Alexandro Christi Nicolas

L’écriture pour thérapie

Aussi loin que me ramènent mes souvenirs d’enfance, je me vois comme un enfant super loquace. Et les histoires racontées par mes parents le confirment, j’étais très curieux et très volubile. J’avais toujours quelque chose à demander ou une histoire à raconter. Mes interrogations incessantes agaçaient mes amis qui me mettaient tout le temps au défi de me taire pendant une minute. J’avoue que c’était difficile et les secondes me paraissaient durer des heures. Avec du recul, je reconnais que je parlais un peu trop, je parlais d’un peu de tout, mais pas de tout.

Il y a des sujets dont je ne parlais jamais, par gêne ou par tentative de déni.

 

Mon géniteur

Je n’ai jamais parlé de mon géniteur. Je n’ai fait allusion à lui dans aucune conversation durant mon enfance et mon adolescence. Au point que tous mes amis le croyaient mort. A une certaine période, moi aussi je l’ai cru mort, ou plutôt je l’espérais. Car cela aurait rendu plus facile l’explication de son absence.

Qu’on soit clair là-dessus, je n’étais pas gêné d’être un enfant sans père… ou plutôt que quelques fois.

Je me rappellerai toujours ce jour où des amis et moi étions en groupe en train de discuter de je ne sais plus trop quoi et est arrivé un adulte. Une personnalité connue chez nous et très respectée par mes amis et moi. Il a rejoint le groupe et sans introduction dit à l’un d’entre nous « C’est qui ton père ? Il fait quoi ? » Et un à un il s’est mis à nous questionner sur notre paternel. J’ai eu envie de disparaitre. Je n’arrêtais pas de me demander quelle réponse j’allais faire à son interrogation. Je me suis mis à trembler et brusquement j’ai eu des sueurs froides. « Et toi, c’est qui ton père » me demanda-t-il enfin. J’ai eu envie de faire simple et lui dire que mon père était mort, mais je n’avais pas envie de voir de la pitié dans leur regard et cela aurait été un sujet de discussion entre mes amis et moi. Mais d’un autre côté je n’allais certainement pas leur raconter que mon géniteur ne voulait pas de moi et est parti en laissant ma mère enceinte. J’étais trop fier et pudique pour m’ouvrir autant à eux. J’ai donc inventé une histoire. Cet exercice, j’ai eu à le faire à de nombreuses occasions dans ma vie et à chaque fois, l’histoire était inventée sur mesure. Ce jour-là, mon père était un grand avocat vivant à l’extérieur du pays.

A ce moment, j’ai ressenti moult émotions. J’ai eu de la pitié pour ce jeune garçon se sentant obligé d’inventer une histoire pour paraitre normal, j’en ai voulu à ce type de s’être intéressé à ma vie privée, je me suis détesté de ne pas avoir eu le courage de dire la vérité, et j’ai détesté mon géniteur de m’avoir mis dans cette situation.

Mais ce n’était ni la première ni la dernière fois que j’inventais des histoires pour expliquer l’absence de mon père.

Je ne dirais pas qu’il me manquait. Comment quelqu’un que je n’ai pas vraiment connu aurait-il pu me manquer ? Je ne dirais pas non plus que je ressentais tout le temps son absence. J’ai été comblé par ma famille, mais il y a des jours comme ça où des amis parlent avec fierté de leur paternel et je me rends compte que je n’ai rien à dire du mien, et ces jours-là, aussi rapide que je puisse être, la réalité me rattrape. Et cette réalité est dure.

 

Mon deuxième prénom

Je n’ai jamais non plus parlé de mon deuxième prénom, Christi. Ce prénom a pendant longtemps été un fardeau trop lourd pour mes fragiles épaules d’enfant puis d’adolescent.

Les moqueries de camarades de classes et même parfois de professeurs m’ont pendant de nombreuses années fait craindre les premiers jours de classe. Ce grand jour où je portais des uniformes neufs, de nouvelles chaussures, un nouveau sac rempli de livres venant directement de la librairie de l’école ; ce jour où j’étais impatient de revoir mes camarades et amis et leur raconter mes vacances devait normalement être un jour heureux, mais pour moi c’était à chaque fois un jour d’angoisse, parce que c’était aussi le jour où l’instituteur découvre le nom et les prénoms de ses élèves.

Mon nom de famille étant Nicolas, de grosses gouttes de sueur commençaient à perler sur mon front dès que le prof s’était rendu au niveau des noms de famille débutant par la lettre L. Je sentais alors ma fin proche.

Le nombre de fois où un prof a dû lire deux fois mon nom afin d’être sûr d’avoir bien dit Christi, le nombre de fois où l’un d’entres eux m’a demandé si c’était une faute de frappe ou une erreur à l’impression de la liste de présence. Parfois ils se sont même repris « Alexandro Christi Nicolas, Christian pardon. » A moi de dire, l’air gêné, la voix tremblotante « Non vous ne vous êtes pas trompé, c’est bien Christi. » Le pire c’était quand ils disaient « C’est qui Christi ? Montre-toi. » Comme s’ils voulaient voir si le prénom correspondait au physique.

Et mes camarades à chaque fois se lâchaient en rires et moqueries.

J’avais fini par développer une astuce au fil du temps. Je ne laissais plus le temps au prof de citer mon nom complet. Je répondais présent dès que j’entendais Alexandro. Cela me demandait bien sûr de connaitre à chaque fois le nom de celui qui venait juste avant moi sur la liste afin d’interrompre le prof dans son élan. Malheureusement, cette astuce ne fonctionnait pas à chaque fois et je devais souvent subir les moqueries.

« Ta mère s’attendait à avoir une fille et a refusé de changer le prénom même après avoir remarqué que tu étais un mec ou quoi ? » « Tes parents ont dû être déçus en découvrant que tu étais un mec. » Ce sont autant de vannes l’une aussi pourrie que l’autre qui me venaient de mes camarades de classe. Et cela a duré des années.

Ce prénom, je ne l’ai jamais accepté et je n’ai jamais su le porter. Rapidement, Christi est devenu un simple C sur tous mes documents au point où j’ai fini par oublier son orthographe. Même les explications de ma mère n’ont pas pu m’aider à accepter ce prénom de fille que je portais comme un poids dont je n’ai jamais voulu.

Quand nous étions enfants, mes amis disaient souvent « Quand je serai majeur je ferai des piercings, des tatouages ou je laisserai pousser mes cheveux. »

Moi je disais « Quand je serai majeur, je changerai Christi en Christian. »

C’était ça l’objectif ultime.

 

Ecrire pour me libérer

J’ai compris avec le temps que ne pas parler de ses sujets ne les rendaient pas irréels ou inoffensifs pour autant. J’ai vite compris qu’au contraire ils me rendaient prisonnier. Et je ne voulais pas que deux détails du genre aient autant de pouvoir sur moi.

J’ai longtemps cherché une sorte de thérapie et j’ai même vu un psy, mais rien ne fonctionnait… jusqu’à ce que j’aie décidé d’écrire là-dessus.

Rédiger ces deux billets, Si seulement je pouvais lui manquer et Je m’appelle Christi et toi ?, n’a pas été un simple exercice d’écriture, mais plutôt une thérapie (je me suis ouvert et j’ai laissé voir mes faiblesses et mes craintes de toujours) et publier ces lignes a eu un effet libérateur pour moi.

Une fois publiées, ces histoires ne m’appartenaient plus et le fait de les partager m’a soulagé de leur charge comme si mes lecteurs m’aidaient à porter ce poids qui du coup est devenu plus léger.

