Kpelly

« Ah Zidane ! » ou l’ininterrompue danse de Faure Gnassingbé

Zinedine Zidane (Crédit photo: Oleg Dubyna)

Depuis hier, suite à l’inattendue démission de Zinedine Zidane à la tête de l’équipe du Real de Madrid, on lit beaucoup de Togolais faire un rapprochement entre le geste de la star du foot français et le président togolais Faure Gnassingbé. Ils demandent au second de prendre exemple sur le premier en quittant les choses à temps. Cette comparaison paraît tirée par les cheveux.

Zidane, à qui tout ou presque réussit, fait partie de ces humains que les victoires ont poussés à avoir un sens très élevé de l’honneur. Malgré toutes les raisons qui peuvent se cacher derrière sa démission, les humains que nous sommes savons que Zidane a décidé de quitter cette équipe sur la gloire qu’il y a laissée au lieu d’y rester pour finir par affronter d’inévitables défaites. Car la vie a toujours eu ce poisseux caprice de finir par nous humilier sur les lieux des victoires que nous persistons à ne pas quitter assez vite.

Interrogeons l’Histoire et nous verrons que les hommes qui ont tranquillement quitté  au moment où on ne s’y attendait pas sont généralement des héros préférant s’en aller avec l’auréole qu’ils ont autour de la tête plutôt que de finir par la perdre en restant. Nelson Mandela s’est contenté d’un mandat présidentiel en Afrique du Sud après avoir convaincu le monde de son combat contre l’apartheid. Au Ghana, tout près du Togo, J.J Rawlings a, sans tapages, laissé le pouvoir, déifié par les Ghanéens, après avoir démocratisé le pays.

« A force de vouloir continuer à danser, même le meilleur danseur finit par se retrouver sans acclamateur », dit le proverbe éwé-mina. Oui, mais si le danseur est mauvais et n’a pas d’acclamateur, que perd-t-il en s’entêtant de rester ? Rien. Si ce n’est, au contraire, l’espoir qu’il a qu’en continuant de danser, il finira par avoir un, deux, quelques acclamateurs pour le féliciter et, qui sait, l’admirer.

Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir dans un festin de félins, dans le sang d’un millier de Togolais, défendant ce pouvoir depuis 15 ans tel une hyène, sur les charognes des Togolais, n’a jamais eu aucun honneur à défendre, aucune auréole qu’il met en jeu en s’entêtant de rester. Le mauvais danseur, sans acclamateur, continuera plutôt de danser avec l’humain espoir de finir par être accepté, en oubliant, hélas, que le régime qu’il représente porte en lui-même les graines de la haine que lui vouent les Togolais, et que plus il restera plus l’adversité des Togolais montera contre lui.

Non, le mauvais danseur togolais ne mettra pas fin de son plein gré à son tango de la mort, comme nous voulons le rêver.  Il a déjà subi toutes nos humiliations, nos haines, nos injures… notre désaveu. Il danse maintenant avec le rêve de devenir ordinaire, trivial à nos yeux, pour que nous finissions par le laisser. C’est à nous, Togolais, de le faire sortir de la piste de danse par tous les moyens. Tous.


De cet outrage au chef de l’État dont on accuse Patrice Nganang

L’écrivain et universitaire camerounais Patrice Nganang

On lit, ici et là sur Internet, des textes soutenant l’arrestation de l’écrivain et universitaire camerounais Patrice Nganang, il y a six jours à Douala. Il serait accusé d’outrage et de menaces de mort contre le chef de l’Etat.  Patrice Nganang a en effet publié un texte sur sa page Facebook dans lequel il menace de donner une balle « exactement dans le front » de Paul Biya s’il se retrouve un jour en face de lui avec un fusil.

Sortons de nos lâches mensonges ! L’outrage au chef de l’Etat et aux institutions de la République ne tient la route que dans des pays où ces institutions en valent la peine. Le respect dû à ces institutions est lié au fait qu’elles émanent, dans les Républiques démocratiques, de la volonté du peuple souverain.

Mais dans des républiques bananières, ordurières et démissionnaires comme le Cameroun, le Togo, les deux Congo, le Gabon, le Tchad… où ces institutions ont été usurpées depuis des décennies par des gangs sanguinaires contre la volonté des peuples, leurs représentants ne méritent aucun respect, et doivent, au contraire, être vilipendés et combattus par tous les moyens.

Nous feignons de nous indigner. En réalité nous avons été conditionnés par nos dictatures de feindre de nous indigner devant une injure ou une menace lancée contre nos chefs d’Etat. Nous faisons semblant de ne pas comprendre que la présence même de ces individus à la tête de nos Etats est une injure séculaire lancée à nous en plein visage. Nous critiquons un écrivain qui menace de mort un chef d’Etat ayant hypothéqué toute perspective de développement de son pays depuis plus de trente ans, sans comprendre que le fait que ce vieux tyran s’accroche au pouvoir est une mise à mort de millions de jeunes, d’adultes et de vieux de son pays.

Nous nous indignons, nous pleurons devant les images de nos frères vendus en Libye comme esclaves, sans oser nous avouer que c’est la calamiteuse gestion de nos pays, orchestrée par Paul Biya, Sassou Nguesso, Joseph Kabila, Faure Gnassingbé, Ali Bongo, Idriss Deby… qui a conduit les jeunes de leurs pays à ce suicide et que ces gens-là ne méritent que notre mépris et notre haine.

Ma position personnelle sur ce sujet est tranchée depuis longtemps. Faure Gnassingbé – celui qui se dit président de mon pays, le Togo, depuis 12 ans – ,qui a fait tuer un millier de Togolais pour accéder au pouvoir en 2005 et qui en tue chaque jour pour se maintenir au pouvoir, ne mérite et ne méritera jamais aucun respect de moi. Et le jour où j’apprendrai qu’il a crevé (à défaut d’avoir l’occasion de me retrouver devant lui avec une arme pour lui loger une balle « exactement dans le front»), le jour où j’apprendrai que ce tyran ne sera plus qu’un défunt, je ne verserai même pas une brindille de larme sur sa dépouille, au contraire, je lèverai une coupe en signe de respect pour la mort.


Faure Gnassingbé, autopsie d’un corps à la Présidence

Faure Gnassingbé

 

Aujourd’hui, notre Président est mort. Ou peut-être hier ou avant-hier ou il y a une semaine, je ne sais pas*. Ce qui est sûr, depuis le 07 septembre 2017, les Togolais ont décidé, après douze ans de cris de douleurs, de lamentations, de supplications, de marches de protestation, les Togolais ont, fatigués de crier à l’aide à une communauté internationale qui les ignore, de débrancher la dernière poche d’oxygène qui permettait encore au fils du sanguinaire Eyadema de respirer sur son fauteuil hérité : la terrorisation du peuple.

Il est fréquent, récurent qu’en Afrique, sanctuaire des présidents mal élus, les peuples marchent pour protester et faire respecter leurs voix. Il est banal qu’on y marche pour les mêmes raisons qui poussent dans les rues les peuples ailleurs dans le monde : dénonciation de la vie chère, augmentation des salaires, amélioration du service public, rejet de la corruption, du népotisme, de l’injustice, de l’insécurité…

Mais qu’un million de citoyens sur un peuple de six millions sortent dans la rue dans toutes les grandes villes du pays, un jour ouvrable et ouvré, malgré l’impressionnant dispositif policier et militaire déployé pour les intimider, dans un pays où la police, la gendarmerie et l’armée ont pris le goût de tirer sur les manifestants à chaque manifestation, que tous les citoyens vivant hors du pays, notamment en Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres pays d’Afrique manifestent simultanément pour scander comme unique slogan la démission de celui qui leur a servi de Président depuis 2005, les Togolais ont réussi à franchir le cap où un dirigeant, aussi cynique soit-il, cesse réellement de vivre.

Ces Togolais humiliés depuis cinquante ans par ce qui est devenu ce que l’on peut appeler, sans hyperbole, une dynastie, bravant la coupure d’Internet, des réseaux sociaux et des SMS dans le pays par le gouvernement, ont fait l’impossible pour envoyer au monde entier les images de leur bravoure, eux qui pendant deux jours consécutifs ont marché sous le soleil durant toute une journée, et se sont couchés sous la pluie sur les voies publiques la nuit, décidés à y rester jusqu’à la démission de leur pestiféré président, avant que la barbarie faite policiers, gendarmes et militaires ne vienne les disperser à coups de gaz lacrymogènes, les poursuivant et les frappant jusque dans leurs chambres.

Faure Gnassingbé qui, depuis 2005 où son armée l’avait intronisé dans le sang d’un millier de Togolais à la mort de son père après 38 ans de règne sans partage, Faure Gnassingbé qui depuis sa lugubre intrusion dans la vie des Togolais n’a jamais bénéficié ni de l’amour ni du respect de ce peuple, a perdu l’auréole de peur dont ses militaires, gendarmes et policiers l’avaient entouré. Les lambeaux d’autorité que continuait de lui conférer sa soldatesque se sont envolés. Le roi est désormais nu, ensanglanté, transpercé de partout par les injures, les menaces, la rage et la haine de son peuple, hué dans les monde entier par les médias et les grandes voix de la politique africaine dont l’emblématique ancien président ghanéen J.J. Rawlings. Mort, le roi.

Que fait un leader sensé, gardant au fond de lui la moindre trace de dignité, quand il se sent ainsi détesté, rejeté et renié par ses administrés ? Il jette l’éponge, disparaît sur la pointe des pieds, la queue entre les jambes, tel un chien indésirable chassé d’un coup de pied par son maître. Les plus fiers se logent une balle dans la tête pour ne plus jamais ouvrir les yeux sur leur cauchemar.

Mais que fera Faure Gnassingbé ? Il restera, digne fils de son père, accroché à ce fauteuil qui lui a été donné comme un cadeau d’anniversaire, et sans lequel il ne lui est pas possible d’imaginer une autre vie, jusqu’à ce que le peuple, qui ne veut plus baisser la tête, qui ne baissera plus la tête, mette la main sur lui et se rende compte, médusé, que le tyran était mort depuis le 07 septembre 2017. Mort de sa suffisance, mort de son arrogance, mort de son cynisme, mort de son jusqu’auboutisme.

