Djifa Nami

Quand Beyoncé entre dans la danse

DSC07117Grande polémique cette semaine autour de la performance de Beyoncé au 50e Super Bowl le dimanche dernier. Le championnat de football américain, et la victoire des Denver Broncos, sont presque devenus secondaires dans la zizanie médiatique à propos du spectacle de Beyoncé pendant le show de la mi-temps.

Les outrages ont fusé de part et d’autre. Comment a-t-elle osé utiliser cette plateforme sportive pour faire passer un message politique, et prendre partie dans l’autre grande polémique du moment, les bavures policières aux Etats-Unis ? Comment a-t-elle osé invoquer le symbole des « Black Panthers »  pour véhiculer son soutien au mouvement « Black Lives Matter » ? Comment a-t-elle osé profiter de l’audience de près de 112 millions de spectateurs pour faire la promotion de sa prochaine tournée mondiale ? Comment a-t-elle osé voler la vedette à Chris Martin et son groupe Coldplay qui devait être l’attraction principale du spectacle? Beaucoup de questions, certaines pertinentes sans doute. La seule que je me suis posée : comment a-t-elle osé apparaître dans un tel accoutrement ?

L’habit ne fait pas le moine, on le dit, et surement pas dans le cas de Beyoncé. Son style de vamp est calculé pour accentuer le rôle de femme super sexy et sure d’elle qu’elle se veut jouer, mais ce n’est surement pas là le seul rôle qu’elle détient dans la société américaine. Jeune, femme, mère, noire-américaine, autant d’éléments qui auraient pu comporter un handicap dans son ascension artistique et sociale. Pourtant ce sont des éléments, alliés à son flair commercial,  dont elle a su user pour avancer tant dans sa carrière musicale que dans la gestion de son immense patrimoine. Nul doute, c’est une jeune femme pleine de talent (j’avoue que je ne suis pas une grande fan de sa musique), mais elle a surtout un excellent sens du business. Grâce à ses atouts, et au fait qu’elle soit mariée à Jay Z, un autre magnat du show business, elle tient une place de choix dans la pop culture américaine. Consciente de ce rôle, elle a voulu utiliser la plus grande audience à sa disposition pour faire entendre non seulement sa musique, mais également sa voix. On ne peut que l’en féliciter.

Seulement voilà, je me demande comment, en tant que mère d’une petite fille, elle ait pu trouver normal de se présenter dans un tel costume à un évènement où des enfants, et des jeunes hommes impressionnables, font partie de l’audience. Lorsqu’elle est apparue, mon fils de 10 ans a écarquillé les yeux, tourné la tête vers son petit frère, puis ils ont éclaté de rire, avant de se reprendre et de regarder dans ma direction. Le fou-rire s’est alors transformé en un ricanement gêné avec un regard incertain, comme pour s’assurer que ce n’était pas l’un de ces moments où il fallait fermer les yeux. Je n’avais émis aucun signal, comme c’est le cas parfois quand on regarde un film ensemble et je trouve une scène inappropriée pour leurs jeunes esprits. Cette fois je n’avais aucun signal, ni pour eux, ni pour moi.

Que fallait-il penser des bas résilles, combinés à la veste en cuir, le tout hautement suggestif d’une dominatrix. Tout de suite, je me suis précipitée sur les réseaux sociaux pour m’illuminer de la réaction d’autres amis-parents. Ouf je n’étais pas la seule sous le choc. La plupart des gens appréciaient ses talents acrobatiques et le duel de danse avec Bruno Mars, mais de sa prouesse vestimentaire, pas du tout convaincus. Elle n’est bien sûr pas la première à subir le courroux des spectateurs pour un relatif manque de tenue vestimentaire pendant le Super Bowl. On se rappellera de la malencontreuse aventure de Janet Jackson pendant le spectacle du Super Bowl en 2004. Si les collants de Beyoncé étaient un peu moins révélateurs, de l’avis général, elle avait choisi le mauvais costume de scène pour un tel évènement.

Comme il fallait s’y attendre, les médias ont vite pris les choses en main. Les articles pour ou contre la performance de Beyoncé ont commencé à défiler en boucle. Les détracteurs et les fans ont envahi la section des commentaires, et pendant ce temps Coldplay, qui était supposé être en tête d’affiche du spectacle, était maintenant loin dans les esprits. On en a même oublié Lady Gaga qui avait ouvert le show avec une superbe interprétation de l’hymne national. Il n’y en avait plus que pour Beyoncé. Le lendemain les hommes politiques s’en sont aussi mêlés, certains à coup de communiqué de presse dénonçant le caractère opportuniste de la performance de Beyoncé, et son manque de respect pour les forces de l’ordre.

Une fois de plus, Beyoncé aura fait parler d’elle à grand fracas, sans faire autre chose que ce qu’elle sait faire de mieux : chanter, danser, et choquer. Elle est venue se donner en spectacle et c’était une réussite totale, y compris la manière fantastique dont elle a rattrapé un faux pas de danse qui a failli lui faire perdre l’équilibre (qui sait, si elle était tombée, de quoi nous serions en train de parler aujourd’hui!). Sans aucun doute, Beyoncé a joué son rôle à perfection. Alors, nous autres aussi contentons-nous de jouer notre rôle et laissons la nature suivre son cours. Les fureurs et le choc passeront bien vite, jusqu’au prochain coup de pub de Beyoncé.


Un éléphant ça peut (encore) Trumper* énormément

Ouf ! Quel soulagement au lendemain du caucus de l’Iowa, la première étape de cette longue course d’obstacle qu’est l’élection présidentielle américaine. Ouf de soulagement pour une première victoire (in extremis, soit) d’Hillary Clinton dans le camp des démocrates. Et grand ouf aussi, parce que contrairement aux prédictions des divers sondages, Donald Trump n’est pas arrivé vainqueur du côté républicain.

Même si les experts politiques considèrent le résultat de Trump comme étant relativement confortant, il n’en a pas moins perdu ! Et c’est tout ce qui compte. Malheureusement, comme il l’a annoncé après les résultats, dans un discours faussement humble, ce n’est que le début. Donald Trump n’a pas l’attention d’abandonner la course. Jusqu’à quand la plaisanterie va t-elle donc durer?

Depuis plusieurs mois aux Etats-Unis, nous assistons à un spectacle digne d’un grand cirque. L’attraction principale, c’est Donald Trump. Il y a quelques mois on en riait bien, parce qu’au début c’était vraiment drôle, comme j’en parlais dans un billet précédent. Quand les sondages le comptaient dans les 10% d’intention de vote, et qu’on rigolait à gorge déployée des divers imitations de ses réparties les plus farfelues, on était loin d’imaginer que quelques mois plus tard il passerait la barre des 30%.

Aujourd’hui, fini la rigolade. Mr. Trump a réussi à monter dans les sondages et se retrouve en tête parmi les républicains. En tant que grand expert de la téléréalité, Trump a su utiliser les tours de passe-passe acquis lors de sa longue carrière de show-businessman, pour aduler son public. A chaque fois, on croit avoir attendu la pire de ses remarques grandiloquentes d’homme imbu de sa personne. Et juste après il nous sort autre chose d’encore plus incroyable.  Il ne semble y avoir aucune limite à la diatribe mysogino-raciste de l’homme.

Sans filtres ni état-d’âme il déballe tout ce qui lui passe par la tête. Le New York Times a compilé un glossaire de ses déclarations loufoques sur Twitter, et la liste semble interminable. Le pire c’est que son pseudo franc-parler semble trouver de plus en plus d’adeptes. L’onde de choc que procure son verbiage semble tétaniser la foule de ses supporters, qui en redemandent. Il faut croire qu’une partie de l’électorat républicain a perdu la tête. Ou, à en croire les conclusions des spécialistes au vu des résultats du caucus, beaucoup de ses fans ne sont attirés que par le « star power » de Donald Trump. Quand les choses sérieuses vont débuter, ils l’abandonneront devant les urnes. Espérons-le.

Pour l’instant, comme beaucoup je soupire de soulagement. Juste pour quelques jours, jusqu’à la semaine prochaine, quand le vrai test aura lieu au cours de l’élection primaire du New Hampshire. On dit que le caucus de l’Iowa prend le pouls des électeurs avant les primaires, et même si il est très médiatisé, un bon score en Iowa n’augure en rien d’un futur radieux. Nombre de vainqueurs au caucus par le passé ne sont pas allés bien loin dans la course. Par contre, une victoire de Trump à New Hampshire, comme il semble en être certain, serait plus inquiétante. Étant donné que sa popularité semble se  propager tous les jours d’avantage, il y a de quoi se ronger les ongles.

Du coup je commence à sérieusement envisager l’éventualité d’un Donald Trump candidat face à Hillary Clinton ou Bernie Sanders. Rien qu’à l’idée j’en ai des sueurs froides. Le bulldozer Trump pourraient bien les raser l’un ou l’autre (là c’est ma tête qui parle, pas mon cœur !). Malheureusement, cette eventualité n’est plus du domaine de l’impossibilité comme on le pensait il y a quelques mois. C’est donc l’heure de faire face à l’évidence (pas toujours évidente, il est vrai) des sondages. Il me faut considérer les options en cas d’une victoire de Trump. Certains citoyens américains parlent de déménager sur Mars, d’autres de rester sur terre, mais changer de pays. Entre ces deux options, mon cœur balance encore, mais il faudra trouver le juste milieu.

 

* Tromper, oui, mais ici c’est Trump qui agite.


Blizzard, vous avez dit blizzards?

Le week end dernier à Washington, nous avons vécu un moment historique. Si vous l’avez raté (comment est-ce possible, je me le demande) la Côte Est des Etats-Unis a connu une tempête de neige de niveau record, surnommée Snowzilla, que les médias n’ont pas manqué d’amplifier au point que mes parents m’ont appellée depuis le Togo, alarmés. Rien n’a échappé aux caméras: les préparatifs (les habitants dévalisant les magasins de nourriture en prévision des 2 ou 3 jours coincés chez eux), le déroulement (les journalistes téméraires exposés aux éléments, relatant en direct l’évolution de la tempête), jusqu’à l’aboutissement (les habitants émergents de leur « bunker », certains pour s’amuser et d’autres pour déblayer la neige). Tout a été documenté, vidéos et photos à l’appui.

Crédit photo: New Yorker
Crédit photo: Newyorker.com

La presse satirique n’a pas manqué d’ironiser sur ce flot d’information. Un dessin dans The New Yorker  m’a particulièrement amusée. On y montre un journaliste-présentateur de météo donnant l’alerte pour un autre genre de phénomène, un potentiel de blizzard de photos sur les réseaux sociaux, illustrant le vrai blizzard. Amusant bien sûr, et pertinent. De nos jours tout fait inhabituel est matière première pour les réseaux sociaux, et les photos d’évènements météorologiques sont des plus populaires, la neige en particulier.

Dès le début de la tempête, comme prévu, le déluge de photos ne s’est pas fait attendre. Et j’étais aussi de la partie. J’avoue que je suis une fan des photos de paysages enneigés. La pureté, les contrastes, le calme apparent, sont autant d’éléments qui invitent à capturer des prises uniques, presque magiques. Je me suis donc empressée d’immortaliser les scènes vues de ma fenêtre et d’en partager quelques une sur Facebook.

Par le passé, la neige aurait également servi de toile de fond pour mettre en scène des moments ludiques avec mes enfants. Ce coup-ci pourtant, j’ai mis un frein à mon enthousiasme. Non seulement parce que mes fils sont moins coopératifs en matière de prise de photos, et il faut pratiquement les supplier ou les soudouer. Mais également du fait d’une crise de conscience par rapport à la publication des photos de mes enfants sur internet. Je suis en fait en pleine remise en question, et j’en parlais déjà dans un billet publié il y a quelques mois.

Quelques photos pour 1000 mots

Comme beaucoup de parents modernes, j’ai trouvé sur les réseaux sociaux, une vitrine idéale pour « showcase » les photos de mes enfants, symboles de mon succès. Beaucoup de mes amis de Facebook, dont certains vivent à des milliers de kilomètres de nous et n’ont jamais rencontré mes enfants, les ont vu grandir sur la toile. De leurs photos de bébé à leurs premiers bas, leur premier match de foot, ou leur premier Noël, tous ces moments ont été partagés avec mes quelques 300 contacts, et sûrement plus, à travers le réseau « amis de mes amis ». Je ne suis pas la seule dans le cas, beaucoup de mes proches le font.

La plupart des membres de ma famille n’ont jamais eu de problème avec ma publication de certaines de nos photos de famille, quoique tous ne sont pas aussi assidus. Bien sur, je sélectionnais toujours avec attention les photos publiées, mais je ne m’étais jamais préoccupée des conséquences de mes actes, jusqu’à une récente conversation avec l’un de mes frères. J’avais récemment constaté une diminution de son activité sur Facebook, que notre conversation est venue éclairer.

Qui ne dit rien maintenant, pourrait ne pas consentir plus tard

Selon mon frère, il faudrait qu’on arrête de publier les photos de nos enfants sur les réseaux sociaux, parce que plus tard nous risquerions de le regretter. Pire encore, nos enfants non seulement le regretteraient, mais nous en voudraient! Gros silence de ma part, légèrement coupable et lourdement perplexe. Après quelques secondes, je réplique « Oh la la, n’exagérons rien, ce n’est pas comme si je postais des photos d’eux tous nus ! » (en maillot, oui). Mon frère sachant l’impossibilité de me convaincre n’a pas voulu aller plus loin dans le débat. Pourtant, après notre coup de fil, je suis rentrée dans une sorte d’autocritique sur la question. Dans quelle limite, nous parents, avons-nous le droit d’exposer les photos de nos enfants ?

Qui a peur du grand méchant Web?

En vérité, la question fait partie des mille et une qui se posent de nos jours, quant à la place importante que les réseaux sociaux, et tout l’internet, prennent dans notre vie. Dans son dernier livre « The Internet is not the answer » Andrew Keen, que certains surnomment « l’Antéchrist de la Silicon Valley, » du fait de ses critiques sur le manque de contrôle des nouvelles technologies, se pose la question de savoir si les changements que l’internet apporte dans nos vies sont tous bénéfiques. Il critique aussi le fait que les réseaux sociaux sont la cause de la « pandémie voyeuriste et narcissique » qu’on constate sur internet.

