Josette

Mendiants : les abandonnés !

Impossible de traverser Conakry sans apercevoir ces regards inquiets. Ils sont bien présents le long des rues tendant machinalement la main pour nous rappeler leur indigence. Parmi eux, des manchots, des boiteux, des estropiés, des enfants albinos, des jumeaux, des aveugles, des vieillards, des vieilles femmes en guenilles… Mendiants, les affuble-t-on. Moi je les appellerai : les abandonnés.

Mendier un morceau de pain à ceux qui leur avaient tout pris était encore pour eux une chance de vivre. Et on les appelait mendiants ou bien voleurs suivant leur insistance à vivre.

Je perçois la mendicité sous un jour neuf depuis mon séjour à Conakry. Ça fait un bon mois que je suis de retour mais je cavale dans des questionnements de tout genre. Comment en est-on arrivé là ? La mendicité n’est certes pas un phénomène nouveau en Guinée mais dans mon souvenir, ils étaient trois fois moins nombreux. Là, je découvre stupéfaite la myriade.

Comment expliquer qu’il est tellement de mendiants à Conakry ?

Ce voyage m’ouvre les yeux sur l’aspect conjoncturel du fléau. L’influence démographique n’est pas à négliger dans cette multiplication. Je spécule peut-être mais la recrudescence de la mendicité peut-être imputable à l’exode rural des dix dernières années. Ce grand déplacement des familles paysannes vers la ville a entraîné un grand appauvrissement des campagnes et une hausse sans précédent de la mendicité urbaine. Selon des dires, les recettes de l’agriculture vivrière et de l’élevage qui nourrissaient les paysans guinéens ont fâcheusement baissé dans le temps. Des familles entières se sont installées en ville dans l’espoir d’un mieux-vivre. Sans aides financières et sans pensions alimentaires, faire la manche demeurait le seul moyen pour survivre. Autrement dit, la mendicité n’est que reflet d’une pauvreté humaine palpable dans laquelle la population guinéenne barbote.

Haro sur les mineures mendiants !

Talibés au Sénégal, Koulamati en Guinée, Bakoroman au Burkina, les microbes en Côte d’Ivoire et enfants sorciers en RDC, on observe le phénomène de mendicité des enfants un peu partout sur le continent. Sains ou infirmes, ils vivent quotidiennement de sollicitations publiques. Ils se positionnent dans les grands marchés des villes, aux ronds-points, dans les grandes artères, devant les hôpitaux centraux, les mosquées, églises, devant les arrêts de bus ou les gares routières… En Afrique, on compte environ 30 millions d’enfants des rues, d’après les Nations unies. Ils seraient plus de 30 000 dans les rues de Dakar, 40 000 à Kinshasa, 17 000 à Kampala pour ne citer que ces villes. Pour Conakry, j’ai farfouillé… que nenni. Un vide statistique invraisemblable. Aucune enquête sociologique et géographique sur le sujet.  Aucun chiffre récent sur ce fléau. Une normalité que j’ai lamentablement déplorée… Visiblement le système considère cela comme allant de soi. Quant à la population, elle s’accommode de la situation telle qu’elle est.

Par ailleurs, c’est dans les embouteillages quotidiens que les mineurs se manifestent le plus souvent. Ils tournicotent, se glissent entre les motards, courent derrière elles et toquent aux vitres des véhicules avançant à la queue leu-leu. Souvent, les mains sont portées à la bouche comme pour susurrer aux occupants des véhicules : j’ai faim, donnez-moi à manger. Ce fut mon expérience. Engloutie dans un bouchon interminable, un enfant était appuyé contre la voiture et me fixait. Je descendais la vitre pour glisser un billet dans la main du môme. Ce dernier me gratifiait d’un “Dieu te bénisse “ et filait à toute vitesse.

Zézé le chauffeur qui me conduisait en profita pour se lancer dans une diatribe sur la justice sociale. Dans son quartier, il y avait un squat de mendiants, si on peut l’appeler comme ça. Ce pied-à-terre était un bâtiment inachevé sans crépissage, oublié certainement par le propriétaire. Une bonne cinquantaine de gamins des deux sexes y vivaient dont certains à vue d’œil, n’avaient pas atteint l’adolescence. En vérité, les jeunes n’étaient pas sédentaires, ils n’y venaient que pour dormir très tardivement le soir. Parce que la journée, ils regagnaient les rues par groupes de deux. Les filles dans les marchés entre les échoppes et les garçons sur la voie publique au niveau des ronds-points. Des fois, un gamin disparaissait comme ça du sillage. Paraît-il qu’il aurait perdu la vie dans un accident de circulation. Mais Zézé avait sa théorie là-dessus : le môme se reposait d’avoir vécu une vie de misérable.

Les mendiants, victimes d’une réalité socio-économique !

Parce que la mendicité est avant tout un métier : le métier de la rue. Au même titre que le boulot de cireurs ou de portefaix… Dès le lamento du coq, ils se réveillent et mendient de la même manière qu’on se lève chaque matin pour aller chercher de quoi payer nos factures. Et le courage qu’ils déploient quotidiennement dans cette quête est incommensurable.

Parce que la mendicité est également un business. De ce que j’ai cru comprendre l’utilisation des mineurs pour apitoyer les passants est monnaie courante. Les enfants des zones rurales représentent un vivier de mains d’œuvre faciles pour des bandes organisées. Ces trafiquants recrutent les jeunes garçons dans les campagnes. Les familles vulnérables financièrement sont parfois trompées et désabusées par de fausses promesses. Ces derniers ignorent qu’une fois en ville, leurs marmailles seront acculées à la mendicité. En y regardant de plus près, il s’agit incontestablement d’un cas de trafic d’enfants. Le problème est d’autant plus grave si ces derniers sont dépourvus de documents d’identité. Donc invisibles aux yeux du système.

Parce que les mendiants s’organisent en collectivité. Je n’ai pas la moindre esquisse de comment cela se passe. Il s’avère que les mendiants s’organisent en tontine hebdomadaire mettant en commun une parcelle du produit de la mendicité. Le principe de la tontine classique semble s’appliquer également.

Parce qu’il existe un véritable marché de la mendicité. J’ai tendance à dire que l’économie ce n’est pas que le marché de biens et services, de travail ou de capitaux. Non ! En réalité, des tas de choses se passent en dehors de ces marchés. Dans ce contexte, faut-il penser à intégrer les produits de la mendicité ou le trafic des enfants à des fins de mendicité dans le calcul du PIB ? Par définition, le PIB n’est-il pas la somme des richesses produites en une année par un pays ?

Réintégration des mendiants : exit les pis-aller !

Nettoyer les rues de sa cohue ! La ville de Dakar fait souvent les gros titres pour ses nombreuses tentatives de nettoyage des rues de Talibés. Une sorte de croisade contre les mendiants et les faiseurs de mendiants. La ville de Conakry avait tenté également d’interdire la manche et le racolage sur ses voies publiques. Un programme de retrait avait permis de confiner un nombre important de mendiants dans des centres d’accueil. Mais le dispositif avait échoué. Quelques semaines après, les indigents délogés de la rue avaient retrouvé leurs points stratégiques. Cet échec prouve que re-socialiser des individus longtemps marginalisés et déshumanisés n’est pas mince affaire. On omet souvent que les mendiants sont à la recherche d’une place dans la société. Ils ont besoin qu’on les aide à retrouver leur qualité de citoyen. Ce qui revient à réparer notre système inégalitaire et non se contenter d’un bricolage express.

En m’intéressant à la mendicité urbaine à Conakry, j’ai surtout noté une inertie collective à agir. Doit-on tout attendre de l’État ? Ne faut-il s’appuyer sur l’intelligence collective pour retirer méthodiquement et progressivement les enfants des rues ? L’État, les chefs religieux, la police, la société civile, les travailleurs sociaux et les associations, chacun est appelé à jouer un rôle de facilitateur. Prenons, par exemple, le cas des associations à Conakry ! Le tissu associatif local reste peu développé financièrement et peu structuré humainement. Les orphelinats font du bon travail en recueillant certains enfants. Malheureusement, ces derniers sont accablés par le désarroi financier et ont l’impression de ne pas être épaulés. C’est un travail de longue haleine de réintégrer les mendiants. Le moins que le système puisse faire serait de commencer en fixant des objectifs à court, moyen et à long terme. Comme par exemple :

  • entamer une première étape d’enregistrement des mendiants ;
  • vérifier les registres d’états civils pour les connus et relever l’identité des “invisibles”;
  • établir une base de données de la population des mendiants ;
  • retirer méthodiquement les enfants dans les rues et les placer dans des structures hygiéniques conçues pour les accueillir ;
  • délivrer des soins de santé primaire pour les malades ;
  • accompagnement moral et psychologue des enfants ;
  • mener une campagne d’alphabétisation en leur ouvrant la porte des écoles ;
  • apprendre des métiers…

Bref à défaut d’un passé dans la rue, offrir aux enfants mendiants un avenir hors de la rue. Je m’engrosse certainement d’accomplissements espérés vous me direz !

C’est avec les bras de la charité que l’on saisit Dieu !

Je ne peux terminer ce billet sans m’interroger sur nos rapports avec les mendiants. À y regarder de près, on ne les approche que sporadiquement. Le plus souvent pour faire de la charité affichant ainsi de manière ostentatoire notre privilège. C’est avec les bras de la charité que l’on saisit Dieu ! ma grand-mère avait souvent recours à ce dicton pour justifier ses offrandes matinales aux passants les plus démunis. Pourquoi demandais-je souvent ? En échange de cette aumône, je souhaite que l’éternel protège cette maison et cette grande famille me disait-elle. Les mendiants d’après elles et vraisemblablement seraient des êtres pleins de prières et de bénédictions. Des intercesseurs efficaces auprès du créateur en quelque sorte.

De toute façon, on ne les méprise que si l’on n’a pas besoin d’eux.

Une réalité déplorable malheureusement ! Je vous invite à lire la grève des bàttu de l’illustre Aminata Sow Fall. Une fiction certes mais un bouquin qui redonne de l’humanité à ces marginaux. Ce roman traduit l’immense hypocrisie à base du jeu social et cette relation en trompe-œil que nous entretenons avec les pauvres.

Pensez-vous qu’ils ont songé que nous avons faim. Ils s’en foutent. Notre faim ne les dérange pas. Ils ont besoin de donner pour survivre et, si nous n’existions pas, à qui donneraient-ils ?

Ce n’est ni pour nos guenilles, ni pour nos infirmités, ni pour accomplir un geste désintéressé que l’on daigne nous jeter ce que l’on nous donne. Ils ont d’abord soufflé leurs vœux les plus chers et les plus inimaginables sur tout ce qu’ils nous offrent.

Martèle un mendiant. Parallèlement, Mour le personnage central s’interroge :

Au fond ils ne méritent peut-être pas notre mépris. De toute façon, on ne les méprise que si l’on n’a pas besoin d’eux.

Je finirai donc ce billet par cette réflexion personnelle. Même s’il est vrai que « nous » n’allons pas au-devant de la charité publique, inconsciemment nous mendions également dans nos vies quotidiennes. Quoi ? La santé, le succès, la réussite professionnelle, l’amour, l’affection, l’attention, la reconnaissance et surtout les grâces du créateur. En ce sens, j’ose croire que nous sommes et nous demeurons des éternels mendiants.


Se battre partout où l’on se trouve !

Josette !  Je suis en admiration devant ton engagement. Mais dès fois, je me demande pourquoi tu ne réalises pas tous ces projets en Guinée. 

Une affirmation qui m’a sciée. D’aucuns le pensent. Pour toutes ces personnes, ce billet est une réponse. Parce qu’il y a ce que les gens pensent connaître, il y a ce à quoi tu aspires et il y a la réalité.

Rien ne m’enrage plus que la vue d’un enfant qui ne profite pas de son enfance. Un enfant illettré, maltraité, abusé et, tant d’autres atrocités qui détruisent l’innocence des petits. Les enfants mendiants du Sénégal, les enfants soldats du RDC, les enfants microbes de la Côte d’Ivoire, les enfants sorciers du Cameroun et j’en passe. Pourquoi tant d’épithètes maladroites pour qualifier certains enfants dans nos contrées ? Pourquoi notre société enferme-t-elle ses progénitures dans une cage ?

Vous l’aurez donc compris ! S’il y a bien un sujet qui me touche profondément, c’est bien celui-là : la cause des enfants. Non pas parce que je suis née un 20 novembre, une journée internationale qui célèbre les droits de l’enfant. Mais parce qu’au détour d’un chemin, la vie m’a naturellement poussée vers Ednancy. J’ai compris qu’il y avait une cause et il y avait une urgence de la défendre par tous les moyens. En 2016, j’ai donc fondé une association dont le but est de promouvoir le bien-être des enfants et des femmes.

On s’émeut des contours d’un monde qu’on croit découvrir alors que l’on l’a toujours porté au fond de soi.

Le déclic ? Le choix d’un sujet de mémoire de fin d’études. L’obtention de mon diplôme de fin d’études en économie exigeait la réalisation d’un mémoire. Plutôt qu’un sujet économique, mon choix s’est porté sur une problématique particulière : Existe-t-il un lien entre les inégalités de genre et le bien-être des enfants dans les pays en développement ? Une première à bien des égards pour une étudiante censée travailler dans une banque à la fin de son cursus universitaire. Au début, je ne saisissais pas l’ampleur de la tâche qui m’attendait. J’ai donc inlassablement passé des mois à éplucher tous les rapports, à passer en revue toute la littérature théorique et empirique sur le sujet. Et je vous confesse que lire tous ces documents m’a à la fois ouvert les yeux et enragé. Je découvrais toutes les insuffisances des lois de nos pays en matière de protection de l’enfance et des femmes.

