Richard Konan

Esclave de mes frères

Esclave. Esclave. Ce mot me collera à la peau aussi longtemps que j’effectuerai mon voyage terrestre. Je ne le porte pas fièrement. Honte à moi! Pauvre esclave de mes frères!

 

Mes ancêtres ont porté les marques de l’esclavage dans leur chair. Ils m’ont laissé en souvenir la tristesse et les larmes. Ancêtres miens, qui connaissez les champs de canne à sucre et de coton. Ces braves hommes et femmes ont fait retentir leur belle voix en Amérique. Je me demande si leurs maîtres n’ont pas eu le cœur touché par ces mélodies.

 

Esclave descendant d’esclave, je le suis! Il paraît que ma couleur de peau est un fardeau que je dois porter durant toute mon existence. L’humanité m’a réduit au rang de simple animal. Il arrive que je sois classé derrière l’espèce animale.

 

Les années sont passées et les choses ont évolué. L’esclave a fini par revêtir des habits d’homme libre. Désormais, pour respirer il n’avait plus besoin de la permission de l’homme blanc. Allez-y dire cela à mes ancêtres! Vous recevrez une tonne d’injures capables de vous faire sentir un moins que rien.

 

Ah la liberté! Parler quand on veut dormir dès que les paupières s’alourdissent, rire sans peur. Jadis enchaînés tels de vulgaires bêtes, l’esclave peut aujourd’hui brandir fièrement ses deux mains, libres de tout lien. Ah la liberté! Je la sens, je la vie, je la communique.

 

Ma liberté a été, hélas, de courte durée. Moi qui croyais que les chaînes s’étaient éloignées de moi à jamais! Oh que non! Ma liberté n’était que provisoire. Le plus triste dans ce retour aux enfers, c’est que je suis le prisonnier de mes…frères. Comme les frères de Joseph, mes frères, après m’avoir pris ma liberté, m’ont vendu. Mes frères ont jugé utile de me reprendre ma liberté.

 

« Dieu fit la liberté, l’homme a fait l’esclavage”, disait  Marie-Joseph Chénier. Ô ces mots ont de la valeur à mes yeux! Le comptoir nègre est réapparu en Libye. Mes frères m’ont humilié. Ils m’ont transformé en un objet. Ils ont fixé mon prix. Mes frères libyens ont imité l’homme blanc. Mes ancêtres ont été réduits à l’esclavage par des étrangers Blancs…et moi par les miens, mes frères blancs. Dire que nous avons la même mère: l’Afrique.

 

J’ai honte d’être exhibé par des Africains en 2017. J’ai honte de ne valoir que quelques billets de banque. Le monde entier semble choqué par ce geste de mes frères libyens. Pure comédie…


La grève des mots

Il y a des jours où je me mets à rêvasser devant l’écran de mon ordinateur. Les mots ont du mal à sortir de ma pensée pour atterrir sur le clavier avant de finir leur course sur l’écran de mon ordinateur.

J’ai une envie de vous laisser quelques lignes afin de donner de mes nouvelles. Et bien évidemment en recevoir les vôtres à travers vos commentaires. Mais mes amis, parfois je me heurte à une page blanche que les mots refusent d’habiter. C’est Grand Corps Malade qui a dit « l’écriture sans âme n’est que lettre ». Je suis d’avis avec lui car les mots sont bien dotés d’une âme. Vous ne croyez pas ? Expliquez-moi alors pourquoi ils  font parfois la grève ?

Je les vois dans mon esprit. Je les sens. Ils communiquent entre eux. Il suffit de leur demander de rejoindre mon clavier pour se rendre compte qu’ils ont vraiment des humeurs. Tenez, une fois je leur enjoins d’élire domicile sur mon écran. Leur réaction m’a laissé froid dans le dos tant elle était glaciale. M’adressant au Bonheur, je lui fais une requête :

 

« Excusez-moi, monsieur, j’ai besoin de vous pour un texte que je suis en train de rédiger. »

 

Et lui de me lancer : « Pourquoi devrais-je vous suivre ? Vous les humains n’avez jamais su ce que je représente. Vous croyez me connaitre mais personne d’entre vous ne me respecte. »

 

Ne m’attendant pas à une telle réplique, j’ai perdu mon latin avant de pouvoir balbutier ces mots : « Vous faites sûrement erreur. Nous les humains passons toute notre vie à vous courir après. Vous êtes l’essence de notre bref passage terrestre. »

Mon clavier ne répond plus…les mots sont en grève (crédit photo: Nemossos)

 

Il a souri puis a disparu. Après cette mésaventure, je me suis heurté plus tard à un refus catégorique de dame Paix. La violence avec laquelle elle m’a évincé me laisse encore un goût amer. Ce personnage d’ordinaire si calme, si paisible et plein d’attention m’a montré un tout autre visage. Je ne le reconnaissais pas du tout.

