salaires de trois mois, manque d’ampoules dans les salles, les couloirs, les escaliers et pleins d’autre problèmes, coupures d’eau permanente au Bloc opératoire donc absence de château d’eau….

Il s’agit là du résultat d’un travail mené par la coordination Bobo du Le Balai Citoyen avec l’aide des syndicats des travailleurs de la santé et d’autres personnes ressources. Et dire que le programme du président Blaise Compaoré (devant prendre fin en 2015) se veut de « faire du Burkina un pays émergent !? » Décidément, quand les gens ne savent plus quoi faire, ils changent les mots. Depuis 27 ans, beaucoup de Burkinabè comme moi ne connaissent que ce pouvoir actuel, les besoins élémentaires sont loin d’être satisfaits. Inutile de dire que nous sommes passés à côté des objectifs du millénaire pour le développement (OMD).  La peine de mort est toujours maintenue dans le Code pénal burkinabè. Mais elle n’a jamais été utilisée. Cependant on a l’impression qu’elle s’applique à travers nos hôpitaux. Le hic, c’est que ce ne sont pas les inculpés qui y passent. Autant dire que nous sommes tous condamnés.

Cette vidéo de l’ex-groupe de rap burkinabè Yeleen décrypte bien la situation dans nos hôpitaux notamment à Yalgado Ouédraogo.


Le top 10 astuces pour durer au pouvoir au Burkina

Ph: Wikipédia Le palais de toutes les convoitises..... pour un pouvoir à vie
Ph: Wikipédia
Le palais de toutes les convoitises….. pour un pouvoir à vie

Bientôt 27 ans que mon cher Burkina Faso est dirigé par une et même personne : Blaise Compaoré. Aujourd’hui, plus d’un Burkinabè comme moi aspire à tourner la page. Aspiration qui n’est point la sienne. Quel est le secret d’un si long règne ?

 Tripatouiller la Constitution

A supposer que tu sois arrivé au pouvoir par un coup d’Etat et après des régimes d’exception.  Tu mets alors en place une Constitution. On organise des élections et tu es élu pour 7 ans. Dans cette tracée, tu fais deux (2) septennats. Avant la fin du 2e, tu modifies la Constitution pour revenir à un quinquennat. Et vite, tu cries : « La loi n’est pas rétroactive ». Cela permet de remettre ton compteur à zéro (0) : tes deux septennats ne sont plus pris en compte. Tu peux rebeloter pour deux quinquennats et après tu cherches d’autres moyens pour un pouvoir à vie ! Envers les opposants c’est «  le chien aboie la caravane passe ». Pourvu que tu organises régulièrement les élections que tu remportes.

Soudoyer l’opposition crédible

Aux partis de l’opposition qui semblent avoir une bonne cote de popularité auprès du peuple, tu tends un piège. Il s’agit de leur donner de l’argent. Quand ils veulent savoir pourquoi, tu réponds tout simplement que c’est pour renforcer la démocratie. Et comme ça tu leur tends l’hameçon. Une fois qu’ils ont mordu, tu cries haut et fort qu’ils sont des corrompus. Mais voyons ! Depuis quand le parti au pouvoir donne de l’argent à l’opposition soi-disant que c’est pour renforcer la démocratie ? L’éminent professeur de droit Laurent Bado est mieux placé pour comprendre. Lui qui se prenait (se prend même) pour l’homme le plus intelligent au Burkina a été discrédité de cette façon pourtant son parti, (le Parti pour la renaissance nationale – Paren), alors jeune, était la coqueluche du peuple pour une alternance au Burkina en 2005.  Hélas, on a versé son visage par terre.

Bien choisir les gardiens du temple

Il s’agit de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), du Conseil constitutionne et du Conseil supérieur de la communication (CSC). La Céni il faut faire de cette institution une machine à tricher. Ainsi, elle proclamera des résultats exponentiels truqués en ta faveur (80 % de voix). Après intervient le Conseil constitutionnel. Cette cour reçoit alors les résultats provisoires proclamés par la Céni. Elle fait table rase des recours et proclame les résultats définitifs. Tu es ainsi (ré) élu avec 79,81 %. Qui va critiquer ? Le CSC dont tu as nommé le président intervient pour jouer sa partition. En service commandé le président de cette institution est prompt à suspendre… des organes fut-ce un jour de 13 décembre. Et oui ! Les journalistes burkinabè l’ont appris à leurs dépends. Le 13 décembre 2012 alors qu’ils commémoraient le triste assassinat du journaliste Norbert Zongo, le CSC a procédé à la suspension du journal Le Quotidien d’une semaine de parution. Le message n’est-il pas clair ainsi ?

 Faire de la paix une marque de fabrique

Houphouët-Boigny disait que la paix n’est pas un vain mot, mais un comportement. Tu diras que tu en es l’incarnation. Tu apaises les conflits dans la sous-région. Après toi c’est le chaos. Lors de la campagne tu fais de cela un slogan : « Pour la paix au Burkina, votez…moi ».

Tue et confesse-toi !

Pour garder ton pouvoir, il faut tuer ceux qui sont des obstacles sur ton chemin. Les journalistes « indélicats » qui veulent troubler ton sommeil par leur investigation de dénonciation tu les fais brûler à mort. Si la situation s’empire après, tu fais une mise en scène dans l’intention de panser les plaies. Tu organises alors une journée nationale de pardon. Avec les larmes de crocodile, tu dis : «Le Christ nous demande de nous pardonner». Ça crée de l’émotion : un chef qui demande pardon à son peuple ?

Contrôle bien l’armée

Tu crées la zizanie dans la boîte. D’abord, entre les différents chefs de commandement il faut arriver à installer une certaine méfiance. Plus il y aura la méfiance entre eux plus personne n’envisagera fomenter un coup contre toi. La deuxième chose, il faut créer une armée au sein même de l’armée. Par exemple, faire de ta garde de sécurité un corps d’élite capable de mater les autres.

Abrutis le monde rural

N’ apprends jamais au monde rural le sens du vote. Fais en sorte que les échecs scolaires soient les plus élevés à leur niveau. Majoritaire, le monde rural est une ferme électorale précieuse. Nourris-la avec du riz au gras. Distribue des billets de 1000 f (un peu plus d’un euro) à chacun, un t-shirt, une casquette. Fais leur boire jusqu’à perdre conscience. Ils se sentiront demain redevables à ton égard. Pour ce faire, ils te donneront leurs voix. Et surtout, inculque dans leur esprit qu’on ne remplace le président que s’il est mort.

Corrompre les chefs coutumiers

C’est Thomas Sankara qui a commis la bêtise de mettre en quarantaine  la chefferie coutumière hors des affaires publiques. Alors si tu veux, réhabilite-les. Accorde-leur une place de choix. Ça paye bien ! Tu sais bien qu’en Afrique et au Burkina en particulier, ce sont des personnes qui ont une grande influence sur leur population. Il suffit seulement que tu mouilles la barbe d’un chef coutumier et tu as les voix de toute sa communauté. On ne désobéit pas au chef. S’il appelle de voter pour tel candidat, tout le monde est tenu à cela. Tu veux durer au pouvoir ? Fais des chefs coutumiers des amis !

Pas de confiance absolue !

