coeden

Sympa César et éemi – grands gagnants de la trentième édition du Chant’Ouest!

Photo: Alain Bertrand

Edmonton, Alberta – Bravo aux lauréats couronnés lors de la trentième édition du Chant’Ouest à Edmonton : Sympa César, éemi et Stranger Brew!

Forcément, lorsque l’on est spectateur du Chant’Ouest, l’institution de la chanson francophone de l’Ouest canadien, l’on s’attend à une production de qualité ou foissonnent sensations et découvertes de toutes sortes… Ce fut absolument le cas lors de la trentième édition du Chant’Ouest!

Dana Waldie du Manitoba a su rapidement emballé l’auditoire par sa belle prestation simple et sa joie sincère. Son sourire qui s’illumine lorsqu’elle nous parle d’elle-même (ou lorsqu’elle oublie le nom de sa deuxième chanson…), la fébrilité de ses geste et le velours de sa voix reflètent son aise à être sur scène.

Envoutante, la chanteuse du groupe Stranger Brew, Ghislaine Doté, n’hésite pas à emprunter des chemins peu fréquentés lors de sa prestation… Avec ses deux acolytes, le guitariste d’origine albertaine Jonathan Eltis et le bassiste Jory Fernstrom, elle manie habilement ses chansons qui baignent, avec une petite teinte africaine, autant dans le folklorique que la chanson française traditionnelle.  Sublime.

Que dire d’éemi?  Trempant dans la mélancolie, la jeune chanteuse fransaskoise s’est donnée à fond en nous transportant pour quelques instants dans son univers personnel. Arrosée avec un brin d’humour, éemi nous a offert une prestation à la fois accessible, accrocheuse et des plus authentiques.  Une artiste des plus prometteuses, armée de textes touchants, une voix aux intonations chaudes: un talent à surveiller de près.

Bien sûr, puisque nous sommes à Edmonton, l’artiste le plus attendu était nul autre que Sympa César! À en juger par le chaud accueil que le public lui a réservé, les coeurs des membres de l’auditoire franco-albertain lui étaient déjà conquis. Performance simple et enjouée, sans artifices, Sympa, en pleine possession de ses moyens, a su livrer l’essence de ses chansons dans le cadre d’une prestation rodée.  Ses chansons respirent une belle intensité contagieuse, portée par le plaisir manifeste qu’il a à être sur scène. Sans hésitation, il les enchaîne avec un malin plaisir, développant rapidement une complicité avec son auditoire.

Au grand plaisir des spectateurs, plusieurs chansons d’artistes de l’Ouest dont, entre autres, les Surveillantes, Chic Gamine, et Daniel ROA ont trouvé de nouvelles vie lorsqu’interprétées tour à tour par les lauréats des divers galas provinciaux.

Le prix Thérèse-Potvin a été décerné à Radio-Canada et à l’Associatuion canadienne-française de l’Alberta (ACFA) en tant que pionniers et créateurs du Chant’Ouest (anciennement Gala interprovincial de la chanson) en 1989.

Alain Bertrand


Chant’Ouest – un trentième anniversaire en chanson et un retour au bercail

Edmonton, Alberta (Canada) – Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Chant’Ouest depuis ses balbutiements en 1989. Ce concours annuel figure fièrement, et avec raison, parmi les événements culturels qui modifient profondément le paysage culturel canadien. Quelque 30 ans plus tard, cet incubateur et propulseur de jeunes talents continue d’assumer son rôle de tremplin de la chanson francophone ouestrienne. 

L’automne s’installe tranquillement à Edmonton, ville berceau du premier Chant’Ouest en 1989 et ville honorée d’en accueillir la trentième édition. Nous sommes en pleine période des moissons et cela se reflète aussi au niveau de la récolte et du pétillement de la chanson francophone de l’Ouest.

Loin de se tarir, la chanson française dans les quatre provinces de l’Ouest canadien est en pleine effervescence. Une récente liste de lecture sur Spotify indique bel et bien que le réservoir de talents est énorme. Néanmoins, il n’est pas facile de percer dans l’univers de la musique et encore moins au sein des communautés de langue officielle minoritaire. Afin d’augmenter la fréquentation lors de spectacles et festivals, un engouement pour aller voir et entendre des artistes en herbe se doit d’être engendré et alimenté par une expérience de découverte et d’introduction, c’est une des réalités de l’industrie musicale… La soif de musique francophone dans l’Ouest, il nous faut l’abreuver et la désaltérer en alimentant la résilience de nos artistes… D’où la raison d’être du Chant’Ouest, un moment unique et exceptionnel qui réunit un public autour d’un partage de découvertes musicales.

Créé il y a 30 ans par Ronald Tremblay, autrefois réalisateur de Radio-Canada, et Yves Caron, anciennement directeur du secteur culturel de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), le Chant’Ouest est une véritable institution dans les annales de la chanson francophone au pays en ce qu’il est l’unique concours à se déplacer d’une province à l’autre. De plus, le Chant’Ouest est le seul événement francophone de grande envergure à s’être rendu au nord du 60e parallèle deux fois, soit à Whitehorse en 2012 et Yellowknife en 2017. Tout cela dans le but de découvrir, de développer et de promouvoir la relève de la chanson francophone de l’Ouest et du Nord.

Yves Caron, la directrice de Radio-Cité Carole St-Cyr et Ronald Tremblay (Photo : Radio Cité)

« Est-ce que tous les objectifs que l’on s’était imaginés se sont matérialisés ?  Probablement pas », commente Ronald Tremblay. « Est-ce que le projet comme tel est un succès ? Bien sûr ! On ne peut dépister, former et promouvoir 175 différents artistes ayant performé au Chant’Ouest sans être fier du travail effectué par tout le monde impliqué à l’échelle de la région au fil des ans. Un élément de fierté pour ‘moi’ est de pouvoir me dire un ‘fan’ de plusieurs de ces artistes que j’ai vu éclore – et qui sont maintenant des artistes appréciés sur la scène nationale. »

Au fil des années, la renommée du Chant’Ouest n’est plus à faire. Produit cette année par le Centre de développement musical (CDM), le Chant’Ouest réunira quatre auteurs-compositeurs-interprètes en herbe. Ces artistes sont chacun lauréat d’un concours de chansons provincial et se mesureront l’un à l’autre pour la grande finale de l’Ouest canadien. Chacun aura bénéficié de formations reçues lors de leur concours provincial respectif avant de se produire sur scène à Edmonton. Deux lauréats seront alors sélectionnés pour représenter l’Ouest et le Nord canadien au Festival international de la chanson de Granby en août 2020.

L’organisation d’un tel événement repose sur la collaboration d’un ensemble de personnes dévouées. La direction musicale a été confiée à Robert Walsh tandis que la direction artistique est assurée par Josée Thibault et Ronald Tremblay. Tout cela sous l’égide du président d’honneur Yves Caron.

 Photo: fransaskois.info

Une scène, des lumières, une expérience inoubliable et jubilatoire autant pour eux que pour leur public – voilà ce qui attend les 4 artistes émergents en provenance des quatre provinces de l’Ouest :

Sympa César (Alberta)

Stranger Brew (Colombie-Britannique)

Dana Waldie (Manitoba)

Radio-Canada Alberta, le CDM et le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) s’unissent pour aussi célébrer cette année la vivacité de la chanson francophone de l’Ouest par l’entremise d’une initiative baptisée « 30 ans de chanson d’ici ». Le vendredi 20 septembre, dans le cadre du Cercle des auteurs-compositeurs SOCAN, trois artistes bien connus du milieu musical franco-albertain présenteront certaines de leurs chansons : Mireille Moquin, Raphaël Freynet et Jason Kodie.

Chant’Ouest, salle de l’UniThéâtre à la Cité francophone d’Edmonton – jeudi le 19 septembre 2019 !

Alain Bertrand


Radio Cité, le son de la communauté francophone du grand Edmonton

A l’automne 2018, presque dix ans après les premiers balbutiements d’un projet de radio communautaire à Edmonton, Radio Cité 97,9 fait enfin son apparition dans l’univers radiophonique francophone d’Edmonton et que nous avons pu entendre ces mots : « Vous écoutez ‘Bienvenue chez vous’ avec Fernand Bienvenue Ackey sur les ondes de Radio-Cité, 97,9 à Edmonton ! »

Depuis, la question maintes fois posée est la suivante : pourquoi était-il nécessaire de créer une radio communautaire francophone à Edmonton lorsque Radio-Canada existe et offre une excellente visibilité à la francophonie locale ? La réponse n’est pas si facile à expliquer et/ou à comprendre.

Avec l’aide de mon cher ami Google, voici ce que j’ai trouvé sur le Web : « Radio-Canada a comme mandat de refléter la globalité canadienne et rendre compte de la diversité régionale du pays, tant au plan national qu’au niveau régional, tout en répondant aux besoins particuliers des régions. » Et toc. Un mandat que notre société d’Etat respecte admirablement malgré les coupures budgétaires dont elle a été victime au fil des ans.

Radio-Canada ne peut pas tout

Radio-Canada reflète extrêmement bien « la globalité canadienne » et nous donne une place de choix à l’échelle nationale en « rendant compte de nos diversités régionales ». Toutefois, malgré tous ses efforts, Radio-Canada ne peut plus toujours répondre « aux besoins particuliers » qui émanent d’une grande région en plein essor comme Edmonton. D’où la complémentarité essentielle d’une radio communautaire locale.

Une radio communautaire est essentielle afin de bien refléter la diversité culturelle francophone d’une grande ville comme Edmonton, c’est un outil de communication et d’information privilégié.  Radio-Cité permet à la francophonie locale de se retrouver, de partager, de s’identifier par l’entremise de tout un éventail musical francophone, d’information sur des événements spécifiques, et d’offres de programmes et services communautaires. Nul besoin de regarder plus loin que l’émission quotidienne du retour à la maison, Bienvenue chez vous. Animée par Fernand Bienvenue Ackey, togolais d’origine, l’émission se veut un reflet de la communauté locale en incorporant des entrevues avec divers acteurs communautaires, en discutant des sujets d’actualité, et en faisant tourner des artistes francophones autant franco-albertains que québécois, européens et africains.

Photo : Alain Bertrand

Plus que tout, Radio-Cité est le médium idéal pour faire vivre notre langue. Elle donne non seulement une voix aux personnes actives de la communauté, mais aussi aux acteurs communautaires en devenir.

Ayant toujours quelques défis à surmonter (antenne, budget), Radio-Cité est maintenant bien implantée dans le décor francophone d’Edmonton où elle est, en quelque sorte, devenue une forme de place publique. Elle fait partie des stratégies de communication de nombreux organismes et est devenue un incontournable dans la promotion d’événements et spectacles francophones. Les diverses composantes culturelles de la communauté n’hésitent pas à animer une émission ou partager un calendrier d’activités. Dans une communauté aux identités multiples, Radio-Cité est devenue un outil de diffusion d’une langue mais aussi de plusieurs cultures. Radio-Cité a également réussi à réunir autour de son projet de nombreux organismes voués au développement économique, social, et culturel.

Les radios communautaires sont ouvertes à toutes les bonnes idées

Point non négligeable, outre les émissions des heures de pointe, faire de la radio communautaire ne requiert pas de formation particulière ou de CV somnifères débordant d’expériences acquises on ne sait où… Si un membre de la communauté désire faire de la radio, il ne lui suffit en principe que d’avoir une idée innovante d’émission et la chance probable de pouvoir être ajouté à l’horaire des émissions produites par des bénévoles.

J’en suis l’exemple parfait… Depuis la fin octobre 2018, j’anime chaque semaine une émission axée sur le blues. Mon expérience dans le domaine de la radio est limitée et remonte à mes années universitaires. J’animais alors deux fois par semaine une émission qui s’intitulait « L’heure du Capitaine Rock » sur une radio universitaire dont les lettres d’appel étaient CTHC, au grand désarroi du conseil étudiant de l’époque. C’était l’époque des tourne-disques et il fallait s’assurer que l’aiguille atterrisse sur le bon sillon du disque… Expérience devenue complètement inutile à l’ère des MP3.

Mon émission s’appelle Cité Blues et j’y joue du blues sous toutes ces formes, en ajoutant une bonne dose d’appui aux artistes franco-albertains et francophones. Je ne me fais pas d’illusions sur mes cotes d’écoute… Vu les défis d’antenne de Radio-Cité, la transmission du signal est limitée (cela devrait être corrigé au courant des prochaines semaines). Je ne connais pas mes cotes d’écoute mais je reçois régulièrement des commentaires tels que : « Je t’écoutais hier soir », « pas mal l’émission », « j’ai bien aimé la chanson de Richie Arndt et B.B. King », etc. m’indiquant qu’il y a tout de même des personnes à l’écoute. Radio-Cité peut aussi être écoutée via le Web et j’ai quelques fidèles auditeurs à Madagascar et en Côte d’Ivoire…

Bref, tout cela pour dire que la radio communautaire m’a donné l’occasion d’exprimer et partager l’amour que je porte au blues. J’ai un ami à Saint-Boniface, au Manitoba, qui anime une émission similaire de blues depuis plus de 25 ans sur la radio communautaire locale ; faut le faire…

Un laboratoire culturel communautaire

Je ne suis pas seul, d’autres bénévoles amateurs animent des émissions sur le country, la musique dance, la techno, etc. D’autres encore, parfois représentant des organismes communautaires, tiennent la barre d’émissions axées sur divers aspects de l’actualité.