*  Inspiré de l’incipit du roman « L’Etranger » d’Albert Camus : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »


Togo : le devoir de dissidence

Manifestants au Togo (Août 2017)

Des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants manifestant le ventre vide et les gorges asséchées, la tête en feu, défiant les jets d’eau chaude, de gaz lacrymogène, les balles, les coups, même la mort. Des pères et mères, des vieillards, des femmes enceintes, des handicapés, des malades, battant le pavé sous le soleil et la pluie durant toute une journée, plusieurs jours consécutifs des fois, prêts à passer la nuit couchés à même le sol, à la belle étoile, sur les voies publiques.

Peuple Togolais, voilà tes exploits. Tes travaux. Voilà, peuple togolais, ta routine, le rocher que tu roules depuis plus de 25 ans, depuis que tu t’es réveillé de la léthargie dans laquelle t’a plongé l’ogre qui, depuis 1967, se nourrit de ton sang, de ta chair, de tes os, de ton sourire, de ta paix, de ton bonheur. 25 ans, peuple togolais, qu’on te fait jouer Sisyphe, que tu ahanes pour pousser le rocher de ta servitude jusqu’au sommet de la colline, avant qu’on ne le repousse, t’intimant l’ordre d’aller le remonter.Mais, peuple togolais, contrairement au mythologique Sisyphe figé dans le temps, transcendant les siècles, les générations et les mémoires avec son rocher qu’il roule indéfiniment, tu es, toi, assujetti aux cruelles lois de la réalité, avec un temps qui passe et qui te vieillit, t’use, t’affaiblit et t’humilie. Contrairement à Sisyphe fait mythe par son échec de ne jamais avoir réussi à pousser son rocher à bon port, l’histoire ne te retiendra pas, toi, pour ton échec. Au mieux elle t’oubliera, au pire elle te gardera pour te donner en mauvais exemple.

Et, contrairement à Sisyphe puni par les dieux, tes bourreaux, toi, peuple togolais, qui t’ont depuis 25 ans condamné au perpétuel recommencement, ne sont pas des dieux. Ils sont des hommes, comme toi. Armés de toutes les formes de pouvoir, de violence et de répression contre toi, mais toujours des humains, avec leur part de peur, de fragilité et de faiblesses. Ils ont tué tes enfants, ton père, ta mère, tes frères et sœurs, envoyé tes amis en exil, ils t’ont mutilé, mais ils restent des humains, même parés de toutes leurs armes.

Peuple togolais, tu es, aujourd’hui, dans la situation d’un animal ligoté avec un couteau sur la gorge. Tu n’as donc rien à offrir dans cette bataille que l’énergie de ton désespoir. Et c’est cette énergie du désespoir qui pousse la bête ligotée à se débattre même en sentant le couteau de son bourreau sur sa gorge qui doit te pousser aujourd’hui à rentrer en dissidence.

Dissidence contre ce régime qui de père en fils t’a exploité, pillé, avili et humilié depuis cinquante ans. Dissidence, de près ou de loin, contre tous les symboles, toutes les représentations, toutes les manifestations de ce régime, à commencer par celui qui le dirige. Dissidence physique et verbale, dissidence démesurée, outrée et ininterrompue contre tout ce qui te reflète ce régime et qui, au fond, ne te reflète que ton sang dont il s’est nourri depuis un demi-siècle. Dissidence contre toute personne, toute institution, tout pays, tout média qui soutient, même avec des mots voilés, ce régime.

Dissidence contre ces militaires, policiers et gendarmes affamés mais déshumanisés qui tirent sur toi quand tu cherches à leur expliquer qu’ils ne méritent pas le bagne dans lequel ils sont traînés. Dissidence contre ces députés qu’on dit te représenter mais dans lesquels tu ne t’es jamais retrouvé. Dissidence contre ces ministres que tu paies mais qui passent par tous les moyens pour te déposséder de ton pécule. Dissidence contre tous les journalistes qui d’une main écrivent et de l’autre encaissent la somme à laquelle ils t’ont vendu.

Dissidence contre la France qui pleure toutes les larmes de son corps quand un de ses citoyens est tué mais reçoit avec les honneurs dignes d’un héros le potentat qui a assassiné des centaines de tes fils en 2005 après les milliers assassinés par son père. Dissidence contre la CEDEAO et ses faux négociateurs qui prétendent essuyer tes larmes avec une main par laquelle ils ont mangé ta chair.

Peuple togolais, tu n’as jamais voulu la désobéissance, la révolte, mais on t’y a poussé. Tu dois désormais désobéir, te révolter, pour survivre. Tu ne peux plus faire semblant de ne pas voir que tu dois entrer dans une dissidence perpétuelle jusqu’à la chute de ce régime, feindre de ne pas voir que tu es en train d’entrer dans l’histoire avec un poisseux sceau de l’échec à jamais gravé sur ton front. Tu connais désormais le seul mot, le seul mantra pour ta survie : dissidence ! Absolument !


Monsieur Ouattara, votre sécurité ne vaut pas la vie de cent personnes

Alassane Ouattara

Monsieur Ouattara, je suis un citoyen togolais, voisin et frère de la Côte d’Ivoire, le pays que vous dirigez depuis six ans. Permettez-moi, tout d’abord, de vous souhaiter beaucoup de courage dans la gestion de toutes ces mutineries qui embrasent votre pays depuis un certain temps. Vous êtes, aujourd’hui, dans la posture d’un père de famille condamné à vivre sous le même toit avec des enfants ayant sombré dans le grand banditisme et pouvant prendre les armes contre lui n’importe quand. Mais passons, vous auriez dû y penser quand vous faisiez appel à des bandits, des drogués, des gangsters et des rebelles pour vous aider à prendre le pouvoir.

Monsieur Ouattara, je vous écris par rapport à une situation vécue le dimanche 25 juin 2017 dans un avion de la compagnie Air Côte d’Ivoire en partance de Lomé pour Abidjan. Il sonnait 09H25 minutes. Nous étions une centaine de passagers installés dans un bombardier de la compagnie aérienne ivoirienne, quand on nous informa que notre décollage allait prendre une vingtaine de minutes de retard, l’aéroport d’Abidjan étant fermé pour raisons de sécurité à cause d’un voyage présidentiel.

Je ne vous reporterai pas ici toutes les injures, les menaces, les malédictions et mauvais sorts dégainés contre vous par les passagers, des Togolais, des Ivoiriens, des Congolais, des Ghanéens, des Nigérians, des Camerounais… mais je peux juste vous confirmer une chose : vous êtes, Monsieur Ouattara, un président très détesté. Sans doute l’un des plus détesté du continent noir.

Nous avons fini par décoller après une vingtaine de minutes de retard et, sur fond de commentaires désobligeants, de railleries et de quolibets sur vous, nous arrivâmes à Abidjan. Mais au moment de la descente, on nous informa une fois de plus qu’à cause d’un retard de votre vol, l’aéroport était toujours fermé et que nous étions obligés, tout comme d’autres avions, de tournoyer dans les airs pendant une vingtaine de minutes, le temps que vous décolliez.

Branlebas. La colère des passagers contre vous, Monsieur Ouattara, devint hystérie. Une sexagénaire congolaise derrière moi sortit sa Bible et récita un chapelet de malédictions contre vous, votre famille et votre descendance. Notre petit avion à la dérive tanguait dans une zone de turbulence, certains passagers réclamant qu’on nous amène atterrir à Yamoussoukro, une autre ville de la Côte d’Ivoire, ou bien à Conakry ou Accra, des capitales africaines proches d’Abidjan. Les vingt minutes de retard devinrent trente, quarante puis cinquante. Et nous atterrîmes, enfin, les cœurs en rage, la peur au ventre, désespérés, après le départ de votre avion.

Monsieur Ouattara, nous le savons tous dans ce continent : nos humeurs, nos peurs, nos angoisses, nos inquiétudes sont le dernier des soucis de ceux qui dirigent nos pays. Mais, soyez rassuré, ce mépris, ce dégoût que vous, les dirigeants, vous nourrissez envers nous, vos administrés, est réciproque. Si nous en avions la capacité, nous aurions trouvé un moyen de ne plus jamais poser les yeux sur vous.

Donc, pour votre sécurité (puisque vous n’avez aucune confiance en nous, au point de fermer et de bloquer tout dans le pays chaque fois que vous passez ou devez voyager), construisez, vous et vos compères, des aéroports personnels loin de nous, dans des profondeurs où vous n’aurez plus à nous éviter, étant donné que vous nous suspectez de vouloir vous tuer. Construisez-les, nous le permettrons, avec l’argent public devenu votre argent, nous n’en dirons rien. Nous avons déjà vu certains d’entre vous construire des palais de milliards de francs dans leurs bourgades natales de moins de 100 habitants, des palais ayant pour seuls habitants les lézards, les rats et les serpents et autres reptiles qui s’y accouplent et y défèquent à volonté. D’autres ont allongé des routes bitumées depuis nos capitales sans routes vers les villages de leurs mères, juste pour y passer deux jours dans l’année. D’autres encore ont, avec l’argent public, c’est-à-dire leur argent, construit des hôpitaux personnels à eux et leurs familles. Un aéroport pour vous seuls, qui nous permettrait de jouir tranquillement de nos aéroports nationaux, ne serait pas un gâchis.

Parce que, Monsieur Ouattara, tant que vous et vos pairs continuerez de vous mélanger à nous autres de la tourbe, eh bien, vous n’aurez pas le choix, vous serez obligés de composer avec nous, de subir nos colères, nos indignations, nos injures, nos malédictions… chaque fois que, pour décoller, vous nous contraignez à risquer nos vies (nos vies de rien de tout, à vos yeux, mais des vies quand même) dans les airs. Car votre sécurité ne vaut pas la vie de cent personnes. Pas même celle d’une seule !

 


Non, cher Monsieur Valls, ce n’est pas à la France de croire au Togo !

valls

Cher Monsieur Valls, c’est un secret de polichinelle pour nous, Africains francophones, qu’entre nos pays et votre pays, la France, se sont tissés, depuis des décennies, des liens très étroits, très sombres, très louches, qui, au fil des ans, des décennies, malgré les dénonciations et les promesses de rupture, ne font que s’affermir.  La Françafrique, appelons l’hydre par son nom, puisque c’est d’elle qu’il s’agit.

