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Haïti : partir ou rester ?

Tout haïtien est tiraillé entre deux envies, l’envie de la pirogue, c’est à dire l’envie du voyage, de l’arrachement à soi même, et l’envie de l’arbre, c’est à dire celle de l’enracinement et de l’identité. Les haïtiens errent constamment entre ces deux nécessités, indécis, jusqu’au jour où ils comprennent que « c’est avec l’arbre qu’on fabrique la pirogue ».

Quand tout va bien, comme durant le carnaval, Haïti est l’endroit où il faut être « se la pou ou la »(1). Dans cette période de fête les haïtiens manifestent presque unanimement leur amour pour la patrie. Mais à la moindre dégradation de la situation socio-politique, cette conviction partagée vacille. Quand c’est le cas, les premiers à exprimer leur désir de quitter le pays sont les haïtiano-américains ; vient ensuite le petit groupe d’haïtiens privilégiés qui a les moyens de laisser tomber le pays du jour au lendemain, eux aussi expriment leur désarroi. L’éventualité du départ est un sujet houleux qui refait surface régulièrement. Cette question divise et prend toujours la forme d’une réalité décriée ou d’une controverse habilement abordée.

Est-ce une faute de vouloir partir ? Faut-il vivre en Haïti pour prendre part à son développement ? Si tout le monde part, qu’adviendra-t-il alors de notre pays ? A cette dernière question, on peut répondre que la grande majorité des haïtiens ne pourra jamais quitter le pays … En revanche, pour ceux qui partent, on peut dire qu’ils le font en connaissance de cause : pour suivre leurs intérêts. Cela ne se traduit pas inéluctablement par une perte pour le pays qui, de toute façon, n’exploite pas efficacement son capital humain. Mais quand les haïtiens partent, ce qui est sûr, c’est que leur apport au pays est souvent plus important que lorsqu’ils résidaient en Haïti.

Le monde est vaste, l’envie de le découvrir et de vivre dans des cultures différentes peut concerner tout haïtien, cela ne diminue pas son amour pour sa patrie. On peut considérer le monde comme un village et se dire que l’on est jamais trop loin de chez soi… L’enjeu est donc de réussir à apporter pleinement sa contribution, sans égard pour sa position géographique ni pour celle qu’on a sur l’échelle sociale d’ailleurs. Le pays a besoin de ceux qui partent, avec les expériences, le savoir et les biens qu’ils auront acquis ; mais il a aussi besoin de ceux qui restent, fidèles à leur terre natale, avec leurs connaissances et la richesse de leur vécu, malgré le peu d’énergie qu’il leur reste…

Pourtant, selon moi, la question n’est pas de partir ou de rester. Personne ne peut décider pour soi des conditions idéales pour agir. En réalité, la zone géographique habitée n’est qu’un détail. L’attitude la plus pertinente consiste simplement à choisir un moyen d’action. Quelle que soit l’action… qu’importe tant qu’on met la main à la pâte. S’unir ou pas, s’engager ou se désister, telles sont les vraies questions auxquelles il faut pouvoir répondre. Plus qu’un débat, c’est tout un combat qu’il nous faut mener. Les Haïtiens souhaitent que l’on parle autrement de leur pays qu’à travers les catastrophes naturelles et les crises politiques. L’espoir de toute une nation de voir renaître une nouvelle Haïti de ses cendres ne s’est pas encore réalisé. Mais nous nous s’efforçons de regarder de l’avant, et, pour ne pas blesser ceux qui restent ni ceux qui partent, une seule solution : agir !
1) Slogan des campagnes publicitaires du ministère du tourisme

Emma 


Je sais que je ne suis pas libre!

J’ai grandi dans une petite ville où sur les murs de la cathédrale sont écrit les hommes qu’ont connu chaque femme de la ville.  Plus la liste est longue, plus lourd est ton jugement. Tu peux prier tous les saints, ta réputation est faite pour le reste de ta vie. J’ai juré de danser sans culotte sur la flèche de cette cathédrale. Pour cela j’ai dû apprendre à fermer mes jambes même quand je mourrais d’envie de m’offrir car j’avais compris que je ne suis pas libre.  Si cette cathédrale n’existe pas, cet exercice d’avilissement des femmes persiste.

Je sais que celui qui me promets monts et merveilles, m’invente les plus belles phrases jamais prononcées est aussi celui  qui dira que je suis une traînée le jour que notre histoire se termine. Je sais que les hommes croient fermement détenir le monopole de la polygamie, de l’infidélité, et du désir sexuel indomptable.  Je sais que si j’exprime mon désir je ferai peur au mâle qui au fond, malgré ses vantardises doute de sa puissance physique. Je sais que je peux briser le plus confiant des hommes au cours d’un acte sexuel mais je sais aussi qu’il m’anéantira après car le sexe est encore, à certains endroits, un jeu ou seuls les hommes gagnent.

Pauvre de moi ! Si je ne suis pas satisfaite c’est parce que j’aurais couché avec trop d’hommes, j’aurais un sexe trop large, mais toi et ton sexe ridiculement petit ne sont point à juger, je pourrais te dire mille fois que la taille ne compte pas, tu ne me croirais pas. Tu es trop complexé pour te l’avouer mais pas suffisamment pour te retenir de m’insulter. Ce ne sont pas les mots qui manquent d’ailleurs. Les femmes ont inspirées les pires insultes à travers les siècles.  Je sais aussi que je n’ai pas encore le droit de déclarer ma flamme. Tu ne me feras jamais confiance, je serai celle qui avait fait le premier pas, je le ferais avec d’autres hommes, toi petit mâle, tu n’es pas encore prêt à faire ce dépassement.

Je ne suis pas encore libre, car si je te repousse, je me fais un ennemi, je porte atteinte à ton honneur et tu te vengeras de moi dès que l’occasion se présentera. Je ne suis pas encore sortie de l’auberge car tu crois que m’aimer et vouloir faire de moi ta femme revient à me faire une faveur. M’épouser c’est m’honorer comme si jamais je ne pourrais faire quoi que ce soit de ma vie qui me rendrait aussi fière que je le serais en étant ta femme. On dirait que la bague que tu me passeras au doigt est un gage de réussite et d’accomplissement couronnant mes expériences et les jours qu’il me reste à vivre.