 

Pour parfaire mon travail, j’ai décidé de construire un indice économétrique captant les différentes facettes des privations chez les enfants dans 45 pays en développement (dont la Guinée). Et ce, en me basant sur trois indicateurs : éducation, santé et nutrition. Et pour démontrer l’existence de relations de causalité, j’ai corrélé mon indice de Bien-Être des Enfants (IBE) avec l’Indice d’Inégalité de Genre (IIG) du PNUD. Malgré le biais apparent de l’indice et les extrapolations qui en résultaient, j’en suis arrivée à la conclusion que le bien-être des enfants restait inextricablement lié à celui des femmes. En revanche, l’indice n’était pas exploitable par les institutions internationales. Mes encadreurs Valérie Bérenger  et Claude Berthomieu m’ont donc suggéré d’aller au bout de l’étude en optant pour un doctorat. Ce qui revenait à mener des travaux de recherche pendant trois années. L’objectif du doctorat était de construire un indice composite exploitable. Pour ce faire, je devais me focaliser sur un pays, définir un terrain d’études, spécifier un échantillon donc récolter des données en réalisant des enquêtes quantitatives et qualitatives. Mon père m’y encourageait fortement. D’ailleurs, à la base, une carrière d’économiste c’était son choix. Hélas, ce chemin était un peu trop tracé pour moi et franchement je n’étais pas prête pour un doctorat. J’ai donc préféré bifurquer et vous connaissez la suite surement.

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Source : Mémoire de fin d’études 2012.

 

Nous avons la chance de vivre dans un monde où l’écrit, les paroles et l’action civique ont fait reculer la nécessité des luttes physiques.

Revenons à mon engagement. C’est donc grâce à cette recherche que j’ai senti naître en moi, les prémices d’un appel. Après l’obtention de mon diplôme et même si le doctorat n’était plus d’actualité, cette prise de conscience se devait d’être matérialisée par quelque chose. J’ai donc commencé par un blog pour informer et sensibiliser sur les discriminations à l’encontre des enfants et des femmes. À la longue, écrire des billets vitriols en tirant à boulets rouges sur ceux qui bafouaient les lois ne me contentait plus. Alors, comment sensibiliser les personnes qui ne se trouvaient pas sur internet ? Je restais happée par cette idée qui venait de naître dans mon esprit. L’idée prenait forme lentement, elle se consolidait au fur et à mesure de mes lectures comme une image encore floue dans le viseur de l’appareil photo avant la mise au point mais dont on sait déjà qu’elle deviendra nette précise et lumineuse. Et voilà un jour, j’ai fini par créer Ednancy. Et depuis, je suis animée par l’envie d’aller jusqu’au bout.

  On démarre avec une passion sans être certain d’aboutir. C’est un pari qu’on se lance. Il faut avoir la foi et s’y consacrer totalement.

Ednancy est une association bienveillante qui agit pour que les enfants et les femmes se rendent compte des possibilités d’épanouissement qui s’offrent à eux. Pour faire connaitre l’association, le numérique a été un fil Ariane. Deux campagnes de sensibilisation (santé pour elles et un enfant des droits) ont été menées avec succès sur les réseaux sociaux avec la participation de brillantes personnes sensibles à cette cause. Les apports ont été matérialisés dans deux e-books à retrouver sur le site internet de l’association ou ici.

 

Le terrain en Guinée (et les points bloquants) 

Ednancy, une association qui dénonce les injustices, les violences et les lois archaïques qui entachent l’avenir des enfants et des femmes. Un credo qui résonnait en moi quand j’entamais l’exercice de rédaction des statuts de l’association. Mais la réalité est devenue si complexe. Que faisons-nous actuellement ?

  • De l’accompagnement scolaire : ce programme est une action contre l’alphabétisation des filles : achat des fournitures scolaires, inscription dans les écoles primaires et soutien scolaire. Depuis 2017, nous avons scolarisé et accompagné 3 fillettes dans leur année scolaire à Conakry.
  • Des dons de livres : en 2017, nous avons lancé notre première campagne de collecte de livres en Île de France. Quelques livres ont été récoltés au profit de la bibliothèque de zaly à N’zérékoré.
  • La réalité du terrain : installée en France, je vis principalement de mon travail et Ednancy n’est en aucun cas ma tirelire personnelle. Au contraire, je suis son premier investisseur. Et pour réaliser des projets en Guinée, l’argent reste le nerf de la guerre en plus du capital humain. Le plus dur c’est de trouver et fédérer des personnes consciencieuses de la cause et du combat à mener. Même si ça me brûle de le dire, les temps ne sont plus de cette initiative collective. La question de bénévolat reste encore à repenser dans nos pays. Parce qu’il y a un gap entre adhérer à une cause et la comprendre réellement.
  • L’avenir : pour l’instant je n’ai pas les coudées franches pour mener toutes les actions que je souhaiterais mettre en place en Guinée. Dans un futur proche, mon souhait est d’y ouvrir un pôle de bien-être. Ce lieu rimerait avec ludique et innovation. Je ne vous en dirai pas plus. Dans la lignée, j’applaudis ce que Kër Imagination accomplit avec brio au Sénégal. Pour Ednancy, il ne s’agit en aucun cas de faire une pale copie en Guinée mais de faire travailler ma créativité. Je suis persuadée que l’inspiration me viendra de mon contact quotidien avec les enfants.

 

Martin Luther King s’interrogeait ainsi chaque soir : “qu’as-tu fais pour autrui aujourd’hui ?

Que faisons-nous en Île de France ? Soyons clairs même dans les nations dites « développées », les enfants restent discriminées. L’échelle sociale et le standing de vie des parents conditionnent fortement les pratiques culturelles des enfants (accès aux livres hors école par exemple). Environ 20% des enfants des familles précaires n’ont pas de pratiques culturelles (OCDE, 2017). Pour toutes les personnes qui doutent du bien-fondé de notre travail, elles peuvent nous accompagner un de ces samedis dans les quartiers populaires de la commune où l’association est domiciliée. Elles pourront entre autres, rencontrer ces nombreuses familles issues de la diversité. Et en profiter également pour s’imprégner de l’insouciance des enfants, les entendre parler de leurs rêves, clamer que la bibliothèque est élitiste ou jurer que les héros « racisés » n’existent pas dans les livres.

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Petite enfance, grands défis 2017. Crédit Photo : OCDE.

 

À notre façon, nous avons répondu aux besoins des enfants en mettant en place deux projets :

  • Les sorties à la bibliothèque : dans un premier temps, nous sensibilisons les parents à l’importance de la lecture pour les petits. Ensuite, nous accompagnons les enfants pour leur première inscription à la bibliothèque. Et enfin, nous organisons des séances de lecture de 2h.
  • Les rencontres auteurs-enfants : nous invitons des auteurs de romans jeunesse à venir conter aux enfants de 6-12 ans les aventures des héros de leur bouquin. À la fin de chaque rencontre, les enfants sont transportés à travers des histoires originales et repartent chacun avec le livre dédicacé.

Soyons encore plus clairs, enfant Guinéen, Malien, enfant d’ici ou d’ailleurs…Fichtre ! Ednancy n’a pas de pays en vrai. Si nous pouvons permettre à chaque enfant de rêver, tant mieux. Parce qu’en vérité, c’est le seul droit que la société ne puisse leur retirer. Pour le reste, on peut en débattre à l’infini.

 

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Papa m’a toujours dit qu’il était important de se créer de petits objectifs réalisables. Ce sont eux qui nous mènent à nos plus grands rêves. C’est ce que j’essaie d’appliquer au quotidien. Fin 2018, nous avons conçu un guide sur les droits des enfants. Ce petit manuel sans tabou sur les droits des enfants est destiné aux enfants de 10 à 15 ans. Un guide ultra futé pour les enfants qui souhaitent s’informer sur leurs droits. Parce qu’un enfant c’est une personne comme les autres, c’est donc une nécessité pour lui de connaître ses droits. Pourquoi ? Pour devenir plus responsable d’un côté et d’un autre pour s’outiller et réagir devant les abus dont il est victime au quotidien. Notre ambition est de démocratiser ce document pédagogique au plus grand nombre d’enfants en Afrique. Le challenge qui attend l’association pour les mois à venir est celui de rendre le livre accessible aux enfants. Il nous faut pour cela nouer des partenariats et s’entourer des personnes qui comprennent les tenants et les aboutissants de ce projet ambitieux.

 

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Le petit guide des droits des enfants. Crédit Photo : Ednancy

 

 

On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin. Goethe

Entendons-nous qu’il n’y a jamais grande chose ni petite chose de réaliser, il y a autre chose à réaliser. Parce que le meilleur est toujours à venir quand on se donne les moyens. Et puis d’ailleurs, au bout du compte c’est l’enthousiasme de savoir qu’on accomplit chaque jour quelque chose de plus grand que nous qui compte et qui l’emporte sur les désagréments et les frustrations rencontrées sur le chemin. J’espère que vous aurez puisé ici, l’importance du combat que je mène avec Ednancy.

* Note : Mon mémoire de fin d’études est disponible sur dropbox. N’hésitez pas à me contacter si vous êtes intéressés.


Il était une fois…

Depuis mon enfance dans la petite ville de Fria en Guinée, je baigne dans un milieu qu’on peut qualifier proche de la politique ou proche du pouvoir en place. La saga politique commence avec mes aïeux. Une saga que je vous relate ici-bas en plusieurs épisodes avec une pincée d’anecdotes et de confidences familiales.

Tout commence sous le régime de Sékou Touré, le père de l’indépendance guinéenne. Mes deux grands-pères ont servi sous son mandat et chacun à sa manière. Mon grand-père paternel était un militaire gradé de l’armée guinéenne alors que celui du côté maternel endossait sa cape de diplomate pour représenter le pays à l’étranger. Ces personnalités charismatiques n’étaient jamais d’accord sur le devenir de la Guinée. Il y avait toujours de l’acrimonie dans les débats. Toutefois, j’ai beaucoup appris en les écoutant et en discutant avec eux.

La suite de l’histoire se déroule en 1984 quand Lansana Conté, jeune lieutenant de l’armée guinéenne succède à Sékou Touré. Vous n’êtes pas sans savoir que le nouveau président avait un compagnon d’armes très fidèle, Kerfalla Camara. Ce dernier occupa plusieurs postes au sein du gouvernement Conté. Hasard ou simple coïncidence, il était l’époux de ma grand-tante, sœur aînée de ma mère. Lorsque je passais mes vacances chez mes cousines, à de rares fois j’ai pu apercevoir furtivement le président.

Dans la continuité, mon grand-oncle (frère aîné de ma mère) ignorant l’affolement de son père décida d’investir les réseaux diplomatiques. Comme carrière, il ambitionne de faire comme son paternel. Aujourd’hui, il cumule les postes dans la diplomatie en répétant mécaniquement le même schéma. Ne dit-on pas que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Tenez-vous bien ! La saga est loin d’être terminée. L’épisode qui suit marque un tournant décisif pour ma famille. En 1998, Lansana Conté se porte candidat à sa réélection. À peu près au même moment, mon père prit d’une soudaine fougue, se passionne de politique. Cet économiste de formation, chargé de relations publiques pour une entreprise minière devient du jour au lendemain politicien à ses heures. Après sa journée de travail, il ne rentrait pas directement à la maison. Non, il dépensait le peu d’énergie qui lui restait à tenter de faire élire le président. Mon père défendait les couleurs du Parti au pouvoir. Dans notre localité, il en était son secrétaire fédéral.

Après la réélection de Lansana Conté, l’engagement politique de mon père prit une nouvelle dimension. Il ne souhaitait plus faire élire. Désormais, c’était à son tour d’être élu. Fort de ses convictions, mon père brigua le poste de député à l’assemblée nationale. Malheureusement au terme d’un scrutin serré, son acolyte l’emporta de quelques voix.

Présidentielle en Guinée: les principaux candidats. Crédit Photo : RFI.

Vous l’aurez compris ! Je suis une enfant de la politique. D’où ma réticence à discuter de politique guinéenne sur les réseaux sociaux. On me le reproche souvent car cela est souvent perçu comme du désintérêt. Sauf que les gens se fourvoient, je m’intéresse de près à la politique guinéenne sans pour autant être encartée dans un parti. Cependant pour en parler, je prends beaucoup de précaution, je pèse et soupèse mes mots.

Pour vous dire, c’est mon père qui m’a initiée aux débats politiques. Chaque fois que c’était possible, nous regardions ensemble les émissions thématiques. C’est donc lui qui a contribué à façonner mon militantisme. Il m’a transmis l’enthousiasme de l’engagement. En revanche, la politique ne suscite pas chez moi la passion qu’elle inspire à mon père.

Pour la petite histoire, la première fois que j’ai glissé mon bulletin dans l’urne, Papa m’accompagnait. À l’époque, j’ignorais encore le fonctionnement de nos institutions et le programme des candidats. Je ne possédais aucun esprit critique et j’incarnais le vide abyssal en notion de droit et de lois citoyennes. Je n’avais même pas idée que mon vote pourrait apporter de vrais changements. Bref, j’étais totalement perdue en ressortant de l’isoloir mon pouce imbibé d’encre. Ne dit-on pas que le premier vote correspond toujours à celui de Papa et Maman.