C’est vrai, je me reconnais quelques symptômes quand je suis sur Facebook, mais je ne me dirais pas incurable. Il est clair que l’internet n’a pas résolu tous nos problèmes d’antan, et en a même créé de nouveaux, mais pour rien au monde je ne retournerais 30 ans en arrière. Je n’avais qu’une dizaine d’années à l’époque, et je ne peux vraisemblablement pas faire la comparaison avec ma vie d’aujourd’hui. Mais qui échangerait une Wii contre une Pacman !

De deux 2 mots, je choisis le moindre : solution (et non problèmes)

L’internet n’a pas la réponse à tous nos problèmes d’aujourd’hui, soit, mais grâce à lui, le monde semble beaucoup plus petit. Comment réfuter cet outil qui nous a rapproché les uns des autres. C’est bien le bénéfice premier que je tire de ma présence sur les réseaux sociaux. Le fait de communiquer avec tant de gens en instantané, et de donner de mes nouvelles à base de photos à un tas de gens en même temps. Ce n’est pas toute ma vie bien sur, mais c’est la partie que je veux bien partager, de plein gré et sans état d’âme. C’est une décision que je prends en toute connaissance de cause, mais jusqu’ici je ne pensais pas à la position que pourraient prendre mes enfants plus tard. Il m’a fallu trouver des arguments pour me convaincre du bien-fondé de mes actes, et me persuader que mes enfants n’y verront aucun mal.

Maman avait ses raisons

J’ose penser que mes enfants n’y trouveront rien à redire. D’abord parce qu’ils ne seront pas les seuls. Les parents de ma génération sont pour la grande majorité connectés sur les réseaux sociaux, et les photos de familles sont autant de trophées de vie réussie que chacun aime exhiber régulièrement sur la place du marché  virtuel. Il est certain que dans 10 ou 15 ans mes enfants ne seront pas les seuls à avoir une multitude de photos d’enfance disponibles sur le net. A moins pour l’un d’entre eux de devenir une célébrité ou président de la république (et encore), les photos de mes fils n’auront probablement aucune valeur au-delà de celle sentimentale qu’elle a pour notre famille.

Autre argument, on n’arrête pas le progrès. Etant donné le milieu où nous vivons, aux Etats-Unis où la plupart des enfants ont un iPad comme une extension de leurs doigts, d’ici à leur adolescence les photos d’exploits de tout un chacun flotteront joyeusement dans la sphère virtuelle. Ceux qui n’en auront pas selon l’exception, pareils aux excentriques d’aujourd’hui qui n’ont pas d’ordinateur, de télévision, ou de téléphone chez eux, et cultivent leurs propres légumes ! Dernière excuse, mes enfants étant bien les fils de leur mère, tous deux sont dotés d’une personnalité extrovertie qui n’augure d’aucune timidité qui leur ferait regretter plus tard des photos d’enfance, embarrassantes ou non.

Il n’y a pas que les imbéciles qui ne changent pas d’avis

Du coup, j’ai trouvé les bonnes excuses pour me convaincre, plus ou moins. Je ne peux toujours pas m’empêcher d’avoir un certain malaise du fait du manque de contrôle que l’on a sur tout ce qu’on publie sur l’internet, surtout en ce qui concerne les photos personnelles. Mais je reste réaliste. Ce n’est pas la fin du monde, de mon monde, et j’espère non plus de celui de mes enfants plus tard. Je vais donc continuer sur la même lignée, et publier leurs photos de gaîté de coeur. Mais à titre d’ajustement après réflexion, j’ai quand même décidé de faire montre de plus de censure personnelle quant à la sélection des photos. A bien y réfléchir, j’en aurais beaucoup voulu à mes parents si mon affreuse photo de première communion se trouvait aujourd’hui dans le domaine public!

Voilà ce que je disais, il y a quelques mois. Depuis, j’ai encore evolué, (bah oui, je ne suis decidément pas une imbecile!). A présent, j’ai decidé d’établir une limite, et de publier un minimum de photos de mes enfants sur Facebook, 2 par mois, tout au plus. A moins bien sûr d’un fait extraordinaire en nécéssitant plus, comme un blizzard historique. Pour l’instant, je me suis contentée de partager une seule photo des enfants jouant dans la neige. Il faut croire que le week end  dernier fut doublement historique pour moi. J’ai survécu au Snowzilla, et resisté au blizzard médiatique.

 


Le racisme, il ne passera pas par moi

stereotypes

Chaque année, aux alentours du 15 janvier, date de l’anniversaire du Dr. Martin Luther King Jr.,  les médias américains reviennent sur son célèbre discours « I have a dream« , et s’attèlent une énième fois à la question du racisme aux Etats-Unis.

Cette année plus particulièrement, la dernière année du mandat de Barack Obama, on se pose la question de savoir si la présence d’un président noir à la Maison Blanche a aidé, de quelque manière que ce soit, à une amélioration des rapports entre Noirs et Blancs. Soit la question est restée presque sans réponse, soit la réponse n’est pas la bonne dans la plupart des cas. Je laisse ces questions compliquées aux experts, pour me pencher sur ma propre expérience.

Tout récemment, j’ai lu un article de la BBC qui tentait d’expliquer le manque de « mélange » des races dans nombre de villes américaines. En effet, dans certaines agglomérations, une ligne imaginaire semble exister entre quartiers noirs et quartiers blancs. C’est un fait dont je suis consciente, même s’il est moins flagrant dans notre voisinage. L’article n’avait donc rien d’impressionnant ou d’étonnant en ce qui me concerne. Mais comme je ne me limite jamais à juste lire un article, et que je préfère m’édifier aussi des commentaires, j’en ai finalement eu pour mon compte.

La plupart des commentaires émanant d’Américains fustigeait l’article, évidemment. Pour qui se prenait l’auteur pour porter jugement sur les relations, ou le manque de relations, entretenues entre les Noirs et les Blancs ? Pourquoi généraliser un constat, qui ne concerne que quelques villes,  à toutes les autres ? Un autre courant d’opinion, plutôt acide, se demandait pourquoi toujours traiter les Blancs de racistes, parce qu’ils voulaient habiter loin des quartiers noirs ? Pourquoi conclure que c’est le Blanc qui se refuse à cohabiter avec le noir, sans admettre que le cas contraire pouvait exister aussi ? Le racisme ne pouvait-il pas exister dans l’autre sens ?

Au premier abord, à questions compliquées, réponses simples. Le racisme envers les gens de couleur n’a pas d’échelle comparable. Le racisme, particulièrement envers les Noirs, a été bien documenté à travers l’Histoire, et ce jusqu’à nos jours. Personnellement, je l’ai vécu depuis toute petite en tant qu’immigrée, à travers le regard hautain de gens qui se limitent à votre apparence, à travers les commentaires péjoratifs de ceux qui refusent de vous donner une opportunité d’arriver à leur hauteur, à travers l’attitude hostile de ceux qui ne voient pas votre place dans leur entourage. Ce racisme là, j’imagine que la plupart des immigrants noirs en Occident l’auront experimenté au moins une fois dans leur vie. Pour vous autres chanceux, qui n’auraient jamais vécu cela, estimez-vous heureux et continuer à vous comporter comme vous l’avez fait jusqu’ici. La vie est belle dans le meilleur des mondes chez vous, et il n’y a pas lieu de chercher la petite bête.

Pour nous autres, qui avons connu le racisme latent ou flagrant, nous pouvons en parler. Nous pouvons nous donner le droit de prendre partie dans le débat. Nous pouvons revendiquer le droit d’examiner chaque situation d’intolérance sous le miscroscope du racisme. Parce que nous, nous savons ce que c’est. Soit. Mais cela fait-il de nous des gens immunisés contre le virus du racisme? Le fait d’avoir été victimes de racisme nous donne-t-il une certification comme étant toujours du côté des bons, contre les méchants?

Au deuxième abord, à questions compliquées, réponses simples. Bien sûr que non. Ce n’est pas parce qu’on est Noir, ou minoritaire, et qu’on a été victime de racisme, qu’on reste pour toujours dans le droit chemin, du côté de ceux qui ne font que subir des injustices. Ok, j’entends d’ici le tollé. « Comment ça ? Nous, qui avons connu les regards malveillants, les remarques à double sens, qui peut oser dire que nous ne sommes pas toujours des victimes ? » Eh bien, moi je le dis, oui, nous ne sommes pas que des victimes. Je le dis en toute connaissance de cause.

Je reviens à cet article de la BBC, ou plutôt aux commentaires les plus véhéments. Certains Blancs, qui ont vécu dans des quartiers noirs en tant que minorité, se plaignaient du manque de tolérance de certains Noirs. Ceux-la même qui, ailleurs, crieraient au racisme si jamais un regard de travers, ou une remarque déplacée était exprimée en leur présence. Selon certains commentaires, ce serait ceux-là qui seraient les premiers à refuser de saluer le voisin blanc, ou à les stigmatiser. Personnellement, je n’ai rien de tel sur la conscience. Pourtant, je peux honnêtement relater des situations qui ne me donnent pas le beau rôle, en tout cas pas celui d’une victime. Mais, il y a des circonstances atténuantes que je dois invoquer.

Chez moi, au Togo, il y a nombre d’expressions entendues depuis notre enfance, qui nous mettent en garde contre le Blanc, « le yovo », cet envahisseur. « Pourquoi tu parles comme un yovo ? Toi tu fais trop la Blanche! Laisse-la, elle se prend pour un yovo. Il faut faire attention aux yovos, on ne sait jamais ce qu’ils pensent. » Bien sûr, ce sont des expressions toutes faites qui ne sont pas à l’encontre d’un yovo en particulier. Peu importe son origine, son mal c’est de ressembler aux premiers arrivants qui ont fait tâche dans notre monde. Dès notre jeune âge, l’ennemi potentiel est celui qui ressemble à ce yovo, qui ne comprend rien de nos us et coutumes, et dont nous ne comprenons rien aux siens, non plus. Ces expressions deviennent des acquis culturels qui ne riment pas forcément avec le racisme, certains diront. Mais je refuse de croire que certaines de ces expressions ne forgent pas en nous une certaine réserve d’intolérance.

Quand on a grandi entouré de cette rhétorique « anti-yovo », on est forcément marqué à vie. Même sans vraiment savoir ce que cela signifie de faire le yovo, sachant juste que ce n’est pas une bonne chose dans notre culture africaine, lorsqu’on se retrouve en face du premier spécimen blanc, on est prêt. La réaction naturelle du « combat ou fuite » dictera une certaine conduite. Le Blanc en face, surtout s’il n’est pas très aimable, c’est forcément celui de l’expression. Je dois faire attention à lui, et si je sens une menace, je dois le combattre, ou l’éviter. Voilà donc qu’on se retrouve à adopter une attitude, un peu malgré nous, qui en terme simple serait synonyme d’intolérance, juste à quelques enjambées du racisme.

Evidemment, très peu de Noirs se reconnaîtraient intolérants envers les Blancs, encore moins racistes. Pourtant, en faisant la petite instropection, pourrions-nous admettre ce moment d’irritation? Ce moment où nous avons mal répondu à quelqu’un en nous disant, « ah cette femme, cet homme, m’énerve! » plutôt que « ah, ces Blancs là sont énervants! » ? N’avons-nous jamais adopté, au moins une fois dans notre vie, une attitude hostile envers quelqu’un par manque d’affinité soit, mais sans toutefois lui donner une chance de rectification parce qu’il ou elle était Blanc ou Blanche, donc son cas était forcément désespéré. Mea culpa.

Je reconnais l’avoir fait au moins une fois. Je reconnais aussi avoir dit à mes enfants de faire attention à leur comportement dans toutes les situations, mais de faire encore plus attention de ne pas être mal jugés quand ils se retrouvent chez leurs amis blancs. Parce que les parents de leurs amis blancs ne seraient peut-être pas aussi compréhensifs que moi je le serais envers leurs amis. Quel est donc ce privilège divin qui me rend plus tolérante que le parent blanc? Etre Noire me donne t-il un gène supplémentaire de tolérance envers les autres, dont le parent blanc lui ne serait pas doté?

Dans une intervention sur TEDx, Chimamanda Ngozi Adichie, la célèbre auteure nigériane du livre Americanah, évoque éloquemment le danger des stéréotypes, et pour cause. Cette façon de catégoriser un groupe de personnes selon des idées reçues, ce n’est peut être pas du racisme, mais c’est bien le début. Je suis le produit de mon éducation, il est vrai, mais pas pour autant innocente. Je suis fautive d’amalgame et, qui dit amalgame, entame un chemin qui ne mène pas bien loin de ces questions d’intolérance, et de racisme. C’est un terrain glissant comme l’histoire nous l’a montrée, et comme l’actualité continue de nous le démontrer.

En cette période de commémoration du discours « I have a dream », on est bien loin d’avoir atteint les idéaux prônés dans le discours, ou d’avoir trouvé la solution pour une harmonie entre les peuples, et les races, mais on doit garder espoir. A chacun de nous doit faire la part des choses. Pour ma part, en tant que reconnue coupable, je me suis soumise à mon auto-sentence, celle d’admettre publiquement que je ne suis pas à l’abri des préjugés, et que je dois redoubler d’effort pour les dépasser. Il n’est jamais trop tard pour remettre ses pendules à l’heure.

 *Clin d’oeil au passage, à une campagne contre l’autre mal du siècle qui, lui, aussi sévit toujours.


Hercule Poirot, Mon Amour

Il y a 40 ans, le 12 janvier 1976, Agatha Christie nous quittait. La reine du suspense a offert au monde une oeuvre immense, véritable trésor pour les amoureux des romans à intrigues, et surtout, son plus célèbre héros.

Son nom est Poirot. Hercule Poirot. Il n’a rien d’un James Bond, d’un Jason Bourne, ou d’un Jack Bauer. Et pourtant, ce bon vieux Poirot, c’est bien lui l’agent de mon cœur. Non, non je n’exagère pas, si je n’étais pas mariée, je dirais qu’Hercule Poirot c’est comme l’homme de ma vie. Depuis toute jeune, je suis à sa merci.