 

Les mots étaient tout simplement en grève! Je n’en croyais pas mes… doigts! De simples lettres me résistent alors que je veux juste écrire des textes. Et si cela se limitait seulement au Bonheur et à la Paix, je ne tirerais pas la sonnette d’alarme. Mais hélas, ils s’y mettent tous. Les mots avaient résolument décidé de ne pas sortir de mes pensées.

 

Aucune lettre n’avait envie de me satisfaire. J’avais juste besoin de remplir cette page vierge qui piaffait d’impatience sur mon ordinateur. Impatience qui a fini par m’habiter. Au moment où je tordais mon esprit à la recherche de solution à mon problème, j’ai aperçu l’INSPIRATION me faire de grands signes.

 

« Il est inutile de continuer à vouloir nous convaincre. Aucun d’entre nous ne te fera plaisir. Vous les hommes devez apprendre à nous respecter », laissa-t-il entendre.

Finalement, faute de mot, je n’ai pu vous donner de nouvelles fraîches depuis le baobab. Toutes mes sincères excuses.


Les Ivoiriens ont vraiment du mal à dire « au revoir »

Comment allez-vous ? Moi ça va, je suis tranquillement assis sous le baobab.
J’ai reçu récemment deux visiteurs sous les feuilles de mon imposant arbre. Nous avons eu des échanges fructueux, mais au moment de nous séparer, une chose m’a frappée : mes illustres invités m’ont dit « au revoir » trois fois. Cela n’est point gênant, mais le hic c’est qu’après m’avoir dit « au revoir », mes amis étaient toujours assis devant moi !

« Bon, au revoir. On va te laisser. C’est avec plaisir que nous avons échangé avec toi. » Cinq minutes plus tard, mes interlocuteurs étaient toujours en face de moi. Mieux, ils avaient abordé un autre sujet. Nous voilà repartis pour une causerie de près de 45 minutes.

C’est comme cela en Côte d’Ivoire.

Quand on était gamins, nos parents raccompagnaient les visiteurs à la porte d’entrée (le plus souvent les pères). Et là, nos géniteurs passaient pratiquement autant de temps sur le palier devant la porte que lors de la visite à la maison. Par exemple, si papa et ses invités avaient discuté dans le salon pendant une heure, il allait encore rester avec eux, debout devant la porte, pendant au moins trente minutes ! C’est comme si se dire « au revoir » était une fatalité à retarder le plus possible.

Je n’ose même pas évoquer nos mamans, avec elles se séparer est vraiment douloureux.

Les Ivoiriennes sont plus inspirées au moment de l’adieu. C’est là que les vrais sujets de conversation surgissent. Éclairées, elles vont te sortir des « affairages » (entendez par là les commérages dernier cri). Malheur à l’enfant qui les accompagne ! Il va se ronger les ongles tellement le temps est long. Parfois, on lui achète dare-dare un biscuit pour l’occuper (dans ce cas, il est bien chanceux).

« Ma chérie, je vais partir comme mon mari doit revenir du travail tout à l’heure-là, je vais aller mettre la sauce au feu. »

« Ok, ma copine. Mais tu sais que ma voisine a une nouvelle voiture ? »

« Ah bon? Où elle gagne l’argent pour acheter voiture même ? »

« Je ne sais même pas ! »

Quinze minutes plus tard, celle qui devait aller faire la cuisine pour son époux est encore arrêtée en pleine rue en train de discuter. C’est vraiment un supplice de se dire « au revoir » dans mon pays. Je crois que cela démontre à quel point les Ivoiriens sont attachés les uns aux autres. Ou bien ?

En tout cas, je n’ai pas de mal à vous dire « bye bye » ! Ce n’est pas  que je n’aime pas votre compagnie, mais plutôt que je ne veux pas faire comme la dame en question.


Et si vous me rendiez ma monnaie?