La radio communautaire, c’est aussi un peu un laboratoire culturel communautaire. On peut se permettre certaines choses que notre société d’Etat ne pourrait pas : par exemple, aller plus en profondeur dans certains sujets locaux très spécifiques ; jouer de la musique en une langue autre que le français ; œuvrer avec la relève étudiante dans les écoles… Sur ce dernier point, Radio-Cité est aussi devenue un outil d’apprentissage et de formation qui, en renforçant un sens d’appartenance à la communauté, assure une participation accrue aux mécanismes de décision, d’orientation et de programmation non seulement de la radio mais aussi dans la communauté. Forte de son expérience en radio, la directrice générale Carole St-Cyr n’hésite pas à partager ses acquis un peu partout en province…

N’oubliez pas d’écouter Cité Blues avec Alain Bertrand, sur les ondes de Radio-Cité 97,9 à Edmonton, tous les mardis de 18 h à 20 h (heure locale de l’Alberta). Bonne écoute…


Les Métis de l’Alberta reconnus en tant que nation

Pour les Métis, le 27 juin 2019 est une date historique digne des plus intenses célébrations. En effet, le gouvernement fédéral du Canada a enfin signé des accords d’auto-gouvernance avec les Nations Métis de l’Alberta, de l’Ontario et de la Saskatchewan. Une grande première dans les relations entre Ottawa et ces nations représentant le peuple Métis, réparti sur ce qu’était autrefois le vaste territoire occupé par les Métis – Métis Homeland.

Signature d’un accord-cadre entre le Canada (Ministre Carolyn Bennett) et la Métis Nation of Alberta (présidente Audrey Poitras) le 16 novembre 2017 à Edmonton. (Photo: Alain Bertrand)

Ce n’est que depuis 1982 que l’article 35 de l’Acte constitutionnel reconnait les Métis comme étant un peuple autochtone au même titre que les Premières Nations et les Inuits. Pendant de longues décennies, depuis 1928 pour la Nation Métis de l’Alberta (Métis Nation of Alberta), les Métis se sont battus afin d’obtenir les mêmes droits et la même reconnaissance que les Premières Nations. Ces accords d’auto-gouvernance sont le fruit de récentes décisions de la Cour suprême du Canada qui reconnaissaient finalement les droits des Métis et, conséquemment, définissaient les responsabilités fédérales liées à leur épanouissement.

En fait, ces accords signés par Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones, et les représentants des nations Métis de l’Ontario, de la Saskatchewan et de l’Alberta reflètent une reconnaissance immédiate des droits de ces nations à l’auto-gouvernance. Bien que les accords ne définissent pas de termes précis pour la gestion des soins de santé ou de l’éducation, ils ne résolvent pas non plus les revendications territoriales existantes.

Avec ou sans majuscule, « métis » n’a pas le même sens

Il est important de noter que ces accords se limitent aux peuples Métis du Métis Homeland qui comprend les trois provinces des Prairies, le nord-ouest de l’Ontario et le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest. La nation Métis (le nom propre ne se féminise pas…) ne comprend pas les soi-disant groupes métis (pas de majuscule, différentiation importante…) qui se sont créés au Québec et dans les provinces atlantiques pour revendiquer des droits traditionnels de chasse et de pêche.

Pourquoi le « M » majuscule est-il si important ? Ce n’est pas parce que l’on retrouve un ancêtre autochtone dans son arbre généalogique que l’on est automatiquement Métis.  Oui, le fait que d’avoir un ancêtre ou un parent autochtone fait de nous un métis mais pas nécessairement un Métis.

Les Métis – avec la majuscule, donc – sont issus de l’impact de la traite des fourrures sur les grandes plaines et les forêts boréales du centre de l’Amérique du Nord. Dès les années 1650, les coureurs des bois et voyageurs, pour la plupart d’origine française, s’éparpillent le long des Grands Lacs, à travers les plaines et jusqu’aux forêts boréales de ce qui deviendra plus tard le Canada. Ils y rencontrent de nombreuses nations amérindiennes dont les Cris, les Saulteaux, les Assiniboines, etc. et prennent des femmes autochtones comme compagnes.

Les compagnies de traite de fourrures (Compagnie de la Baie d’Hudson, Compagnie du Nord-Ouest) encourageaient ces familles « mixtes », car elles établissaient des liens de parenté avec les nations autochtones sur lesquelles les Européens comptaient si désespérément pour leur survie et leur prospérité économique. Les enfants issus de ces relations étaient nommés « métis » par les Français ; le mot fut, bien longtemps plus tard, aussi utilisé par les anglais.

Des sociétés matriarcales

Les sociétés autochtones étant souvent matriarcales, il n’était pas rare que les femmes des Premières Nations emmènent leurs maris et leurs enfants passer l’hiver avec leur peuple, ce qui réduisait les frais de provisions des compagnies de fourrure pendant les longs mois d’hiver. Étant minoritaires, les voyageurs/coureurs des bois étaient souvent absorbés à la culture du peuple qui les avait accueillis. Certaines de ces familles se déplaçaient régulièrement entre les communautés autochtones d’adoption et les postes de traite.

Au fil du temps, des petites communautés se sont créées entre personnes ayant des origines mixtes semblables et des mêmes intérêts. Vers 1750-1800, on retrouve déjà dans l’Ouest des communautés Métis qui non seulement vivaient de la chasse au bison et approvisionnaient les postes de traites en fourrures et provisions mais qui devenaient aussi distinctes sur le plan culturel. C’est ici que s’explique l’importance du « M » majuscule – ces gens se considéraient comme étant culturellement distincts des européens et des peuples autochtones dont ils étaient issus.

Ceci ne veut pas dire que les Métis n’entretenaient plus de liens avec les cultures européennes et autochtones. Au contraire, les Métis étant issus de nombreux peuples autochtones (Cris, Assiniboine, Sault eaux, Dentés, Iroquois, etc.) et de nombreuses nations européennes (Français en grande partie mais aussi Anglais, Écossais, Allemand, Danois, etc.), ils ont incorporé divers éléments culturels afin de se solidifier une identité indépendante. À l’instar de nombreux groupes culturels, les Métis avaient tendance à se marier avec d’autres Métis, ce qui a grandement contribué à singulariser leur culture.

Charrette de la rivière Rouge (Photo: Alain Bertrand)

De plus, plusieurs événements importants sont venus consolider cette identité Métis en obligeant ce nouveau peuple à se définir, afin de se défendre et défendre le territoire sur lequel il vivait. Les Métis, étant membres de la Confédération de fer (alliance militaire, économique et territoriale avec les Cris, les Assiniboines et les Saulteaux), ont été obligés de participer à plusieurs guerres contre des nations rivales (Pied-Noirs, Sioux, Gros-Ventres). Plus tard, la guerre du Pemmican, la Bataille des Sept-Chênes (Seven Oaks) et la Résistance du Nord-Ouest menée par Louis Riel ont été des événements qui ont contribué à l’évolution des Métis en tant que peuple doté d’une organisation linguistique, politique et sociale distincte.

On parle souvent des Métis de la Rivière Rouge ; toutefois, il ne faut pas oublier qu’il y avait vers 1790-1800 d’autres communautés éparpillées dans ce qui est aujourd’hui le nord de l’Alberta. Il y avait aussi une communauté Métis importante dans la région des Grands Lacs qui participait pleinement à la traite des fourrures. De plus, des communautés Métis s’étaient aussi formées au sud des Grands Lacs, entre autre, en Illinois. Ces dernières se dispersèrent vers l’ouest et le nord suite à l’arrivée massive de colons américains en Illinois vers 1800-1820.

Afin d’être officiellement reconnu comme étant Métis par les organismes provinciaux Métis actuels, il est nécessaire de pouvoir démontrer un lien direct avec ces communautés Métis historiques. Afin de prouver et obtenir la citoyenneté Métis, il existe d’excellentes base de données généalogiques qui reflètent très clairement les descendances Métis du Métis Homeland.

Symbole de la nation Métis de l’Alberta (Photo : Alain Bertrand)

Écrit avec un « m » minuscule, le mot métis désigne toutes les membres de communautés d’ascendance européenne-autochtone au Canada. Les premiers mariages mixtes entre Européens et autochtones remontent aux débuts de la colonisation. Toutefois, la question de savoir si ces mariages ont abouti à des communautés métisses distinctes est incertaine et fait depuis longtemps l’objet de débats savants…


La communauté franco-albertaine doit être plus visible

J’ai vécu une grande pointe de fierté lundi le 1er juillet… Je dois admettre que ce feeling était surprenant, vu que je suis souvent enseveli au fin fonds des marasmes de mon quotidien. Une pointe de fierté éveillée à la vue d’un petit contingent de francophones dans le cadre du défilé annuel de la Fête du Canada à Sherwood Park, en banlieue d’Edmonton. Malgré la pluie qui venait de commencer, les drapeaux franco-albertains flottaient au vent, les sourires étaient radieux, les voix fortes, et la fierté était palpable…  Organisée par la Société des parents de l’École Claudette-et-Denis-Tardif de Sherwood Park, de concert avec quelques intervenants communautaires, cette présence francophone au sein du défilé avait attiré une bonne cinquantaine de fiers marcheurs francophones : des élèves de l’école et leurs parents, évidemment, mais aussi des membres de la communauté créant ainsi une belle visibilité applaudie par de nombreux spectateurs… 

Visibilité lors de la parade à Sherwood Park (Photo: Tanya Saumure)

Cette pointe de fierté m’a laissé perplexe et a engendré chez moi une profonde réflexion – oui, cela m’arrive, même que cela m’arrive trop souvent. Des défilés/parades, je m’en tape sérieusement plusieurs par année à Edmonton, à Calgary, à Leduc, et chez moi à Beaumont… Pourtant les pointes de fierté sont rares. La communauté francophone brille par son absence dans les défilés en Alberta… La communauté francophone en Alberta avec ses valeurs de diversité, d’ouverture, d’innovation et de solidarité devrait, selon moi, être mise en évidence dans chaque défilé d’importance à l’échelle de la province. Notre francophonie se doit de profiter de tous les moyens à sa disposition pour rayonner…

Somalie, Philippines, Trinité-et-Tobago… Pourquoi pas nous ?

Dans les défilés du Stampede à Calgary et celui du K-days d’Edmonton, les diverses communautés culturelles profitent de cette occasion pour augmenter leur niveau de visibilité. Les communautés de pays tels que Trinité-et-Tobago, la Somalie, les Philippines et bien d’autres arborent fièrement leurs drapeaux et leurs costumes nationaux afin de se faire connaitre et apprécier. La francophonie, elle, est absente…

Inutile de me marteler la tête avec la sempiternelle explication : nous ne sommes pas une communauté culturelle, nous sommes une communauté de langue officielle… Fair enough, I get it. Je suis entièrement d’accord. Toutefois, cela devrait-il limiter la visibilité de notre francophonie ?

Une bonne amie, Suzanne de Courvil Nicol, avait été grandement félicitée lorsqu’elle avait inscrit un char allégorique francophone dans le défilé du Stampede en 1994 et encore en 2012 (je le sais, j’étais sur les deux chars…). Assurer la présence d’un char allégorique dans une parade n’est pas chose facile, cela peut être aussi assez onéreux. La ville de Beaumont avait dépensé environ 35,000 $ pour construire et aménager le sien en 2017…

Char allégorique de Beaumont (Photo: Alain Bertrand)

Suite au succès de la communauté francophone de Sherwood Park, un char allégorique n’est peut-être pas vraiment absolument nécessaire. De plus, le financement pour un tel projet ne serait pas facile à trouver, les bailleurs de fonds traditionnels ne finançant pas ce genre d’activité. Il suffit d’avoir un nombre de bénévoles intéressés, quelques drapeaux, de la bonne musique…

Le rayonnement de la communauté franco-albertaine doit être visible

Puisque certains organismes ont maintenant des véhicules (Francophonie jeunesse de l’Alberta, l’ACFA régionale d’Edmonton, CANAVUA…), pourquoi ne pas les inviter à participer à hausser la visibilité de notre francophonie ? Ce serait une excellente initiative pour non seulement accroître notre visibilité mais aussi notre vitalité communautaire en tissant ou renforçant la concertation et la collaboration entre les divers organismes et intervenants francophones. La diversité culturelle grandissante de notre communauté pourrait aussi être mise à l’honneur.

La communauté franco-albertaine se doit d’être visible, c’est-à-dire non seulement d’être connue et appréciée de la majorité, mais aussi d’être perçue par un public potentiel comme vibrante et en plein rayonnement : les nouveaux arrivants francophones, les francophones de langue maternelle anglaise, les touristes francophones, etc.

J’ai hâte à ma prochaine grande pointe de fierté…


Polyfonik – Trente ans, cela se célèbre!

Pas facile la vie d’artiste…  Souvent partir de rien pour créer… Le cauchemar de la page vierge… S’assujettir à des sempiternelles remises en question…  Subir les rites de passage, de sa croissance en tant qu’artiste en devenir…

Malgré tous ces défis, rien ne bat la fierté de partager sa création, sa chanson, son œuvre avec un public friand de chanson française, un public affamé qui ne cesse d’en redemander…

Pour la plupart d’entre nous, humbles mortels que nous sommes, le rêve du Rock Star, le rêve du partage sur scène d’une chanson, fruit de notre passion musicale, n’est qu’un rêve inaccessible.  Seuls ceux et celles qui ont un instinct pour la création, une passion pour les mots, une oreille pour le mélange des sonorités, peuvent rêver réaliser leur passion.

