Annadjib Ramadane

Pour un usage plus responsable des réseaux sociaux au Tchad

S’il est vrai que l’usage fait des réseaux sociaux par une partie des internautes tchadiens (jeunes et vieux) peut être qualifié de très mauvais, il est malheureux de voir qu’on ne cherche pas à savoir quelles sont les causes réelles du problème et quelles pourraient être les solutions.


Au Tchad, un mois pour parler de citoyenneté numérique

Au Tchad, cette année marque la 5ème édition du Novembre Numérique qui est Co-organisé par l’Institut Français au Tchad et l’association WenakLabs. Le thème de cette année est : « La citoyenneté numérique ». Un concept très pertinent vu le contexte numérique tchadien. Depuis quelques années, à chaque mois de novembre, est organisé par les Instituts français à travers le monde le Novembre Numérique. C’est un mois où l’on met en avant les cultures…


Ma visite à Gaoui

Il y a quelques jours, j’étais en visite à Gaoui, village situé à une dizaine de kilomètres du centre ville de N’Djamena. Gaoui est un village qui est plus ou moins connu de nom par les N’Djamenois, sûrement parce qu’il est proche du célèbre camp des retournés centrafricains, dit « de Gaoui » et aussi parce que les jeunes de la capitale n’ont pas l’habitude d’explorer les villages environnants.

Quoi qu’il en soit, le village de Gaoui est un site historique tchadien. Il a été selon les historiens, la capitale de la civilisation Sao. Un peuple ayant vécu dès le VIIème siècle vers le Lac Tchad, et connu pour sa grande taille, sa robustesse et surtout sa maîtrise de la poterie et de la céramique.

Poterie musée de Gaoui
Poteries Sao exposées au Musée de Gaoui.

Aujourd’hui, le village de Gaoui abrite le musée Sao, et est principalement peuplé par leurs descendants : les Kotokos ; qui sans aucun doute, ont hérité du talent de leurs ancêtres dans l’art de la poterie.

Le musée Sao de Gaoui

Le musée de Gaoui est situé à l’entrée du village, juste près de la grande mosquée. Il nous aura fallu attendre quelques minutes avant que le guide et le gardien du musée ne viennent pour nous ouvrir les portes et nous expliquer le déroulement de la visite.

Entrée musée de gaoui
Entrée du musée de Gaoui.

Le bâtiment qui abrite actuellement le musée est l’ancien palais du sultan de Gaoui. Selon le guide, il date du 19ème siècle et est donc l’un des plus anciens bâtiments du Tchad.

musée de gaoui
Le musée de Gaoui.

Dès l’entrée au musée, on trouve dans la cour des jarres funéraires Sao (les morts y étaient placés à l’intérieur en position fœtale), des jarres similaires sont exposées au Musée National de N’Djaména.

Jarre funéraire Sao.
Jarre funéraire Sao.

Le musée de Gaoui a 6 différentes salles dans lesquelles sont exposées différentes œuvres Sao : vases, poteries, figurines humaines et animales, instruments de chasse et de pêche, instrument musicaux, habits des anciens notable, photos d’époque, documentation, etc.

Instruments de chasse Kotoko au musée de gaoui.
Instruments de chasse Kotoko au musée de Gaoui.

Sauvons le musée…

Bien que le musée de Gaoui abrite des objets historiques importants, il a l’air de tomber en ruine. Les dernières rénovations du musée datent de 2007, et entre temps, lors de la saison des pluies, de la boue dégouline du plafond et atteint même certaines œuvres.

figurine Sao au musée de Gaoui.
Figurine Sao en mauvais état.

Les termites, de leur coté grignotent du mieux qu’ils peuvent les biens laissées à leur portée.

Instrument Musique Gaoui
Instrument de musique Sao en bien mauvais état.

La bibliothèque, située à l’entrée du musée, se résume à 4 étagères et ne survit que grâce aux dons.

Gaoui Bibliothèque
Vue d’une rangée de la bibliothèque de Gaoui.

Une situation qui n’a pas l’air de préoccuper nos hautes autorités, meme si en 2018, les médias parlaient déjà de la menace qui plane sur le musée.

Une fois la visite du musée terminée, nous sommes allés à la rencontre des potières du village.

À la rencontre des potières de Gaoui

Gaoui est un village réputé pour sa poterie. Les femmes du village maîtrisent cet art légué par leurs ancêtres les Sao.

Jarres, pots d’encens, assiettes et couverts en céramique sont exposés dans la cour des maisons qu’on a eu à visiter.

Jarres de Gaoui
Jarres de Gaoui.

Malheureusement pour nous, nous sommes arrivés le lendemain de la cuisson de l’argile.

poterie Gaoui
Poteries entrain de secher au soleil.

Nous avons donc manqué le processus de création de ces superbes œuvres d’art.

Gaoui, une ville calme

Gaoui est un village composé de 4 quartiers. En mâtinée les rues sont quasiment désertes. On ne voit que des vieillards causant sous un arbre et des d’enfants jouant. Une situation s’expliquant par le fait qu’en journée, la plupart des habitants vont dans la capitale pour travailler et ne reviennent que le soir.

Mosquée de Gaoui
Mosquée de Gaoui

Les ruelles des quartiers sont étroites et les murs des habitations sont pour la plupart en terre et recouverts de jolis motifs, seuls quelques bâtiments en brique rouge ajoutent un air moderne au décor du village.

Ruelle de Gaoui
Ruelle de Gaoui.

Notre visite s’est terminée par la traditionnelle visite au palais du sultan. On a pu rencontrer le sultan et partager avec lui du thé.

Palais sultan de Gaoui
Le nouveau palais du sultan de Gaoui.

