dayediallo

Retour vers le futur

Trump
Donald Trump Cc Wikimedia

 

Vous rappelez vous de l’évènement que l’humanité a fêté en septembre 2015 ? Le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour la petite histoire, rappelons-nous que ce conflit, se déroulant sur les cinq continents, fit plus de 62 millions de morts. La Seconde Guerre mondiale a opposé deux camps aux visions radicalement opposées : celui des démocraties contre les régimes totalitaires, extrémistes de droite et fascistes.

L’anniversaire que nous fêterons en août revêt à mon avis une importance particulière cette année.

Vous vous demandez surement pourquoi ? Parce que le monde semble avoir oublié les causes qui ont mené au conflit le plus meurtrier de son histoire. La haine et la peur de l’autre, la pensée fasciste font leur retour de manière décomplexée dans des pays que l’on pensait à tous jamais à l’abri de ces comportements destructeurs du vivre ensemble.

Aujourd’hui, en France, le Front national, parti d’extrême droite affirme sa présence d’élection en élection. Ses représentants, invités sur tous les plateaux de télévision, ne choquent pratiquement plus. Leurs idées sont reprises par des politiciens et des penseurs qui, hier encore, les vouaient aux gémonies. Quant aux citoyens de ce pays, ils sont de plus en plus nombreux à afficher ouvertement leur soutien à cette extrême droite qui, dans ses fondements, reste ouvertement réactionnaire, antisémite, homophobe, islamophobe et isolationniste.

Aux États-Unis, la situation n’est pas meilleure. Beaucoup sont ceux qui s’amusent des sorties et des phrases délirantes d’un Donald Trump. Mais moi, j’ai peur, j’ai même très peur. Dans la première semaine de décembre 2015, le candidat à l’investiture du Parti républicain était en tête dans les sondages nationaux avec 27% d’appuis favorables (son plus proche concurrent Marco Rubio, qui n’est pas un enfant de chœur non plus, recueille 17% des appuis).

Mais qu’arrive-t-il au peuple américain ? Du moins à cette partie qui fait confiance à ce clown politique peroxydé. Comment peuvent-ils donner leur appui à un bonhomme qui dans ses déclarations affirme qu’une partie de sa population, pour ses convictions religieuses modérées et pacifiques, devrait être fichée ou qu’une grande partie de l’humanité, pour ces  mêmes convictions religieuses, devrait être bannie des États-Unis sans aucune autre forme de jugement. Non, vous lisez bien, ces propos sont tenus dans l’Amérique de 2015 et non dans les rues du Berlin de 1935. Ne parlons même pas ici des discours tenus par Trump qui sont encore plus désobligeants pour ses voisins mexicains.

J’ai peur de me dire qu’il existe une possibilité, même infime, que la première puissance économique, militaire et culturelle de la planète puisse élire à sa tête un extrémiste de la trempe de Trump. Même si nous ne sommes ni Français ou Américains, ces pays ont une grande influence sur le monde et nous devons nous indigner face aux courants néo-fascistes qui s’y développent.

Que nous est-il arrivé ces dernières années pour que des personnages comme Marine Le Pen ou Donald Trump puissent bénéficier de tels appuis dans leurs populations? Comment se fait-il que des gens clairement extrémistes puissent s’exprimer ainsi en public sans que toutes les forces morales de leurs pays ne condamnent avec la plus grande énergie leurs déclarations? À une époque récente, ces néo-fascistes n’auraient même pas été invités dans les débats publics et seraient restés confinés en marge de la vie politique.

À oublier notre histoire, notre futur risque d’être une malheureuse répétition des malheurs passés. L’intolérance sociale ou religieuse a toujours conduit l’humanité à la catastrophe. Françoise Giroud, ancienne femme de lettres et politicienne française, disait : « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser ».


De Harper à Trudeau

Justin Trudeau, futur premier ministre du Canada. Cc Flickr
Justin Trudeau, futur premier ministre du Canada. Cc Flickr

Après le dénouement de la plus longue campagne électorale de l’histoire du Canada, faisons un petit tour d’horizon du paysage politique.

Dans le monde sportif, on dit souvent qu’un grand champion doit savoir partir au bon moment. Cet adage pourrait être transposable dans le monde politique.

Ces 100 dernières années, aucun premier ministre canadien n’a pu remporter les suffrages du peuple quatre fois de suite. Stephen harper, nouvel ex-premier ministre du Canada n’a pas échappé à cette règle et vient de perdre son pari électoral.

Stephen Harper aurait dû voir arriver le boulet de la défaite. Ces derniers mois, la majorité des sondages affichaient clairement que le désir de changement politique au sein de la population était grand. Ces dernières semaines, de nombreux scandales judiciaires sont venus ternir l’image des conservateurs canadiens. Pire, de nombreux ténors conservateurs, ex-députés n’ont pas voulu se représenter aux élections pour défendre leur siège au parlement. Bref, Stephen Harper a été battu et il laisse derrière lui le travail d’une décennie qui aura complètement changé l’image du pays de l’unifolié.

Quant au Nouveau parti démocratique du Canada (NPD), la chute a été lourde. Au début de la campagne, les sondages lui prédisaient la victoire finale alors que les néo-démocrates ne seront finalement que le troisième groupe parlementaire à Ottawa.

Les raisons de cet échec sont multiples et le Parti devra faire une introspection importante pour espérer sortir un jour – et durablement – de sa position d’éternel troisième. Il est fort à parier que l’establishment néo-démocrate demandera des comptes à son actuel leadeur Thomas Mulcair sur ses choix stratégiques. En effet, Le NPD traditionnellement connu comme progressiste de gauche à tendance sociale-démocrate, a tenté un recentrage au centre qui lui a surement été pénible.

Les libéraux – traditionnellement au centre – les ont doublés sur leur gauche pour se présenter aux yeux des Canadiens comme le choix le plus progressiste qui s’impose. Pire, le NPD qui devait naturellement incarner le changement (ils n’ont jamais été au pouvoir à Ottawa) s’est vu perdre cet atout décisif au profit des libéraux (le Parti qui été le plus longtemps au pouvoir dans l’histoire du Canada). La position de leadeur au début de la campagne n’aura sans doute, non plus, pas aidé la cause néo-démocrate. L’image positive que la population percevait d’eux s’est beaucoup dégradée, car ils se sont retrouvés au centre de toutes les campagnes négatives des autres partis

D’autres tendances ressortent de ce vote. Le mouvement souverainiste québécois est en perte de vitesse. Après s’être effondré aux élections de 2011 avec 4 députés élus, ce parti comptait sur les élections actuelles pour revenir au centre de la carte électorale québécoise. Pari raté, car sur les 78 sièges au Québec seulement 10 sont revenus dans leur giron.

À la fin de cette campagne électorale marathon, le Parti libéral du Canada a coiffé tous ses adversaires au poteau. Il y a 80 jours, les libéraux canadiens étaient troisièmes dans les sondages et les plus optimistes d’entre eux se voyaient finir la campagne électorale en deuxième position.

Justin Trudeau, le vainqueur de ces élections fédérales, reste le « beau » pari du peuple canadien pour le futur. Nombreux sont ceux qui s’attendaient à de nombreuses erreurs de sa part durant la campagne, nombreux sont ceux qui reconnaissent qu’il s’en est finalement bien sorti.

Souriant, populaire – à tendance people -, on reproche à Justin Trudeau de manquer de profondeur dans ses réflexions et de trop souvent faire appel aux notes de ses conseillers qu’il a tendance parfois à apprendre par cœur.  Ex-professeur d’art dramatique, avec une expérience politique relativement faible, il reste encore beaucoup à apprendre au jeune premier ministre de 43 ans.

Tout de même, félicitations pour votre élection monsieur Trudeau, vous avez maintenant quatre ans pour nous prouver que les Canadiens ne se sont pas trompés dans leur choix.

 


Du sens des mots et de l’histoire

Représentation de Jules César Cc Wikimédia
Représentation de Jules César Cc Wikimédia

Vous est-il déjà arrivé de vous demander d’où venaient certaines expressions courantes de la langue française ?

Étant donné que je me pose souvent la question, l’idée de cette rubrique allant chercher le sens des mots à travers l’histoire s’est posée d’elle-même.

Hier ma sœur me racontait sa journée au sein de l’université qu’elle fréquente. Université dont certaines facultés sont actuellement en grève.

Un peu distrait, je n’ai retenu qu’une seule expression issue d’un échange qu’elle avait eu avec ses amies.

Ma sœur : Penses-tu que demain nous aurons cours ?

Son amie : Non, «  Le sort en est jeté » depuis le vote de l’association étudiante. Les cours sont suspendus et on peut s’attendre à du grabuge.