Je ne suis pas encore libre, je sais que le sexe est encore une arme de domination. Je sais que les tortures ne suffisent pas si je ne me fais pas violée. Le crime n’est pas parfait si le viol n’en fait pas partie.

Je suis censée être une porte que tu ouvres comme tu veux avec ta clé. Pourtant, j’ai la clé de mon plaisir. Non ! Tu n’as aucune clé ! Je ne suis pas la porte qui se laisse ouvrir non plus.  Je n’ai pas besoin de toi pour mon plaisir. J’ouvre mes jambes à la liberté, aux rares hommes qui ont compris que je suis leur égale. Je sais que tu vas quand même me trouver un qualificatif peu flatteur mais si je peux me passer de toi, il t’est légèrement plus difficile de te passer de moi. Quelque part dans ma captivité, je te traîne derrière. Tu te souviendras toujours d’où tu sors, d’un corps de femme, d’un sexe de femme et si tu veux  encore me minimiser, souvient toi qu’entre mes jambes est ton origine et très souvent, ta fin aussi.


Haiti.- Insulter les femmes est trop facile

Le président de la République n’est malheureusement ni le premier ni le seul à oser insulter publiquement une femme. Il y a de cela quelques années, un professeur d’université  très connu du monde intellectuel haïtien, docteur en anthropologie, avait déclaré qu’une femme vaut moins qu’une pièce de monnaie de cinq gourdes, car on en trouve à tous les coins de rue tandis qu’il est impossible de trouver une pièce de monnaie au sol. Les étudiants avaient ri. La blague du plus mauvais goût leur paraissait amusante. Le professeur est mort, mais la pratique persiste. Si vous considérez que des étudiants pouvaient rire d’une telle plaisanterie, vous comprendrez mieux la réaction de la bande de badauds, sûrement à moitié ivre, qui écoutait le président lancer des insultes à cœur joie à l’encontre d’une femme.

La chanson Ti mamoune avait soulevé des réactions vite étouffées, car le rythme était bien trop entraînant. L’auteur de cette chanson n’était ni docteur an anthropologie, ni président mais il insultait une catégorie de femmes avec le même verbe. Les assassinats crapuleux d’au moins deux jeunes femmes par leurs partenaires respectifs il y a quelques mois n’ont pas suscité trop d’émoi. Elles ne s’appelaient pas Ginou Mondésir, actrice adulée et une femme battue, violée, ou assassinée est souvent une femme en tort qui a eu ce qu’elle mérite. L’expression « crime passionnel » aurait dans notre île une vertu expiatoire. Encore faut-il faire semblant que tout va bien car une femme qui défend la cause des femmes est une femme frustrée, ou en manque de sexe selon les dires de plus d’un. Autrement dit, chez nous, « féminisme » est un gros mot. Ainsi, certaines femmes sont les premières à s’ériger contre tout mouvement d’émancipation et de défense des femmes en Haïti. Elles y voient une sorte d’atteinte aux privilèges du statu quo. Alors, nous nous taisons jusqu’à ce que le vase déborde.

Une compagnie de transport en commun desservant la ville des Cayes interdit aux femmes de s’asseoir sur les sièges près du chauffeur, car elles seraient trop émotives pour occuper ces places. Il a fallu un décret électoral pour forcer les partis politiques à inclure davantage de femmes dans le processus électoral. Un sénateur de la République a déclaré, sur les ondes, à mots à peine voilés que le poste de premier ministre est trop sérieux pour être confié à une femme quand la ministre de la Santé fut désignée pour assurer l’intérim suite à la démission du premier ministre Laurent Lamothe. Je ne citerai pas en exemple les insultes que j’entends au quotidien dans les rues de Port-au-Prince, dans les tap-tap et les bus.

Il est devenu trop facile de violer le droit des femmes et de les humilier. Le ministère de la Condition féminine n’existe que de nom depuis quelques années. On dirait que les ministres qui se sont succédé audit ministère depuis quatre ans ont toutes fait le pacte de ne pas nuire à l’expansion du sexisme en Haïti. Mais comme l’a dit notre célèbre féministe haïtienne « le sexe masculin n’est pas une arme ». Comme certains jeunes l’ont déjà fait, nous devons tous réagir parce qu’il est devenu bien trop facile d’insulter les femmes de ce pays. Indignons-nous !


Mon voisin a acheté une génératrice

Je bois tranquillement une bouteille de prestige en lisant le flux de publications de mes amis sur facebook. Cette soirée est comme tant d’autres. Le fait que ce soit un vendredi n’y change pas grand chose, sauf peut-être, le fait que j’ai acheté une pizza et des ailes de poulet. Je me moque de mon prétendu régime surtout le vendredi quand malgré moi je veux marquer le weekend. Il n’y a pas d’éléctricité comme presque tous les soirs depuis le dernier jour du carnaval. Je n’habite pas au centre-ville de port-au-prince, ce problème n’a à priori rien à voir avec le drame du carnaval.

Ma lampe qui me sert aussi d’appareil radio de fortune diffuse une chanson de J. Beatz. Je suis seule, ma bière est glacée, je me la coule tranquille et pour répéter après les jeunes de la rue, depi kola m glase m pa goumen pou glas. Une facon de vous dire qu’en ce moment le monde se réduit à ma terrasse, ma bière et mes amis de Facebook comme je les nomme par affection. Je n’ai pas conscience de ce qui se passe chez les voisins.