Nous savons également, cher Monsieur Valls, que l’une des pratiques de la secte françafricaine consiste, à vous, hommes politiques français de tout bord, de gauche ou de droite, à venir sillonner les palais présidentiels de nos pays à l’approche des élections chez vous. Que venez-vous chercher chez nous durant ces périodes ? Nous ne disserterons pas sur ce mystère séculaire, même si beaucoup de langues affirment, mordicus, que vous venez y chercher des valises d’argent pour aller financer vos compagnes électorales. Mais passons, laissons vos valises et leurs contenus douteux sur vos consciences.

Cher Monsieur Valls, c’est, donc, sous le sceau officieux de la françafrique et sous celui officiel d’une tournée africaine, que vous vous êtes rendu, le 28 octobre 2016, à Lomé, au Togo pour, avez-vous dit, réchauffer vos liens avec le Togo qui pense que la France l’a délaissé. Vous avez explicité ce motif dans une déclaration : « Nous n’avons pas suffisamment porté attention à ce pays [le Togo], qui se tourne pourtant vers nous, qui attend beaucoup, beaucoup de la France. » Votre ton, cher Monsieur Valls, est si infantilisant qu’on se représente le Togo sous la forme d’un bébé rachitique et affamé, assis dans la poussière, le visage baigné de larmes et de morve, les deux bras ouverts, vous suppliant, vous et votre pays la France, de le porter sur vos cuisses pour vous occuper de lui. Mais passons toujours, l’Afrique se plaît à jouer au bébé, pourquoi la France ne se plairait-elle pas à jouer à sa mère ?

Vous avez également déclaré à Lomé, cher Monsieur Valls, que « la France croit au Togo. » Une phrase si courte, mais si chargée. Parce que ce que vous avez oublié, ou avez, par arrogance, ignoré en prononçant cette phrase, cher Monsieur Valls, c’est que le Togo est, avant tout, une propriété commune, la propriété commune d’un groupe d’hommes et de femmes qui y ont, d’une manière ou d’une autre, lié leur destin, comme vous avez lié le vôtre à la France, votre pays. Et c’est à ce groupe d’hommes et de femmes, les Togolais, de croire en leur pays. Ce n’est donc pas à la France de venir croire, par procuration, en leur pays pour eux.

C’est au jeune chômeur togolais qui, jour après jour, voyant ses diplômes vieillir, sa valeur sur le marché du travail se déprécier, s’adonne, désespéré, à l’alcool et à la drogue, de croire au Togo.

C’est à l’étudiant togolais qui se dirige, le ventre vide, vers un campus universitaire où il est beaucoup plus sûr de croiser des corps habillés cagoulés que ses enseignants, de croire au Togo.

C’est à l’élève de six ans qui suit ses cours sous un hangar de branchages tenant lieu de salle de classe, sur un bout de brique, son cahier sur les cuisses, faute de table-banc, de croire au Togo.

C’est à l’immigré togolais qui préfère mourir en terre étrangère dans des conditions difficiles plutôt que de renter dans son pays de croire au Togo.

C’est à la femme enceinte qui fait presque ses adieux à ses proches avant de se diriger vers l’un des rares centres hospitaliers que compte son pays et qu’elle voit plus comme un mouroir qu’un lieu de sauvetage de croire au Togo.

Voilà, cher Monsieur Valls, ceux qui doivent croire au Togo. Mais ils n’y croient pas, ils n’y croient plus, parce qu’il y a si longtemps que leur pénible quotidien et leur pénible vie leur ont montré qu’ils n’ont rien à attendre de ce pays, leur pays. Voilà pourquoi quand vous êtes occupé, vous, à prononcer vos discours mensongers pour vos intérêts personnels de politicien, ils ont, tous ces Togolais qui n’attendent plus rien de leur pays, la tête tournée vers votre pays, la France, qu’ils voient comme leur Eldorado.

Ils le savent, cher Monsieur Valls, que chez vous, ce ne sera pas facile pour eux, ils savent qu’ils doivent y subir un déclassement social duquel la plupart d’entre eux ne sortiront jamais, ils savent qu’ils doivent y faire face aux affres du racisme, aux humiliations de l’exil, aux morsures de la nostalgie… Mais ils sont prêts à y aller, même au prix de leur vie, quand vous, cher Monsieur Valls, serez en train de prononcer, sur d’autres tribunes, des phrases auxquelles vous ne croyez pas, faire des déclarations fallacieuses qui, vous le savez, ne vous engageront en rien, trancher sur des situations dont vous ignorez tout. Absolument tout !


Ôtez ces treillis que les Togolais ne sauraient aimer !

Militaires togolais (Crédit image: www.republicoftogo.com)
Militaires togolais (Crédit image: www.republicoftogo.com)

Qui a organisé la fête sur Internet et les réseaux sociaux ? Qui, le premier, a entonné la chanson ? Qui, le premier, l’a reprise ? Qui, le premier, a joué la musique ? Qui, le premier, a marqué des pas de danse ? Qui, le premier, a applaudi ? On ne le saura pas. Nos yeux ont seulement vu, il y a une semaine, sur les réseaux sociaux, dans les forums des sites web et partout sur Internet, des internautes togolais, beaucoup d’internautes togolais faire la fête, une vraie fête, une fête-fête.

Ils ont fêté quoi ? La mort de cinq militaires togolais, casques bleus de l’ONU, tués, le dimanche 29 mai 2016, au Nord Mali par des terroristes islamistes.

Tout a commencé, sur la Toile, à l’annonce de la macabre nouvelle, par des commentaires indifférents comme : « Bof, on s’en fout », « En quoi ça nous regarde » « Ok, on a entendu» «  Et alors ? »… puis, peu à peu, les langues se sont déliées, les rancœurs et les haines se sont libérées, la fête a, ainsi, commencé : « Bien fait pour eux, pour une fois que ce ne sont pas des civils togolais qui sont tués par leurs balles assassines », « Eux aussi ils meurent ? Mort de rire », « Cinq seulement, ce n’est rien comparé aux milliers de Togolais qu’ils ont tués », « S’ils pouvaient tous crever ainsi pour qu’on ait la paix au Togo » « C’est eux qui soutiennent la dictature togolaise non, hi hi hi, on verra bien s’ils continueront de le faire quand les djihadistes les auront tous tués »…

« Horreur ! » criez-vous ? « Pauvres de nous », que j’ai crié, moi. Ils ont réussi, ces corps habillés togolais, à nous transformer en des monstres. Des monstres pas même capables d’écraser la moindre larme, fût-elle conventionnelle, hypocrite, sur les corps de leurs frères déchiquetés dans des conditions si atroces, des monstres capables de rire, de faire la fête sur les cadavres des leurs. Nous qui, pourtant, sommes d’une culture qui respecte tellement la mort, honore tellement la mémoire des frères défunts que nous avons cette chanson que nous chantons, en larmes, durant les veillées funèbres, sur les corps de nos disparus : « Frère, nous nous querellions toi et moi tous les jours, mais je te veux mon ennemi  vivant que mort. »

Qu’est un soldat ? Un humain, un frère avec un treillis et une arme. Un treillis et une arme qu’il porte, sur serment, pour défendre et protéger ses frères contre les ennemis.

Mais quand le soldat devient celui qui pour rien tourne son arme contre ses frères, celui qui tue des dizaines, des centaines, des milliers de ses frères et les noie ou dans la lagune ou dans la mer juste pour faire plaisir à une dictature cinquantenaire familiale qui lui paie à peine son pain de chaque jour, celui qui, armé d’un fusil, d’un gourdin et d’une machette décapite ses frères qui ne réclament qu’une chose, leur dignité, celui qui piétine pour un oui, égorge pour un non, envoie en exil pour ci, mutile pour ça, quand le militaire, celui qui est censé défendre ses frères contre l’horreur devient, lui-même, horreur… quand l’armée devient le bourreau du peuple qu’elle a pour mission de défendre, le résultat ne peut être que la macabre fête à laquelle nous avons assisté, il y a une semaine, sur internet : des citoyens chantant, dansant, jubilant sur les corps de leurs frères militaires sauvagement tués, implorant le Ciel de descendre la mort sur les autres. Triste réalité : notre réalité.

Par quelle magie, quelle science, quel art, les Togolais peuvent-ils oublier toutes les victimes qu’a faites le treillis, toute la quantité de sang des Togolais que la terre togolaise a bue des mains du treillis, tous les Togolais tués et noyés en mer par le treillis, tous les Togolais décapités, mutilés, emprisonnés, envoyés en exil, réduits en loques humaines… par le treillis, surtout que pour tous ses crimes le treillis n’a jamais pris conscience, eu ni l’humilité encore moins la volonté de présenter des excuses et se repentir, qu’il continue, le treillis, au jour le jour, d’être ce qu’il a toujours été au Togo : une horreur ?

Aucune fioriture, aucun discours, aucun rapport… aucun mensonge ne peut occulter la vérité : les Togolais, l’écrasante majorité des Togolais, détestent leur armée et, d’ailleurs, tout ce qui est corps habillé dans leur pays. Le treillis ne leur rappelle que sang, que larmes, que cadavres, que cris, que  lamentations. Le treillis au Togo : que notre sang, que nos larmes, que nos cadavres, que nos cris, que nos lamentations.


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dix-septième partie)

Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)
Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)

Si tu danses pas Arafat DJ en boîte, tu danses quoi alors ?

« Ma chérie, pourquoi nécessairement y aller, en boîte de nuit, en jean plaqué et body ? Je m’y sentirai mieux en basin boubou ou en veste, c’est plus ample et aéré, tu sais toi-même que mes courbatures… » essaya de bredouiller l’inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle à sa femme. « Parce que la mode, mon bébé, tu te vois comme un vieux, Kader, mais moi Alima ta femme je ne t’ai jamais vu ainsi, tu es jeune de chez jeune, jeune choco, pas même un jeune quatre poches naviguant entre la trentaine et la quarantaine, hein, moi je t’ai toujours vu comme un jeune cinq étoiles, tout frais tout dur, allez, mon jeunot, viens m’essayer les jeans et body pour que je vois ton flow.» Elle lui déposa un baiser humide sur les lèvres et Kader Konaté n’ajouta plus un seul mot.