Vous avez sûrement compris que l’expression dont je parle est la suivante : « Le sort en est jeté » qui parfois est aussi prononcée « Les dés sont jetés ».

Mais, d’où vient cette locution ?

L’histoire l’attribue à Jules César, général et homme politique romain. Au panthéon des géants, Jules César est l’un des personnages les plus célèbres de l’humanité. Cette expression, les dés sont jetés, il l’a prononcée en 49 av. J.-C. au moment où il franchissait le fleuve Rubicon. Le Rubicon était un fleuve « frontière » en Italie qu’aucune armée romaine ne pouvait dépasser selon les lois de l’époque.

Voulant prendre le pouvoir à Rome par la force, sachant qu’il commettait en franchissant ce fleuve avec son armée un geste sans précédent et dont les conséquences seraient sans commune mesure, César prononça alors la célèbre phrase « Alea jecta est » ou « Le sort en est jeté ». Dire « Le sort en est jeté » revient à s’abandonner au hasard, à un enchaînement événements sur lesquels on n’aura plus d’emprise et qui nous conduire en des lieux inconnus. D’une autre manière ça revient à dire ce qui est fait est fait, de toutes les manières il n’y a plus de retour possible en arrière.

De cette époque on tire aussi une autre expression célèbre proche de la précédente : « Franchir le Rubicon ».

La prochaine fois que vous entendrez dans une phrase anodine « il s’apprête à franchir le Rubicon » ou « il a franchi le Rubicon » , vous aurez une petite pensée pour Jules César.

Pour en revenir à ma sœur, j’espère que la grève au sein de sa faculté n’aura pas les mêmes conséquences sur l’histoire que Jules César franchissant le Rubicon!

À bientôt pour une autre expression tirée de l’histoire, de notre histoire.


Du sens des mots et de l’histoire

Bataille de la Bérézina Cc Wikimédia
Bataille de la Bérézina Cc Wikimédia

 

Vous est-il déjà arrivé de vous demander d’où venaient certaines expressions courantes de la langue française ?

Étant donné que je me pose souvent cette question, l’idée de cette rubrique allant chercher le sens des mots à travers l’histoire s’est posée d’elle-même.

« C’est une Bérézina », entendez-vous souvent cette locution ? De mon côté, la dernière fois c’était durant la coupe du monde, l’été passé, au Brésil. Précisément au moment la demi-finale qui a opposé le pays organisateur à l’Allemagne.

Les commentateurs, Français ou francophones dans notre cas, n’arrêtaient pas de répéter : «  malheureusement pour le Brésil c’est une Bérézina…. Une  Bérézina ». Si vous vous souvenez du score du match (7 pour les Teutons contre 1 aux Cariocas), vous devez sans nul doute, au cas où vous ne le savez déjà, soupçonner le sens de cette expression.

Effectivement, dire que c’est une Bérézina revient à parler d’un désastre, d’une défaite sans commune mesure. Tout Brésilien vous confirmera que ce jour d’été 2015 reste dans la mémoire collective comme le souvenir d’une catastrophe nationale – j’exagère très peu ici.

Mais d’où vient cette locution ?

D’une rivière dans l’actuelle Biélorussie où eut lieu une bataille, opposant la grande armée de Napoléon 1er aux armées russes, en 1812. En pleine retraite, la bataille de la Bérézina marque la fin de la campagne de Russie et de l’invincibilité militaire de la France impériale sur l’Europe.

Cependant, il faut savoir que cette bataille de la Bérézina a été considérée comme une victoire pour les troupes françaises car elles ont pu éviter l’anéantissement, but principal recherché par l’adversaire qui tentait de couper sa retraite.

Il faudrait donc plutôt voir la bataille de la Bérézina à travers la désastreuse campagne française de Russie. L’aventure au pays des Tsars fut pour Bonaparte le début de la fin et une énorme erreur stratégique qui lui coûtera son empire. La Bérézina résume dans l’imaginaire collectif l’échec napoléonien.

À bientôt pour une autre expression tirée de l’histoire, de notre histoire.


Les politicos awards 2014

Trophées Cc Pixabay
Trophées Cc Pixabay

Vous l’avez aimé l’année dernière, il est de retour aujourd’hui. Les Oscars sont au cinéma ce que les Grammys sont au monde de la musique. La politique, elle, sérieuse et parfois démagogique, n’est pas un lieu où les récompenses publiques sont usuelles. Pour réparer cette injustice, voici les 7 Politicos awards 2014 ou un petit classement de nos gouvernants et évènements politiques qui ont fait cette année.

  • Le Politico 2014 de « la renaissance », soit le pays qui revient de loin est décerné à : la Tunisie.

En décembre 2010, de Sidi Bouzid partait la contestation populaire qui allait embraser une grande partie du monde arabe et que l’on nommerait le printemps arabe.La Tunisie fut le premier pays de cette région qui mit fin par des manifestations populaires à son régime despotique. Quatre ans plus tard, un gouvernement islamiste et de nombreux mouvements sociaux, le pays vient de se doter d’un gouvernement démocratique issu des urnes. Quand on voit ce qui est arrivé aux autres pays du printemps arabe (Libye, Égypte, etc.) la Tunisie est sans conteste le pays qui a le mieux tiré son épingle des méandres révolutionnaires.

Le Politico 2014 de l’horreur est adjugé simultanément à deux mouvements : l’État islamique et Boko Haram.

En matière d’horreur, ces deux groupes n’ont manifestement de leçons à recevoir de personne. Des attentats gigantesques commis par des petites filles aux enlèvements de masse, sans oublier les décapitations largement relayées sur internet, jamais les mouvements intégristes djihadistes n’avaient autant frappé les imaginaires collectifs. Malheureusement, les attentats de Paris et les milliers de morts recensés dans le nord du Nigéria n’augurent rien de bon en début 2015. Espérons cependant que cette année sera celle où ces barbares seront définitivement mis hors d’état de nuire.

  • Le Politico 2014 du politicien fixé à son siège  est décerné (encore) à : Bachar Al-Assad.

L’année dernière, j’écrivais déjà ces lignes : « Le conflit qui devait l’amener à quitter son poste de président a fait plus de 130 000  morts en trois ans. Il a gazé son peuple avec le monde en témoin. Il l’a bombardé à l’hélicoptère et au char de combat, mais il est toujours à son poste. Bachar Al-Assad, président syrien reçoit, malheureusement, le Politico du politicien indéboulonnable et solidement fixé à son poste en 2013. Pauvre peuple syrien pris en étau entre un dictateur sanguinaire qui ne vit que pour son pouvoir et des djihadistes rebelles indéfendables eux aussi ». La donne n’aura pas changé d’un iota en 2014. Pire, le groupe terroriste État islamique s’est invité dans l’imbroglio syrien pour semer encore plus l’horreur et la désolation.

Kim Jong Un Cc Flickr
Kim Jong Un Cc Flickr
  • Le Politico 2014 du rabat-joie est  adjugé à: Kim Jong Un.

S’il y a un autre politicien qui revient souvent dans notre classement, c’est le « nabot » de Corée du Nord. Dans ce pays les années se suivent et se ressemblent. On a souvent espoir que Pyong Pyang s’ouvre au reste du monde, mais cet espoir reste un vœu pieux. On sait très peu de choses sur Kim Jong Un mais, en 2014 il nous a confirmé qu’il n’avait pas d’humour. On soupçonne les services nord-coréens d’être à la source  des attaques contre Sony et le film parodique The interview sur le régime communiste. Kim, si tu ne veux pas que l’on se moque de toi, arrête de martyriser ton peuple et surtout change de coupe de cheveux.

  • Le Politico 2014 du mal-aimé est adjugé simultanément à : Francois Hollande et Barack Obama.

Le premier malgré les difficultés économiques intérieures de son pays a occupé une place de choix sur la scène internationale en 2014.  Par exemple, Il a été l’un des seuls dirigeants occidentaux à avoir fait le déplacement sur le « front » Ebola ou à Moscou pour rechercher une solution de paix dans le conflit ukrainien. Le second a quant à lui excellé autant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur à son nation. Aux USA, la croissance économique est de retour, de nombreuses mesures sociales sont prises et le pays soigne son image avec ses partenaires extérieurs. Leurs opinions publiques sont sévères avec eux, mais ils ont sans conteste accompli de nombreuses choses en 2014.

  • Le Politico 2014 du politicien de l’année est décerné aux : Angela Merkel.