 

Quelques photos du village

Vue de Gaoui
Vue de Gaoui depuis la terasse du musée.
Musée de Gaoui
Figurine Sao exposée au musée de Gaoui
Fillettes Gaoui
Fillettes jouant dans un des quartiers de Gaoui.
Vue du musée de Gaoui.
Vue sur la porte d’entrée du musée de Gaoui.
Quelque part au musée de Gaoui.

Si vous êtes à N’Djaména, ou si vous passez au Tchad, n’hésitez pas à visiter Gaoui, le village où l’on trouve les meilleures potières du Tchad.

 


BlogDay : un trio pour parler du blogging au Tchad

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, le 31 août est la journée mondiale du blogging. Le #BlogDay est une journée spéciale pour la plupart des blogueurs du monde entier. Elle est fêtée à coup d’articles (comme celui-ci), de photos, de vidéos, de hashtags ou de divers événements de promotion de cette belle passion.

Mais le #BlogDay est aussi une occasion pour mettre de côté les principaux sujets qui alimentent nos blogs et de parler des différentes visions qu’on a de ce bel art. Une occasion pour faire le bilan de nos réalisations, qu’elles soient personnelles ou communes. Une occasion pour se lancer des défis, ou tout simplement raconter nos vies « spéciales » de blogueurs.
Dans ce billet un peu spécial, je ne serais pas le seul à raconter ma vie. Je serais en compagnie de la cousine Sandrine Naguertiga et de Salim Azim (qui a accepté pour une journée de sortir de sa retraite de blogueur).

Sandrine Naguertiga : militer pour plus de féminité dans le blogging au Tchad

Sandrine Naguertiga.
Sandrine Naguertiga. Photo : Annadjib Ramadane.

En cette journée très symbolique, rappelée ci-dessus par mon frère Annadjib, il est très important pour moi, de rappeler l’importance des femmes dans les TICs. Le blogging est très malheureusement souvent associé, ici au Tchad, à de l’activisme politique. Or il n’y a pas que ça. On observe aujourd’hui sur la toile de nombreuses femmes africaines qui ont su faire du blogging un véritable levier de développement socio-économique.

Nombreuses à l’instar de la franco-senegalaise Fatou N’Diaye (BlackBeautyBag) ont su user du blogging pour en faire une activité fructueuse et génératrice de revenus. D’autres usent aussi du blogging pour fédérer une communauté solide autour de leurs visions, engagements, combats… Il va sans dire que la femme tchadienne a plus que jamais sa place dans le blogging et peut réussir à changer l’image négative ou effrayante qu’on a du blogging actuellement.
Sachons utiliser ces outils à notre portée et produire du contenu en rapport avec une vision de développement socio-économique.

Mes chères sœurs, si vous hésitez encore, ce n’est plus le moment : foncez et croyez en vos capacités!

Salim Azim Assani : « Non, je n’ai pas cessé de bloguer ! »

Salim Azim
Salim Azim. Le geek du Sud. Photo : Annadjib Ramadane.

Annadjib, mon filleul, me relance souvent sur le fait que je ne blogue plus. Une manière pour lui de me mettre la pression afin que je reprenne les choses en mains, si je peux ainsi dire.

En réalité je n’ai pas cessé de bloguer, c’est plutôt une sorte d’hibernation due à mes engagements professionnels et aussi communautaires. De l’inspiration, il ne m’en manque pas, mais le temps, oui. Par contre, je suis de près la blogosphère tchadienne et continue à avoir mon mot à dire. Au Tchad, la première vague des blogueurs s’est quasiment éclipsée, laissant place à une nouvelle, mieux outillée et plus pointue en terme de rédaction. Seuls quelques rares blogueurs comme Cherif Adoudou tiennent encore la ligne.

En cette journée internationale du blogging, j’ai décidé de faire une sorte de come-back par l’entremise d’un tweet sur lequel m’a identifié Mahmoud Sabir.

L’occasion pour moi de co-signer ce billet avec mes camarades Sandrine et Annadjib.

En réalité, je n’ai pas cessé de bloguer, car je signe de temps à autre des billets sur diverses plateformes collaboratives ou encore militantes. J’annonce d’ailleurs le lancement prochain de mon blog legeekdusud.com, qui promet apporter du contenu original et à valeur ajoutée.

Annadjib Ramadane : « Je pense qu’il est temps pour nous d’innover en terme de contenus et de prendre des initiatives pour promouvoir le blogging au Tchad »

Ça fait déjà trois ans que je tiens ce blog.

J’écris toujours avec le même plaisir et la même passion qu’à l’époque où il me suffisait juste d’un smartphone et d’une connexion internet, car il y a encore tellement de choses à raconter sur ce beau pays qu’est le Tchad.

Chaque voyage ou sortie, est pour moi l’occasion de raconter nos magnifiques paysages, nos charmantes villes, nos richesses culturelles, notre peuple tellement accueillant…
Mais parfois, je me dis qu’il est peut être temps pour les blogueurs tchadiens de proposer de nouveaux types de contenus à leurs lecteurs. Pourquoi se limiter aux textes et photos, alors que la vidéo a une place de plus en plus importantes auprès des internautes ?

N’est-il pas temps de prendre des initiatives, que ce soit au niveau collectif ou individuel pour promouvoir le blogging au Tchad ?

Quoi qu’il en soit, il y a de belles surprises en préparation.

Bonne fête aux blogueurs et merci à vous, lecteurs et lectrices, car tout ça c’est grâce à vous.

Billet co-écrit avec Sandrine Naguertiga et Salim Azim Assani.