Vous l’aurez compris, je suis une fan d’Agatha Christie. J’ai lu presque tous ses ouvrages, dernier en date, découvert il y a quelques mois, La nuit qui n’en finit pas. Grande surprise et petite déception de n’y retrouver aucun de ses héros habituels. Le livre en a du coup perdu un peu de sa saveur, malgré le plaisir de tomber sur un livre d’Agatha Christie que je n’avais pas encore lu. Il n’y avait pas de Miss Marple, ou de Tommy et Tuppence, et surtout, rien de mon cher Hercule Poirot. Mon engouement pour les autres héros d’Agatha Christie n’a jamais atteint le même degré, le niveau de culte, que celui que j’ai pour Poirot. Aucun d’eux n’a réussi à me tenir en haleine autant que Poirot.

Mon histoire avec Hercule Poirot remonte à très loin. J’avais probablement 13 ou 14 ans quand j’ai lu le premier ouvrage. Je me rappelle de « Mort sur le Nil ». J’en ai encore des sueurs froides. A l’époque la jeune fille à l’imagination fertile que j’étais, vivait les scènes de meurtre, calfeutrée dans son lit, sous sa couette. Je suivais Poirot dans tous ses mouvements, depuis l’ombre de ma chambre, en tremblant. Je n’étais délivrée de la transe que lorsque le suspense trouvait son apothéose, lisant parfois jusqu’au petit matin. Quand Poirot, enfin, comme par magie, révélait le coupable, celui que personne n’imaginait. Que d’intrigues avons-nous résolu ensemble! Que de moments avons-nous partagé !

Il a traversé avec moi mes crises d’adolescence. Il était là quand j’avais besoin de lui, après des déboires, ou juste pour me détendre en temps de stress. Il était aussi là, enfoui dans la pile de mes livres fétiches, quand je ne pensais plus trop à lui, quand je commençais à vivre mes coups de coeur réels. Pendant mes études, discret, il a su laisser la place aux ouvrages imposés, et à d’autres amours, les héros de la littérature classique. Plus tard il est revenu dans ma vie, quand j’avais un peu de temps libre, ou pendant mes deux congés de maternité, quand je devais me réveiller en pleine nuit pour ne plus retrouver le sommeil. Depuis plus de 30 ans, Poirot a toujours été là, à portée de main.

Evidemment, j’ai lu toute la collection, certaines aventures à plusieurs reprises. Entre temps je suis passée des livres aux super-productions de Hollywood, aux téléfilms, et multiples séries télévisées. Je les traque tous, pour juger, et comparer avec l’ouvrage, en critique experte de Poirot. La dernière série britannique en date a pour acteur dans le rôle de Poirot, David Suchet. Celui-ci pour moi incarne Poirot tel que je l’imaginais dans mes rêves. Avant lui, celui qui s’y rapprochait le plus selon moi, c’était Peter Ustinov, mais David Suchet lui a ravi sa place, indéniablement. Peter Ustinov me semblait parfois trop confus et extravagant pour le rôle. Tandis que David Suchet lui combine juste ce qu’il faut de maniérisme et de discrétion, et la dose parfaite d’arrogance et de flair. Depuis lors je suis régulièrement la série, et je repasse mes épisodes préférés, dès qu’un moment creux me le permet.

Je ne me lasse jamais d’un film de Poirot. Quand j’ai eu mon Kindle, le premier film que j’ai telechargé c’était Le Crime de l’Orient Express. Et je l’avais déjà vu deux fois! Ma famille a dû se résigner à ne plus faire compétition avec Poirot. Lorsque je regarde un film, mes enfants s’assurent de savoir ce que c’est, avant de s’approcher. Si jamais l’un deux reconnaissait la silhouette familière, la tete ovoïde, alors il s’écriera « oh, c’est Poirot ». C’est le mot de passe pour me laisser tranquille, en paix. Ils savent qu’ils ne peuvent rien obtenir de moi à ce moment là. Ils ont compris que mon amour était sans limite, et rien ni personne ne pourra jamais nous séparer. Mon conjoint en est même un peu jaloux, sans l’avouer.

Mon amour pour Poirot est sans limite car je lui dois beaucoup. Dès mon jeune âge, je me jetais toute entière dans ses péripéties qui ont ouvert mon imagination, et m’ont fait découvrir un monde au delà de notre HLM en banlieue parisienne. C’est à travers ses aventures que j’ai connu Londres et la campagne anglaise, bien avant d’avoir mis les pieds en Grande Bretagne, et que j’ai aimé la culture anglo-saxonne, avant de la découvrir pour de vrai (il n’y est sans doute pas pour rien dans mon goût inconditionnel pour le thé !). Ah Poirot, quand pourrais-je me libérer de ton pouvoir ?

Jamais ! Car je ne veux pas m’en aguerrir. Au contraire, j’aurais voulu qu’un trou de mémoire me fasse oublier toutes les affaires que ne nous avons résolues ensemble, pour que je puisse encore les revivre comme si c’était la première fois. Mais la vie n’est pas ainsi faite, et comme pour tout vieil amour, il faut un effort pour maintenir la flamme incandescente. Et c’est ce à quoi je m’attelle, de temps en temps, comme tout dernièrement. Le week end dernier, pendant le calme d’après les fêtes de fin d’année, je suis retournée à sa rencontre. Et je lui ai encore sacrifié une nuit blanche. Il m’a tenu éveillée, tournée dans tous les sens, corps et âme, alors que je connaissais parfaitement l’issue de l’affaire. Je savais qui était le coupable, en l’occurrence la coupable dans « Les Cinq Petits Cochons », mais malgré tout, je me suis laissée emporter.

Ma relation avec Poirot a forgé une part importante de mon caractère, et je ne peux que dire merci à la grande Agatha Christie de lui avoir donné vie. C’est elle qui a aiguisé mon goût pour la lecture des romans à suspense d’abord, pour la littérature en général ensuite, et pour l’écriture. C’est aussi à travers Poirot, que j’ai développé une passion pour les séries de détective britanniques. Les classiques comme Sherlock Holmes, mais pas seulement. Il y a quelques années, je suis tombée sous le charme de l’Inspecteur Morse et de l’Inspecteur Lewis, deux de mes détectives préférés des temps modernes. Comme Poirot, ils ont leur méthodes simples, réfléchies, et sans grand fracas. Pour le reste, les Bond, Bourne et consort, ce ne sont que des flirts de passage. Tous sont passés dans mon cœur à un moment ou à un autre, mais seul Poirot y est resté à jamais.


Résolution 2016: Pas de résolution!

Voici 2016 qui approche à grand pas. Comme d’habitude en cette période de l’année, c’est l’heure des bilans, ceux personnels et ceux que nous proposent les médias. Il faut faire son introspection, examiner l’année qui vient de s’écouler, et faire le point. On peut s’enorgueillir des victoires, essayer d’accepter les défaites, et regarder de l’avant. C’est le moment de faire la liste de résolutions.

Pour moi cette année, ce ne sera pas le cas. Cette année, je n’aurai pas de liste. Tout récemment pendant la formation Mondoblog à Dakar (pardon à ceux qui en auraient assez d’entendre parler de Dakar, et heureux ceux qui en redemande, parce qu’on n’a pas fini d’en causer); pendant la formation donc, il fallait choisir un sujet en rapport au thème 2015/2016 pour notre session radio. Je n’avais vraiment pas d’idée au début, et j’écoutais avec enthousiasme les belles suggestions des unes et des autres. Une des idées proposées a fini par me conquérir : « pas de résolution pour 2016 ». L’idée me plaisait bien parce qu’elle raisonnait parfaitement avec mon état d’esprit à ce moment-là. C’était début décembre, mais j’étais assez zen, ne me souciant pas trop de comment ma famille et moi allions passer les fêtes, encore moins de ce que 2016 me réserverait.

« Résolution: pas de résolution » c’est donc le sujet que moi et mes collègues mondoblogueurs Benjamin et Andry développeront ensemble sous forme de sketch avant de l’interpréter au micro de Simon Decreuze. Il s’agissait pour une commerçante (dont je jouais le rôle) de « vendre » des résolutions, les unes plus ambitieuses que les autres, à Benjamin, lequel les refusaient toutes, à chaque nouvelle propostion. La réaction de notre petite audience fut plutôt mitigée, mais passons, nous ne sommes que des blogueurs, pas des acteurs ! Même si notre sketch n’était pas des plus réussis, il m’a fait réfléchir. Et comme Benjamin, j’ai decidé de ne prendre aucune des résolutions ambitieuses que je prenais chaque année au 31 décembre. Ce n’est pas la première fois qu’à l’approche de la fin d’année, je préfére ne pas faire de plans futurs. Cette année pourtant je suis déterminée à ne pas changer d’avis avant les douze coups de minuit.

C’est donc certain, je ne vais pas prendre de résolution pour 2016. Je ne vais pas me jurer d’être plus engagée socialement et politiquement. Je ne vais pas promettre d’être plus consciente de l’environnement et de recycler mes déchets à tous les coups. Je ne vais pas faire un pacte avec moi-même de manger plus sain. Je ne vais me jurer de reprendre la gym sérieusement. Je ne vais pas établir de chiffre irréaliste de kilos à perdre. Je ne vais pas m’engager de passer plus de temps avec mes enfants ou d’appeler plus souvent mes parents au pays. Je ne vais pas m’efforcer d’être plus loquace avec mes voisins. Et je n’ai surtout pas l’intention de commencer déjà à penser à nos vacances d’été. Je vais juste vivre au jour le jour, consciente de mes responsabilités, de mes moyens, et de mes limites.

En cette fin d’année je rends grâce à Dieu de n’avoir pas connu trop d’échec ou de grand désespoir. Je le remercie de m’avoir épargné tristesse et peine similaires à celles que tant de gens de par le monde, de Paris à Beyrouth, de Bamako, à San Bernadino, ont vécu. Je remercie Dieu d’avoir gardé ma famille à l’abri d’angoisses, telles que celles ressenties par les familles de refugiés syriens et africains, ou celle plus proche de nous, d’une famille qui vit des moments d’anxiété avec leur petite fille malade, en cette période où le reste du monde est en fête. Je prie pour tous ceux qui souffrent, parfois près de nous, ou loin des regards indifférents, par manque de moyen ou d’attention.

Aux douze coups de minuit, j’apprécierai juste le moment, en me remémorant les beaux instants de 2015, vécus en famille et entre amis, tout en tirant les leçons des expériences plus difficiles. J’apprécierai le plaisir de parler à beaucoup de mes proches, pour certains la seule fois par an où j’entendrai leur voix, au téléphone. Je célébrerai la diversité du monde et la chance que j’ai de la vivre chaque jour dans mon lieu de travail, avec des collègues venant des quatre coins du monde. Sans oublier l’opportunité d’avoir expérimenté cette diversité au quotidien pendant une semaine inoubliable à Dakar, et les nombreuses amitiés intercontinentales dont elle a enrichie ma vie (et ma liste d’amis sur Facebook!). Je me rappellerai avec plaisir de chaque instant en espérant en connaître d’autres encore plus exaltants, sans forcer les choses, sans mettre la barre plus haute. Je ne me prendrai pas la tête pour souhaiter plus que je n’ai déjà, ou rêver à de lendemains meilleurs. Parce que le temps présent, c’est tout ce qu’on a de mieux, de sûr.

En 2016, comme le recommande souvent ma mère, je vais juste prendre la vie du bon côté. Elle dit toujours que « dans toutes choses, il faut aller doucement, et garder la foie. Et c’est la seule certitude que je vais m’offrir. Pour emprunter la formule finale de notre sketch radio « en 2016, qui vivra verra ».

Bonne et Heureuse Année 2016!


Mais qu’est-ce qui fait courir Hillary ?

De première dame à première femme, il faut le faire!

Bientôt 2016. L’année où la candidature d’Hillary Clinton sera consacrée, ou finira en fumée. Dans le dernier cas, je n’ose penser à l’une des alternatives, furtivement envisagée dans un billet récemment. Donald Trump président, on en est encore loin, et on croise les doigts, mains et pieds. Même si les performances de Madame Clinton dans les premiers débats restent mitigées, même si son adversaire primaire, le coriace Bernie Sanders a le vent en poupe, je garde espoir. Je reste sur mes positions, parce qu’Hillary a tout ce qu’il faut. Je le disais déjà il y a quelques mois de cela.

A ce moment-là, alors qu’on attendait l’annonce officielle de sa candidature, les médias passaient en boucle les tranches de certains discours d’Hillary Clinton, et pour une énième fois décortiquaient les chances et les problèmes potentiels que la candidate Clinton numéro 2 pourrait rencontrer au cours de la campagne présidentielle. J’écoutais une de ces analyses un matin en allant déposer les enfants à l’école. Mon fils de neuf ans s’exclama alors : « Maman, Hillary Clinton veut juste être présidente pour qu’on dise qu’elle est la première femme présidente des Etats-Unis ! »

Interloquée, je le regarde, pas vraiment surprise de la remarque, juste de sa teneur. Mon fils est plutôt perspicace et s’intéresse aux faits politiques, un peu malgré lui, forcé qu’il est de subir ma religieuse écoute de la radio NPR tous les matins. Je ne m’attendais tout de même pas à cette déclaration, un tantinet misogyne. « Et alors ? » Je lui réponds finalement. « Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça » Et d’ailleurs ce n’est pas vrai, ce n’est pas pour ça » (en gardant bien le « que » pour moi). La vérité sort de la bouche des enfants dit-on souvent. Mais pas toujours. J’ai donc récriée avec irritation pour finir, « arrête de dire n’importe quoi ! » Et de rapidement couper court à toutes discussions en lui disant de se préparer à sortir de la voiture.