La séance d’essayage fut pénible, très pénible pour K2. Chaque fois qu’il réussissait, après trois ou quatre chutes manquées, à introduire ses deux jambes dans un jean plaqué, il ressentait dans son entrecuisse une forte pression du rigide tissu sur sa hernie naissante. Les T-shirts body, eux, manquaient de lui couper le souffle, lui serrant le ventre et la poitrine.

Mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les baisers sur la bouche pour réconforter son mari, K2 arriva à trouver un ensemble jean-body convenable qui lui martyrisait l’entrecuisse, le ventre et la poitrine moins que les autres. Amina.

L’essayage des chaussures « All Star » fut un cauchemar. K2 avait toujours porté des chaussures nu-pieds et ses orteils s’étaient habitués à être aussi libres que les seins d’une mère de jumeaux. Ce matin de chemin de croix donc, une fois que ses pieds disparaissaient dans les All Stars, que le vendeur, pressé de plumer ces deux pigeons venus se poser dans sa cuisine de si bonne heure, serrait les lacets, une colonie de fourmis surgissaient et commençaient à lui piquer les pieds avec frénésie, l’obligeant à hurler, demandant qu’on les lui ôte, malgré les caresses d’Alima…

Mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les caresses sur le dos, on arriva à repérer une paire de All Stars où il n’y avait pas de fourmis qui surgissaient après la fermeture des lacets, du moins pas assez. Hamdoulilah !

Le look d’enfer fut couronné par un pendentif en argent que choisit Alima. MC Kader Konaté voulut protester, dire que ce n’était pas convenable qu’il porte ça, à son âge, lui qui n’était pas rappeur, que d’ailleurs la religion musulmane ne permettait pas le port de bijoux aux hommes, que le prophète Mahomet promettait l’enfer à… que le Coran interdisait… que les sourates recommandaient… Alima, après lui avoir posé un baiser humide sur les lèvres, lui expliqua qu’un ensemble jean-body avec All Stars sans pendentif au cou, c’était aussi incomplet qu’une Sénégalaise sans perles bine-bine à la hanche, aussi approximatif qu’une péripatéticienne ghanéenne en robe courte sans string fleuri en bas, aussi terne qu’une Malienne allant au mariage sans faux cheveux, faux cils, faux ongles, faux seins…

Les trois jours précédant la grande sortie furent consacrés à l’entraînement aux danses à la mode, sur les sons qui enflammaient, ces temps-là, les boîtes de nuit bamakoises. Kader Konaté fut tour à tour initié, la chaîne de télévision Trace Africa aidant, aux pas de danse des jeunes chanteurs nigérians : Davido, Wizkid, P-Square, Tiwa Savage, Iyanya, Kcee, Flavour…

Alima lui apprit également à se défouler sur les sons Coupé-Décalé des DJ ivoiriens, avec une fixation particulière sur les shows du Zeus d’Afrique, le Deux-Fois-Koraman, le Commandant Zabra, le Yorobo 58500 volts, le Yorobo 75 800 volts, le Yorobo 10 000 000 000 255 volts… l’inénarrable, l’inimitable, l’indéboulonnable, l’intuable, l’ininsultable… Arafat DJ : « Avancez, avancez, avancez, avancez, reculez, reculez, reculez, Gborgbolor gangsta gbogborlor, yé, yé… » Tout le monde connaissait la formule en vogue dans la colonie des rats de boîte de nuit : « Si tu danses pas Arafat DJ en boîte, tu danses quoi alors ? »

Pas facile pour Kader Konaté, broyer ses vieux os et transformer en pièces détachées ses articulations dans des acrobaties aussi dangereuses, mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les massages nocturnes, Kader Konaté apprit à danser le Coupé-Décalé ivoirien et Cie. Allah soit loué !
A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (16e partie)

Boîte de nuit (Crédit image: www.senenews.com)
Boîte de nuit (Crédit image: www.senenews.com)

Un bon mari, ça va en boîte de nuit

Kader Konaté, étonné, sursauta. Lui, en boîte de nuit ? Benyamin Netanyahu, dans un long boubou, la tête voilée, priant dans une mosquée wahhabite en Arabie saoudite, aurait été dix fois moins incongru que lui, Kader Konaté, se déhanchant dans une boîte, entouré d’une foule d’adolescents surexcités par leur libido naissante.

Posément, en passant les doigts dans les cheveux d’Alima, il lui expliqua qu’il l’aimait, qu’elle savait très bien qu’il l’aimait et était prêt à tout faire, tout tenter pour lui faire plaisir, mais, sincèrement, il fallait qu’elle oublie cette histoire d’anniversaire en boîte de nuit. Il lui fêterait son anniversaire à la maison, devant le nombre d’invités qu’elle voulait. Mais en boîte, non.
La jeune fille fit une moue montrant qu’elle était complètement dégoûtée par la méchanceté de son mari qui ne voulait pas lui faire plaisir, le premier plaisir qu’elle lui demandait depuis leur mariage, alors qu’elle faisait tout, chaque jour, et surtout chaque nuit, elle caressait tout, suçait tout, écartait tout, remuait tout, avalait tout, tout pour lui faire plaisir… Non, elle était vraiment dégoûtée, elle ne savait pas que c’était ainsi que les hommes étaient méchants.

K2, au bord des larmes, la serra contre lui, lui expliqua que ce n’était pas parce qu’il ne voulait pas lui faire plaisir, mais c’était juste le lieu où elle proposait de fêter l’anniversaire qui ne lui convenait pas. Il lui précisa que la dernière fois où il était parti en boîte de nuit, ou ce qui en tenait lieu à l’époque, il ne se souvenait même plus, cela devait faire au moins quarante ans. Il était jeune. C’était l’époque où la boîte de nuit était un enclos de branches de palmiers monté à la hâte, où le DJ était celui qui acceptait d’amener dans la boîte, dans l’enclos, sa radio cassette quatre piles, où la durée de la soirée dépendait de la résistance des piles, puisque tout s’arrêtait une fois que les piles n’arrivaient plus à tourner les cassettes, où les chansons en vogue étaient : « C’est malheureux mon associé, tu m’as déçu oh mamaaaaaaaaa, en amour il ne faut jamais tricher hooooooooo » et « Sweet mother, i no go forget you, for this suffer you suffer for me yéééééé… » C’était loin. Très loin. Non, il ne pouvait pas aller en boîte.

Alima se fâcha, se dégagea des bras de son mari, tourna la face contre le mur, et commença à chanter des chansons où elle se disait une petite fille amoureuse d’un homme qui ne l’aimait pas, que si elle avait su que ce monsieur qui lui était paru si gentil le jour où elle l’avait vu pour la première fois était si méchant elle n’allait jamais accepter de l’épouser, que tous ses amis lui avaient dit de s’enfuir et ne jamais accepter cet homme mais elle ne les avait pas écoutés, qu’elle voyait maintenant les conséquences, qu’elle avait envie de se suicider…

L’inspecteur des impôts se rappela ce proverbe : « On ne prive pas d’eau un arbre qui donne de bons fruits. » Cette fille le rendait heureux. Ce n’était pas à cause d’une ou deux heures à passer en boîte de nuit qu’il allait la contrarier, la décourager dans son élan de femme sublime. Il la reprit dans ses bras, essuya les deux filets de larmes serpentant sur ses joues, et lui murmura : « Comme tu veux, ma chérie, tes désirs sont des ordres, on ira fêter ton anniversaire en boîte de nuit. » Alima poussa un grand cri de joie, fit, svelte, une brusque acrobatie, se retrouva écartée sur son mari, donna deux grands coups de reins en applaudissant et en criant « Merci mon mari, merci mon mari… » . K2 se sentit raide, tout raide, et avala une gorgée chaude de salive. Qu’Allah soit loué dans sa Miséricorde, Lui qui met les raideurs où il faut au moment où il faut. Amina.

Le lendemain, jour de shopping. Il fallait acheter les habits de la boîte. Alima choisit une petite robe courte et des escarpins d’une dizaine de centimètres. La mode. Kader Konaté voulut acheter une veste, mais la jeune femme, en riant, lui fit savoir que c’était trop ringard, aller en boîte de nuit en veste, que même les Mauritaniens et les Nigériens ne faisaient plus ça, qu’il lui fallait porter un jean plaqué et un body bien moulant pour faire choco. K2 faillit s’écrouler de stupeur en s’imaginant en jean et body… dans une boîte de nuit.

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Quinzième partie)

 Une bonne femme, ça réveille les raideurs refroidies

« Un bon cuisinier sait reconnaître un goret qui fera une bonne sauce dans le roulement de ses couilles », dit le dicton.

Kader Konaté avait déjà imaginé les folles nuits que la jeune Alimata lui procurerait. Ces deux plantureuses fesses juvéniles et rebelles que tentait vainement de maitriser un slip surchargé, des fesses qui semblaient lui crier, à lui Kader Konaté leur nouveau et sûrement leur premier propriétaire : « Kader fais vite, nous n’en pouvons plus, fais vite, paie la dot et épouse-nous, dompte-nous très rapidement, et laisse-nous te montrer ce que nous pouvons réaliser dans ton lit, épouse-nous vite, Kader… » Oui, ces fesses qui semblaient lui susurrer cette mielleuse invite. Ces perles bine bine et leur tintement tcha tcha tcha suivant les coups de reins de leur patronne. Ces deux seins durs, amandes gonflées de désir, qui n’attendaient que sa bouche pour être tétés…

Il frémit intérieurement un moment, pensant furtivement à sa chose-là, son impolie de machine intrajambaire qui lui jouait de très mauvais tours des fois, se refroidissant en pleine séance de fouille archéologique, ou qui, souvent, ô la honte, refusait de se raidir au bon moment, arrachant des jurons enragés à ses femmes allumées attendant leur becquée, leur pain nocturne. Celle-là, l’Alimata, avec ses courbes et sa croupe de star de porno slovaque, il en fallait vraiment une raideur, une bonne raideur, une raideur qui dure, pour la nourrir à fond. Mais, inch Allah, il trouverait une solution définitive, on lui avait parlé d’un guérisseur chinois d’une banlieue de Bamako qui jurait faire raidir même les cadavres. Il irait le voir, Alhamdoulaye.