Mon petit moment d’agréable solitude s’allongeait jusqu’à ce qu’une lumière réveilla mes pupilles. Je cru l’espace d’un sursaut qu’on m’ avait fait grâce d’un peu d’éléctricité en ce vendredi soir. Je regarde à gauche, la lampe de la terrasse de mon voisin est bel et bien allumée. Je regarde à droite, la lampe de la facade de la maison de mon autre voisin est elle aussi allumée. Il a l’éléctricité tous les soirs car ses câbles sont plus longs que ceux de chez moi. Je veux dire par là qu’il s’approvisionne en éléctricité à partir de manoeuvres que nous haïtiens connaissons tous. Il peut ainsi vendre les meilleures bières du quartier. J’allais verifier pourquoi je suis la seule à me noyer dans le noir quand j’entendis ce son qui me dérangerait même au coeur du paradis. J’ai vite compris que mon voisin a acheté une génératrice.

Fermez les yeux, imaginez qu’il fait noir, chacun de vos voisins allume la génératrice usagée qu’il s’est procuré. Imaginez le bruit qui frappe vos tympans. Pollution sonore serait une piètre expression pour décrire ce chaos. En ce qui me concerne, je ne me sens plus à l’aise. Je ne peux plus profiter de la brise. Ce bruit a violé mon intimité. Je suis maintenant pleinement consciente que je vis dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère Ouest. Je veux bien que la lumière brille chez moi aussi. Mais je n’ai pas le choix, je suis coincée entre mes besoins et mes limites.

Balèn! Balèn! Il doit avoir douze ou treize ans, ce garçon qui chante ce mot presque tous les soirs. J’ai envie de le faire taire à chaque fois. Sa voix stridente résonne dans ma tête comme le sous-développement qui me rit au nez dès que je sors de chez moi. Il ne fait que gagner sa vie le petit. Au moins, je n’ai pas à me promener dans l’obscurité , rappeler aux gens qu’ils ont le droit à l’accès à l’électricité, pour arrondir mes fins de mois…Je n’aime pas taper plus de cinq cent mots sur mon téléphone car après trente minutes, ma batterie meurt, celle de ma lampe aussi. Alors, je retourne dans le temps, je lis à la lumière d’une lampe à kérosène et le comble, je n’ai accès ni à Facebook ni à Twitter ou Whatssapp. J’ai la désagréable sensation d’être coupée du reste du monde.

Wey yo bay kouran! Vendredi soir 9 heures passées de vingt minutes, la lampe de mon salon s’allume, tout est beau. Le voisin a éteint sa génératrice. Je peux regarder un film, taper quelques paragraphes du billet que j’écris depuis trois semaines. Tout le monde est trop préoccupé par les besoins du ventre faisant suite à la montée vertigineuse du prix des matières premières pour penser au rationnement incensé d’éléctricité dans certaines zones de la capitale. Si m pa pale m ap toufe. Je ne m’attends à rien de meilleur, rien de pire. Je raconte cette histoire pour satisfaire mon besoin de partager mon opinion. Désormais, je sais que je ne pourrai plus me réfugier sur ma propre terrasse car mon voisin a acheté une génératrice. Si je suis contente pour lui, j’avoue être aussi décue que les citoyens de mon pays aient à se donner tant de mal pour résoudre un mal vieux comme la nuit des temps: l’obscurité dans les esprits et les maisons.


Haiti.- Des outils économiques au service de l’environnement

Les acteurs politiques et activistes environnementaux en général se tournent vers l’économie pour trouver des solutions aux problèmes de l’environnement. Des spécialistes expliquent cette tendance par le fait que l’économie est l’étude des moyens de gestions des ressources limitées. L’environnement tel que nous en disposons, constitue une ressource limitée, laquelle relève, par conséquent, du domaine de l’économie. La mise en relation de l’économie et du développement se fait en fonction de deux axes prioritaires: d’abord l’importance des facteurs économiques dans la prise en charge de la question environnementale et vice-versa, puis, l’idée de l’utilisation d’instruments économiques pour résoudre les problèmes environnementaux.

La majorité des études et politiques en vigueur, en termes d’instruments économiques utilisés aux fins d’amélioration de problèmes environnementaux, s’applique aux pays développés confrontant des problèmes comme la pollution excessive résultant d’une activité économique intense au niveau des usines notamment et, mesurée en termes d’émission de carbone. Parmi ces instruments, les gouvernements des pays développés perçoivent des écotaxes, lancent des incitatifs financiers et des redevances. L’Allemagne, à titre d’exemple, a initié le principe pollueur payeur, facturant les compagnies causant le plus de tort, les grands pollueurs. Toutefois la réalité est différente dans les pays moins développés. En Haïti par exemple, nous devons trouver nos propres moyens de résoudre nos problèmes environnementaux en adaptant les outils à notre réalité.

Le modèle classique fortement connecté à la perception générale soutient que les activités économiques se feront toujours au détriment de la protection et de la sauvegarde de l’environnement. Des études ont contredit ces affirmations et maintenant on peut citer l’hypothèse de Porter comme l’un des exemples proéminents du courant d’idées opposé. Toutefois, plus des études sont entreprises sur le sujet, plus les résultats sont nuancés. On ne peut donc affirmer sans réserve que la réduction des impacts environnementaux n’entraine pas de pertes économiques. Cependant, l’Allemagne, un pays modèle en termes de protection de l’environnement et d’économie verte, a su développer des alternatives aux pratiques polluantes sans aliéner sa croissance et sa stabilité économique.

Il n’en reste pas moins qu’Haïti ne peut s’inspirer du modèle allemand. Les principaux problèmes environnementaux haïtiens sont le déboisement excessif, l’exploitation incontrôlée des mines et carrières, le changement climatique. La pollution causée par les usines, les voitures et autres sources reste infime. Cependant, l’enjeu demeure de taille car le pays est à la merci des inondations entrainant à chaque fois des pertes en vies humaines et animales, des destructions de récoltes, d’espèces végétales et animales, l’inflation etc.