Au Tchad, la levée de la restriction des réseaux sociaux annonce des jours meilleurs pour le numérique

Le samedi 13 juillet restera un jour mémorable pour beaucoup d’internautes tchadiens. Après presque de 16 mois de restriction des réseaux sociaux au Tchad, le record de blackout numérique en Afrique selon Reporters sans frontières, le président de la république a annoncé, à la surprise générale, la levée de la restriction des réseaux sociaux lors d’un discours qui a eu lieu à la clôture du forum Tchad Numérique.

Finis donc les VPN, ces applications servant à contourner la restriction des réseaux sociaux et consommant une partie des forfaits internet, finis les lettres ouvertes et les dénonciations à coup de hashtags. Les internautes tchadiens sont désormais libres de s’exprimer et de donner leur avis en ce qui concerne la gestion de la chose publique.

La levée de la restriction des réseaux sociaux est avant tout un retour à la normale. On peut s’en féliciter ou s’en réjouir, ça dépend de tout un chacun. Mais pour moi, c’est aussi un signe annonçant des jours meilleurs pour le numérique au Tchad.

Une nouvelle dynamique pour le numérique au Tchad

Ces derniers mois, j’ai pu observer qu’il y a une certaine dynamique qui est en cours au Tchad. Notamment via la nomination de personnes jeunes, compétentes et surtout conscientes de ce que le numérique peut apporter au Tchad :

  • En avril dernier, a été organisé à l’Assemblée nationale une journée d’information sur les secteurs des postes et des TIC à l’endroit des députés, qui, pour la plupart sont des personnes âgées et un peu en déphasage avec le numérique ;
  • Des rencontres avec différentes associations évoluant dans le domaine du numérique au Tchad ont été entreprises ;
  • Le 13 juillet a été inauguré le réseau de fibre optique N’Djaména – Adré, qui permettra de baisser énormément le coût d’internet au Tchad et qui, selon les mots du ministre des postes et NTIC, « marque indubitablement l’évolution du numérique et son apport sur l’Economie de notre pays » ;
  • Et du 11 au 13 juillet 2019 a eu lieu à N’Djaména le forum Tchad Numérique qui s’est conclu par la levée de la restriction des réseaux sociaux.

Tous cela montre à suffisance que la situation change. Et même si pour le moment il y a plus de promesse que d’actes, on est en droit d’espérer un avenir meilleur, car même ceux qui hier négligeaient tout ce qui a trait au numérique se le réapproprient aujourd’hui.

Une réappropriation du numérique par le gouvernement

Le gouvernement tchadien qui était d’abord dans une certaine logique de négligence des réseaux sociaux est en train de se les réapproprier. Notamment en commençant à communiquer de plus en plus via ces plateformes et les sites web officiels. Même si cette communication n’est pas encore optimale, car certains ministères n’ont pas encore sauté le pas, ça fait toujours plaisir de savoir ce qui se passe quotidiennement dans nos différents ministères.

Juste après la levée de la restriction des réseaux sociaux, 4 pages Facebook officielles du gouvernement ont obtenu le badge bleu.

Peut-être un signe du réseau social pour nous dire qu’il suit de près ce qui se passe chez nous.

Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que la balle est dans le camp des internautes tchadiens. Ils doivent faire comprendre aux gouvernants que la levée de la restriction des réseaux sociaux n’est pas inutile. Surtout en publiant plus de contenus positifs et en utilisant de manière plus responsable les réseaux sociaux.

Pour conclure, méditons sur ces mots du président de la république :

Exprimez-vous en toute liberté ! Donnez votre avis sur la conduite des affaires publiques ! Critiquez librement l’action de vos gouvernants ! C’est votre droit le plus absolu comme je l’ai toujours affirmé.

Mais je vous exhorte à ne pas contribuer à répandre les idées rétrogrades et autre « fake news » qui, à force, fragilisent le lien social et finissent par ébranler la concorde nationale.

Annadjib.


3 idées pour promouvoir le contenu local tchadien sur internet

Il y a 15 mois, on abordait sur ce blog la question du contenu local tchadien sur internet. Et principalement le négativisme qui caractérise la majorité des contenus qui y sont partagés, les défis des sites web et blogs tchadiens, et l’absence de propositions concrètes pour faire évoluer les choses.

Entretemps, rien n’a vraiment changé. Bien que le prix du gigaoctet de connexion internet a relativement baissé, les contenus tchadiens sur internet sont toujours à la traîne. Le « boum » des contenus tchadiens qu’on espérait n’a pas eu lieu. Pas de nouveaux contenus, tant en qualité qu’en quantité.

La question est tout autant négligée qu’avant. On pourrait même dire que cela va en s’empirant, puisque les réseaux sociaux deviennent au Tchad de plus en plus malsains.

Alors, que pourrait-on faire pour donner une nouvelle impulsion au contenu local tchadien sur internet ?

Vulgariser le nom de domaine « .td » pour une identité numérique propre

Le « .td » est l’extension du nom de domaine pays du Tchad. Avoir un nom de domaine pays est une certaine manière d’affirmer son identité numérique sur internet et de signifier que notre contenu cible et est attaché à une zone géographique donnée. Contrairement à certains pays africains qui ont mis en place des politiques et campagnes marketing pour la vulgarisation du nom de domaine national, le Tchad est resté figé.

Selon les chiffres de notre autorité de régulation des communications électroniques et des postes, le nombre de sites web utilisant le « .td » est inférieur à 500. Sachant que le Tchad compte près de 779 000 internautes, ce chiffre parait ridicule.

3 raisons peuvent expliquer cette situation :

  • La cherté du nom de domaine « .td » : il coute près de 75 000 francs CFA (environ 114 euros), soit jusqu’à 10 fois plus cher que les noms de domaines « .fr » « .com » etc.
  • Les pannes techniques des serveurs « .td » : ce qui cause l’inaccessibilité des sites pendant plusieurs heures.
  • L’absence de politique de vulgarisation du nom de domaine « .td ». Beaucoup ne savent pas pourquoi il est important d’avoir un nom de domaine pays.