Quant à mon premier meeting politique, Papa était aussi présent. Il organisait la campagne de réélection du président. Le rassemblement avait lieu au terrain de football local. Sous un soleil très ardent, une forêt de foule brandissant des posters à l’effigie du président scandait le nom de ce dernier. L’endroit bouillonnait et c’était très intimidant pour moi. Confortablement assise sur l’estrade près d’autres personnalités politiques de la ville, ce jour-là j’ai été abasourdie par le talent d’orateur de mon père, sa capacité à galvaniser et à entraîner la foule dans son sillage. La salve d’applaudissements qui jaillissait de cette marée humaine après son discours m’a confortée dans cette idée. Mon père avait trouvé sa passion.

En revanche, mon rapport à la politique changea après une rencontre qui regroupait tous les Partis politiques de la ville. À l’occasion, mon père était monté sur l’estrade et avait prononcé un discours partisan. Sa prise de parole fit des vagues au point d’exacerber les tensions avec l’opposition.

Plus tard sans la soirée, mon père reçut un coup de fil l’informant qu’un tas de gens se dirigeaient vers notre villa pour commettre l’irréparable. Je me souviens de cette nuit comme si c’était hier. Toute la famille s’était réfugiée chez un voisin à quelques pâtés de maisons. Après notre départ précipité, une foule en colère avait encerclé notre demeure. Fort heureusement, les gendarmes étaient arrivés à temps pour les empêcher de pénétrer la villa. Aucun dégât matériel n’était à constater le lendemain matin. Aujourd’hui, je vous narre tout ça l’air de rien, mais croyez-moi c’était angoissant.

Oublions cet incident ! Papa est persuadé que je ne suis pas exempte d’une carrière politique. Il m’a clairement fait comprendre que je n’y échapperai pas. Vous seriez surpris du nombre de fois où cela revient dans nos échanges. Je n’ai jamais trop su comment y mettre fin. Pour lui, on peut faire la politique autrement.

On peut faire de la politique en étant loin du palais présidentiel. 

Se lancer en politique ne signifie pas forcément vouloir diriger un pays. Ça tombe bien, je n’ai pas cette prétention. Pour vous dire, je refuse de m’imposer le carcan de « première femme » à se présenter aux élections présidentielles à l’instar des guinéennes Saran Daraba Camara en (2010) et Marie Madeleine Dioubaté  en (2015). L’épithète « première » me rebute quand il est employé pour désigner les ambitions des femmes.

On peut faire de la politique en étant loin de l’hémicycle.

La représentation ne garantit pas forcément la production de lois. Il est intelligent pour un pays d’avoir des femmes à l’assemblée comme mentionnée dans un précédent billet. En revanche, elles doivent sans cesse se battre pour être crédible et pour faire voter des lois.

« Être dans l’associatif, une autre forme de participation politique. »

En vérité, la politique n’est ni plus ni moins que l’ensemble des décisions qui organisent et améliorent positivement la vie des citoyens d’un pays, une région, une ville. Pour Papa, j’ai du tempérament pour changer scrupuleusement les choses. Curieusement, il n’a pas tort sur ma motivation à vouloir faire tout le bien possible, pour autant de gens possibles, par tous les moyens possibles aussi longtemps que possible.

Toutefois, s’il me faut mettre le pied à l’étrier, je n’en ferais pas une carrière mais une sorte de mission. Je ne dirais pas non s’il me faut être dans les pièces où les choses se trament, où les lois se décident, se signent pour être appliquées. Je dis bien « si ». Parce que pour l’instant, nos démocraties sont à déconstruire et reconstruire. Et le chantier est considérable.

Revenons à mon père !  Encore hier soir, il m’informait fièrement qu’il avait été désigné comme représentant de la communauté Kpelle de la localité. « C’est une grande responsabilité » insiste-t-il comme pour chercher mon approbation. Parce qu’il sait pertinemment qu’il est l’heure de raccrocher, de prendre sa retraite loin de la gadoue politique. Mais Papa a l’inaction en horreur.


Déchirée

 

Déchirée est l’histoire d’une adolescente de 14 ans.

Et toi Doussouba, c’était comment ta première fois ?
Sa nouvelle amie partait d’un rire insouciant.
Elle ne soupçonnait pas le chaos de cette interrogation.
Ta première fois c’était avec qui ? L’aimais-tu ?
Les pensées de Doussouba partaient en dérade.
Le passé renaissait avec son flot d’émotions.

Le temps n’aide pas à guerrir mais à s’habituer !

L’histoire remontait à dix ans.
Elle avait mis cinq années à comprendre ce qui lui était arrivé.
Cinq autres années à panser ses plaies.
Un jour, elle s’était résignée à sauver son âme fracassée.
Aujourd’hui, nouveau départ, nouvelle vie.
Finis les insomnies et les cauchemars agités.
Timidement, son corps et son âme retrouvaient le même langage.
Et puis, cette satanée question.
En une fraction de seconde, le temps se figeait au tour d’eux.
Cette nuit sauvage surgissait de son inconscient. Une porte s’ouvrait sur son secret.
Son esprit se butait à ce passé longtemps refoulé.

Était t-elle prête à faire le récit de son malheur ?

Ma première fois s’avoua-t-elle intérieurement !
C’était le fracas, une effraction dans tout mon être.
La nuit était tiède et la ruelle sombre, je fredonnais un air de Moussolu*
Soudain la silhouette surgissait de nulle part, un sourire imbécile aux lèvres
Tout allait tellement vite. Je tombais à la renverse.
L’homme d’un mètre quatre-vingts m’écrasait de tout son poids.

Ma première fois,
Je hurlais de douleur mais mes hurlements s’unissaient au vrombissement des véhicules
Je pleurais tout mon soûl mais mes pleurs s’élevaient dans un silence général.
J’étais prise dans une toile d’araignée que je tentais vainement de percer.

Ma première fois,
L’homme se dissipait en moi en m’assenant de coups.
J’étais sienne, comme un vulgaire morceau de papier.
Levant mes yeux, je reconnaissais celui qui m’amputait de ma vertu
Non pas lui ! Achève-moi ! Tue-moi ! balbutiais-je !
Rien n’y fit. L’homme demeurait silencieux.

L’agresseur tue toujours deux fois. La deuxième fois par le silence.

Ma première fois,
J’étais souillée, je puais, je sentais la mort, j’agonisais.
Savait-il que je passerais par là . Avait-il murement pensé son acte ?
Le silence de l’homme se solidifiait. Un de ces silences qui laissait parler le regard.
De la fierté se lisait sur ce front luisant de sueur.
Le chasseur s’enorgueillissait de sa chasse.
Fière d’avoir assouvi son appétit sexuel.
Fière de m’avoir possédé et dépossédé.
Fière comme le mont Kilimandjaro.

Ma première fois,
Mes larmes ne tarissaient pas, elles embuaient mes yeux.
Une violente douleur m’ankylosait. Je gisais à demi-morte sur ce sol caillouteux.
Pendant que mon agresseur disparaissait dans la brise de la nuit.
Emportant avec lui toute mon énergie vitale.
L’homme venait d’éteindre en moi toute lumière.
Me condamnant à vivre des jours lugubres.

Ma première fois,
C’était le voisin d’à côté.
C’était le père de meilleure amie.
C’était un cisaillement dans ma chair.
C’était une déchirure dans mon intimité.
Ma première fois, j’ai été violé…

Cette histoire est une fiction. C’est un cri de coeur face à la banalisation du viol en Guinée. Rien qu’au premier semestre 2017, plus de 95 cas de viol ont été enregistrés dans la capitale Conakry. Personnellement, je suis effrayée par les chiffres, je suis exaspérée par tant de sauvagerie. Se gargariser de grands mots et discours ne suffisent plus concrètement. L’intégration des cours d’éducation sexuelle dans les écoles est-elle une réponse ? Cette perspective m’enchante certes mais je reste persuadée qu’il faut une inclusion dans tous les champs. Éduquer oui, mais apporter parallèlement une réponse pénale comme je le précisais dans ce récent thread.

Victime de viol ou d’excision, la jeune fille est souvent assise à la table des malheurs en Guinée. Eu égard aux nombres de victimes, j’en viens à croire qu’elles sont nées pour pleurer éternellement. L’enjeu n’est plus négligeable.

*Moussolu : veut dire femmes, est une chanson de Salif Keïta.


Guinée : L’école pour forger la carrière de l’enfant ?

« L’école… l’école… pensais-je ; est-ce que j’aime tant l’école ? » Mais peut-être la préférais-je. L’Enfant Noir, Camara Laye. 

 

En Guinée, l’enseignement primaire est obligatoire pour tous les enfants mais elle reste néanmoins critiquable. Comme certains le savent, je porte un projet associatif qui a vocation de favoriser le bien-être des enfants. Il y a peu de temps, j’ai été un peu bousculé dans mon élan lors de mes explorations sur les différentes pédagogies africaines. J’ai pris soudainement conscience que dans mon pays, l’environnement éducatif devenait improductif : vétusté des infrastructures, manque d’équipements scolaires, programmes scolaires inadaptés, problème d’orientation scolaire et j’en passe.

Ce qui est navrant, c’est que les acteurs de l’éducation restent mystérieusement sourds à l’appel d’une refonte du système éducatif. Et pourtant, un impératif lorsque le trio “échec, décrochage et chômage” fait le lit de la pauvreté. En effet, plus de 60% des jeunes de 30 ans sont au chômage en Guinée. Et si par un heureux hasard, les décideurs lançaient une vaste consultation sur la reforme scolaire, je serais la première à apporter une recommandation : celle d’introduire les cours de créativité dès le primaire.  

 

Créativité, Guinée, école
Crédit photo : Unicef.

 

Tout commence par cette question des parents : qu’estce que tu veux faire quand tu seras grand ?

Ce à quoi les enfants répondent “docteur, journaliste, avocat, comptable”… Suivant la réponse de l’enfant, il est vite enfermé dans un moule et poussé vers ces “filières honorables”. Exprimet-il leur propre désir ? De mon expérience non. Ma mère voulait que je devienne pédiatre et mon père économiste. L’un d’eux a peut-être eu raison de moi je dois l’avouer. Je trouve cette question exigeante voire même un dictat. Je préfère celle-ci à la place : qu’estce que tu aimes faire ? Une manière bienveillante d’écouter les enfants.

Inversement, l’école nous apprend à lire, écrire, compter et à nous familiariser avec le monde qui nous entoure. L’élève s’assoit, écoute religieusement, répète, applique les directives, restitue à travers des évaluations, et passe en classe supérieure. En revanche, l’école ne nous apprend pas à nous explorer, à connaître notre talent et à le cultiver au quotidien. Or, le monde professionnel change, les enfants « d’alors » deviendront des jeunes qui auront besoin d’un savoir-faire créatif afin d’assurer le moment venu leur carrière professionnelle.  

 

La créativité des enfants doit s’épanouir à l’école !

Les enfants sont les plus grands créatifs du monde. Ils sont animés de cette toute-puissance qui leur permet de créer “un tout à partir d’un rien”. Et pourtant, de l’enfance à l’adolescence, ils perdent de ce génie du fait de l’environnement éducatif inadapté. Aujourd’hui, notre école se doit de cultiver la créativité des enfants. Du CP en 6e, l’enfant passe le plus clair de ses journées à l’école. Pourquoi ne pas introduire des ateliers créatifs obligatoires dans les programmes du primaire ? Des ateliers manuels et pratiques où l’enfant expérimente l’art, le bricolage, la bande dessinée, la décoration, le cinéma, la danse, la photographie tout en puisant dans les réalités culturelles du pays.

Quelques exemples montrent qu’en Afrique du Sud, les programmes scolaires comportent dès le CP, des cours de “Life Skills”. Cet enseignement de 6h par semaine permet de développer le savoir, savoir-être et savoir-faire des enfants. Il comprend des cours de connaissances de base, d’activités créatrices, d’éducation physique et de cours de bien-être. Les autres systèmes éducatifs africains devraient s’inspirer de cette forme de pédagogie qui met en lumière l’imaginaire des élèves.

D’un côté, je ne me bornais pas à dire non plus que l’école doit tout faire. À la maison, les parents peuvent faciliter le travail des formateurs. Se connecter à leur progéniture à travers des activités ludiques est nécessaire pour stimuler leur curiosité. En Afrique subsaharienne, le pourcentage des familles possédant au moins trois livres pour enfants à la maison est très faible. Il est de 4,9% en Côte d’Ivoire, 3,6% au Cameroun et de 0,4% au Mali. Inversement, le pourcentage des familles possédant au moins deux jouets à la maison reste très élevé au Mali (40%). Dans certains pays comme le Tchad, ce taux atteint les 49% (PNUD, 2013). Naturellement pour la Guinée, il y a pénurie de données chiffrées. 

 

De l’importance d’identifier le profil d’apprentissage de chaque enfant ?  

46% des enfants arrivent en dernière année du primaire en Guinée (un taux de survie de 58,6% selon l’UNICEF). Pourquoi ? À mon sens, certains échecs “peuvent” être expliqués par la façon individuelle d’assimiler les connaissances. En effet, chaque enfant détient un mode préférentiel d’apprentissage. Ce qui fait qu’on distingue les visuels, les auditifs et les kinesthésiques.