Qu’on l’aime ou non, Angela Merkel est bien la femme la plus puissante d’Europe et l’un des dirigeants les plus puissants du monde. Chancelière en son pays depuis 2006, elle y a déjà affronté trois fois le verdict des urnes et conforté à toutes ces reprises son pouvoir. Aussi, Angela Merkel est l’un des rares gouvernants occidentaux à avoir survécu à la crise financière de 2007 et, cerise sur le gâteau, elle cumule les honneurs de magazines internationaux comme Forbes ou Times. En bref, économiquement et politiquement parlant, la voix de l’Allemagne est celle qui fait la pluie et le beau temps dans cette Union européenne de 2014.

Angela Merkel Cc Wikimedia
Angela Merkel Cc Wikimedia
  • Le Politico de l’action politique de l’année 2014 est décerné : Aux humanitaires qui ont lutté contre Ebola.

Il fut un moment ou les gouvernements du monde faisaient la sourde oreille aux menaces que représentait la propagation du virus Ebola dans trois petits pays d’Afrique de l’Ouest. Avant que les États-Unis, la France et bien d’autres ne prennent la mesure du défi et ne déploient les moyens humanitaires et militaires nécessaires pour enrayer cette pandémie, certains se battaient déjà sur le « front » Ebola. Merci à ces humanitaires (Médecins Sans Frontières, Croix Rouge, locaux, particuliers, etc.) et à tous ces professionnels de la santé qui, avec peu de moyens, ont été présents aux premiers instants de la pandémie. L’actualité autour d’Ebola est de loin la nouvelle qui aura la plus fédérée et fait parler nos médias et politiciens en 2014


Nous sommes Charlie

Des Montréalais soutiennent Charlie Hebdo Cc Daye Diallo
Des Montréalais soutiennent Charlie Hebdo Cc Daye Diallo

 

Mercredi 7 janvier, vers 6h du matin au Canada soit 12h de l’après-midi en France, ma tablette électronique commence à sonner tout doucement au fil des nombreuses alertes infos de mes applications médias.

Vers 8h, quand réveillé je lis les nouvelles, je suis saisi de stupeur et d’un profond malaise. Des hommes armés,  des islamistes intégristes, ont fait irruption dans les locaux de Charlie Hebdo et ont semé la mort.

Je n’ai pas toujours approuvé tous les dessins de l’hebdomadaire, mais je reconnaissais cependant son droit absolu à avoir ses opinions et les publier (ces dessins ne faisaient pas non plus l’apologie de la haine).

Si l’irrévérence de leurs caricatures – souvent vulgaires – créait  des malaises, il existe dans nos sociétés civilisées des plumes et des moyens légaux pour exprimer son désaccord. Le fusil automatique n’en fait pas partie.

Chaque être humain a le droit à la liberté d’expression et à sa pensée critique. Chez Charlie Hebdo, ils usaient de ce droit par la caricature humoristique qui précisons-le n’a jamais incité à la haine. L’humour n’a jamais tué personne et les 12 morts de cette triste journée ne méritaient pas cette fin atroce.

Nous sommes tous des Charlie car nous devons lutter selon nos moyens contre le cancer intégriste qui mine nos sociétés. Du Nigéria au Pakistan en passant par Paris, des nébuleuses religieuses sèment la mort au nom de leur pensée rétrograde. Nous sommes tous des Charlie car ces journalistes nous ont montré que l’on doit se tenir debout face à tous les intégrismes qui essaient de tirer le genre humain vers l’arrière.

18h30 à Montréal, des centaines  et des centaines de gens se rassemblent devant le consulat de France  pour clamer leur solidarité aux 12 morts et aux autres victimes de l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo.  Il fait moins 32 degrés Celsius sur la ville, mais des citoyens anonymes ont tenu malgré ce froid polaire à faire front contre la barbarie. Une chaleur humaine et sincère s’est vite propagée à travers les slogans entamés par la foule : « Nous sommes Charlie » « liberté, liberté ».

Cc Wikimedia
Cc Wikimedia

 

À des milliers de km de Paris, dans le froid hivernal québécois, en contemplant tous ces visages, je peux dire que Charlie – du moins l’esprit critique du journal- n’est pas mort. Les djihadistes qui ont opposé leurs fusils à la plume de ces journalistes n’ont réussi qu’à raviver la flamme mondiale du combat contre l’intégrisme religieux.

Je rends hommage à ces journalistes et caricaturistes qui ont été de tous les combats ces 50 dernières années. Avec leur plume ils ont toujours su faire ressortir par l’humour les travers des sujets qu’ils traitaient.

Vers minuit, je me couche avec cette phrase en tête : je suis Charlie.


Peut mieux faire

Cc Gouvernement du Canada
Cc Gouvernement du Canada

À Dakar il y a trois semaines, l’OIF a annoncé que Michaëlle Jean, une femme de 57 ans, gouverneure générale du Canada de 2005 à 2007 et d’origine haïtienne succéderait à son actuel président Abdou Diouf.

Toute une nouveauté pour cette entité qui se cherche un nouveau souffle. Ayant vu le jour en 1970, l’organisation internationale de la francophonie voulait au départ promouvoir la coopération culturelle au sein des pays ayant en partage la langue française. Aujourd’hui, elle ambitionne  toujours de soutenir le développement de la langue de Molière mais elle veut aussi mettre de l’avant la démocratie, le respect des droits humains et les échanges économiques entre ses pays membres.

Avant Michaëlle Jean, tous les secrétaires généraux de l’institution avaient été des hommes et de surcroît africains. L’élection de la Canado-haïtienne, une excellente nouvelle pour la promotion des femmes mais aussi pour les qualités personnelles et professionnelles de madame Jean, est donc une mini révolution au pays de la francophonie.

Au Québec, cette nouvelle nous a réjouis mais elle devrait aussi être le signe que nous devons nous retrousser les manches pour mériter cet « honneur ». En effet, le Canada – souvent avec les protestations du Québec – a ces dernières années réduit sa coopération directe avec de nombreux pays francophones. Le pays peut clairement mieux faire.

Michaëlle Jean devra trouver le moyen d’impliquer davantage le Québec et surtout le Canada dans la gestion des affaires francophones à travers le monde. Pour exprimer ce point de vue, je rappellerai cette citation célèbre entendue dans le film Spiderman : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Un pays – de par son représentant – ne peut pas aspirer à de grandes responsabilités internationales tout en se désengageant de ses « devoirs » internationaux de grande puissance (représentations diplomatiques, assistance aux pays dans le besoin, bon positionnement sur les grands débats internationaux, etc.).

Ces dernières temps, le Canada s’est fortement désengagé de nombreuses activités qui lui conféraient une influence à l’international et une présence privilégiée dans de nombreux pays francophones (en majorité en Afrique). Dans une campagne de restrictions budgétaires, le pays de l’unifolié a fermé des ambassades sur le continent noir et supprimer de nombreux fonds destinés à l’agence canadienne de développement (ACDI) qui œuvre dans de nombreux pays du tiers monde francophone.

Le cas Ebola est à mes yeux le dernier exemple où le Canada aurait pu mieux faire. Imaginer-vous que l’une des résolutions de la déclaration finale du sommet de Dakar était de mettre tous les moyens en œuvre pour lutter contre la stigmatisation des citoyens et des pays touchés par le virus. Le Canada est l’un des rares pays de cette francophonie qui restreint l’accès à son territoire aux citoyens de ces pays…

Prenons l’exemple de la France qui, elle, est aux côtés des états touchés depuis le début de cette crise. Malgré une pression énorme intérieure, une compagnie comme Air France n’a jamais arrêté ses liaisons vers la capitale guinéenne. Encore mieux, en novembre, François Hollande a été le premier président occidental à se rendre dans l’un des trois pays touchés. Le président français  a poussé la visite jusqu’à l’hôpital Donka, lieu où les patients atteints d’Ebola sont traités à Conakry. Merci monsieur Hollande pour le bel exemple que vous donnez!

Avions de transport de l'US Air Force à l'aéoroport de Dakar dans le cadre de la lutte contre Ebola Cc Daye Diallo
Avion de transport de l’US Air Force à l’aéoroport de Dakar dans le cadre de la lutte contre Ebola Cc Daye Diallo

Après les USA, la France, l’Angleterre et bien d’autres pays, le Canada a envoyé une quarantaine de militaires (des personnels de la santé) pour aider la Sierra Leone à Juguler la propagation du virus Ebola. Enfin une très bonne initiative de la part du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Mais, ce dernier peut mieux faire quand on sait que l’autre pays francophone touché par l’épidémie, à savoir la Guinée, ne reçoit lui aucune aide directe canadienne d’envergure.

Pour en revenir à Michaëlle Jean, les défis qu’elle aura à relever seront donc élevés. En plus de redonner à son pays la place centrale qu’il doit occuper au sein de la famille francophone, il lui faudra aussi gagner personnellement l’entière confiance des gouvernements africains car nombreux sont les dirigeants qui rechignent encore à la voir à la tête de l’organisation.