Toutes ces raisons font que l’on préfère utiliser les autres noms de domaines plus accessibles, moins chers et plus pratiques.

D’ailleurs, certaines institutions et ministères tchadiens n’utilisent pas cette extension, comme par exemple le ministère du plan ou celui de la Santé, alors que d’autres utilisent des sous nom de domaines tirés de « gouv.td ». Une non harmonisation qui prouve qu’il y a vraiment un problème quelque part.

Un nom de domaine « .td » moins cher et facilement accessible à tous les internautes encouragera nos créateurs de contenus à le privilégier pour leurs sites web. Ce qui sera déjà une grande avancée.

Récompenser les créateurs de contenus pour les encourager

Ces dernières années, dans certains pays à l’exemple du Cameroun, du Mali, de la Cote d’ivoire, du Bénin… on organise de plus en plus de concours, compétitions et cérémonies où l’on récompense les acteurs du numérique et créateurs de contenus.

Ces « Digital Awards », « Blog Awards » et autres – bien qu’il y ait derrière des raisons marketing – ont l’avantage d’encourager les créateurs de contenus, car ce qu’ils font a un sens, et d’inspirer les autres internautes pour qu’ils se lancent aussi dans la création des contenus de qualité. Que ce soit par passion, par envie de gagner des prix ou pour la « célébrité » qui va avec.

Cependant au Tchad, on n’organise pas trop ce genre de concours. Les seules fois où l’on pense à récompenser les acteurs du numérique, on se focalise uniquement sur les entrepreneurs (c’est la mode).

Ce qui est malheureux, car ce que font les créateurs de contenus est tout aussi important que les réalisations des entrepreneurs du numérique et autres.  Les uns ont une passion, les autres l’amour de l’argent…

Pourquoi pas une politique de promotion du contenu local ?

Avoir une politique claire et précise de promotion du contenu local sur internet aurait l’avantage d’englober les idées énoncée plus haut et d’essayer de trouver des solutions efficaces pour remplir le web de contenus tchadiens à jours et de qualité.

Danseurs Kanem Tchad
Danseurs du Kanem à la place de la nation. Photo : Annadjib Ramadane

Prenons l’exemple des images sensées faire la promotion du tourisme au Tchad qui circulent sur internet. Pour la plupart, ces images datent et se résument juste à certains lieux. Le nord du Tchad ne se résume pas seulement aux lacs d’Ounianga et notre capitale ne se résume pas seulement à la place de la nation.

Quoi qu’il en soit, la promotion du contenu local tchadien sur internet devrait être notre combat à tous. Car comme le dit le proverbe : « Ensemble, on va plus loin ».

Annadjib.


L’internaute tchadien à l’épreuve des fake news

Le 17 juin est apparu sur mon fil d’actualité Facebook une vidéo montrant une femme en culotte se faire poignarder jusqu’à la mort part deux individus. Selon la description de la vidéo, il s’agit d’une Tchadienne qui travaillait comme domestique au Koweït. Après avoir laissé par inadvertance l’enfant de ses employeurs tomber du haut d’un balcon, ses employeurs l’auraient froidement assassiné. D’où la fameuse vidéo.

Un célèbre site web tchadien, le premier à avoir partagé la vidéo, a même mis sur son site trois messages audio, dans lesquels on entend des femmes tchadiennes affirmer connaitre la victime (elles ont mentionné son nom) et dire que la représentation diplomatique tchadienne au Koweït est au courant de l’affaire, mais n’en a rien à faire.

Capture d'écran du site web tchadien qui a relayé la vidéo.
Capture d’écran du site web tchadien qui a relayé la vidéo.

L’habitude : s’indigner avant de vérifier la source de l’information

Avant tout, il est normal qu’une vidéo de ce genre puisse choquer. Mais il faut aussi savoir que les histoires de domestiques qui se font assassiner dans les pays du golfe sont monnaie courante et dans les réseaux sociaux, la plupart du temps, des vidéos et photos circulent sans que l’on puisse trouver leurs origines.

Alors on a tendance à très vite s’indigner et à partager sans même avoir vérifié si l’information en question est vrai. Dans le cas de notre vidéo, beaucoup d’internautes tchadiens n’ont pas hésité à faire circuler la vidéo en jouant les indignés et en maudissant le Koweït. Et vu que la vidéo en question était accompagnée de messages audio, certains internautes téméraires n’ont pas hésité à faire des lives Facebook et à interpeller le gouvernement tchadien.

Alors qu’en réalité, il le ne s’agit pas d’une Tchadienne sur la vidéo et ceux qui ont écouté avec attention les messages audio peuvent facilement deviner qu’il ne s’agit que de suppositions.

Le bon réflexe : toujours vérifier la source de l’information et dans le doute s’abstenir de partager

Mon premier réflexe en regardant la vidéo était de vérifier si elle ne comportait aucun montage et s’il s’agissait vraiment d’une Tchadienne. Car dans ce genre de vidéos, les internautes de n’importe quel autre pays où les femmes vont travailler au Koweït peuvent affirmer qu’il s’agit d’une de leurs compatriotes.

Pour faire mon travail de vérification, j’ai d’abord utilisé la barre de recherche Facebook en utilisant les mots clés suivant : « Koweït – assassinée – domestique ». Résultat, je suis tombé sur une vidéo d’un site d’information malgache qui date du 18 mars 2019 (soit près d’un mois avant son apparition au Tchad) qui montrait un extrait de la vidéo en affirmant qu’il s’agit d’une domestique de nationalité malgache tuée au Koweït.