En fait j’étais un peu vexée que mon fils que je m’efforce d’éduquer dans le respect de tous, et particulièrement de la gente féminine, puisse me lancer une telle énormité. Il n’a que neuf ans bien sur, et ne comprends pas le poids de la remarque. Mais si un enfant de neuf ans pouvait si naturellement énoncer ce fait, d’ailleurs probablement entendu au hasard de nos écoutes radiophoniques, il m’avait aussi rappelé combien d’autres adultes plus avertis en faisaient autant. De milliers si on en croit les échanges houleux sur les réseaux sociaux, qui ne voient en cette candidature qu’un signe d’orgueil. Les commentaires de ses nombreux détracteurs, qui n’étaient pas subtils avant l’annonce, ont repris avec un nouveau regain de dédain, depuis l’officialisation de la candidature d’Hillary Clinton à la Présidence des Etats-Unis.

Le dicton est bien connu : derrière chaque grand homme, se cache une femme. Fait plus rare, c’est lorsque la femme dans l’ombre décide d’emboîter le pas à son homme pour éventuellement passer devant. Quelques-unes ont réussi à travers l’histoire, notamment dans le milieu politique. Plus proche de nous, l’exemple qui vient à l’esprit est celui de Christina Fernández de Kirshner. On se gardera de juger les soubresauts de son dernier mandat, et de simplement admirer ses prouesses à la tête de l’Argentine. D’autres femmes, ont essayé avec moindre succès, on se rappelle de Ségolène Royal ; d’autres en rêvent peut-être, secrètement ou non, telles les velléités absurdes de Grace Mugabe, dont on se passera des détails. Qu’en sera-t-il de la seconde candidature d’Hillary Clinton ?

A en juger par les opinions partagées, le chemin pour rentrer dans le coeur des électeurs reste ardueux. Il faut dire que les Clinton ont toujours alimenté et agrémenté une relation de « love-hate » avec le public américain. Autant on adore Bill Clinton, le Président, autant on fustige Bill Clinton, l’homme de l’Affaire Lewinski. Autant on compatit avec Hillary Clinton de l’Affaire Lewinski, autant on est énervé par ce qu’on imagine comme son tempérament de femme ambitieuse et calculatrice. Je n’ai pas toujours été une fan d’Hillary. Comme beaucoup de femmes à l’epoque de l’affaire Monica Lewinski, j’étais revoltée et ne comprenait pas la façon stoïque dont Hillary avait semblé prendre les choses. Où étaient son temperament de battante face à la Presse, ou même les chaudes larmes escomptées ? A la place, juste le sourire figé et les yeux dissimulés derrière des lunettes noires. Armées de ces lunettes, comme dans une scène de Men In Black, elle a presque effacé cet épisode de notre mémoire, quand elle est réapparue sur la scène politique en tant que Sénatrice de New York. Et j’ai commencé à l’admirer.

Quelques années plus tard, on la retrouve, usant des coudées franches pendant sa première campagne présidentielle face au jeune Obama. Evidemment, comme beaucoup, j’étais sous le charme de Barack, et moins impressionnée à l’idée d’une première femme présidente des Etats-Unis. Sept ans plus tard, nous voici face à une nouvelle Hillary, plus expérimentée, nouvellement grand-mère, vieillie mais ragaillardie, et espérons-le, grandie par sa première expérience et les leçons de ses erreurs passées. Bonne perdante, elle a su convaincre de sa bonne foi, en acceptant de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, en s’alliant à Barack Obama.

Autant de raisons pour lui donner une nouvelle chance. Si elle venait à gagner, Hillary serait la première femme présidente des Etats-Unis et comme on dit ici, ce serait un « big deal ». Ce serait tout autant historique que l’élection de Barack Obama, même si le fait serait peut-être un peu moins excitant dans le reste du monde. Hillary Clinton, ne serait pas la première femme à la tête d’une démocratie. Angela Merkel a fait ses preuves, Park Geun-hye en Corée du Sud est entrée dans l’histoire, et chez nous en Afrique, Ellen Johnson Sirleaf fait du mieux qu’elle peut. Il y a aussi Michelle Bachelet et ses 2 mandats intercallés, et bien sur Christina Kirshner citée plus haut, qui aura eu l’honneur d’être la première, première dame présidente, près de 40 ans après sa compatriote, Eva Perón, la première femme présidente au monde. Hillary première, première dame-présidente des Etats-Unis serait un exploit historique bien sur, mais ce ne serait pas son seul exploit.

Crédit photo: LAB.co.uk
Crédit photo: LAB.co.uk

Comme toutes ses congénères politiques, c’est une femme intelligente, brillante, et pleine de caractère. Elle est sans doute la plus téméraire et la plus résiliente. C’est une femme de poigne, qui a su pardonner l’impardonnable, et garder la tête haute envers et contre tout. Elle a parcouru le monde en tant que Secrétaire d’Etat, et rencontré des chefs d’Etats, des têtes couronnées, quelques dictateurs et apprentis démocrates (parfois leur tirant les oreilles tout en serrant leur main avec un grand sourire, dit-on).

Elle a su faire face aux ennemis dehors, comme à l’intérieur des terres, notamment au Congrès américain. Elle a fait du tailleur-pantalon un classique dans la garde-robe des femmes de pouvoir, symbole de sa confiance en soi, face aux divers plafonds et barrières qu’elle a anéantis en tant que femme-précurseur. Elle a surtout su rester simple. Je l’ai entendue en direct lors d’une allocution dans notre institution, et je suis tombée définitivement sous son charme. Hillary Clinton est une championne de la cause des femmes, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde.

Elle a commis l’erreur dans sa première tentative de vouloir combattre les hommes sur leur propre terrain, en évitant de trop jouer la carte féminine. Selon les experts, c’est une erreur qu’elle ne va pas répéter ce coup-ci. Je l’espère de tout cœur. Car c’est bien là un atout majeur. C’est une femme battante qui doit servir d’exemple, une femme qui mérite estime et votes. Ce vote, je n’y ai pas droit, mais ce que je pourrais lui offrir, dès aujourd’hui si je la croisais, ce serait ma totale admiration, et le droit de pincer un petit bout d’oreille de mon fils.

 

*Rappelez-vous d’une publicité des années 80 en France, quand Bernard Tapie avait meilleure pub.


Voir Dakar et Renaître (suite)

Renaissance DakarA Dakar, veni, vidi, amavi.

A l’heure qu’il est, tout ce qui s’est passé à Dakar pendant la formation de RFI Mondoblog 2015, n’est plus un grand secret. Depuis notre retour, peut-être même avant que certains participants n’aient remis les pieds chez eux, les billets des blogueurs et blogueuses profusent, photos à l’appui.

En ce qui me concerne, j’ai mis du temps à me mettre à ces lignes. J’avais ébauché quelques phrases juste à mon retour, mais après, plus rien. L’inspiration ne manquait pourtant pas, avec tant de matériel offert par cette semaine mémorable. Cependant, les mots ne venaient pas naturellement, comme si je préférais encore savourer toute seule cette expérience, outre quelques photos postées sur ma page Facebook, sans me presser de partager les details à grande échelle.

J’ai donc pris mon temps pour trouver les mots, le ton, et l’angle encore non-explorée. J’ai parcouru avec plaisir les textes des autres Mondoblogueurs. Et que d’émotions transpiraient à travers chaque récit. Allez lire les billets de Widlore, Renaud, Guillaume, Ecclesiaste, Didier, Guy, Lucrèce, et tant d’autres sur la plateforme, et vous aurez pratiquement fait le tour d’horizon de la formation. Peut-être ressentirez-vous un peu de cette vague de nostalgie où nous baignons tous encore. Nostalgie ravivée en écoutant l’émission de l’Atelier des Médias consacrée à notre formation ce week end. Il ne restait donc pas grand choses à raconter, objectivement.

Néanmoins, pour ne pas manquer au rendez-vous, j’ai voulu contribué à ma façon. J’ai réfléchi, tourné en rond, et un peu en bourrique, pour imaginer quoi raconter dans un billet. Comme on le dit, il faut reculer pour mieux sauter, et je suis finalement retournée au texte que j’avais publié avant mon voyage, pour essayer de répondre à certaines des questions que je me posais en anticipation, et, je l’espère, pour satisfaire en même temps votre curiosité, chers lecteurs.

Dakar vue de Gorée
Dakar vue de Gorée

A Dakar, je suis allée, avec beaucoup de questions et d’ambitions, et quelques appréhensions. Je suis arrivée curieuse et excitée, impatiente de m’immerger, comme je le fais à chaque voyage. Pendant une semaine, j’ai découvert un pays à travers une ville, ses quartiers, ses marchés, et ses habitants. J’ai rencontré des gens de tous horizons, des inconnus d’abord, devenus très vite des amis.

A Dakar, j’ai rencontré l’équipe de l’Atelier des Médias: l’impressionnant Ziad et son regard souriant et son sourire en coin, pas toujours rassurant; l’affable Simon et son rire contagieux, et son micro omniprésent; la dynamique Manon avec ses yeux sombres mais si plein d’éclats, et sa presque jumelle, l’inébranlable Mélissa et son sourire timide et son regard parfois intimidant.

A Dakar, j’ai rencontré Chantal et Denis, nos hôtes, français qui après 30 ans dans ce pays, parlent du Sénégal avec leur cœur, comme de leur deuxième mère-patrie. J’ai adoré Dédé qui raconte sa vie de Goréenne native avec un accent « made in France », et évoque sa recette de confiture de patate douce, à voix basse, comme s’il s’agissait d’un secret de famille. J’ai apprécié Doudou et son sourire, serviable et impassible, même face au stress de servir à manger pour 70. J’ai été rassurée par Pierre, notre ange-gardien, visible dans le noir, du soir au matin.

MondoblogirlsA Dakar, j’ai rencontré les « Mondoblogirls », Amélie, Carole, Dieretou, Elsa, Emma, Emmanuelle, Fatoumata, Françoise, Grâce, Lucrèce, Pascaline, Rima, et Sophie, qui comme moi, ont mis de côté leur vie de jeunes filles et femmes actives. Nous toutes, qui avons tant à dire, à écrire, et à apprendre, et qui nous sommes complètement immergées dans ce projet.

A Dakar, j’ai rencontré des jeunes hommes, et le moins jeune d’entre eux, Krimo, digne du titre de doyen tant par son expérience que par le timbre de sa voix qui envahit l’espace lorsqu’il prend la parole. J’ai découvert toute une diversité de talents: poètes, artistes, techniciens, ou activistes, tous fabuleux blogueurs, qui m’ont fait réfléchir, débattre, et rigoler, à chaque fois sans me limiter à mon statut de femme dans un monde encore trop majoritaire d’hommes.

A Dakar, j’ai circulé en taxi, en bus, en autobus, l’un qui nous a lâchés en route, pour nous laisser continuer le reste du chemin à pied, et l’autre qui a failli nous faire perdre notre sang froid dans un virage. J’ai visité des quartiers les yeux grands ouverts d’admiration, et d’autres avec le cœur un peu serré par les difficulté quotidiennes qu’on pouvait y deviner.

A Dakar, je suis allée, curieuse et pleine de questions. Je pensais revenir comme une touriste, séduite et heureuse d’avoir découvert une nouvelle ville, et comme une étudiante, équipée de nouveaux outils. Voilà que je suis repartie imprégnée de la vie de cette ville, et de ses habitants. J’étais sous le charme, comme enivrée du parfum d’encens qui m’a accueillie le premier jour à l’aéroport et qui recouvre la ville, à chaque coin. De Dakar, je suis revenue conquise, impressionnée tant par son architecture que son symbole mal-aimé. Je suis un peu jalouse aussi de cette ville qui, comparée à ma Lomé natale, semble appartenir à un autre continent, à un autre temps. Je pensais revenir remplie d’une nouvelle ardeur pour écrire, pour donner une nouvelle vie, un nouveau départ, à ce blog. Eh bien voilà, mission accomplie!

Je ne pourrais terminer ce chapitre de mon aventure sur la plateforme Mondoblog sans ces quelques mots:

Un mot d’abord: merci ! A tous les lecteurs, les commentateurs, les critiqueurs, les survolteurs, qui ont de près ou de loin approché le blog de Djifa, lui donnant avec chaque nouveau clique un peu plus de pertinence.

Deux mots, ensuite. Merci infiniment. A ma famille, mes amis, pour leur soutien inconditionnel, et surtout à celui qui se reconnaîtra comme mon critique numéro un, malgré lui, et qui depuis le début de cette aventure, parfois sans pitié, souvent sans concession, m’apporte une réflexion masculine sur les sujets qui en ont besoin. Celui, qui pendant ma semaine d’escapade a maintenu le bateau familial à flot, en jouant son rôle de capitaine, en même temps que le mien, auprès des nos enfants.

Trois ou quatre mots, enfin. Du fond cœur, merci. A toute l’équipe de RFI Mondoblog, et de l’Atelier des Médias, pour toute la logistique mise en place pour gérer la plateforme, et organiser la formation. Merci pour cette chance, et cette expérience inoubliable.

 

 

 


Voir Dakar et Renaître

Crédit photo: au-senegal.com
Crédit photo: au-senegal.com

Ah, le pays de la Teranga. Que d’anticipation, d’espoir, et d’impatience teintée d’un zeste de culpabilité, du fait d’abandonner ma famille pour quelques jours, et un peu d’appréhension aussi, en ces temps troublés où tout voyage est cause d’arrières pensées. En attendant, je rêve, j’imagine, je fais des plans, et des listes.

Je pourrais clamer que je rêve d’explorer l’ile de Gorée, de visiter le Monument de la Renaissance Africaine, de faire un tour à l’Université Cheikh Anta Diop, ou de voir un coucher du soleil sur la Corniche. Mais soyons honnête, la première chose à faire sur ma liste, c’est manger un bon Tiep bou dien. Gourmande je suis, gourmande, je reste.  Le Tiep fait partie de mes pêchés mignons, et Dakar ne sera pas l’endroit pour m’en aguerrir. D’ailleurs, le billet d’un compatriotre blogueur, n’a pas arrangé les choses.