Il ne faut jamais avoir une confiance absolue à tes collaborateurs. La meilleure chose à faire d’eux, c’est de les tourner comme des pions sur un damier : tu promeus ou tu rétrogrades.  Il faut les aider à acheter le cheval, mais ne les montre pas comment on le monte. Pas question qu’un de tes collaborateurs veuille te faire de l’ombre ! Tu restes alors le seul maître de la situation.

Pas d’arriéré de salaire

C’est une erreur à ne jamais commettre. Un arriéré de salaire peut avoir l’effet d’un projectile qui te saute de ton fauteuil. En tout cas, si tu ne veux être chassé du pouvoir comme le 1er président du Faso, Maurice Yaméogo,  le 3 janvier 1966, tu as intérêt à ne pas s’amuser avec les salaires des fonctionnaires. Cela peut avoir une incidence négative sur tous les domaines d’activités économique et sociale. Dans ce cas, tu auras tout le pays derrière le dos.

 

 

 


Manifestation contre les délestages au Burkina Faso

C’est devenu une coutume au Burkina. Les périodes de la canicule (mois de mars, avril voire mai) sont instituées comme mois de délestage. Il y a des quartiers qui peuvent passer une journée sans électricité. La conséquence de tout cela est que l’activité économique est au ralenti, car sur 8 heures de travail on peut passer au moins 3 heures à se tourner les pouces pour raison de délestage. Le 3 avril dernier, le premier ministre présentait son discours sur l’état de la nation face aux députés. Interpellé sur le sujet, il a fait preuve d’une incapacité notoire : « On ne peut pas résoudre les problèmes de délestage…. »  Et dire qu’on veut faire du Burkina un pays émergent !

Ph: Basidou KINDA Devant le siège de la Sonabel, le message de ce manifestant se veut plus clair: "on est fatigué de payer l'obscurité"
Ph: Basidou KINDA
Devant le siège de la Sonabel, le message de ce manifestant se veut plus clair: « on est fatigué de payer l’obscurité »

Le Balai citoyen, un mouvement apolitique a donné de la voix en invitant ce matin 29 avril les gens pour un sit-in devant les sièges de la Société nationale burkinabè de l’électricité (Sonabel) à Ouagadougou et Bobo Dioulasso. Le mot d’ordre était la « mobilisation générale pour manifester notre désarroi contre les délestages de la Sonabel ». Pour le mouvement, « trop c’est trop » car « cela fait déjà bien des années que les coupures intempestives d’électricité et les délestages ont été inscrits dans le quotidien des Burkinabè. En effet, les coupures d’électricité et les délestages se succèdent chaque année, allant de mal en pis ». L’occasion a été pour eux de remettre un message au directeur général de la Sonabel. Cette dépêche est d’un ton péremptoire : « L’arrêt définitif des délestages » ou encore la suspension des pénalités, l’audit de la Sonabel, la fourniture permanente et ininterrompue d’électricité dans les hôpitaux, la suppression de la taxe TV et la transparence des taxes en général sur la facture.

Ph: Basidou KINDA Boukary Kaboré dit le Lion, ancien compagnon de Thomas Sankara est venu soutenir les manifestants
Ph: Basidou KINDA
Boukary Kaboré dit le Lion, ancien compagnon de Thomas Sankara est venu soutenir les manifestants

Les élèves de certains établissements de Ouagadougou n’ont pas marchandé leur participation à la marche. La raison est que les délestages intempestifs les empêchent d’étudier alors que les examens de fin d’année sont proches. Boukary Kaboré dit le Lion, fidèle ami de feu Thomas Sankara est venu apporter son soutien aux manifestants. D’ailleurs, le Balai citoyen a invité les uns et les autres à faire le déplacement demain 30 avril au Tribunal de grande instance de Ouagadougou. C’est le jour où en principe, le TGI doit donner sa décision sur la reconnaissance officielle de la tombe de Thomas Sankara assassiné le 15 octobre 1987. Une demande que sa femme et ses enfants ont formulée depuis octobre 2010.


Affaire Norbert Zongo : La cour Africaine de justice met en cause le Burkina

Le Burkina est épinglé dans l’affaire Norbert Zongo par la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples. Le verdict est tombé ce jour 28 mars 2014 à Arusha en Tanzanie. Norbert Zongo a été assassiné le 13 décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur la mort suspecte du chauffeur de François Compaoré, frère cadet du président Blaise Compaoré.

Affiche commémorative par semfilms.org
Affiche commémorative par
semfilms.org

C’est un long épilogue. Depuis juillet 2006, le dossier a été classé par la justice burkinabè en attendant des « éléments nouveaux » malgré même le fait que 6 suspects sérieux ont été identifié Le mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a fait du dossier son combat ayant estimé que toutes les voies de recours en interne étaient épuisées  a décidé d’ester devant la cour africaine de justice les 28 et 29 novembre 2013 l’Etat burkinabè.

Selon la cour « l’examen du dossier montre qu’il y a eu un certain nombre de carences dans le traitement de cette affaire par la justice nationale » Il  la durée de l’affaire. Un peu moins de huit ans entre les premières investigations et l’ordonnance de non-lieu d’août 2006. L’Etat burkinabè n’a pas su convaincre du fait que ce délai était raisonnable. Il y a aussi le fait que l’Etat n’a pas voulu suivre d’autres pistes d’investigations afin que la lumière soit faite sur ce crime odieux. Cette position de l’Etat se comprend aisément dans la mesure où c’est une affaire qui touche même la famille présidentielle.

Cliquez ici pour lire aussi RFI sur la même affaire

Selon la Cour, l’Etat burkinabè a violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale. Ce verdict est donc un autre début de cette affaire dite Norbert Zongo. C’est aussi un début de victoire dont peut s’enorgueillir le MBDHP. Du reste, le peuple a donné sa parole à travers une lampe allumée qui ne sera éteinte que le jour où la lumière sera faite sur cet assassinat ignoble.


Journaliste menacé de mort : L’Etat français est-il devenu un régime ?

Gérard Davet est un journaliste d’investigation du Monde. Hier mercredi 19 mars, il a reçu des menaces « très violentes » contre lui et ses proches. Son péché ? Parce qu’il a révélé les écoutes téléphoniques visant Nicolas Sarkozy en rapport avec l’enquête sur le financement libyen présumé de sa campagne de 2007.

Gérard Davet Crédit photo: DR
Gérard Davet
Crédit photo: DR

Dans  une France (37e classement RSF/ 2013) qui se dit démocrate, c’est un paradoxe. D’autant plus que selon reporter sans frontière « il apparaît clairement que les démocraties protègent mieux la liberté de la production et de la diffusion des informations factuelles ». « Dans les dictatures, poursuit RSF, les acteurs de l’information s’exposent à des représailles impitoyables pour eux-mêmes et pour leurs proches » Voilà que la France donne un mauvais exemple. Je me demande alors si l’Etat Français est devenu un ‘’régime’’, bourreau de la presse. Le terme ‘’régime’’ est un cliché dans leur bouche qu’ils collent à tout Etat qui n’a pas le même mode de fonctionnement qu’eux. Dans leur entendement c’est dans les ‘’régimes’’, synonymes de dictature, que la presse est muselée ou des journalistes sont tués (Norbert Zongo au Burkina : paix à son âme). Ç’aurait été en Afrique ou en Russie, en Chine, cette affaire, on allait la liée à la nature du pouvoir : le régime…

Il faut le dire, les menaces proférées envers le journaliste ne sont rien d’autre qu’une atteinte à la liberté d’expression de laquelle découle la liberté de presse. C’est en même temps une entorse au droit à l’information. Cela doit être condamné avec la dernière énergie. L’Etat pour ne pas dire ‘’Régime’’ français a obligation à tirer cette affaire au clair.