Après cette trouvaille, j’ai utilisé InVid, un outil plus précis de vérification d’images et de vidéos. Les résultats d’inVid m’ont redirigé vers un site gore hébergé en Europe de l’est. On y trouve des vidéos d’assassinats, de tueries de viols et autres.  J’ai trouvé la vidéo que je cherchais à l’accueil du site. Elle datait du 12 juin 2019 et avait pour titre « Brazilská řezničina » ce qui veut dire « boucherie brésilienne ».

InVid extension
Capture d’écran InVid

Cette trouvaille capitale m’a permis d’ajouter sur mes mots clés de recherche le mot « Brésil » et de tomber jusqu’à un article d’un site brésilien qui date de 2017. Selon l’article, la femme en question serait une brésilienne assassinée suite à une histoire de gang. Sur ce, j’ai arrêté mes recherches.

En écrivant ce billet, je suis tombé sur une publication d’une page Facebook qui a aussi trouvé une source à la fameuse vidéo.

Tout ça pour dire qu’il faut toujours vérifier la source d’une information avant de la partager ou de la commenter. Car ça peut vous éviter d’énormes problèmes.

Annadjib.

 


Pourquoi les adaptations de mangas au cinéma font polémique ?

Hier Netflix a devoilé le teaser de l’adaptation du célèbre manga Death Note en serie, ce qui n’a pas du tout plu aux millions de fans du manga. Les plus puristes ont même crié au scandale, à la profanation etc.

Ilustration par Lisa Larson-Walker d’après une photo de Tokyo prise par Vincent_Af/Flickr Creative Commons

Ce qui met sur la table le problème que cause l’adaptations de mangas au cinéma.

 

Pour les Otakus, les mangas sont sacrés

A vrai dire, ce n’est pas l’adaptation des mangas qui pose problème, mais surtout la maniéré dont on les adapte. Depuis une vingtaine d’années, plusieurs centaines de mangas ont été adaptés au cinéma : de GTO à Ghost In The Shell en passant de DragonBall evolution à Nana… Et toujours les mêmes problèmes.

Affiche de la sortie du film : Gto

L’adaptation d’un manga est comme l’adaptation d’un roman, il faut un maximum de concordances entre l’oeuvre originale et l’adaptation. Intrigues, scénario et  caractères des personnages doivent ressembler le plus possible à l’oeuvre originale. Dans le monde, les principaux studios qui adaptent les mangas sont japonais et américains.

Le cas des adaptations japonaises

Rien de plus normal que le Japon, pays du manga, soit le premier à adapter ses œuvres au cinéma.

Les adaptations de mangas par les japonais sont, pour la plupart, bien accueillis par les critiques tant nationales qu’internationales. Et oui, car c’est au Japon que se déroulent la majorité des intrigues de nos mangas préférés. Les adaptations japonaises ont donc des avantages tant sur le plan géographique, culturel, qu’humain. Elles sont en majorités fidèles aux œuvres originales, des paysages et acteurs qui ressemblent à ceux du mangas, donc pas de dépaysement.

Nana. Credit photo : Manga-News

Ce qui pose le problème de l’adaptation des mangas par les studios américains…

Le cas des adaptations américaines

Depuis quelques années, les studios américains se sont mis à adapter des mangas célèbres au cinéma. Dont les célèbres Ghost in Shell et surtout Dragon Ball 

Dragon ball evolution. Credit photo : Le Journal du Geek

Le problème des studios américains c’est qu’ils ont de gros budgets. Des adaptations de Comics tels que les Avengers nous ont démontrés que les américains ne lésinent pas sur les effets spéciaux et les cascades. Ainsi quand les américains se mettent à adapter un manga, ils font tout pour « l’américaniser ». Les acteurs principaux sont pour la plupart américains, et ne ressemblent en rien aux personnages de l’oeuvre originale. Les scénarios sont modifiés de façon à avoir un maximum d’effets spéciaux :

Budget énorme, il faut trouver un moyen de le gaspiller.

Ce qui dépayse complètement les fans et crée de véritables polémiques. C’est ce qui explique, par exemple, que le réalisateur de Dragon Ball évolution ait été obligé de s’excuser publiquement pour tout le mal qu’il a fait aux pauvres fans.

En résumé pour adapter un manga faut y mettre du cœur, le nombres d’entrées au cinéma important guère.

Annadjib


Une journée à Mongo, à la découverte de la gastronomie tchadienne

Il y a quelques jours, j’étais à Mongo, ville de la région du Guéra, située à près de 500 kilomètres au Nord-Est de N’Djaména, pour prendre part à la deuxième édition de la « Journée de la gastronomie tchadienne ».

Tout d’abord, il faut savoir que la Journée de la gastronomie tchadienne a été organisée par « Guéra Touristique », une association à but non lucratif qui œuvre dans la promotion du tourisme, la valorisation de la culture et l’aide aux populations du Guéra. Une région beaucoup plus connue par ses longues chaines de montagnes – dont la fameuse « Reine du Guéra » – que par son histoire, ses cultures et ses richesses.

Reine du Guera
Depuis Mongo, on peut voir la Reine du Guéra. Une chaîne de montagne qui fait penser à une femme allongée sur le dos. Photo : Annadjib Ramadane.

La Journée de la gastronomie tchadienne avait pour but de mettre en valeur la « vraie » cuisine tchadienne. Celle où on n’utilise pas d’arômes artificiels ni d’organismes génétiquement modifiés (OGM), celle qui prend tout son temps pour bien cuire.