La semaine dernière, j’avais un petit bobo (rassurez-vous je vais mieux sinon ce billet n’aurait pas vu le jour). Après un tour chez le toubib (c’est comme cela qu’on dit non?), je fonce à la pharmacie, ordonnance en main. La jeune fille au comptoir (bon c’est une belle demoiselle je le reconnais) me fait un large sourire dès que j’entre dans l’officine. Elle est d’ailleurs la première à me lancer le bonsoir.

“Bonsoir, monsieur. Que puis-je faire pour vous? », me lance-t-elle toujours souriante (véritable technique d’approche, vous l’aurez remarqué).

Je lui tends mon petit bout de papier contenant la liste des médicaments censés me redonner la santé. Toujours avec un large sourire (ça devient énervant je sais), elle se dirige vers les rayons. En moins de 5 minutes, ma très souriante vendeuse en pharmacie revient avec les médicaments.

La pharmacie et la monnaie, un casse-tête (crédit photo: Max Braun)

“Monsieur, veuillez vous rendre à la caisse, s’il vous plait”, me dit la jeune dame.

Désireux de vite quitter les lieux (non pas pour fuir le sourire de la dame-là hein), mes pas me conduisent vers la caisse. Une fois là bas, il y’a une chose qui attire mon attention: le sourire (eh oui) de la caissière. Celle-ci entre en communication directe avec une machine posée devant elle. Ses doigts caressent le clavier, des chiffres naissent sur l’écran. Ces fameux chiffres ont beaucoup d’importance à mes yeux. Normal non? Ma poche en souffrira.

“Ça fait 1… monsieur”, me dit la dame assise derrière la machine. Je lui remets l’argent. Pour sa part, elle vérifie le billet, le garde soigneusement dans son tiroir et me donne ma monnaie. Mais, il y a quelque chose qui ne va pas. Ma monnaie n’est pas exacte. Il manque environ 50 francs CFA. Je l’ai su après avoir jeté un coup d’œil sur le reçu. Je reste debout devant elle. Pensant que j’étais parti (aussi facilement?), la caissière s’attend à un autre client.

“Madame, ma monnaie n’est pas complète”, ai-je précisé.

“Oui oui, il n’y a pas de jeton.”

“On fait comment alors?”

“Ahii, il n’y a pas de monnaie monsieur”, lance la caissière qui, du coup, a  perdu son sourire.

Ces pièces de monnaies créent bien souvent des malentendus entre clients et vendeurs (crédit photo: Richard Konan)

“ Vous me l’avez dit. J’aurais aimé que vous me le signaliez avant de me servir. Peut être que mon argent est calculé (c’est comme cela qu’on parle quand son argent est tout juste pour les dépenses). Elle n’a prononcé aucun mot. Mon interlocutrice paraissait surprise. Elle devait se dire intérieurement: « ce monsieur fait tout ce tapage pour 50 francs… » Imaginez un instant combien de clients sont forcés à laisser un pourboire. Un bon pactole!

Ce qui me fâche dans cette histoire c’est l’institutionnalisation de cette pratique. Vous laissez aisément 50 francs, 25 francs ou 50 francs à la pharmacie mais aussi dans les supermarchés. Une fois dans un marché « très super », la caissière m’a rendu ma monnaie avec des bonbons que je n’avais nullement inclus dans mes articles. Elle pourrait au moins demander mon avis non? A moins qu’elle ait eu envie de me livrer à la carie dentaire.

Je suis d’accord avec vos jolis sourires et vos marques d’attentions mai j’ai aussi besoin de ma monnaie. Et cela n’est pas si compliqué à comprendre.


THOMAS SANKARA nous parle!

Cela fait 30 ans que le capitaine Thomas Sankara a été assassiné alors qu’il était en pleine réunion avec le Conseil national de révolution. L’ex président du Burkina Faso continue de marquer la mémoire collective. Je vous propose ici des citations du « révolutionnaire ».

« La maladie ne se guérit point en prononçant le nom du médicament, mais en prenant le médicament. »

« Sache que le corps grossier est pour toi ce que la maison est pour le locataire. »

« Nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et  de la créativité ! »

« L’on devient ce que l’on connaît. »

« Le système néocolonial tremble quand le peuple devenu maître de sa destinée veut rendre sa justice ! »

Le capitaine Sankara croyait en  l’Afrique (crédit photo: Blood on the Leaves)

 

 

« Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement,  il peut s’asseoir et écrire son développement ; il peut s’asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu’il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur. »

« La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »

« L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste […] doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières. D’autant plus que les peuples africains pâtissent des mêmes misères, nourrissent les mêmes sentiments, rêvent des mêmes lendemains meilleurs. »


J’ai rêvé de mon chauffeur de taxi

Je suis un habitué des taxis communaux appelés « woro-woro ». Nous sommes d’ailleurs très nombreux à emprunter ces véhicules à Abidjan. En attendant que nous ayons nos propres voitures…

Il est vrai que l’état des taxis communaux attire l’attention des passagers, mais la vraie star dans cette histoire,  c’est le chauffeur de woro-woro.