Disparition Malaysia Airlines : Ce n’est pourtant pas une brouette !

Crédit photo www.lepoint.fr
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Long de 63,7 m pour  60, 9 m et d’une hauteur de 18,5 m. C’est impression comme taille. Pourtant, le Boeing a disparu (depuis le 8 mars) tout simplement dans l’espace. Laissant ainsi les « grands » de ce monde face à l’inconnu malgré tout ce qu’ils disposent comme technologies. Et les théories, contradictoires,  ne manquent pas pour expliquer cette disparition. Alors…

Silence ! J’en ai assez. J’en ai marre de ces contradictions qui ne manquent de provoquer de la consternation face à ce mystère ! Douze (à ce jour 19 mars 2013) jours après sa disparition, peu d’éléments, pour ne pas dire aucun, ne sont connus avec certitude. Pourtant, les grands de ce monde se vantent pour leur savoir. Ils disent être avancés dans la technologie. Ils se disent connaisseurs. Ils ont même la capacité d’espionner les gens à travers les écoutes téléphoniques ou les réseaux sociaux, capables d’envoyer des drones invisibles…. Ils sont formidables peut-on dire. Mais aujourd’hui, il convient de le dire comme Stromae qu’ils sont forminables. Comment peut-on comprendre qu’au 21e siècle un avion se volatilise avec 239 personnes à son bord des jours après on n’a pas de trace. Malgré toute la technologie. Comment expliquer le problème ? L’avion peut-il disparaître comme ça, avec tous les satellites qui filment ce qui se passe sur la surface ?  Il est impossible qu’un Boeing passe inaperçu (ce n’est quand même pas une brouette) !

Malgré tous les moyens colossaux : au moins 25 pays mobilisés, plus  de 42 navires et 39 avions mobilisés pour les opérations de recherches. Résultat, c’est toujours mystère et boule de gomme. C’est bien Abcdetc qui a raison: « A une époque où chaque téléphone portable est localisable à quelques centaines de mètres près, où nos GPS nous localisent dans chaque recoin du monde, où des milliers d’informations sur chaque individu se baladent dans des milliers de fichiers, où chacun de nos clics sur Internet est enregistré, comme nos conversations ou celles d’un ancien président de la République ou d’une actuelle chancelière allemande ou d’autres “grands” de ce monde… » Peut-on croire que l’avion puisse se poser quelque part sans qu’on ne le sache ? Un avion de plusieurs tonnes et ses 239 occupants peut-il se volatilisé sans parvenir à localiser sur quelle piste parmi les 634 possibles il a bien pu atterrir ? Si tel est le cas, cela veut dire que le monde est en sécurité et voudra dire qu’il faudrait repenser la technologie.

Des extra-terrestres ?

Depuis ce « mystère aéronautique sans précédent », on thèse sur toutes les hypothèses sans parvenir à grand-chose. Et si des extra-terrestres avaient gardé imperceptible l’avion dans l’espace ? La Thaïlande dit avoir repéré un « appareil non identifié » changeant plusieurs fois de direction en examinant les données radars du moment où le vol MH370 de Malaysia Airlines a perdu le contact avec le contrôle aérien, selon un  porte-parole de l’armée de l’air. Et si c’était l’œuvre des Elohim ? Il est certes que l’existence de ceux-ci reste aussi un mystère. On ne la conçoit que dans notre imaginaire. Je délire peut-être en parlant des extra-terrestres ! Mais il est inconcevable de croire que notre planète serait la seule habitée par des « êtres intelligents ». Il faut donc scruter aussi la piste de ces « invisibles » 


SOS : mon identité numérique !

C’est avec grand intérêt que j’ai écouté l’émission de Ziad Maalouf le samedi 1er mars sur l’identité numérique. Ce que j’ai retenu, c’est que nous faisons un usage risqué de l’Internet. Cela n’est pas sans conséquence sur « nos sociabilités dans le monde physique comme dans le monde numérique ». Chacun doit être vigilant. 

Crédit photo: www.cndp.fr
Crédit photo: www.cndp.fr

« L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audios ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, etc.) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau et le reflet de cet ensemble de traces, tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche ». Ceci est la définition que donne le professeur Olivier Ertzscheid, invité du jour.  C’est donc des éléments d’authentification : numéro d’identification, adresse IP, adresse courriel, nom d’usager, mot de passe, nom, prénom, pseudonyme, etc. Des données : personnelles, administratives, bancaires, professionnelles, sociales, etc. des signes de reconnaissance : photo, avatar, logo, image, etc. des traces numériques : contributions à des blogues et autres systèmes de gestion de contenu, liens, etc.

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou simplement sur Internet, nous laissons des traces derrière nous. Nous saisissons des mots de passe. Sur certains sites, on nous demande si on veut « enregistrer ce mot de passe pour ce site ». Souvent, par ignorance on le fait. Nous sommes omniprésents sur la Toile. Et il y a lieu de prendre des précautions, d’avoir le contrôle de son identité sinon comme l’a dit le professeur, nous sommes en danger « en attestent notamment les nombreux cas de licenciements ayant comme origine une utilisation trop naïve du premier des réseaux sociaux. »

Cliquez ici pour écouter l’émission de Ziad Maalouf sur Atelier des médias

Il nous arrive de voir par exemple sur notre mur Facebook une publication obscène et on se plaint. Oh non ! Cela signifie tout simplement que nous n’avons pas mis des garde-fous afin de contrôler notre identité numérique. Quand on ne protège pas notre identité sur la Toile, on « donne accès sans contrôle à nos informations et nos données ». D’ailleurs, je comprends pourquoi, je reçois des mails (spam le plus souvent) provenant de personnes ou de structures auxquelles je n’ai jamais demandé de service. Beaucoup de personnes sont aujourd’hui victimes sur Internet tout simplement parce qu’elles n’ont pas le contrôle de leur identité numérique.

crédit photo:  www.cndp.fr
Crédit photo : www.cndp.fr

Avec notre présence quotidienne sur le web, il y a comme un impératif, la formation en la matière. Si ce n’est déjà fait, il y a lieu que chacun prenne conscience et s’applique davantage : savoir protéger – réserver son nom,  s’impliquer, définir son périmètre de confidentialité, veiller au grain. En tout cas pour le professeur Ertzscheid : « Avec le passage d’un World Wide Web à une sorte de World Life Web où l’individu occupe la place centrale, il est désormais indispensable pour chacun de gérer, contrôler, « monitorer » son identité numérique ». Pour aller plus loin, cliquez ici

 


Le MPP : le fils de «l’incitation populaire massive»

Dans mon dernier billet intitulé : « Burkina Faso : va-t-on vers un combat de titans ? » je disais que les démissionnaires du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP au pouvoir) allaient créer leur parti le 25 janvier. C’est donc chose faite. Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), est le nom de ce parti « social-démocrate », selon ses créateurs. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré en est le président. Pour porter sur les fronts baptismaux le MPP, la maison du peuple de Ouagadougou a servi de cadre. Elle  était pleine comme un œuf. Je vous propose ici, l’ambiance du jour !