Il ne fallait plus attendre, parce que la sagesse stipule que c’est à force d’attendre que la tortue lui ramène de l’eau que la musaraigne ne s’est jamais lavée et sent toujours mauvais. Se dépêcher. Apprivoiser cette petite princesse de plaisir. Très rapidement, avant qu’un preneur plus offrant, un bâtard de paysan bambara ne vienne proposer le double voire le triple de ce qu’il proposait pour la dot. Il isola rapidement son ancien beau-père, son nouveau beau-père, quelques anciens de la famille Sylla, le faux griot Kouyaté et leur demanda de fixer très rapidement la date des fiançailles et du mariage. Il allait tout régler à l’avance, frais de fiançailles et de mariage dès le lendemain… On approuva sa décision et l’applaudit.

La semaine suivante, on fit les fiançailles. Deux semaines après, Kader Konaté épousa Alimata Sylla d’abord à la mosquée, ensuite devant le maire. Une grande cérémonie de mariage avec tous les emberlificotages que peut engendrer un mariage à Bamako : festival de basins jaune, vert, bleu café, rouge… brodés avec toute l’extravagance qui caractérise la ringardise, convoi de motos et de voitures avec de jeunes et vieux conducteurs irresponsables faisant des acrobaties mortelles sur la voie publique en klaxonnant sous le regard amusé des policiers, griots affabulateurs chantant de fausses louanges à des parvenus narcissiques les arrosant de billets de banque neufs, prêches ennuyants et creux de quelques dealers de sourates et lanceurs occasionnels de fatwas carburés à trois verres de mauvais thé…

En à peine deux mois de mariage, Kader Konaté changea. Positivement. Parce que Alima, malgré son jeune âge, était une très bonne femme, une fille très bien éduquée. Bonne à la cuisine. Bonne au salon. Et, surtout, bonne au lit la nuit. L’inspecteur des impôts commença à aller au travail de plus en plus tard, négligeant même certaines de ses « affaires ». Ses cheveux devenaient de plus en plus noirs, la mariée se chargeant, chaque trois jours, de les lui teindre avec du noircissant Yombo. Son visage prenait de moins en moins de rides et dégageait plus de soleil. Et, surtout, son ventre s’arrondissait un peu plus chaque jour, signe extérieur africain de l’aisance et la paix du cœur. K2 était heureux avec sa nouvelle femme, Allah soit loué !

Puis vint ce jour où, après la séance de massage qu’elle lui offrait chaque matin, Alima, miaulant, la main sur le reste de la raideur de Kader Konaté, lui dit en lui mettant la langue dans l’oreille gauche : « Bébé (Kader Konaté était redevenu bébé à plus de soixante-dix ans), bébé, je sais que tu l’ignores, mais tu sais, jeudi prochain c’est mon anniversaire, je veux qu’on le fête en boîte de nuit. A « Texas Boy Night Club », tu sais, il y a une piscine là-bas dans la boîte, on va fêter autour de la piscine, je vais inviter mes copines et leurs copains, hein, hein, tu m’écoutes, hein, hein, hein, bébé, hein ? »

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (14e partie)

L’épisode de silence, pour que vive Charlie
En 2012, à travers l’article : « L’islamophobie aux enfants de 7 à 77 ans » publié dans ce blog et dans des sites web africains, je prenais la défense du magazine Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet qui enflammait l’actualité, suite à la polémique autour du film « L’Innocence des musulmans », et expliquais que ce ne sont pas les caricaturistes et réalisateurs qui donnent à l’islam la très mauvaise image qu’il a aujourd’hui, mais plutôt ceux qui tuent les caricaturistes et réalisateurs tout en en se proclamant défenseurs de l’islam.

L’article avait suscité des commentaires très violents dans les sites web. Je reçus de sévères menaces dans ma messagerie Facebook et dans ma boîte mail à travers le formulaire de contact d’un de mes blogs. Certains me frappèrent du cachet « islamophobe ». J’ai même perdu quelques amis musulmans. Soit.
Le 7 janvier 2015, les tueurs au nom d’Allah et de Mahomet ont encore frappé, assassinant de très grands dessinateurs, de très grands talents de ce journal, Charlie Hebdo, devenu l’un de leurs plus redoutables ennemis à abattre. « Nous avons tué Charlie Hebdo », scandèrent-ils à la fin de la tuerie.
Aujourd’hui, pour une nouvelle fois, je soutiens Charlie Hebdo. Et m’incline devant ses dessinateurs assassinés : Charb, Cabu, Honoré, Wolinski, Tignous… et les autres victimes.

Une minute de silence, observe-t-on, selon la coutume, à la mémoire des morts. Je leur consacre, moi, un épisode de silence. Cet épisode, le quatorzième, de mon feuilleton : « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux ». Et je prends l’engagement que quel que soit l’éditeur qui, plus tard, publiera ce feuilleton, j’y imposerai un chapitre de silence, ou une page de silence, ou un paragraphe de silence, où mes personnages cèderont la place aux dessinateurs Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré et les autres victimes de l’attaque du 7 janvier 2015.

Pour que demain, après demain, toujours, Charlie Hebdo vive, vive, vive, et continue à dessiner, à provoquer, à faire rire, sur tout, avec tout, n’en déplaise aux dieux, aux prophètes et à leurs tueurs. Parce que rien, rien, même les colères d’un dieu pris en otage par des adeptes floués et fous, alors rien ne peut arrêter d’un seul pas l’une des plus belles, des plus grandes marches de l’humanité : la marche vers la liberté d’expression. Vers la liberté.


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (13e partie)

Les perles bin-bin rapprochent les fiancées des déesses

Pendant une demi-heure, K2 réfléchit à la proposition de la famille Sylla. Il était sûr d’une chose, et l’adage qui stipule que même un noyé on le lave avant de l’enterrer l’exprime si bien, ce n’est pas parce qu’on a été trompé par une femme qu’on ne doit plus en prendre une autre. Au contraire. Il faut en prendre une plus jeune, plus claire de teint, plus ronde devant et derrière… pour montrer à l’infidèle que c’est seule l’imprudente qui n’est jamais allée au Cameroun qui se targue d’avoir les plus grosses fesses au monde.

Il pensa également, Kader Konaté, que ne pas accepter cette minette qu’on lui proposait en remplacement de la barbaque « Espace Schengen », c’était retourner vers ses deux premières femmes, si, bien sûr, les deux vieux bibelots qui en jouaient le rôle pouvaient encore être, par indulgence, appelées femmes, elles qui n’avaient désormais de féminin que les prénoms, tout trait pouvant faire d’une femme une femme ayant depuis longtemps disparu sur elles.

Et, Allah lui était témoin, K2 n’avait plus aucune envie, alors aucune, d’aller manger les plats de ces vieilleries, des plats aussi fades que la langue d’un chien mort tartinés de la morve de leurs incomptables rejetons, passer, ô sacrilège, la nuit dans leur lit moite de leurs sueurs de ménagères analphabètes fatiguées, de l’urine jaunie de rachitisme de leurs enfants mal nourris, et, pire, astafourlai, remplir avec elles son devoir nocturne d’époux ! Autant aller s’accoupler avec de vieilles morues ghanéennes rejetées par les vagues mouvantes de la prostitution juvénile sur les côtes d’un bar libanais pour ouvriers sans le sou.

Après toutes ces réflexions, il se leva et commença sa décision par un dicton : « C’est autour de l’étable où il a laissé une partie de ses poils des couilles que le bouc rôde plus souvent. » Il fit savoir, sans détour, que oui, il acceptait la proposition de la famille Sylla, qu’il acceptait de prendre Alimata en remplacement de sa cousine Matou, qu’il acceptait de rembourser la dot payée par l’immigré Daouda Dembélé, qu’il acceptait de payer les cinq cent mille francs de rallonge, qu’il promettait même, comme bonus, en cas de bon comportement de sa future femme, inch Allah, un pèlerinage à la Mecque à son nouveau beau-père Madou Sylla.

Personne dans l’assistance ne tenait plus sur place quand il finit de parler, tout le monde s’étant levé pour l’applaudir. Le griot Kouyaté, dans les nues, calculant déjà en tête la commission de négociateur qu’il percevrait sur la transaction, voulut chanter la geste de la famille Konaté, mais on lui demanda de le boucler, son groin de griot dévalué, parce qu’il faisait déjà nuit et qu’il fallait rapidement faire venir la mariée pour la présenter à son futur mari.

Un émissaire fut sur-le-champ envoyé à la maison de Madou Sylla pour amener Alimata et sa mère. On ne les faisait, bien sûr, pas venir pour demander leur avis. Ah ça non ! Ce n’étaient que des femmes. On voulait juste présenter à Alimata son futur mari, et faire un clin d’œil à sa mère de daigner rapidement faire une autre fille pour remplacer celle-là, afin que puisse se perpétuer le cycle des dots à percevoir.

Alimata arriva, une heure plus tard, suivie de sa mère, habillée d’une robe moulante en basin, la tête couverte d’un foulard. Son habillement pas très léger n’occultait en rien son teint clair encore plus éclatant sous les derniers rayons que dardait le soleil palissant. Aussi agile qu’une vierge allant à son premier rendez-vous, elle se recroquevillait devant chaque personne à saluer, prenait la main qu’on lui tendait en baissant la tête, et murmurait d’une voix plus suave qu’une bouchée de sauce gombo à la viande de porc : « Que la paix d’Allah soit sur vous.»

Kader Konaté, qui était la dernière personne à saluer, eut ainsi le loisir d’admirer le derrière de la jeune fille dessiné dans la robe moulante. Chaque fois qu’elle s’accroupissait pour saluer, la robe ressortait les deux grosses boules qu’elle balançait derrière elle, dessinait les traces d’un slip provocateur à la limite du string et quatre rangées de perles gros grains bin-bin arme de destruction massive des femmes sénégalaises.