S’ouvrir aux autres n’a jamais été un exercice facile mais cela aide au point qu’aujourd’hui je peux le dire sans aucun doute : « L’écriture m’a sauvé. »


Ma copine Soraya (Partie III)

« Aujourd’hui j’ai vécu l’un des plus excitants moments de ma vie. Nous étions là, complètement nues, elle et moi dans son nid, blotties l’une contre l’autre. Mélangées dans le noir, nous roucoulions d’amour quand brusquement prise d’un élan de passion elle me grimpa dessus. J’avais les yeux fermés et un de ces sourires que je ne me connaissais pas.  Sa langue pointue vint enfreindre la barrière de mes dents, jouer à cache-cache avec ma langue. Nous nous embrassions de façon osée et très amoureuse.

Je fondais sous le poids de sa douceur et elle m’aimait au rythme de mes cris. Sa sexualité épanouie nous enflamma toutes les deux et dans notre nudité nous conjuguions cet amour infini que nous partageons et pour lequel les mots ne suffisent plus. Je me livrais  à elle avec l’étonnement d’une prostituée qui se surprend à se donner plus par plaisir que pour l’argent du client.

Lui mordillant l’oreille, je lui chuchotai « aime-moi mon amour, aime ta chérie comme si elle était la seule femme sur terre. »

Je me sentais défaillir dans ce torrent d’amour. Je sentais qu’elle avait ouvert ses vannes de tendresse et je me préparais à recevoir ses flots de caresses. Elle me caressa et m’embrassa avec beaucoup de passion et me fit l’amour avec tellement de douceur que j’eus l’impression d’être fragile.

Nous transpirions toutes deux, je me  retrouvai ensuite nez à nez avec elle, je buvais littéralement ses gémissements. Au fur et à mesure que nos chants s’unissaient je me sentais prête à expédier la marchandise.

De mes longues jambes je l’enveloppai telle une pieuvre et je me mis soudain à onduler sauvagement sous elle. Ne pouvant me retenir, je me suis mise à gémir à tue-tête malgré ma grande pudeur.

Et brusquement, j’enfonçai mes ongles dans sa chair et lui dis en haletant ‘’m santi larivyèm pral desann‘’*. »

 

*Je sens que je vais jouir

 A SUIVRE …

 


Ma copine Soraya (Partie II)

Décidément toutes les situations s’accordent pour faire de cette journée la pire de ma vie. Mon ange gardien serait-il en congé ? Deux malheurs en une journée. Franchement c’en est trop. Faut pas exagérer chère nature.

Je compris au regard de ma mère qu’elle attendait une explication de ma part mais sentant ma tête accoucher d’une migraine je lui proposai de remettre la discussion à plus tard.

*

*  *

*

Ce matin-là,  j’espérais passer une bonne journée après cette exténuante semaine de classe. D’ailleurs, elle devait bien commencer dans la chambre de Soraya, cette chambre dans laquelle nous avons conjugué tant de fois le verbe aimer. Cette chambre dans laquelle nos corps ont si souvent joué la même partition à ces concerts de jouissance.

Je sentais mon cœur palpiter dans ma petite culotte à l’idée de ce moment que j’allais vivre dans les bras de ma copine. Je l’imaginais partir à la conquête de territoires non encore explorés de mon corps de jeune adolescente et y planter son drapeau de conquistador. Soraya était mon Christophe Colomb. J’avais envie qu’elle fasse exploser ma source d’eau vive comme elle seule sait le faire même dans les moments d’extrême sécheresse. J’étais prête à me donner complètement une fois de plus.

 

Dans le taxi qui m’emmenait chez elle, je repensais à ces moments que nous avions vécus ensemble pendant plus d’un an quand je sentis cette source chaude et abondante qui inonde généralement mes terres arides, couler entre mes montagnes. Je croisai mes jambes avant que l’envie ne me prenne de me caresser à l’arrière du taxi.

Mais dans la chambre de Soraya je tombai sur elle dans les bras d’une autre, en train de recevoir des caresses ne venant pas de moi.

*

*  *

*

«  J’attends tes explications maintenant jeune fille ; me lança ma mère apparemment énervée.

– Que veux-tu savoir d’autre maman ? Tu as tout lu. »

J’aurais pu faire la fille énervée que sa mère fouille dans ses affaires et l’accuser de ne pas respecter ma vie privée mais cela ne m’aurait pas aidé.

« Dis moi que ce que je viens de lire n’est qu’une histoire que tu as inventée.

-Ce serait un mensonge mère. »

Ce n’était pas nécessaire d’essayer de lui mentir car toute mon histoire avec Soraya était racontée dans les moindres détails dans mon journal. Dès les premières pages on pouvait lire ma description de nos nombreux petits moments à nous. A la première page, on pouvait lire ceci.

 

 A suivre …


Samara (Partie I)

Eh merde ! C’est bien la troisième fois en moins de dix minutes que cette chaîne de télévision, très prisée des jeunes et moins jeunes, diffuse ce spot publicitaire vantant les mérites de cette florissante compagnie de tabac.

Même les messages du ministère de la santé publique informant les jeunes sur les risques des maladies sexuellement transmissibles, les risques de grossesses précoces et les précautions à prendre ne sont pas si fréquents à l’antenne.

Le jeune, inondé de messages pro-tabac, n’a même pas le loisir de choisir. On lui met presque la cigarette à la bouche. Le prix du produit est à sa portée. Malheureusement, on vit dans un pays où une cigarette coûte moins cher qu’un cahier ou un stylo. Le produit est parfois gratuit à des activités culturelles pour jeunes.

Ces « activités culturelles » sont des trains dans lesquels les jeunes montent à chaque fois qu’ils veulent quitter la gare des principes imposées par leurs parents. Beaucoup de jeunes y vont pour boire un coup avant d’aller en tirer un.

Et, comme pour se moquer du public, à la fin de chaque publicité, après qu’une voix pleine d’énergie ait fait l’éloge du produit, le présentant comme une solution à tous les problèmes de stress, une petite voix presque silencieuse lance cette phrase à laquelle les patrons de la compagnie souhaiteraient que personne ne prête attention : « fumer nuit gravement à la santé. » Ah bon ? Vous m’en direz tant.

Samara zappe une fois de plus, fatiguée de tomber à chaque fois sur ce spot alors que ce qui l’intéresse, ce sont les vidéos carnavalesques qu’elle se plait à regarder, à défaut de pouvoir se rendre à des activités pré carnavalesques.

Elle est dégoûtée de voir à quel point le tabac était si médiatisé. Ça a de quoi choquer une fille de 16 ans s’étant fait la promesse de vivre comme il faut, c’est à dire sans tabac ni alcool. Elle s’est promis de garder son prestige jusque dans la bière.

Promesses difficiles à tenir au sein d’une génération qui va à toute vitesse, et dans un pays où les mauvaises choses sont considérées comme la norme. Le fruit semble avoir meilleur goût quand il est défendu. A ce rythme, Haïti est en passe de devenir un grand bac à rats.

Est-ce pourquoi, ne voulant pas faire partie de la minorité d’exception, voulant être comme les autres, certains jeunes entrent dans la danse, sans savoir que « apre dans tanbou lou »1.

Difficile de garder son cap quand des vagues comme l’alcool, la drogue et le sexe nous mènent en haute mer.

Après s’être gavée sans modération de vidéos, elle a décidé de s’arrêter sur une station diffusant un film à peine sorti au cinéma américain.

 

A peine s’est-elle installée pour visionner le film, un frisson dans le dos provoqué par le langoureux baiser qu’elle voit l’acteur principal partager avec une blonde, que sur l’écran s’affiche « XXX scène adulte ».

Cette chaine de télévision prend plaisir à empêcher la délectation des scènes d’amour lors de ses diffusions mais ne bronche pas quand dans un film un homme arrache la tête d’un autre de sang froid. Ils nous vendent la violence et nous cachent l’amour.

Définitivement, tout s’unit pour la faire sortir de ses gonds. Sentant qu’elle allait perdre son self-control, elle se résigne à éteindre le téléviseur, mais à son grand étonnement, elle le vit s’éteindre tout seul. Pendant une fraction de seconde, elle a cru l’avoir éteint avec son subconscient, puis a compris rapidement ce qui venait de se passer : on vient de « prendre le kouran », comme on dit chez nous.