Pour ce conducteur, le passager n’a de valeur que quand il n’a pas encore embarqué dans l’auto. A peine prenez-vous place dans son tacot que vous n’avez plus droit à aucun « traitement de faveur ». Il naît une sorte de rivalité entre lui et vous. C’est à croire qu’il a une dent contre vous (bon, j’exagère un peu hein).

Une chose est sûre, l’intérêt du conducteur pour le voyageur diminue au fur et à mesure du trajet. Curieusement, au moment d’encaisser les frais de transport, l’automobiliste retrouve sa sympathie. Le pouvoir de l’argent…

Il m’arrive bien souvent de rêver du chauffeur modèle, mon chauffeur de « woro-woro » à moi.

crédit photo: Richard Konan

Le chauffeur de mes rêves

Mon chauffeur de taxi idéal : à peine le hèle-je (je sais, vous ne vous attendiez pas à cette tournure, mais oui, j’ai bien un certain niveau en langue) qu’il immobilise son véhicule devant moi. Sourire aux lèvres, « mon » chauffeur me demande ma destination. Ce conducteur de mes rêves attend que je sois bien installé dans le véhicule avant de reprendre la route. Tenez-vous bien, quand il lui arrive de prendre trop de vitesse et que je me plains, « mon » chauffeur s’excuse immédiatement.

Le machiniste que je vois dans mon sommeil ne met jamais la musique à fond dans son taxi. Il sait trouver le juste milieu pour pouvoir l’écouter sans pour autant m’importuner. Je me sens tellement bien dans son taxi !

Ce chauffeur-là n’est vraiment pas comme les autres. Pour preuve, il ne me lance jamais au visage : « monte avec la monnaie hein ! » D’abord, il me vouvoie. Ensuite, quand je n’ai pas la monnaie, ce gentil monsieur me parle poliment et nous trouvons toujours un terrain d’entente. Ce qui me fascine chez lui c’est sa bonne humeur et son envie de servir ses clients. C’est un type bien qui se donne corps et âme dans l’exercice de sa profession. Vous ne le verrez jamais se disputer avec un passager. Ah là pas du tout ! Il a une parfaite maîtrise de soi face à toute situation.

Un ami (sans doute jaloux) me dit qu’il n’y a aucun risque qu’un jour le « chauffeur de mes rêves » passe la frontière de la réalité. Mon ami pense que je me fais trop d’illusions. Quoi vous le croyez aussi ?

Bien noté ! Vous pouvez être sûrs d’une chose dans ce cas, quand je rencontrerai « mon » chauffeur au coin d’une rue abidjanaise, ne comptez pas sur moi pour vous garder une place.


Solitude mon ami

Chers amis, je vous salue. L’ombrage de mon baobab me fait tellement de bien en ce début de semaine. Si je publie ces quelques lignes, c’est juste pour vous parler d’un ami qui est cher à mon cœur. Il s’appelle SOLITUDE.

SOLITUDE est mon meilleur ami. Je le connais si bien que je peux te le décrire les yeux fermés. Vous ne le connaissez pas? Regardez auprès de moi, ne le voyez-vous pas? C’est vrai, lui et moi nous nous confondons tellement que nous différencier est un vrai supplice ou un casse-tête chinois. Bien sûr que j’ai d’autres amis. J’en ai même autant que vous ne pourriez l’imaginer. Mais SOLITUDE est le meilleur d’entre eux. Croyez-moi, il est là quand j’ai besoin d’une épaule pour pleurer. Il est encore là quand je cherche un confident. Il est toujours présent quand je suis malheureux ou quand j’ai besoin d’un compagnon de jeu.

Avec SOLITUDE, je ne suis jamais seul. Dans la chaleur de la nuit, lui et moi discutons de la vie et de ses déceptions. Il sait tout de moi et ne me cache rien le concernant. Savez-vous pourquoi je le préfère aux autres amis? SOLITUDE n’est ni hypocrite ni profiteur. Son amitié est pure. Je crois que SOLITUDE et moi resterons amis encore longtemps.