« Prési…, prési…, prési… ! » C’est par ces mots que la foule, tel un essaim d’abeilles, a accueilli Roch Marc Christian Kaboré. Les mêmes mots utilisés pour le raccompagner à la fin de la cérémonie. Mais l’accès à la salle n’a pas été facile pour prési. Comme on le dit, la bouche veut, mais le ventre n’en peut plus. Pourtant, femmes, hommes, vieux et jeunes tenaient coûte que coûte à entrer dans la salle. Personne ne veut manquer à ce rendez-vous. L’accès réservé à prési était donc pris d’assaut. La diplomatie n’avait plus sa place. Prési est là. Il faut qu’il entre. Les forces de l’ordre montent alors le ton, bousculent pour lui frayer un passage. Quand Roch a eu accès la salle, c’est avec un salve d’applaudissements qu’il a été reçu.

Roch Marc Christian Kaboré accueilli en président par la foulecrédit photo: DR
Roch Marc Christian Kaboré accueilli en président par la foule
crédit photo: DR

Les choses sérieuses commencent. Il est 16 h 20 : « Cette assemblée fait suite à la démission depuis le 4 janvier dernier de plusieurs milliers de cadres et militants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) à tous les échelons du parti… » a dit Clément Sawadogo, secrétaire général du parti. Des propos appréciés de la foule. Des cris retentissent de l’intérieur comme de l’extérieur de la salle. «  Son (allusion faite au CDP) obstination à déverrouiller l’article 37 (…) et même son entêtement à vouloir installer le Sénat malgré l’opposition farouche et déterminée de toutes les composantes significatives de notre peuple (…), sont les signes évidents de sa volonté de confisquer le pouvoir du peuple et d’instaurer un règne à vie et sans partage ». Ces propos ont reçu également l’approbation de la foule de plus en plus électrique. On crie, hurle, saute et même confirme : « C’est ça même ! » C’est donc après une analyse « sans complaisance » de la situation politique, économique et sociale du pays que les dissidents du CDP ont décidé de la création du MPP. Ce qui fait dire que le parti est « né d’une incitation populaire massive » pour donner une réponse à « un vaste désir d’alternative et d’alternance ». Vient alors le moment qui va tuer, comme disent les jeunes. Cet instant où il faut dévoiler officiellement le nom du « bébé » (que beaucoup savaient déjà). On dira alors que l’Assemblée générale a adopté la création du parti. Sa dénomination est ainsi « le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP)… » C’est un tonnerre de cris qui résonne. L’orateur est involontairement interrompu : « MPP, MPP, MPP…. » criait ainsi la foule en transe. Clément Sawadogo retrouve la parole  une minute après cette scène de liesse. Mais ça sera de courte durée quand il dit : «  [La devise] est démocratie-égalité-progrès » Le délire reprend. L’intéressé pour poursuivre a été obligé de tirer sur ses cordes vocales à plusieurs reprises : « Arrêtez… arrêtez… » Ses efforts ont payé. Tel le vrombissement d’un essaim d’abeilles de passage le bruit fait place au silence. Mais pas un silence absolu. Le nom du parti est désormais connu par le grand public. Mais, il est de quelle couleur ? Les gens s’impatientent. Ils veulent voir le logo. C’est un sésame précieux ! Quand enfin il est dévoilé, la scène avait son nom : la bousculade. Vieux, jeunes, femmes, hommes, chacun voulait tenir dans ses mains le logo. Inutile de vouloir distribuer au risque de se faire froisser comme un chiffon. Il faut le lancer en l’air. Les gens se sont donc jetés sur le symbole graphique du parti. L’image était semblable à celle des poussins qui accourent vers les grains qu’on vient de leur verser. Ceux qui ne pouvaient pas prendre le risque devaient se contenter de dire « Merci beaucoup » comme cette vieille femme d’environ 50 ans à qui un jeune a donné un logo. D’autres vont jusqu’à supplier pour en avoir : « Mâa nè sougri wè (faut faire pardon en mooré) » prie un homme d’environ 40 ans.

L’opinion, le témoin oculaire

Roch Marc Christian Kaboré, le président du parti va livrer son message. La foule va boire ses paroles. Cela ne signifie pas la fin des vacarmes : les cris, les hurlements. Son tout premier message du parti est l’authentique. On suppose qu’il n’est pas altéré par aucun « bruit » comme on le dit dans le langage de l’infocom. Les nouvelles technologies aidant, chacun se sert de son téléphone portable pour enregistrer. Viendra un jour où on dira « prési, écoute ce que tu disais le jour de la création du parti. Ce n’est pas ce que tu fais aujourd’hui… » Bref ! Comme lui-même l’a dit, il faut prendre l’opinion à témoin. « (…), je voudrais (…) prendre à témoin l’opinion nationale et internationale pour saluer le caractère historique de l’acte que nous venons de poser » fait-il savoir. Pour le président Roch, leur « responsabilité » du jour est l’occasion d’offrir au peuple « un sursaut salvateur » qui va conduire « à l’échéance de 2015 » Roch Marc Christian Kaboré n’a pas manqué de mots pour fustiger l’élite politique dont la responsabilité serait plus engagée dans la situation nationale pour n’avoir pas tiré des leçons du passé. Il dira alors : « …C’est toujours l’élite politique arcboutée sur ses intérêts et calculs opportunistes, refusant de tirer leçon des récents mouvements sociaux que notre pays a connus. Et elle est encore prête dans l’entêtement total, à accompagner toutes les dérives préjudiciables à la nation »  « Bien dit » rétorquent certains. Roch n’avait pas la langue liée. Mais il va se la mordre d’avoir parlé. « Bien entendu et en toute objectivité, nous tenons à réaffirmer notre part de responsabilité individuelle et collective dans les insuffisances et dérives que nous dénonçons… Nous reconnaissons et assumons cette responsabilité et nous engageons à nous amender devant le peuple burkinabè » se repentit-il. « Quel sens d’humilité » estime une femme. Que dire de plus.


Burkina Faso : va-t-on vers un combat de titans ?

La situation politique au Burkina connaît beaucoup de péripéties. Après la marche « historique » de l’opposition le 18 janvier, le parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) contre-attaque avec la création d’un Front républicain. Malin sera celui qui pourra imaginer  l’épilogue.

Contre le sénat
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Qui de l’opposition….

Cinq jours après la marche meeting de l’opposition contre la modification de l’article 37 qui limite les mandats présidentiels et la mise en place du Sénat, le CDP a répliqué. Le  23 janvier 2014, la majorité présidentielle et d’autres partis dits de l’opposition « réformiste » ont créé le Front républicain dont l’objectif serait  de « renforcer la démocratie au Burkina Faso ». Mais cette coalition formée d’une quarantaine de partis semble cacher sa principale préoccupation : la modification de l’article 37. En effet, les partis qui constituent ce front ont un point commun : « Ils disent ne pas être opposés à l’idée d’un référendum sur l’article 37 » Sur ce chemin, c’est sûr qu’ils vont croiser le fer avec l’opposition, renforcée par les démissions des ténors du CDP à savoir Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré. Ces derniers ont quitté le parti parce qu’ils se disent contre tout projet de modification de l’article 37 de la Constitution. L’opposition politique, avec à sa tête Zéphirin Diabré, a pu mobiliser du monde, les 29 juin et 28 juillet 2013, pour dire « Non » au Sénat et à la modification de l’article en question. Le 6 juillet 2013, le CDP a organisé une marche réplique pour montrer que l’opposition n’a pas le monopole de la mobilisation.