Pour résoudre nos problèmes environnementaux, il faut d’abord identifier les secteurs causant le plus de tort à l’environnement par exemple les producteurs de charbons de bois, les ateliers de menuiseries et les ménages de zones rurales utilisant le bois directement pour la cuisson. Ensuite, il faut évaluer le coût des atteintes à l’environnement et le bénéfice tiré de ces activités. Cette opération reste difficile mais elle n’est pas néanmoins impossible. Des données complètes sont nécessaires comme base de toute analyse économique fiable. La troisième action serait de structurer et de régulariser la coupe de bois pour que le taux de déboisement soit minime comparé au taux de reboisement. Le gouvernement s’il veut effectivement résoudre le problème de déboisement, devrait pénaliser l’exploitation abusive du bois en exigeant par exemple l’achat d’un permis pour la vente du charbon de bois, ce qui sera difficile vu la place majeure de l’informel dans le commerce à travers le pays. Pénaliser l’exploitation du bois revient à pénaliser les menuisiers, charpentiers et les plus pauvres qui n’ont d’autres recours que le charbon de bois pour la cuisson de leur repas. Le gouvernement doit encourager la transition de l’usage du charbon de bois aux réchauds à gaz en faisant en sorte de supporter une partie du coût de ces réchauds et autres alternatives au charbon de bois. Ce financement pourrait prendre la forme d’aide à la conception de ces dites alternatives ou à une réduction voire une élimination des taxes sur ces produits les rendant ainsi plus abordables pour les ménages aux faibles revenus.

Les ateliers de menuiserie utilisent des méthodes traditionnelles qui absorbent un volume plus élevé de bois. Le gouvernement pourra faire venir des experts et en collaboration avec ces derniers et des professionnels haïtiens, concevoir de nouvelles méthodes pouvant réduire la quantité de bois utilisé. Le Venezuela vient de battre un record de reboisement, Haïti pourrait s’en inspirer et lancer au moins deux journées de reboisement chaque citoyen serait appelé à planter un arbre. Au niveau des écoles, il faut dès le plus jeune âge sensibiliser les enfants à la cause de l’environnement pour entretenir une culture de protection de l’environnement chez les citoyens haïtiens.

Les ingénieurs de l’environnement, économistes, agronomes et autres professionnels haïtiens exerçant dans le domaine de l’environnement peuvent et doivent s’unir pour apporter des solutions élaborées pouvant sortir le pays de ce marasme. Le cas d’Haïti n’est pas perdu, nous avons la possibilité de renverser le cours des événements.


La société est libre de te juger mademoiselle

J’ai lu le billet ” Ne me jugez pas chère société”. J’avoue que c’est un très beau texte. Il décrit une réalité qu’aucun Haïtien ne peut ignorer. Cependant, il donne aussi des excuses à des jeunes filles qui ont oublié le sens du mot sacrifice, et laisse croire à tort que certaines jeunes filles n’ont pas d’autres choix que de se prostituer pour survivre en Haïti. Nous avons tous le choix et la société a bien le droit de juger qui elle veut.

Je vais vous parler de Katie. Katie est belle, noire, pauvre. Elle n’est pas pauvre au point de mendier sur les trottoirs mais elle l’est au point de penser à vendre son corps au plus offrant. Elle est belle, éduquée, elle n’aurait pas à le faire dans la rue. Elle pourrait choisir un de ces hommes mariés qui aiment profiter du corps des jeunes filles financièrement fragiles pour prendre du bon temps. Ils les choisissent belles, autant que possible instruites et s’enorgueillissent de pouvoir se payer des filles de l’âge de leurs propres filles, faisant du même coup de la concurrence à leurs propres fils.

Katie résiste malgré elle. À la lumière d’une bougie, elle a pu préparer son admission à l’Université d’Etat d’Haïti. Comme tant d’autres étudiants qualifiés, elle n’a pas eu besoin de parrainage. Elle a attendu des mois avant de trouver du travail. Pour faire passer le temps, elle écrivait et lisait tous les jours. Elle vivait avec le peu qu’elle avait. Elle savait que tant que battrait son cœur, il y aurait de l’espoir. Elle nourrissait de grands rêves mais elle ne les laissait pas se transformer en obsession. Elle ne laissait pas ses désirs l’aveugler et la perdre. Elle préférait être ringarde et pauvre plutôt que de salir le peu d’honneur qui lui restait.

Katie enseigne dans une école secondaire où elle gagne une misère. Les voitures s’arrêtent constamment sur son passage, car ses fesses pourraient distraire un saint tellement elles sont bien faites. Ils aimeraient tous l’avoir dans leur lit. Entretenir une copine ne coûte jamais trop cher, car c’est l’argent du trésor public, des vols et autres petites corruptions qui paient les fractures. Katie a pourtant un homme dans sa vie. Il ne peut pas lui offrir un dîner dans un restaurant huppé de Pétion-ville, mais il peut lui garantir un support inébranlable. Il est tout à Elle. Il fait battre son cœur. Ils font l’amour comme si le plaisir était l’air qu’ils respiraient; il ne s’arrête pas, ne se mesure pas, il prend tout l’espace. Katie est pauvre, mais heureuse.

Si tu es une femme entretenue par un homme marié, tu as fait un choix. J’ai choisi comme Katie de me battre et de bâtir mon succès avec les pierres que la vie me lance au quotidien. Je ne te juge pas mais je ne prendrais jamais le même chemin même si ma vie en dépendait. Je ne te juge pas, je ne te jugerai jamais mais la société est libre de te juger mademoiselle.