Ces lignes je les dédie à tous les solitaires qui ne sont pourtant pas seuls. A tous ceux comme moi qui ont SOLITUDE pour ami.



« Quand j’aurai ma voiture… « 

Quand j’aurai ma voiture, beaucoup de choses vont changer. Bon, c’est clair je ne vais plus avaler les kilomètres à pied et me faire bousculer par des piétons bien trop pressés. Mais à part cela, (je l’ai déjà dit) beaucoup de choses changeront.

Imaginez-vous, je ne serai plus obligé de passer près d’une heure sur le trottoir à attendre un taxi qui voudra me déposer à la gare même si je n’ai pas de monnaie. Ma voiture m’évitera d’entendre tous les matins cette fameuse phrase: « Montez avec la monnaie hein, je n’ai pas envie de bavarder. » Cette mise en garde sort tout droit de la bouche du conducteur de « woro-woro* ».

Ma voiture m’évitera de subir des causeries téléphoniques dont le but inavoué est de me pousser à bout ou de me faire mal débuter la journée. Tenez-vous bien, souvent les deux personnes au bout du fil n’ont rien à se dire. « Tu as mangé quoi hier ? Hum, et tu ne m’as pas invité. » J’apprends plus tard que la personne avec laquelle bavarde mon voisin de taxi est à… Yamoussoukro. A quoi aurait donc servi l’invitation ? Quand j’aurai ma voiture, je ne subirai plus tout ça.

De plus, ma voiture me permettra d’écouter la musique que je veux. Plus jamais un chauffeur de taxi ou de « gbaka* » ne me torturera avec une musique dont lui seul connaît la provenance. Quand j’aurai ma « caisse », je pourrai tranquillement en descendre après avoir bien stationné. Désormais, aucun taxi ne redémarrera alors que j’ai toujours une jambe dans la voiture. Tout ça ne sera qu’un triste souvenir.

 

Mais pour l’heure, je n’ai pas encore MA voiture donc je me hâte de préparer la monnaie pour emprunter rapidement un taxi.

* woro-woro : véhicule assurant le transport en commun dans une commune

* gbaka : minicar de transport reliant des communes


Et les hommes créaient le selfie… pour se déformer le visage!

Comment vous portez-vous chers amis? De mon côté, tout va pour le mieux sous le baobab. Mais dites que les hommes sont férus de selfie!

Le samedi dernier, j’ai voulu profiter du weekend en sirotant un bon café sous les feuilles fraîches du baobab quand ma quiétude a été troublée par des visiteurs. Ceux-ci fascinés par mon arbre fétiche ont décidé de venir y faire des photos. Moi qui croyais que ses admirateurs allaient se regrouper pour nous sortir une belle photo je me suis planté! Eh oui! Chacun d’eux a brandi son appareil et l’a pointé en sa direction. Flash! Mais quelque chose chose m’a frappé au moment où ils se prenaient en photo: leurs visages avaient le même aspect.

Affaires de selfie!

Si je m’en tiens à l’encyclopédie en ligne Wikipédia, le selfie peut être appelé autoportrait photographique. En général, on le réalise grâce à un appareil photo numérique, un téléphone mobile ou une webcam. Si vous voulez, le « photographié » est le photographe. En principe, le but du selfie n’est pas de garder la photo dans l’appareil qui a servi à la réaliser mais plutôt à la partager sur les réseaux sociaux. Tout ceci pour dire « voilà moi dans un bar ou au concert de tel artiste », histoire de faire le malin. Pour l’origine, Wikipédia nous apprend que le selfie a vu le jour dès le début du XXè siècle. A cette époque-là, les gens utilisaient les appareils photographiques Brownie en s’aidant de miroir et en stabilisant « l’appareil photo en le posant sur un objet à proximité ».

Le selfie et le visage

Là où ce phénomène m’inquiète, c’est quand j’observe les visages des gens qui s’offrent un selfie. Ils allongent la bouche (surtout les filles); écarquillent les yeux (ils sont souvent l’air étonné). Je n’ai jamais compris pourquoi. Un ami à moi à force de forcer (remarquez le jeu de mots) a commencé à avoir un autre aspect. A le regarder, on a l’impression que quelque chose le surprend. Que non! C’est l’effet selfie. Ses yeux ont l’impression de vouloir sortir de leurs orbites tellement il les écarquillent. Que dire de la bouche de mon amie à qui je tiens beaucoup? La belle bouche de cette dernière a fini par ressembler à celle d’un…poisson. Elle est tout le temps en train de se prendre en photo. Résultat: son visage se déforme. Dommage. C’est comme si tous les amoureux du selfie s’étaient passés le mot. On tire la bouche, on gonfle les joues, on ouvre grand les yeux et flash! c’est dans la boite. Résultat: on se ressemble quasiment (surtout les filles).