(ph:dr).... et de la majorité va remporter ce combat de titans?
(ph:dr)
…. et de la majorité va remporter ce combat de titans?

Aujourd’hui, après les démissions des ténors du parti présidentiel, beaucoup de cadres continuent de quitter le navire CDP. Les traîtres, comme Blaise Compaoré les aurait qualifiés dans Jeune Afrique, vont créer leur parti. Ils vont renforcer les rangs de l’opposition. En faisant appel à d’autres partis pour créer le Front républicain, le CDP montre également sa détermination à aller jusqu’au bout de ses ambitions.  Le combat sera alors rude, il faut le dire. Ce sera même un combat de titans.


Burkina Faso : le visage hideux des prisons

A la date du 31 décembre 2012, on estimait le nombre des détenus à 4 899 dans les différentes prisons du Burkina pour une capacité d’accueil de 3 730. Ce qui donne un taux moyen d’occupation de plus de 130 %. La maison d’arrêt de Bobo Dioulasso (la capitale économique) est celle qui bat le record avec un taux d’occupation de 265 %. Nouna a le taux le plus faible à savoir 34 %. Si Nelson Mandela avait vécu dans une des prisons burkinabè, je pense qu’il n’aurait pas fait 27 ans derrière les verrous. Pour tout dire, les conditions de vie dans y sont très exécrables. 

Crédit photo: DR
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Selon le mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), leur situation n’a pas changé au cours de l’année 2012. La promiscuité, le manque d’hygiène, la sous-alimentation, les atteintes à l’honneur et à la dignité, la maladie, la mort. C’est ainsi que le MBDHP a décrit le quotidien dans son rapport 2012 sur les droits humains au Burkina. De la promiscuité, les détenus sont cloîtrés dans des cellules de moins de 10 m2 sous un régime collectif avec un effectif variant entre 6 et 12 personnes. Issa Lohé Konaté, ne dira pas le contraire. Ce directeur de publication de L’Ouragan au Burkina a été condamné le 29 octobre 2012 lors d’un procès pour diffamation à l’encontre d’un procureur. Le 29 octobre 2013,  il finit de « porter sa croix » selon sa propre expression. Nous avons tenu à le rencontrer à domicile le 9 novembre dernier pour recueillir son témoignage.

« Nous étions tantôt 12 tantôt 15 détenus. On dormait pratiquement collés. Et le danger, c’est que vous pouvez vous retrouvez nez à nez avec un tuberculeux ou bien quelqu’un qui souffre d’hépatite de tout genre. Et quand vous arrivez, au bout de 3 à 5 jours, vous avez forcément mal aux yeux, vous avez des démangeaisons terribles dans les yeux. En plus de ça, vous dépérissez complètement. En trois jours vous pouvez perdre 5 à 10 kilos », affirme Issa Lohé Konaté.

A l’écouter, s’il n’avait pas eu le soutien de la Cour africaine de justice, il « serait mort » parce qu’à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) où il était coffré, en plus des conditions dénoncées plus haut, « il n’y a aucun soin ». Certes, la prison dispose d’une infirmerie, mais « pratiquement vide », et « quand vous allez en consultation il n’y a pas de produits de soins ». Il faut donc compter sur la bonne volonté de certaines personnes telles que « le clergé catholique » qui de passage arrivait parfois à exonérer leur ordonnance.

Selon Issa LohéKonaté, l’Etat n’existe pas dans les prisons burkinabè parce qu’« on mélange tous les délits. Vous allez voir des voleurs de portables avec de grands criminels qui ont tué plusieurs personnes. Des gens qui ont violé,  braqué des banques. On mélange tout ce beau monde. Et parmi eux, il y a des plus jeunes qui n’ont pas leur place à ce niveau ».

Un état de fait que dénonce le MBDHP dans son rapport 2012. « Pire, les règles de séparation des prisonniers selon la catégorie et le statut ne sont pas effectives. La séparation se fait entre femmes et hommes, les mineurs de moins de 18 ans des majeurs, les prévenus des condamnés, les détenus bénéficiant d’un régime particulier des détenus soumis au régime ordinaire, les condamnés entre eux selon la division. La conséquence du non-respect de la séparation est l’insalubrité et le manque d’hygiène, le développement des maladies contagieuses, le risque élevé de la récidive qui génère le banditisme et l’insécurité », dit le rapport.

Arrestation et détention arbitraire

Il faut l’admettre, tous ceux qui sont en prisons ne sont pas forcement des délinquants. Cet aspect n’a pas échappé au MBDHP dans son rapport. Pour le mouvement des droits humains, « la lutte contre l’insécurité est demeurée le prétexte idéal pour l’arrestation et la détention de personnes de façon arbitraire et/ou abusive ». Il arrive alors que des citoyens sont détenus dans des maisons d’arrêt sur la base d’un « ordre de mise à disposition créé de toutes pièces par les magistrats du parquet et les juges d’instruction. » Au 31 décembre 2012, 53 personnes, dont 5 mineurs étaient « illégalement détenues » dans l’ensemble des maisons d’arrêt au Burkina. A cela, le rapport fait cas des militaires détenus (plus de 300) après les mutineries de 2011. Ces militaires sont en attente de leur jugement. Une attente qui a duré toute l’année 2012. Toutes les tentatives du MBDHP par rapport à cette situation auraient été vaines. Notons que depuis le 26 décembre 2013, les militaires ont commencé à comparaître devant la justice militaire.


Juste une pensée pour Norbert Zongo !

Affiche commémorative parsemfilms.org
Affiche commémorative par
semfilms.org

Cela fait 15 ans que le journaliste burkinabè Norbert Zongo a été assassiné. 15 ans après, ni justice, ni vérité pour la mémoire de cet illustre journaliste. A toute la famille mondoblog, je ne vous demande pas de pleurer mais ayez une pensée pieuse pour Norbert Zongo, directeur de publication de L’Indépendant, tué et brûlé le 13 décembre 1998.

Grand journaliste d’investigation, des vampires ont cassé sa plume intègre il y a de cela 15 ans. Il y a eu des journalistes assassinés de part le monde entier mais le sort de Norbert Zongo, à mon avis, est le pire pour décrire l’animosité de l’espèce humaine. Tenez-vous bien, ce journaliste a été tué, brûlé et réduit à moins d’un kilogramme de charbon. Et cela fait 15 ans le 13 décembre 2013 que le peuple burkinabè attend que justice soit rendue. 15 ans qu’une veuve et des orphelins attendent que justice soit faite. 15 ans que la douleur consume à petit feu une mère. « Vous l’avez tué. Mais pourquoi le brûlé? Il fallait laisser le corps de mon  fils que je vienne le prendre pour aller l’enterrer…» parole d’Augustine Zongo, mère de Norbert. Vous comprenez bien la douleur qui martyrise cette femme ! Oui, une mère qui « a porté durant neuf mois un enfant dans ses entrailles, manqué de justesse la mort le jour de l’accouchement. A pris soin de lui jusqu’à l’inscrire à l’école. Celui-ci réussit ses études et parce qu’il a embrassé un métier qui dérange certains, un beau jour, on le tue, le brûle et le réduit à moins d’un kilo de cendre ».