Elle ne s’étonne plus désormais de ces fréquentes et régulières coupures d’électricité auxquelles tous les haïtiens ont fini par s’habituer.

De nos jours, c’est l’inverse qui étonne : cinq heures successives d’électricité surprennent davantage qu’une tempête de neige en plein centre-ville.

Pas étonnant que l’on entende de si grandes explosions de joie « men kouran ! »2 ou « yo bay li ! »3 dans les quartiers populeux à chaque fois que l’ampoule de la maison passe du gris au jaune.

C’est à croire que le directeur de la compagnie Électricité d’Haïti est aussi actionnaire dans une quelconque entreprise d’allumettes et de bougies.

A suivre…

1  Après la danse les tambours sont lourds (après le plaisir la réalité est souvent dure).

2 et 3 Voilà l’électricité !


Ma copine Soraya (Partie I)

Samedi dernier je revenais de chez ma copine Soraya, épuisée, mais surtout très contrariée à cause de l’expérience que je venais d’y vivre. Contrariée au point de ne pas avoir salué mon frère ainé qui jouait aux jeux vidéo avec son ami Sébastien dans le salon. J’avais hâte de me retrouver seule dans ma chambre pour pleurer sur mon sort et réfléchir à la décision que je devais prendre tout en sachant que, quel que puisse être mon choix, j’allais souffrir.

Je venais de vivre la pire journée de ma vie.

Comme chaque samedi, je m’étais faite jolie pour me rendre chez Soraya. Prétextant que j’y allais pour travailler les mathématiques, je suis parti chercher solutions à mes problèmes.

Impatiente de quitter cette maison où je me sentais si seule et si triste depuis que mon père n’y vivait plus (depuis son divorce d’avec ma mère), je partis en laissant ma chambre dans un grand désordre.

*

*  *

*

Arrivée chez Soraya, je trouvai la porte ouverte et la maison déserte. Je me rendis directement dans sa chambre, étant sûre qu’elle y était, en train de m’attendre. Je poussai la porte, et là ce fut le choc. Un tel choc que mes jambes se mirent à trembler. Je fus saisi par un violent vertige mais je suis restée là à regarder sans avoir la force de réagir.

Sans pouvoir m’expliquer quoi que ce soit, je me suis enfuie. Il me fallait à tout prix fuir cette maison. Tout le long du chemin du retour j’essayais de comprendre ce que je venais de voir. Avais-je rêvé ? Non, malheureusement ce n’était  pas un rêve. Peut -être même que je venais de me réveiller. Peut être avais-je rêvé tout le temps de ce rayon de soleil que m’apportait Soraya depuis le divorce de mes parents.

*

*  *

*

Arrivée chez moi, je dévalai les marches d’escalier et je poussai brutalement la porte de ma chambre. Cela fit sursauter ma mère qui laissa tomber mon journal intime, qu’elle tenait dans ses mains. Nos yeux se croisèrent le temps d’une fraction de seconde puis elle se baissa pour le ramasser.

« Oh non ! Il ne manquait plus que ça. »

A suivre …


Trop semblables ou trop différents?

 

« Je te parie ce que tu veux que leur relation ne va pas faire long feu. Ils vont s’ennuyer ensemble. Ils se ressemblent trop. »

« Je ne pense pas qu’ils vont rester longtemps ensemble, ils sont trop différents l’un de l’autre ».

Combien de fois avez-vous entendu ces phrases ? Des centaines de fois je suppose. Moi je les ai trop entendues à mon goût. Je les ai entendues alors qu’on parlait de personnes autres que moi, je les ai entendues alors qu’on parlait de mes relations et on me les a même dites une ou deux fois.

Par exemple, il y a cette expérience avec une ex petite amie. Après notre rupture, je lui ai demandé pourquoi d’après elle cela n’a pas marché entre nous. Elle m’a répondu que nous étions trop différents, que cela n’aurait jamais pu durer et qu’on aurait dû le savoir dès le départ. Des années plus tard, je n’ai toujours pas compris son raisonnement.

Cependant il est dit que les contraires s’attirent, non ?

 

Il ya quelques années, je faisais la cour à une jeune fille. J’ai essayé toutes les stratégies que j’avais dans ma besace mais rien ne s’est fait. Après un ultime échec, je lui demandai la raison de son refus. Elle me répondit que je lui plaisais énormément mais que cela ne pourra jamais marcher entre nous parce que nous sommes  trop semblables.

Pourtant j’ai souvent entendu dire que qui se ressemble s’assemble.

D’ailleurs, sur les sites de rencontre on ne te propose les personnes avec lesquelles tu as le plus de choses en commun.

Faut se décider à la fin !

 

Pour qu’une relation dure, pour vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants, il faut que les partenaires soient très semblables ou très différents l’un de l’autre ? Jusqu’à quel point sommes-nous trop semblables ou trop différents pour nous mettre ensemble ? Doit-on, comme des funambules, trouver l’équilibre parfait entre différences et ressemblances pour s’assurer que notre relation puisse voir de beaux jours ?

Aujourd’hui je suis en couple avec une nouvelle fille. Tout semble bien aller. Nous avons beaucoup de choses en commun mais aussi quelques points de différences. J’ai découvert chez elle quelques petites choses qui normalement devraient me déranger et que je n’aurais pas supportées chez une autre, mais chez elle, elles me paraissent charmantes.

Jusqu’à présent nous filons le « parfait amour ». Serions-nous parvenus à trouver l’équilibre entre nos différences et nos ressemblances ? Sommes nous deux personnes ni trop semblables ni trop différentes l’une de l’autre ? L’avenir seul nous le dira.  J’espère toutefois que cela ne soit pas trop beau pour être vrai.


Samantha Colas, la star des enfants en Haïti

Samantha Colas fait partie de cette petite catégorie de jeunes haïtiens ayant décidé de tracer leur route sans se laisser prendre au piège du « prêt à tout pour réussir »  au sein d’une société où les tentations sont multiples. Simple dans ses tenues, sans artifices ni excès de maquillage, elle est sans conteste l’une des personnalités préférées des enfants en Haïti. Animatrice de Soleil d’été (l’une des émissions les plus prisées du pays), elle se prépare à enfiler son costume pour la neuvième année consécutive. Mais juste avant de lancer l’édition 2017 de ce grand concours de chant pour enfants, elle a décidé de passer nous faire un petit coucou au studio d’entremeslignes.

 

« Je n’aime pas du tout parler de moi », me dit-elle quand je lui propose cette entrevue. Elle a quand même baissé la garde pendant quelques minutes, et me répondit avec toute la sincérité qu’elle a en elle.

 

Qui est Samantha ?

C’est à l’hôpital Saint François de Sales (Port au Prince) que Samantha poussa son premier cri le 17 octobre 1992. Étant enfant unique, elle n’a pas la chance d’avoir petites sœurs et petits frères avec qui jouer, mais ceci ne l’empêche pas d’avoir une grande affection pour les enfants. C’est cette affection qui lui donna envie, dès son plus jeune âge, d’être pédiatre.

 

Quel type d’enfance as-tu eu ?

  • R: J’ai eu une enfance très heureuse. J’ai grandi en étant enfant unique donc j’étais plutôt choyée mais j’étais du coup trop protégée.

 

Quel genre de relation as-tu avec tes parents ?

  • R: Mon père est décédé alors que j’étais toute jeune et j’ai toujours eu de très bonnes relations avec ma mère.

 

Quel est le premier métier que tu as rêvé de faire ?

  • R: Dès mon plus jeune âge j’ai commencé à caresser le rêve d’être pédiatre.

 

Quelle a été ta première passion ?

  • R: De très tôt je suis tombée en admiration pour la danse.

 

À l’adolescence de quoi rêvais-tu ?

  • R: À cette époque je rêvais de pouvoir voyager partout.

 

Un mot pour résumer ton enfance 

  • R: heureuse.