Et pourtant, le selfie est dangereux

J’ai lu quelque part que le selfie peut être dangereux quand on appuie un peu trop sur le champignon. En voici quelques extraits: « La « selfie dépendance » prend de l’importance lorsqu’elle se trouve en contact des réseaux sociaux. Beaucoup de jeunes publient leurs photos directement sur leurs profils Facebook, Instagram, Twitter. Ces clichés, exposés aux yeux de tous, font souvent l’objet de commentaires négatifs qui peuvent se profiler vers du harcèlement moral »(in branchez-vous.com). Non seulement le selfie défigure les visages mais nous crée des problèmes d’ordre psychologique! Je pense que désormais il faut réfléchir par deux fois avant de faire des selfies à n’en point finir. Souriez! Clic!


Jeux de la Francophonie… say what?

Les VIIIèmes Jeux de la Francophonie se déroulent actuellement en terre ivoirienne. Le spectacle s’est ouvert depuis le 21 juillet et le rideau tombera le 30 juillet 2017. « Actuellement on parle français », dit un gars de mon quartier.

Mais attention! Ce n’est pas tout le monde qui « parle français » actuellement. Un tour sur les réseaux sociaux nous montre que les Jeux de la Francophonie ne font pas plaisir à tous les Ivoiriens. Il y en a qui estiment que la vie est assez dure pour « gaspiller » de l’argent dans des jeux. Tenez-vous bien! Il y a aussi ceux qui réussissent la prouesse de transposer le débat politique dans l’arène des Jeux de la Francophonie. Ces experts en politique ne se sentent pas concernés par ces festivités culturelles et sportives. Quand vous leur dites « Francophonie », ils vous répondent « Say what? ».

Si vous souhaitez échanger avec eux dans la langue de Molière, repassez le 31 juillet. Du coup, ils ne parlent plus français, du moins jusqu’au 30 juillet. Sinon, pour l’heure, « say what? ». Les Jeux de la Francophonie seraient, à les écouter, une autre forme de colonisation, un instrument à l’aide duquel la France garderait un œil jaloux sur ses anciennes colonies. Ne tentez pas de leur faire entendre raison. Le ballon qui roule les met hors d’eux; le sprinteur pour eux a du temps à perdre, le basketteur s’ennuie et le conteur n’a vraiment rien à dire. Que dire des marionnettes géantes? Bonnes pour effrayer les enfants. De toutes les façons, ils ont leur motivation. Pour l’heure, « parlons français » et laissons-les s’exprimer librement en une autre langue. Say what?


Abidjan : au secours ! Des « pièces lisses » !

A Abidjan, mieux vaut être démuni que d’avoir des « pièces lisses » plein les poches. Et là, je vous parle très franchement ! « Une pièce lisse » c’est pire que la pauvreté.

Quand vous êtes sans argent, au moins vous savez clairement que vous n’en avez pas. Il est donc évident que vous ferez tout pour quitter le cercle vicieux de la pauvreté.

Mais souvent, l’Ivoirien sort de chez lui, convaincu qu’il a de l’argent, pourtant, ce qu’il ignore, c’est qu’il reviendra à la maison sans avoir pu dépenser un rond. Les pièces d’argent n’auront pas trouvé preneurs car elles sont « lisses ». Un véritable cauchemar!

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Imaginons. Vous vous retrouvez dans un taxi, disons d’Abidjan, avec deux pièces de 250 francs et une de cent francs CFA. Jusque-là vous êtes heureux de vous déplacer en voiture. Au moment de payer le transport, vous tendez, toujours aussi heureux, vos pièces au chauffeur et il vous rétorque sec : «Non! La pièce-là est lisse, ils ne vont pas prendre ». Et là commencent vos ennuis. Le conducteur exige que vous le payiez mais il refuse votre argent (?). Comment faire? Eh bien, trouvez d’autres pièces d’argent, des pièces « irréprochables ». Et si vous n’avez que ces pièces « lisses »? Alors, bandez vos muscles parce que l’atmosphère va très vite être surchauffée.