Pour illustrer cet argument, rien de mieux que l’exemple d’une séance de révision à la maison avec Aïcha (9 ans en CM1), Mariame (10 ans en CM2) et Amadou (11 ans en 6e). Mariame mémorise sa leçon en faisant des notes. Elle a besoin de visualiser et de synthétiser. Mariame serait donc visuelle. Pour Amadou, c’est tout le contraire. Il mémorise son cours en le récitant, il a besoin de se raconter les idées à voix haute ou basse, de l’entendre dire. Amadou serait donc auditif. De son côté, Aïcha est kinesthésique. Elle apprend plus facilement en bougeant son corps. Pour retenir son cours, elle a besoin de marcher, de gigoter, de mimer ou de dessiner.

En voilà trois enfants au profil de perception différent. Une particularité qui ne peut être décelée à l’école où la culture de nos instituteurs est à la fois généraliste et non bienveillante. Devant une telle scène, il revient donc aux parents de privilégier l’observation, le questionnement, l’écoute de l’enfant et l’empathie. En effet, identifier très tôt le profil de chaque enfant est nécessaire pour mettre en place une stratégie d’apprentissage gagnante. Loin de moi l’idée que cela pourrait prévenir tous les échecs scolaires. Mais cette méthode pourrait être extrêmement fructueuse.  

 

Pour une pédagogie centrée sur le rythme de l’apprenant !

En l’état actuel de l’Éducation Nationale, je reste convaincue que certains enseignements scolaires doivent tirer leurs révérences au profit d’une pédagogie nouvelle. Oui, parce qu’il y a possibilité d’une autre école guinéenne celle centrée sur l’élève. Faire autrement, apprendre l’enfant à se connaître, à développer sa créativité, son esprit d’initiative.  Une école comme un exhausteur de créativité ? Qu’en pensez-vous ? 


Guinée : que font les femmes au Parlement ?

Ainsi bredouillait mon oncle lors de la dernière rencontre familiale. Pourquoi cette interrogation si lapidaire ? Ne vous inquiétez pas. Je vous dis tout. Voyez-vous cher(e)s lecteur(ice)s, mon oncle c’est ce monsieur qui ne peut ni être tenu en fin philosophe, ni en fin politologue. Tout de même, il se voudrait le détenteur du savoir.  

 

Crédit photo : Fadumo Dayib
Crédit photo : Fadumo Dayib

La politique, l’apanage des femmes ?

Comme à l’accoutumée, je retrouve la famille, le temps d’une pause dominicale. Cet après-midi, mon oncle et moi échangions à propos de la politique africaine. En l’occurrence, de la prolifération des candidatures féminines dans les instances élues. C’est donc avec aménité que j’appréciai la candidature à la tête de la Somalie, de Madame Fadumo Dayib. Je trouvais que cette dame incarnait un parangon d’authenticité. Volontaire et engagée, son élection à la présidence insufflerait une dynamique nouvelle à cette Somalie patriarcale. J’étais fière de voir cette génération de femmes africaines, afficher leur ambition (parfois démesurée). Poursuivant l’éloge dithyrambique de la candidate somalienne, je m’étonnais en même temps de la sous-représentation des femmes au Parlement. Tout naturellement, je décidais de poser un regard bien critique sur ma Guinée natale.

Dans un pays où les femmes représentent la moitié de la population, pourquoi ne constituent-elles pas le quart des élus au Parlement ? Le quota législativement fixé étant de 30% des femmes guinéennes pouvant être à la chambre des députés. Ce que je trouve absurde soit dit en passant. Si les femmes souhaitent se faire entendre à travers un scrutin. Grand bien leur fasse. Pourquoi les en priver ? En Guinée, notons que 23,8% des femmes sont membres du gouvernement (soit 7 femmes sur 33 ministres) et seulement 0,08% occupent les fonctions de gouverneur de région.  Comment expliquer cette faible présence féminine en politique ? Où sont passées ces braves femmes guinéennes ? déplorais-je.

« À leur place ! Grommela mon oncle. Ces bonnes femmes ont justement compris où se trouvait leur place. Et ce n’est certainement pas au sein de l’hémicycle. Mais d’ailleurs, que feront-elles au Parlement ? Quel rôle pourraient-elles prétendre jouer dans cet antre de loups ? Dans ce cancan ? finit-il par me lancer d’un ton circonspect. Rassurez-vous cher(e)s lecteur(ice)s, la désinvolture de mon oncle ne me surprenait guère. Néanmoins, il n’était pas le seul à le penser. Peu savent réellement les fonctions de la femme parlementaire. Et souvent, cette dernière ignore elle-même, le pouvoir qu’elle détient en siégeant à l’Assemblée nationale ou au sénat.

Crédit photo : Guinéenews
Crédit photo : Guinéenews

Quelles prérogatives pour une élue parlementaire ?

Comme le savez probablement, le Parlement est un espace de pouvoir, de réflexion et de décision. Les élus au Parlement votent des lois qui touchent entre autres, le champ du social pour ne citer que celui-ci. Sans les femmes au Parlement, la question féminine aurait peu d’intérêt. En effet, des lois seront votées sans pour autant qu’elles puissent bénéficier pleinement aux femmes. Et pourtant, qui d’autres qu‘elles, peut le mieux cerner avec précision leur besoin quotidien ? En siégeant au sein de l’hémicycle, les élues deviennent les porte-parole des sans voix. Connaissant parfaitement les revendications de leurs congénères, les femmes parlementaires adopteront des positions défendant le bien-être des femmes.

Par ailleurs, une femme parlementaire a des prérogatives importantes lui permettant d’influencer les décisions. Elle participe au débat parlementaire, s’engage au sein des commissions et le plus important, elle initie des textes de loi ambitieux prenant en compte les soucis des minorités. Ces textes seront d’abord examinés, votés puis adoptés et enfin promulgués. Il peut s’agir d’une loi permettant à la veuve marginalisée dans l’accès à l’héritage d’obtenir gain de cause, d’une loi attribuant à la femme agricultrice des droits sur cette parcelle de terre. Ou encore d’un texte de loi protégeant les filles des mariages précoces et des mutilations génitales

En revanche, j’insiste sur un point capital, la présence féminine à la chambre basse n’est certainement pas la solution idoine des discriminations que peuvent subir les femmes dans nos sociétés africaines. Pour que les actions des élues ne soient pas insignifiantes, les lois doivent être convenablement appliquées. Cette efficacité découlera d’un contrôle strict dans leur exécution. Et là encore, le rôle des élues sera non négligeable. Pour qu’un texte de loi, sanctionnant par exemple les violences sexuelles, soit strictement appliqué, elles devront s’il le faut, se constituer en groupes de pression pour interpeller le gouvernement et insister auprès des services publics. Non, les femmes parlementaires ne font pas de la figuration pour satisfaire une certaine parité. Au contraire, elles constituent des actrices à part entière dans la promotion des droits des femmes et des enfants.

Femmes parlementaires -Classement Afrique
Femmes parlementaires -Classement Afrique

Le Rwanda ou le leadership politique au féminin

Sur le continent (et pas que), seul le Rwanda peut se targuer d’une bonne représentativité des femmes dans les instances parlementaires (figure ci-dessus). Encore le Rwanda vous me direz. Oui ! Toujours le Rwanda. Outre son système éducatif très exemplaire (taux de scolarisation avoisinant 100%), le Rwanda a su instaurer au fil des années, une vraie culture de la parité au sein de ses institutions. La proportion des femmes à la chambre des députés est de 64%, et 39% pour le sénat. Et pour parfaire le tout, une femme est à la tête de la présidence du parlementQuoi qu’il en soit, il est évident que cette supériorité féminine n’est pas du tout anodine. Si le Rwanda a eu la hardiesse de miser sur la parité, c’est qu’il a tout intérêt à le faire. Et c’est tout à son honneur. 

Le fait est qu’aujourd’hui, que ce soit dans les postes ministériels, au sein du parlement, ou sur la table de négociation dans les accords de paix et de sécurité, les femmes ont tout à fait leur place dans ces instances décisionnelles. D’aucuns diront que c’est une exigence démocratique. Certes, pour moi, il s’agit plutôt des prémices du développement humain d’une nation. Toutefois, il revient aux femmes d’être audacieuses, d’oser bousculer les codes pour construire un vivier politique. Se présenter aux élections communales, municipales ou dans les autres instances élues de la localité sera toujours un premier pas vers une citoyenneté politique.

À la question : que font les femmes au Parlement ? Ma verve a su convaincre mon oncle qui fut outre mesure surpris.

 


Kahloucha, Ghuira : quid du racisme en Tunisie ?


« Kahloucha », « Ghira », ou le racisme tunisien

« Racisme », « xénophobie » ,  « kahloucha », « Ghira » : des mots qui ne me parlaient pas jusqu’au jour où j’ai foulé le sol tunisien. Le 21 mars célèbre chaque année la lutte pour l’élimination de la discrimination raciale. Pour célébrer ce jour j’ai décidé d’écrire un billet qui me ramène quelques années en arrière, en Tunisie. C’est dans ce pays où je me rendais en tant qu’étudiante que, pour la première fois, le racisme s’est imposé à moi. Le racisme pas seulement comme une évidence, mais surtout comme une réalité, une expérience vécue.

Je suis guinéenne, d’autres disent « noire » ou « africaine »…  je suis arrivée en Tunisie pour quatre années d’études, quatre années de ma vie dans un pays qui parle des  « africains » comme s’il s’agissait d’un continent complètement étranger ! La Tunisie ne se revendique pas de l’Afrique, son africanité semble être totalement inconsciente, les noirs y sont traités d’esclaves ou de nègres, au féminin ça donne des termes péjoratifs comme « kahloucha » ou « Ghira ».
Tunisie, je t’aime et je ne t’oublierai jamais, mais voilà, c’est sur ton sol que j’ai connu le racisme.
Tunisie, je t’aime et je ne t’oublierai jamais, mais je vais quand même écrire ce billet pour  raconter quelques –unes de mes tristes expériences d’étudiante guinéenne en Tunisie.

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(Main dans la main. Crédit France 24)

Aéroport de Tunis
Nous étions une bande de sept étudiants guinéens et nous venions poursuivre des études supérieures en Tunisie. Ce jour-là, assommés par le vol, nous ne souhaitions qu’une chose : rentrer, dormir et nous réveiller en forme le lendemain pour aller voir l’avenue Bourguiba – les Champs Elysée Tunisiens ! –  dont on avait tant entendu parler. Mais c’était sans compter sur le traitement exclusif que nous réservait la police des frontières à l’aéroport.

A la sortie de l’avion, notre groupe a été mis à part. Le motif ? Nous venions d’Afrique noire, cela suffisait à nous séquestrer le temps d’un contrôle d’identité particulier. Les autres passagers du vol (à première vue des africains du nord) n’ont eu aucun problème à passer le filet de sécurité. Notre guide consulaire est rapidement arrivé, mais, même en brandissant tous nos papiers en règle, les policiers se montraient hermétiques à toute issue favorable. On se serait crus tels des voleurs pris la main dans le sac. Ils attendaient le prochain vol pour nous rapatrier illico ! Finalement,  quatre heures après, dépités et abasourdis,  nous sortions enfin de l’aéroport.

Premier jour à la Faculté
Mon professeur tunisien d’éco-gestion m’interpella devant tout l’amphithéâtre en me lançant  effrontément : « Hey Kahloucha » (nègre), il me montrait du doigt sans vergogne, « comment es-tu arrivée en Tunisie ?  Attends !  Je le sais …  par la nage, comme vous tous ! ». Je me suis raidie intérieurement. J’étais sidérée, je n’arrivais pas à croire qu’un professeur puisse sortir de telles absurdités. Ma seule réponse fut mon sourire benoît, mais au fond de moi je fulminais.

Les rues de Sfax
Le racisme, c’est aussi ces moments où, quand mes amies et moi-même nous nous promenions dans les rues de Sfax, des enfants, encouragés par leurs parents, scandaient derrière nous « Ghira, Ghira, rentrez chez vous ». Entendez « Ghira » comme nègre et esclave.

Le  taxi véhément
Le racisme, c’est encore quand, à l’arrivée d’un trajet en taxi, le conducteur triple sans scrupules  le compteur du taximètre. J’ai eu beau crier au scandale et demander pour quelles raison cette attitude, le monsieur tout grassouillet avec le visage buriné par le soleil m’a regardé droit dans les yeux et m’a répondu avec assurance « Tu n’es pas contente ?  Tu n’avais qu’à pas venir en Tunisie. Il fallait rester chez toi ! C’est tout, voilà  Kahloucha ! Et maintenant « atini flous » (file le flouze).

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(Visage et continent africain. Crédit France 24)

Eh oui… les actes racistes foisonnent en Tunisie, j’en ai malheureusement fait l’expérience et tous les étudiants étrangers qui y ont séjourné vous diront la même chose que moi. De la Tunisie à la France j’ai connu tant d’actes racistes qu’aujourd’hui  j’en rigole.
Pourquoi ? Parce-que je pense que les personnes racistes souffrent d’une chose dont elles sont esclaves : leur ignorance. Cette absence totale de tolérance vis-à-vis des autres a pour origine ce que j’appelle  « notre dictateur intérieur ». Notre vie est dirigée par un dictateur, autoritaire et ignorant. Ce dictateur qui nous dirige ce sont nos croyances, nos illusions. Certaines d’entre elles nous rendent idiots et gâchent nos vies : la méconnaissance du monde qui nous entoure et nos croyances sur les autres. Méconnaissance et croyances sont en effet  le terreau du racisme, c’est là que ce phénomène prend vie et s’enracine.
Le racisme se traduit surtout par la promotion et la montée de la méchanceté sociale. Il faudrait inventer une manière de vivre ensemble dont les bases ne seraient pas d’être contre tout ce qui ne nous ressemble pas, de ne pas être contre tout ce qui nous est inconnu, étranger.