Et quand ce fut son tour d’être salué, que la jeune fille, la tête baissée, s’accroupit devant lui, Kader Konaté, lançant un coup d’œil furtif à travers sa robe, perçut deux gros seins fermes comme ceux d’une jeune vodousi togolaise, il conclut, au fond de lui-même, qu’il n’y avait plus aucun doute, c’était avec cette fille qu’il allait écrire son premier livre, son premier best-seller ayant pour titre : « Les Milles et une nuit maliennes. »

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (12e partie)

Femme de teint clair (Crédit image: https://www.youtube.com/watch?v=KpSlVXdtcMY)
Femme de teint clair (Crédit image: https://www.youtube.com/watch?v=KpSlVXdtcMY)

Dis-moi ton teint, je te dirai le montant de ta dot

Il sonnait seize heures trente et les premiers ouvriers chinois de Bamako avaient commencé à rentrer chez eux, pressés d’aller se changer et traîner leurs gringalets corps et leurs costaudes libidos chinoises vers des bars à putes libanais, quand, devant cette réunion de sourds qui ne finissait pas de s’allonger, Madou Sylla, frère cadet d’Aladji Sylla, se leva et demanda la parole en introduisant son discours par un dicton populaire : « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un homme âgé, mais par la blancheur de la tête. »

Madou Sylla, tout comme son frère pèlerin, s’était spécialisé, depuis son premier mariage à seize ans, dans la fabrication d’enfants, des garçons destinés à mendier dans la rue puis faire le pickpocket dans les marchés, des filles à marier contre une dot de cinq cent mille à deux millions. Agé de soixante-deux ans et à la tête d’une entreprise employant quatre femmes lui ayant chacune produit en moyenne neuf enfants, Madou Sylla ne voulait, ne pouvait plus continuer d’accepter cette humiliation qu’était en train de leur faire avaler Kader Konaté.

Calmement, il exposa sa décision à l’assistance. Sa dix-neuvième fille, Alimata, dix-sept ans, était en chômage matrimonial chez lui à la maison. Voici cinq ans qu’il l’avait fiancée à un de ses petits neveux, Daouda Dembelé, parti, comme tout Sarakolé qui se respecte, chercher fortune en Europe –il ne connaissait pas le pays où il était parti. Si les deux premières années après son départ Daouda, devenu, selon ce qu’il disait au téléphone, technicien de surface dans une grande banque là-bas, avait de temps en temps appelé sa fiancée, promettant de l’amener le rejoindre en Europe le plus vite possible, voici trois ans qu’on n’avait plus aucune nouvelle de lui, des rumeurs étant même arrivées à Bamako qu’il avait été déporté parce qu’en situation irrégulière, mais ne voulant pas retourner à Bamako subir mépris et humiliations, il avait préféré faire demi-tour et rejoindre la Libye par le désert.

Bref, oui, il avait perçu six cent mille francs pour la dot d’Alimata, mais depuis six mois déjà, il avait décidé, devant le silence et la disparition du fiancé, de libérer sa fille de tout engagement, et de la remettre en cession sur le marché du mariage. Alors, ce soir, comme « amenez le mouton pour qu’on lui attache une corde » et « amenez une corde à attacher au mouton » donnent le même résultat, eh bien, ce soir, Kader Konaté n’allait pas repartir chez lui ni avec « Espace Schengen » dont il ne voulait plus, ni avec son million et demi que sa belle-famille n’avait pas à lui rembourser, mais il allait repartir avec une promesse : on lui donnerait la jeune cousine d’«Espace Schengen » Alimata qui irait faire le boulot que sa cousine n’avait pas pu faire.

Un tonnerre d’applaudissements accueillit l’intervention de Madou Sylla, certains lui serrant la main, d’autres lui tapant sur l’épaule, d’autres encore lui ouvrant les bras pour l’embrasser. Le griot Kouyaté, sûr maintenant que la scène allait connaître un dénouement heureux, donc qu’on ferait un plat copieux pour fêter tout cela, donc qu’il rentrerait ce soir le ventre plein, inch Allah, courait au milieu du cercle que formait l’assistance en hurlant : « Alhamdoulila, Madou Sylla, digne fils de Boubacar Sylla, petit-fils de Koro Abou Sylla, arrière-petit-fils de Tidiane Sylla a bien parlé, la sagesse des Sylla est légendaire, alhamdoulila, mangeons et buvons à la sagesse des Sylla… »

Madou Sylla, dans les nues, sachant que c’est dans une assemblée de musaraignes qu’on pète sans se faire prendre, profita pour introduire un bémol. Ce qu’il était en train de faire n’était nullement ni du chantage ni un acte de mauvaise foi encore moins de l’escroquerie, mais il fallait qu’il précise certaines conditions : Kader Konaté, devait, pour pouvoir épouser Alimata, restituer les six cent mille de dot payés par Daouda Dembelé pour que ce dernier soit remboursé au cas où il reviendrait. Il devait aussi, K2, payer une rallonge de cinq cent mille parce qu’il fallait préciser qu’Alimata n’avait que dix-sept ans, fraîche de chez fraîche donc, et, surtout, elle était de teint clair, et tout le monde savait que la dot d’une femme de teint clair et celle d’une femme de teint noir n’ont jamais été les mêmes, la femme de teint clair étant beaucoup plus proche d’une femme blanche, donc mieux, dix fois mieux, cent fois mieux qu’une femme noire.

L’assistance approuva par des « Amina» huilés, et le griot Kouyaté, plus zélé qu’une dent cariée en saison froide, demanda à Kader Konaté ce qu’il pensait de la proposition, de la décision de Madou Sylla. Il fallait, lui fit-il, qu’il donne son accord pour qu’on envoie chercher sur-le-champ Alimata pour les présentations.

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (11e partie)

Allah protège le pèlerin et les trésors de son entrecuisse

« La guenon qui file pour aller gratter les couilles de son amant et celle qui détale devant la massue d’un chasseur n’ont pas la même ardeur à la course« , dit le proverbe.

El Hadj Boubacar Sylla et son djeli Kouyaté n’eurent pas besoin de se poser des questions sur ce qui était en train de leur arriver, ou plutôt ce qui était en train d’arriver à leur gendre Konaté avant de décoller de leur siège et détaler, chacun de son côté, devant le chien enragé hurlant qui filait vers eux avec la machette de Coulibaly luisant sous les frêles rayons solaires du matin.

Si le griot Kouyaté, aux jambes aussi habiles que sa langue, réussit, en quelques enjambées, à s’infiltrer dans l’une des trois cuisines de la cour, Boubacar Sylla n’eut pas la même facilité à se sauver, justement parce que seulement à la deuxième enjambée, son boubou d’Aladji, ce cafre, dix fois cafre de boubou, lui fit faire un faux pas, au même moment où Kader Konaté, à quelques pas seulement derrière lui, lança sa machette en hurlant : « Meurs ce matin, meurs pour ne plus jamais escroquer un seul Malien avec tes prostituées de filles, vieil escroc ! » La machette, sifflant, passa juste entre les deux cuisses du pèlerin Sylla, au moment où il tentait de maintenir son équilibre, manquant à quelques millimètres près de lui happer ses couilles et autres matériels de travail « intrajambaires ».

Les femmes de la maison, alertées par les cris des acteurs de la lugubre scène, hurlèrent devant cette maudite machette qui filait dans l’entrecuisse de leur mari, se demandant ce que pouvait valoir un homme castré, un homme qui déjà ne leur était utile que par ses prouesses nocturnes au lit. Mais Allah étant toujours grand, Allah Le Miséricordieux ne pouvant jamais laisser Ses filles sans leur pain de chaque nuit au lit, la machette n’effleura pas le bangala et associé de leur mari qui réussit même à rapidement se redresser et se sauver des bras de Kader Konaté qui, en une plongée digne d’un gardien de but italien devant un attaquant anglais, avait bondi droit sur lui pour le plaquer contre le sol.

Les femmes alertèrent des voisins et passants qui vinrent rapidement maitriser K2 avant qu’il ne fonce dans la chambre où s’était retranché El Hadj Sylla. On l’éventa, lui donna de l’eau fraîche à boire pour calmer ses nerfs en feu. Une femme, jouant son Mahomet m’as-tu-vu, proposa même qu’on lui lise quelques versets du Coran pour aiguiser sa piété émoussée, mais la proposition fut rejetée à l’unanimité, l’assistance soutenant que ce n’étaient pas des versets du Coran, aussi saints qu’ils soient, qui allaient restituer au chien enragé son million et demi qu’il réclamait.

Kader Konaté se calma après une demi-heure et accepta de participer à la réunion de famille extraordinaire qui fut convoquée sur-le-champ pour résoudre le problème. Quand le chef de la famille Sylla, un oncle d’Aladji Sylla, lui demanda, à K2, d’expliquer sa mortelle colère, il ne répondit que par une seule phrase : « Je ne veux plus épouser votre fille, je veux ma dot d’un million cinq cent mille. »

La réunion s’allongea de dix heures du matin à quinze heures. Sans aucun compromis. Kader Konaté ne voulait que son million et demi, et plus jamais d’« Espace Schengen ». Les Sylla n’avaient même pas le dixième de la somme à restituer. Par le canal de la langue huilée du faux djeli Kouyaté, ils multiplièrent des proverbes et des proverbes, des adages et des adages, des contes et des contes, des mythes et des mythes pour expliquer à Kader Konaté que depuis la Création la femme a toujours été mauvaise, que si Allah a toujours eu un grand regret dans Sa vie de Dieu c’est d’avoir créé la femme, que si ce n’était pas la femme, l’homme serait encore là au jardin d’Eden en train de se la couler douce, peinard, connecté du matin au soir sur Facebook sans avoir besoin de travailler pour manger, puisque Allah avait tout mis à sa disposition dans le jardin, que wallahi, c’est la femme, erreur de la Création, qui a gâché tout ça, que c’était pourquoi il y avait cet adage qui stipulait que la femme est comme un pet, la garder est un problème pour le ventre, se débarrasser d’elle est un problème pour le nez… que, que, que…

Mais Kader Konaté ne changea pas d’un cheveu sa décision, il ne voulait plus de Matou, il exigeait son million et demi de dot, sur-le-champ, sinon il ferait tomber la tête de son beau-père, de sa belle mère et de plusieurs autres membres de sa belle famille.