Les pièces de 250 francs CFA, sans doute effrayées par la tournure des événements, ont préféré se mettre à l’abri. On n’en trouve plus, comme si elles s’étaient évaporées! Ces pièces ont tellement effrayé les Ivoiriens que je suis sûr que ces derniers doivent se réjouir de cette « absence monétaire ». La pièce de 250 francs faisait plus peur que l’Ebola ! Le fait d’en posséder était devenu un véritable crime. Quand vous la sortez, les regards se tournent vers vous comme si vous demandiez à un Imam d’aller vous confesser à l’église !

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Quand les Ivoiriens ont fini d’assassiner la pièce de 250, ils ont jeté leur dévolu sur sa sœur cadette, la pièce de 200. Mais, celle-ci semble avoir la peau dure car jusque-là, elle respire. Mais faites très attention, lorsque vous tendez une pièce de 200 à un commerçant, il peut passer 5 minutes à la tourner et retourner, recherchant une quelconque anomalie. Il ne manque plus qu’une loupe et une blouse et on se retrouve de plein pieds dans “Les Experts Miami’’.

Et il faut croire que la malédiction suit son cours le long de l’arbre généalogique des pièces de monnaie : voilà que ce sont maintenant les pièces de 100 francs qui sont vilipendées. Ouvrez bien l’œil, il y en a des lisses. Evitez-les comme vous pouvez !


Expliquez-moi les élections !

Ndègan*: un petit village où les habitants vivent en parfaite harmonie, à tel point que les villages voisins brûlent d’envie de connaître le secret de cette belle cohabitation. Cela dure depuis plusieurs décennies.

Les femmes s’adonnent avec joie aux travaux ménagers quand les hommes labourent les terres en chantant. Ah qu’il fait bon vivre à Ndègan ! L’étranger est si bien accueilli qu’il repart la gorge nouée par l’émotion, car désormais il se considère comme un fils de Ndègan. Il est difficile de partir de cet endroit (qui aurait pu faire office de demeure à Adam et Ève). Au moment où aux alentours de cet Eden des temps modernes l’on s’entre-déchirait, à Ndègan au contraire la paix était une religion.

Ndègan est l’un des rares villages où le chef est élu par la population. Bien que cela puisse paraître curieux, il en a toujours été ainsi car les anciens ont eu pour souci de donner la liberté aux habitants de choisir leur guide. Le vieil homme qui a conduit le navire de Ndègan pendant 10 ans, après de bons et loyaux services, a décidé de troquer la chaise royale contre un hamac. Affaibli par le poids de l’âge, il a préféré attendre sagement son heure afin de rejoindre ses ancêtres pour le repos éternel. Pour lui succéder, deux fils du village ont pris la résolution de partir à la conquête du trône royal.

Leurs yeux brûlaient de désir. Chacun d’eux tenait coûte que coûte à être le prochain locataire du palais. C’est ainsi que les malheurs de Ndègan ont commencé. Par des paroles au goût de venin, les prétendants au trône ont réussi à transformer les cœurs de leurs concitoyens. Ils y ont semé la graine de la rancœur. Les habitants jadis si pleins d’amour sont devenus des ambassadeurs de la haine. Massés derrière leur candidat, les villageois ne pensaient plus à l’intérêt commun. Chacun se méfiait de celui qui n’avait pas opéré le même choix que lui.

Pour couronner le tout, la campagne électorale fut une véritable foire aux injures et aux menaces. Du jamais vu à Ndègan ! Les notables chargés d’organiser le scrutin ont eu beau rappeler les candidats à l’ordre, rien n’y fit. Quelle tristesse ! Les élections ont eu lieu. Au moment où vous parcourez ces lignes, laissez-moi vous dire que ce beau village attend toujours son nouveau chef. L’un des candidats soutenu par une frange de la population conteste les résultats. Il avait juré qu’il ne reconnaîtrait pas le verdict des urnes, accusant son adversaire de tricherie. Il reproche à la notabilité d’être partisane. Ainsi, la paix, l’entente et l’harmonie sont de lointains souvenirs. La violence a pris possession de ce beau paradis. Est-cela une élection ?