 

Un mot pour résumer ton adolescence

  • R: tranquille.

 

 

Soleil d’été un tournant dans sa vie

En 2009, alors âgée de 17 ans, Samantha allait avoir l’occasion de passer du temps avec les enfants. Mais pour ce faire, elle n’eut point besoin des notions médicales ni de porter blouse et stéthoscope. Un micro et son charisme naturel suffirent. Samantha qui n’avait jamais pensé à une carrière d’animatrice de télévision se vit confier l’animation de Soleil d’Été, ce concours de chant pour enfants organisé par la Télé Soleil. Neuf éditions plus tard, Samantha anime ce concours avec le même plaisir qu’au début.

 

Samantha : formation et projets

Après ses études classiques – études effectuées à l’Institution Grâce Flore et chez les Sœurs de la Charité de Saint Louis de Bourdon- Samantha se laisse séduire par ce qui la passionne depuis déjà plusieurs années : la communication.  Elle s’inscrit donc à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Notre Dame d’Haïti et devient membre de la première promotion de cette jeune faculté. Sa licence obtenue depuis quelques mois, elle décide de construire son avenir au jour le jour à partir de trois éléments qui lui sont chers : sa passion, ses rêves et ses objectifs.

 

Samantha à la loupe

Samantha se décrit comme une fille bien plus ordinaire que ce que l’on pourrait penser. Elle se dit joviale, de bonne compagnie et est très fan de feuilletons télévisés. Selon elle, son seul petit défaut c’est sa grande passion pour le sommeil… Il suffit qu’elle passe près de son lit pour succomber à son charme et se jeter dans ses bras.

 

Ta couleur préférée ?

Elles me vont toutes tellement  que je ne voudrais pas faire de jalouses entre elles (rires).

Ton plat préféré ?

Pâté kòde.

Ton dessert préféré ?

Cheese-cake.

Ta boisson préférée ?

L’eau.

Ton sport préféré ?

La danse.

Ta chanson préférée ?

Ma Rose (zin).

Ton groupe musical préféré ?

Carimi.

Ton livre préféré ?

La mal aimée de Margaret Papillon.

Ton film préféré ?

Les dieux sont tombés sur la tête.

Tes acteurs préférés ?

Cameron Diaz, Mr Bean, Jackie Chan et Nicolas Cage.

Ton jour préféré ?

Vendredi.

Ton passe temps préféré ?

Faire rire mes amies.

 

 

Si tu devais tout recommencer, que changerais-tu ?

J’accorderais quelques années de plus à mon cher papa.

 

Si tu devais remercier une seule personne pour tout ce que tu es, qui serait-ce ?

Ma mère, parce qu’elle avait choisi de me garder. C’est là mon point de départ.

 

Complète ces phrases :

  • Le bonheur c’est… une réalité.

 

  • Samantha est… amicale.

 

Merci de m’avoir accordé cette entrevue !

Tout le plaisir était pour moi Sandro.

 

Oups ! Désolé. Une dernière question. Samantha Colas, serait-elle un cœur à prendre ?

« Cela fera peut-être l’objet d’une autre entrevue » me répondit-elle avec un large sourire.

 


Vous êtes plutôt séries américaines ou telenovelas ?

 

« Ya trop de séries, je dors plus la nuit donc sur ma bio j’ai plus de vie sociale même quand je dors je rêve en HBO » Youssoupha dans Memento.

 

Jack Bauer, Michael Scofield, Olivia Pope, Franck Underwood, Barney Stinson, Walter O’Brien, Cookie Lyon, Grey, Mikaelson, Lannister. Quel jeune peut me dire qu’il ne connaît aucun de ces noms ? Depuis quelques années, les personnages de séries télévisées rentrent les uns après les autres dans notre vie et y occupent  à chaque fois une place de choix.

La première série que j’ai regardée de ma vie c’est Beautés Désespérées. Une série de fille me diront certains, mais il faut comprendre que je débutais. Ensuite je suis tombé sur la pépite qu’est Prison Break et j’en suis devenu accro au point de regarder les quatre premières saisons à trois reprises. C’était toujours un plaisir fou de raconter l’épisode de la veille à mes camarades de classe qui l’avaient raté.  La cinquième et dernière saison m’a toutefois déçue. C’était la saison de trop. Entre temps je suis passé par tous les genres de séries : de Scandal à House of Cards en passant par Scorpion, Suits, Plus belle la vie, Disparues, H, How I met your mother, Windeck, Jikulumessu, etc.

Ce que j’aime par dessus tout avec les séries c’est leur diversité de genres, il y en a pour tous les goûts. Des séries médicales comme Grey’s Anatomy et Dr House, des séries musicales comme Glee et Empire, des séries de profilage criminel comme Criminal Minds et NCIS, des séries de vampires comme Originals et Vampire Diaries, des séries comiques comme Ma famille d’abord  et Friends, des thrillers comme The walking dead et Breaking Bad, des séries jeunes comme Gossip Girl et Pretty Little Liars. Hommes et femmes, jeunes et vieux trouvent donc chaussures à leurs pieds.

De plus, les sujets, intrigues, trames et acteurs sont très satisfaisants.

 

Walking dead
Crédit Photo : Coombesy via Pixabay

 

Sans que nous ne nous en rendions compte, les séries dictent certaines de nos habitudes.

Par exemple, depuis que j’ai regardé « Lie to me » j’essaie de déceler les petits signes de mensonge chez tous mes interlocuteurs. Donc si tu me vois te fixer quand tu me parles ce n’est pas un manque de respect, j’essaie juste de voir si tes pupilles sont dilatées ou non.

Aussi depuis Scandal et Empire, je cherche la femme « parfaite » c’est-à-dire une femme moitié Olivia Pope et moitié Cookie Lion.

Il existe bon nombre de personnes qui ne regardent pas les séries que pour le fun. Je connais certains étudiants en médecine, par exemple, qui regardent Grey’s Anatomy à des fins académiques et je trouve cela super intéressant. Toutefois, si je me rends à une clinique et que le médecin me dit qu’il va me traiter selon la méthode Dr House, je prendrai mes jambes à mon cou.

Ce qui me dérange par contre avec certaines séries c’est quand tu commences à prendre plaisir à l’histoire et tu apprends que la série a été arrêtée.

 

Déception
Crédit Photo : Tumisi via Pixabay

 

Il est évident que les séries ont pris une place importante dans notre vie au cours de ces dernières années. Elles font partie du top 3 des sujets de conversations de beaucoup de personnes. On se les partage, on se les échange. Elles tendent peu à peu à remplacer les telenovelas, et franchement je suis impatient de voir ce qui les remplacera à leur tour.

Mais avez vous souvenir de l’époque où les telenovelas faisaient rage en Haïti ?

 

Rosalinda, Milagro, Barbarita, Preta, Marina, Rubi, autant de prénoms qui ont bercé mes jeunes années. Ce ne sont pas les prénoms de mes amies d’enfance ni ceux de mes amourettes mais plutôt les prénoms d’actrices de telenovelas. Ô combien de telenovelas j’ai dû regarder pendant les belles années de mon enfance. Je ne ratais que rarement une séance. Ce n’était pas les « feuilletons » (comme on les appelle chez nous) qui me plaisaient en soi, mais plutôt l’ambiance qui était créée autour d’eux à la maison.

On les regardait chaque soir tous ensemble en famille.

A cette époque j’adorais les fréquentes coupures d’électricité parce que quand cela arrivait, quelques voisines se joignaient à nous dans le salon. Du coup, nous étions tous scotchés devant un petit téléviseur qui diffusait des images en noir et blanc, dont l’écran était à peine plus large que l’écran d’un Samsung Galaxy et que mes parents branchaient sur deux batteries. Faut dire qu’à l’époque mes parents se procuraient tout ce qui pourrait les empêcher de rater un épisode.