Ensuite, mon esprit a glissé vers les marchés aux boubous, bijoux, objets d’arts. Une amie à qui j’ai parlé du voyage a montré autant d’excitation que moi, en s’assurant de s’inscrire aussi sur ma liste de shopping. On a des goûts similaires pour beaucoup de choses, et si le Tiep elle n’y aura pas droit, pour le reste elle peut bien compter sur sa part. Elle le mérite, pour m’avoir apportée conseil et prêtée oreilles pour nombre de sujets. D’ailleurs beaucoup de mes billets sont inspirées de nos conversations à bâtons rompus, par email, à des milliers de kilomètres l’une de l’autre.

Une fois les ambitions primordiales établies, j’ai commencé à réfléchir aux choses sérieuses et me poser un tas de questions. Combien seront-nous au total ? Combien de femmes ? Combien d’Africains ? Où logerons-nous ? Que ferons-nous ? Autant de questions sans réponse, jusqu’à ce que je lance mon moteur de recherche. Et voilà défilant sous mes yeux des souvenirs et témoignages de moments inoubliables, que d’autres avant nous ont su créer. Et je me rends alors compte (encore plus) de ma chance, de cette opportunité d’être sélectionnée parmi tant de gens talentueux.

C’est donc l’occasion pour une expérience unique, une opportunité fantastique d’apprendre et de comprendre. D’apprendre à mieux utiliser cet outil qui semble si accessible, qu’est l’internet, mais qui comporte encore beaucoup de mystère, même pour moi qui y a accès depuis près de 20 ans. Apprendre à mieux écrire peut-être, et sans doute à mieux élaborer et illustrer. De comprendre la mission que s’est donnée cette plateforme qui nous regroupe par centaines de partout dans le monde virtuel, et qui donne cette aubaine à quelques-uns d’entre nous de nous retrouver dans un cadre de choix.

Le Sénégal, pour moi est le choix d’idéal, pas seulement parce que je rêve de le visiter depuis si longtemps. Le pays de la Teranga, de l’hospitalité, a montré à maints égards, sa maturité politique, économique, culturelle, et religieuse. C’est un pays qu’on regarde de loin, ou de près, comme l’exemple d’ancienne colonie à suivre. Un pays qui nous a offerts quelques-un des plus grands noms du continent: écrivains, savants, politiques, poètes, artistes, de David Diop à Aminata Sow Fall, de Birago Diop à Cheikh Anta Diop, de Ousmane Sembène à Omar Sy, de Youssou N’dour à  Coumba Gawlo, du groupe Africando à l’Orchestra Baobab, de la styliste Adama de Paris au photographe Omar Victor Diop, sans oublier les géants, Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, qui ont porté haut les flambeaux de l’Afrique, et de la francophonie.

Les attentes sont nombreuses donc, pour moi, comme elle le sont sûrement pour d’autres. J’espère que nous saurons faire montre d’ouverture d’esprit, et d’acceptation de l’autre, particulièrement en ces temps de tensions, où l’esprit de tolérance doit régner plus que jamais. Puissions-nous ouvrir nos coeurs, afin de nous immerger totalement, et de nous imprégner de la chaleur et de l’hospitalité légendaire que Dakar et ses habitants nous offrirons. Vivement Dakar, pour m’inspirer, me ressourcer, et redonner un nouveau souffle de vie à Djifa.

 


Le monde comme il ne va plus, bis.

world-on-fireEn relisant ce billet publié au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, il y a onze mois, je me rends compte que je n’ai rien de plus à ajouter, rien à retirer non plus, hélas. Comme si c’était hier. Mais, voilà, c’était hier! Hier, un vendredi 13, oui c’est vrai, que la même barbarie a été commise, avec des conséquences encore plus atroces.

Tout les sentiments sont intacts. Les élans de solidarité se répètent, les mêmes condamnations affluent, les mêmes indignations se partagent. Rien de plus à déclarer. Alors quand on a rien à dire, on se tait. En attendant que ceux qui le peuvent, cherchent à nous expliquer, à trouver les fautes, les failles, on prie pour les victimes et leurs familles, on pense à nos proches qui sont dans la tourmente, et on ressasse les faits passés, ceux d’hier, et aussi ceux d’il y a onze mois.

Triste pour la liberté, et triste pour la démocratie, était cette journée du 7 janvier 2015. Une journée qui nous en rappelle bien sûr une autre, la terrible journée du 11 septembre 2001. Ce jour-là, incommensurable était la vague d’émotions: angoisse, détresse, anéantissement, incompréhension, sentiment d’être arrivé à la fin du monde. De Washington, je l’ai vécue secouée comme tous les habitants aux Etats-Unis, et tant d’autres de par le monde. Je ne pensais jamais l’oublier, et pourtant elle semblait bien loin de ma mémoire ce jour du 7 janvier 2015.

Aujourd’hui elle me revient à l’esprit, avec la même vague de sentiments, comme ce fût souvent le cas ces dernières années, à chaque fois qu’un autre pays a vécu « son 11 septembre ». Après le  Royaume-Uni et l’Espagne, la France, vient de vivre sa grande journée de deuil de ce début du siècle. Un pays qui par le passé a connu son lot de guerres, de tensions, de divisions, de révolution, est frappé une fois de plus en plein cœur, en plein Paris. Une fois de plus l’onde de choc a fait le tour du monde.

Les réseaux sociaux se sont embrasés, les rédactions du monde ont crié leur tollé, les mots de soutien et les messages de condoléances se sont envolés en direction de la nation meurtrie. La vidéo de ces hommes cagoulés agissant avec un tel sang-froid, nous laisse entrevoir en direct ce nouvel ennemi qui ne recule devant rien pour semer la terreur dans les cœurs et dans les esprits. Des individus qui ne répondent à aucune loi, humaine ou divine, sinon celle du plus faible qui se croit fort derrière son masque, et se donne des droits sur l’opinion et la vie des autres.

Bien sûr, après la journée de deuil et  l’unité de la nation, il y aura les débats pour comprendre et essayer d’expliquer, les prises de partie, les querelles de responsabilités non-partagées. On n’y pourra rien, la démocratie et la liberté c’est aussi cela. Très vite, nous retournerons tous à notre quotidien, où nous continuerons tranquillement à jouir de notre liberté d’expression, prenant part au gré de notre plaisir à toutes sortes de débats d’idées sur les réseaux sociaux ou dans notre vie réelle.

Ce faisant, rappelons-nous toujours de tous ces gens qui auront payé le prix fort pour cette liberté. De tout cœur avec la France et Charlie Hebdo, rappelons-nous, si nous avions oublié, réveillons-nous, si nous nous étions endormis un instant, reprenons-nous, si nous avions baissé notre garde, que notre monde est toujours en feu.  


La belle aventure de Djifa

Quel plaisir de recevoir une invitation pour participer au rassemblement à Dakar des blogueurs les plus talentueux (et chanceux) de la plateforme Mondoblog, organisé par l’Atelier des Medias de RFI. L’aventure qui, depuis un peu plus d’un an, me fait voyager virtuellement de par le monde, à travers les centaines de blogs de la plateforme, m’emmènera en personne au pays de la Teranga, fin novembre. En attendant de raconter mes trépidations en détail, je dois revenir sur le début de l’aventure.

C’est par un heureux clic que je suis tombée sur un article d’un blogueur sur Facebook, qui m’avait beaucoup plu. De clic en clic, j’ai suivi le fil d’Ariane et finalement atterri sur Mondoblog. C’était pour moi la découverte d’un « nouveau monde ». Une réponse à un rêve que je nourrissais sans vraiment savoir comment le réaliser. J’avais enfin trouvé un espace pour partager mes idées et échanger avec d’autres, qui comme moi, affûte leur plume au gré de l’actualité et de leur humeur. Sans hésiter je me suis promis de soumettre ma candidature pour le prochain concours. En attendant le lancement du concours, je forçais mon projet à l’oreille de tous mes proches, et même de ceux qui ne voulaient l’entendre. Un de mes amis s’est moqué de moi. Il m’a demandé d’où venait ce besoin d’initier un blog en français. Je vivais aux Etats-Unis depuis près de 20 ans, je parlais couramment anglais, je l’écrivais plutôt bien. Pourquoi donc perdre mon temps à écrire dans une langue qui pour lui était devenue inutile, et surtout synonyme d’aliénation à la France?

Mon ami antagoniste est un dur à cuire en matière politique, surtout lorsqu’il s’agit de la France et de ses rapports avec ses anciennes colonies. Selon lui (et il n’est pas seul adepte du « French bashing » africain, cf. notre billet « Douce France« ), mon attachement à la langue française ne mène nulle part. Je devrais plutôt me tourner vers l’anglais, la langue du futur ! Euh, non merci, je dis. Enfin, pas que. Mais connaissant mon ami je n’ai pas voulu me lancer dans un débat qui nous fâcherait forcément, et j’ai donc préféré donner des arguments du bout des lèvres. Et pourtant j’en avais gros sur le cœur, et même s’il n’est probablement pas de mes lecteurs assidus, je voudrais ici revendiquer les raisons qui m’ont poussée à entretenir un blog en français.

En fait entre la langue française et moi, c’est une longue histoire d’amour. J’ai passé mon enfance en France, et depuis lors j’ai adoré parler français. De retour chez moi au Togo, j’étais de celles qu’on catégorisait comme «chocobitantes », du fait de mon accent made in banlieue parisienne. Je garde à travers le français une certaine nostalgie de mes années d’adolescente. Plus tard, en déménageant dans un monde anglophone, c’est devenu un bien précieux, un atout exceptionnel, non seulement sur le plan professionnel mais également dans ma vie privée. De nos jours maintenir mon français est tout aussi important que l’anglais, et peut être encore plus maintenant, du fait que ne je le parle plus quotidiennement. Je me sens d’ailleurs coupable de favoritisme et de non-transmission d’héritage culturel à mes enfants, du fait de ne pas privilégier leur apprentissage du mina, ma langue vernaculaire du Togo, préférant plutôt leur apprendre le français (cf. notre billet « Langues« ).

Depuis la sélection de Djifa au concours Mondoblog 2014, j’utilise cet espace pour partager toutes sortes d’idées, selon mes humeurs, comme une carthasis. J’ai donc trouvé en ce blog un moyen de montrer, et démontrer, mon amour, et de célébrer le bonheur d’appartenir au cercle francophone, à travers chaque billet, exprimé du fond de mon cœur. C’est le lieu où je reviens sur mes expériences passées en France et ailleurs, mais également celles d’aujourd’hui, vécues dans mon quotidien anglophone. C’est mon petit coin, où je peux me libérer, dévoiler ma pensée et ouvrir mon cœur. Et les mots qui en échappent sortent alors à l’état brut, en français.

J’apprécie énormément l’intérêt de tous ceux qui reviennent régulièrement sur ce blog, pour lire, commenter, ou juste survoler mes billets. Si comme moi, chers lecteurs, vous aimez parler français, je vous souhaite aussi de trouver un moyen de revendiquer cet amour. Laissons parler (dans la langue de leur choix) ceux qui cherchent querelle, et acceptons le français pour ce qu’il est dans nos vies : une richesse culturelle, un porte-voix de plus pour faire écho à nos pensées quotidiennes, un tunnel de communication intercontinental, et un tremplin pour nous faire voyager au-delà de nos frontières.


Halloween et Compagnie

halloween-150363_1280Nous voici de retour sur les sentiers battus des fêtes de fin d’année. Non, non, ce n’est pas une exagération. Je sais qu’on n’est seulement en octobre, et pourtant je parle déjà des fêtes de fin d’année. Si vous vivez aux Etats-Unis, vous comprendrez de quoi je parle. Sinon, sachez qu’ici la période des fêtes commencent fin octobre. C’est le début du « holiday season », des grandes célébrations annuelles.

On commence avec Halloween, le 31 octobre. La fête est un hommage aux morts et donc plutôt macabre au départ, mais on en a fait une festivité que les enfants adorent. On célèbre la veille de la Toussaint en jouant avec les hantises de tout un chacun. Dans certains quartiers les décorations se rivalisent en thèmes tirés de films d’horreur, Dracula et les croque-morts, en chef de fil, tous se décarcassant à qui mieux mieux pour effrayer les passants. Ailleurs les efforts plus modestes se limitent aux citrouilles-lanternes posées devant les portes d’entrée, pour indiquer qu’on participe bien aux festivités.

A la tombée du jour, les enfants (et quelques grands enfants) se déguisent selon les costumes populaires du moment ou leur humeur (souvent en fées ou sorcières pour les filles, et en super-héros ou monstres pour les garçons), et paradent de porte en porte dans le voisinage pour récolter des friandises. Gare aux voisins radins qui n’en auraient pas. Ils auront droit à des œufs cassés devant leur porte, ou à quelques autres mauvais tours du genre (d’où la formule « Trick or Treat » que les enfants hurlent à tue-tête, en sonnant).

Jusqu’à la naissance de mes enfants j’observais la pratique à distance, me ravitaillant quand même en bonbons chaque année, pour parer à toute éventualité. A part quelques fêtes costumées auxquelles j’ai assisté par le passé, je n’ai jamais vraiment adhéré à la tradition. Détrompez-vous, je ne suis pas une party-pooper » (l’expression est plutôt imagée en anglais, mais comprenez ici que je ne suis pas une rabat-joie). J’aime faire la fête, et pour quelqu’un qui a passé son voyage de noces à la Nouvelle-Orléans (ville du Mardi gras, et de fêtards, par excellence), je ne dirais jamais non à la bonne humeur et au plaisir d’une fête, en l’occurrence en costume, quand on peut laisser tomber toutes ses réserves. Halloween n’est juste pas mon truc.

HalloweSauf que quand on a des enfants de l’âge des miens, c’est un rituel auquel il est presqu’impossible d’échapper. Soit, je connais des parents qui y sont arrivés en invoquant quelques principes religieux, mais je ne peux malheureusement pas clamer cette ferveur. Donc, pas d’autre excuse que mon manque de gout pour le macabre. Je me suis quand même faite à la chose, pour faire plaisir aux enfants, sans jamais vraiment y mettre le coeur. Pour preuve, cette année encore, comme par le passé, j’ai attendu la dernière semaine pour me mettre à la recherche de la tenue des enfants, sachant d’avance que ce serait la croix et la bannière pour leur trouver le costume de leur rêve. Il faudra donc faire avec ce qu’on trouvera dans les rayons dévalisés des magasins.