Haiti.- La ruée vers le Mexique

La troisième convocation de la bourse de Mexique a eu lieu du 11 au 30 mars 2015. Des centaines d’étudiants se sont présentés au Ministère des Affaires Etrangères pour s’inscrire. Le nombre d’étudiants désireux de se porter candidat a atteint son apogée le vendredi 27 mars écoulé. Les passants pouvaient les voir amasser derrière la barrière principale du Ministère comme s’ils préparaient un rassemblement. L’intérêt de ces jeunes pour cette bourse d’étude est sans précédent, seule la bourse d’étude de médecine du Gouvernement Cubain a été plus populaire. Qu’est ce qui explique cette ruée vers le Mexique ?
D’abord, les programmes d’études du programme sont très intéressants. Comptez une licence en génie Civil, génie mécanique, génie des réseaux et télécommunications etc.., des programmes qui paraissent plus intéressants dans des universités étrangères que locales. Les ressources étant, a priori, plus nombreuses à l’étranger qu’en Haïti.
Une autre explication repose dans le fait qu’Haïti, ne dispose pas de suffisamment de programmes de bourses d’études. Les haïtiens ne sont pas qualifiés pour un grand nombre de programmes de bourse d’études intéressants. Pour le petit nombre de programme accessibles aux étudiants haïtiens, les jeunes doivent faire face au manque de transparence dans la gestion desdits programmes. Les sites internet du gouvernement haïtien ne font pas état des bourses disponible et les fonctionnaires en charge de ces programmes en font une affaire personnelle. Il faut passer un interrogatoire au Ministère de la Planification rien que pour savoir quelles bourses sont disponibles.
En plus du nombre limité et de la mauvaise gestion des bourses d’études, il faut aussi tenir compte de l’ignorance de beaucoup de jeunes haïtiens. Les bourses d’études pour des pays comme la Chine et Taiwan ne les intéressent pas autant car ils n’ont pas encore compris que le monde est un village et la que Chine est en marge d’en devenir le nouveau  maître. Les Etats-Unis, la France, le Canada ou tout autre pays proches de ces derniers sont pour plus d’un les seuls destinations attrayantes Le Mexique a l’avantage d’être près des Etats-Unis et l’idée de pouvoir passer de l’autre cote de la frontière est plus qu’alléchante.
Les explications sont nombreuses. La dernière mais pas la moindre consiste ne se cache pas plus loin que dans le mauvais rendement des étudiants haïtiens aux examens du Bac. La bourse d’étude de Taiwan par exemple, qui est une bourse d’excellence, exige une moyenne de 7 au bac. La barre est placée plus haute que pour les autres programmes, ce qui limite le nombre de candidats. Les notes du bac sont si faibles qu’une moyenne de 7 sur 10 est trop sélective.
Au-delà des explications a la ruée vers le Mexique des Etudiants haïtiens, l’attitude des étudiants est ce qui choque le plus. Même conscient de ne pas avoir la moyenne requise, les étudiants vont quand même déposer leur dossier, question de tenter leur chance. Tout est question de chance dans ce pays. Des jeunes passent des années sur les bancs de l’école sans application encore moins d’assiduité mais vont tenter leur chance au bac et le système les donne raison parfois, car par accident certains finissent par avoir de très bonnes notes.
La ruée vers le Mexique peut prendre fin d’un jour à l’autre dépendamment de l’évolution des relations entre les pays. Il revient à nos jeunes étudiants d’agir en intellectuels et futurs scientifiques. À eux de poser les bonnes questions, d’exiger des preuves, d’analyser les fait pour créer ou saisir de nouvelles opportunités. Ainsi, ils n’iront pas tenter leur chance pour une bourse d’étude, ils déposeront leurs candidatures pour les programmes pour lesquels ils sont qualifiés et ne compteront pas sur la chance mais sur leur mérite pour obtenir les résultats désirés.


Haïti.- Elections ou combats de coqs

Dimanche 29 mars.- Dans la camionnette qui me conduit à Delmas 75, deux hommes tiennent chacun, en main  un coq. Tout parait normal, les coqs bougent à peine, personne n’y voit de mal, jusqu’à ce qu’un des coqs bèque une fille. Elle se plaint à haute voix. Ce coup de bec fait office de mot d’ouverture d’un débat animé sur les combats de coqs. Les arguments étaient d’ordre moral, religieux et sanitaire. Je ne suis pas du genre à prendre part à ces discussions mais je les écoute avec une attention soutenue. Édifiée, j’ai rapidement fait une comparaison entre les combats de coq et les élections haïtiennes.

Je ne suis pas experte en combat de coqs mais j’ai appris certaines notions dans des conversations et lectures de romans haïtiens. Je peux prétendre, en connaissance de cause, avoir rassemblé suffisamment d’éléments, pour conclure que les élections haïtiennes sont un grand combat de coqs. Le pays est une gaguère et la communauté Internationale, la société civile, les marginaux, les chrétiens, et ceux qui croient à tort ne pas faire de politique sont tous présent pour regarder la classe politique se battre. Le vainqueur emporte le butin et fait la fête avec son équipe et ses supporteurs.

Les ressemblances ne s’arrêtent pas là . Deux coqs ne peuvent se partager un même poulailler sans se battre. Les coqs ne se regroupent pas, surtout quand il y a des poules en vue. Tous ces partis politiques sont la preuve que nos politiciens, ces coqs, qui nous réveillent tous les matins à la radio, ne peuvent pas s’entendre. Ils ressentent le besoin de s’affronter et de se diviser. À chaque coq son espace, et en ce qui nous concerne, À chaque coq son parti politique. Dans ces combats les coqs y laissent des plumes, parfois jusqu’à leur sang, mais ils ne cessent pas de se battre pour autant. Seul la mort arrive à bout de leur attitude. Notre coq dictateur se serait présenté au combat s’il n’était pas mort.

La tradition veut que si le propriétaire du coq couche avec une femme la veille du combat, le coq perdra. Les femmes sont donc mises de côté dans les combats. Elles sont là quand on a besoin d’elles, dans la limite où elles ne deviennent ni trop importantes ni trop influentes. En bonne mère poule, elles, ne cherchent pas plus, mais s’accrochent fermement au peu qu’on a bien voulu les laisser.

L’alcool coule à flots dans les gaguères tout comme dans les campagnes électorales. Ce ne sont pas les projets qui séduisent le peuple mais l’argent dépensé. Les candidats font des alliances de toute sorte, misent sur le contenu des caisses de l’état, pour gagner une place au timon des affaires publiques.

Les combats de coqs ne sont pas un jeu pour enfants, les élections non plus. On exclut les jeunes, on utilise des groupes d’étudiants, ceux qui ont compris les règles du jeu et n’ont pas peur de se blesser. Et pourtant ils sont les premiers à payer les frais. Qu’importe le coq qui gagne, la question des jeunes ne constitue jamais une priorité.