Le samedi 22 juin, à la Cité francophone d’Edmonton, se tenait la 30e édition de Polyfonik (Gala de la chanson albertaine).  En célébration du trentième étaient réunis des finalistes du Gala, des artisans de la chanson franco-albertaine, tant anciens qu’en devenir…

Quatre Polyfoniciens, dont trois pour qui ce n’était pas la première participation au Gala, sont les finalistes de 2019 : Renelle Roy, Isabelle Cliche, Érik Ringuette, et Sympa César.  Seule Isabelle Cliche en est à sa première expérience Polyfonik… Présentant chacun et chacune des compositions personnelles, les artistes en herbe se donnent à fond, engendrant un éveil, une appréciation, au sein du public.  Certaines chansons relatent une expérience vécue, d’autres célèbrent les petits plaisirs de la vie…

Lorsque vint le temps de dévoiler le nom des lauréats, Érik Ringuette s’est vu décerner le prix Ronald Tremblay (chanson primée) tandis que Sympa César se voyait décerner le prix du Jury.  Sympa représentera don l’Alberta lors du Gala Chant-Ouest le 19 septembre prochain.

Pas facile la vie d’artiste de la chanson en Alberta… Pourtant, la précarité du métier n’en décourage pas beaucoup.  La communauté des artistes interprètes franco-albertains est en pleine effervescence.  Elle connait depuis une bonne dizaine d’années une forte progression.  Malgré l’incertitude financière associée au métier, malgré la perception stéréotypée de l’artiste toujours prêt à chanter pour une miche de pain, malgré les limites d’un marché de communauté linguistique en situation minoritaire, rien ne dissuade nos artistes.  Certains dont, entre autres, Mireille Moquin, Ariane Mahryke-Lemire, Raphaël Freynet, Cristian de la Luna ont commencé à percer hors de nos frontières des Prairies canadiennes ; au Québec, en Acadie, en Europe, en Amérique latine (Cristian de la Luna chante aussi en espagnol).  Plusieurs ont déjà participé au Festival international de la chanson de Granby…  D’autres encore étudient leurs mentors et attendent patiemment leur chance…

Sous l’égide d’un de ses fondateurs, Ronald Tremblay, la trentième édition de Polyfonik avait réussi à retrouver les quatre premiers finalistes du premier gala de 1989 ; Crystal Plamondon, Josée Lajoie, Lori-Lee Turcotte et Yvon Loiselle étaient présents pour partager leur expérience et saluer les Polyfoniciens de 2019.  Pierre Sabourin, lauréat du Gala albertain en 1995, après sa prestation, a annoncé qu’il reprenait goût à la chanson…  Bien la preuve que l’impact de Polyfonik/Gala de la chanson est loin d’être éphémère…


Célébration du patrimoine autochtone en Alberta

Au Canada, le mois de juin est souligné comme étant le Mois national de l’histoire autochtone et le 21 juin comme étant la Journée nationale des peuples autochtones.  Cette dernière se veut être une journée de célébration des diverses cultures, traditions et contributions des Premières Nations et des peuples Inuit et Métis au Canada.

La sensibilisation à l’histoire et au patrimoine autochtone, la création de partenariats économiques et l’avancement des relations vers une reconnaissance politique accrue des peuples autochtones, mises à jour des pratiques d’embauche et formations menant vers une plus grande employabilité au sein des communautés autochtones, redécouverte et célébration des langues autochtones – nous apprenons ensemble que la Réconciliation enrichit chaque aspect de notre identité canadienne.

Mais qu’en est-il vraiment ?

Ces désignations du Mois national de l’histoire autochtone et de la Journée nationale des peuples autochtones sont certes des pas dans la bonne direction.  Toutefois, à part ces célébrations ponctuelles, le discours autochtone tombe souvent sur sourde oreille.  Bien sûr, le rapport de la Commission de Vérité et réconciliation du Canada et, plus récemment, le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont fait les manchettes de nos journaux.  Dans ce dernier cas, soyons franc en admettant que c’est essentiellement l’emploi du mot « génocide » qui a incendié les manchettes des journaux et remplit une bonne partie du temps d’antenne de nos téléjournaux.  Pour ce qui est des recommandations faites dans le cadre de ces deux rapports – rares sont les personnes pouvant les énumérer…

Cela étant dit, le Gouvernement du Canada et le Gouvernement de l’Alberta se doivent d’être félicités pour leur initiatives d’avoir rendu obligatoire des ateliers et formations axés sur la sensibilisation à l’histoire et au patrimoine autochtone pour leurs fonctionnaires.  Un nombre grandissant de ces derniers profitent donc d’ateliers et de webinaires sur non seulement l’initiation aux cultures autochtones mais aussi sur les protocoles à respecter lors de dialogues interculturels et l’impact des écoles résidentielles sur la réalité et la survie des communautés autochtones. Sur le plan communautaire, de plus en plus d’organismes tels que Kairos Canada se sont donnés la mission de sensibiliser les Canadiens et Canadiennes…

Malgré tout cela, l’histoire autochtone demeure méconnue.  La récente déclaration de l’innocence du chef cri Pîhtokahanapiwiyin (mieux connu sous le nom de Poundmaker) en est un exemple.  Accusé de trahison suite à une accusation mal-fondée de participation à la Rébellion du Nord-Ouest (ou Résistance du Nord-Ouest, selon le cas) en 1885, Poundmaker avait été incarcéré pendant sept mois au pénitencier de Stony Mountain au Manitoba (sa sentence était de trois ans mais il fut libéré après sept mois par inquiétude sur son état de santé).  Cette déclaration d’innocence, évidemment justifiée, a été bien médiatisée – pendant environ deux jours – partout au pays et plus particulièrement en Saskatchewan (où se trouve la Nation crie Poundmaker) et en Alberta, deux provinces situées sur les terres ancestrales du Traité Six.  Par contre, ce qui n’a pas vraiment été partagé, ce sont non seulement la nature des accusations montées contre Poundmaker mais aussi l’impact de son arrestation, suivie de son décès peu après sa libération, sur son peuple.  Premièrement, il est essentiel de comprendre que Poundmaker n’avait pas été arrêté par les forces de l’ordre.  En quête de justice pour les siens et faisant suite à ses efforts de pacification, Poundmaker s’était livré lui-même – un point important. En 1885, lors d’un retrait des forces canadiennes, Poundmaker, qui n’avait pas participé au combat, avait empêché ses guerriers de poursuivre les soldats.  Un geste qui a certainement épargné la vie à de nombreux soldats et guerriers.  En fait, la seule raison pour laquelle Poundmaker a été accusé de trahison est que son nom figurait dans une lettre écrite par Louis Riel.  L’incarcération de Poundmaker, suivie de son décès, a été désastreuse pour son peuple.  Privé de son chef, sa nation perdit son pouvoir de négociation avec le gouvernement canadien, se dispersa et sombra dans une pauvreté absolue.  Poundmaker figure dans nos livres d’histoire comme étant un traitre, nous verrons si sa déclaration d’innocence en changera la donne. 

En 2018, le gouvernement Trudeau annonçait 4,8 milliards sur cinq ans afin de mettre en branle son projet de réconciliation avec les peuples autochtones.  Ces fonds visaient, entre autres, la réduction des écarts économiques entre les communautés autochtones et non autochtones – 2,9 milliards (soins de santé et appuis à l’enfance), 1 milliard (accès au logement) et 447 millions pour faciliter l’accès au marché du travail.  Un autre 613 millions étaient voués à l’augmentation de traités et à la création d’ententes d’autodétermination.  Certainement, encore une fois, des pas dans la bonne direction.

Voici les défis à surmonter.

Le taux de mortalité infantile chez nos concitoyens autochtones est trois fois plus élevé que la moyenne nationale, le taux de diabète est quatre fois plus élevé et le taux de suicide chez les jeunes adolescents autochtones est sept fois plus élevés que chez les autres Canadiens et Canadiennes.  L’avenue de solution privilégiée est de s’assurer que les programmes et services de santé autochtones soient élaborés et fournis par ces derniers.  Nous en sommes toujours à l’étape de négociation du transfert des fonds…

Bien des communautés autochtones isolées, dont certaines en Alberta et Saskatchewan, ne profitent toujours pas d’un accès stable à l’eau potable.

En ce qui concerne l’employabilité au sein des communautés autochtones, le gouvernement Trudeau vise à combler les écarts d’emploi et de revenus entre les peuples autochtones et non autochtones, en mettant davantage l’accent sur la formation supérieure, des emplois mieux rémunérés et une aide accrue aux clients autochtones tout au long du continuum de leurs développement professionnel, avec des services complets qui sont à la fois culturellement appropriés et répondant à leurs besoins spécifiques.

Il est grand temps que l’esprit colonialiste du Canada cesse.  L’image que projette le Canada à l’étranger, celle d’un pays libre sans passé colonialiste comme ceux d’autres pays occidentaux, est trahie par la réalité de son discours avec ses communautés autochtones.  L’ouverture du gouvernement Trudeau à établir des relations de nation à nation avec les nations autochtones contribuera certes à l’épanouissement de ces dernières.  Il est donc primordial que les droits autochtones soient reconnus dès le départ.  Les traités modernes négociés avec des Premières Nations de la Colombie Britannique assurent à ces dernières un statut de nation à nation lors de pourparlers avec le gouvernement fédéral.  Ailleurs au pays, la communauté Inuit du Nunavut s’était déjà assurer d’une grande reconnaissance de ses droits lors de la fondation de ce troisième territoire en 1999.  Pour le reste du pays, c’est un peu pêle-mêle…  Des ententes de reconnaissances de droits ont été signées avec certaines nations.  Pour d’autres, les discussions se font par l’entremise d’organismes autochtones nationaux dont les juridictions ne sont pas toujours reconnues par les nations et peuples qu’ils prétendent représenter… Enfin, il serait sage de retenir la signification du thème de l’Assemblée Dehcho des Territoires du Nord-Ouest : Ce n’est pas les traités qui créent des nations, ce sont plutôt les nations qui créent des traités…

Lors d’un panel de discussion sur la Réconciliation organisé par l’ACFA régionale d’Edmonton, l’acteur et chanteur d’origine algonquine Samian soulevait la question de reconnaissance des droits autochtones en partageant que le Canada n’est pas uniquement le fruit des contributions française et anglaise : « Il manque un gros morceau à cette image – celui de la contribution des peuples autochtones. »  La reconnaissance des langues autochtones est une étape importante vers l’acceptation de cette troisième identité en tant que peuple fondateur du Canada.  Par contre, à part la reconnaissance de l’Inuktitut comme langue officielle du Nunavut, du Déné comme une des langues officielles des Territoires du Nord-Ouest, et du Cri par le nombre important de ses locuteurs, les autres langues autochtones du Canada ne se portent pas si bien.  Plusieurs ne survivent que grâce à de petits nombres diminuants d’aînés qui parlent toujours leur langue ancestrale.  Par exemple, le Mitchif, langue pourtant officielle de la nation Métis de l’Alberta a très peu de locuteurs en Alberta ; ailleurs au pays, le Mitchif subsiste toujours dans certaines communautés du Manitoba et de la Saskatchewan…  Pour une nation, le respect et l’apprentissage d’une culture se doit de passer par plus qu’un simple maintien linguistique.  Les langues autochtones se doivent d’être protégées mais aussi d’êtres renforcées.  Bravo au gouvernement canadien pour son initiative axée sur les langues autochtones ! Espérons toutefois qu’il n’est pas trop tard pour un grand nombre d’entre elles…

A titre personnel, par l’entremise du Festival Edmonton chante qui nous a présenté une palette d’artistes autochtones francophones le vendredi 21 juin dernier, j’ai découvert la beauté de l’Inuktitut tel que chanté par la chanteuse Inuk Élisapie Isaac…  Née au Québec d’une mère Inuk et d’un père terre-neuvien, Élisapie chante la beauté d’être Autochtone, de son amour du Grand Nord et de son appui à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Merci de ce beau partage culturel enivrant…

 


Absence de l’histoire africaine en Alberta

Carte du Congodrapeau franco-albertain

Ici, en Alberta, nous avons de la neige depuis environ un mois… Voir la neige tomber est un événement un peu traumatisant pour ceux, qui comme moi, ne voient pas l’utilité de se lancer à pleine allure, du haut d’une colline, sur une paire de planches longues et fines que certains appellent des skis… Et qui se sentent coupable d’envisager les sept prochains mois pantouflés à l’intérieur d’une chaumière en combattant, sans trop de succès, une armée de microbes et de virus…

Pendant que ces affreux flocons salissent la belle verdure qu’était toujours jusqu’à récemment mon jardin, je pense à l’Afrique… Un vieux sage m’avait une fois expliqué que lorsque l’on passe un mauvais moment, il faut se concentrer sur quelque chose qui en est l’exemplarité du contraire. Voilà ce qui explique donc le flot de mes pensées vers ce continent…

Pourquoi l’Afrique ? J’ai toujours été fasciné par ce continent depuis mon enfance. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’y aller : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun, Madagascar, Rwanda, Burundi, Ouganda… Au Rwanda, j’ai grimpé des volcans pour partager l’intimité d’une famille de gorilles des montagnes, et ce, pendant que l’on pouvait entendre des coups de canon qui nous provenaient du côté congolais du même volcan. Au Burkina Faso, j’ai vu de jeunes enfants, morts de faim, qui étaient pleurés par des villages entiers. L’Afrique, c’est cela; autant de beauté que de misère…

Je commençais à planifier mon prochain voyage au Bénin où je m’étais engagé à collaborer avec un organisme de Porto-Novo qui travaille avec des orphelins dont un grand nombre proviennent des pays limitrophes déchirés par la guerre. Suite à l’épidémie d’Ebola, il m’a été fortement recommandé d’annuler ces plans de voyage… J’ai écouté.