Le processus démocratique tant souhaité par les peuples du monde entier fait maintenant peur (surtout en Afrique). Tenez, il y a des pays où à l’approche des élections présidentielles des hommes et des femmes quittent les villes pour se réfugier dans leurs villages d’origine, en prélude à la crise. Expliquez-moi les élections ! Je veux comprendre pourquoi les politiciens utilisent l’argument de la force au lieu de la force des arguments. J’avoue ne pas comprendre que, pour de simples élections, un pays puisse perdre 3000 de ses fils dans une crise armée. Selon le dictionnaire en ligne Wikipédia, une élection est « la désignation par le vote d’électeurs, de représentants (une personne, un groupe, un parti ou une option) destinés à les représenter ou occuper une fonction en leur nom ».

Mais d’où vient-il que des gens perdent la vie juste parce qu’ils veulent choisir un représentant ? Ce qui est à craindre c’est que le scénario de Ndègan puisse se reproduire sous d’autres cieux. Si cette importante étape que constitue l’élection, suscite intérêt et est synonyme de bilan( ou de départ nouveau) dans la vie d’une nation, ailleurs, par exemple en Afrique , elle fait peur. On a l’impression que tous les démons attendent nos années électorales pour déferler sur notre continent, pourtant mère de l’humanité.

Il n’y a qu’à écouter les discours que tiennent les hommes et femmes politiques ! Je veux comprendre. Qu’on m’explique les élections ! Ndègan souffre de la folie de deux individus. En Afrique, des pays déjà minés par la pauvreté et la famine connaissent la traversée du désert et vivent l’enfer pendant les joutes électorales. Je pense que le jour où les uns et les autres comprendront le vrai sens d’une élection c’est l’humanité qui aura fait un important pas en avant, dans sa quête perpétuelle du bonheur.
*Ndègan : palabre en langue locale de Côte d’Ivoire.


A quand remonte ta dernière lecture?

Chers amis comment vous allez? Aujourd’hui, j’ai envie de partager une réflexion avec vous. Mais permettez que je vous pose une toute petite question: à quand remonte la dernière fois où vous avez lu un livre? Peu importe lequel. Je vois que certains font un vrai retour en arrière. Le décor étant planté, let’s go!

Je crois bien que c’est le reggae man Kajeem qui aimait dire ceci: « Tant qu’ il n’y aura pas autant de jeunes dans les bibliothèques que dans les maquis, il sera difficile pour l’Afrique de se développer ». Quelqu’un d’autre affirmait ceci: « Si vous voulez cacher un trésor à un Africain, dissimulez-le dans un livre ». Hum! Trop fort ça! Et pourtant, la lecture ne fait plus trop partie des habitudes de beaucoup de personnes. Lire est devenu une véritable perte de temps pour elles. « La lecture agrandit l’âme, et un ami éclairé la console » dixit Voltaire. Quand l’âme va, tout va pour le mieux chez l’homme. Aujourd’hui, nous disposons de plusieurs moyens pour parcourir  les pages d’un livre. Avec l’avancée des Ntic, on n’a plus besoin de « tourner les feuilles ». Les livres (c’est vrai pas tous) sont disponibles via le net. Et le net est disponible sur pratiquement tous les téléphones portables. Vous voyez que tout devient facile non?

« Pourquoi les Ivoiriens ne lisent-ils pas? » Cette interrogation a suscité un véritable débat tant auprès des littéraires que des professionnels de l’édition. Il y en a qui pointent immédiatement du doigt les prix des livres. Soit. Pour ma part, les livres ne sont ni moins ni trop coûteux. Quand on regarde le bien que cela nous fait, il faut y mettre le prix. Je ne sais pas pour vous mais, je me sens tellement bien lorsque je finis de « dévorer » un bouquin qui « agrandit » mon âme. Si vous lisez un livre et que vous ne paraissez pas plus instruit à la fin, je suis désolé mais « vous avez mal lu ». Lire nous apporte toujours un petit quelque chose. On peut ne pas être d’accord avec le message véhiculé par l’auteur mais au moins on aura découvert un autre point de vue que le nôtre.

Autre argument avancé: la disponibilité des livres. Mais mon ami, les livres sont dans les librairies. Eh oui! Qu’est ce que tu croyais? Je t’invite donc à t’y rendre pour « nourrir » ton âme. Quand tu veux du pain tu vas bien à la boulangerie non? Et en plus, il y en a pour tous les goûts: policier, romantique, drames, nouvelles, contes…

Avant de vous donner rendez-vous sous le baobab, je vous pose encore cette question: à quand remonte la dernière fois où vous avez lu un livre?