 

Un petit téléviseur
Crédit Photo : SplitShire via Pixabay

 

Pendant les 45 minutes que durait l’épisode du jour, la maison était le théâtre de fous rires, de quelques pleurs, d’énervement, de scènes d’hystéries et de quelques séances de traduction parce que quand nous ne pouvions pas attendre que les versions françaises soient disponibles, nous regardions les telenovelas dans leur langue d’origine : l’espagnol. Après chaque épisode de 45 minutes nous avions tous hâte d’être au lendemain tellement le suspens était fort.

Est ce pourquoi tout fan de « feuilletons » qui se respecte adorait les fins de semaine parce qu’en fin de semaine on diffusait plusieurs épisodes en continue. Cela nous donnait l’occasion de visionner les épisodes que nous aurions ratés et aussi regarder à nouveau ceux déjà vus puisqu’on n’en avait jamais assez.

La scène qui se jouait dans mon salon chaque après midi avait lieu dans plusieurs maisons du pays puisque presque tous les haïtiens étaient atteints de cette fièvre de telenovelas.  Toutefois, certains hommes vous diront n’en avoir jamais regardé sous prétexte que ce sont des trucs de filles.

Quelques hommes refusaient même que leur moitié les regarde  de peur que celles-ci ne se laissent influencer par les actrices qui étaient très souvent infidèles, menteuses et manipulatrices.

Personnellement je trouvais les sujets de telenovelas tous pareils, leur trame prévisible et les acteurs mauvais pour la plupart. Mais les actrices étaient super jolies. Les années n’ont pas pu effacer les traits de Marina et de Preta de ma mémoire. Encore moins les yeux de Rubi. Elle avait de ces yeux ! Je n’ai jamais revu de tels yeux de toute ma vie.

 

J’aurais pris mon plaisir à vous parler plus longuement des beaux yeux de Rubi mais je dois vous laisser car « winter is coming ». Que dis-je! « winter is here ».


Je m’appelle Christi, et toi ?

« Les noms que l’on nous donne autant que nos visages sont de secrets flambeaux où l’âme parfois luit. » Georges Sylvain

 

En Haïti nous sommes pour la plupart d’origine Africaine mais tu ne trouveras pas beaucoup de Ousmane, de Diarra, de Awa, de Zahira, de Aba, de Aziz, de Moussa, de Mamadou, de Souleymane ou de Jabulani chez nous. Non, les parents haïtiens ne se réfèrent pas à leurs ancêtres africains pour choisir le prénom à donner à leur enfant. Au moment de prendre cette décision très importante dans la vie de tout parent, ils se tournent vers d’autres méthodes. Voici cinq parmi les méthodes les plus utilisées.

 

Méthode #1 : L’héritage des grands parents ou des parents

Chez moi nous sommes à fond dans la transmission. Les prénoms tout comme certaines  traditions ne meurent pas, ils sont transmis de génération en génération. Assez souvent le premier  réflexe des parents quand ils doivent donner un prénom à leur enfant c’est de réutiliser un prénom qui était déjà dans la famille. Le prénom d’un grand parent, par exemple, ou celui du père suivit d’un junior, du suffixe « son » ou du chiffre II. Méthode simple mais efficace. Et devine lequel des enfants est le plus souvent victime : l’ainé voyons. Premier arrivé, le mieux servi.

 

Méthode #2 : La combinaison des prénoms des deux parents

Cette méthode demande parfois plus de recherche et d’imagination. C’est aussi une méthode très connue et très appréciée chez nous. Tu trouveras même une jeune fille te dire en parlant de son petit ami « nos prénoms vont bien ensemble, si un jour on a des enfants on pourra leur composer de beaux prénoms à partir des nôtres. » Et crois-moi sur parole, avoir un beau prénom te rapporte des points quand tu fais la cour à une fille.

En effet certains prénoms donnent lieu à de jolies combinaisons comme Leslie-Anne, Lou-Anne, Willoveda, Jeffline, ou encore Evedouarlyne. Mais un conseil : si vous vous appelez Alexandro et Alexandra ne faites pas de combinaison je vous en supplie. Votre enfant vous en remerciera.

 

Méthode #3 : Selon le nom du Saint en rapport avec la date de naissance de l’enfant

Nous haïtiens nous sommes très croyants. Bien que nous n’ayons pas tous les mêmes croyances, nous plaçons tous notre foi en quelque chose ou en quelqu’un. Si une fille nait au sein d’une famille catholique un 13 mai, il y a de fortes chances qu’on la prénomme Fatima. Certains croyants tireront le prénom de leur enfant de la Sainte Ecriture. Cela donnera lieu à du Marie, du Simon, du Pierre, du Paul etc. Cependant, il n y a pas beaucoup de chances de tomber sur un Judas par contre. Tu auras compris pourquoi.

 

Méthode #4 : Le prénom du joueur de foot préféré des parents

L’haïtien  typique est grand fan de foot, donc ce n’est pas étonnant  de tomber sur des enfants haïtiens appelés Leo,  Leona,  Cristiano,  Ronaldo, Neymar, Messi, etc. Toutefois, tu ne trouveras pas de Kaká. C’est un risque que les parents ne sont pas prêts à courir.

Certains prénoms sont tirés d’un roman ou d’un film.

 

Méthode #5 : Un prénom de reconnaissance et de remerciement

S’il y a une qualité que nous avons chez nous c’est la reconnaissance. C’est pourquoi si deux parents haïtiens peinaient pendant longtemps à avoir un enfant, quand cet enfant viendra finalement au monde, ils lui donneront certainement un prénom formé à partir du mot « Dieu ». Cela donnera donc du Dieuseul, du Dieusibon, du Dieudonne, du Dieuquidonne, du Dieudonné, du Mèsidieu, du Dieusoitloué, du Dieubon, du Dieumène, du Dieul’homme, du Dieukifè, du Dieumèt, du Dieusauveur ou encore du Lamèsi, du Jezila etc. Moi aussi je fais partie de cette dernière catégorie. On m’a appelé Christi pour dire que je suis le fils du Christ et pour le remercier de ma naissance.

 

Toi qui lis mes lignes, ou plutôt qui lis entre mes lignes, je ne sais pas quel prénom tu portes ni pourquoi tes parents te l’ont donné mais vis ta vie de manière à ce que ton prénom soit une inspiration pour certains parents.


Embrasse-moi en public

Pour beaucoup de personnes, les sentiments amoureux ne sont sincères et vrais qu’à partir du moment où on commence à les exprimer en public : que ce soit par un regard tendre, un clin d’œil complice, un sourire amoureux, un câlin affectueux, en se touchant, en  se tenant par la main, ou par un baiser. Faire l’un de ces gestes, ou les faire tous, en présence d’autres personnes (connaissances ou inconnus) serait une grande preuve d’amour. En posant l’une de ces actions en public, l’on prouve à notre tendre moitié qu’on l’aime vraiment et qu’on n’a pas peur que les autres sachent qu’on s’est entiché d’elle.

Toutefois, en Haïti, on exprime difficilement nos sentiments en public. Ce n’est pas tant de la timidité ou de la pudeur qui nous empêche de le faire. Je dirais plutôt que c’est culturel. Cela nous vient de notre éducation. Bon nombre d’haïtiens ne sont pas éduqués de façon à exprimer leurs sentiments en public et parfois même en privé.

 

Autant que je me souvienne, jamais je n’ai vu mes parents s’embrasser. Détrompez-vous ; ils s’embrassaient. Mais ils le faisaient en privé, à l’abri de tout regard, dans la confidence de leur chambre et avec la complicité du noir.

Me reviennent encore en mémoire les stratégies inspirées que ma mère utilisait pour dire au paternel combien elle tenait à lui ou pour lui faire des propositions « d’ordre sexuel » en ma présence. Comme à cet âge je ne comprenais que le créole haïtien et le français, elle lui faisait ses déclarations et ses avances en espagnol ou en anglais. Ce n’est que plus tard, quand j’ai appris ces langues à l’école que j’ai compris à quel point ma mère était amoureuse et « dezòd » (passionnée).