Pourtant l’Afrique continue de m’appeler…

Je lis depuis quelque temps un livre de l’auteur flamand David Van Reybrouck sur l’histoire du Congo. Des livres sur l’histoire et les politiques de l’Afrique, je dois en avoir des vingtaines, au grand désarroi de mon épouse d’ailleurs… Tous ou presque racontent l’histoire africaine d’un point de vue occidental, donc solidement ancré dans des vestiges colonialistes. Ce livre, tout simplement appelé « Congo » me fascine; Van Reybrouck a réussi un rare tour de force en écrivant sa brique (680 pages!) – prendre le temps d’écouter les Africains, plus précisément les Congolais, raconter eux-mêmes leur propre histoire. En se faisant, la perspective est totalement différente – on oublie les « bienfaits » des Belges colonisateurs pour apprécier l’histoire tant méconnue d’un peuple (en fait toute une panoplie de peuples!) qui n’ont jamais demandé à être colonisés… Une histoire extrêmement riche! Les empires africains qui ont évolué au centre de l’Afrique avant d’être oubliés par l’abysse du temps… Les différents peuples qu’abritait une vaste jungle qui s’étendait de l’Atlantique aux Grands Lacs… Il y avait avant l’époque coloniale plus de peuples au Congo, tous différents l’un de l’autre, qu’en Europe… les Bakongo, les Bakuba, les Balunda, les Bayaka, les Tutsi, etc. J’avais déjà lu la biographie du roi Léopold II et les horreurs de l’État indépendant du Congo dont le nom ne reflétait nullement la réalité. L’histoire des mains noires, je connaissais, mais lire le récit de gens qui peuvent retracer leurs lignées familiales à cette époque si dévastatrice, cela donne des frissons… De même pour les origines du kimbanguisme et l’emprisonnement forcé de ses premiers religionnaires lors de la création d’une religion réellement africaine. Les étapes, souvent sanglantes, qui ont mené le pays vers la genèse d’une nouvelle nation indépendante sont encore plus fascinantes lorsque racontées par des gens qui ont connu Lumumba et Kasa-Vubu. Sur une note un peu plus joyeuse, en tant que grand amateur de musique, j’étais ébahi d’apprendre que Kinshasa était un des berceaux du jazz et de la rumba en Afrique durant les années cinquante : Antoine Kalosoyi, Camille Makoko, etc.

Pourquoi est-ce que je vous parle de l’Afrique dans un blog qui se veut dédié à la francophonie albertaine ? J’y arrive…

Depuis au moins une vingtaine d’années, si pas plus, les Congolais arrivent en Alberta. D’abord dans les grands centres, Edmonton et Calgary, où des diasporas de plusieurs centaines de familles sont bien installées et contribuent à la société canadienne. Beaucoup plus récemment, c’est à Brooks, Lethbridge, Red Deer que nous les retrouvons. Le nouvel agent culturel de l’ACFA régionale de Falher, dans le nord-ouest de la province, est un jeune Congolais…

Pourtant, qui était le premier Congolais en Alberta ? Nul ne le sait… Je connais bien quelqu’un d’origine congolaise qui est ici depuis les années 80, mais rien n’est répertorié qui pourrait indiquer qu’il était parmi les premiers… Il existe bel et bien des associations congolaises dans les deux grandes métropoles albertaines, mais nous n’en connaissons pas l’histoire… Nos archives provinciales semblent avoir été oubliées pour ce qui est des manuscrits, des procès-verbaux, des photos, des listes des membres des conseils d’administration d’un peuple qui participe aussi au développement de notre francophonie albertaine.

Cela s’explique, du moins en partie, par les exigences des besoins d’intégration; se trouver un logement, un emploi, une école pour les enfants, l’envie de se canadienniser… C’est compréhensible. Pourtant des associations se sont créées au fil des ans… Que sont devenus les documents d’incorporation, les listes de présences lors de la première assemblée annuelle, les procès-verbaux ? L’écho de l’histoire congolaise a de la difficulté à vibrer entre les frontières de l’Alberta et je suis déçu que mes enfants n’apprendront peut-être pas l’histoire de certains de leurs amis de classe… L’histoire de la francophonie albertaine n’est pas uniquement celle des trappeurs et des contributions du clergé catholique…

Je parle ici des mes concitoyens congolais mais la situation est identique pour les autres communautés africaines : ivoiriens, camerounais, maghrébins, etc.

Je connais le nom du premier agent culturel d’origine congolaise à Falher – qui d’autre le saura?


Saint-Paul, Alberta – en évolution…

Centre culturel de Saint-Paul

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), organisme porte-parole de la francophonie albertaine, est un organisme provincial avec quatorze bureaux régionaux.  Ces bureaux, aussi appelés régionales, couvrent la province de Lethbridge à Fort McMurray (presque 1000 km !)

Chaque région francophone a son caractère propre, rendant toutes généralisations pratiquement impossibles.  Les communautés du nord, Plamondon, Saint-Paul, Bonnyville et Falher,  sont essentiellement agricoles avec des communautés francophones bien enracinées mais vieillissantes.

Le nord-est de l’Alberta fait partie des régions rurales albertaines touchées par le dépeuplement rural.  La ville de Saint-Paul est une agglomération, un bourg, d’environ 5 800 habitants, dont 12 % de francophones, située à 196 km au nord-est d’Edmonton.  Au fil des ans, l’agriculture a décliné et nombreux sont les francophones qui ont quitté pour d’autres régions, principalement Edmonton.  Il est en effet assez facile de rencontrer au sein de la francophonie d’Edmonton, des gens originaires de Saint-Paul.

J’adore me rendre à Saint-Paul…  Rien de plus beau après presque deux heures de voiture de voir le clocher de l’église se pointer à l’horizon…  À l’église, on vire à droite et on est arrivé au bureau de la régionale.

Comme c’est le cas dans plusieurs autres régions, la régionale de Saint-Paul essaie, tant bien que mal, à rassembler la communauté francophone locale.  À Saint-Paul, l’ouverture de l’École du Sommet, école francophone, en 1990 a grandement contribué à freiner le taux d’assimilation des francophones.  Quoiqu’il n’est pas possible de vivre uniquement en français à Saint-Paul (réalité albertaine oblige !), il est possible de participer à de nombreuses activités qui se déroulent en français.  Ces dernières, coordonnées soit par l’ACFA régionale ou l’école, attirent même un nombre grandissant de francophiles.  La Cabane à sucre annuelle et le lever du drapeau franco-albertain en mars,  la Veillée des moissons en octobre, les 5 à 7, et les spectacles « Chemins chez nous » n’en sont que quelques exemples.  Le petit journal mensuel, le Dirigeable, informe régulièrement la francophonie locale sur tout ce qui s’y passe…  Les jeunes finissants de l’École du Sommet ont créé un groupe rock, Évolution, qui semble avoir le vent dans les ailes…  La régionale félicite ses bénévoles annuellement et ce n’est pas les gens à remercier qui manquent…  La communauté de Saint-Paul a toujours été une communauté modèle pour plusieurs raisons : le dévouement, la disponibilité, la passion et la persévérance des membres de sa  communauté ont grandement contribué non seulement à la survie du fait français à Saint-Paul mais aussi à son essor !

Vu toutes ces activités, le dépeuplement rural ne semble pas avoir un impact.   Le succès de ces activités est trompeur…  De nombreux jeunes en quête d’emploi ou d’études supérieures continuent à quitter la région.  Malgré la forte participation aux activités, la régionale éprouve de la difficulté à trouver des membres pour son conseil d’administration.  Certaines personnes y siègent depuis des années faute de remplaçants.  Le conseil d’administration du musée historique, ne voyant pas de relève à l’horizon, songe à soit fermer ses portes ou s’amalgamer avec un autre musée municipal anglophone.

Jusqu’à tout récemment, la population francophone de Saint-Paul était assez homogène.  Hormis quelques Européens venus s’y installer, la francophonie locale était majoritairement franco-albertaine.  La francophonie locale s’est un peu agrandie au courant des dernières années en profitant de l’arrivée de quelques familles acadiennes, maghrébines et africaines qui, quoi qu’elles participent régulièrement aux activités offertes par la communauté, n’ont pas encore suffisamment d’enracinement pour en comprendre l’importance de la coordination.

Pour les rejoindre, la régionale devrait accentuer ses démarches de recrutement vers le corps professoral de l’École du Sommet où certains membres de ses familles atterriront soit en tant qu’étudiants ou employés.  Une autre piste serait de déléguer la coordination de quelques activités axées sur la jeunesse ou le culturel aux jeunes afin de les initier aux rudiments de la coordination communautaire.  Serait-ce les débuts d’une solution au dépeuplement de nos communautés francophones ?  Seul le temps nous le dira…

Saint-Paul


Filière franco-albertaine au Rwanda et Burundi

 

Ce blog est une mise à jour d’un article que j’avais écris pour l’hebdomadaire Le Franco en 2012.Buruni formation

La principale raison d’être de mon récent voyage au Rwanda et Burundi était de contribuer à ma façon au développement communautaire dans ces deux pays dont les répercussions de passés douloureux se font toujours sentir au quotidien.  Je suis allé à Kimironko, au Rwanda, non seulement pour évaluer les projets du Centre César, mais aussi pour y offrir des formations à des organismes en quête de capacités organisationnelles. Au Burundi, j’ai eu l’occasion de découvrir des organismes désirant aussi augmenter leur niveau de capacités.

 
Mon implication dans le développement communautaire et humanitaire remonte au début des années 80 lorsque je travaillais dans la région de Tuktoyaktuk dans les Territoires du Nord-Ouest. Je travaillais alors pour le ministère de Pêches et Océans Canada et j’ai eu l’occasion d’être initié au développement communautaire dans cette région qui, si l’on considère certains besoins essentiels, évoquait d’autres régions défavorisées du globe.  J’ai été invité à participer à divers projets tels que la rénovation d’un centre communautaire et l’évaluation des besoins des populations Inuvialuit et Dené locales et j’ai trouvé cela fascinant. D’ailleurs, depuis cette époque, la philosophie du développement communautaire axé sur les acquis que j’y ai découvert fait partie de ma vie et de qui je suis.

Pourquoi l’Afrique ?  Mon engouement pour l’Afrique remonte à mon enfance, alors que j‘habitais Saint-Boniface, au Manitoba.  Il y avait, non loin de chez moi, une maison des Pères Blancs, missionnaires d’Afrique et je m’étais lié d’amitié avec un de ces missionnaires, le Frère Nadeau.  Au fil du temps, ses récits et histoires sur son expérience et sa vie en Afrique avaient généré en moi un intérêt toujours grandissant pour ce continent.  Plus tard, ayant eu l’occasion de voyager en Afrique à plusieurs reprises, je fus consterné par l’ampleur de la pauvreté accentuée par un accès réduit aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation, et au développement communautaire, et ceci même au sein de grandes agglomérations telles que Tananarive, Abidjan, Douala, Bamako et Dakar.  Cette disparité se traduisait trop souvent par des taux de mortalités et de maladies élevé.

N’étant ni médecin, ni infirmier, ni agronome, c’est à Madagascar en 1992 que j’ai commencé à voir le renforcement des capacités organisationnelles comme étant l’occasion pour moi de contribuer à ma façon.  C’est en renforçant les capacités organisationnelles sur le terrain qu’il est possible de pourvoir les organismes qui œuvrent sur place avec les outils nécessaires pour assurer des objectifs axés sur un développement communautaire réel.

 
Le Rwanda et le Burundi sont des pays victimes d’un même passé douloureux où leurs populations ont subi non seulement le joug d’une incompétence coloniale, mais aussi les crises ethniques répétitives qui ont particulièrement marqué leurs histoires récentes. Les deux pays sont présentement dans des phases de réconciliations axées sur une prise de conscience de citoyenneté nationale.

Que ce soit pour des raisons humanitaires ou pour des raisons de contribution au potentiel et dynamisme de croissance du Rwanda et du Burundi, de nombreux membres de la francophonie albertaine contribuent, chacun à leur façon, au développement de ces pays. Possédant une soif intarissable pour la justice sociale et le développement communautaire, ces bénévoles contribuent à faire rayonner la francophonie au niveau international.  Les impacts sociaux de ces contributions façonnent l’avenir de ces deux pays en voie de développement. Ces nombreuses interventions ont pour effet de renforcer les capacités des organismes locaux dans différents secteurs, tels que la gestion financière, les communications, la planification stratégique et la recherche de financement; tout ceci dans une optique de développement durable. Les résultats se reflètent non seulement dans le maintien, mais aussi l’amélioration des services offerts par les intervenants communautaires locaux, dans leur domaine d’intervention respectif.