Un public et des exposants variés

Il est presque 11 heures et de la musique s’échappe du centre social de Mongo, lieu qui abrite la journée de la gastronomie tchadienne. À l’extérieur, quelques passants curieux s’arrêtent devant le centre pour savoir ce qui se passe. Les exposantes retardataires arrivent enfin et se pressent pour dresser leurs tables. La journée de la gastronomie tchadienne peut enfin commencer.

La cour interne du centre social de Mongo a accueilli une trentaine d’exposantes aux profils variés. Femmes au foyer, cuisinières de formations, membres d’associations féminines, de groupements ou de coopératives. Toutes étaient là pour faire découvrir leur cuisine au public, mettre en valeur les produits de leurs régions respectives et vendre leurs plats cuisinés.

Femmes Mongo
Une vue de quelques exposantes. Photo : Annadjib Ramadane.

Quant au public, il était composé principalement des populations locales, d’expatriés et de quelques invités.

Des plats variés

Les exposantes ont fait leur maximum pour nous concocter des plats traditionnels aussi variés que succulents. Pas comme à N’Djaména la capitale, où le menu à l’air de se résumer à 4 ou 5 plats…

Jarre Mongo
À Mongo, on cuit parfois la nourriture dans des jarres en terre cuite. Photo : Annadjib Ramadane.

Il y avait donc, entre autres, de la bouillie faite à base de fruits du savonnier, de la sauce poulet cuite à base de pâte de sésame, des haricots accommodés à de la pâte d’arachide, de la pâte dite « chalop », et tout un assortiment de sauces et de desserts.

Boule de mil rouge
Du Digari ou boule de mil rouge très appréciée à Mongo. Photo : Annadjib Ramadane.

A la capitale, nous sommes plutôt habitués à manger des plats cuisinés avec des arômes artificiels, cela fait que, par moment, leurs plats avaient l’air de ne pas être assez salés pour nous.

Haricot Mongo
On appelle ce plat « Haricot Endurance » car il est fait à base de haricot et de pâte d’arachide. Photo : Annadjib Ramadane.

Quoi qu’il en soit, on s’est bien régalés.

Marrara Tchad
Des tripes ou Marrara. Photo : Annadjib Ramadane.

Les plats coûtaient entre 500 Fcfa et 2000 Fcfa.

Kissar Gombo
Kissar sauce gombo. Photo : Annadjib Ramadane.

Il y avait beaucoup de plats inconnus pour moi.

Igname Mongo
Warchangalli. Une spécialité N’Djaménoise faite à base d’ignames et de viande. Photo : Annadjib Ramadane.

Et puis, il y avait les desserts…

Du gougour au lait. Photo : Annadjib Ramadane.

Le fameux Halou fi assiette…

Gelée à la tchadienne.
Hallou fi assiette. Une gelée délicieuse. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Visite rapide de Mongo avant le retour

La journée de la gastronomie tchadienne se termina aux alentours de 17 heures. Vu qu’on devait rentrer à la capitale le lendemain matin, on a profité de notre temps libre pour nous promener en ville, fouler le sol rouge et poussiéreux de Mongo et escalader quelques rochers.

L’ancien gouvernorat de Mongo. Photo : Annadjib Ramadane.

Mon séjour à Mongo fut court mais riche en enseignements. Comme l’a dit une exposante : « On doit valoriser notre culture à travers sa cuisine ».

Cuisine de Mongo.
Pour finir, ce qu’on a mangé avec les amis. Photo : Annadjib Ramadane.

Annadjib.


Ces signes qui annoncent le ramadan à N’Djaména

On est à N’Djaména, capitale de la république du Tchad. La température avoisine en moyenne pendant les mois d’avril et de mai les 40° C. Malgré cette température qui, sous d’autres cieux, pourrait aisément être qualifiée de canicule, la vie suit son cours à N’Djaména. Chaque jour, les véhicules et motos défilent à toute allure sur le bitume chaud et poussiéreux. Les vendeurs ambulants, les yeux plissés et les bras chargés de marchandises se faufilent tant bien que mal dans les rues étroites et bondées des marchés de la capitale. Devant les maisons, les jeunes allongés sur des nattes, s’entassent sous l’ombre des arbres et s’éventent tout en buvant du thé bien chaud…
Malgré ce quotidien relativement calme, les plus observateurs ont déjà pu constater que le mois de ramadan n’est pas loin. Pas parce qu’ils ont vu un quelconque calendrier, mais parce qu’ils peuvent déceler à travers ce qui se passe à N’Djaména, les signes annonciateurs de ce mois sacré.

Une odeur d’« Almé Abré » dans les rues

Almé Abré, ou littéralement « eau d’Abré » est une boisson fraîche qu’on consomme au Tchad lors de la rupture du jeûne. La boisson résulte d’une préparation faite à base de mil fermenté, mélangé à des fleurs hibiscus et divers arômes, dont principalement le gingembre et la cannelle.

Almé Abré
C’est cette mixture, qui, une fois cuite, devient l’Abré. Photo : Annadjib Ramadane.

Une fois les ingrédients mélangés, la mixture est cuite dans une grande poêle jusqu’à ce qu’elle ressemble à une sorte de grande crêpe rouge et sèche.
C’est le produit fini, qui, après avoir été placé dans de l’eau froide pour un moment, est filtré et donne une boisson légèrement rouge au gout fort. On y ajoute du sucre selon notre convenance.
L’une des particularités de cette boisson, c’est qu’on ne la consomme que pendant le ramadan. Alors, à l’approche du mois sacré, certaines femmes préparent ça chez elles, en quantités destinées à la vente. C’est ainsi que dans les rues de N’Djaména, on peut sentir un peu partout l’odeur forte et particulière de ce mélange. Une odeur qui fait directement penser au ramadan.