 

Au sein de certaines familles haïtiennes, les parents ne se disent pas et ne disent pas « je t’aime » à leurs enfants. Exprimer son amour est tabou au sein de nombreuses maisons. Pour certains parents, subvenir aux besoins de l’enfant est LA preuve de leur amour alors pourquoi devoir le dire ou l’exprimer d’une autre manière ?

Personnellement, j’ai toujours eu du mal à dire à ma mère combien je l’aime et il n y a pas plus grande honte pour moi que ma mère qui me câline en présence de mes amis. Aussi, si je disais à mes frères que je les aime ils me demanderaient si je suis tombé sur la tête ou si j’ai besoin d’un service. Uniquement parce qu’exprimer ses sentiments n’est pas monnaie courante chez nous.

 

En Haïti, tenir la main de sa moitié est chose courante, mais si deux personnes se hasardent à échanger un baiser en pleine rue, personne ne va pas rester indifférent à cette scène assez rare dans notre quotidien. Dans le meilleur des cas, on va s’arrêter pour les applaudir, les féliciter et les taquiner. Mais dans le pire des cas, ils seront traités de tous les noms. On leur dira qu’ils sont sans pudeur et on leur conseillera de se prendre une chambre. Il y a de fortes chances qu’on leur dise cela « se twòp fim nou gade wi » (si vous le faites c’est parce que vous avez trop souvent vu cette scène au cinéma). Comme pour dire qu’exprimer son amour  en public c’est une pratique importée, que cela ne fait pas partie de notre culture.

C’est sûrement ce qui explique que le moment le plus attendu d’un mariage haïtien c’est celui du baiser. Cela explique aussi la gêne de certains mariés au moment de s’embrasser et les réactions, parfois bizarres, du public à la scène du baiser.

Je sais qu’un fait culturel ne change pas du jour au lendemain. Il faudra que les générations futures soient élevées de manière différente pour qu’un jour exprimer ses sentiments en public devienne normal pour les haïtiens.

Je suis sûr que ce geste ne changera rien à la situation mais la prochaine fois que je rencontre ma tendre moitié, je l’embrasse…en public.


Si seulement je pouvais lui manquer

Chez moi, en Haïti, le dernier dimanche du mois de Mai est dédié aux mères et le dernier dimanche du mois de Juin, lui, est consacré aux pères. Donc demain dimanche 25 juin on célébrera la fête des pères chez moi. Les bons pères comme les mauvais.

Beaucoup de textes, de livres et chansons ont été écrits  sur la question des pères qui abandonnent leurs enfants, dont la sublime chanson de Calogero « Si seulement je pouvais lui manquer. »

Ce n’est pas un texte de plus, ni un texte de moi, qui poussera les pères à respecter leurs responsabilités mais comme chaque année à l’approche de la fête des pères, je me suis gavé sans modération de la chanson de Calogero et cette année, au lieu de me morfondre, comme chaque année, j’ai décidé d’écrire afin de passer définitivement à autre chose.

 

« D’où vient ma vie ? Certainement pas du ciel. » 

Depuis le jour où j’ai appris comment les enfants sont conçus je me pose des questions sur toi. Eh oui, je sais que je ne suis pas né par l’intervention du Saint Esprit.

J’ignore quel concours de circonstances a occasionné ma conception : quelques verres de trop, une erreur d’une nuit, une réconciliation passionnée, des retrouvailles torrides ou des pulsions difficiles à contrôler mais la seule chose que je sais c’est que je n’ai pas demandé à naître.

 

« Lui raconter mon enfance. Son absence. »

 J’aurais tant de choses à te raconter. Mes premières fois. Mes échecs. Mes défaites. Mes succès. Mes doutes. Mes projets. Te dire les dégâts que ton absence a causés.

 

« A part ça, tout va bien. A part d’un père je ne manque de rien. / Manquer d’un père n’est pas un crime. »

Il y a des mots que je n’aurai jamais la chance de prononcer à cause de ton absence. Le mot « papa » par exemple. Il y a aussi des phrases que je n’entendrai jamais comme « je suis fier de toi, mon fils. »

Je n’ai pas eu droit à tes encouragements, tes félicitations, tes regards de fierté. J’ai aussi raté tes réprimandes, tes avertissements, tes interdictions, tes punitions.

Je n’ai pas cessé de me demander si j’étais la raison de ton départ. J’en suis arrivé à penser que si je n’étais pas entré en scène  ma mère et toi seriez encore en train de roucouler d’amour. Je me suis longtemps senti coupable de votre rupture.

Sache que je n’ai pas attendu ton éventuel retour pour vivre ma vie. Je ne me suis pas apitoyé sur mon sort. Ton absence m’a servi de motivation pour avancer. Je me suis promis de faire en sorte que  mon absence laisse un plus grand vide dans ta vie que ton absence dans la mienne. Aujourd’hui je suis satisfait du regard de fierté que me lance ma mère.

A part d’un père, je ne manque de rien.

 

« Si seulement je pouvais lui manquer. »

Je ne veux pas que tu penses que tu me manques. Comment une chose que je n’ai jamais connue pourrait-elle me manquer ? Tu ne m’as jamais manqué mais ton absence, je l’ai ressentie quelques fois. Chaque année à l’école, à chaque fois que je devais laisser vide l’espace réservé aux informations sur le père, je ressentais un pincement au cœur. J’en suis arrivé à envier mes camarades de classe dont les pères venaient aux réunions de parents d’élèves. A chaque fois qu’un père venait chercher un ami à moi je maudissais le ciel. Tu as raté mes échecs comme mes victoires. Pendant mes moments de doutes et de désespoir, tu étais absent. Tu n’as pas été mon conseiller, mon confident, mon roc, mon modèle.

Très souvent j’ai espéré te manquer mais jamais cela n’arriva on dirait.

En tout cas, tu m’auras appris ce que cela fait de vivre sans père et jamais je ne laisserai mes enfants vivre une telle expérience. Dis-toi au moins que tu m’auras appris à être un père digne de ce nom. Tout ce que tu n’auras jamais été.

 

PS : Je te donnerai envie d’être mon père un jour, mais ce sera trop tard pour toi.

 

Malgré tout cela, je sais qu’il existe de nombreux pères responsables. A tous ceux là, je leur souhaite une Joyeuse Fête des Pères.

 

 


Ludnear Diane Augustin, passionnée d’écriture

Comme description de ma catégorie portrait (l’une des catégories de mon blog), j’ai écrit ces lignes « Cette rubrique c’est pour vous parler de ces petites perles que le hasard de la vie m’a permis de rencontrer ».

Le terme « petites perles » pourrait paraître un peu exagéré, pourtant je n’exagère nullement en tenant ce discours. Le hasard de la vie a mis sur mon chemin quelques personnes extraordinaires. Ce genre de personnes que tu rencontres de façon inopinée et qui sans faire grand chose apportent un réel changement dans ta vie. 

Ludnear Diane Augustin fait partie de cette catégorie de personnes pour moi.

 

J’ai rencontré Ludnear durant l’été 2010, soit quelques mois après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 (comme quoi il n’y a pas de moment propice pour ce genre de rencontres). Nous avons d’abord été collègues ensuite nous sommes devenus amis puis de très bons amis.

Ni la distance ni nos occupations personnelles n’ont eu raison de notre amitié. Notre passion commune pour l’écriture a été un lien fort entre nous. Chacun a gardé un œil bienveillant sur le parcours de l’autre.  Nous nous vouons une admiration et un respect réciproques.

Autant que je me souvienne, elle et moi, nous n’avons jamais eu de disputes. Ou plutôt pas souvent. Les rares fois où nous avons eu des désaccords cela tournait autour du foot. Madame est fan du Real Madrid et raffole de Cristiano Ronaldo (fallait bien qu’elle ait un défaut lol).