Mon manque d’effort pour Halloween va chaque année croissant, inversement proportionnel au désir de mes garçons d’y participer.  Pas seulement pour les costumes qu’il faut trouver, mais aussi pour la tonne de sucrerie qu’il faut gérer après. Car le plus grand plaisir des enfants c’est bien l’amas des bonbons et chocolats, au grand dam ou plaisir (c’est selon le besoin du business) des dentistes. Les enfants attendent donc impatiemment ce heureux jour où il leur est permis de manger des friandises à volonté. Cette année le plaisir est redoublé du fait qu’Halloween tombe un samedi, et il sera permis de rester debout plus tard dans la nuit, histoire de se gorger encore davantage. Le lendemain, tout en maudissant les fabricants de confiserie, je me presserai de cacher le restant du magot qui ira faire le bonheur des cousins et cousines au pays.

Halloween est un moment de hantise pour moi, pour d’autres raisons. Car une fois arrivé au 31 octobre, on a l’impression de tourbillonner de préparatifs en préparatifs. Il suffit de suivre le cycle commercial à la télévision. Juste au lendemain de Halloween, on nous bombarde de publicités pour les achats de Thanksgiving, avec des chansons de Noël en bruit de fond. Thanksgiving étant le jour des retrouvailles en famille pour célébrer le bonheur d’être ensemble, rendre grâce à Dieu (et au dieu de la dinde) pour ses bienfaits, on joue sur nos sentiments, pour nous faire dépenser à gogo.

Juste au lendemain de Thanksgiving, au premier coup de minuit, les grandes soldes du Black Friday sont inaugurées. Commencera alors l’inexorable marche vers la saison des cadeaux : Noël chez les chrétiens, ou Hanoucca chez les juifs, ou Kwanzaa pour certains noir-américains. Toute une machine commerciale est organisée pour que nous n’oubliions personne, même ceux qui n’étaient pas sur notre liste à l’origine. Je n’ai jamais eu le courage de prendre part au shopping de zombie du Black Friday, mais l’expérience en vaudrait la peine selon certaines amies qui y ont pris goût.

Je prendrai mon temps, mais je finirai par étudier les listes envoyées au Père Noël, puis à passer commande, puis à cacher les jouets. Il faudra penser aux cadeaux des maîtresses, des collègues parfois, des cousins, des enfants d’amis proches. Le plaisir et recueillement des festivités du réveillon et du jour de Noël arriveront enfin, mais ne dureront qu’un instant. Et seulement si l’on prend le temps de se rappeler et d’apprécier la signification de ce jour. Si on ne s’est pas laissé happé par le stress des préparatifs. Viendra enfin le nouvel an pour clôturer le tout, et on pourra alors dire « ouf ! », on a survécu au cycle.

Voici donc venue la saison de tous les frissons, et de grand stress déjà vécu, pour moi, comme pour beaucoup de parents dans mon entourage. On se plaindra de trop de choses à faire, trop de fêtes et concerts à l’école, trop d’invitations, trop de pression. Mais tous autant que nous sommes, et moi la première, nous savons parfaitement que nous ne pouvons y échapper, à moins de déménager ailleurs. Et encore, ce n’est pas une garantie, étant donné qu’Halloween et certaines fêtes typiquement américaines semblent avoir trouvé des adeptes dans d’autres pays.

Pas besoin de déménager, donc, il faut juste assurer. Je voudrais pourtant, un jour avoir le courage de zapper toute une saison, et juste ne rien faire, ou faire autre chose que la norme. Je sais bien que ce jour-là ce n’est pas demain la veille. Il faudra probablement attendre que mes enfants quittent le nid familial et entrent à leur tour dans la spirale en tant qu’adultes. En attendant, une fois de plus je me prépare psychologiquement. Comme on dit ici « if you can’t beat them, join them ». En avant donc !

 


Un éléphant ça peut Trumper* énormément

Credit photo: DonkeyHotey (Flickr.com)
Crédit photo: Flickr.com (DonkeyHotey)

Depuis presque vingt ans que je vis aux Etats-Unis, il y a bien une chose dont je ne me lasse jamais, c’est l’effervescence autour des périodes électorales. Comme partout ailleurs, et en exponentielle, l’élection présidentielle ici se prépare dans une atmosphère dramatique. Tensions, diversions, débats, attaques et contre-attaques verbales, toute une panoplie qui nous laisse en haleine en attendant le jour de la victoire, ou non, du candidat de notre cœur.

Au-delà des faits de campagne traditionnels, l’excitation est nourrie par les diverses émissions de divertissement, comme « Saturday Night Live« . Il y a aussi de nombreux shows quotidiens dont les présentateurs comédiens se donnent pour mission de parodier les candidats, et de nous faire mourir de rire par la même occasion. En cette période électorale américaine donc (vous ne le croirez pas, mais à un an de l’échéance, on est déjà en pleine campagne), l’humour bat son plein.

Cette année, plus particulièrement, on nous déniche des morceaux de premier choix, surtout du côté républicain. Côté démocrate les candidats restent encore assez raisonnables, pour ne pas dire ennuyeux. Pour l’instant, ils n’offrent rien de bien croustillant sur le plan comique, mis à part quelques efforts recommandables d’Hillary Clinton. Le premier débat des démocrates a offert  quelques moments de bonne humeur, mais pas de quoi se rouler par terre. Par contre du côté des républicains (dont l’emblème est l’éléphant), il y a matière comique à volonté.

Entre le discours décoiffant de Donald Trump, notamment sur l’immigration, et les théories loufoques du Dr Ben Carson, les comédiens ne manquent pas de source d’inspiration. Et ils ne s’en privent pas. Tout récemment, le jeune comédien sud-africain Trevor Noah a remplacé Jon Stewart, présentateur vénéré de l’émission « Daily Show » sur la chaîne américaine Comedy Central. Comme beaucoup de fans de l’ancien présentateur, j’étais agglutinée à mon poste téléviseur le premier soir, pour voir comment le jeune Trevor allait s’en tirer. Pas mal le premier soir, suivi d’un « ouf » collectif (y compris venant de nombreux Africains qui n’osaient pas trop croire que le jeune frère puisse se mesurer à une telle icône de la pop-culture américaine).

Pourtant il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, le jeune homme a du talent. Et comme la saison est propice et « le Donald », comme on l’appelle ici, est un cobaye de premier ordre, Trevor en a profité. Son sketch illustrant Donald Trump en parfait président africain est instantanément devenu un classique. Même les antennes sérieuses comme CNN ne veulent pas manquer le rendez-vous du rire, tant certaines scènes, ou mises en scène de Donald Trump, laissent difficilement impassible.

Ben Carson quant à lui, neurochirurgien de renom, nous laisse à penser qu’on peut être super doué et en même temps réussir à se qualifier pour le titre d’idiot du village. Je me demande parfois s’il faut rire, prendre le temps d’analyser ce qu’il raconte, ou le prendre en pitié, pour ses nombreuses prises de position incompréhensibles,  et son cafouillage. Comment un homme aussi intelligent peut-il avoir des théories aussi bizarroïdes?

Malgré toutes leurs gaffes, volontaires ou non, Donald Trump et Ben Carson continuent d’attirer une certaine tranche de l’électorat. N’allez pas croire que ce sont des gens qui sont tombés sur leur tête qui voteraient pour eux. Pas seulement. En passant dans un couloir au boulot, j’ai aperçu la photo de Donald Trump sur le bureau d’une collègue que je pensais, jusque-là, plein de bon sens. Je n’en revenais pas ! Et elle n’est pas la seule à être gaga du milliardaire, à en croire les sondages (même s’il y a eu un certain déclin ces derniers temps). Je n’ose pas croire que M. Trump arrive à sortir gagnant des élections primaires, mais ce n’est pas impossible. Cette hypothèse me remplit autant d’anxiété que d’excitation.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j’apprécie cette diversité d’opinions et de positions, même extrêmes (et ces talents comiques), que nous offre le parti républicain, comparé au déjà vu qu’on ressent du côté des démocrates. Entre Hillary Clinton qu’on donne presque vainqueur des primaires, Bernie Sanders qui nous rappelle qu’il ne faut pas vendre sa peau trop vite, et le vice-président américain Joe Biden qui maintient un semblant de suspense, il n’y a rien de bien excitant. Pour l’instant, on ne peut que se tourner les pouces et laisser végéter nos grands zygomatiques. En attendant que les choses bougent de ce côté-là, il faut bien trouver son bonheur ailleurs.

Je ne peux donc que me réjouir et remercier M. Trump et sa clique de farfelus pour tous ces fous rires qu’ils nous offrent régulièrement. Mais attention que la plaisanterie ne dure pas plus que nécessaire. Je n’ose pas dire, comme Jon Stewart, que je quitterais cette planète si Donald Trump devenait président, mais ce serait une dure réalité. Mais on n’en est pas encore là, et à en croire les experts, on en est même assez loin. Laissons donc les pensées pessimistes de côté, et rions de bon cœur !

* Tromper aussi oui, mais ici on parle bien de Trump.


Pour l’Amour de Facebook !

Facebook_client_EmojiC’est officiel! Facebook lance de nouveaux « emoji », des outils de réaction plus expressifs, pour nous permettre de faire parler notre coeur plus honnêtement sur la plateforme. C’est une excellente nouvelle que j’approuve vivement, comme en témoigne ce billet publié il y a quelques mois. Parce qu’on dirait que Facebook m’a écoutée!

Il y quelques temps je suis tombée sur un ancien collègue qui a déménagé à l’autre bout du monde, avec qui j’ai gardé un certain contact à travers sa page Facebook. Sans trop me rappeler lequel de nous deux avait initialement offert son amitié facebookienne, je le comptais parmi mes « amis ». J’offrais régulièrement mon approbation, mon « like », à ses photos, et il me rendait la pareille, comme le requiert le protocole de réciprocité du monde de Facebook. Le voir en chair et en os était pour moi un réel plaisir, d’autant plus que je l’avais toujours trouvé l’un des plus sympathiques de l’équipe de technocrates trop sérieux.

Tout naturellement je lui offre mon plus grand sourire, me retenant à peine de lui ouvrir mes bras. Je suis arrêtée de justesse par sa main tendue que je lui serre, à défaut du corps tout entier. Son attitude distante ne me perturbe pas outre mesure. Me voilà l’inondant de questions sur sa nouvelle vie aux antipodes, sa famille, ses hobbies, tous devenus familiers à travers ses multiples photos régulièrement postées sur sa page. Il me répond à demi-mot, comme gêné, soit de la présence des deux autres passagers de la cabine, ou tout simplement du fait que ces cinq dernières années passées loin de notre monde ont fait de lui un étranger, une nouvelle personne qui ne comptait pas retourner dans sa peau d’ancien collègue. Arrivé à son étage, il me lance un signe de tête et s’échappe, me laissant là, dépitée et bouche bée. Dès mon retour au bureau, la première chose que je fais, c’est de me connecter sur Facebook pour vite le «unfriend». Et vlan ! S’il ne voulait pas de mes égards en personne, il n’en aurait plus droit dans le monde virtuel !

Cet épisode ira bien sûr conforter les arguments de la masse de rabat-joies qui fustigent Facebook pour la superficialité des supposées amitiés qu’on y entretient. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je tombe sur un « ami » avec qui j’ai des échanges plus ou moins réguliers sur la plateforme virturelle qui dans la vie réelle me saluerait d’un geste furtif de la main. Il est clair que beaucoup de mes presque 300 « amis » de Facebook ne sont pas des amis traditionnels. Si je soustrais mes frères et sœur et leurs conjoints, et la multitude de neveux, nièces, cousins, cousines, tantes, oncles, et autres membres distants de ma famille, il me resterait sans doute près de la moitié. De ce lot, je discernerais à peine une cinquantaine de vrais amis, toutes catégories confondues (d’enfance, d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui). Resteraient alors la centaine de connaissances, certains réellement connus, d’autres acceptés au hasard d’un clic généreux, ou simplement parce qu’ayant plus de cinq amis en commun. C’est un « stress-test » que recommande une amie, une vraie du monde réel, qui adopte cette règle dans le cas où elle ne reconnaîtrait pas un proche d’antan, et lui dénierait par erreur une place dans son lot d’élus!

Revenons à mon vrai-faux ami de l’ascenseur. Il faisait donc partie de mon lot de connaissances. Nous avions travaillé dans la même boîte, mais certainement pas gardé des vaches ensemble! Je pensais le connaître à travers Facebook, m’octroyant le droit de l’accoster gaillardement après cinq ans d’absence. Notre incartade de l’ascenseur prouve bien que ce n’était pas le cas. Je devrais pourtant savoir, moi qui choisis soigneusement quelles photos poster sur ma page Facebook, que la censure personnelle est appliquée par tout un chacun. On ne montre que ce que l’on veut bien montrer de notre vie, les poses flatteuses, les beaux voyages, les situations ambiguës quand elles nous arrangent, ou les prises sans ambiguïté. Impossible donc de vraiment connaître quelqu’un à travers ces clichés, malgré la fausse impression de familiarité que ces tranches de la vie des autres nous procurent. Et pourtant j’étais troublée par son indifférence, et l’incident m’a fait remettre en question mon lot d’amis de Facebook. Pendant un moment, pleine de regrets de ne pas pouvoir récupérer tous les « like » que j’ai offerts à l’ingrat de l’ascenseur, et armée de mon désir de vengeance, l’idée m’a effleurée de faire le tri pour revoir le chiffre à la baisse. Mais ce n’était que l’espace d’un instant. Pourquoi réévaluer un choix du passé ? Une autre idée bien plus innovante, avant-gardiste je dirais même, a pris forme.