La guerre contre Ebola

Des enfants qui se lavent les mains contre Ebola Cc flickr

En ce mois d’octobre 2014, il n’est pas facile d’être Guinéen! Pas facile d’être Guinéen à l’extérieur de son pays et encore moins à l’intérieur des frontières nationales. La raison d’une telle situation : le virus Ebola.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent. À l’épidémie qui ne cesse de se propager se rajoute la psychose internationale qui s’exprime, souvent, par une quasi mise en quarantaine des pays touchés : nombreuses sont les compagnies aériennes qui ne volent plus vers les « zones » Ebola et la grande majorité des pays déconseillent strictement à leurs ressortissants de s’y rendre.

Depuis le début de l’année 2014, la maladie a tué 4922 personnes pour 10141 cas enregistrés. Des trois principaux pays touchés (le Liberia, la Sierra Léone et la Guinée) l’OMS recense 1540 cas en Guinée pour 904 morts. [Bilan au 23 Octobre]

Regardons de plus près les chiffres sur la maladie. En 2013, on recensait dans ces 3 pays une population d’à peu près 22 millions de personnes. Avec les 9911 cas qui y sont dénombrés  et un calcul rapide, on trouve une proportion de 0,00045 personnes infectées à l’échelle des 3 pays. Ce nombre est encore plus compréhensible si l’on dit tout simplement qu’il y environ 45 contaminés pour 100 000 personnes. En Guinée, ce ratio tombe à 13 contaminé pour 100 000 personnes.

Ces chiffres n’ont pas pour but de minimiser l’ampleur de l’épidémie (toute personne contaminée ou, pire, qui décède est une tragédie) mais de rappeler à chacun que les dommages collatéraux (limitation des mouvements, quarantaine internationale, récession économique, etc…)  de la maladie pour les 22 millions de Guinéens, Léonais, Libériens et les 300 millions d’autres Ouest africains risquent d’être plus importants que l’épidémie elle-même.

Nombreux sont les gens à travers le monde qui réclament la mise en quarantaine totale des pays où sévit le virus. Elle est où la solidarité internationale ?

Des compagnies aériennes (British Airways, Brussel Airlines, etc…) ne desservent plus les zones touchées. Des entreprises ont rapatrié certains de leurs personnels non essentiels. Radio Canada pour envoyer un reporter couvrir la maladie en Guinée a du se fendre d’un courrier d’explication contre les protestations de certains de ses auditeurs apeurés des risques de contagion au retour de la journaliste (comment peut-on en arriver là?).

Du fait de leur histoire et de gouvernements incompétents – souvent corrompus – qui se sont succédés à leur tête, les systèmes de santé libériens, léonais et guinéens ne peuvent venir à bout du virus à eux seuls. Le monde extérieur – le reste de l’Afrique dont l’Union africaine quasi absente dans la gestion de ce dossier – doit comprendre que le meilleur moyen de venir à bout de la maladie et par là de se protéger soit même est d’aider médicalement les pays touchés ? De les aider matériellement, médicalement,  économiquement mais aussi de continuer à faire des affaires avec eux pour y préserver la vie sociale,

En parlant de solidarité, j’ai lu aujourd’hui que l’ONU n’avait reçu que 38% des promesses de dons pour sa lutte contre Ebola. Les dons sont importants mais on ne remerciera jamais assez Cuba qui a dépêché sur place des centaines de médecins et d’infirmiers alors que l’île dispose de ressources financières limitées. Les USA aussi s’activent mais la mise en place de l’aide militaire (humanitaire) promise par Barack Obama tarde à se mettre complètement en place.

Pour l’Afrique et pour la sécurité du monde il est urgent d’aider les pays touchés. De votre côté, que pouvez-vous faire pour aider ?

Tout d’abord, vous pouvez commencer par faire un don à l’un des organismes humanitaires suivants:

1)      La Croix Rouge canadienne (ou celle de votre pays, les liens sont en général facilement accessibles) https://www.croixrouge.ca/faites-un-don

2)      À l’organisme Médecins Sans Frontières du Canada (là aussi, si vous n’êtes pas canadien, vous pouvez faire un don à l’organisation de votre pays) https://msf.donorportal.ca/MSFFR/Donation/DonationDetails.aspx?L=fr-CA&G=21&F=545&T=GENER

Ensuite, si vous vivez dans les pays africains où sévit le virus, soyez très prudents et appliquez toutes les mesures de sécurités préconisées par l’organisation mondiale de la santé. Ce lien de l’OMS explique très bien ce qu’est le virus et les mesures à suivre pour s’en protéger. Faites de la prévention autours de vous car,  malheureusement, nombreux sont encore ceux qui ignorent comment s’en protéger ou, pire ne croient pas en l’existence du virus.

Finalement, si vous le pouvez, faites entendre  votre voix pour que les pays qui subissent de pleins fouets le virus Ebola ne soient pas ostracisés. La chute des échanges  économiques entre ces pays et le reste du monde risque de faire des dégâts énormes. Des centaines d’emplois sont en train de disparaître et on parle même dans certains endroits de famines probables.

Je finis ce billet par un hommage aux différents personnels de santé (médecins locaux, volontaires internationaux de l’OMS et de la Croix Rouge, etc…) qui malgré leurs faibles moyens se battent en première ligne pour sauver l’Afrique de l’ouest – et le monde.


De Kiev à l’Arctique

Président russe à la chasse Cc wikimedia
Président russe à la chasse Cc wikimedia

Il existe en ce moment dans le monde de nombreuses zones de conflits. Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait des centaines de milliers de morts. Récemment, Israël était encore aux prises avec les Palestiniens de Gaza. Au plus fort des combats en Centrafrique, on croyait à une partition définitive du pays entre musulmans et chrétiens. Ne parlons pas des actes terroristes qui n’en finissent plus dans le nord du Nigeria. Cependant à regarder de près les activités diplomatiques du Canada, le pays a, ces derniers mois, déployé des efforts intenses sur un autre champ de bataille… l’Ukraine !

Depuis les premières échauffourées sur la place Maïdan de Kiev en novembre 2013, le Canada n’a cessé d’apporter son soutien au camp « anti » russe. Du ministre des Affaires étrangères au premier ministre canadien lui-même tout en passant par des déclarations internationales et des projets de sanctions contre Moscou, le gouvernement à Ottawa ne s’est pas économisé pour soutenir son allié ukrainien.

Pourtant, la question à se poser est la suivante : pourquoi le pays de l’unifolié s’engage à ce point dans un conflit qui se déroule à des dizaines de milliers de kilomètres de ses frontières? En relations internationales ne dit-on pas que l’intérêt particulier est ce qui dicte la conduite des nations ?

Quand on y fait plus attention, on peut remarquer que l’un des principaux enjeux géostratégiques auquel fait face le Canada est le contrôle futur de la zone arctique. Le réchauffement climatique rend cette zone – essentielle pour la navigation maritime et riche en minerais – de plus en plus accessible. L’Arctique et ses possibles retombées économiques attisent la convoitise des nombreux pays qui l’entourent. Le Canada, les Etats-Unis, la Russie et d’autres pays européens commencent à y réclamer des droits territoriaux. Face à tous ces interlocuteurs, le Canada voit d’un mauvais œil la Russie qui est, probablement, la plus belliqueuse et qui pourrait tenter un passage en force pour préserver ses intérêts.

Ces dernières années, les actions posées par la Russie ne contribuent pas non plus à rassurer les pays qui s’intéressent à l’Arctique. En 2007, une expédition a planté le drapeau russe au fond de l’océan Arctique, sous le pôle Nord. Une première dans l’histoire!  Dans un autre registre plus musclé, les Russes multiplient les exercices militaires dans la région. De plus, les annonces de créations d’unités combattantes permanentes qui vont y stationner se succèdent.

L’implication du Canada dans le problème ukrainien ne semble donc pas purement « humanitaire ». Oui, face au risque de partition du pays qui paraît être téléguidée de l’extérieur du pays, Ottawa est solidaire du gouvernement de Kiev. Mais cette solidarité répond aux intérêts géostratégiques du gouvernement de Stephen harper. On est ici face à une interprétation du jeu des dominos. Si l’Ukraine tombe, le prochain domino pourrait bien être l’Arctique. Les Canadiens ont bien peur que si la Russie arrive à ses fins en Europe de l’Est, ils n’usent des mêmes tactiques pour s’emparer de manière unilatérale des territoires litigieux en Arctique.

l'Arctique Cc wikimedia
l’Arctique Cc wikimedia

En matière de politique internationale, la solidarité va très souvent de pair avec la promotion de ses propres intérêts. L’échiquier géostratégique ukrainien est un autre bel exemple de cet adage.