Un RDV inattendu avec Chimamanda !

D’aucuns d’entre vous ont toujours rêvé de rencontrer leur modèle, cette personne qui vous fascine et vous influence positivement dans votre vie. Je l’appellerai mon inspiration : celle qui a réveillé la part de féminisme qui a longtemps sommeillé en moi.

Chimamanda Ngozi Adichie
Chimamanda Ngozi Adichie

Elle, c’est *Chimamanda Adichie ! Il y a quelques jours, j’avais RDV avec elle au 37 Quai Branly.

Tout commence quand cette alerte d’un évènement titré « Les débats du Monde Afrique à Paris : les femmes, avenir du continent africain » se glissa sournoisement dans ma boîte mail. Encore, un de ces éternels débats sur l’Afrique disais-je soliloquant. Curieuse, je survolais avec une légère appréhension le contenu du programme. C’est alors que mon attention se porta sur : 14h25 conversation avec Chimamanda Adichie. Ce nom avait un écho tout particulier en moi. Surprise, étonnée, je restais là prise d’une soudaine catalepsie. Quoi !? Chimamanda à Paris en même temps que moi. Impossible pour moi de ne pas aller la voir. Non, je ne manquerais en aucun cas ce RDV volé.

#LMAParis2016
#LMAParis2016

Après avoir déplacé quelques montagnes, ce mardi 14h tapant, je me retrouvais là assise dans cette salle tamisée du 37 Quai Branly. En attendant Chimamanda, le temps me parut une éternité même bercée par la voix douce de la chanteuse camerounaise Patricia Essong.

Patricia Essong entourée de sa troupe
Patricia Essong #LMAParis2016

14h30 : elle était là, faisant son entrée sous les acclamations d’une foule d’admirateur. Ce que j’ai vécu à ce moment, était au-delà de la compréhension. L’instant était parfait. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Rien à ajouter à cette perfection sans la détériorer, s’en s’éloigner et finalement la perdre.

La conversation avec la journaliste du Monde, Sylvie Kauffmann commenca enfin. Elle porta sur des sujets divers et variés. Sur Formation de Béyoncé, sur les cheveux de Michelle Obama, sur la présidentielle aux USA. J’avoue que j’ai été un tantinet déçu par la tournure de la conversation qui s’éloignait de l’essence même de la rencontre. Il a fallu attendre la séance des questions de l’auditoire pour que je retrouve la Chimamanda volubile et loquace.

Deux personnes du public m’ont littéralement séduit. Ce jeune homme comorien qui demandait à Chimamanda quels conseils pouvait-elle donner à cette nouvelle génération de filles. Attention, je le cite : « Chez nous, aux Comores, on ne naît pas Hommes, on le devient. Et ce sont les femmes africaines qui contribuent elles-mêmes à entretenir la domination des hommes sur elles. » (Vous aurez compris le clin d’œil à Simone de Beauvoir).

© Stephan Gladieu / Banque mondiale

Ou de cette jeune fille très déterminée qui argua avec une fierté contagieuse : « Je ne comprends pas pourquoi tout le monde pense que le féminisme africain vient du féminisme occidental. Ceux qui pensent cela, oublient une chose : l’histoire africaine a été marqué par des femmes très combattives qui ont fait la fierté du continent. Je parle de nos reines, de nos amazones ou de nos résistantes. Pour moi, l’Afrique a une leçon de féminisme à donner à l’Occident. » Applaudissements ! Clap ! Clap ! Clap !

Les amazones du Dahomey
Les amazones du Dahomey

Voilà ! Conversation avec Chimamanda terminée ! Je retiendrais d’elle, outre sa grâce naturelle, sa voix à la fois douce et imposante, ces quelques bribes de mots : « La prise de pouvoir par les femmes n’est pas quelque chose d’ordinaire. Il faut la revendiquer à tout prix pour changer la donne. L’égalité de genre est un débat en cours. Avec l’implication des hommes, on peut arriver au gender equality. On peut être féministe et porter du rouge à lèvres, mettre des talons aiguilles et s’amuser. »

Kelly Rowland
Kelly Rowland

Sur ce, l’écrivaine s’engouffra vers la porte de sortie. Et moi, je restais là, assise, silencieuse, triste de ne pas avoir eu mon selfie avec elle. Pourquoi d’ailleurs ? Je me le suis demandée ! Par peur surement, de me faire rembarrer. Il faut raison garder, Chimamada est une star.

Ruminant mon échec cuisant, j’allais me diriger vers la sortie, lorsque soudain, je fus attirée par ces portraits de femmes africaines exposés le long du mur. Des femmes autonomes dont le courage et la résilience transperçaient la photographie. Elles venaient du Niger, Togo, Bénin, Ouganda, Éthiopie et avaient été immortalisé par le photographe Stéphane Gladieu qui dit d’elles : « qu’elles sont la plus grande richesse du continent, son avenir. »

© Stephan Gladieu / Banque mondiale
© Stephan Gladieu / Banque mondiale

C’est comme en apesanteur, que je quittais donc le 37 Quai Branly. Et comme pour réenchanter l’instant, je marchais le long du pont Alma respirant l’air frais de ce mardi soir. Il est inutile de vous dire qu’à ce moment précis, un bonheur indescriptible irradiait en moi. J’avais vu Chimamanda et j’allais enfin le barrer de ma wishlist. Quoique, je me promets de la revoir et cette fois-ci, en aparté. Une promesse que je glanais timidement sous le regard bienveillant de la lune naissante.

*En savoir plus, lire : Chimamanda Ngozi Adichie : « Nigériane, féministe, noire, Igbo et plus encore »


L’Afrique, les femmes et la COP21 !

Ici, ce n’est pas Kyoto, c’est Paris ! C’est là que se déroule depuis moins d’une semaine, la conférence sur le climat : la COP21. Une grand-messe à laquelle les gros pollueurs de la planète, les pollués et les « autres » sont obligés d’assister. Faut dire que l’enjeu est planétaire : trouver fissa, un accord bénéfique pour le climat. 

Jusque-là, tout va bien ! Je ne dirais pas dans le « meilleur des mondes. » Car c’est sans compter sur la marée noire des critiques pessimistes et des théories subversives qui pèsent sur l’issue de la COP21. Fallait s’y attendre quand même.

1 Heart 1 Three, un projet pour la COP21
1 Heart 1 Three, un projet pour la COP21

Par ailleurs, s’il y a bien une qui ne compte pas rester en marge de la COP21, quitte à taper du poing sur la table. C’est bien l’Afrique. Et oui, le continent fait parler de lui. L’Afrique compte bien remporter le premier tour de sa partie de poker « environnemental ».

En effet, les pays représentés n’excluent pas de monter au front pour obtenir des financements afin de faire face aux défis climatiques du continent. Ça parle d’un coût du changement climatique de 16 milliards de dollars pour l’Afrique. Ok ! Stay tuned.

Autre chose à relever sur la COP21, point de féminisme ici, je vous le dis d’emblée. Mais juste un détail rédhibitoire (enfin pour ma part) : le contraste entre l’imposante présence des hommes du climat et la discrétion des femmes. Jdcjdr !

Photo officielle de la COP21
Photo officielle de la COP21

Cependant, même moyennement représentées, les femmes sont également assises autour des tables des négociations de la COP21. Les « Climate Warriors » les surnomme-t-on. Au nombre de 13, elles comptent chacune marquer d’une estampille, les discussions sur les enjeux climatiques.

Qu’elles viennent du Sri Lanka (Achala Abeysinghe), Costa Rica (Christiana Figueres), Nigéria (Priscilla Achakpa), Pérou (Farhana Yamin), des Îles Marshall (Kathy Jetnil-Kijiner), de New York (Elizabeth Yeampierre) ou du Tchad, la COP21 prend une autre dimension avec elles. Leur portrait ici Climate Warriors by VOGUE.

Hindou Oumarou Ibrahim
Hindou Oumarou Ibrahim

Parmi ces femmes, on retrouve la Tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice des femmes autochtones du Tchad (AFPAT). On s’en doute bien que pour cette activiste, la COP21 n’est pas qu’une simple partie de Poker où pollueurs et pollués essayent de tenter un coup de bluff.

Loin de là, l’enjeu est essentiellement vital. « Pour nous, il n’est pas question de réglementation, c’est une question de survie. Si les femmes se réunissent, elles peuvent avoir plus d’impact sur les négociations. Parce que nous savons que l’avenir ça vient de nous. »

A ce propos, vous n’êtes pas sans savoir que la région du lac Tchad en Afrique est en proie depuis quelques années, à une désertification galopante. N’en parlons pas du ravage du réchauffement climatique sur les populations.

Une COP21 déterminante ? Encore, faut-il que l’homélie des prêcheurs du climat soit entendue au sortir de la grand-messe…

 


A Paris, les tontines sont africaines

C’est en assistant dimanche, à une tontine de femmes dans les quartiers peuplés de Paris que l’idée m’est venue de gribouiller ces quelques mots. En effet, cela fait belle lurette que les tontines existent surtout en Afrique où elles sont largement reconnues comme « la banque des femmes ». Répandue aussi bien dans les zones urbaines que rurales d’Afrique, on assiste désormais à une exportation de cette pratique loin des frontières africaines. A vrai dire, ces dernières années, force est de constater que les associations tontinières ont le vent en poupe à Panam (Paris). Bien qu’un regroupement de femmes d’origine africaine, les tontines se substituent intégralement à  l’épargne bancaire.

Une tontine! C’est quoi?

Partout en Afrique, dans les pays comme le Bénin, le Cameroun, le Congo, la raison d’être de ces associations féminines était la défense de leurs intérêts, une sorte de solidarité féminine, d’entraide basée sur la confiance mutuelle. Face à la pauvreté, à la conjoncture économique et aux difficultés du secteur formel (la banque) à octroyer des crédits, l’idée est venue aux femmes de se constituer en association rotative d’épargne (système informel). Explicitement, la tontine est une association d’individus unis en fonction de leurs liens amicaux, familiaux, de leur appartenance à une même profession, un même quartier et qui se regroupent (mensuellement par exemple) afin de mettre en commun leur épargne pour résoudre des problèmes personnels ou collectifs.

Le fonctionnement est simple…

 Au départ, ces femmes décident d’un commun accord du montant fixe à verser pour la cotisation mensuelle. Et sous forme de tirage au sort mensuel, le bénéficiaire de la somme totale est connu. Il s’ensuit donc un système rotatif jusqu’à ce que le dernier membre reçoive cette somme. Une fois que, toutes les participantes ont reçu leur part, le cycle recommence par un autre tirage au sort. Sous forme de contrat social, la tontine est régie par des règles propres et strictes, applicables aux membres. Pour garantir le respect des versements, des amendes sont infligées en cas de retard de paiement. Un trésorier est choisi parmi les membres pour tenir la comptabilité de l’association. Comme avantage, ces épargnes ont permis aux femmes de subvenir aux besoins de leur foyer, de financer les études de leur progéniture et même d’organiser leur mariage.

 Justine, l’une des bénéficiaires de ces tontines me raconte son histoire…

A Paris, les femmes qui intègrent ces associations financières ont des objectifs louables : investir dans leurs pays respectifs entre autres. Hier, j’ai accompagné ma tante à l’une des réunions mensuelles de sa tontine. Profitant agréablement de cette rencontre inopinée, je suis donc allée de ma petite interrogation. La rencontre se passait chez l’une d’entre elles dans le 18e arrondissement de Paris. Au total, 15 femmes provenant toutes de la Guinée et âgées de 25 à 40 ans. J’y ai rencontré Justine, la benjamine de ce groupes. Arrivée à Paris comme étudiante, il y a de cela huit ans, Justine en plus de ses cours à l’université, multiplie des jobs étudiants depuis six ans. Elle gagne environ 1 000 € par mois. Justine habite chez sa tante, c’est elle qui lui a soumis l’idée d’intégrer sa tontine comme la 15e personne. Justine ne regrette pas. Investir 200e de sa paie mensuelle ne lui a donné que des avantages financiers. Chaque mois, il lui suffit de ponctionner cette somme de sa petite épargne bancaire, de l’injecter dans l’association et attendre sagement son tour au tirage au sort mensuel afin de recevoir ses 3 000 €.  Avec ce pécule et en plus de son salaire, elle est arrivée à ouvrir un petit commerce à Macenta (ville guinéenne). Une boutique de vente de vêtements pour jeunes filles assez rentable qu’elle a confiée à sa grande sœur. Chose faite, elle a désormais comme projet l’achat d’un lopin de terre en vue d’une construction dans son pays. Comme à l’accoutumée, Justine attendra son tour. Ambitieuse et consciente qu’il lui faudra encore deux années ou plus pour réaliser son projet, la jeune femme n’en démord pas.