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dixième partie)

La dot, ça peut se récupérer par une machette de boucher

K2 fut enfermé au commissariat, et passa une nuit blanche parmi une bande hétéroclite de détenus : un voleur de moto jakarta, un Ibo accusé d’avoir assassiné un bossu pour lui ôter du mercure de sa bosse, un Ivoirien trentenaire et un Congolais du même âge arrêtés, la veille, dans une boîte de nuit alors qu’ils se battaient à mort, pour une pute togolaise, par bouteilles de Coca cassées interposées, un Maure soupçonné d’être un espion de la rébellion touarègue à Bamako, un étudiant malien de la vingtaine ayant brûlé à l’acide le visage d’une étudiante qui refusait de lui livrer « sa marchandise » alors que cela faisait plus de six mois qu’elle le dépouillait de sa bourse d’étudiant, lui promettant une chaude et douillette partie de jambe en l’air, un pasteur d’origine ghanéenne, fondateur d’une église charismatique à Bamako accusé d’avoir rendu enceinte la fille mineure d’un magistrat, un gardien de nuit Dogon dénoncé par sa femme pour utilisation excessive de Viagra…

Quand il fut libéré le matin, à six heures, Kader Konaté, avant de quitter le commissariat, laissa un message de menace à l’inspecteur Diarra. Il lui fit dire que wallahi, lui, Kader Konaté, digne malinké parmi les malinké, jurait sur la tête de tous ses ancêtres, jurait même sur la barbe d’Allah que wallahi bilahi, il n’allait jamais digérer ce plat de couleuvre si mal pimenté d’un Diarra, un vulgaire bambara. Il allait le traquer, l’avoir, et lui faire subir une humiliation dix fois plus grande que celle qu’il lui avait faite. Oui, lui, Kader Konaté, tant qu’Allah et les ancêtres lui prêtaient vie, allait en découdre avec l’Inspol Diarra, le déchiqueter avant de l’envoyer, minable, dans sa tombe, inch Allah !

Il ne retourna pas, K2, chez lui, mais passa chez son ami Bouraima Coulibaly, le boucher, et lui demanda de lui prêter un de ses coupe-coupe avec lesquels il dépeçait les bœufs qu’il abattait. Le boucher Coulibaly, dont on aurait dit au Togo qu’il porte très bien son nom, puisque son nom, « Coulibaly », est utilisé au Togo pour désigner quelqu’un qui n’a rien dans la tête, qui ne comprend rien de rien, le boucher Coulibaly, donc, ce coulibaly, sans même avoir demandé ce que Kader Konaté, qui jamais de sa vie n’avait abattu ni dépecé même une mouche, ferait avec un coupe-coupe de boucher, tira sous sa table l’un des plus longs, des plus effilés, des plus tranchants coupe-coupe qu’il possédait, le tendit à K2 après avoir murmuré trois fois « Bissimilahi », une prière dont seule sa tête de Coulibaly ou sa coulibaly de tête pouvait saisir le sens dans une pareille circonstance.

Ce matin, El Hadj Boubacar Sylla était dans sa cour, drapé dans un long boubou blanc digne du respectable Aladji qu’il était, allongé dans sa chaise longue d’Aladji, un long cure-dent coincé entre ses dents d’Aladji malheureusement rougies par une mastication trop fréquente de noix de cola, savourant, pour la énième fois, les louanges matinales qu’était venu lui chanter son griot personnel, Djeli Ousmane Kouyaté. Depuis son pèlerinage à la Mecque, il y avait deux ans, grâce au pactole gagné de la dot de sa seizième fille Ouleymatou, Aladji Boubacar Sylla, qui n’avait jamais fait aucun travail dans sa vie à part enceinter ses trois femmes et percevoir la dot de ses filles, s’était trouvé pour dada de se faire louanger par le griot Ousmane Kouyaté qui n’avait de griot que le patronyme Kouyaté, puisque ses vraies professions étaient la paresse, la mendicité et le squattage des cuisines de ses voisins et connaissances chaque matin, chaque midi et chaque soir qu’Allah Le Miséricordieux faisait.

Le narcissique Aladji Sylla était, donc, en train de jouir sous les fausses louanges que lui distillait la mielleuse langue du griot-made-in-China quand Kader Konaté, titubant sous la rage, la haine, et surtout l’effet des deux calebasses de tchoukoutou qu’il avait prises en cours de route chez une revendeuse burkinabè, fit irruption dans la cour, le coupe-coupe du boucher Coulibaly brandi de la main droite au-dessus de la tête en criant : « Voleurs, je veux ma dot ou je vous décapite tous ce matin dans cette maison, escrocs, venez reprendre ce microbe que vous m’avez vendu comme femme et remboursez-moi ma dot. Je ne veux plus de votre fille, je ne veux plus de cette fille pourrie, je ne veux plus de cette viande faisandée comme femme, Boubacar Sylla, tu n’es plus mon beau-père, je ne suis plus le mari de ta fille, rembourse-moi le montant d’un million cinq cent mille que je t’ai payé pour la dot de cette prostituée que tu appelles ta fille ou je te décapite ce matin, wallahi bilahi… »

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (neuvième partie)

Monsieur l’Inspecteur aime les lolos en vadrouille

Cette nuit, l’Inspecteur Boubacar Diarra était sorti, dans sa Peugeot 306, à la tête de quatre de ses éléments juchés dans la seule fourgonnette qui marchait encore dans le commissariat, il était sorti, cette nuit, le Bouba, chercher le prix du basin de Safiatou, sa troisième et plus jeune femme. Deux nuits déjà qu’elle lui tournait le dos au lit, boudant que s’il ne lui donnait pas, avant dimanche, ses soixante mille francs pour son basin à porter au mariage de sa cousine, eh bien, il pouvait être sûr qu’il allait passer un mois au pain sec, parce que, wallahi bilahi, c’était pas elle, Safia, qui allait ouvrir ses cuisses à un mari incapable de lui payer son basin.

Jeune inspecteur de police mais déjà très chevronné dans les rouages et matoiseries du métier, il avait décidé, cette nuit, de recourir au Plan B qui permettait d’arrondir les fins de mois trop pointues du képi malien : faire une petite patrouille dans le quartier, cueillir quelques noctambules étourdis, leur soutirer de sales billets de banque pour aller fermer la gueule à son pian de femme.

Il avait à peine fait deux ruelles vides, se demandant où ils étaient tous passés, ces zozos qu’il était sorti plumer, quand il entendit des cris de détresse montant d’une ruelle en face, puis vit, surgir sous la pénombre du seul lampadaire qui éclairait cahin-caha les lieux, une jeune fille détalant vers son convoi, hurlant : « Sauvez moi hoooo, on veut me tuer, ce criminel de Konaté veut me tuer… »

L’inspol gara rapidement sa Peugeot, ordonna à ses agents de stopper la fourgonnette, puis sortit pour accueillir la jeune fille qui vint, haletante, se jeter dans ses bras, écrasant contre lui deux gros seins roulant sous la légère robe de nuit qu’elle portait. Frissons. De furtives questions hautement philosophiques traversèrent rapidement l’esprit de Diarra : « Où peuvent bien aller, à une heure si tardive, de si gros lolos plantés sur un corps si frêle et à peine protégés par une si légère robe de nuit ? Qu’est-ce que ça peut bien donner dans un lit de chambre de passe de si gros lolos et une croupe si rebondie ? L’homme, éternel Samson, arrivera-t-il un jour à résister aux nichons et aux popotins de la femme, son éternelle Dalila ? »

Il était en train de peser toutes ces questions dans sa tête tourneboulée, la jeune fille toujours serrée dans ses bras, ses deux botcho XXL toujours écrasés contre sa poitrine, quand une tige de mil de vieil homme, se livrant à quelque chose qui ressemblait à une course, déboucha de la même ruelle d’où avait surgi la fille, et vint se planter devant lui, dans un cliquetis d’os rouillés, le souffle coupé. Il était vêtu d’un long boubou blanc légèrement rebondi au niveau de l’entrecuisse, trahissant une érection qui avait de la peine à se refroidir.

– « Oui, vous êtes qui vous, et pourquoi la poursuivez-vous ? » grogna l’Inspecteur Diarra, Matou toujours serrée contre lui.

– « Je suis le mari de cette fille. Rien de grave, c’était juste une querelle de foyer, mais vous-même vous connaissez les femmes, elles n’existent que pour faire du bruit et… »

– « Menteur, dis plutôt que tu voulais m’assassiner, espèce de vieux criminel, qu’est-ce que tu faisais accroupi sur moi avec une lame ? » coupa « Espace Schengen » revigorée par les bras velus du policier.

Kader Konaté n’eut pas le temps de riposter. L’inspol Diarra, un buisson ardent allumé dans la culotte, justement parce qu’il venait de trouver la réponse à une des questions existentielles qui lui taraudaient l’esprit, ce que pouvaient offrir ces gros et sensuels nichons dans un lit cette nuit si froide, demanda à ses agents d’embarquer dans la fourgonnette ce vieux tueur et son reliquat d’érection, l’amener passer la nuit dans la cellule de détention du commissariat et ne le libérer que le lendemain matin. Il allait se charger, lui, de faire passer la nuit à la jeune fille traumatisée en lieu sûr.

K2 voulut tempêter, hurler qu’il ne comprenait pas ce qui se passait, demander où l’inspecteur de police qui venait d’entraîner Matou dans sa Peugeot amenait sa femme, menacer qu’il allait, lui un cadre incontournable de l’administration malienne, il allait leur créer des problèmes s’ils osaient lui faire passer la nuit au commissariat… mais les agents de police, dans leur rôle de lourdauds, lui demandèrent de la boucler s’il ne voulait pas qu’ils lui disjonctent ses mâchoires et déboitent les dernières dents cariées qui résistaient encore sur les ruines de ses gencives…

La Peugeot démarra, l’inspecteur de police et « Espace Schengen » à bord, et disparut dans une ruelle obscure. La fourgonnette aussi démarra, quelques instants plus tard, Kader Konaté, la bouche cousue de rage et d’humiliation, pris en sandwich par deux policiers, sur la banquette arrière.

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (8e partie)

Pour qui sont ces poils de mon pubis dans tes mains?