Pour Lisette Trottier, membre du conseil d’administration (CA) d’Ubuntu Edmonton, sa contribution trouve sa source dans une rencontre qu’elle a faite en 1994 lors des débuts du génocide au Rwanda. En lisant le journal, un article a attiré son attention. « C’était un article du Edmonton Journal daté du 12 juillet 1994 intitulé « City Man Loses Family, House in Rwanda slaughter« . Cet homme était stagiaire à l’école où j’enseignais. Son histoire m’avait énormément touchée et j’ai toujours continué à m’informer, petit à petit, sur les évènements de ce génocide, » explique-t-elle. « Mon père était ami avec Nicole Pageau et à la suite du premier voyage de cette dernière au Rwanda, il a commencé à organiser des rencontres familiales avec elle, souvent lors d’un souper. Nous en avons souvent eu chez nous aussi. »

Ce n’était que le début de son implication et de sa contribution au développement du Rwanda. « Au tout début d’Ubuntu Edmonton, j’ai fait des recherches avec mon mari sur les possibilités de recevoir, d’entreposer et d’envoyer des effets donnés au Rwanda dans des conteneurs (vêtements, livres, ordinateurs…). Avec ma famille, nous ne manquions jamais les évènements tels que le souper annuel d’Ubuntu. Igor César m’a suggéré de me présenter au CA en 2007 et depuis, je siège comme secrétaire/trésorière. Je vais certainement me rendre au Rwanda un jour et je veux y passer au moins un mois et faire du bénévolat. »

Pour d’autres, les liens avec le Rwanda sont plus personnels. Pour Kayijuka Rukabuza, conseiller en emploi à accès•emploi, les raisons qui l’ont interpelé sont multiples. « Je connaissais le village de Kimironko et la situation de ces veuves avant que je ne vienne au Canada. Je voulais contribuer avec mes idées, car je connaissais mieux la situation sur le terrain. De plus, ce projet est né après la commémoration du 10e anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda au Campus Saint-Jean en 2004, et j’étais parmi les initiateurs de cette commémoration. J’avais un devoir moral de participer d’une manière ou d’une autre », raconte-t-il.  « Au début, j’ai accompagné Nicole Pageau dans des écoles pour expliquer la situation au Rwanda. Quand elle y est allée, je l’ai référée à une petite sœur qui lui a servi d’interprète pour un temps. D’une manière ou un autre, je suis attaché à ce village de Kimironko. Quand le temps me le permet, je participe à tout ce qui peut améliorer le sort de mes compatriotes », souligne cet ancien membre du CA d’Ubuntu Edmonton.

Ayant été témoin de la pauvreté de son pays natal, le Burundi, et de son village d’origine en particulier, Jean-Jacques Mitakaro a créé un organisme qui s’appelle Dufashanye Canada Foundation. « Il existe des milliers d’organisations internationales, toutefois, la plupart développent des activités qui sont plus humanitaires que vraiment axées sur le développement.  Au Burundi, j’ai par ailleurs assisté à un désintérêt poussé des enfants et des jeunes par rapport à l’école », affirme cet agent de renseignements trilingue pour Liaison Entreprise.  « C’est pour cela que dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai créé Dufashanye Canada Foundation dont la mission est d’avancer l’éducation et d’améliorer les conditions de vie des enfants et des familles vulnérables du Burundi. L’appui à l’éducation des enfants nécessiteux se fait par le biais d’un programme de financement de l’éducation qui encourage des Canadiens à financer l’éducation d’enfants par un don unique ou régulier, ainsi qu’un programme de microcrédit qui finance des microprojets créateurs d’emplois et générateurs de revenus en milieu rural », renchérit-il.

Joëlle Nsabimana continue, quant à elle, à contribuer parce qu’elle connait bien l’importance de l’apport d’autrui. « Créée pour instituer un cadre de parole pour la jeune fille burundaise sur la scène publique, l’Association pour la promotion de la fille burundaise (APFB) a pour mission d’éveiller une prise de conscience active chez la jeune fille, sur le rôle qu’elle doit jouer dans la vie sociale, économique et politique de la nation. C’est une initiative qui vise aussi à conscientiser la société burundaise sur le rôle de la jeune fille dans la société notamment dans l’évolution et le développement social, la même jeune fille qui deviendra la femme de demain », renforce-t-elle.

C’est grâce à la contribution de Joëlle Nsabimana que l’APFB a récemment profité d’une formation sur le leadership. « Nul n’ignore le rôle capital que joue la femme dans la société burundaise. Ayant été un membre actif de l’APFB, j’ai gardé contact avec l’association ce qui me permet de temps à autre d’être au courant de ses activités. Quand Alain Bertrand m’a parlé de son projet d’aller donner une formation de leadership à des associations sans but lucratif au Burundi, j’ai tout de suite pensé l’APFB, d’autant plus que le thème de l’année 2012 de l’APFB est axé sur leadership », poursuit-elle.

Au fil des années, pour toutes sortes de raisons, certaines personnes se découvrent une passion. Jocelyne Babin a effectué deux voyages au Rwanda récemment. « Un ami de Red Deer, Brian, s’est rendu au Rwanda et a fondé un organisme qui s’appelle Home of Hope. Cet organisme offre un programme de parrainage pour orphelins et un programme de micro-prêts qui permet aux femmes désavantagées d’établir un petit commerce, » témoigne Jocelyne Babin.

« C’est lors d’une présentation que Brian a fait à notre église que mon rêve s’est éveillé : aller en mission en Afrique! J’ai soumis une demande avec Home of Hope (HoH) et je suis allée au Rwanda la première fois pour trois semaines en 2010 et pour quatre semaines en 2011! Au Rwanda, nous avons rencontré le personnel local de HoH; nous avons offert des ateliers de Word, d’Excel, en comptabilité et en procédures de bureau; nous avons aussi facilité des ateliers de leadership et de team building ».

Pour Mélissa Loiselle, c’est la découverte de l’Afrique qui l’a convaincue. « Je revenais à Edmonton après avoir passé près d’un an en Afrique. J’étais en recherche d’emploi et j’ai été embauchée par l’ACFA régionale d’Edmonton, Nicole Pageau en était la coordonnatrice à l’époque », se rappelle-t-elle. « C’est de cette façon que j’ai fait la connaissance de Nicole qui se préparait à quitter le pays pour partir au Rwanda. J’étais très impressionnée par son courage et sa générosité et la cause d’Ubuntu m’interpelait profondément et, comme je revenais tout juste de l’Afrique, j’ai alors offert mon aide au projet! »

Ayant immigré au Canada, Anand Soochit ressent un besoin de vouloir, d’une façon concrète, rendre un peu ce qu’il a reçu. « Je suis heureux et fier de ma vie au Canada et je veux sincèrement aider la communauté et donner en retour ce que j’ai obtenu », lance-t-il.

« Je veux être un mentor, je veux partager et venir en aide aux personnes qui ont besoin de soutien, tout comme j’en avais besoin autrefois. Dufashanye, c’est l’Afrique. C’est de cette partie du monde que je viens. Donc, offrir mon soutien à ce continent, en plus de celui offert à ma communauté francophone en Alberta, est tout naturel », ajoute M. Soochit.

Habitant Beaumont, en banlieue d’Edmonton, le francophile albertain Justin Minott, lui, vient de célébrer le troisième anniversaire de l’organisme Souls of the Feet avec lequel il est impliqué depuis le début. « En si peu de temps, nous voyons l’importante transformation que nous apportons aux communautés du Burundi. Nous apprécions aussi l’influence que nous pouvons avoir dans la vie de ces gens. Ce n’est pas toujours facile, mais l’effort en vaut la peine », commente-t-il.

En janvier 2014, Charles Balenga quitte l’Alberta avec son épouse Darla et leurs quatre enfants  pour s’installer à Gitega au Burundi.  Congolais d’origine et Franco-Albertain d’adoption, Charles Balenga a tout quitté pour se rendre au Burundi, même le service d’accueil pour nouveaux arrivants qu’il avait créé quelques années auparavant à Edmonton.  Après avoir affronté les inondations qui ont dévasté la région de Bujumbura en début d’année, Charles Balenga enseigne désormais dans la région de Gitenga, ne sachant pas quand il reviendra au Canada.

Aujourd’hui, le réseau de bénévoles pour l’Afrique au sein de la francophonie albertaine est plus actif que jamais. Toutes ces contributions jouent un rôle déterminant dans la réussite des efforts déployés pour appuyer les populations du Burundi et du Rwanda. De toute évidence, l’espérance pour l’Afrique n’en est que plus vivace.

 


La diversité culturelle au pays de Lucky Luke

Brooks Lakeside

Des petites villes comme Brooks, il en pullule dans l’Ouest canadien : Virden, Dauphin au Manitoba ; Yorkton, Esteban en Saskatchewan ; High River, Drumheller, Wetaskiwin en Alberta n’en sont que quelques exemples. Ce sont toutes des petites villes dont les origines sont intimement rattachées à la production agricole et où le « pick-up » est vénéré comme une diligence des dieux… 

Dans ces petits bleds, même s’ils ont parfois la réputation d’être un peu « red-neck », les habitants sont invariablement naturellement polis, respectueux, disciplinés et serviables.  Dans ces contrées des grandes plaines canadiennes, l’on remarque presque instinctivement la pénurie de restaurants à la carte qui ont contribué à une invasion massive de fast-foods (A&W, KFC, Subway, etc.) dont les arômes taquinent notre sens de l’odorat même à des distances de plusieurs kilomètres….Ces derniers rendent la vie difficile aux petits restaurants chinois historiques qui perdurent tant bien que mal…

Dans le centre-ville de la plupart de ces localités, le stationnement en diagonale est de rigueur.De plus, et c’est pratiquement immanquable, il y a presque toujours un ancien cinéma quelque peu délabré qui porte un nom tel que Empress ou Majestic et ce dernier est souvent situé à proximité d’un hôtel appelé St-Regis ou Colonial…On se croirait presque dans des versions 21e siècle des villes de l’Ouest américain identifiées dans les bandes dessinées de Lucky Luke – Painful Gulch, Daisy Town ou Dalton City – on y retrouve toujours, entre autres, les inévitables saloons qui, sous les normes de rectitude politique modernes, ont tous été rebaptisés « Sports Bar »… Bref, des communautés rurales paisibles à tendances conservatrices…

 Et pourtant…

En se promenant dans les rues de Brooks, les passants sont de moins en moins étonnés d’entendre non seulement du français, mais aussi, et ce depuis une quinzaine d’années, du lingala, de l’arabe, du wolof, du swahili, de l’afar, du dinka, et du kirundi. 

Située dans une des régions les plus arides de l’Alberta, en plein dans le Triangle de Palliser, non loin des Badlands – la seule région en Alberta où l’on trouve des serpents à sonnettes, des cactus et des araignées veuve noire –  Brooks est située à une quarantaine de kilomètres du parc provincial Dinosaur. Avec ses 10 000 habitants, cette petite ville ressemblait bel et bien à ses comparses ci-haut mentionnées jusqu’à l’arrivée de Lakeside Packers en 1996. En ouvrant son abattoir et en annonçant 2000 emplois, Lakeside venait aussi d’ouvrir la manne à emplois à Brooks…Le travail d’abattoir étant peu plaisant, mal rémunéré, il ne figure donc certes pas dans les priorités d’emploi de la grande majorité des Canadiens. Après avoir épuisé la réserve de main-d’œuvre locale, Lakeside s’était d’abord tournée vers les provinces maritimes canadiennes – après Fort McMurray au bas des sables bitumineux albertains, Brooks a le deuxième plus important pourcentage de Terre-Neuviens en Alberta – pour enfin faire appel à la main-d’œuvre internationale, plus particulièrement, les nombreux réfugiés qui atterrissent au Canada.  L’appel fut entendu…

Depuis 2000, plus de 3 500 réfugiés, pour la plupart d’origines africaines, sont venus s’installer à Brooks dont la population atteint maintenant presque 14 000 habitants.  Dès 2001, cette ville des prairies canadiennes avait été transformée en une mosaïque multiculturelle des plus originales.Personnellement, je me souviens très bien de cette transformation communautaire.En effet, dans le cadre de mon travail au ministère du Patrimoine canadien, en 2004, j’avais reçu une pétition d’environ une centaine de noms de nouveaux arrivants qui exigeaient des services en français.Perplexe, je m’y étais rendu en compagnie d’un collègue, Patrick Curti, afin de rencontrer cette nouvelle communauté francophone qui venait d’éclore…L’Association francophone de Brooks venait de naître…

Un quart de la population d’origine africaine

Brooks, dont le quart de la population est maintenant d’origine africaine ne tarda pas à devenir la coqueluche d’innombrables chercheurs sociaux qui s’interrogeaient sur l’avenir de ce nouveau laboratoire communautaire. Ces derniers arrivaient, un peu à l’improviste, de New York, de Chicago, de Californie, d’Angleterre, de France, d’Afrique du Sud… 

De toute évidence, l’afflux d’un si grand nombre de réfugiés dans une si petite municipalité qui ne s’y attendait pas a eu un impact important. Comme partout ailleurs, le niveau d’intégration à la communauté locale se fait en fonction des classes sociales et des conditions de départ de ces gens de leurs pays d’origine. Puisque l’expérience de vie de ces derniers diffère considérablement de celle de la plupart des Albertains, les services sociaux locaux ont été rapidement pris au dépourvu. De plus, beaucoup de ces gens arrivés seuls sans leur famille ajoutaient un élément d’isolement à leur intégration à la société canadienne. Pour ce qui est du logement, il n’était pas rare de voir une dizaine de personnes partager un simple appartement de deux chambres à coucher…

Quoiqu’il soit normalement reconnu que les emplois en abattoir soient loin d’être idéals, Lakeside a tout de même facilité l’intégration de ses employés à la communauté de Brooks en établissant des partenariats avec divers services d’accueil de Calgary et Medicine Hat. Ces derniers avaient accès à des espaces au sein des bureaux de Lakeside pour assister ces nouveaux arrivants à apprendre l’anglais et à contrer la hantise des montagnes de paperasses bureaucratiques canadiennes. Les programmes fédéraux de réunifications familiales ont aussi largement allégé le fardeau de l’isolement. En 2008, l’Association francophone de Brooks (AFB) a ouvert un centre d’accueil pour les jeunes immigrants francophones au centre-ville de Brooks.Dans le cadre d’un partenariat avec l’école francophone locale, l’École Le Ruisseau, l’AFB vient chercher les élèves après l’école afin de les transporter au centre où ils peuvent faire leurs devoirs et se divertir en toute sécurité en attendant que leurs parents terminent leur quart de travail à Lakeside.  Il est à noter que la communauté francophone de Brooks est la seule communauté francophone canadienne à être majoritairement d’origine africaine…