Mon blog étant le carnet de mon vécu, de mon quotidien, de mes centres d’intérêt, de mes  rêves et de mes rencontres, il n’est pas étonnant que Ludnear s’y retrouve, puisqu’elle est une belle rencontre.

 

 Mes chers lecteurs, faites connaissance avec Ludnear Diane Augustin.

Diane Ludnear Augustin
Crédit Photo : Valentin Megie

 

Tu es née par quel jour ensoleillé et dans quelle contrée ? Lol

  • Lol. Je suis née le 14 juillet 1996 à l’Hôpital City-Med de Pétion-Ville (Port au Prince / Haïti)

 

Tu as des frères et sœurs ?

  • Oui, une sœur, de deux ans mon aînée. Mais pas de frère, malheureusement.

 

Quel type d’enfance tu as eu ?

  • J’ai eu une enfance très heureuse. J’ai grandi en étant la plus jeune personne de la maison donc j’étais plutôt choyée.

 

Quel genre de relation tu as avec tes parents ?

  • Avec mes parents, j’ai toujours eu de très bonnes relations. Surtout avec ma mère, qui n’est pas une simple mère mais une amie avec qui je peux discuter de tout.

 

C’était quoi l’ambiance familiale ?

  • Je dois admettre que j’ai eu beaucoup de chance en ce sens que j’ai toujours été entourée de mes deux parents. Ils ont toujours fait en sorte que l’ambiance familiale soit des plus harmonieuses.

 

Quel est le premier métier que tu rêves de faire ?

  • J’ai toujours eu un penchant particulier pour les lettres et le journalisme, j’ai toujours rêvé de devenir écrivain et/ou journaliste dès ma petite vingtaine. Je me surprenais en train d’imiter Anne Daphnée Lemoine et essayer de parler comme elle. A l’époque, elle présentait l’émission « Confidences de stars » sur la Télévision Nationale d’Haïti.

 

Quelle a été ta première passion ?

  • Après l’écriture, j’ai eu un vrai coup de cœur pour le théâtre à 15-16 ans. J’ai eu à faire plusieurs expériences en amateur mais c’est une partie de moi à laquelle je tiens encore énormément même si je n’ai plus le temps de m’y consacrer.

 

A l’adolescence tu rêvais de quoi ?

  • A l’adolescence, j’étais encore indécise et partagée entre ce que mes parents, mes proches, ma famille aimaient et ce que moi je voulais. Mais écrire a toujours été là, quelque part.  A l’adolescence, on me répétait que je ne pourrais pas gagner ma vie en faisant du journalisme, théâtre ou en écrivant. J’ai donc commencé à m’imaginer dans l’économie, les finances et les affaires.

 

Un mot pour résumer ton enfance. 

  • Heureuse

 

Un mot pour résumer ton adolescence.

  • Monotone

 

Ta plus belle expérience ? / Ta pire expérience ?

  • Ma plus belle expérience est aussi ma pire expérience ; aussi bizarre que cela puisse paraître. En classe de seconde, j’ai participé à un concours de baccalauréat international et j’ai été l’une des deux retenus à travers le pays. C’était le plus grand exploit que j’aie jamais réalisé ; j’étais censée voyager en Angleterre pour le bacc, après quoi j’aurais obtenu une bourse d’études universitaires. Mais tout était fin prêt quand les responsables ont décidé de ne plus rien m’octroyer. Les explications me paraissent encore un peu floues, jusqu’à aujourd’hui.

 

Parle-nous un peu de ton parcours académique.

  • J’ai fait mes études primaires et secondaires au Collège Marie Dominique Mazzarello. Après quoi, j’ai intégré l’Université d’Etat d’Haïti, notamment la faculté INAGHEI où j’étudie les Relations Internationales. Conjointement, j’étudie la Gestion à l’Ecole Nationale Supérieure de Technologie.

 

Ludnear se voit où dans quelques années ?

  • Ludnear se voit bientôt gestionnaire des affaires et relationniste internationale. Ecrivaine aussi, puisqu’elle rédige des articles soit pour un magazine ou occasionnellement quand on l’engage comme rédactrice.

 

Raconte-nous une journée  « normale » de Ludnear.

  • Eh bien, pas le temps pour respirer. Jongler avec les deux facs en plus de mes travaux de rédaction, ce n’est pas une partie de plaisir. Je vais à la première institution où j’apprends la gestion de 8h à 14h. De 16h à 19h, j’ai des cours relatifs aux relations internationales. Un mardi ou un mercredi, s’il y a la Ligue des Champions, je m’empresse de regarder une bonne partie du match avant de me rendre au second établissement.  Le soir, je reste tard soit pour étudier, rédiger un devoir ou un article, regarder un film, clavarder, lire ou écouter de la musique pour ne pas sombrer. Donc Ludnear n’a pratiquement pas de vie sociale.

 

Augustin Ludnear Diane
Crédit Photo : Valentin Megie

 

TON PORTRAIT CHINOIS

Si tu devais être … tu serais ?

 

Un jour ?

  • Je serais le vendredi ! Tout le monde aime le vendredi.

 

Une matière scolaire ?

  • Les maths. Pas accessibles à tous (rires).

 

Un moment de la journée ?

  • Je serais probablement le crépuscule. C’est définitivement la meilleure partie de la journée. Tout est mieux au crépuscule. Les idées coulent à flot.

 

Une ville du pays ?

  • Port-salut (je ne sais pas si c’est une ville) mais j’adore cet endroit. C’est magique avec la mer et son sable.

 

Un métier ?

  • Je serais un métier noble et difficile comme le métier d’écrivain.

 

Un livre ?

  • Paradis sur mesure, Bernard Werber

 

Une chanson ?

  • Photograph, Ed Sheeran.

 

Une langue ?

  • Le français ! Élégant et compliqué.

 

Un film ?

  • Trois mètres au dessus du ciel.

 

Un art ?

  • Le théâtre.

 

Si tu pouvais tout recommencer tu aurais changé quoi ?

  • Si je pouvais tout recommencer j’aurais préféré ne pas avoir appliqué pour le baccalauréat international et ne pas réaliser à quel point les haïtiens, mes compatriotes peuvent être menteurs.

 

Disons qu’on vienne « tout » t’enlever mais en te permettant de garder une seule chose, tu aurais choisi de garder quoi ?

  • Ma franchise. Elle me définit, me caractérise. Sans elle, je ne suis plus Ludnear.

 

Complète ces phrases :

  •  Le bonheur c’est …

ce qu’on trouve dans les plus petites choses.

 

  • Ludnear est …

franche, ouverte d’esprit mais un peu orgueilleuse.

 

 

Jeudi et Vendredi derniers tu publiais ta première œuvre à la 23ème édition de Livres en Folie. Parle-nous un peu de cette œuvre et de l’expérience Livres en Folie.

Je ne publiais pas ma première œuvre. Disons plutôt que Grégory Pinchinat publiait sa première œuvre avec ma participation.

Deux Folles Histoires d’Amour est un recueil de deux nouvelles : « Les amours humaines d’un extraterrestre » et « Denise », écrites respectivement par Grégory Pinchinat et moi, Ludnear Diane Augustin mais le prologue est de Witensky Lauvince.

C’est un doux mélange du fantastique et du réel. Ca parle d’abord d’amour chez les extraterrestres, ensuite chez les humains.

Deux styles diamétralement opposés qui, au final, se sont complétés pour aboutir à Deux Folles Histoires d’Amour.

 

Mon expérience à Livres en Folie a été super. Mieux que je ne l’espérais.

Un premier stock a été épuisé, puis un deuxième. J’ai été même gênée par la présence et l’encouragement de certains.

Livres en Folie c’est une expérience magique que je souhaite à tous les jeunes auteurs  et que je souhaite refaire le plus rapidement possible.

 

Merci de m’avoir accordé cette entrevue.

  • Tout le plaisir était pour moi !