Les mariages du ramadan

Autre chose qu’on remarque à l’approche du ramadan à N’Djaména, c’est une hausse des mariages. Beaucoup préfèrent se marier ou consommer officiellement leur union à l’approche du ramadan, car ils estiment que débuter leur vie de couple avec le mois sacré du ramadan est une bonne manière pour consolider leurs liens tant sur le plan affectif que religieux.
Par ailleurs, certains préfèrent se marier avant le ramadan pour des nécessités pratiques et économiques. Le mariage est une occasion pour éviter de dépenser des sommes faramineuses et inutiles lors des cérémonies de noces. Cet argent pourrait être économisé et utilisé pendant le ramadan à des fins plus profitables à la communauté. Comme par exemple en offrant des repas aux nécessiteux.
Dans la vie de couple, il y a parfois des moments difficiles qui peuvent se terminer par un divorce. À l’approche du ramadan, les familles font tout pour réconcilier les couples divorcés ou juste séparés. Habituellement, on dit à l’épouse de patienter car sa place est dans son foyer. Quant à l’époux, on lui demande de craindre Dieu.

Les dernières sorties dans les jardins

Vu que pendant le ramadan on ne peut ni boire ni manger en journée, les jeunes de la ville ne manquent plus une occasion pour aller passer du bon temps dans les jardins. Les sorties qui ont d’habitude lieu les weekends ont désormais lieu quasiment tous les jours.

Une partie de Monopoly, lors d’une sortie dans un jardin. Photo : Annadjib Ramadane.

On aurait également pu citer comme autre signes annonçant le ramadan : la hausse du prix des denrées alimentaires ou les longs marathons d’excès. Mais bon, Ramadan Karim à tous !

Annadjib.


J’ai participé à la formation Yali Dakar

J’ai assisté à la session 14 de la formation hybride du Centre Régional de Leadership de l’Afrique de l’Ouest, autrement dit la formation YALI Dakar. Cette formation s’est déroulée du 6 mars au 12 avril 2019, la formation est dite « hybride » parce que les 2 premières semaines ont lieu en ligne et les 4 restantes à Dakar au Sénégal.
Pour ceux qui se demandent ce qu’est le Young African Leaders Initiative (YALI), c’est une initiative du Département d’État des États-Unis. Pour résumer, l’objectif du programme est de :

Soutenir les jeunes leaders africains dans leurs efforts pour stimuler la croissance et la prospérité, renforcer la gouvernance démocratique et améliorer la paix et la sécurité dans le continent africain.

Cela via 3 filières au choix : Business and entrepreneurship, Civic Leadership et Public Management.
Après 2 semaines de formation en ligne marquées par des cours vidéos, évaluations, discussions et travaux de groupe, c’est naturellement que je suis allé à Dakar pour la suite de la formation.

Vue de la ville de Dakar. Photo : Annadjib Ramadane.
Vue de la ville de Dakar. Photo : Annadjib Ramadane.

Arrivée à Dakar pour la formation en présentielle

Je suis arrivé à Dakar un dimanche à l’aube accompagné d’une dizaine de compatriotes. Etant libre le jour de mon arrivée, j’ai profité de mon temps libre pour me promener et découvrir la ville en attendant que les choses sérieuses commencent.

 

Début de la formation Yali-Dakar

La formation Yali-Dakar a commencé par une activité de 2 jours, appelée la retraite. L’activité a pour but de permettre aux participants provenant d’une quinzaine de pays de faire connaissance, d’avoir un aperçu global des projets des uns et des autres, de bâtir des communautés à travers diverses activités plus ou moins ludiques axées sur la coopération.

Après cette 1ère phase, les différentes filières sont séparées par leurs emplois du temps et débutent alors les activités dites intensives.

Etant dans la filière « Business et Entrepreneurship », mes journées étaient marquées par des ateliers, des rencontres, des panels, des sorties pédagogiques, conférences et travaux de groupes. Les journées étaient très chargées et parfois épuisantes.

Malgré tout ça, j’ai pu apprendre énormément des formateurs qui étaient vraiment très motivés et impliqués, des différents invités aux parcours atypiques et des autres participants et leurs projets.

La team Business and Entrepreneurship après une séance de travail au Synapse Center. Photo : Synapse Center.

La formation ne se résumant pas seulement aux cours, le 1er week-end on a pu visiter 2 lieux emblématiques de la ville de Dakar.

Visite du monument de la renaissance Africaine

En début de journée, on est allé au Monument de la Renaissance.

Le monument en question fait 7000 tonnes et surplombe la ville de Dakar. Avant d’arriver au pied de la plus grande statue au monde (car elle fait 52 mètres, donc plus grande que la statue de la liberté et de celle de Rio) il faut monter 188 marches. Selon le guide, c’est la plus grande construction en Afrique après les pyramides d’Egypte. Le monument abrite en son sein un beau musée de 3 étages. On peut prendre un ascenseur pour arriver au sommet du monument et avoir une très belle vue de la ville de Dakar.

Monument de la renaissance Africaine. Photo : Annadjib Ramadane.
Monument de la renaissance Africaine. Photo : Annadjib Ramadane.

Pour conclure, il faut retenir :

  • L’idée de construire un tel monument était d’Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal.
  • L’architecte était un sénégalais.
  • C’est une compagnie Nord-Coréenne qui s’est chargée de bâtir l’édifice.
  • Tout a été fait et monté au Sénégal.
  • Le tout pour un budget de 12 milliards de Francs CFA.

Après le monument de la renaissance, on est allé visiter la célèbre île de Gorée.