Plus de 60 langues répertoriées

L’enjeu scolaire est criant. Les écoles locales ont vu leurs populations d’étudiants augmenter de 75 % à 80 % depuis 2002…N’ayant pas su profiter d’un enseignement dans les camps de réfugiés, les nouveaux étudiants qui arrivent du Soudan, de Somalie, du Congo et du Liberia sont souvent illettrés lorsqu’ils débarquent dans les écoles de Brooks.Certains ont des expériences de vie qui exigent des soins et traitements psychologiques particuliers. Afin de subvenir à tous ces besoins, des jeunes sont régulièrement envoyés à Calgary, Lethbridge et Medicine Hat afin de profiter de soins spécialisés. Et, comme le savent déjà tous les Albertains, notre hiver n’est pas facile et nécessite donc une certaine période d’acclimatation…

A Brooks, plus de 60 langues ont été répertoriées lors du recensement de 2001 lorsqu’il n’y en avait que 12 en 1996.Environ le tiers des réfugiés qui arrivent à Brooks proviennent de pays francophones d’Afrique, ce qui facilite tout de même un peu leur intégration vu la disponibilité de l’école francophone et la présence de certains services fédéraux offrant des services à distance en français. Suite à une demande de l’AFB, le détachement de la gendarmerie royale de Brooks a même augmenté le nombre de ses gendarmes bilingues…

L’industrie de transformation des viandes est essentielle à l’économie albertaine et il n’est donc pas prévu que le nombre de nouveaux arrivants à Brooks diminue. Fait intéressant,  en augmentant, la population africaine de Brooks contribue à une certaine diversification de l’économie locale qui était autrefois essentiellement agricole.L’institution collégiale locale profite d’une augmentation importante d’inscriptions dans ses cours reliés aux services sociaux, au travail communautaire, aux services infirmiers et même à la traduction…Dans le cadre du Réseau d’immigration francophone en Alberta, tel que coordonné par l’Association canadienne-française de l’Alberta, les francophones de Brooks sont invités à y contribuer en participant aux rencontres semestrielles…Malgré les enjeux communautaires et sociaux, la communauté francophone de Brooks semble avoir un avenir prometteur…


Les échos de la chanson francophone en Alberta…

 

screen_shot_2012_10_03_at_1_24_43_am_300x144_2
Le festival Edmonton chante est un événement annuel très attendu chaque automne.

Chez les Bertrand de la rue Jeanne d’Arc à Saint-Boniface au Manitoba,  le dimanche était une journée spéciale.  Après nous avoir préparé une bonne tasse de chocolat chaud (à bien y songer,  on en buvait que le dimanche…), le paternel sortait ses microsillons (oui, je sais, moi aussi cela fait longtemps que je n’avais pas vu ce mot…) tant 33 tours que 45 tours…  C’était devenu quasi-religieux. 

Chers lecteurs, il y en a certainement parmi vous qui vous grattez la tête, complètement perplexe, et je vous comprends.  Avant l’apparition du cd au début des années 80, durant l’ère Mésozoïque, les enregistrements musicaux se faisaient sur une sorte de disque noir, à mi-chemin entre une roue et une pizza, que l’on appelait microsillons ou album ou LP.  Voilà pour le cours d’histoire…

Bon, revenons à mon père.  Donc, le dimanche matin pour moi était associé à la musique que mon père nous faisait découvrir inlassablement chaque semaine.  C’est ainsi que j’ai appris à apprécier des grands artistes de la chanson française tels que Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Salvatore Adamo, Mireille Matthieu, Line Renaud, Ginette Reno, Jacques Brel, Charles Treynet, Henri Salvador, et j’en passe…  Pour ceux qui continuent à se gratter la tête, le cours d’histoire est terminé ; veuillez donc rediriger votre curiosité vers Google.

Au fil des ans, j’ai, comme tout bon adolescent qui se respecte, volontairement délaissé la musique que mon père m’avait martelé dans la tête depuis ma tendre enfance.  J’ai découvert des styles de musique légèrement plus rythmés tels que le rock  et surtout le blues… essentiellement anglophones.  Toutefois, durant certaines périodes de « lucidité » (à comprendre comme bon vous semble, c’était après tout les années 70..), je me souviens d’avoir vu des groupes québécois tels que Offenbach et Beau Dommage au Centre culturel franco-manitobain…

Depuis mon arrivée en Alberta il y aura bientôt trente ans – faites pas le calcul, oui, j’ai des cheveux gris – je me considère chanceux d’avoir eu le privilège d’apprécier, principalement en tant que spectateur, mais aussi en tant que journaliste et parolier, l’évolution de la chanson française dans notre belle province.  Je ne prétends pas avoir toutes les connaissances de l’historique de la chanson francophone en terre albertaine, loin de là.

Enfin, tout ce blabla pour vous souligner un peu l’importance que la musique a toujours eu dans ma vie… 

Ok, voici donc l’événement qui m’a amené à écrire ce blog…  Lors d’un voyage récent à Winnipeg, j’ai eu l’occasion de discuter avec une jeune dame assez impliquée dans le secteur des Arts dans sa communauté.  Je ne divulguerai pas son identité car c’était une charmante jeune femme qui m’a admis ce qui suit en toute innocence… En discutant avec elle, elle m’a posé une question qui m’a estomaqué : « Avez-vous des artistes francophones en Alberta ?  Car je n’en connais pas… ».  Ouf.  Je me souviens d’avoir tellement froncé mes sourcils que j’en ressentais une douleur…  Pas d’artistes francophones en Alberta ?  Je ne suis habituellement pas un homme qui parle beaucoup mais là je me souviens avoir déversé toute une longue liste de ce qui se fait en chanson francophone en Alberta… 

Comment est-ce possible que nos artistes soient si peu connus à l’extérieur de nos frontières ?  Le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) travaille très fort à développer tous les secteurs artistiques de la francophonie albertaine, avec même, ce que je considère comme étant une emphase particulière sur la chanson.  Là n’est pas le problème.  Il semble y avoir une certaine balkanisation provinciale dans le cadre du secteur de la chanson où chaque communauté fait la promotion de ses artistes sans vraiment trop s’ouvrir à ce qui se fait ailleurs.  Bien sûr, je généralise.  Par contre, quoique les chemins des artistes des provinces des Prairies se croisent assez régulièrement, combien de nos artistes sont connus en Colombie britannique ou en Ontario ?  Au Québec ?

Par conséquent, j’aimerai maintenant faire ma part, aussi minime soit-elle, dans la promotion de nos artistes francophones en Alberta…  En voici donc quelques uns…

Ariane Mahryque Lemire est une jeune femme pleine de sensualité.  Chantant souvent les pieds nus (en Alberta, cela prend parfois une bonne dose de courage), ses chansons dégagent un certain humour axé sur son vécu tant romantique qu’artistique.  Son style est entièrement le sien, s’accompagnant elle-même à la guitare, Ariane, par l’entremise de ses chansons, dégage une franchise mélancolique qui apporte un grand  air de fraicheur…

Mireille Moquin – que dire de Mireille ?  Ses chansons, un mélange de pop et de folk, démontrent une intense originalité et contribuent à assurer que sa présence sur scène ne cesse de captiver son auditoire.  Son album « Au revoir Princesse » contient des textes qui peignent des images des plus colorées et annonce l’atteinte d’une certaine maturité tant au niveau des compositions que de la production.

Marie-Josée Ouimet est devenue une incontournable de la chanson franco-albertaine.  S’alimentant en grande partie dans les styles jazz et blues, Marie-Josée s’est forgé une solide réputation sur la scène albertaine.  Au top de son art, elle appose sa voix agréable et finement modulée à chacune de ses chansons. 

Allez Ouest est un groupe de quatre musiciens qui est devenu l’incarnation de l’exemple parfait d’un groupe rock-folk-country franco-albertain.  Comprenant des musiciens chevronnés tels que Robert Walsh, Joël Lavoie. Jason Kodie et Mireille Moquin, Allez Ouest livre un produit bien cossu.  La chanson éponyme « Allez Ouest » est en elle-même l’apogée de la remise en question ouestrienne, le « Qui suis-je ? » de l’identitaire franco-albertain…

Étienne Grangé-Praderas, un ami de longue date et un multi-instrumentaliste hors-pair, a quitté sa Provence natale il y a belle lurette pour venir s’installer en Alberta.  Harpiste extraordinaire, Étienne sait comment allier la musique celte à des rythmes africains par l’entremise d’une mandoline, une guitare ou une flûte.  Musicien bien connu à Calgary, Étienne est aussi un peintre.

Originaire de Saint-Isidore, un hameau francophone situé dans la région de Rivière-la-Paix dans le nord-ouest de l’Alberta, Joël Lavoie semble avoir un don pour refléter le grand air et le vent des grandes étendues de sa région natale.  Avec des titres tels que « Tournesol »,  « Nouveau Jour »,  « l’Été éternel », son disque « La Récolte » chante l’été et offre des images de champs de canola à perte de vue…

Jason Kodie est l’homme à tout faire de la musique dans la grande région d’Edmonton.  Que ce soit par l’entremise de groupes tels que le Fuzz, Allez Ouest, Captain Tractor, Les Fistons, Hookahman, etc., la musique de Jason et son inséparable accordéon résonne d’un bout à l’autre de la province.

L’inimitable et l’inévitable Ronald Tremblay, une véritable institution au sein des organismes d’appui (co-fondateur du Chant’Ouest, entre autres) a lui-même endisqué un excellent album, «Poésie pour le poivre »,  au début des années 2000…  Mes chansons préférées : « Rock n’Relaxe » et « le Son de mes mots »…

Bien sûr un listing des artistes de la chanson francophone albertaine serait incomplet sans la reine canadienne du Cajun, Crystal Plamondon…  Laissons le bon temps rouler…

Il y en a bien d’autres !  Robert Walsh, Paul Cournoyer, Jessica Holtby, Roger Dallaire, et j’en passe…  Des flancs des Rocheuses aux étendues des prairies, des coulees du sud aux forêts du nord, que l’écho des voix francophones puisse continuer à résonner en Alberta…


Petite histoire des Belges en Alberta

drapeau belge

Et hop, un autre petit cours d’histoire…

Ceux qui prennent le temps de me connaitre savent probablement que je suis d’origine belge… Ce n’est pas quelque chose que je chante sur tous les toits (quoique l’idée n’est pas si saugrenue…) et il n’y a peu de choses chez moi qui soulignent ma fière belgicité… à peine une statue grandeur nature du Manneken Pis, quelques livres d’histoire, et … ahem, une cave de bières belges assez bien garnie, merci bien…

Bref, vu mes origines, j’ai toujours eu un intérêt pour l’histoire des Belges dans l’Ouest canadien. Ayant passé ma tendre jeunesse à Saint-Boniface au Manitoba, j’ai eu l’occasion d’y apprécier à maintes reprises le « Belgian Town », cette pointe de quartier située entre le boulevard Provencher, la rivière Seine, et les rues Archibald et Messier. Il ne reste plus grand-chose de ce petit quartier dont les origines remontent au début du 20e siècle. De nos jours, le cimetière belge (Sacré-Cœur), la caisse populaire belge et le Club Belge y témoignent toujours d’un attachement à la mère-patrie, quoiqu’il ne doive plus y avoir beaucoup de familles belges qui y résident encore.

Bon, assez pour l’histoire manitobaine, plongeons dans l’histoire des belges en Alberta…

Selon toute vraisemblance, les premiers Belges à fouler le sol de l’Alberta auraient été des coureurs de bois participant à la traite des fourrures à l’époque de la Nouvelle-France… L’opinion populaire semble vouloir dicter que ces coureurs des bois ou voyageurs étaient tous des Français… pas du tout, il y aurait eu des Belges (même si la Belgique n’existait pas à l’époque), des Suisses, des Allemands, des Scandinaves, etc…

Ensuite ce fut la période d’évangélisation de l’Ouest canadien par les missionnaires dont, entre autres, un nombre assez impressionnant de Belges ! Le père Pierre-Jean de Smet, de Dendermonde en Belgique, arrive au Fort Edmonton en 1845… Des pères belges de l’ordre des Oblats de Marie-Immaculée arrivèrent à la mission du Lac-la-Biche en 1874. Ces mêmes Oblats contribuèrent à la fondation du collège Blue Quills à Saint-Paul et des écoles pour autochtones à Hobbema. Le Père Léonard Van Tighem, un fier Brabant, passa de nombreuses années auprès de la nation Pied-Noir et fonda plusieurs écoles à Calgary, Lethbridge et Taber. Son frère Victor fut missionnaire à Fort Macleod. Une lettre du Père Leduc écrite en 1895 à la Supérieure des Dames du Très Saint Sacrement à Bruxelles est remplie d’éloges pour l’excellent travail des missionnaires belges en Alberta (merci Éloi pour cette information !).

Mon ami Eloi DeGrâce a récemment rédigé un article dans le Franco, notre hebdo francophone albertain, sur les communautés belges et françaises en Alberta au début du 20e siècle. Semble-t-il que les Belges (ok, ok… et les Français) représentaient un pourcentage important de la francophonie albertaine au courant des années pré-Première guerre mondiale… Lors de l’appel aux armes en 1914, de nombreux Belges prirent le chemin de la défense de la patrie, entonnant certainement avec fierté la Brabançonne… La grande majorité ne revint pas dans nos contrées albertaines…

Le village de Trochu, petit bled situé au sud de Red Deer est reconnu pour l’histoire utopique des soldats français qui vinrent s’y installer en 1903. Un fait rarement mentionné est que ces soldats français furent rejoints par des aristocrates belges qui contribuèrent à financer l’incorporation du ranch Sainte-Anne. Lorsque la Première Guerre mondiale fut déclarée en 1914, les Français et Belges retournèrent se battre en Europe… Alea Jacta Est. Aucuns Belges ne revinrent à Trochu, ayant tous péri sur le champ de bataille.