Je propose donc une nouvelle grille de notation pour les photos sur Facebook, parce que la seule option du « like » ne fait plus mon affaire. C’est un anglicisme dangereux, doublé d’un faux ami ! Au lieu donc du simple « like », de l’unique pouce vers le haut, je propose trois grandes catégories. Le « like », il restera, mais c’est pour quand on aime vraiment. Viendrait ensuite, le «vu» telle la notation laconique d’un enseignant dans la marge du cahier de devoir, en dépit des efforts de l’élève qui espérait une bonne note pour en rattraper quelques mauvaises reçues par le passé. Je proposerais même un « vu et approuvé », au besoin, pour montrer qu’on est en faveur de la scène sans pour autant « aimer » les protagonistes. La troisième catégorie serait le « oui, et alors ? » pour montrer qu’on a vu, qu’on n’approuve pas, qu’on aime encore moins, mais on se pose quand même la question de savoir pourquoi cette photo mérite quelque notation que ce soit. Je ne voudrais pas compliquer les choses en osant proposer, un « bon, passons à autre chose ». Pourtant j’aurais aimé avoir eu cette option, pour l’avoir utilisé au moins une fois, juste après mon aventure de l’ascenseur !

Voilà donc mes voeux exaucés, ou presque. A nos réactions!


Bienvenue à Lomé ! Faites comme chez vous, mais n’oubliez pas que vous êtes chez moi !

zemidjan

Dur, dur le retour des vacances. La rentrée des enfants, la reprise du boulot, le train-train et la routine quotidienne qui se remettent en place. Encore plus dur quand on a passé trois semaines au pays, dorlotée et chouchoutée par la famille et les amis. Toute l’anticipation mêlée d’anxiété pour les préparatifs du voyage (voir textes billets, coupures, kilos) sont loin derrière. Toute la sollicitude de tous les proches, à chaque instant pour vous faire plaisir, vous servir, et réaliser tous vos désirs culinaires les plus fous, n’est plus que dans nos mémoires. Il ne nous reste donc plus que les souvenirs et impressions à partager.

Rien ne se crée, rien ne se perd…

Tout se transforme chez nous. Le recyclage a de beaux jours devant lui dans notre pays. Des objets qui seraient en fin de vie sous d’autres cieux ont droit à une seconde chance. Les voitures d’un autre temps ressuscitent et se font une nouvelle vie sur nos routes. Et quelles routes ! Il y a les anciennes du temps colonial, certaines retapées selon les moyens et les besoins du dignitaire le plus proche et d’autres toutes nouvelles, pimpantes de goudron, arborant encore fièrement les affiches du candidat-président, témoignage des récentes élections. Ces belles artères traversent le centre-ville et au-delà, jusqu’aux nouveaux quartiers. Et là que de belles maisons ! Construites parfois sans grande coordination ou souci d’harmonisation urbaine, mais bon, on est chez nous alors on fait ce qu’on veut.

On est forcément impressionné par cette effervescence immobilière, cette excitation de construire partout. Certains l’attribuent au zèle financier des compatriotes de la diaspora. Mais parole de membre de la diaspora, notre petit pied-à-terre ne fait pas le poids devant ces grands palaces aux toits de tuiles rouges. Mais c’est clair que nombre de ces plans d’architecture sont « made in France, Germany, or USA ». Toutes ces constructions m’ont laissée ébahie. C’est bien beau, et c’est innovant, mais attention de ne pas se retrouver coincé entre deux de ces baraques, parce le voisin du milieu qui ne pourrait se permettre qu’un petit lopin de terre et une petite villa à un seul niveau, en perdrait son nord et son soleil!

Les grandes rues goudronnées avec sculpture de deux grands lions c’est bien…

Lionphotos

Mais le respect du code serait encore mieux. Il y a bien longtemps que j’ai abandonné l’idée de conduire à Lomé. La bataille pour dominer la route je n’y ai donc pas eu droit, mais mon malheureux conjoint qui y a participé quotidiennement m’a passé ses frustrations. Entre les « zemidjans » (taxi-moto) kamikazes, les chauffeurs de taxi prestidigitateurs, et les piétons acrobates, il faut trouver le moyen de sortir son épingle du jeu, pour rentrer chez soi, sain et sauf. Lomé reste trépidante de scènes insolites, plus loufoques les unes que les autres.

Je garde en mémoire les fous rires et regards incrédules de mes mes enfants en voyant un homme sur une moto transportant une femme, qui elle-même portait un bébé au dos, portant sur sa tête un panier rempli d’oranges (la femme, pas le bébé, fort heureusement). Ou un autre homme sur une moto, portant un téléviseur, ou un mouton, ou des sacs de charbon de bois. Ce sont des scènes étranges et dangereuses qui nous ont amusés, mais aussi attristés, car elles disent les difficultés de nombre de gens, qui doivent risquer leur vie au quotidien pour survivre. Que d’accidents sur notre parcours , dont un grave, pour nous rappeler régulièrement la dure réalité de tant de compatriotes qui se débrouillent comme ils peuvent.

La vie est dure, mais elle l’est un peu moins pour les affairistes…

Chez moi, il faut savoir saisir les opportunités d’affaires. Il faut faire avec ce qu’on a, et ce qui compte avant tout chez nous, c’est le sens de faire avec. Ailleurs on l’appellerait le « sens du business ». Il faut donc ouvrir un bar, une buvette, un petit coin avec quelques tables, de la musique et des boissons, et le tour est joué. Eh oui, la boisson est un mal nécessaire chez nous. Les options sont limitées pour beaucoup, afin d’oublier les problèmes, ou simplement se faire un peu plaisir. Les buvettes pullulent donc à tous les coins de rue et ne trouvent de compétiteurs que dans les ventes d’alimentation générale. Il faut manger et boire, pour vivre comme on peut, et ceux qui ont compris l’équation ne vont pas se négliger.

Pour ceux qui auraient manqué le bateau du business de boisson ou d’alimentation, qu’à cela ne tienne, il y a toujours les appareils venus d’ailleurs à recycler. Le port de Lomé regorge d’articles en tout genre, dont les frères et sœurs en Occident ont bien voulu se soulager. Il y a donc matière à business: articles vestimentaires, pièces détachées, appareils électroménagers, et le commerce le plus populaire : les téléphones portables. Chez nous, le cellulaire est roi, et les 2 compagnies locales qui se partagent le marché sont de dignes princesses. Le sujet togolais ne doit donc pas les offusquer et il faut acheter au moins deux cellulaires pour s’assurer sa part belle de communication. Qu’on ne mange pas tous les jours à sa faim, ainsi soit-il. Mais vivre sans cellulaire c’est inacceptable. C’est un crime de lèse-majesté que personne n’ose commettre. Pour ceux qui auraient la chance d’avoir une connexion wi-fi chez eux, et se sentent d’humeur généreuse on verra une foule attroupée sous leurs murs. Tout le monde se plaint du débit de l’Internet, mais on fait avec.

Ah vivement le week-end…

Tant de choses à faire entre vendredi et dimanche. On commence par les veillées funèbres, car le business de la mort est toujours en plein boom chez nous. Une amie raconte comment sa maman feuillette le journal au quotidien pour s’enquérir des veillées éventuelles et aménager son week-end en conséquence. Et cette bonne maman n’est pas la seule dans le cas. Chez nous on a accepté que la mort fasse partie de la vie, et il faut lui donner la place qui lui revient. On peut aller à une veillée le vendredi, un enterrement le samedi matin, et un mariage le samedi après-midi. Pour nous autres de l’extérieur c’est une réalité qu’on a un peu oubliée, et c’est d’autant plus dur quand on apprend la mort soudaine d’un proche, comme ce fut le cas pour nous. C’était un moment difficile qui a nous fait réfléchir et remettre nos vacances en question. Mais il a fallu se reprendre et accepter, comme le font les gens chez nous, et suivre le flot. Après la veillée le vendredi donc, on peut passer par un maquis. Ah, Brovi* quand tu nous tiens. Si vous êtes de passage à Lomé, ne ratez pas ce rendez-vous, surtout si vous êtes amateurs de poisson.

Samedi emmène son lot d’enterrements « must-go » avant toutes autres activités. Mais on n’est pas toujours obligé d’y aller, il semblerait. Si vous avez réussi à vous faire voir par qui de droit à la veillée, pour assurer votre soutien à la famille éplorée, vous pouvez esquiver les cérémonies d’enterrement. A moins que ce ne soit un proche, bien entendu. Car samedi le temps est précieux. Il faut aussi faire le marché pour les mamans, sortir les enfants pour diverses activités, faire du sport, s’occuper de la maison, se reposer, et peut-être se préparer pour les festivités du soir: un autre passage au maquis pour les plus chanceux, une sortie en boîte de nuit pour les plus branchés, une soirée entre amis pour les plus raisonnables, ou le repassage des effets pour la messe du dimanche pour les plus sages.

Viendra donc dimanche, et son bruit de fond. Dès sept heures du matin, la radio du voisin lance à tue-tête divers chants de louange pour nous mettre dans l’ambiance. A moins d’un délestage (coupure de courant intempestive), et là, c’est un silence inespéré et inquiétant qui recouvre la ville. On pique un nez dehors et c’est le défilé des habits du dimanche, de pagnes aux couleurs chatoyantes, du plus grand au plus petit. La ferveur se lie sur les visages, quelle que soit la dénomination religieuse. On s’empresse pour avoir les meilleures places dans les taxis et dans les lieux de culte. C’est le flot humain dans tous les sens, dans chaque rue, jusqu’en début d’après-midi quand la tension se relâchera un peu. On pourra alors se consacrer au festin du jour. Une fois consommé, c’est l’heure de la sieste, le repos mérité.

pureplageL’après-midi, la plage nous attend. C’est le point culminant de toute la semaine, le moment d’extase où l’on peut enfin respirer et se détendre. Pure Plage, Marcello Beach, ou la Cour des Grands, si on veut se prouver qu’on est quelqu’un, et si on en a les moyens. Ou la plage simple à ciel ouvert. Après tout, la mer nous appartient à tous. C’est un bien commun même si certains malins ont réussi en s’en approprier une partie, en y mettant une clôture pour nous faire mourir d’envie de voir ce qui se passe de l’autre côté. Mais la mer et le ciel sont bel et bien bleus partout. Juste le bruit de fond qui change, selon les milieux. La musique fuse à chaque coin de rue, mais là, plus de chants de louange. C’est Davido et Toofan qui se disputent nos oreilles. Les jeunes sont dans l’ambiance, et une Flag** aidant, on se laisse emporter avec eux. Il faut bien en profiter avant le coucher du soleil, qui ramènera lundi et son lot de soucis hebdomadaires.

Chez moi les choses avancent, mais ne changent pas vraiment. Les scènes de vie que j’ai connues en grandissant existent encore, tel un rituel sacré. La convivialité, la bonne humeur constante malgré les soucis, les espoirs de jours meilleurs, la ferveur religieuse, les efforts pour avoir accès à l’éducation, aux soins de santé adéquats, à l’eau potable, aux trois repas, les difficultés de tant de familles démunies, tous sont intacts. Evidemment, beaucoup de compatriotes ne sont pas à plaindre. Beaucoup s’en sortent plutôt bien, et d’autres s’en sortent du mieux qu’ils peuvent. Les « débrouillards » comme on les appelle. A ceux-là, je tire mon chapeau. On dit que « débrouiller n’est pas voler », et chez moi, se débrouiller, souvent sans emploi fixe, et s’en sortir, c’est un véritable exploit.

Voilà donc quelques impressions de mes trois semaines au pays. Si vous êtes à Lomé, vous comprendrez; si vous y êtes déjà allé, vous vous souviendrez, et si vous y allez un jour, sachez que le Togo est une terre d’accueil, et que Lomé vous recevra toujours les bras grands ouverts, tant que vous en accepterez les conditions.

*Restaurant connu pour le choix excellent de poissons braisés (et je ne suis pas payée pour l’écrire)!

**Bière très populaire (là aussi, juste de la pub gratuite!)


Douce France, pays de mon enfance, symbole de tous nos maux

Crédit photo: pcfbassin.fr
Crédit photo: pcfbassin.fr

La récente tournée africaine du président Hollande semble avoir réouvert quelques plaies sur le continent, ravivant le débat sur les rapports entre la France et ses anciennes colonies. Pour certains, c’est une relation visiblement compliquée, comme en témoigne le cafouillage du président béninois en tentant de répondre à une question dans ce sens, pendant la conférence de presse conjointe. Pour d’autres le débat est clos depuis belle lurette : c’est la faute aux Français si l’Afrique francophone en est là aujourd’hui ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est probablement ce que pensent la moitié (restons prudents, je sais que c’est un peu plus que ça) de mes compatriotes au Togo, et la plupart des citoyens dans les anciennes colonies françaises. Le bouc émissaire français a fait ses preuves. Plus de 50 ans après les premières indépendances, sa réputation continue de lui succéder partout où les coups d’État ou autres scandales politiques ont fait rage. On lui reproche de continuer à tirer sur la ficelle, tel un cordon ombilical qui n’a jamais été coupé. Le président Hollande en a donc fait les frais sur les réseaux sociaux pendant sa visite, car le bouc a la vie dure !

Pauvre bougre de bouc ! On lui colle tous les maux, et on fait appel à lui dès que rien ne va plus. Bien sûr, il a plutôt beaucoup sur la conscience. Mais il est aussi victime du dicton “ qui vole un œuf… ”, et toute sa panoplie de victimes sur le continent au fil des ans a fini par faire de lui un voleur de bœuf. Cinquante ans, c’est beaucoup dans la vie d’un homme, que dire dans celle d’un bouc! Tant de temps et d’occasions pour faire parler de lui, à travers ses agents provocateurs, suivez mon doigt vers Denard, Faulques, Pasqua, Verges, et j’en passe, juste pour faire des jaloux dans les coulisses diplomatiques de la Françafrique. Tant de suppôts du bouc qui ont eu droit à leur place au soleil africain ces dernières décennies, et qui ont su profiter de leurs positions d’influence, se balançant plein d’assurance sur le cordon entre Paris et ses anciennes colonies en mal d’amour maternel. De nos jours, ils sont disparus ou oubliés de la conscience publique, pour la plupart, mais le bouc lui on le garde à l’œil.