Le nouveau continent gelé sera l’une des zones vierges les plus disputées au 21e siècle. À travers le conflit ukrainien, les grandes puissances ont déjà commencé à avancer leurs pions.


Une vue d’Amérique

La Maison Blanche Cc Daye Diallo
La Maison Blanche Cc Daye Diallo

Après une pause estivale bien méritée, laissons-nous aller à un peu de fantaisie dans ce premier article de la saison. De retour d’une dizaine de jours chez nos voisins du sud, je me transforme en guide touristique, ce qui n’arrive pas très souvent.

Premier stop New York!

New York est juste New York. Oui, je sais, je me répète mais cette ville est unique en son genre. Poumon économique des États-Unis et même du monde, la cité ne dort jamais. Time square est juste incroyable. Avec toutes ses publicités géantes le lieu reste la vitrine de la culture américaine et de la consommation de masse. Faites un détour par l’Empire State Building, un autre symbole de la ville, pour profiter de la vue magnifique sur la grosse pomme. La métropole, bruyante et gigantesque, est un impressionnant melting-pot de cultures qui reste incontournable quand on veut visiter ce pays.

New York Cc Daye Diallo
New York Cc Daye Diallo

Deuxième stop Washington!

Washington, est une ville agréable à visiter. Contrairement à la grosse pomme qui est grouillante de monde, de nuit comme de jour, la capitale américaine est plus calme et déambuler sans objectif précis y est plus agréable. En effet, à chaque détour, un immeuble important ou une plaque historique est à découvrir. Par exemple, pas loin de la maison blanche, à un carrefour anodin se trouve le siège de la banque mondiale – découvert par hasard en m’engageant dans cette rue – qui vient rappeler la prépondérance du pays dans les affaires économiques de la planète.

Les incontournables de la capitale politique sont bien évidemment la maison blanche et le capitole. Pour la jolie petite photo, privilégiés la résidence du président et pour la visite le cœur du pouvoir législatif soit le congrès. Si vous voulez arpenter les  mêmes couloirs que Barack il vous faudra réserver des semaines à l’avance alors qu’au congrès vous pouvez faire partie d’une visite guidée le jour même.

Saviez-vous que l’Amérique est le plus beau, le plus démocratique et le pays plus béni des dieux? Du moins les Américains en sont convaincus et la visite du congrès vous le rappellera. Dès l’entrée, le ton est donné sur un prospectus – en Français tout de même – : le congrès est l’un des sièges de la plus grande démocratie du monde. Rien de moins! Le bâtiment est tout de même d’une extrême beauté. De nombreuses anecdotes intéressantes, drôles vous seront dévoilées par votre guide. Cependant, ne vous attendez pas à croiser Frank Underwood dans un corridor. Je viens d’apprendre que la série House of Cards était tournée à Baltimore, même pas à Washington ! Déçus comme moi?

Comme dans les rues de nombreuses villes américaines. La pauvreté omniprésente reste étonnante pour un pays développé. L’année dernière, j’évoquais dans ce billet la situation compliquée des minorités visibles. Aujourd’hui, même si les États-Unis sont devenus un pays égalitaire pour tous, l’égalité économique de toutes les composantes de la société tarde à venir.

Un fait sociologique intéressant aux États-Unis – du moins dans ces deux villes que j’ai visitées – est l’état de leurs transports en commun et plus précisément de leurs lignes de métro.  Les stations y sont sales et sans intérêt. À Montréal par exemple, un effort est fait pour rendre chaque arrêt unique en son genre, autant au niveau du décor que de la construction. Quand on pense aux gares soviétiques dont certaines sont faites de marbre, l’Amérique fait, pour une fois à la comparaison, figure de parent pauvre. Le capitalisme américain a privilégié la voiture – symbole de la propriété privée – aux transports en commun – symbole du socialisme ? –.

J’ai passé en tout 3 jours dans chacune des deux villes. Ce temps est largement insuffisant pour profiter de tous les charmes qu’elles offrent. Si vous prévoyez faire le même trajet, restez-y plus longtemps. Si vous avez une fibre plus  historique et politique, Washington est incontestablement la cité que vous devez visiter. New York est un bel endroit pour découvrir des commerces, des restaurants inusités et avoir une expérience un peu plus « people ».

Le Lincoln Memorial à Washington Cc Daye Diallo
Le Lincoln Memorial à Washington Cc Daye Diallo


L’Europe vote

Collège Stanislas, bureau de vote des Français à Montréal. Cc Daye Diallo
Collège Stanislas, bureau de vote des Français à Montréal. Cc Daye Diallo

Il est 12 heures ce samedi 24 mai 2014, devant le collège Stanislas de Montréal, la communauté française a rendez-vous pour élire ses conseillers consulaires et surtout, les députés qui la représenteront au Parlement européen. J’accompagne une amie française, enthousiaste de se prémunir de son droit de choisir les personnes qui auront une influence sur sa vie. Toujours devant le collège Stanislas, pas grand monde. À l’intérieur, la foule n’est pas non plus énorme. Deux jours plus tard, les chiffres confirmeront cette impression. Seulement 6, 48 % des personnes inscrites sur les listes électorales (donc 2 971 votants sur 45 851 personnes) de la ville se sont déplacées. Première déception, vu l’abstention, la politique est encore perdante et c’est bien dommage.

Deuxième déception à l’annonce des résultats dimanche en soirée. Dans la grande majorité des pays qui votaient, les formations politiques eurosceptiques ou, franchement, anti-européennes étaient en tête. Je ne suis bien évidemment pas Français, ni Européen, mais il est triste de voir percer sur ce continent les idées « nauséabondes » des partis d’extrême droite. Des partis qui rejettent certains échecs de l’Union sur des boucs émissaires. Pour eux, si l’Europe va mal aujourd’hui, c’est la faute aux immigrés. Si la croissance est en berne, c’est la faute à l’ouverture des frontières et à la chute des barrières douanières. Si la classe moyenne doit se serrer la ceinture, la faute revient aux Roumains ou aux métèques venus de l’autre côté de la Méditerranée pour abuser des aides sociales tout en volant les emplois des gens de « souche ». C’est à peine si ces politiciens de mauvais augure ne détournent pas la pensée célèbre de Jean Paul Sartre – voyant leur niveau de réflexion, connaissent-ils  au moins ce philosophe – « l’enfer c’est les autres ».

Oui, aujourd’hui, l’Europe ne va sans doute pas très bien, mais ce n’est pas non plus le continent en perdition que décrivent les prophètes de malheur. L’Europe a de nombreuses réussites à son actif que l’on devrait sans cesse rappeler. La liberté de voyager sans complications administratives dans l’espace Schengen, la stimulation des voyages étudiants grâce à Erasmus, la paix durable sur le continent et beaucoup d’autres sont reliées à cette Europe qui a largement contribué à améliorer la vie de ses populations.

Ne nous voilons pas la face non plus, l’Union doit apporter des rectificatifs à sa construction, mais les solutions pragmatiques passent par une meilleure Europe, une Europe plus forte, une Europe aux finances, à la politique, à l’armée et aux affaires étrangères plus harmonieuses et cohérentes avec le développement global des pays qui la composent. Imaginez les milliards que ces nations pourraient économiser en mutualisant leurs dépenses pour créer une armée européenne. Une telle armée serait plus efficace face aux défis du 21e siècle.

Cependant, à moins d’un revirement spectaculaire, ce n’est surement pas avec la classe politique actuelle que de tels projets verront le jour. Il est dommage de voir que, plutôt de concevoir grand, chacun – les politiciens – s’applique à conserver son petit pouvoir dans son coin en accusant les autres de ne pas jouer franc jeu. De plus, nombreux sont les politiques qui se fourvoient et ne se privent plus de rependre les thèses des partis extrémistes dans l’espoir de s’attirer quelques votes (par exemple, la droite qui se dit décomplexée en France).

Que de grandes réflexions, mais ce sera aux Européens de décider de leur avenir et de faire les choix qui détermineront leur place – grande ou timorée –  dans le concert des nations.

Revenons sur Montréal. Au moins chez nous, les Français auront barré la route aux partis extrémistes. Par exemple, la liste Bleu Marine – affiliée au FN français – n’aura obtenu que 313 votes sur les 2938 exprimés soit 10 ,65 % des suffrages. Étonnant cependant que des « immigrés » au Canada votent pour un parti anti-immigration dans leur pays.