Ce qui est intéressant avec l’histoire des Belges en Alberta, c’est, plus qu’autre chose, la « petite histoire ».

Fondé par un missionnaire belge en 1903, l’église Saint-Norbert de Millet avait en sa possession jusqu’à sa fermeture en 2012, une statue de Saint-Norbert offerte par la congrégation du missionnaire en question. Wetaskiwin, à une quarantaine de kilomètres de Millet, avait aussi une vibrante communauté belge composée autant de Wallons que de Flamands. Il ne semble pas y avoir eu de querelles linguistiques et on note même une certaine assimilation des Flamands dans la communauté wallonne. Maintenant bien intégrés à la majorité anglophone locale, leurs descendants y vivent toujours. J’ai ouï dire que le meilleur endroit en Alberta pour trouver des fameuses gaufres liégeoises serait à Wetaskiwin… Une quête intéressante en perspective…

Un Wallon, François Adam, arrive à la mission Duhamel en 1886. Cette mission située à environ 80 kilomètres au sud-est du Fort Edmonton, avait été fondée avec l’aide de missionnaires belges quelques années auparavant. Fier Wallon, agriculteur de métier, grand amateur de houblon (ok, je n’ai aucunes preuves de cela…) François Adam se met à défricher une terre à l’extérieur de la mission et s’y construit une habitation. Étant un des premiers pionniers de la région, il est aujourd’hui reconnu comme étant un des fondateurs de la ville de Camrose.

Il y a aussi l’histoire du pauvre cocu belge de Cardston, ville reconnue de nos jours comme étant la capitale canadienne des Mormons… Originaire de Mouscron en Wallonie, Henri Hoët, un charpentier, arrive à Cardston en 1913. Débordant d’amour pour sa dulcinée qu’il a été obligé de quitter afin de s’aventurer au Canada, il décide de lui construire un énorme château en pierres de basalte avec un grand intérieur en bois franc. La construction lui prit 15 ans… La belle dame de ses rêves ne traversa jamais l’Atlantique pour venir le retrouver ayant trouvé depuis longtemps son bonheur en Wallonie. Henri en fut tellement attristé qu’il ne s’est jamais marié… L’histoire n’explique pas pourquoi cela lui a prit 15 ans avant de réaliser qu’elle ne viendrait pas…

Pour en revenir à Wetaskiwin… Lorsque j’étais à Calgary, j’avais un mentor communautaire du nom de Paul De Schryver. Originaire de la région de Gand (Ghent), en région flamande, et ayant passé quelques années au Québec, Paul était venu s’installer à Calgary. Quoiqu’il ait été flamand, Paul parlait un excellent français avec même une petite touche d’accent québécois. Il était très impliqué au sein de la francophonie calgaréenne : président de la Société franco-canadienne de Calgary, membre fondateur de la Cité des Rocheuses, membre de la paroisse Sainte-Famille, et administrateur au sein d’innombrables conseils d’administration. C’est un peu grâce à lui que je suis devenu un francophone « vendu à la cause »… Paul était propriétaire de deux cliniques de physiothérapie à Calgary et nous nous étions rencontrés lorsque j’étais vendeur d’annonce pour un journal mensuel francophone maintenant disparu, le Calgaréen. Et non, ce n’était pas parce que j’étais mauvais vendeur… C’est en réussissant à lui vendre des annonces justement que nous sommes devenus amis. Paul avait une conviction communautaire qui correspondait parfaitement à la mienne, soit une vision inclusive axée sur la participation citoyenne et non seulement sur celle d’une certaine élite communautaire. C’est vers l’an 2000 que sa santé a commencé à se détériorer. Puisque j’étais déménagé à Edmonton en 2003 afin d’accepter un poste de fonctionnaire, nous avions hélas perdu contact. C’est en 2004 que j’appris son décès à la suite d’un cancer.

Oui, oui, je sais… quel est le lien avec Wetaskiwin ? Au courant de l’été 2011, ma famille et moi nous promenions dans la région de Wetaskiwin, plus précisément sur la route 822 dans la région de Gwynne, non loin du lac Coal. La route serpentante nous mena éventuellement vers une petite chapelle catholique, un peu perdue entre des fermes, entourée de nombreux pâturages remplis de grosses vaches Holstein…. En nous arrêtant pour apprécier la chapelle, nous avons aperçu qu’elle abritait un petit cimetière. Étant un mordu d’histoire de la francophonie albertaine, j’ai la tendance lorsque je voyage à sillonner les cimetières un peu partout en province afin d’y répertorier des noms d’origine francophone. En longeant une rangée située au côté sud-ouest du cimetière, un nom capta vite mon attention : Paul de Schryver… Décédé à Calgary, mon mentor avait décidé de venir passer l’éternité dans ce paisible endroit en pleine campagne albertaine. Une place était déjà réservée pour son épouse Céline … Je n’ai jamais poussé mes recherches afin de connaitre le lien entre Paul et la ville de Wetaskiwin mais je suppose que cela pourrait être relié à l’histoire des Belges à Wetaskiwin…. Le hasard semblait m’avoir amené à cette petite chapelle afin que je puisse saluer mon mentor. J’y suis retourné deux fois depuis…

Pour ce qui est de mes « pèlerinages » dans les cimetières albertains, ce sera une autre histoire…


L’école – pierre angulaire de la communauté francophone de Beaumont

Qu’est ce qui définit une communauté ? Comment une communauté peut-elle se bâtir, se développer et s’épanouir ?

Ce mois de janvier 2014 a vu l’éclosion d’un rêve à Beaumont, petite municipalité d’environ 14 500 âmes située à une quinzaine de kilomètres au sud d’Edmonton, mon petit « chez-moi »… Éclosion n’est peut-être pas le bon mot car pour de nombreux Beaumontois, dont moi, c’est plutôt l’aboutissement d’un rêve… Enfin, une municipalité, qui se dit officiellement bilingue depuis belle lurette, aura son école francophone ! Il y a maintenant quatre municipalités officiellement bilingues en Alberta (Beaumont, Legal, Plamondon, Falher) et Beaumont est la seule à ne pas avoir son école francophone…

La communauté francophone de Beaumont, selon la plupart des dires, se chiffrerait à 10 % de la population de la municipalité, donc à environ 1 500 personnes… La plupart de ces personnes sont les familles et les descendants de ces irréductibles francophones qui sont à l’origine de la création du village de Beaumont vers la fin du 19e siècle. D’autres sont de jeunes familles franco-albertaines, québécoises et acadiennes venues s’installer à Beaumont en quête d’un endroit tranquille pour vivre dans une région fertile en emplois de toutes sortes, à proximité d’un aéroport international permettant des déplacements assez faciles vers, entre autres, Fort McMurray. D’autres encore sont des nouveaux arrivants en terre canadienne en provenance du Congo, du Sénégal, de l’Algérie, de la France et de la Belgique… Enfin, il y a les rêveurs comme moi qui espéraient échapper aux réalités associées à une ville métropole tout en appréciant voir des vaches et des chevaux en milieu rural chaque matin… Bof, cela est une autre histoire….

Là où je veux en venir c’est l’importance que peut avoir la contribution d’une école au développement d’une communauté. Dans une communauté en situation linguistique minoritaire, et ce encore plus particulièrement dans l’Ouest canadien, l’école est à la base de ce qui définit une communauté. L’école est un service public qui, par la force des choses, est une pierre angulaire sociétale ; l’école se doit donc d’être réfléchie dans sa globalité, dans le cadre d’une réflexion communautaire.

Tout cela ne veut pas faire sous-entendre que la langue française n’a jamais eu sa place à Beaumont ! Toutes les écoles situées sur le territoire de la ville de Beaumont sont d’excellentes écoles d’immersion française. Il n’est pas rare pour mes enfants, qui sont francophones, de se faire inviter à jouer par d’autres enfants de Beaumont, parfaitement bien éduqués en immersion française et fiers de pouvoir pratiquer leur deuxième langue…

Et c’est ce point de deuxième langue qui fait toute la différence… Quand on pense à une école, on doit penser à une certaine appropriation culturelle, on doit penser à la construction identitaire, on doit penser à la création d’un sens d’appartenance à sa communauté. Ce sont ces concepts qui ne se retrouvent pas dans une école d’immersion française où l’enseignement est entièrement axé sur l’apprentissage d’une langue seconde.

Il y a des francophones à Beaumont, oui, mais est-ce une vraie communauté ? J’y habite depuis presque dix ans et comme bien d’autres, j’étais surpris de voir la soixantaine de parents intéressés lors de la rencontre inaugurale pour une école francophone. Les francophones de Beaumont se sentent isolés sans de vraies raisons de se rassembler. Un grand nombre de parents envoient leurs enfants à l’École Sainte-Jeanne-D ‘Arc à Edmonton (comme moi !) et, en ce faisant, ne créent pas de vrai lien avec la ville de Beaumont où ils ont pourtant choisi de vivre. D’autres parents envoient leurs enfants dans des écoles d’immersion à Beaumont afin de leur éviter le va et vient quotidien en autobus vers l’école francophone à Edmonton.

L’école francophone à Beaumont est au cœur d’un vrai projet de développement communautaire car elle deviendra un point de rassemblement, un centre de création identitaire par excellence. Une école francophone permettra de s’ouvrir sur le monde francophone par l’entremise d’une augmentation du sens d’appartenance à la francophonie locale. Ce sera un outil de rassemblement qui s’ouvrira aux parents, à la communauté, à la ville de Beaumont… Je sais, je sais… trop de vocabulaire d’ancien fonctionnaire fédéral… Toutes mes excuses!

Le projet d’une école francophone à Beaumont est accompagné de deux projets parallèles : la création d’une garderie francophone et la création d’une prématernelle francophone. Trois projets qui s’imbriquent bien l’un dans l’autre car ils sont inséparables. Avec l’ouverture d’un nouveau centre communautaire à Beaumont en septembre 2015, un espace de 6 000 pieds ² carrés y est déjà réservé pour une garderie qui sera soit entièrement francophone ou bilingue, répondant ainsi aux rêves d’un grand nombre de parent beaumontois.

L’école est un véritable fer de lance communautaire et il essentiel de la percevoir comme un lieu de cohésion sociale. À Beaumont, c’est un projet qu’il faudra habiller solidement afin qu’il puisse bien porter les aspirations d’une communauté entière et en assurer l’épanouissement…


La francophonie albertaine perd un de ses architectes le 29 décembre 2013.

1-Eugene_Trottier

Qu’est qu’un architecte communautaire ? C’est tout d’abord une personne convaincue, en quelque sorte, plus qu’un partisan mais bel et bien un ardent artisan de l’avenir de sa communauté. Eugène Trottier savait porter et partager sa vision communautaire. Toujours à l’affut des changements dans sa communauté, il a su influencé la francophonie albertaine tout en la naviguant, sans grands coups de barre, vers une plus grande ouverture et une meilleure compréhension d’elle-même.

Eugène Trottier est né le 30 juillet 1922 à Saint-Denis d’Anjou en France. Arrivé en Alberta en 1952, il s’installe à Edmonton après être passé par Legal, petite municipalité située à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale albertaine. Premier salarié de l’Association canadienne-française (ACFA), Monsieur Trottier a passé une bonne partie de sa vie, soit une trentaine d’années, à travailler au service de sa communauté d’adoption.

A l’époque, l’ACFA, organisme porte-parole de la francophonie albertaine, était en quête de membres. En sillonnant les quatre coins de la province, Eugène Trottier était l’émissaire parfait. Que ce soit à Saint-Isidore ou Falher dans le nord-ouest de la province, ou Saint-Paul ou Bonnyville, dans le nord-est, ou encore à Calgary, tout le monde le connaissait. En janvier 2013, j’ai eu l’honneur de participer au 40e anniversaire du bureau régional de l’ACFA à Saint-Paul et les éloges fusaient toujours de toutes parts pour la contribution qu’avait apporté ce grand architecte communautaire à la région de Saint-Paul.

Eugène Trottier a prit sa retraite bien méritée au début des années 80.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Monsieur Trottier à plusieurs reprises. Pour lui, j’étais « Patrimoine », faisant référence à mon ancien emploi au Ministère du Patrimoine canadien. « Ah, Patrimoine, comment vas-tu ? », me disait-il. Même s’il connaissait mon nouvel emploi à l’ACFA, j’étais toujours « Patrimoine »…

Puisque je siège au conseil d’administration d’un organisme humanitaire, Ubuntu Edmonton, avec sa fille Lisette, j’ai eu l’occasion de le revoir à plusieurs reprises lors d’activités de levées de fond et lors d’assemblées générales annuelles. « Ah, Patrimoine, je suis content que tu sois avec Ubuntu », me répétait-il. Nous discutions des divers projets reliés au Centre César et de Nicole Pageau, une dame pour laquelle il avait beaucoup de respect.

Le dernier entretien que j’ai eu avec lui était lors de son 90e anniversaire. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, j’avais hésité de m’y rendre. Je ne voulais pas que l’image de l’homme que je connaissais, que je voyais un peu comme mon mentor communautaire soit immuablement changée en celle d’un homme qui avait atteint le bout de son chemin… Tel ne fut pas le cas… Je retrouvai un homme en pleine possession de ses moyens intellectuels, un homme rempli de fierté d’avoir toute sa famille et ses amis autour de lui… Je me suis agenouillé à ses côtés et nous avons eu un entretien d’une vingtaine de minutes sur les nombreux dossiers de l’ACFA.