Pourtant on dirait que le bouc est en fin de carrière. Ce n’est pas que moi qui le dis, M. Hollande lui-même l’a confirmé. C’est donc un nouveau départ entre la France et l’Afrique. Que diable si beaucoup de mes compatriotes se refusent encore à l’évidence, l’ancienne métropole ne veut plus de nous. Enfin pas comme nous nous voulons d’elle. Ce n’est pas qu’elle ne nous aime plus; c’est que notre relation, tel un mariage de convenance, est arrivée au point de stagnation. Il faut l’accepter, quand on n’a plus rien à offrir dans un couple, il vaut mieux se séparer. Mais il faut le faire dans de bons termes quand même. Après tout, le français c’est une belle langue qu’il ne faut pas laisser disparaître. C’est d’ailleurs une question de sauvegarde du patrimoine mondial. Pour le reste, les facilités d’immigration et les interventions militaro-politiques (sauf en cas de force jihadiste, bien sûr), c’est fini ! Le cordon est coupé de l’autre côté, et on n’a qu’à se débrouiller pour s’en détacher, s’il ne tombe pas tout seul!

Que faire alors d’autre que de traîner le cordon un peu partout sur le continent, du désert du Sahel aux côtes ouest-africaines. On tourne dans tous les sens, histoire de trouver d’autres boucs à qui reprocher nos problèmes. Ne sachant pas trop dans quelle direction se tourner, on ne peut s’empêcher d’empêtrer les pattes du bouc français avec le vieux cordon, de temps en temps. On lui lance des appels régulièrement pour nous consoler de nos maux qui n’en finissent pas, comme si, si un homme tourne mal à 50 ans, c’est la faute de sa maman. La quête continue donc, en attendant de trouver la main secourable qui voudra bien nous débarrasser du cordon pour de bon, ou au moins le reconnecter ailleurs. Main chinoise, en veux-tu ? En voilà!

 

 


Qui veut voyager bien, prépare des petites coupures

Cet été, vacances va rimer comme chaque année avec billets…

Bientôt les vacances et beaucoup d’entre nous se préparent pour des destinations proches ou lointaines. Certains, billets en poche, trépident d’impatience avec le regard tourné vers la terre natale, en Afrique. Pour ces derniers chanceux qui vont bientôt avoir la chance de retrouver la chaleur africaine, la bonne cuisine, les amis, et toute la grande famille, une étape incontournable devra être franchie : le passage par la douane de l’aéroport, où il faudra faire face à la phrase habituelle : « Il faut faire quelque chose ! » Et oui, c’est la phrase magique pour laquelle la bonne réponse – quelque billets furtivement glissés dans les mains de qui-de-droit – permettra de passer outre la marée humaine de fonctionnaires et de vacanciers, pour se laisser happer par la bouffée de chaleur qui nous confirme que nous sommes enfin arrivés au bercail.

Corruption généralisée ou instinct de survie ?

« Il faut faire quelque chose », « do something, sista », « il faut payer le café », ce sont des phrases quasi-panafricaines ! Je les ai entendues à Lomé, à Accra, à Abidjan, à Cotonou, et beaucoup témoigneront en avoir entendu d’autres versions partout ailleurs sur le continent. D’aucun dénonceront un phénomène de corruption généralisée, mais moi je l’appelle simplement un « instinct de survie », ou « faire avec les moyens du bord ».  Difficile de reprocher à quelques fonctionnaires de chercher des moyens d’arrondir une fin de mois souvent difficile. D’ailleurs, il faut bien l’avouer, dans certains cas ces transactions nous facilitent bien la vie.

Nous sommes tous coupables, à divers degrés, de complicité de corruption. Nous ne nous en plaignons que lorsque nous ne nous y attendons pas. Un ami ghanéen crie haut et fort qu’il ne pourra jamais vivre à Accra à cause de cette atmosphère de corruption organisée, selon laquelle il faut graisser mille et une pattes dans les services administratifs pour obtenir gain de cause : passeport, carte d’identité, titre foncier, etc. Je le comprends, mais je comprends aussi le camp adverse. Les réalités sont dures sur le terrain, et c’est souvent la loi du plus fort, le plus fort étant celui qui a le bras le plus long et ose le tendre !

S’armer de patience… et de billets !

Le phénomène étant ce qu’il est, il faudrait donc partir préparé. D’abord, ne pas arriver avec des airs de conquérant. Le système est solide et a fait ses preuves. Inutile d’invoquer X ou Y bien placé, ou de menacer d’aller se plaindre aux autorités ! D’ailleurs avec la température du hall de l’aéroport l’effort demanderait une double dépense d’énergie. Plutôt s’armer de patience et quelques billets d’avance (attention, un dollar ne vaut pas grand chose dans le milieu, cinq euros peuvent passer, et encore !). Prévoyez si possible quelques billets de monnaie locale.

Une fois sur place, identifiez l’agent stratégique. Celui qui a le pouvoir de vous faire passer rapidement, et non un quelconque opportuniste qui ne vous obtiendra qu’une attente supplémentaire devant le-dit agent stratégique. Ne vous énervez devant les questions loufoques du genre, « la boîte de chocolat là c’est pour moi, non ? » ou « deux ordinateurs pour vous seul, et nous alors ? ». Engagez une petite conversation, et souriez abondamment, autrement les plaisanteries et ricanements d’en face ne feraient qu’augmenter, vous mettant les nerfs à vif. Surtout soyez discrets, pas la peine d’ameuter des regards envieux. Une fois la transaction terminée, ramassez vos affaires, remerciez une fois de plus, et avancez dignement. Voilà, vous en avez fini avec cette étape, jusqu’au jour du départ ! Inspirez-vous de cette expérience tout au long de votre séjour, en cas de besoin dans d’autres services administratifs. Bonne chance et bonnes vacances !


Chocolat, amour et contrôle d’identité

Chocolate-Love-WallpaperIl y a quelques semaines, j’ai appris avec grand plaisir l’ouverture d’une usine du chocolatier Cemoi, en Côte d’Ivoire. C’est bien sûr une bonne nouvelle pour l’économie du pays, et par extension, de l’Afrique. Mais c’est une très bonne nouvelle tout court. Enfin, du chocolat de qualité «fait maison» sur le continent ! Vous l’aurez deviné, je suis une accro de chocolat. Et pour prouver à quel point je suis accro, je vais vous raconter une petite histoire. C’est une histoire de chocolat, et aussi d’immigration. N’allez pas chercher de connexion cachée, il n’y en pas; enfin pas dans le genre métaphorique, mais plutôt littérale, parce que l’histoire va vous faire entrevoir un sous-sol.  Une autre connexion serait peut-être le fait que le chocolat est un bien essentiel au bonheur de tous, immigrés inclus. Par ces temps où les récits tragiques d’immigration abondent, je vais tenter d’apporter une touche plus légère à la question, en relatant une aventure qui m’est arrivée il y a plus de dix ans.

A l’époque j’étais jeune mariée, sans enfant, et assez libre de mes mouvements. J’aimais voyager et mon emploi me procurait la chance de le faire de temps en temps, avec la possibilité de faire des transits personnels après chaque mission, à l’endroit que je voulais, dans les limites du règlement. Par un après-midi d’Octobre, après un séjour en Turquie, me voici donc à Lille, en France. Je rendais visite à mon jeune frère, qui y étudiait. Ma grande amie d’enfance qui habitait Paris me propose alors de me retrouver pour passer le samedi ensemble, et remettre les pendules de notre amitié à l’heure. Apres une belle matinée à papoter nous décidons de faire quelques magasins. Mais très vite, nous nous lassons de la foule du centre commercial, et revenons sur notre décision, pour nous consacrer au tourisme. Nous faisons le tour du vieux Lille, puis reprenons le chemin de la Grand-Place. L’idée me vient alors de visiter une autre Grand-Place que je n’avais pas encore vue, celle de Bruxelles, qui était à moins d’une heure en train. Avec un peu de chance nous pourrions déjeuner près de la Grand-Place, voir le Manneken Pis, et surtout déguster du chocolat ! L’idée de croquer dans du chocolat fin est argument suffisant pour nous convaincre du bien-fondé de ce plan. Nous nous dirigeons vers La gare.

Après consultation des tableaux nous nous rendons vite compte que le seul moyen d’arriver vite à Bruxelles serait de prendre le prochain Eurostar en provenance de Londres. Il était annoncé entrer en gare dans une dizaine de minutes. Décision est prise et cinq minutes plus tard, billets en poche, nous courrons sur le quai. A peine une demi-heure dans l’espace feutré du train et on annonce l’entrée en gare Bruxelles Midi. Excitées, nous nous dirigeons rapidement vers la sortie, en essayant de ne pas bousculer. Je ne comprenais d’ailleurs pas pourquoi il fallait faire la queue pour sortir du quai. Peut-être un dernier contrôle des billets. Ce n’est qu’en approchant de la sortie que nous comprenons ce qui se tramait devant : contrôle des papiers. En fait, le train venant de la Grande-Bretagne qui est hors de l’espace Schengen, tous les passagers de l’Eurostar devaient être contrôlés. Ah ça s’explique, me dis-je avec une remarque exaspérée, commentant le paranoïa des européens, à demander des papiers à tous les coins de rue et de gare. Tout d’un coup je me rends compte de ma situation, en même temps que mon cœur qui fait une ratée de battement. Je n’avais aucune pièce d’identité sur moi pouvant m’exonérer. Mon passeport qui contenait mon visa était dans ma valise, à Lille ! Pas de panique me rassure mon amie : « avec un peu de chance ton permis de conduire américain et ta carte Visa pourront certifier de ton statut de touriste ». Je ne suis pourtant pas rassurée étant donné la demi-douzaine de passagers mis à l’écart sans aucune autre forme de procès, sinon le regard sans équivoque de deux agents.

C’est notre tour, et mon amie clarifie sa situation. Elle est résidente en France, mais n’a pas sa carte de séjour sur elle pour le prouver. D’un signe de main l’agent lui indique la masse. A mon tour j’essaie de m’expliquer mais sans succès. Une fois les passagers légitimes partis, les agents nous intiment en anglais de les suivre. Je tente une dernière fois d’expliquer ma position, mais les deux agents restent imperturbables. Nous sommes menés en fil indienne, tous des noirs, une dizaine au total, dans un dédale de couloir jusqu’à arriver dans un sous-sol, les entrailles de la gare Bruxelles Midi. L’endroit où se décidait le sort de milliers d’immigrants. Dans notre lot, il y a un jeune nigérian, qui engage la conversation avec nous. Où allons-nous et d’où venons-nous ? Mon amie irritée me dit de lui parler « ma langue » (l’anglais) et de lui dire de nous laisser tranquille. J’explique notre histoire, et il a un sourire entendu, du genre,  » vraiment, vous voulez me faire croire que vous êtes arrivées ici à cause d’une envie de chocolat !  » Eh oui, c’était pourtant vrai, et arrivée dans la salle d’attente, je me rendis compte du burlesque de ma situation. Il y a 24 heures j’avais quitté un hôtel 5 étoiles, pour prendre l’avion en classe affaires, et aujourd’hui je me retrouvais au fond d’une cave.

Les agents nous appellent dans une salle pour faire une déposition et nous recommençons depuis le début, sans meilleur succès. On nous retourne ensuite dans une autre salle d’attente. Mon amie est alors prise d’un fou rire incontrôlable, contagieux. Toutes les deux nous rions, sans pouvoir nous contenir, si fort qu’un agent revient. D’une voix coupante il nous ordonne d’arrêter de faire du bruit. Mon amie lui rétorque qu’il n’y aucune loi contre le rire, et l’agent tout rouge lui lance une insulte que je ne répéterais pas ici pour préserver l’amitié entre les peuples togolais et belge. Mon amie s’échauffe mais je la supplie de ne pas continuer, en lui rappelant ma situation. Je n’avais rien à faire en Belgique, encore moins dans un trou noir de l’administration belge, et si l’incident dégénérait je serai dans de beaux draps.

Nous resterons là pendant près de deux heures. Finalement on nous annonce notre rapatriement en France sur le prochain Eurostar, sous l’escorte d’un agent. C’est une femme qui vient nous guider vers la salle d’attente. Nous retrouvons les lumières de la gare, et de loin je vois le signe d’une chocolaterie clignoter. En blaguant, je demande à l’agent si elle ne pourrait pas au moins nous laisser acheter du chocolat. Elle ne bronche pas. Dans la salle d’attente nous retrouvons le nigérian. Il essaie une fois de plus d’engager la conversation. Je le laisse dans son monologue en acquiesçant d’un signe de tête au moment requis. Il cherchait à rejoindre des amis en Allemagne. Le train était annoncé pour 30 minutes. Une femme de ménage passe et repasse. Soudain, mon amie lui demande si elle ne pouvait pas aller nous chercher du chocolat en face. Elle hausse les épaules et tend la main. Quelques minutes après, nous sommes dans le train, en première, avec deux boîtes de chocolat devant nous, et un agent d’immigration à côté.

La suite de l’histoire est sans histoire. L’agent nous remet aux mains de la police des frontières française qui nous attendait sur le quai. Après un passage au poste, où mon jeune frère viendra me délivrer avec mon passeport, nous pouvons enfin déguster nos chocolats. Cette aventure est singulière et loufoque, mais loin d’être unique. Elle témoigne de la rencontre quotidienne entre agents de l’immigration et immigrants, parfois pour des raisons bêtes, parfois plus méchantes, parfois pour une envie, et parfois pour une simple question de survie. Elle aurait pu mal finir, comme celles de nombreux autres immigrants, en gare, en aéroport, ou pire encore, en mer. Elle s’est passée il y a plus de 10 ans, mais il y en probablement un tas du genre qui se déroulent encore aujourd’hui. Elle se passait à Bruxelles mais pourrait arriver n’importe où en Occident, mais pas seulement. Tout récemment, je racontais l’anecdote à des amis autour d’un repas, pour amuser un peu la galerie, et l’un d’entre eux nous a raconté des péripéties, encore plus rocambolesques, qui lui sont arrivées l’été dernier, dans un aéroport quelque part en Afrique. Je vous les conterais un jour, dans 10 ans peut-être, quand on pourra en parler, et en rire, sans conséquences.