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Une perception erronée des tontines…

Personnellement, je me suis complètement fourvoyée sur le but de ces tontines. A l’époque, quand j’étais adolescente, j’abhorrais ces groupements de femmes dont ma mère prenait part les dimanches. Quand son tour venait et qu’elle accueillait  la  fête de sa tontine dans notre cour, je n’y voyais que du feu. En effet, j’ai toujours cru que cette réunion de grandes femmes ne servait entre autres qu’à piailler et à préparer des cérémonies inutiles. Je n’avais jamais imaginé qu’elles en tiraient des profits financiers. Aujourd’hui, connaissant le fonctionnement de ces tontines et la sécurité financière qu’elles représentent pour les femmes des pays en développement, je plussoie l’idée même de ces regroupements. Outre le gage financier qu’elles assurent, les associations tontinières sont devenues au fil du temps une sorte de capital social. Ces femmes sont unies entre elles selon le principe de confiance « trust ». Si jamais, une de ces femmes et sa famille faisaient face à quelques imprévus financiers, les membres de la tontine avancerait son tour pour qu’elle puisse bénéficier de la somme due ou allaient jusqu’à côtiser pour l’aider.

Les tontines profitent au développement!

A l’issue de la réunion, j’ai demandé à ma tante si, elles avaient, outre leurs objectifs personnels, des projets communs pour la Guinée. Oui, argua-t-elle. Elles ont pour projet de se constituer en ONG pour défendre une cause qui leur tient à cœur. Elles ne m’en ont pas dit plus…À suivre ! Pour finir, la vulgarisation des associations tontinières au sein de la communauté africaine de Paris et même de Bruxelles est dans une certaine mesure, un outil de développement pour le continent. Car, les sommes d’argent épargné par ces femmes sont le plus souvent destinées à être réinvesties dans leurs pays d’origine.


Recherche d’emploi: le pouvoir du Capital Social

Remarque préliminaire
Ces dernières années, les chiffres témoignent de l’évolution du PIB en Afrique Subsaharienne. D’ailleurs, selon les tenants de la croissance, une forte variation positive du PIB d’un pays se conjugue nécessairement avec créations d’emplois ceteris paribus. Ce qui n’est absolument pas le cas de la région subsaharienne. En effet, partout dans ces pays dotés d’une bonne croissance économique, des jeunes fraîchement diplômées battent le pavé sans trouver d’emplois qualifiés. Il convient donc de remarquer que la croissance économique ne fait pas recette du moins dans la réduction de la pauvreté et du chômage. Ce qui d’ailleurs, fait dire au plus iconoclastes des théoriciens, qu’un ingrédient aurait été oublié dans la quête du développement économique. Ce remède selon eux, consisterait à puiser dans le social pour parfaire l’économique. Il s’agirait du Social Capital (ou Capital Social en français).

Quid du Social Capital ?
Dans le cadre de ce billet, je le définirais en faisant référence au stock de relations sociales accumulés par l’Homoeconomicus (Id. l’agent économique) tout au long de sa vie. De manière plus épurée, pour l’individu, avoir du capital social, c’est détenir un réseau important de relations sociales qui peut lui être profitable. La recherche d’emplois par un jeune diplômé est ici, l’exemple adéquat pour mettre en lumière, l’importance du « Social Capital ». Il est indéniable qu’aujourd’hui, sur le marché du travail, persiste un chômage involontaire des jeunes. Dorénavant, il ne suffit pas ou (plus) d’être méga-diplômes ou de sortir de grandes écoles pour trouver instantanément un emploi sur mesure. Plusieurs autres facteurs rentrent indéniablement en compte nonobstant notre bagage académique. Tel que l’échec du système de prix à permettre un équilibre entre offre et demande d’emploi : l’offre d’emploi est toujours inférieure à la demande. Là où le marché a échoué, le capital social de l’individu peut y remédier.

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On l’explique par le cas de Pascal, notre jeune diplômé…
Pascal cherche du travail et en plus il est doté de bonnes compétences. C’est d’un naturel enthousiaste et optimiste que Pascal passe par le marché du travail pour trouver son bonheur. Après maints tentatives, force est de constater que Pascal n’est pas l’élu : la compétitivité fait rage sur le marché de travail. Beaucoup d’appelés peu d’élus (ils sont nombreux les jeunes diplômés compétents à l’image de Pascal). Après avoir essuyé plusieurs échecs en une année, Pascal n’en démords pas. Dans un pub (bar) du coin, Pascal rencontre ce jeune homme à fière allure, un ancien camarade de l’université (avec qui, il est resté en bons termes après la faculté). Ce dernier travaille aujourd’hui, dans une PME locale. Autour d’un verre, les deux amis discutent du bon vieux temps. Pascal fait part de sa situation à son bon ami. Ce dernier lui suggère de postuler dans son entreprise qui, est en train de recruter beaucoup de jeunes à la compétence de Pascal. Une lueur d’espoir pour Pascal. Il remercie son ami du tuyau. Notre jeune demandeur d’emploi postule dès le lendemain et il est appelé une semaine plus tard, pour un entretien et finit par décrocher un contrat de travail à durée indéterminée. Comme beaucoup de personnes, Pascal a tout simplement utiliser son capital social pour trouver un emploi. Le capital social de Pascal est constitué de ses anciens camarades de l’université, de ses proches amis, de ses voisins ou de sa famille.

Avec le capital social, tout est question de « réseau »…
En effet, le réseau de relations sociales détenu par un individu peut influer sur la dynamique de sa recherche d’emploi. A posteriori, l’existence de « bonnes » relations peut être un atout crucial pour un agent économique en quête d’opportunité d’emploi (à l’image de Pascal). Faut-il encore pour lui, savoir déceler les bonnes relations « Bonding » des moins bonnes « Bridging ». Et seul la confiance « Trust » permet de discerner le vrai du faux dans ses relations. Dans une optique différente, je dirais que de nos jours, l’agent économique n’a plus la plus patiente d’attendre que le marché du travail s’équilibre par l’aide d’une quelconque main invisible (ou visible). Autrement, il n’est plus rentable pour l’individu compétent d’attendre qu’une offre d’emploi corresponde à sa demande d’emploi (ou l’inverse). L’individu (le demandeur d’emploi) crée lui-même sa propre offre (J.M. Keynes). Cela se matérialise par l’aptitude à l’autoentrepreneuriat des jeunes diplômés africains. Pas d’emplois, alors ils créent leurs propres entreprises et deviennent de facto, autoentrepreneurs. Mais quel rapport avec le Social Capital ? Me diriez-vous ?

Réseaux sociaux professionnels et opportunité d’emploi…
Notre période est caractérisée par l’émergence des nouveaux médias et de l’ économie du partage bousculant ainsi les traditions. Désormais, ces jeunes autoentrepreneurs du continent s’organisent en réseau professionnel virtuel dont le but est le partage d’information et d’opinion. Au sein de ses groupes de relations sociales, se concentrent des professionnels, des jeunes travailleurs, des diplômés en recherche d’emploi, des jeunes talentueux… Ces réseaux constituent une forme d’entre-aide dans la recherche d’emploi. Même virtuelle, les relations sociales sur le Web peuvent être considérées comme du Social Capital dans la mesure où elles constituent une plus-value économique pour ces membres. Cependant, sur l’efficacité de ces réseaux à permettre à l’un de ces membres de décrocher un emploi, je dirai que tout est une question de confiance sociale, d’altruisme, de coopération mutuelle et de transmission de l’information. J’insiste sur ce dernier point : l’information.

L’information cachée, une entrave au capital social
Il est communément admis en économie que la recherche d’information est coûteuse. Ceci est d’autant plus vrai que dans les relations entre agents économiques, il faut à tout prix éviter, ce que les économistes comme J. Stiglitz ou G . Akerlof appellent l’asymétrie d’information (ou information cachée). Exemple d’un membre du réseau qui détient une rente informationnelle : information utile et pertinente sur une opportunité d’emploi sur le continent mais se refuse à le communiquer à tout le réseau mais uniquement à un membre de celui-ci (du fait de leur liens ethniques, de parenté ou encore de proximité). Cela constitue une entrave aux règles qui régissent le fonctionnement même du réseau à savoir la transparence de l’information. Cette forme de non coopération pose un problème de pérennité et de viabilité de ces réseaux professionnels. En cela, le capital social ou le réseau de relations entre personnes n’est plus considéré comme une plus-value économique du fait de la capture de l’information et ne peut donc permettre le développement économique.

Le capital social, chaînon manquant dans les stratégies de développement ?
Oui, le capital social est un actif du développement. Ce sont les économistes du développement tels que Partha Dasgupta qui le professent. Pour ce dernier, le capital social (les réseaux) sont complémentaires au marché. Le seul inconvénient imputable est la capture de l’information sur les opportunités d’emplois par un même réseau. Par conséquent, le développement économique peut être lent dans la mesure où les opportunités d’emploi ne bénéficie qu’à un groupe créant ainsi des inégalités. En guise de conclusion, l’on retiendra que si, il est convenablement entretenu, le capital social peut être d’une utilité positive pour un individu en recherche d’un emploi.


Éloge de la Femme Africaine

Adama Paris NDiaye, Styliste sénégalaise
Adama Paris NDiaye, Styliste sénégalaise

Comme disait un philosophe connu, les femmes si elles réussissent bouleverseront la planète tout entière. C’est le cas actuellement des femmes africaines.
Aujourd’hui, la voix de l’Africaine est devenue prépondérante. Hier encore, celles qui étaient traitées de pusillanimes par les biens pensants, prennent désormais leur destin en main. Encouragées par la recrudescence du mouvement féministe et la lutte contre l’égalité des sexes, elles renversent pacifiquement l’ordre établi par la société et brisent au fur et à mesure le plafond de verre dans le milieu professionnel.

Apte à l’action et animée d’une force téméraire, les femmes africaines font fi du sexisme ambulant et apprivoisent les métiers pourtant réservés aux hommes: métiers des Mines, métiers de l’ICT4D (Technologie de l’Information et de la communication pour le développement), Politiciennes, Parlementaires, Journalistes, Femmes d’Affaires, Femmes de culture pour ne citer que ceux-ci. Le leitmotiv de l’intellectuelle africaine n’est pas d’évincer l’homme d’emblée mais de participer au même titre que lui, à la vie économique, politique et sociale. Loin des clichés et des préjugés, les africaines font bouger le continent. Nombreuses sont celles qui aujourd’hui, constituent des porte-étendards d’une Afrique qui avance positivement. 

La sénégalaise Mariéme Jamme, Femme d'Affaires
La sénégalaise Mariéme Jamme, Femme d’Affaires

Qui s’en souvient de l’épidémie Ebola ? Pas plus tard qu’hier, les chiffres officiels de l’OMS montraient une baisse des contaminations et de la mortalité due au virus. Grâce à qui, me direz-vous ? A dire vrai, l’effort, le pouvoir de sensibilisation et la mobilisation de femmes africaines ont permis d’éradiquer peu à peu la maladie. Qu’elles soient bénévoles, infirmières ou médecins, les femmes des différents pays touchés par Ebola jouent un rôle non négligeable dans cette grande lutte. A l’image de ces femmes guinéennes de la ville de Kankan qui, ont eu la finesse d’esprit de fabriquer des savons contre Ebola. Des savons servant à se laver les mains instantanément et revendus à moindre prix pour être accessibles à toutes les couches de la population. En cette journée internationale des droits des femmes, mon coup de cœur tend donc spécialement vers ces femmes qui œuvrent sans relâche pour faire de leur pays un endroit sain pour ces enfants.

Des femmes distribuent du Savon contre Ebola dans les marchés. Photo PNUD Guinée
Des femmes distribuent du Savon contre Ebola dans les marchés. Photo PNUD Guinée

De nos jours, quand on fait allusion aux Africaines entreprenantes : Empowerment ou Autonomisation, est l’unique mot à la mode pour désigner leur ténacité. Les femmes africaines ont su entamer une crise d’autorité pour se défaire des contraintes de la société patriarcale. Nombreuses et persistantes sont leurs revendications quotidiennes : participation à la prise de décision du foyer, participer conjointement à l’éducation des enfants et surtout devenir des femmes africaines « breadwinners ». En effet, outre le mariage et l’enfantement, les femmes africaines en plus d’être des mothers Caretake (des femmes qui prennent soin de leur famille) veulent d’ores et déjà devenir des Breadwinner (des femmes qui travaillent et apportent de l’argent au foyer). Un rôle pourtant réservé à l’homme depuis des lustres.

Zenab Camara, Présidente et fondatrice de l'ONG Women in Mining Guinée
Zenab Camara, Présidente et fondatrice de l’ONG Women in Mining Guinée

 

Par ailleurs, si autonomisation et éducation des femmes sont inextricablement liées, le défi qui anime toutes les femmes entreprenantes du continent ne sera jamais relevé si l’éducation n’est pas pour tous : éducation pour les filles et garçons et de surcroît la parité. Car, malgré les actions entreprises en faveur de l’éducation des filles sur le continent, il y aura beaucoup de laissées pour compte dans l’accès à l’éducation. Environ 28 millions de filles ne seront jamais scolarisées et ne mettront sans doute jamais les pieds dans une classe (UNESCO, 2015). Chiffre alarmant car ces fillettes seront amenées à être des femmes de demain. Seule l’instruction scolaire est la clé leur permettant de s’échapper du cercle pernicieux de l’extrême pauvreté. Par conséquent, cette journée est opportune pour faire entendre les voix des jeunes filles invisibles et exclus de l’éducation.