Du Québec en Amérique

Drapeau du Québec via Google images Cc
Drapeau du Québec via Google images Cc

Depuis les dernières élections provinciales du 7 Avril 2014 de nombreux amis en Afrique ou en Europe, sur Mondoblog ou les réseaux sociaux me demandent des explications sur la politique québécoise et sur le fonctionnement de cette société si distincte en Amérique du Nord. Distincte du fait de sa langue, de sa culture et de son histoire particulière. Et bien, voilà quelques pistes – pas toutes évidemment car d’autres articles viendront – pour mieux comprendre la belle province -, surnom donné au Québec.

Le Québec est une province faisant partie de la fédération canadienne (10 Provinces et  3 territoires). Il est important de savoir qu’elle est la seule région majoritairement francophone du Canada pour comprendre les tenants et les aboutissements de sa vie politique. Comme chaque fédération, le pourvoir est partagé entre une administration centrale – à Ottawa – et les différents gouvernements provinciaux où les différents paliers de gouvernement ont des compétences clairement établies.

De ce fait, même si l’on vit dans le même pays, il arrive très souvent que le Québec soit en désaccord avec le reste du Canada sur certaines questions de société d’où cette image, souvent tronquée, d’un antagonisme Francos contre Anglos.

Par exemple, le Québec est, assurément, la province la plus « sociale » du Canada et même d’Amérique du nord. Les impôts y sont élevés, mais le filet social est aussi plus important. Des congés maternités à l’éducation, le gouvernement s’efforce de garantir une certaine équité sociale qui est rare en Amérique du Nord. Le Canada carbure au pétrole (surtout la province de l’Alberta et ses sables bitumineux) tandis que les Québécois sont fiers de leur hydro électricité.

Au Québec, la question principale séparant les partis politiques est celle de l’indépendance. Si en France et dans de nombreux pays le clivage primordial qui distingue les politiciens est la vision de l’économie – le Parti socialiste de gauche et l’UMP de droite par exemple – au Québec ce clivage se fait autour de la question sur la souveraineté. De ce côté de l’Atlantique on est tout d’abord fédéraliste ou indépendantiste avant de se dire de gauche ou de droite.

La politique n’est pas tout! Parlons un peu de sport car voilà une autre activité qui soulève les foules plus que les débats de société. Si vous aimez le foot – soccer ici -, le Québec ne sera pas votre terre promise. Même si on y joue souvent de manière récréative, le ballon rond n’est pas le sport roi. Si les Canadiens – Québécois compris – vibrent à l’unisson pour un sport, c’est bel et bien pour le hockey sur glace. Cependant, les politiciens ne sont jamais bien loin et ne ratent pas une occasion pour plaire aux fans.

Stephen Harper actuel premier minitre du Canada Via Yahoo sports
Stephen Harper actuel premier minitre du Canada Via Yahoo sports

Finalement, comprendre le Québec, terre francophone au milieu d’un océan anglophone, c’est savoir qu’elle a une place particulière dans la fédération canadienne et plus largement en Amérique du Nord. La belle province est une terre d’immigration, un mélange d’Europe et d’Amérique en plus de la centaine de cultures qui y ont élu domicile.

(La suite dans un prochain article)


Une défaite historique

Pauline Marois, ex première ministre du Québec. Via Google images Cc
Pauline Marois, ex première ministre du Québec. Via Google images Cc

J’ai de nombreux amis qui ont passé  le 7 avril 2014 l’une des pires soirées de leur vie. Pourquoi?  À cause de la déconvenue  enregistrée  par le Parti québécois (PQ) et ses supporters.

Le parti indépendantiste de notre belle province  a inscrit l’un de ses plus faibles scores depuis une quarantaine d’années. Les malheurs ne venant jamais seuls, sa chef, Pauline Marois a perdu le vote populaire dans sa circonscription parlementaire face à une parfaite inconnue.

Comment expliquer une telle défaite péquiste alors qu’ils étaient au pouvoir et qu’ils ont lancé ces élections dans l’espoir d’obtenir une majorité qui leur manquait au parlement? Par les faits suivants.

Le climat malsain et délétère de la dernière campagne m’a beaucoup fait penser aux primaires – surtout chez les républicains – électorales de nos voisions américains. Le mois dernier a été parsemé d’accusations – souvent infondées – et d’insultes entre les partis politiques de la province.  Même si tous les politiciens ne se sont pas engouffrés dans cette voie, la faute originelle revient au PQ qui a voulu discréditer vaille que vaille son principal adversaire. Les péquistes ont voulu capitaliser sur les anciens scandales de corruption qui ont touché les libéraux. Cependant, la grande majorité des piques qu’ils ont lancées se sont retournées contre eux.

La stigmatisation par le PQ de certains électeurs indépendantistes qui voulaient voter pour un autre parti que le leur. Le travail d’un politicien est de convaincre l’électorat de  lui accorder sa confiance, pas de pointer du doigt ceux qui ne veulent voter dans son sens. Tout au long de la campagne, le PQ a accusé les électeurs de Québec solidaire (QS) de diviser le vote « progressiste » et souverainiste. À mon sens, tenir de tels propos est un constat d’échec. Si certains Québécois indépendantistes votent pour QS, c’est parce qu’ils se reconnaissant dans ce Parti et y trouvent quelque chose qu’ils n’ont pas au PQ. Le Parti québécois devrait donc travailler à leur offrir ce qu’ils désirent plutôt que de simplement leur dire de voter stratégique, donc de voter PQ.

Je suis convaincu qu’on ne peut faire de la politique sur la peur et le bilan désastreux du Parti qui nous a précédés au pouvoir. Pourtant, c’est exactement ce que le Parti québécois a fait au cours des 30 derniers jours. Pour amener les gens à voter, il faut leur vendre un programme, leur donner de l’espoir et les amener à faire un choix sur un projet de société. Quels sont les mesures sur lesquelles le PQ a fait son terreau les dernières semaines? L’indépendance de la province qui fait actuellement peur aux électeurs, sa charte des valeurs québécoises qui a plus divisé que rassemblé les québécois sur un projet d’avenir. J’ai très peu entendu les points importants (Économie, écologie, etc…) du programme du PQ tant le débat était focalisé sur les erreurs passées des libéraux du Québec et sur des sujets polémiques.

Finalement, le parti québécois ne peut s’en prendre qu’à lui-même et ses stratèges d’avoir perdu le pouvoir. Madame Marois a posé sa démission et ses ex collègues devront faire une grande introspection des valeurs et  des objectifs de leur courant politique. Les Québécois veulent ils encore entendre parler d’indépendance? L’avenir nous le dira. Avant de conclure,  comme le dit l’expression à tout seigneur, tout honneur,  l’histoire se souviendra de madame Marois comme la première femme à la tête de la province en plus de toutes les fonctions prestigieuses qu’elle a occupées précédemment.


YOLO

Jeunes via Google images Cc
Jeunes via Google images CC

Jeune lecteur, en lisant le titre de cet article je sens que tu n’as pas été indifférent. Soit on l’aime, soit on le déteste, mais rares sont ceux qui connaissent ce mot et qui restent stoïques à son évocation.

Rendu populaire en 2011 par le rappeur canadien Drake dans une de ses musiques, le terme YOLO (diminutif de l’expression anglaise « you only live once », en français « on n’a qu’une vie ») est rapidement devenu viral chez les jeunes. L’acronyme connote d’une envie de rébellion par rapport à la monotonie du quotidien, d’une insouciance mélangée à un esprit de fête souvent poussé à l’extrême pour profiter du moment présent.

Pourtant, quand j’entends l’expression YOLO, je ne peux m’empêcher de penser à un illustre homme, Stéphane Hessel – aux antipodes de Drake me direz-vous – et à son essai Indignez-vous. Dans ce court ouvrage, Hessel appelait les gens à « s’indigner » devant les inégalités sociales, les injustices de ce monde et à s’engager personnellement pour aboutir à un monde meilleur et plus égalitaire.

Imaginez-vous chez les jeunes que l’on puisse associer cette indignation envers les travers de notre société à l’expression YOLO ? Verrons-nous un jour un adolescent militer au sein de son association étudiante ou politique en se disant YOLO ? Verrons-nous un jour des jeunes gens se battre pour le respect des droits des minorités et des couches les plus pauvres après s’être dit YOLO le moment est venu que je fasse quelque chose pour participer à un changement collectif positif ? Pourquoi pas.

Bref, voilà ce que m’inspire l’acronyme de Drake. Plutôt que d’inciter à s’amuser de manière excessive et parfois nocive pour la santé, on pourrait plutôt tirer une jouissance en s’impliquant politiquement et socialement pour le bien-être de sa communauté, car on ne vit qu’une fois. Le terme YOLO est déjà percutant dans l’imaginaire collectif de notre génération. Il pourrait devenir le signe de ralliement de toutes ces jeunes énergies qui veulent enfin vivre dans des sociétés plus respectueuses, plus égalitaires et plus développées. Ne dit-on pas que l’on ne vit qu’une fois? Aucune autre vie ne nous sera donnée pour améliorer notre condition que l’existence que nous menons actuellement.