K2 rentra chez lui avec le somnifère, aussi excité qu’un commerçant guinéen devant le soutien-gorge d’une tapineuse nigériane. Au salon, il dépassa Matou, allongée dans le fauteuil, les yeux rivés sur l’écran de la télévision, la télécommande scotchée sur sa chaîne préférée Trace Africa qui passait un de ses clips préférés, un succès des talentueux X Maleya : « Bouge ton corps si tu aimes, un deux trois, on descend, on descend, on descend yééééyé… »

Elle ne se donna même pas la peine de lui lancer une pestiférée « Bonne arrivée », comme le fait toute femme normale à son mari. « Sale petite peste, on verra si tu continueras de bouger ton corps devant et sous tous les vagabonds de Bamako. Astafourlaï ! Que je sois un Konaté maudit à jamais si tu ouvres encore tes cuisses légères-là à un homme de ce pays à part moi », jura l’inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle en rentrant dans la chambre à coucher.

Un vieux lion n’a point besoin de conseil pour attraper une antilope, que dit le dicton. Kader Konaté ne réfléchit pas longtemps avant de savoir quel piège à tendre à « Espace Schengen » pour lui faire boire le somnifère. Vraie friande de jus de fruits, elle en buvait trois à quatre boîtes tous les jours. Le chasseur futé sortit donc, chercha une boîte de jus à la grenadine, l’ouvrit furtivement, y déversa toute la poudre soporifique, la plaça dans le frigo sous l’œil de la Matou, puis alla se placer à l’affût, dans la chambre à coucher, attendant que l’écureuil mît ses pattes dans le piège.
Quand il revint au salon, autour de minuit, sonder le piège, K2, malgré l’état de déliquescence avancée de ses articulations, sauta de joie, voyant Matou allongée sur le plancher, morte de sommeil, ronflant bruyamment, les deux cuisses écartées comme une actrice en chaleur s’apprêtant à accueillir en elle Rocco Siffredi. « Tu te crois forte et rusée non, petite prostituée, aujourd’hui je vais te prouver qu’on ne met pas le doigt dans l’anus d’une tortue », ricana-t-il, revanchard.

Il chercha une lame, enleva doucement la légère robe que portait la jeune femme, ôta délicatement son string, s’étonna un moment qu’elle s’était fait tatouer des formes bizarres sur ses cuisses, et des prénoms de garçons, ses amants sans doute, sur son ventre, voulut éclater en sanglots en criant « Allah, oh Allah, pourquoi m’as-tu ainsi fait cocufier ? », se ressaisit rapidement en concluant que ce qui était consommé était déjà consommé, il fallait juste fermer définitivement le robinet public, et commença, serein, à lui couper les poils des aisselles puis du pubis –elle en avait, alhamdoulilaye ! –

Il sonnait minuit trente minutes quand K2 s’attaqua aux ongles de Matou qui dormait toujours profondément. Minuit trente, heure très avancée dans ce quartier périphérique de Bamako où les habitants normaux avaient depuis longtemps rejoint leur lit, laissant les lieux aux apôtres des ténèbres : la pute ivoirienne ou togolaise rentrant chez elle avec son deuxième client de la soirée, la mariée matérialiste et infidèle partie chercher l’argent de son basin du mariage du dimanche sortant de la chambre des adultères sur la pointe des pieds, le gardien Dogon culbutant au Viagra traditionnel dans une maison inachevée la servante peuhle du voisin, le chômeur de longue date reconverti en voleur de motos Jakarta escaladant son premier mur de la nuit, le dealer ibo à l’affût d’un talibé étourdi à assassiner pour aller vendre le sang et le cœur à des aladjis fétichistes, la blessée de guerre de 26 ans, dévaluée par un enfant bâtard coincé dans le soutif, déversant au carrefour son énième sacrifice pour attacher le cœur de ce jeune diasporique lui ayant promis le mariage depuis quatre ans mais qui ne fait même plus signe de vie…

Minuit trente, heure louche, heure de malheur ! K2 la sentit d’abord pousser un lourd ronflement, puis un petit cri de douleur, il la vit ensuite bouger la tête, puis bouger les cils avant d’ouvrir les yeux. Il l’écouta hurler d’horreur, alors qu’il était, figé d’étonnement, toujours accroupi sur elle, sa lame près de sa main droite dont il coupait les ongles. Il la vit se redresser brusquement sous un grand cri, se voyant nue alors qu’elle s’était endormie habillée, et voyant à côté d’elle, sur un petit mouchoir blanc, ses poils et ongles coupés. Il ne put la maîtriser quand d’un geste brusque elle le poussa des deux mains, l’envoyant s’écrouler, gringalet, sur le plancher, avant de se saisir de sa robe, l’enfiler rapidement, sortir de la chambre en courant, se jeter dans le noir de la cour, hurlant : « Au secours, aidez-moi, aidez-moi hooooooooo, mon mari veut m’assassiner, ce vieux sorcier veut me tuer, hoooooo, aidez-moi, le sorcier Konaté veut me tuer… »

A suivre…


Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Septième partie)

Homme âgé d'Afrique (Crédit image: www.matteomaillard.blog.lemonde.fr)
Homme âgé d’Afrique (Crédit image: www.matteomaillard.blog.lemonde.fr)

 

Une « Made in Dubaï », ça ne se caresse pas comme ça

Une « Made in Dubaï » pur jus, la Matou. Depuis trois ans qu’il la connaissait, Kader Konaté n’avait jamais vu ses cheveux naturels qu’elle rallongeait avec des mèches brésiliennes ou indiennes, ou s’arrangeait à cacher sous des perruques tellement broussailleuses qu’elles rendraient jalouses celles de la femme de Paul Biya. Ses cils et sourcils, elle les complétait chaque semaine avec de faux cils, et ses ongles étaient toujours cachés sous des ongles en plastique aussi longs que les serres d’un aigle.
Il avait eu l’audace, une nuit, alors qu’ils étaient au lit, et qu’il croyait, comme tout mari normal, que c’était le moment idéal de faire de petites remontrances à sa femme sans la vexer, il avait, alors, cette nuit, eu l’audace de demander à sa femme pourquoi elle s’encombrait avec tant de faux, qu’elle n’avait pas besoin de toutes ces pacotilles chinoises pour être belle, que lui, son mari, l’apprécierait mieux sans tous ces faux, que… il avait à peine fermé son « groin » de vieux perroquet que la belle Made in Dubaï s’était redressée et lui avait dit, la voix aussi foudroyante que la gifle d’un sourd-muet, que c’était la dernière fois qu’il osait lui parler de ça, qu’elle n’acceptait pas ces embêtements-là, qu’elle ne comprenait pas pourquoi c’est toujours les vieux qui sont aussi rétrogrades , que s’il voulait une femme sans faux cils, eh bien, il n’avait qu’à aller chercher une VDV, une « Venue directement du village », et la laisser tranquille…

Remis à sa place, sa place de vieux rétrograde n’aimant pas les faux cils et les faux ongles, K2 avait filé doux, et plus jamais, n’avait eu le courage d’aborder le sujet, son rôle dans la scène se limitant à donner à Madame 25 000 F CFA chaque lundi pour aller faire sa tête, 15 000 F CFA chaque mardi pour aller faire pédicure et manucure, 10 000 F CFA chaque mercredi pour aller au « Lux Beauté » acheter des cils et des ongles, 15 000 F CFA chaque jeudi pour aller faire « fond de teint plaqué » au salon de beauté de Mame Thiam la Sénégalaise dont le slogan est : « Même une femme africaine peut devenir belle une fois qu’elle entre dans mon salon, impossible n’est pas Mame Thiam »…

Quant aux poils du pubis et des aisselles, Allah lui était témoin, il ne pouvait pas affirmer que sa femme les gardait ou pas. Aussi loin que ses souvenirs le portaient, il s’était vu, la troisième nuit après leur mariage, en pleine Lune de Miel donc, porté par ses élans naturels de nouveau marié, il s’était, alors, vu cette nuit en train de vouloir caresser sa femme sur le pubis. La jeune mariée, étonnée, s’était subitement dégagée de ses bras et lui avait demandé ce qu’il était en train de faire. Etonné, lui aussi, il lui avait répondu qu’il faisait ce que fait tout mari, caresser sa femme où il veut. Matou, enragée, lui avait hurlé que c’était la dernière fois qu’il osait lui faire ça, que c’était de la pure perversion, de la pure ignominie qu’un vieux comme lui, Africain de surcroît, ait encore l’audace de vouloir caresser une jeune fille sur le pubis, qu’il n’avait qu’à rapidement frotter son truc ridiculement pas dur-là contre elle et la laisser dormir au lieu de vouloir faire des caresses comme les jeunes le font dans les feuilletons des Blancs.

Et depuis cette mise en garde, K2 avait enterré tous ses talents de caresseur s’étant toujours contenté de frotter son truc ridiculement pas dur-là contre « Espace Schengen » les très rares nuits où elle voulait bien lui ouvrir ses frontières. Il n’aurait donc pas d’objection à faire s’il arrivait qu’un jour on vienne lui dire que sa femme, avec qui il dormait dans le même lit depuis deux ans, avait des lingots d’or à la place des poils au pubis et aux aisselles, comme il n’y touchait jamais.

Après une semaine d’infructueuses réflexions, Kader Konaté retourna chez le marabout Coulibaly pour lui expliquer l’impossibilité de la mission. Il pouvait tout trouver, affirma-t-il, tout, même la cravache ayant servi à fouetter une pute nigériane, il suffisait d’aller dans l’une de ces multiples boîtes à putes libanaises de Bamako où des putes nigérianes et maghrébines se font fouetter par centaines toutes les nuits. Mais les ongles, cheveux, cils et poils de Matou, il ne pouvait les trouver, wallahi, il ne pouvait les trouver.

Le prophète Karamoko, après quelques simagrées, quelques sauts et quelques petits pets, lui dit en souriant : « Oh, Kader, fils de Konaté, Kader Konaté, grand chef devenu un chiffon pour une petite fille au pagne léger, le piment a beau être méchant, un ver plus méchant que lui loge dans son ventre. Tu auras tout ce que je te demande. La tige de gombo peut s’élever comme elle veut, le paysan la plie pour trancher de son sommet le gombo. Je vais te donner un somnifère. Tu le feras consommer à ta femme demain dans la journée. Elle dormira trois jours et trois nuits, et tu auras largement le temps de chercher sur elle tout ce que tu veux. »

A suivre…