Nous, haïtiens, avons grandi au pays du soleil, sur une terre de rythmes et de couleur. Toute cette énergie fait que nous aimons la vie, le rire, le carnaval et les combats de coqs etc. Les prochains combats ne seront pas les derniers, le spectacle va continuer pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que notre humanité et notre haïtiannité prenne le dessus, alors un bon coq capable de chanter dans tous les poulaillers prendra les devants.


Haïti. Accident de la route à Delmas 60

 

 Nous sommes des professionnels, étudiants, chômeurs, haïtiens de provenance et d’appartenance différentes qui prennent la route chaque jour pour nous déplacer d’un point à un autre. Mais nous ne sommes, après tout, que des rêves ambulants. Nos corps ont pratiquement les mêmes parties et le même fonctionnement. Ce qui nous différencie, ce sont nos chemins de vies. Ces chemins où il n’y a ni camions, ni piétons mais des histoires, des expériences, et surtout des rêves. Parfois, nous sommes de simples projets se déplaçant en quête de réalisation. Hier, à Delmas 60, à la sortie du bureau où je travaille, je réalisais mon rêve de marcher sur des talons dans la rue, depuis qu’un accident, survenu en décembre 2014, avait brisé mon genou et mes rêves d’apprendre à danser une fois retournée en Haïti.

 Il y a deux jours, j’ai marché à Delmas 60, la peur au ventre. J’avais peur de faire un faux pas, me donnant en spectacle aux motocyclistes au coin de la rue et me faisant au passage une entorse au genou. Plus encore, je ne voulais pas appeler ma maman pour lui dire que je me suis fait mal en voulant marcher à talons un peu plus tôt que nécessaire. J’avais surtout peur de ces belles voitures et ces hideux bus de transport en commun qui se croient être sur une autoroute. Ils roulent à toute vitesse, sans égards pour les piétons qui n’ont qu’un trottoir de fortune qui n’existe pas en certains points de la route car les propriétaires de maison, avares d’espace, ont peu de considération pour l’état et les passants. Devant leur maison, les quelques centimètre de trottoir réglementaires n’existent pas. Les piétons doivent improviser : ils ont le choix entre se coincer contre le mur ou marcher sur la chaussée à leurs risques et périls.
Hier, des jeunes prenaient le même chemin. Ils étaient des centaines à l’emprunter pour aller demander des informations au Ministère des affaires étrangères concernant la bourse d’étude de l’Ambassade du Mexique. Au moins deux d’entre eux y ont laissé leur vie dans un accident. Etudiants ou non, eux aussi avaient des rêves et des projets. Je le dirai encore, nous sommes tous des rêves ambulants. Hier, des rêves furent écrasés par un camion d’eau en mauvais état. 
A qui la faute? Je n’irai pas chercher la réponse. Qui sont les victimes et les potentielles victimes? Je peux y répondre. Les victimes ne sont pas encore identifiées. Les potentielles victimes sont des jeunes comme moi qui n’ont pas de voiture mais qui pour une raison ou pour une autre doivent aller à Delmas 60. C’aurait pu être moi ou un collègue. On aurait peut-être parlé de cette fille qui aurait pu prendre un « woulib » mais qui n’aimait ni le mot ni l’action. Cette fille qui traîne avec elle chaque jour un ordinateur et des milliers de rêves pour aller travailler pour l’état haïtien quelque part à Delmas 60.
Je prendrai ce chemin, aujourd’hui, demain et les jours à venir. Dans quelques semaines j’oublierai cet accident. Mais je serai comme tant d’autres un rêve ambulant à la merci des négligences des conducteurs et de l’État.
Emma Lucien
Facebook : Emma Lucien
3/20/2015


Au lendemain du 12 janvier 2015

Au lendemain du 12 janvier 2015

« Hélas, l’Histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire. »  Stéphane Hessel

La terre n’a pas tremblé hier comme le craignaient certains citoyens superstitieux. La nature est trop capricieuse pour frapper au même endroit à la même date quand une certaine logique veut faire du 12 janvier une date maudite. Pour en avoir payé les frais tant de fois ces citoyens naïfs auraient dû le savoir pourtant. La crise électorale, n’est pas résolue non plus. Nos politiciens ont crié sur tous les toits que le 12 janvier allait être une date fatidique. Pourtant, Je suis encore surprise de constater qu’elle était presque normale. La population l’a vécu comme les autres « 12 janvier » suivant le séisme. L’habitude remplaçant progressivement la peur,  moins de gens se sont rendus à l’église, partager les photos des disparus ne parait plus nécessaire et les récits des survivants ne font plus autant d’effets qu’avant. Tout est devenu prévisible, une habitude qui se répétera l’année prochaine et les années à venir jusqu’à ce que l’on finit par oublier.

Un ami m’a dit un jour que l’étude de la vie sociale en Haïti est une science exacte. Ici, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et nous pouvons tous être certains que sur le plan politique tout finira par mal tourner. Il a bien raison. Ainsi, n’étais je nullement en train d’attendre le vote de la loi électorale ni un élan de conscience et de collaboration pour mettre fin à la crise le 12 janvier encore moins à la vielle du 12 Janvier comme le laissaient croire certains acteurs de la crise. Peut-être que nous sommes devenus un peuple accro aux sensations fortes. Il fallait les écouter à la radio parler de fatalité, de chaos, de crise etc. comme si ces mots étaient si légers qu’ils devaient les prononcer à répétition pour faire de l’effet. Après tout, le chaos leur profite bien. Des politiciens qui passeront leur vie sans pouvoir gagner d’élections peuvent devenir ministres un bon matin grâce à la crise pour ne citer que cet exemple.

12 janvier est passé, Ronaldo a eu son ballon d’or, le président a commémoré la mémoire des victimes, mais le pays est encore dans l’impasse. Cette crise penchée sur nos têtes telle une bombe à retardement finira bien par avoir raison de nous. Nous n’allons pas attendre la nature pour offrir au monde un spectacle de mauvais goût, celui d’une catastrophe créée de toute pièce par les enfants de la nation obéissant à leurs vieux démons assoiffés de pouvoir sous le regard complice des étrangers qui nous tiennent en liesse.