Justement, les élections provinciales au Québec sont dans trois semaines. Vous savez ce qui vous reste à faire les jeunes… Vous rendre aux urnes pour exprimer votre choix démocratique et citoyen, YOLO.


Bruits de bottes en Crimée

Soldats parachutistes russes via Google images Cc
Soldats parachutistes russes via Google images Cc

Le ministre canadien des affaires étrangères revient à peine de Kiev et le Canada vient de rappeler son ambassadeur à Moscou. Comme tout l’occident, à juste titre, Ottawa a condamné les récents évènements et la barbarie du pouvoir qui a conduit à la mort de plusieurs manifestants. Mais, que peuvent-ils de plus? S’en aller en guerre pour sauver l’unité de l’Ukraine? J’en doute.

Malheureusement, À voir ce qui se déroule  du côté de Simferopole, j’ai la triste impression que les Ukrainiens se sont vraiment tirés une balle dans le pied (même les 2 pieds). Fort du soutien de l’ouest, Kiev, par la destitution d’Ianoukovitch, a défié frontalement l’autorité de Moscou. À ce jeu de dupes, les Ukrainiens sont ceux qui ont tout à perdre. Ianoukovitch n’est ni fréquentable ni défendable, mais il avait lui même proposé des élections partielles dans les deux mois. Pourquoi n’avoir pas attendu pour le déposer par les urnes. À ce moment, la Russie n’aurait pas eu de prétexte pour envahir une partie du pays.

Géopolitiquement, indépendamment du fait que la Russie accuse l’Occident d’ingérence en Ukraine (zone qu’elle considère de fait comme son précarré), la situation trouble de ce pays arrange le pays. La Crimée est un enjeu extrêmement stratégique pour la Russie. Sa flotte en mer Noir y est stationnée et un « contrat » de location lie Kiev à Moscou jusqu’en 2042. La flotte russe peut stationner à Sébastopol en échange d’un rabais de 30% sur le Gaz que les Ukrainiens achètent en provenance de Russie.

La Russie a tout intérêt à voir une république de Crimée faire sécession pour revenir dans son giron. Le gain est double pour elle. Premièrement, le retour de la péninsule dans la fédération permettrait au pays d’en finir avec l’incertitude de ne pas pouvoir renouveler dans le temps son bail de location à Sébastopol. Ensuite, la flotte russe n’aurait plus à payer pour bénéficier des installations Ukrainiennes.

Géopolitiquement c’est un coup de maître que la Russie est en train de mettre en place dans le sud de l’Ukraine. Ce serait même le coup du siècle pour son armée, car c’est une aberration pour elle que sa flotte de la mer Noire soit basée en « pays étranger ».

Que va-t-il se passer ensuite? Les Russes n’iront surement pas au-delà de la Crimée ; ce serait une ligne rouge que les Occidentaux ne tolèreraient pas. Pour l’instant, ces derniers protestent au conseil de sécurité de l’ONU, mais n’iront surement pas jusqu’à une confrontation armée. Des chars russes qui roulent vers Kiev changeraient sans équivoque la donne. La sécession de la Crimée obtenue,  les Russes vont couper le Gaz à l’Ukraine, lui demander de rembourser ses dettes et attendre que le pays fasse tranquillement faillite. À ce moment si l’Europe (avec des finances exsangues) ou le FMI ne viennent pas en aide à l’Ukraine, le pays reviendra tranquillement vers son grand frère de l’est en plus d’avoir perdu une partie de son territoire à tout jamais. Imaginez vous que ce scénarios ce réalise? Machiavel n’aurait pas mieux fait que Poutine.

Malheureusement, force est de constater que les choses ne pourront changer radicalement dans les anciennes républiques soviétiques que lorsqu’un vent démocratique aura soufflé sur le kremlin. Rappelez-vous le formidable élan de liberté qui prit les pays communistes d’Europe de l’Est au tournant des années 80. Ces derniers ont pu se départir des dictatures corrompues qui étaient à leur tête seulement parce qu’à Moscou, le gouvernement avait décidé que le temps était venu pour le changement. Gorbatchev a laissé l’Europe de l’Est devenir démocratique en décidant que les chars soviétiques n’avaient plus à intervenir dans ces pays satellites.

Tant qu’une dictature déguisée sera au Kremlin, ce n’est pas par la force et en donnant des prétextes à l’armée russe que les ex-républiques soviétiques s’émanciperont de la tutelle de leur envahissant « grand frère ». La Géorgie en a fait les frais en 2008 et l’Ukraine n’a pas retenu sa leçon de l’histoire. Seuls des actions extrêmement stratégiques – non violentes – et le « soft power » peuvent donner un espoir d’émancipation démocratique dans cette région du monde.

En attendant le Canada, l’UE et les USA continuent à faire pression sur Moscou dans l’espoir que l’ami Vladimir revienne à la raison.


Le racisme «ordinaire»

Eric Duhaime Cc google images
Eric Duhaime (Crédits photo :google images)

«Je trouve ça plate parce que les Noirs ont eu peu de héros. Malheureusement, j’ai l’impression que quand ils ont des héros, ça finit souvent que c’est des zéros».

Ces propos ne viennent pas d’un sombre inconnu, mais d’un chroniqueur du journal de Montréal (plus grand quotidien francophone d’Amérique en termes de tirage), du National Post (très grand quotidien anglophone au Canada) et animateur à CHOIX Radio X 91.9 Montréal (une assez grande station radio), évoquant des faits divers sur des boxeurs québécois  (mais dont la couleur noire est déterminante pour l’animateur radio).

Non content de tenir des propos racistes à l’encontre de la communauté noire québécoise, monsieur Duhaime est passé du coq à l’âne en évoquant Barack Obama : « Ce n’est pas à cause de la couleur de sa peau, mais je regarde les chiffres et je pense qu’il est le pire président de l’histoire des États-Unis et c’est de ça qu’on va se rappeler. Son legs à Barack Obama, c’est celui qui va avoir le plus endetté le pays ». Soit Éric Duhaime ne connaît rien à l’économie, à l’histoire et à la géopolitique (étonnant, car il se targue de détenir un diplôme de sciences politiques), soit il fait preuve d’une mauvaise foi absolument répugnante qui n’a rien à envier au Tea party américain. De nombreux grands économistes ont démontré que la dette (en fonction du montant qui est directement attribuable à l’action de chaque président) avait plus que doublé sous la présidence Bush Jr alors qu’elle n’a augmenté que de 41 % sous Obama.

Barack Obama n’est sans doute pas le meilleur président que Washington ait vu passer, mais il est loin d’être le pire. Faut-il rappeler que son prédécesseur direct a plongé le pays (et le monde) dans deux guerres (dont la très discutable guerre en Irak) et que le pays a subi deux crises économiques (2001 les valeurs technologiques, et 2007 les subprimes). Ne nous attardons même pas à passer au crible le dossier des 42 autres présidents qui les ont précédés. En s’attardant juste à son bilan économique, Barack Obama a eu le mérite d’éviter la banqueroute et la catastrophe au pays sous perfusion dont il a hérité en 2008.

Au-delà de votre courte vue sur l’histoire et de votre culture générale qui me semble bien limitée, sachez, monsieur Duhaime que le « peuple » noir (sachant que vous le percevez comme un ensemble homogène ce qui est déjà à la limite du racisme) a de très nombreux héros qui n’ont pas fini comme des zéros. Tout d’abord très proche de nous, connaissez-vous notre ancienne gouverneure générale du Canada, madame Michäelle Jean? Encore plus proche de nous au Québec, connaissez-vous monsieur Laferrière qui vient juste d’accéder au statut d’immortel à l’Académie française? Je ne veux pas paraître désagréable, mais il faut écrire plus que des chroniques au journal de Montréal pour y espérer une place.

Connaissez-vous Nelson Mandela? Koffi Anan? Martin Luther King? Tapez ces noms sur Google, ça vous fera un peu de culture générale. À vous avoir écouté, je pense que vous aimez bien le sport (vous réduisiez les « héros-zéros » du peuple noir à des boxeurs). Et bien ne vous en déplaise, le plus grand boxeur de l’histoire  est noir et s’appelle Mohammed Ali ou Cassius Clay selon la préférence. Au basket connaissez-vous Michael Jordan? Au soccer, avez-vous entendu parler de Pelé ou de son vrai nom Edson Arantes Do Nascimento? Bref, renseignez-vous avant de distiller des énormités à la radio.