C’était un homme volubile, généreux et gentil, enthousiaste, possédé d’une disposition toujours ensoleillée, prêt à partager ses connaissances et toujours en quête de nouvelles…

Merci Monsieur Trottier pour tout ce que vous avez contribué à la francophonie de votre dernière patrie, l’Alberta…


L’épopée franco-albertaine…

Lorsque l’on parle de l’histoire de la francophonie albertaine, le sujet dépasse parfois l’imagination… Que ce soit l’histoire des premiers Voyageurs et coureurs des bois, en passant par l’arrivée des premiers pionniers, et la participation des francophones albertains aux grandes guerres du 20e siècle, au luttes pour la gestion scolaire des années 1990 ; c’est une histoire qui mérite d’être célébrée, racontée, chantée, louangée (ok, je m’emporte)… mais surtout enseignée…

Lorsque je suis assis à ma table le matin en grignotant ma toast au beurre de pinottes, c’est l’apport de l’histoire de la francophonie albertaine qui me permet d’écouter l’illustre Rudy Desjardins, animateur de l’émission radiophonique matinale de Radio-Canada ; de lire mon hebdomadaire franco-albertain préféré (ok, ok… je sais qu’il n’y en a qu’un…) tout en écoutant mes enfants se préparer pour leur journée scolaire en français.

En effet, les luttes des années 1940 pour la radio francophone en Alberta ont éventuellement mené Radio-Canada à acheter la radio qui fut implantée en 1949. Le journal Le Franco, issu du journal La Survivance, célèbre cette année ses 85 ans d’existence. En ce qui concerne l’éducation en français en Alberta, mes enfants en profitent suite à l’obtention de la gestion scolaire francophone en 1991.

Les connaissances que nous apporte l’histoire sont essentielles car non seulement elles répondent à certaines questions existentielles (D’où viens-je? D’où viennent mes collègues? Pourquoi suis-je minoritaire? Crystal Plamondon vient-elle vraiment de Plamondon? Etc.), mais aussi nous expliquent l’engouement que nous avons pour le développement de notre communauté et notre survie linguistique. L’histoire nous indique le trajet que nous avons déjà parcouru en tant que communauté de « langue officielle en situation minoritaire (les guillemets soulignent le fait que j’abhorre cette expression avec une passion dépassant largement les normes…) mais aussi, en une certaine mesure, une stratégie qui nous préparer à l’avenir. Connaitre son histoire et celle de sa communauté n’a jamais fait de tort à quiconque…

C’est le 30 novembre 2013 que la nouvelle Société historique francophone de l’Alberta tenait sa toute première Foire de l’histoire. Établie en septembre 2012 (donc toujours flambant neuve !), cette société complète présentement un inventaire non seulement des programmes et services disponibles au sein du secteur historique francophone en Alberta mais aussi un inventaire du patrimoine actuel (édifices, livres, musées, etc.). La Foire ciblait aussi l’identification de certaines priorités pour la petite dernière des associations francophones.

Tel que mentionné dans le premier paragraphe (vous pouvez vérifier…), le sujet est énorme… Ou commencer ? L’histoire des francophones en Alberta remonte à 1743 lorsque les fils de Pierre Gaulthier de Varennes, sieur de la Vérendrye découvrirent les montagnes Rocheuses. Je me suis toujours demandé où étaient ces mêmes montagnes en 1742… Ce fut ensuite l’époque des voyageurs et coureurs de bois qui, pour la plupart, ne sont venus dans nos contrées que pour appauvrir la diversité faunique et élargir le pool génétique local avant de rentrer chez eux… Née en 1780, Marie-Anne Lagimodière (née Gaboury), est réputée comme étant la première femme blanche née dans ce qui est aujourd’hui l’Alberta (impossible à confirmer, j’y étais pas). De 1800 à 1875, diverses congrégations religieuses sont venues partager la Bonne Nouvelle avec les populations locales qui n’en demandaient certainement pas tant… Ces congrégations religieuses sont à l’origine des fondations de nombreuses communautés francophones éparpillées à travers la province : Saint-Albert (qui célébrait son 150e anniversaire en 2011), Legal, Saint-Paul, etc. L’arrivée de nombreuses familles canadienne-française et franco-américaines contribua énormément au développement de l’Alberta… Et, ensuite… bon, je ne vais pas faire l’encyclopédie de l’histoire francophone en Alberta… Il existe d’excellents livres sur le sujet par, entre autres, France Levasseur-Ouimet et Nathalie Kermoal.

Outre la narration des divers faits historiques et personnages peuplant l’histoire de la francophonie en Alberta, comment prioriser un secteur si vaste ? La crainte de perdre des vestiges historiques a mené à des discussions intéressantes sur la nécessité de savoir archiver. En effet, il est fort probable que des documents d’histoires languissent dans des boites oubliées dans des garages, mansardes et sous-sols. Comment suffisamment intéresser les gens à l’importance de l’histoire pour qu’ils se mettent à fouiller chez eux et archiver ce qui pourrait s’avérer être utile ? Le hic qui était apparent lors de la Foire est que le concept de ce qui est « histoire » est méconnu. L’histoire ne se limite pas à ce qui a été réalisé par nos ancêtres mais peut aussi comprendre ce qui s’est passé hier…

De plus, et c’est mon gros grain de sel, l’histoire se limite aux grands de ce monde et ne tient pas compte des vies de Monsieur et Madame Toutlemonde qui pourtant ont bel et bien vécu eux aussi. De grands hommes tels que l’investisseur J.H. Picard et le juge Charles Borromée Rouleau avaient des épouses et contemporains. Les seules traces de ces personnes se retrouvent dans nos cimetières et pourtant ils ont bel et bien vécu, travaillé, fondé des familles, et contribué eux aussi à leurs communautés…

Nous faisons tous partie de l’histoire car chaque journée se fond en une autre et qu’elles sont toutes remplies d’impacts divers… L’appréciation de l’histoire francophone en Alberta ne doit pas être une activité passive… Longue vie à la Société historique francophone de l’Alberta !


S’Outiller pour sa communauté en Alberta…

En milieu minoritaire francophone au Canada, croyez-moi, les formations en compétences reliées au travail sont assez rares. En Alberta, plus particulièrement à Edmonton, il est probable que la communauté francophone devra dire « au-revoir, ce fut un plaisir ! » au Centre collégial de l’Alberta. Pour des raisons que j’essaierai peut-être de décortiquer dans un blog futur, le robinet du financement qui était entre les mains de l’Université de l’Alberta s’est resserré. Il y a bien sûr, le campus francophone de l’Université de l’Alberta, situé au cœur du quartier francophone d’Edmonton mais ce sont des cours universitaires distincts et, d’ailleurs, même là aussi, le robinet vient de commencer à se resserrer…

C’était donc dans le cadre de cette réalité que se tenait, il y a quelques jours, la huitième édition de « S’Outiller pour sa communauté ! ». Chaque année, en novembre, et ce depuis 2006, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) offre une série d’ateliers et de mini-conférences et tente ainsi, tant bien que mal, à répondre aux besoins en formation exprimés principalement par les organismes communautaires. Fiers d’être le seul organisme communautaire à présenter une telle série d’ateliers en français dans l’Ouest canadien, l’ACFA offrait cette année, entre autres, une conférence sur le « fundraising » ; des ateliers sur la médiation, sur les entreprises sociales, sur la gestion des ressources humaines, sur les médias sociaux, et sur les droits de la personne en milieu de travail….

Quoiqu’il soit vrai que la participation à ces séries d’ateliers fluctue d’une année à l’autre en fonction des choix d’ateliers offerts, il y a toujours un noyau d’employés œuvrant au sein des OSBL francophones qui reviennent année après année. Presque la moitié de ces employés se sont déplacés vers Edmonton pour profiter de ces formations, certains venants même de Lethbridge (450 km) et Fort McMurray (600 km).

Toujours en quête de créativité et d’innovation, les organismes communautaires francophones en Alberta, comme c’est le cas partout d’ailleurs, évoluent de plus en plus dans un secteur totalement devenu dépendant sur le savoir. Vu la rapidité à laquelle notre monde évolue, les communautés francophones canadiennes en situation minoritaire se doivent d’identifier des stratégies d’acquisition de compétences et de connaissances afin de s’adapter à ce nouveau contexte.

La contribution des organismes communautaires à « S’Outiller » est fabuleuse ! Des organismes œuvrant dans le secteur de la petite enfance ou dans le secteur économique offre gratuitement des ateliers ; tandis que d’autres partagent leurs locaux afin que ces ateliers puissent être logés. Ces rapports synergiques communautaires sont au cœur du succès de « S’Outiller ». Cette série annuelle d’ateliers se doit d’être poursuivie car, étant déjà l’unique option du genre dans l’Ouest canadien, la communauté francophone ne peut pas se permettre de la perdre… Toutefois, afin de ré-énergiser l’événement, il serait sage de soutenir le développement de nouvelles synergies communautaires…

L’an prochain, je continuerai à m’outiller…


Falher – une communauté en quête de soi…

En empruntant l’Autoroute 43 dans le nord-ouest de l’Alberta, la distance entre Edmonton et Falher est de 431 km, donc, une petite randonnée en voiture d’environ 4 heures et demie. Si l’on rajoute certains « ingrédients » tels que de la pluie, de la glace, une ou deux tempêtes de neige, un orignal de mauvaise humeur, etc. – la randonnée devient alors un périple de presque huit heures…

Falher, petite localité du nord-ouest albertain, avec ses 1 100 habitants, fait partie de la région de Rivière-la-Paix. Falher est, sans contredits, la capitale nationale du miel au Canada. Nombreux sont les touristes qui se déplacent pour se faire photographier à côté de l’abeille géante, cette fière représentante de la famille des Hyménoptères (et hop, tous à vos encyclopédies !) est, aussi sans contredits, la plus grosse abeille au monde. Selon ma recherche rapide sur Internet, Falher, par l’entremise de ses 48 000 ruches, produit plus de 4,5 millions de kg de miel… de quoi bien se sucrer le bec! Chaque année, en juin, le Festival du miel célèbre l’importance accordée à cet élixir des dieux…

Y avait autrefois une émission de télé américaine ; Cheers ! C’était une comédie dont les scénarios se déroulaient dans un pub où « tout le monde connait ton nom »… Falher, c’est un peu cela… un charmant endroit où tout le monde se connait et où on est toujours heureux de se revoir…

Falher est une des quatre municipalités officiellement bilingues en Alberta ; les autres étant Beaumont, Legal et Plamondon. Il n’est pas rare d’y entendre des accents qui trahissent gentiment les origines québécoises des locuteurs locaux. Fondée en 1912 par le Père Constant Falher et des pionniers originaires du Québec et de la Nouvelle-Angleterre, la ville de Falher a aussi profité d’une migration importante de Beaucerons et de Bleuets (Lac-Saint-Jean) entre les années 1950 et 1980. Certaines familles francophones locales en sont donc à leur cinquième génération en tant que fiers Albertains.

Pourtant, l’image de paisible ruralité qui se dégage de Falher, les sourires et la joie de vivre de ses habitants ne cachent pas complètement l’inquiétude qui règne au sein de ses associations communautaires francophones. Suite à des déchirures pas encore complètement cicatrisées remontant à l’époque de l’obtention de la gestion scolaire francophone en Alberta en 1991(écoles francophone versus écoles d’immersion), à l’impact du dépeuplement rural au profit des centres urbains, et au vieillissement de sa population, Falher, tout comme d’autres communautés francophones albertaines, dites traditionnelles du nord-ouest et nord-est de la province, traverse une période de remise en question communautaire. Cette dernière se caractérise par une impression d’un certain désengagement envers la communauté et d’un manque d’énergie à consacrer au développement communautaire.

Un engagement communautaire axé sur les acquis sous-entend une appropriation des enjeux dans une quête commune de solutions. Un engagement communautaire se traduit par une collaboration s’inspirant d’une synergie qui se ressource dans les forces de tous et chacun. Quoique la participation aux activités communautaires à Falher n’est pas l’enjeu comme tel, de graves lacunes au niveau de l’atteinte de résultats stratégiques communautaires concrets est indicatif d’un besoin de remise en question. En d’autres mots, même si un nombre important de membres de la communauté participent à une activité, cela se fait plus par habitude que par conviction d’engagement communautaire.

De plus, un manque de relève au sein des organismes communautaires locaux, accentué par l’exode continu de la jeunesse vers des plus grands centres tels que Grande Prairie et Edmonton contribue non seulement à un vieillissement de la population locale mais aussi à une remise en question des rôles que détiennent les organismes communautaires au sein de la population locale…

Ce phénomène n’est pas unique à Falher puisqu’il touche d’autres communautés touche plusieurs communautés (Saint-Paul, Plamondon, etc.). La quête d’une solution à Falher était en évidence lorsque j’ai eu récemment l’honneur d’animer un atelier sur la gouvernance communautaire. En fait, comme c’est souvent le cas, tout est une question d’objectifs et de marge de manœuvre. Les participants représentaient toute une gamme d’organismes francophones locaux en quête de renseignements supplémentaires en gouvernance communautaire… un pas dans la bonne direction…

Toutefois, il est évident qu’une seule rencontre ne produira pas un contexte qui règlera tous les enjeux rattachés au développement de la communauté francophone de Falher. Cette rencontre devra faire partie d’un processus continu de mobilisation communautaire. Tous les membres d’une communauté ont le droit de se sentir valorisé dans un cadre de développement communautaire. Lorsque ceci deviendra réalité, il sera possible d’apporter des changements positifs aux structures communautaires, aux politiques et aux attitudes qui façonnent la vie en société.