Emma Lucien

 


Culture et pauvreté en Haïti

 56% de la population Haïtienne vit dans une pauvreté extrême. [1] Selon le Programme des Nations–Unies pour le développement[2] (PNUD), l’extrême pauvreté est caractérisée par l’incapacité d’un individu de satisfaire ses besoins alimentaires essentiels. Quel besoin peut satisfaire quelqu’un qui ne peut même pas satisfaire ses besoins alimentaires ? Plus de la moitié de la population haïtienne est confrontée à cette dure réalité. L’éradication du phénomène de l’extrême pauvreté nécessite une mobilisation urgente de ressources humaines et matérielles. Pourtant, la population ne semble pas trop alarmée face à l’aggravation de la situation économique du pays et l’augmentation du nombre de pauvres ? Cette situation n’est–elle pas suffisamment aberrante? Le 19 novembre dernier était la journée mondiale des toilettes. Dans les bidonvilles de la capitale, des dizaines de gens se partagent une toilette. Toutefois, certains d’entre eux vivent dans ce climat insalubre comme s’il s’agissait de leur habitat naturel. D’autres, s’efforcent en vain d’améliorer leurs conditions. Des questions se posent inévitablement face à ce constat. Pourquoi le pays compte-t-il autant de pauvres ? N’y existe-t-il pas une culture de pauvreté?

 Oscar Lewis en parlant de la culture de la pauvreté a touché un point sensible et controversé qu’il faut actualiser en Haïti face au développement de cette sous-culture au niveau des groupes vivant dans l’extrême pauvreté. Pour éviter d’avoir à prendre en compte les limitations du concept de culture de la pauvreté, notamment le fait qu’il est vu comme une mise en accusation des pauvres, ce concept ne servira pas de référence pour répondre à la question précédente. Ce qui suit n’est qu’un simple mis en rapport de la culture et de la pauvreté dans le cadre haïtien. La culture réfère entre autres aux « ensembles de phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation »[3]. Haïti étant le pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest ou l’un des pays les plus pauvres du monde, on peut conclure que la pauvreté est un de ces phénomènes qui caractérisent la nation Haïtienne, une étiquette collée au dos du pays depuis longtemps. Sur la base de cette définition de la culture et sur l’évidence de l’étendue et de l’impact de la pauvreté dans le pays, on est tenté de conclure que la pauvreté et la culturelle haïtienne sont intimement liées.

Un léger clin d’œil à l’histoire rappelle que des plantations et autres infrastructures de base furent détruites lors de la guerre de l’indépendance. En 1804, Haïti était indépendant mais  confronté à des défis économiques et structurels de taille.  Plus de deux cents ans après ces défis ne sont pas relevés. Ces manques, ces problèmes et défis se sont matérialisés avec le temps pour faire partir de notre réalité quotidienne et notre identité culturelle. En Haïti culturellement les enfants sont considérés comme une source de richesse. Les pauvres ont donc beaucoup d’enfants qu’ils n’ont pas les moyens d’élever. Un peu comme ces arbres que la tradition dans certaines régions du pays veut qu’on plante pour enterrer le cordon ombilical des nouveau-nés, la pauvreté grandit à mesure que ces enfants grandissent.  Beaucoup d’Haïtiens aiment s’habiller et exposer un bien-être qu’ils sont loin d’avoir. Ainsi dans un taudis vous trouverez de nombreuses paires de chaussures et de vêtements, des défrisants pour cheveux, des crèmes éclaircissantes etc. Contrairement à d’autres pays où il y a une culture de l’épargne et de valorisation de l’éducation, en Haïti, la tendance est à la survie au jour le jour et l’éducation puisqu’elle peut rarement aider à la mobilité sociale ne constitue plus un bon investissement pour les familles pauvres. Autant d’exemples qui prouvent comment nos valeurs, traditions et même notre culture favorise l’expansion de la pauvreté.

Par ignorance et par négligence, des familles haïtiennes n’alignent pas leurs dépenses avec  leurs moyens économiques. Elles font de mauvais choix qui jour après jour les enlisent dans la pauvreté extrême. Cette mode de vie qui se transmet de génération en génération devient partie intégrante de la culture du pays par conséquent la pauvreté se transmet comme un héritage culturel. Le pire, c’est que cette réalité est si familière que plus personne ne semble y porter attention. Dire que la culture haïtienne regorge de facteurs pouvant servir la lutte contre la pauvreté si on s’y attarde un peu.

11/20/2014

[1] https://www.unicef.org/haiti/french/overview_16366.htm

[2] https://etudesrurales.revues.org/68

[3]https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/culture/21072?q=culture#20950


(Haïti) Jean-Claude Duvalier, le briseur de rosée est mort.

(Haïti) Jean-Claude Duvalier (le briseur de Rosée) est mort.

« ls venaient avant l’aube, au moment où la rosée se dépose sur les feuilles, et ils vous emmenaient.  » En Haïti, les  » briseurs de rosée « , ce sont les tontons macoutes, des tortionnaires à la solde des Duvalier…Ils brisent les gouttes de rosée puis ils brisent les os » » Edwidge Danticat

Il n’y a pas longtemps, je lisais le roman “Briseur de Rosée” d’Edwige Danticat. Sans le vouloir, j’ai passé plusieurs jours à revivre, dans mes heures perdues, les moments forts de cette dictature que je n’ai pas connue heureusement. Ce matin, Je suis venu remettre à la bibliothèque un autre recueil de nouvelles édité par Edwige Danticat où des auteurs mentionnent aussi cette dictature sanguinaire et soudainement quelqu’un a dit : « Jean-Claude Duvalier est mort…». J’ai pris le temps de finir le texte que j’écrivais dans le cadre de mon travail car ce genre de personnalités publiques ne mérite pas que je laisse mon travail pour exprimer ce que je ressens à l’annonce de leur mort. Non ! Jamais on ne devrait saluer leur mémoire ! Pourquoi pleurer celui qui a fait pleurer toute une nation ?Enfin pas toute la nation car je vois tant de gens affectés par la nouvelle de sa mort.