Norbert Zongo avait une plume d’enfer qui indignait beaucoup de têtes bien placées au sommet de l’Etat burkinabè. Des dossiers brûlants, il en a traités. C’est justement dans cette lancée qu’il trouve la mort. Il enquêtait en effet sur l’assassinat de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, frère cadet du président du Faso, Blaise Compaoré. Norbert Zongo n’était pas ce journaliste qu’on pouvait emprisonner parce que professionnellement, il était irréprochable. La seule solution, c’était son élimination physique. Il a donc été criblé de balles et brûlé.

Ph: Basidou Kinda
Ph: Basidou Kinda

En son temps, une enquête indépendante avait désigné six (6) suspects sérieux. Mais le dossier est classé depuis juillet 2006 au niveau de la justice burkinabè. Le peuple a pourtant donné sa parole à travers une lampe allumée qui ne sera éteinte que le jour où la lumière sera faite sur cet assassinat ignoble. Pour cela, les défenseurs des droits de l’homme ont saisi la justice internationale à savoir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, à Arusha, en Tanzanie les 28 et 29 novembre 2013. Le peuple burkinabè attend avec impatience le délibéré de cette juridiction.


Nelson Mandela, l’icône mondiale trahie par les dirigeants Africains. RIP !

Il s’est battu pour libérer son pays l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il a tracé un chemin à suivre pour les Africains. Mais hélas, les dirigeants ont foulé aux pieds son héritage. Dans ce billet, que j’aurai dû titrer : « Mandela, le sens d’un combat », je ne pleure pas la mort du héros. Mais en louant ses actes, je regrette que les dirigeants africains ne s’abreuvent à sa source.

Ph: Dr
Ph: Dr

Nelson Mandela est mort. Faut-il que je verse des larmes ? Bien évidemment ! Mais ces larmes que je vais verser ce n’est pas pour pleurer la mort de cette icône mondiale, cette grande lumière qui s’est éteinte. Non ! Je me réserve de verser des larmes par crainte de rendre boueux la voie qu’il va  emprunte pour aller de l’autre côté. Mais je verse des larmes, parce que les 27 ans de sacrifice consentis par le Mandiba pour l’Afrique du Sud en particulier et du continent en général n’ont pas eus un écho favorable chez les dirigeants africains actuels. L’héritage de l’homme a été bafoué par nos dirigeants. Nelson Mandela a rêvé d’une Afrique prospère, indépendante économiquement et politiquement. Il a su réconcilié les ‘’peuples’’ sud africains. Il a réussi sa mission sur terre.

De l’alternance politique

Premier président de la nation arc-en-ciel, le Mandiba a donné l’exemple d’une belle alternance dans une Afrique en proie à des coups d’Etat, dictature, présidence à vie. Il a, en effet, fait un seul mandat de 1994 à 1999. Puis a laissé la place à la jeune génération. Il aurait pu dire « bande d’enfoiré ! J’ai passé plus d’un quart de siècle de ma vie à me battre et derrière les verrous. Pourquoi quitter le pouvoir  pour vous? » Mais non, l’homme était habité par le bon Dieu, le sens de l’intérêt commun. Ce qui fait me dire qu’ « il est entré dans l’histoire par la grande porte et y a demeuré jusqu’à ce jour 5 décembre 2013. » Mandela a tracé un chemin que les chefs d’Etat africains aujourd’hui devaient suivre. Mais hélas. Ils ont la boulimie du pouvoir. Tout ce qui les préoccupe c’est leur propre intérêt. Pas question de quitter le pouvoir qu’ils ont patrimonialisé : le fils ou succède au père.

On a vu Lassana Conté, un mort vivant diriger la Guinée. Abdoulaye Wade qui est entré par la grande porte dans l’histoire et ressortir par la fenêtre. C’est le cas de Tandja également au Niger. Dans sa folie de rester au pouvoir, ce dernier avant dissout l’Assemblée Nationale, la Cour constitutionnelle. Il a fallu l’intégrité d’un certain Salou Djibo pour mettre fin à sa démence. Les exemples sont légions. Au Burkina, après 26 au pouvoir, Blaise Compaoré tente par tous les moyens pour y demeurer. Ils se prennent pour des rois, des immortels, des indispensables. Tout le contraire de Mandela qui a même fait savoir qu’il n’est pas un « être indispensable » ni « un prophète ». C’est ce qui caractérise les grands hommes.

Ces dirigeants ne sont pas dignes de Mandela.

Pour le savoir, le Mandiba est décédé derrière eux. Ils sont aujourd’hui plus d’une dizaine de présidents africains à fouler le sol parisien pour discuter de l’avenir sécuritaire, économique, etc, de l’Afrique. Quelle honte ! Ils ont trahi la vision de Mandela. Ils ont vendu l’Afrique pour leur propre intérêt. Ils sont aujourd’hui incapables de prendre une décision africaine pour résoudre les problèmes africains. L’Afrique est mal partie disent certains penseurs. A bien réfléchir ils n’ont pas tort. Nelson Mandela est une source à laquelle pouvaient s’abreuver les dirigeants africains. Mais ils ont refusé de boire à cette source. Préférant la source de la dictature, des détournements de fonds plaçant ainsi avec bravoure leur pays dans le « sous-sous-développement »

Sans tomber dans le pessimisme, j’ose croire que Dieu nous donnera des Mandela qui vont tirer l’Afrique vers l’avant. Car, comme, l’a dit le poète sénégalais Diop, « les morts ne sont pas mort… » Cela sous-entend que leurs idées restent et pourront profiter aux générations futures.

Adieu Mandiba,

On ne t’oubliera jamais,

Repose en paix !


La vie des ‘’Etcétéras’’ du Burkina Faso

Au Burkina Faso, il y a les Uns, les Autres et les Etcétéras. Les Uns sont ceux qui dépensent sans penser c’est-à-dire ceux qui sont dans l’opulence, circulent dans les grosses voitures.  Les Autres sont ceux qui pensent avant de dépenser. Eux, ils ont le minimum vital. Mais avant de dépenser ils vont des calculs à la Pythagore. Les Etcétéras sont ceux qui ne voient même pas la queue du diable encore moins la tirer. Il s’agit de ceux qu’on ne compte pas. C’est d’eux que nous allons parler dans ce billet plus particulièrement des femmes.

Ph: Basidou KindaLa vielle Zénabou vit de ce travail
Ph: Basidou Kinda
La vielle Zénabou vit de ce travail

Elles subissent une double malédiction. Femme, « tu accoucheras dans la douleur », selon ce que nous enseigne la sainte Bible. Ces femmes ont accouché dans la douleur. Homme, « tu mangeras à la sueur de ton front ». Ces femmes sont dans cette même logique. Mais qu’est-ce qu’elles ont fait au bon Dieu pour subir une telle double malédiction ? Cette question, me hante l’esprit sans pour autant trouver une réponse. Si par hasard je croisais bon Dieu dans les rues de Ouagadougou, je n’hésiterai pas un instant à lui poser la question. Bref !