Excellente journée à toutes les femmes du monde…

 


Confession intime d’une excisée

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Et pourtant, elle avait dit Non!
D’une voix stridente, elle avait crié
De sa petite force, elle s’était débattue
De toutes les larmes de son corps, elle avait pleuré
Avec ferveur, elle avait imploré les étoiles
Soumise à son impuissance, elle avait invoqué la bonté céleste
Face au malheur, elle s’était donc résignée.

Vie brisée, Liberté bafouée, Fille désabusée,
Perdue à jamais, elle était désormais,
Dans les abysses de l’enfer, elle s’était promenée,
Miséricorde divine l’avait quittée et Satan ne voulait guère d’elle.

Ô cauchemar ! Qui diable es-tu pour hanter ses nuits?
Hélas ! Cauchemar n’était point!
Dans les méandres du purgatoire, elle s’était réveillée,
Luttant contre sa Némésis.

Et pourtant, elle avait dit Non !
Mais inaudible était sa voix,
Sous la canicule, elle avait longtemps erré,
Le soleil, elle l’avait salué, mais celui-ci refusant de la brûler,
La pluie, elle l’avait impétueusement défiée,
mais ses fines gouttelettes faisaient mine de l’éviter.

Morte, elle se croyait, mais la faucheuse ne voulait guère l’emporter,
Vivre donc pour ressentir l’écorchure de ce jour,
Ô jour obscur, maudit es-tu !
Toi, le jour où ils décidèrent, faisant fi de son avis,
Atones seront donc ses plaies, honteuses seront donc ses cicatrices
Inaltérables, elle les porterait donc à jamais?
Et pourtant, elle avait dit Non !

Souviens-toi d’oublier, lui avait susurré une voix,
Passèrent les années, Sa destinée, elle l’avait acceptée,
Passions inassouvies, Ardente Concupiscence hélas guère d’extase,
Solitude, solitude ! Douce solitude, Toi qui subodore sa douleur
Que ferait-elle sans toi ?
Pour sonder ses blessures, elle se confie à toi,

Personne pour sauver son âme en peine,
Pis encore, personne pour la comprendre,
Ils ignorent tous que l’amertume
aime se complaire dans la solitude.
Et pourtant, elle avait dit non !

Elle, c’est l’excisée, Elle, c’est toutes les filles qui disent Non !
Non! Sans se faire entendre!
Elle, c’est toutes les filles qui ont séjourné en Enfer et qui y reviennent !
Non! À l’Excision des filles !
Non! À toutes formes de mutilations génitales féminines!


L’étrange missive du vieux Bamba

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Dans la petite ville de Sombory, la vie s’est arrêtée depuis la grave panne de la machine. En effet, l’usine qui faisait vivre les habitants, a cessé ses activités. Ces derniers accusent le coup et s’interrogent intérieurement: Qu’est-il arrivé à cette ville charmante et par dessus tout qu’ont-ils fait au bon Dieu pour mériter cette funeste situation?

Ce vendredi dès l’aurore, alors que les grisailles recouvraient encore un pan du ciel bleu, le vieux Bamba accueillait dans sa cour, les sages de Sombory. Mais que faisaient-ils là de sitôt, tous parés de « blanc immaculé ». En effet, comme chaque premier vendredi du mois et cela depuis plus de quatre ans, les sages de Sombory se réunissaient chez le plus ancien d’entre eux « le vieux Bamba » pour honorer le traditionnel sacrifice.

En raison de l’arrêt prématuré de l’usine et le chaos qu’il a engendré sur leur mode de vie, la population somborienne est persuadée qu’une malédiction a été lancé sur la ville. Quatre années de vaches maigres! Quatre années de malheur ont suffit à faire de Sombory, une « ville maudite ». Sinon, comment expliquer, ce noir total dans la ville et ce silence digne d’un cimetière ambulant? Sur la grande place du marché, les bonnes femmes et les marchands à la sauvette se le demandent perplexes.

Encore, ce matin-là, dans la cour du vieux Bamba, les commentaires foisonnaient à merveille. Pour les plus superstitieux, le tout puissant punit la population pour ses errements du passé. Hélas! La jeune population somborienne avait des années de mauvaises conduites derrière-elle estimaient les vieux sages. Pendant longtemps, la ville de Sombory avait fait florès dans cette petite contrée ouest-africain. L’afflux des touristes étrangers, les fêtes nocturnes, la prééminence des boites de nuit sur les lieux de culte, l’ivresse des samedis soirs, la perdition de la jeunesse… Et pour clore le tout, le succès de Sombory avait enhardi ses habitants qui, pensaient se suffire à eux-mêmes en méprisant les autres villes du pays. Fort malheureusement, ils avaient oubliés que « le mépris se ment à lui-même, quand il croit se suffire » soliloquait le vieillard.

Lassés de la tournure de la situation, les habitants bien qu’ insurgés contre les hauts dirigeants du pays, avaient plus que jamais remis leur sort à Dieu. Pendant des jours, des semaines, des mois, des années, ils avaient priés avec ferveur pour demander pardon au tout puissant. Dorénavant, les mosquées et les églises abondaient de personnes et surtout les jeunes, eux qui, autrefois, désertaient ces lieux sacrés.  Les sages quant-à eux, multipliaient les sacrifices: des moutons, des brebis, des vaches… Tout était opportun pour implorer la miséricorde divine afin de sauver Sombory.

Ce matin-là, encore, chez le vieux Bamba, on pouvait entendre dans la bouche des sages :Dieu est grand! Il ne laissera pas tomber ses fils. Nous n’avons plus d’eau potable et même plus d’électricité. Dire qu’il y a une vie à Sombory relève d’un euphémisme, arguait le vieux Bamba allongé dans son hamac.

Il n’avait pas tord le vieux. Il n’y avait plus de vie à Sombory. La grande faucheuse était passée par là et avait emportée avec elle, la plupart des anciens ouvriers et employés de l’usine. Pas plus tard qu’hier, on enterrait l’un d’entre eux: Moussa, le chaudronnier. Pour le vieux Bamba, ces derniers sont morts par chagrins et soucis car ce coma artificiel de l’usine et cette mort cérébrale de la ville, a anéanti leurs espoirs de gagner leur croûte. Ils étaient si jeunes regretta t-il amèrement. Comment ces jeunes femmes désormais sans époux et ces enfants sans père en l’occurrence sans héritage vont-ils subsister au quotidien ? Elles n’auront désormais que ce sourire factice pour se fondre dans la masse et continuer à vivre s’empressa de répondre un des sages.

Pendant ce temps, alors que le cocorico du coq retentissait dans la cour et annonçait le matin, le marchand de pain chaud ouvrait son commerce. Soudain, dans sa réflexion momentanée, le vieux Bamba se rappela, qu’il avait oublié de lire la missive qui lui était parvenue hier soir. Plongeant, sa main dans la poche droite de sa tunique blanche, il saisit délicatement l’enveloppe, l’ouvra et se mit à lire son contenu sans sourciller. Dans sa lecture, son expression du visage semblait se figer, on n’aurait dit qu’il venait d’apercevoir à la fois, l’ange Gabriel et l’ange de la mort. Achevant donc sa lecture, il remit avec soin la missive dans sa poche et scruta longuement le ciel bleu-gris.

Tous dans la cour, avaient les yeux fixés sur lui, tous même le coq qui avait arrêter de chanter. Sentant alors l’air lourd et les regards inquisiteurs, d’un bond non rassuré, il se leva et s’engouffra dans sa maison. Quelques secondes plus tard, le vieux Bamba en ressortait chapelet à la main. Et d’une voix indescriptible, il lança: « mes amis, prions; le dénouement est maintenant possible. Nos prières ont été exaucées. Dieu a enfin voulu dénouer le nœud qu’il avait noué. Oui, mes chers, la malédiction de Sombory est en fin arrivée à sa péripétie… »

Une histoire vraie.


Le vélo et son charme désuet dans ma contrée !

 

 

Le vélo en Guinée n’est pas roi comme dans d’autres contrées d’Afrique. Pour apporter une once de lumière sur l’utilisation du vélo dans mon pays, il faut en préliminaire, commencer par soi, se prendre pour point de départ, mais non pour but. Je me dois donc de vous conter mon expérience personnelle.

Tout commence dans cette belle cité des ingénieurs quelques parts en Guinée. Là-bas, les standings de vie des familles étaient différents les uns des autres. Ce qui faisait que les enfants de la cité n’avaient pas tous les mêmes chances de jouir pleinement du bonheur de posséder un deux-roues. En fait, la présence d’un vélo dans une famille lambda avait une connotation positive. Cela signifiait augmentation de revenus, changement de statut ou aisance matérielle. Dans ma cité, posséder donc un vélo (BMX ou VTT), à l’instar d’une voiture, relevait du privilège et appartenait uniquement aux nantis. Ainsi, un parent qui se hasardait à l’offrir à sa progéniture voulait le récompenser pour ses bonnes notes à l’école, pour sa bonne conduite ou en guise de cadeau d’anniversaire.

En ce qui me concerne, mon rapport au vélo a été une expérience aussi ludique que périlleuse. Je l’avoue ! J’ai toujours eu une peur bleue de monter à vélo. Autant je ne l’avais pas encore, autant je m’en méfiais diablement. Il faut dire que mon père y était pour quelque chose. Pour lui, l’usage du vélo est considéré comme quelque chose de masculin. « C’est pour les garçons, me disait-il, et toi, tu es une fille ». De son gré, les filles étaient trop fragiles pour conduire un vélo. Elles risqueraient de se faire mal, de se blesser et se faire des vilaines tâches.  Il me le rabâchait incessamment. Alors pas question de permettre cela. Paradoxalement, mes frères n’avaient que faire du vélo, ils préféraient passer leurs vacances à jouer au Nintendo ou au ballon.

Il m’a fallu donc attendre une éternité avant de goûter au plaisir que pouvait me procurer l’usage du vélo. Jusque-là, je me contentais du seul spectacle offert par les voisins. Assise sagement sur la terrasse de la maison familiale, le regard perdu dans ce décor pittoresque, je m’amusais et me délectais des nombreux aller-retours des voisins sur leurs vélos. Sur les pentes de la rue adjacente à nos maisons, mes copines et leurs frères roulaient à bride abattue sans se soucier de tomber. Je les enviais énormément et eux, ils me le rendaient si bien en me narguant amicalement par un coucou.

Qu’à cela ne tienne, mon supplice s’est arrêté un après-midi ensoleillé d’Août, quand ma mère en a eu marre de me trouver toujours assise sur le perron en train de scruter les voisins. Elle décida à l’insu de mon père que l’heure était enfin venue pour moi de connaître ma première expérience à vélo. Elle profita donc de son absence à l’étranger pour m’acheter un vélo. Le jour d’après, j’avais enfin mon nouveau joujou: un BMX tout flambant. J’allais enfin pouvoir rendre la pareille à mes amis en devenant actrice et non spectatrice de la magie enchantée des deux roues.

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En compagnie de mes frères, mon apprentissage a été rapide et efficace, j’étais fière de sortir enfin de l’enceinte de notre maison pour aller épater mes voisins. Ils étaient là, stupéfaits. C’était à leur tour de savourer mes prouesses. Un tour, deux , puis trois tours à vélo, je faisais déjà mes preuves. En revanche, l’enchantement n’a duré que quelques semaines avant que n’arrive le jour fatidique: ce moment où le charme du vélo se rompit irrémédiablement. Ce fut le jour où je tombai pour la première fois devant mes camarades et m’écorchait le front, le genou, le coude et la paume de la main. Le vélo, pour moi, s’était désormais fini. Pendant, un long moment, je n’y ai plus touché. Mon expérience avec le vélo a donc été placée sous le sceau d’une aventure dangereuse.

Par ailleurs, force est de constater que le vélo possède un autre aspect que celui, ludique, que les enfants comme moi lui ont prêté. En effet, l’usage du vélo comme activité ludique s’estompe petit à petit quand on se déplace de la ville vers les campagnes. Ainsi, analyser la place du vélo en Guinée revient à opposer la zone rurale et la zone urbaine. Dans les villages et les campagnes, la bicyclette comme on l’appelle là-bas, représente une nécessité vitale pour les habitants et elle est profondément ancrée dans une réalité de survie quotidienne.

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Exemple du village de Sibata dans la région forestière de Guinée, où  le vélo est l’oxygène de vie des paysans. C’est lors de mes vacances à Sibata que j’ai compris ce qu’est réellement le vélo, et l’importance qu’il revêt pour les plus démunis. Je vous explique! C’était une de ces matinées fraîches, où les mangues trop mûres tombaient nonchalamment dans la cour de mon grand-père et où l’odeur des goyaves se faisait imposante, que je fus témoin d’un véritable film qui se déroulait devant mes yeux. L’histoire a eu lieu devant le puits du village et avec quatre acteurs principaux qui se servaient du vélo dans une logique de survie quotidienne.

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Le premier, un paysan sur sa bicyclette revenant de la chasse, son gibier accroché à un des roues, s’était arrêté pour remplir sa gourde d’eau et papoter avec ces bonnes femmes du matin. Il allait loin, au prochain village, pour rapporter le gibier à sa femme qui devrait en faire le repas de la journée. Peu après, je vis cet autre paysan à la fois pressé et inquiet, transportant sa femme enceinte au centre de santé du coin, sur une bicyclette d’infortune. Cette action paraissait banale pour les habitants du village alors que pour moi, elle était incroyable. Ensuite, une troisième personne: un jeune garçon âgé d’une dizaine d’années était sur le chemin de l’école du village qui se trouvait à 10 km. Il n’était pas seul. Il partageait la même bicyclette avec son jeune frère.