Dans votre émission vous aviez l’air de déplorer que la perception populaire avait une mauvaise image des Noirs. Si vous ne le saviez pas, les animateurs radio font partie de ces gens qui ont le pouvoir de façonner la pensée populaire. Pour cela, ils se doivent d’être le plus professionnels possible. Évitez de tenir des propos aberrants et les perceptions populaires ne s’en porteront que mieux.

Si vous me lisez monsieur Duhaime, ce mois-ci est officiellement au Canada celui de l’histoire des Noirs. Une belle coïncidence je trouve. Alors n’hésitez pas ; de nombreuses activités sont proposées pour en connaître un peu plus sur cette communauté que vous semblez si mal connaître et comprendre.


Dieudonné le trublion

Dieudonné Cc Google images
Dieudonné Cc Google images

Même si la politique est une passion chez moi, parler toujours de politique peut facilement devenir pénible. Surtout si le sujet de discussion est polémique et ne mérite pas toute l’attention qui lui est accordée.

J’ai ainsi « gâché » le début de mon dernier samedi soir en discutant du sujet « chaud » du moment, l’affaire Dieudonné M’bala M’bala. Vous devez sans doute être au courant de l’histoire de ce bonhomme. Français de son état, il défraie la chronique hexagonale (et même mondiale vu que la future discussion se tient à des milliers de km des terres gauloises). Depuis l’interdiction de son dernier spectacle par les autorités françaises, son cas est devenu politique.

Chez un ami, j’ai rencontré une connaissance avec laquelle je parle parfois de politique. Sachant un peu sa tendance politique (antisystème qui tend un peu vers la théorie du complot), j’aurais dû m’abstenir de lui poser la question fatidique : que penses-tu de Dieudonné ?

La question me fut retournée. Pour moi, en tout bon sens, Dieudonné est un personnage polémique, dont les liens avec l’extrême droite française rendent l’humour douteux et condamnable.

J’ai voulu lui donner des exemples montrant que le « plus grand » humoriste de France a un passé lourd et qu’avec un tel historique ses blagues ne peuvent être neutres et « seulement » comiques.

Plume, l’une des filles de Dieudonné, a pour parrain le tristement célèbre Jean-Marie Le Pen ex-chef du Front national. Il n’est pas nécessaire de reparler de l’histoire nauséabonde des  Le Pen habitués des propos racistes, antisémites et xénophobes. En 2009, Dieudonné s’est présenté aux élections européennes au sein d’une liste antisioniste qui comportait des personnalités très peu fréquentables, dont des gens d’extrême droite. Il existe beaucoup d’autres exemples des dérapages de « l’artiste ».

Mal m’en a pris, car mon intégrité et mes compétences intellectuelles ont immédiatement été remises en cause. Mon esprit critique a vite été moqué par mon contradicteur qui ne voyait en moi qu’une brebis égarée et enfumée par la manipulation des politiques et des médias. Mon interlocuteur est parti au quart de tour dans un discours rempli d’incohérences et d’approximations. Pour lui, les journaux ne colportent que des mensonges sur le plus grand humoriste de France (oui, Dieudonné est le plus grand humoriste de France!). Des lobbies cachés sont derrière cette grande machination pour discréditer l’artiste dont le combat est juste. On n’était pas loin de l’habituel discours sur le complot judéo-bolchévico-médiatico-capitalistico (et je suis loin d’exagérer) qui est responsable de tous les maux de l’humanité.

Comment discuter sérieusement avec de telles personnes qui d’avance réfutent tous les faits concrets et réels que nous rapportent des médias parfaitement crédibles ? Quand vous aurez la réponse, laissez-moi un message. Il est pourtant facile de se désolidariser de certains messages de Dieudonné quand l’on fait quelques recherches sur Internet pour voir la personnalité et l’idéologie controversées du personnage. Je pense que l’on peut rire de beaucoup de choses, mais tout le monde ne peut pas rire de tout. Dieudonné de par son engagement politique est de ces personnages qui ne peuvent pas rire de tout. Son message a une porté différente de monsieur et madame tout le monde ou d’un simple humoriste. De plus on ne peut rire d’actes ignobles qui ont été commis à l’encontre de certaines couches de la population au cours de l’histoire et en faire un fonds de commerce perpétuel.

 Je n’ai jamais vu un humoriste (surtout non noir) traiter les gens noirs au cours de son spectacle de nègr*s (vous voyez ce que je veux dire). Ce mot est historiquement chargé d’une connotation tellement grave et horrible qu’il est prohibé du langage. Le répéter à longueur de spectacles serait pire et vu comme une fixation raciste envers cette couche de la population. De même que faire des blagues sur la Shoah (acte le plus ignoble commis contre le peuple juif) du fait de l’histoire et de sa connotation horrible est de très mauvais goût. En faire un thème récurrent de ses spectacles « d’humour » est stupide et condamnable.

 Bref, une heure après on en était de retour à notre point de départ. Monsieur n’avait pas changé d’un iota son amour pour Dieudonné. Chers lecteurs, si vous ne voulez pas vous gâcher un bon samedi soir de repos, évitez les sujets polémiques surtout quand vous êtes entourés de gens nourris à la théorie du complot.


Économie à géométrie variable

 FMI

Retrouver de l’argent dans un vieux pantalon que l’on a plus porté depuis belle lurette est toujours un moment de bonheur. Dans mon cas du moins, le reste de ma journée est toujours agréable.

Mais, se lancer dans une réflexion politico-économique est plus rare. Pourtant, en retrouvant un billet américain de 5$ dans les poches d’un vieux short, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’économie pouvait souvent être à géométrie variable. Du moins, ce qu’on conseille à certains d’appliquer pour atteindre le bonheur n’est pas du tout ce que font ces mêmes conseillers.

Dans le tiers monde, le FMI et ses acolytes recommandent souvent des programmes d’ajustement structurels (PAS) aux économies en « perdition ». En quelques mots, ces PAS consistent principalement à désengager l’État de l’économie, de couper dans les programmes sociaux, de libéraliser les échanges, de taxer les classes populaires et d’accorder une liberté totale aux entreprises étrangères et aux multinationales.

En 2007-2008, les « grands » de ce monde ont connu un choc économique qui ne s’était plus produit depuis le dernier grand krach boursier de 1929. Qu’ont t’ils fait à cette époque pour se sortir de ce mauvais pas? Faire absolument le contraire de que ce préconise les grandes institutions économiques néolibérales qu’ils dirigent.

Prenons l’exemple des USA, pays capitaliste par excellence. Les Américains, avec un pays surendetté, au contraire de se désengager de leurs industries stratégiques pour laisser le marché « réguler » l’activité, ont injecté des milliers de milliards d’argent public pour renflouer les entreprises privées. De Général Motors à l’assureur AIG, Washington a répondu présent pour sauver le pays de la Banqueroute. Appliquer les principes du FMI serait revenu à laisser ces géants mourir et à ouvrir toutes les frontières du pays pour permettre à des capitaux privés étrangers de venir remplacer les entreprises américaines en difficulté.

Retrouvé ce billet de 5$ dans ma poche m’a fait pensé à mon grand voisin du sud, mais m’a surtout fait réfléchir à ma chère Afrique. Pourquoi appliquons nous toujours, presque sans débat national, les recettes économiques venues d’autres cieux et, souvent en inadéquation avec les réalités locales?

Le principal problème de nombreux pays du continent reste leurs gouvernants incompétents. Ces derniers les conduisent dans de graves crises économiques pour les enfoncer encore plus dans des programmes dits de sauvetage national. En général, si quelques fois les PAS réussissent, ils font souffrir au passage les couches populaires et les classes moyennes qui sont obligées de faire de faire des sacrifices économiques énormes. Les gouvernants eux, surtout en Afrique, voient rarement leur quotidien impacté par tel ou tel programme d’aide venu de l’étranger. Les plus véreux d’entre eux, n’hésitant même pas à détourner les montants alloués par les institutions internationales pour « renflouer » leur économie.

Dans le monde, les grands pays émergeants (ceux des BRICS par exemple) qui ont réussi à se sortir, en partie, de leur misère sont ceux dont l’État a été présent et a accompagné stratégiquement le développement économique. La Chine, avec son socialisme de marché et ses défauts, est l’exemple par excellence de cette association entre le gouvernement et les objectifs à long terme de croissance économique. Le Brésil de Lula a sorti des dizaines de millions de gens de la pauvreté par l’éducation et les programmes sociaux. L’Inde, par  l’action de son gouvernement a su habillement protégé et attirer des investisseurs dans de nombreux secteurs de son économie comme les technologies ou la pharmaceutique.

En attendant que certains pays comprennent le sens caché de la citation de Saint Matthieu «  faites ce que je dis pas ce que je fais », je m’en vais de ce pas dépenser mon billet de 5$ retrouvé.