 


Le rara en Haïti pour réduire les distances

Quand le rara me réveille 

Je rêvais encore de ma Belle quand le coq du voisinage m’annonça que le ciel était en plein accouchement du soleil. Ce n’était pas le cocorico majestueux et imposant d’antan qui faisait tomber des feuilles les gouttes de rosée, donnait la chair de poule aux poules, tirait brutalement les gens de leur sommeil et faisait se lever le soleil, mais plutôt une plainte presque silencieuse. Haïti va si mal que même l’animal le plus emblématique de sa culture n’arrive pas à répondre correctement à son devoir.

Ce petit cri ne m’encouragea guère à me réveiller, mais il fut suivi d’un aboiement de stentor qui me fit sursauter. Quelques minutes plus tard, ce qui n’était qu’un aboiement devint un concert canin. Mais qu’est ce qui peut bien pousser tous les chiens du quartier à s’exprimer en même temps ?

Intrigué, je me suis levé pour regarder par la fenêtre, j’aperçus alors au milieu de la rue un peu mal éclairée par les lampadaires du quartier, deux jeunes hommes faisant tourner à grande vitesse un bâton d’environ un mètre tout en le gardant en équilibre entre deux doigts. Ils s’exécutaient tout en dansant au rythme d’un tambour que j’entendais sans le voir. Je ne pus m’empêcher d’être attiré par leurs casquettes et tuniques aux couleurs très vives avec des paillettes scintillantes à la poitrine, et leurs foulards rouges. Je ne parvins toutefois pas à bien identifier leurs traits parce qu’ils avaient le visage maquillé et portaient de grosses lunettes noires.

En Haïti le rara ne connait pas de limites d'âge
En Haïti le rara ne connait pas de limites d’âge / Crédit Photo : HOPE Art

Quelques mètres derrière eux se trouvait un homme grand et très musclé muni d’un long fouet qu’il frappait au sol de manière régulière et de façon brutale. Le fouet faisait à chaque fois de nombreux cercles dans l’air avant de s’abattre violemment sur le sol. Le son produit par le fouet entrant en contact avec le sol agaçait les chiens du quartier qui n’arrêtaient pas d’aboyer. L’homme fouettait la terre si fort qu’on pourrait croire qu’il voulait la punir de s’être mise à trembler il y’a sept ans sans raison tout en emportant bon nombre de nos sœurs et frères.

Ce type était suivi d’une foule en délire dansant et chantant des chansons exécutées par une dizaine de musiciens équipés de plus de cinq types d’instruments dont le tambour, le kata et les vaccines. Des femmes portant des vêtements très colorés étaient en train d’exécuter des danses traditionnelles haïtiennes. Je compris alors que j’avais affaire à une bande de rara et cela me rappela que nous étions en pleine période de carême.

La douce musique du rara me donna envie de les rejoindre mais le son du fouet, à chaque fois, me donna un froid dans le dos. Ce son me ramena en enfance et me rappela cette fois où j’avais été touché par le fouet d’une bande rara et que mon frère aîné m’avait fait croire qu’il ne me restait que trois jours à vivre. Depuis ce jour je pris la décision de toujours danser à distance.

La bande s’en alla trois quart d’heure plus tard et laissa place au tumulte quotidien de ma ville. Il est 6h du matin et Pétion Ville est déjà debout. On aurait dit qu’il n’ya que tôt le matin et tard le soir que la ville vit pleinement. En milieu de journée elle semble avoir honte de sa misère extrême, que quoique pudique, le soleil ne peut s’empêcher d’éclairer. 6h et déjà tout commence. Le soleil se tire des bras de la mer et Pétion Ville se réveille. Elle se tire de ses rêves contradictoires : elle rêve de la ville résidentielle qu’elle fut, ville jadis dite bourgeoise, ville d’en haut comme on dit chez nous, mais aussi rêve t’elle de la ville commerciale qu’elle est devenue depuis 2010, avec ses hôtels, ses magasins et ses supermarchés. Pétion ville commence à souffrir d’une surpopulation asphyxiante.

De ma fenêtre, j’observe pendant quelques minutes les écoliers somnolant encore un peu, sac au dos, le ventre vide pour la plupart, allant chercher le pain de l’instruction. Les adultes, affolés, se bousculant de peur d’arriver en retard au bureau. Les marchandes, panier sur la tête allant s’approvisionner en produits. Une nouvelle journée qui se réveille avec son propre soleil, sa propre histoire, et ses propres défis …


Avec Messi on a mis Paris en bouteille

Aujourd’hui 3 juin 2017, la saison de foot au niveau des clubs a pris fin avec la victoire du Real Madrid en finale de la Ligue des Champions face  à la Juventus de Turin. Beaucoup de fans du Real vont faire parler leur muse et décrire ce match avec passion. Moi, fan du FC Barcelone et de Messi, je préfère publier en ce jour un texte que j’avais écrit sur le match le plus passionnant que j’ai suivi cette saison : le match retour FC Barcelone  contre Paris Saint Germain du 8 mars dernier. Le fameux match de la REMONTADA.

 

A ceux qui connaissent ma grande passion pour le foot et qui penseraient que je serais prêt à négliger ma tendre moitié pour suivre un match, je vous dis tout de go que l’affiche Paris Saint Germain vs FC Barcelone, du 14 Février dernier, ne m’a pas empêché de passer du temps avec ma Belle.

Au fait, j’ai eu l’intelligence de l’inviter à un restaurant où il y’a un téléviseur. Mais après le deuxième but de Paris, elle a eu l’intelligence de me proposer de partir de peur que Di Maria et ses compères ne gâchent notre Saint Valentin. J’ai été attristé d’apprendre, un peu plus tard, que les parisiens ont fait perdre leur français à Jeremy Matthieu, Lucas Digne et Samuel Umtiti.

Julian Draxler et Angel Di Maria, heureux d'avoir atomisé le FC Barcelon
Julian Draxler et Angel Di Maria, heureux d’avoir atomisé le FC Barcelone / Crédit photo : Alliance AP / M. Euler

Le 8 Mars, jour du match retour, ce n’est pas ma tendre moitié qui a failli me faire perdre le match, mais un cours…d’espagnol. Je n’ai pas réfléchi longtemps avant de décider que je raterais ce cours pour suivre le match. De toute façon, le seul mot espagnol qui m’intéressait à ce moment c’était le mot REMONTADA.

J’ai donc été suivre mon match en croisant les doigts pour que l’exploit se produise. Ce ne fut pas un exercice facile puisque j’étais entouré de fans du Real Madrid que la tenue blanche que portait le Paris Saint Germain a semble t’il induit en erreur. Le but de Cavani un petit peu après l’heure de jeu n’arrangea en rien ma situation. Mais jusqu’à la dernière seconde j’y ai cru. Et à la dernière seconde j’ai explosé de joie.

La REMONTADA a bien eu lieu. Ce fut un exploit. Le genre de match que tout homme se devait d’avoir suivi.  Neymar et ses partenaires ont rappelé aux Parisiens que IMPOSSIBLE N’EST PAS FRANÇAIS.

Marco Verratti et Edinson Cavani ne comprennent pas ce qui leur arrive
Marco Verratti et Edinson Cavani ne comprennent pas ce qui leur arrive / Crédit photo : Getty Images

Bien sûr vous me direz que Messi n’a pas fait montre de l’immensité de son talent lors de ce match et n’a pas été le meilleur barcelonais sur le terrain. Suarez a eu le mérite de lancer les hostilités, Neymar a marqué deux des six buts (et quel majestueux coup franc !) et Sergi Roberto a scellé le sort du match. Il n’ya donc pas de quoi parler que de Messi. Je vous l’accorde.

Mais de toute façon, dans dix ans quand je raconterai cette journée à mon fils, il ne sera pas question de Messi, de Neymar, de Suarez ou de Luis Enrique mais du FC Barcelone qui est la première équipe à avoir remonté un score de 4-0 en C1. Chapeau !