Une misère ambulante

Quand on voit ces femmes, c’est la misère ambulante : des habits en loques, des chaussures trouées. Tout ce que Dieu leur a donné de façon gratuite c’est peut-être l’air qu’elles respirent sans payer et la nature où elles vont chercher leur pitance. Oui, chaque jour, dans les quartiers de Ouagadougou, elles balaient le sable où les graviers qu’elles mettent en tas. A midi, l’heure idéale pour la plupart des travailleurs de se reposer un peu, ces femmes s’activent davantage. On dit que Dieu créa le Ciel et la Terra, et tout ce qui s’en est suivi, et se reposa le 7e jour. Quel luxe pour Dieu ! Ces femmes ne connaissent pas de repos. Elles travaillent 7j/7j. La France n’aurait pas à s’évertuer à pondre un rapport sur le travail dominical si les Français travaillaient comme ces hères ici au Burkina. Ramasser le sable ou le gravier pour gagner combien ? « Entre 15.000 et 20.000 fcfa le mois. Parfois moins» confie la vielle Zénabou âgée de 65 ans. Il faut dire que leur sable n’est pas de bonne qualité car contenant plus de la terre. Par jour la vielle Zénabou dépense 150f pour sa nourriture. « A midi, j’achète du benga (haricot en mooré) à 75f je mange. Le soir je peux prendre toujours benga ou du tô au même prix. Viimi ya kanga (la vie est dure) » Causez avec une de ces Etcétéras et vous allez sentir la puanteur de leur misère montée jusqu’au visage.

Qui sont-elles ?

Sociologiquement, ce sont des femmes délaissées pour diverses raisons. Il y’en a qui ont été chassées après la mort de leur conjoint. Les frères de leur mari les mettent ainsi dehors pour hériter du bien de leur « frère » sans tenir compte des enfants du défunt. D’autres, après les avoir accusées de sorcellerie on les chasse de la cours. Pour le cas de la vielle Zénabou, elle n’a pas enfanté. A la mort de son mari en 2009, elle a été accusée de sorcellerie (on pense que c’est parce qu’elle est sorcière, elle a mangé tous ses enfants, raison pour laquelle elle n’a pas accouché) et chassée de la cours.

Quand je les vois je me demande si ces femmes font partie des 16 millions de Burkinabè. C’est quoi la politique, les élections pour ces gens ? Absolument rien ! La Sénat qui divise le peuple, l’article 37 qui interdit Blaise Compaoré (26 ans au pouvoir) de se représenter en 2015 n’ont aucun sens pour ces femmes.  Leur seule préoccupation c’est leur survie. Rongées par les péripéties de la vie, leur seul espoir c’est le bonheur qu’elles pensent trouver dans la mort (ne dit-on pas que la mort est l’absence de toute souffrance et que même ceux qui vont se suicider sont à la quête du bonheur à travers cette négation de la Vie ?).

Une fois de plus, cette misérable vie que mènent ces femmes est synonyme du non respect des droits économiques et sociaux des citoyen dont l’Etat burkinabè a l’obligation de promouvoir et de protéger.  L’Etat burkinabè, il faut le dire, est inexistant.


Mendicité des talibés à Ouagadougou : l’exploitation au nom de la religion

Ils sont nombreux « les enfants de la rue » qui mendient au Burkina. A Ouagadougou, la plupart d’entre eux sont des talibés venant des écoles coraniques. Ces enfants qui ont quitté leurs parents pour aller à la quête du savoir du Saint Coran ont perdu le droit à la vie au dépend d’un devoir de survie. Commis à la mendicité, les talibés sont aussi contraints de satisfaire la poche de leur maître coranique. A défaut, c’est la colère de leur « patron » qui s’abat sur eux.

(PH: DR) Des talibés en situation d'études
(PH: DR) Des talibés en cours

Qui nourrira aujourd’hui les pauvres disciples ? Nos parents sont vivants et nous mendions comme des orphelins. Au nom de Dieu, donner à ceux qui mendient pour sa gloire (…) ». Ces litanies[1] des talibés nous en disent beaucoup sur la question de la mendicité de ces enfants. Cette pratique est devenue au Burkina Faso et singulièrement dans la ville de Ouagadougou une manière de vivre de ces enfants partis à la quête du savoir spirituel. Souvent vêtus en haillons, les pieds nus et sales, les talibés se déplacent seuls ou en bande. Ainsi, chaque jour des milliers de ces enfants passent des heures à parcourir les rues de la ville, les boîtes de conserves vides en main, à la recherche de leur pitance : « Allah garibou » lancent-ils aux passants en implorant leur bonne volonté. Issus pour la majorité des écoles coraniques traditionnelles, ces enfants constituent un fardeau pour la société.

Au quartier Karpaala, au secteur 51 (anciennement 30) de Ouagadougou, se trouve un foyer d’école coranique. Une cours sans clôture : à l’intérieur « un marabout » (maître coranique) et environ une quinzaine de garçons louent une maison – deux chambres salon – un peu délabrée. Les garçons dorment ensemble dans l’une des chambres. Issouf (un nom d’emprunt) a en charge ces enfants à qui il doit apprendre le Coran. Comme beaucoup d’autres enfants talibés, les élèves de « maître » Issouf ont pour source de subsistance la mendicité. Et ce ne sont pas les arguments qui manquent au maître pour justifier un tel phénomène : « Les parents me confient leurs enfants sans se soucier de leur nourriture. Moi, je n’ai pas les moyens de subvenir à leurs besoins, voilà pourquoi ils sont obligés de mendier » confie -confié. C’est à croire alors que la responsabilité est partagée entre les parents et les maîtres coraniques.  Mais là dessus, Ismaël Tiendrebéogo, juriste et imam au Centre d’études, de recherche et de formation islamique (Cerfi) est catégorique : « Un maître qui n’a pas les moyens de prendre en charge les enfants qu’on lui confie, alors qu’il laisse l’apprentissage du Coran ». Certes, selon El hadj Tiégo Tiémtoré, iman également au Cerfi, Dieu a dit qu’ « il faut apprendre à le connaître à travers  les études coraniques » mais du même coup Il(Dieu) recommande de « savoir utiliser ses doigts pour subvenir à ses besoins de sorte à ne pas consommer l’illicite et constituer un fardeau pour les autres créatures ». L’islam ne justifie donc pas la mendicité des enfants, même s’ils sont à la quête de la connaissance de Dieu. Toujours est-il que l’islam hait la paresse et la mendicité vue comme un péché. Dans un hadith, le prophète Mohamed dit que « Dieu réserve un grand châtiment en enfer pour les pratiquants de la mendicité. » Bien que l’islam incite à donner l’aumône aux pauvres et aux nécessiteux, il n’encourage cependant pas la mendicité surtout de façon expresse. Les textes religieux ne prévoient nulle part cette pratique qui participe plutôt d’un système d’exploitation des enfants dans ce cas précis. Exploitation des talibés ? Oui, il y en a.