Le peuple haïtien a la mémoire courte. Jean-Claude Duvalier, fils de François Duvalier a hérité le pouvoir de son père et a massacré avec l’aide de sa milice ceux qui s’opposaient à ses caprices de dictateur. Il a dirigé la pire dictature qu’ait connue le pays, l’une des pires dictatures de l’histoire de l’humanité. Ils sont nombreux ceux qui ont bénéficié de la dictature. Ils sont nombreux les jeunes qui aimeraient bien faire partie d’une dictature pareille. Il suffit de les écouter énumérer les bienfaits de l’ancienne dictature ou de défendre l’ancien dictateur. Je suis de ceux qui pleureront aujourd’hui pour remercier la nature d’avoir fait justice là ou les hommes ne voyaient que leurs intérêts mesquins. Je vais peut être pleurer le jour de ses funérailles à la mémoire de tous ceux qui sont morts sans pouvoir voir leur bourreau laisser derrière lui toute la richesse qu’il avait accumulé (Clin d’œil aux banquiers suisses qui doivent fêter en ce moment).

Il fait beau aujourd’hui. Je vais emprunter un autre livre d’Edwige Danticat. Si elle y parle de la dictature, je me sentirai mieux cette fois. Je n’aime pas la vengeance mais je peux voir sourire les âmes innocentes de là où ils sont. Je vais boire une bière et déclarer haut et fort qu’il est mort le briseur de rosée. Ses victimes reposent enfin en paix.

Emma

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Chez moi

Chez moi ,Les illusions se confondent avec la réalité au détriment du bon sens. Certains riches n’en ont jamais assez et certains pauvres vivent comme s’ils n’avaient plus besoin de travailler pour le restant de leurs jours. Les autres ni riches, ni pauvres, vivent comme on vit ailleurs. Chez moi c’est plus spécial que chez eux. Nous faisons la une des journaux et l’on parle de nous au superlatif ? “Tu peux faire ça toi-même “? Je suis jeune, c’est ce que disent les jeunes sur les réseaux sociaux chez moi.
 Chez moi, je guette l’électricité comme l’on faisait chez toi il y a très très longtemps. Mais chez moi la pleine lune est belle. Qu’elle est la dernière fois que tu as vu la lune ? J’ai vu des oiseaux dans le ciel dernièrement. Ils étaient dix, j’ai eu le temps de compter de là ou j’étais assise sur le toit de ma maison. J’habite dans la ville mais il y a encore beaucoup d’arbres aux environs. Chez moi c’est un peu comme ça ; Il y en a ou il n’y en a pas. Nous cherchons rarement l’équilibre. L’équilibre est froid, juste au beau milieu alors que chez nous il fait chaud.
 Tu te demandes d’où je viens. Tu as l’impression de te perdre dans ma description pourtant là où je vis est décrit dans le livre de géographie des écoliers comme étant une ville plate et bien tracée. On ne se perd pas ici, pourquoi te perdrais tu dans ma description?  Il faut parfois se perdre pour se trouver et nous essayons de nous retrouver depuis longtemps. Ancienne colonie, première république noire indépendante, pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest, catastrophes naturelles après catastrophes naturelles , nous nous cherchons…
 Je mélange ma ville plate et bien tracée avec mon pays sans vous avertir parce que mon pays est petit et j’ai l’impression de pouvoir le tourner dans tous les sens pour vous faire voir d’où je viens. Quelqu’un eut à dire que si quelqu’un comprend la politique belge c’est qu’on lui a mal expliqué. Ne penses pas que je suis un mauvais guide si je te fais pareille description. La réalité est que si tu as bien compris à quoi ressemble chez moi, j’en aurais fait une mauvaise description. Je ne vis pas en Belgique, je n’y ai jamais été. Chez moi nous aimons le Brésil et l’Argentine. Nous allons gagner nos vies aux Etats-Unis, au Canada et en France mais nous avons plus de drapeaux Brésiliens et Argentins chez nous que de drapeaux Haïtiens. Tu as bien lu, je viens d’Haïti et j’aime mon pays.
 Un jour, il y a quelques années déjà, j’avais laissé chez moi pour aller quelque part en Asie, depuis je me suis rendu compte que chez moi c’est aussi chez les autres. Le gout d’ailleurs se cache sous mes papilles et je ne peux que m’ouvrir au monde. Je pars, je retourne, je rêve de partir, bref, je veux croire que le monde est petit.
 J’ai trop parlé, je vous ai dit beaucoup de choses de chez moi. Suivez-mon blog pour savoir un peu plus de ma vision sur le monde. Je vous ferai visiter chez moi et vous verrez de par vous-même. Je passerai aussi chez vous …


Emma en ses propres mots

Bienvenue sur mon Blog. Merci de prendre le temps de lire « Les mots d’Emma », mon tout nouvel espace de partage. Je suis une jeune haïtienne de 24 ans. Je détiens une licence en Economie. Je suis de retour en Haiti après avoir vécu à Taiwan pendant près de 5 ans.

« Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».Cette maxime me décrit parfaitement bien. En effet je m’intéresse à un grand nombre de sujets qui n’ont à première vue rien en commun sinon le fait qu’ils font tous partie inhérente de l’expérience humaine.

De par ma formation, je suis passionnée de tout ce qui a trait au développement économique et l’éradication e l’extrême pauvreté. Je rêve de devenir un spécialiste en économie du développement. Je suis aussi passionnée par la politique notamment des implications de la politique dans le processus de développement.

Cependant Je ne me limite guère à cette sphère d’activité. J’aime lire et écrire. J’écoute la musique : la musique classique, le jazz, le rap. Le reggae. Sans avoir le profil d’une fashionista, j’adore la mode. Je suis aussi un supporter de football et de basketball.

Je ne saurais parler de moi sans mentionner un détail crucial. Je suis féministe et je supporte des mouvements d’émancipation et de défense de la femme.  » Les mots d’Emma » est un blog qui sans toucher à tout vous offrira  des articles riches et variés autour de certains sujets d’actualités ayant rapport à mes centres d’intérêts.

J’espère lire vos commentaires et garder contact avec vous 🙂 .