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Enfin, le film se terminait avec une femme bien âgée mais encore endurante. Cette dernière après avoir rempli ses bidons jaunes d’eau du puits, les accrochaient à son vélo et repartait pour une destination lointaine.  Arpentant les routes non bitumées du village, ces quatre personnes, bien que différentes, avaient toutes une raison primordiale de s’approprier la bicyclette. L’enjeu était vital pour elles. Ce qui relevait d’une activité de loisir pour moi ne l’était pas pour ces quatre personnes susmentionnées. Le vélo pour eux, c’était un moyen de transport, à l’instar de la voiture. Par ce moyen, elles accomplissaient quelque chose d’une envergure importante. Elles survivaient à la vie.

Des vies humaines dépendent sans doute chacune de l’usage de la bicyclette comme moyen de transport. L’enjeu est même pécuniaire pour certains propriétaires de vélo, qui s’octroient le luxe de le transformer en vélo-taxi. C’est le cas dans les grandes villes guinéennes comme Kankan, Nzérékoré ou Macenta. Il s’agit de transporter une personne ou des marchandises d’une place à une autre, d’un marché à un autre ou d’un village à un autre. Toutefois, même si le vélo est considéré depuis Mathusalem comme moyen de locomotion pratique et abordable pour les habitants des zones rurales, on assiste depuis une dizaine d’années à leur obsolescence. Les vélos-taxis disparaissent lentement pour laisser la place aux taxis-motos. Avec ces derniers, on est loin du côté écologique latent du vélo, les taxi-motos contribuent largement à la pollution contrairement au vélo, qui a longtemps été considéré comme un transport doux, préservant l’environnement.

Pour finir, je pense qu’il nous faut tous, et sans exception, connaître une expérience à vélo. Pour certains adolescents, le vélo devient de plus en plus ringard et délaissé, au profit de nouveaux loisirs. Chez moi, les plus petits qui n’ont pas connu « les années Gatsby » du vélo tentent de connaître ce charme suranné du vélo. Avec eux, j’ai la vague impression que le vélo a encore de beaux jours devant lui.


Dans l’attente de 2015, un dernier pour la route!

 

 

Promenade des anglais, Nice
Promenade des anglais, Nice

Assise sur la terrasse d’un café niçois, entrain de déguster ce bon vieux cappuccino en ce matin nuageux d’un décembre froid, je suis allée de ma petite rétrospective. Soyons clairs, l’année qui s’écoule était ma foi, une année pleine de déconvenues, une année qui n’a pas tenu ses promesses glanées un soir de 31 décembre sur les pages blanches de mon pense-bête.

Qu’à cela ne tienne, j’espère timidement 2015, même si, ce satané rhume m’empêche de respirer l’air frais venant de la promenade des anglais et de célébrer comme il se doit, les derniers instants de l’année qui s’écoule. Non ! Ce soir, la dernière page de mon agenda sera vierge et immaculée. En ce réveillon de la Saint-Sylvestre, je choisirai la lucidité et ne céderai pas au conformisme, je ne ferai pas de résolutions, ni de vœux pieux.

Je tâcherai d’être moins rêveuse et d’être plus pragmatique. Et pourtant ! Dieu seul sait que j’étais une fervente adepte de ces souhaits sans lendemain. Je tâcherai d’être simplement vivante afin de vivre pleinement chaque instant, entourée des personnes qui me sont chères.  Alors ! Dis-moi ! Que diable nous réserves-tu, 2015? Sapristi ! Je t’attends de pieds fermes !

A vous, lecteurs et lectrices, je dirai : Que votre année soit merveilleuse. Soyons fous, soyons nous-mêmes !

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Littérature : Quid des femmes africaines ?

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Chimamanda Ngozi Adichie.

Contrairement aux idées reçues, le continent noir n’est pas dépossédé d’écrivaines. Par ce billet, je ressens le besoin impérieux de mettre en avant une autre facette de l’Afrique noire: celle d’une région regorgeant d’écrivaines à la plume innée et raffinée. En outre, il s’agit de contredire toutes ces critiques qui avancent insidieusement qu’en Afrique, les livres ne servent que d’éventails.

Et pourtant, lhistoire africaine montre que les femmes noires ont également connu la révolution qui a permis leur accès à ce plaisir secret qu’est la lecture. En effet, leur rapport aux livres et à la lecture a été une ascension à la fois, lente et difficile. Système patriarcal oblige, elles n’avaient pas le droit de lire car le livre étant considéré par la société africaine comme objet de découverte de soi, de tentation et de passion pour la gent féminine. De cet fait, une femme noire qui lisait, appréhendait des connaissances qui, dès lors, l’empêchait de se soumettre. La révolution littéraire a ainsi permis à l’Africaine de s’émanciper, de s’approprier le livre mais aussi pour (certaines) d’apporter leur pierre à la construction de l’édifice littéraire du continent.

Cependant, dans le sillage des précurseurs de la littérature noire africaine, force est de constater qu’il n’existe pas une pléthore d’écrivaines. Seules les plus pugnaces, ont réussi à pénétrer ce cercle pourtant réservé aux hommes noirs. Nonobstant, celles qui y arrivent et qui s’affirment, ont au gré de récits inspirés, réussi à mettre en lumière la réalité africaine.

Parmi les écrivaines africaines qui, ont transcender plus d’un par la qualité flamboyante de leur plume, il me faut citer la sénégalaise Mariam Ba. Cette intellectuelle de l’après-indépendance est une des pionnières de la littérature noire féminine. Parmi ces œuvres majeures, “une si longue lettre“, que j’ai eu l’occasion de dévorer sur les bancs du lycée. Ce livre est sans doute aucune, une ode à la femme africaine. L’écrivaine dénonce avec poigne, la condition féminine, le mariage précoce ou la polygamie. De ma lecture, je retiendrais surtout ce petit passage clairvoyant : « On ne prend pas rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne qui il veut, quand il veut. Dans le sens de vos désirs, il vous apporte la plénitude. Mais le plus souvent, il déséquilibre et heurte. Alors, on subit…». Mariam Ba reste indéniablement une de celles qui posèrent les jalons de la littérature féminine subsaharienne. Dans sa lignée, je n’omettrais pas de mentionner l’emblématique Aminata Sow Fall ou la militante pur l’émancipation des femmes,Ama Ata Aidoo.

Grâce à ces figures de proue, il existe à l’aune du 21e siècle, des jeunes romancières qui ont repris le flambeau et qui sortent subrepticement des sentiers battus (écrits sur la colonisation, négritude…). Elles constituent aujourd’hui, la nouvelle vague d’écrivaines noires avec toujours cette volonté mordicus d‘apporter une touche de modernité à la littérature noire.

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Leonora Miano

Parmi ces nouvelles figures, mention spéciale à la camerounaise Léonora Miano. Plume-épée, arme d’insurgée, verbe enflammé, Léonora Miano surprend plus d’un par ses écrits. Sournoisement ou brutalement, elle brise les codes d’écriture adoptés jusque là par ses pairs.A l’image de sa Nouvelle « Volcaniques : une anthologie du plaisir ». Une Nouvelle qui ne fait pas l’unanimité auprès des prudes et qui brûle littéralement le lecteur africain mais qui, a le mérite d’être clair : la sexualité de la femme noire ne devrait plus être tabou. A propos de sa Nouvelle, l’auteure argue : « s’interdire de se montrer dans une posture de désir et de jouissance serait une conséquence de la racialisation… ». En effet, dans ce recueil de paroles, l’écrivaine et ses acolytes évoquent le désir de la femme africaine, son dilettantisme sexuel, l’orgasme et l’érotisme le tout emprunt d’humour. Parmi ces chefs d’œuvres, on citera également Les aubes écarlates, Ces âmes chagrines et son dernier roman « la saison de l’ombre » qui lui a valu d’ailleurs, le prix Femina 2013.

Plume élégante et encore fertile mais faisant échos à ses pensées. Elle, ce n’est autre que Chimamanda Ngozi Adichie. Écrivaine phare de cette nouvelle génération, féministe affirmée, l’auteure nigériane est en phase de connaître une renommée mondiale. Ses livres ont été traduit dans trente langues. On lui doit notamment « l’Hibiscus pourpre », un roman relatant de manière épistolaire et avec un certain lyrisme, les violences domestiques à l’encontre des femmes en Afrique noire. Son tout dernier roman « Americanah » parle duchoc des civilisations Afrique-Amérique. Outre la qualité de sa plume, la romancière est aussi adoubée pour son talent d’oratrice notamment pour son célèbre discours : «Nous devons tous être des féministes ». Elle représente aujourd’hui, un modèle pour beaucoup d’entre nous et une influence pour beaucoup de jeunes femmes intellectuelles du continent.

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Pour finir, un paysage sans doute pittoresque mais subjectif de ma part, me diriez-vous. Certes! Malgré une liste non exhaustive, certaines écrivaines qui manient savamment l’écriture pourraient sans doute parfaire mon dessin. Hélas! Je ne pourrais toutes les mentionner. En revanche, cet état des lieux personnel prouve que la littérature féminine africaine reste encore un énorme champ à défricher. Nul doute que l’émergence des nouveaux médias laisse entrevoir une génération d‘écrivaines en herbe capable de rendre audibles leurs voix par la qualité de leur plume même secrète.


Global Gender Gap, les femmes gagnent-elles du terrain?

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La 9e édition du rapport mondial sur le Global Gender Gap a été publiée ce mardi 28 octobre par le WEF (World Economic Forum). Si, les écarts s’amenuisent considérablement entre les deux sexes dans le domaine de la santé. Toutefois, souligne le rapport, il faudra attendre 2095 pour qu’on arrive à une parité des sexes dans le monde professionnel.

A l’aune de l’égalité, les femmes sont de plus en plus diplômées et occupent désormais les positions stratégiques dans les grandes entreprises. Néanmoins, il nous reste encore 81 ans pour atteindre le Glass ceiling (le plafond de verre).

Par ailleurs, aucun des 142 pays étudiés n’a encore atteint l’égalité zéro que ce soit dans le domaine de la participation à la vie économique, de l’éducation, de la vie politique ou de la santé. Cependant, force est de constater que les pays nordiques occupent le haut du classement et demeurent depuis 9 ans, les pays les plus égalitaires au monde.

Dans le top 5 mondial, on retrouve l’Irlande (1er) suivie de la Finlande, de la Norvège, de la Suède et du Danemark. Un ingrédient surprise dans cette assiette d’égalité de genre, le pays de Simone de Beauvoir. En effet, la France gagne 29 places et réalise un parfait bond en avant. De la 45e place, elle occupe désormais la 16e place du classement. Une avancée marquée de plus en plus par l’accès des femmes à des postes ministériels au cours de ces dernières années et surtout par les meilleurs scores du pays dans la parité dans l’éducation (la France est 1e mondial selon le WEF aussi bien dans l’éducation que la santé).

Quid de l’Afrique subsaharienne?
Selon l’Indice mondial de l’écart entre les genres, seuls trois pays subsahariens figurent dans le top 20 du classement. Il s’agit du Rwanda (7e mondial). Forte de ses politiques de réduction des inégalités hommes-femmes, le Rwanda est le premier pays africain à figurer dans le top 10 du classement et peut également se targuer de sa prééminence sur les 141 autres pays dans le domaine de la vie politique. En effet, le Rwanda est 1er dans la représentation des femmes au parlement (64 % des femmes contre 36 % pour les hommes). Il est suivi du Burundi, qui gagne cinq places pour se classer 17e mondial et ensuite, l’Afrique du Sud (18e).

Quant au Nigeria, première puissance économique africaine, il chute de 12 places et se retrouve à 118e position. Cette chute spectaculaire est due aux mauvais scores du pays dans le domaine de l’éducation. En effet, le pays du milliardaire Aliko Dangote est l’un des mauvais élèves en ce qui concerne l’égalité filles-garçons dans l’enseignement primaire et secondaire (vu les nombreuses attaques des pourfendeurs de l’éducation dans le pays, on peut sans doute comprendre les mauvais scores nigérians dans l’éducation).

Pour finir, la Guinée fait son entrée dans le classement du WEF et occupe directement la 132e position. Une avancée ou une dégringolade? On attendra le prochain rapport du WEF pour nous le dire. Ce qui est sûr, la Guinée prend de l’avance sur 10 pays mais reste en revanche, le deuxième pays à réaliser de mauvais chiffres pour la parité dans l’éducation filles-garçons (le pays est 141e sur 142 dans ce domaine). Autres pays subsahariens du top 50 : Mozambique (27e), Malawi (34e), Kenya (37e), Lesotho (38e), Namibie (40e), Madagascar (41e), Tanzanie (47e), Cap vert (50e).

En ce qui me concerne,  je retiens de ce rapport la longue marche (81 ans) qu’il nous reste à faire (nous les femmes) pour enfin devenir les Breadwinner dans le foyer. MAIS! On n’en démord pas, on fonce !

Pour les curieux, le reste du classement est à voir sur ce lien: https://reports.weforum.org/global-gender-gap-report-2014/rankings/