Le caractère mercantile des maîtres coraniques

La rue de Larlé, à Hamdalaye dans la ville de  Ouagadougou, semble être le quartier général des garibous

(PH: DR) Il leur faut ça sinon la colère du grand chef va tomber sur eux
(PH: DR) Il leur faut ça, sinon la colère du grand chef va tomber sur eux

en l’occurrence les talibés. On aurait pu la baptiser « La rue  des mendiants » selon le journal L’Evènement. A chaque arrivant, ils jettent un regard plein de pitié et implore sa générosité avec le même refrain « Allah garibou ». Quelques enfants nous  ont toutefois livré des témoignages loin de la  religion. Amidou, 14 ans, tête bien rasée, confie : « On sort mendier pour avoir à manger. Il nous faut avoir aussi de l’argent pour notre maître. Si tu rentres à la maison les mains vides il peut te frapper. Il exige combien par jour ? demande-t-on. « Ça dépend de ce qu’on gagne. Mais si tu n’as pas au moins 500 F Cfa (un silence), surtout le vendredi, il te frappe … » Mais depuis 16 mois d’apprentissage du Saint-Coran, Amidou a toujours pu éviter les sévices de son maître.

Disons que 500 FCfa, ça représente une somme importante dans un pays où plus de la moitié de la population vit avec moins d’un euro (650 F Cfa) par jour.  Les enfants sont ainsi dans l’obligation de trouver cette somme sans quoi, ils  subissent des châtiments corporels. Des révélations que l’Association KEOOGO, intervenant dans la promotion des droits de l’enfant, confirme  : « (…) les enfants sont exploités par le maître et sont envoyés dans la rue plus de 10 heures par jour avec une obligation d’apporter au minimum une certaine somme d’argent ou de nourriture (sucre, riz, etc.). A la place donc de l’apprentissage du Coran, le jeune talibé passe la journée à arpenter les rues de Ouagadougou non seulement à la recherche de sa pitance, mais aussi de la somme d’argent attendue par son maître. En effet, retourner chez le maître sans argent, serait s’exposer à des sanctions de diverses natures parfois difficiles à supporter pour les enfants de son âge [2] » Tous les acteurs intervenant dans le domaine des droits de l’enfant sont unanimes à dire que de telles pratiques ne profitent pas à l’apprentissage du Saint Coran, bien au contraire, elles éloignent de ce but. « (Pire), la mendicité leur prend tellement de temps que les enfants  n’arrivent  plus à apprendre et à savoir pourquoi ils sont là », déplore El Hadj Moussa Semdé, secrétaire général de la communauté musulmane du Burkina Faso. La mendicité est devenue le but premier des enfants. A force de chercher leur pitance quotidienne et surtout satisfaire la poche du maître, les talibés « n’exécutent même plus convenablement les cinq prières quotidiennes » a aussi regretté l’imam Tiendrebéogo.

Le mal progresse, les autorités regardent

Ce proxénétisme, disons le ainsi, de certains maîtres coraniques ne peut en aucun cas laisser les autorités indifférentes, même si des dispositions sont en place comme la loi n°029-2008/ AN du 15 mai contre la traite des personnes et des pratiques assimilées. Son article 7,  porte sur l’exploitation de la mendicité d’autrui. Que dire du code pénal burkinabè qui stipule en son article 245 : « Est punie d’un emprisonnement de six mois à deux ans, toute personne qui, ayant autorité sur un mineur, l’expose à la délinquance ou le livre à des individus qui l’incitent ou l’emploient à la mendicité » ? Ne peut-on pas appliquer cette disposition aux maîtres coraniques « fautifs » ?

En outre, le Burkina Faso a signé et ratifié des dispositions internationales et régionales contre la mendicité des enfants. On peut retenir la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE), spécifiquement l’article 15 portant sur la protection de l’enfant contre toute exploitation économique ; l’article 29 sur la protection de l’enfant contre la vente, le trafic ou la mendicité. Cependant, les autorités chargées  de l’application de ces dispositions jugent le sujet sensible et complexe car touchant le domaine de la religion. Laïcité de la République oblige ! Elles préfèrent alors « caresser » le problème, aller dans le sens du poil. Et pourtant cette mendicité des talibés est une plaie sociale qu’il faut soigner à tout prix et le plus tôt possible. Tant que les autorités resteront dans cette posture timorée, les maîtres coraniques sans scrupule continueront d’exploiter les enfants au nom de la religion.



[1] Tirées de L’Aventure ambiguë de Cheick Amidou  KANE

[2] L’âge des enfants talibés va de 6 ans à 19 ans avec une moyenne de 12 ans. Les enfants âgés de moins de 18 ans représentent 95 % selon une étude d’analyse situationnelle sur les enfants talibés et les écoles coraniques au Burkina Faso : cas dans les villes de Ouagadougou, Ouahigouya et Sorgho en 2008


Une minute de silence pour Ghislaine et Claude !

A mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, je demande une minute de silence à travers ce billet que je leur dédie.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, vous avez été lâchement assassinés alors que vous

Ghislaine et ClaudeCrédit photo: RFI
Ghislaine et Claude
Crédit photo : RFI

ne faisiez que votre travail : informer les populations sur la crise que traversent nos frères maliens. Comment qualifier vos bourreaux ? Je dirais que ce sont  des maudits de Dieu et qu’ils sont animés par le Diable. Je dirais que ce sont des lâches ! Parce qu’il faut l’être pour s’en prendre à quelqu’un qui n’a que son micro comme arme. La mort de Ghislaine et Claude est une injure à la liberté d’informer. Et les voyous qui ont fait cela doivent être sévèrement punis.

Des innocents assassinés froidement par des imbéciles qui ignorent tout du sacrifice consenti par ces braves journalistes pour donner la parole à ceux qui existent, mais qui ne sont jamais entendus. Ainsi donc, Kidal est une zone à risque pour les journalistes !  Un risque que Ghislaine et Claude ont bravé malgré le poids de l’âge ; respectivement 57 et 55 ans ! Tout comme Jean Hélène, le temps ne peut effacer votre souvenir dans la mémoire collective !

Le choc

J’aurais dû écrire ce billet un peu plus tôt. Mais j’étais sous le choc. Le samedi 2 novembre, je commémorais le 9e anniversaire  de la disparition de mon père. J’étais donc choqué par l’absence d’un père analphabète, mais qui s’est saigné pour assurer mon droit à l’éducation et qui malheureusement n’est plus là pour goûter au fruit de mon labeur (en 2004 quand il mourait, j’étais en classe de 3e) C’est alors que j’apprends sur les réseaux sociaux aux envions de 13 heures locales que deux journalistes de RFI ont été enlevés à Kidal. Un moment  après, les nouvelles empirent : « Les deux journalistes de RFI enlevés à Kidal ont été exécutés… » Quoi ? me suis-je écrié. Je suis resté un instant abasourdi « Oh Ghislaine Dupont, elle avait une voix posée, elle avait de belles analyses » me dit mon cousin. Cette voix s’est éteinte à jamais !

A toute la rédaction de RFI, à tous les proches de Ghislaine et Claude, que Dieu nettoie vos larmes. A vous les valeureux combattants, on le sait, vous avez été des amoureux de l’Afrique à travers vos reportages. Que vos âmes reposent en PAIX !!!