Visite de l’île de Gorée

L’île de Gorée, située dans la baie de Dakar et dans l’océan atlantique, est un lieu emblématique de cette tragédie qu’est la traite négrière. Lors de la visite de ce lieu classé sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1978, j’ai vu des visages serrés et tristes quand le guide racontait comment les esclaves étaient entassés dans de minuscules cases, comment on s’y prenait pour les enchaîner et les lyncher… Puis des visages bizarrement souriants quand il s’agissait de faire des selfies dans la célèbre maison des esclaves.

Quelque part sur l'île de Gorée. Photo : Annadjib Ramadane.
Quelque part sur l’île de Gorée. Photo : Annadjib Ramadane.

Par ailleurs, l’île étant autant un lieu de tourisme que de mémoire, on se perd vite dans ses ruelles étroites et colorées, on peut visiter ses anciens musées, ses 28 maisons des esclaves et admirer les différentes œuvres d’art qui y sont exposées.

Après ces fascinantes visites, les journées restantes de la formation Yali Dakar se sont très vite enchaînées et on a terminé notre séjour par une soirée culturelle marquée par les prestations artistiques des différents participants.

La formation YALI Dakar fût une belle expérience car on y apprend beaucoup, on découvre de nouvelles cultures, on se fait pleins de nouveaux amis et on peut, si on tombe au bon moment, assister à une fête nationale.

 

Durant mon séjour, j’ai également pu passer une soirée avec Lucrèce et Roger, 2 amis mondoblogueurs de longue date.

Merci pour tout.

Annadjib.



Au Tchad, une année de censure internet injustifiable

Cela fait déjà un an qu’un bon matin, les internautes tchadiens se sont rendus compte que plus aucun site internet ne passait. Certains avaient émis l’hypothèse d’un problème de réseaux, car il est banal dans cet immense pays sahélien qu’est le Tchad de voir les communications perturbées lors des tempêtes de sable. Mais hélas non. C’était la 2ème censure internet de l’année. La 1ère ayant eu lieu le 25 janvier 2018, suite à un appel à des marches et manifestations lancé par la société civile.

Ce qu’il faut savoir et retenir de cette censure internet, c’est qu’elle est la plus longue que le Tchad n’ait jamais connue. Sur les 4 censures internet ayant eu lieu au Tchad entre l’année 2016 et l’année 2018, le délai le plus long était de 235 jours. Cette fois-ci, on est à plus de 365 jours. Une censure internet ironiquement mise en route juste après la promulgation de la nouvelle constitution censée marquer l’avènement d’une 4ème république. L’avènement d’un « Tchad nouveau ».

Sourde oreille des autorités

Je ne vais pas faire ici la liste de toutes ces dénonciations, articles, interviews télé, interventions à la radio, conférences de presses de la société civile, campagnes, sit-ins et longs communiqués de toute part adressés aux autorités tchadiennes, car malgré toute la bonne volonté qu’il y avait derrière ces courageuses actions, rien ne semblait changer. Les autorités tchadiennes continuaient de faire la sourde oreille et parfois dans les sorties médiatiques de certains hauts cadres, la censure internet était même quasiment niée. Du moins jusqu’à une plainte déposée en septembre par des avocats tchadiens. La plainte a abouti à plusieurs audiences et convocations impliquant les opérateurs téléphoniques et l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes du Tchad. Même si le Président du tribunal de grande instance de N’Djamena a finalement rejeté la demande des deux avocats, cette plainte a permis de voir clair dans cette histoire. Les opérateurs téléphoniques ne peuvent rien faire.

« Toutes les fois qu’il y aura une situation impliquant la sécurité nationale… ils sont censés coopérer avec les hautes autorités et au besoin restreindre le réseau. »

De cette information, on pourrait déduire tout simplement que tout ce qui a rapport à internet au Tchad est désormais du domaine de la sécurité nationale. Car les appels à manifester, qui sont pour la plupart interdits pour cause de « troubles à l’ordre public », sont majoritairement partagés sur les réseaux sociaux. Les censurer serait donc appliquer dans une certaine mesure une prérogative comme une autre des autorités. Elles ne doivent s’expliquer ni rendre des comptes à personne. Un raisonnement très dangereux, car l’accès à internet est selon l’ONU un droit fondamental, et le restreindre c’est violer les droits de l’Homme.

 

Aux dernières nouvelles, la cour d’appel a confirmé le verdict du 1er procès rejetant la plainte des deux avocats, et honnêtement, même si les avocats envisagent de saisir la cour suprême, on n’espère pas grand-chose car les autorités tchadiennes ont l’air de mépriser les conséquences de cette année de censure internet.

Les graves conséquences économiques de la censure internet

En 2016, Internet Sans Frontière avait estimé le coût de la censure internet qui a eu lieu au Tchad durant 235 jours, à 18 millions d’Euros. Entre temps, NetBlocks et l’Internet Society ont lancé un outil de calcul de l’impact économique de la censure d’Internet à l’échelle mondiale. Il suffit d’aller sur la plateforme, indiquer le pays, les sites censurés et la durée.

J’ai essayé de calculer via la plateforme l’impact économique de ces 365 jours de censure internet sur l’économie tchadienne. Les chiffres sont là et donnent le tournis.

Coût des 365 jours de censure internet au Tchad.

Dans un premier temps, on pourrait douter de la véracité de ces chiffres, mais il faut préciser que selon le Rapport sur l’état du Digital de 2019, de janvier 2018 à janvier 2019, la fréquentation des réseaux sociaux au Tchad a fortement diminué : moins de 150 000 utilisateurs, soit une baisse de 54%. Même si ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, cela constitue un énorme manque à gagner pour notre économie.

Quand la censure internet aggrave la fracture numérique

L’une des conséquences les plus graves de la censure internet au Tchad, c’est qu’elle aggrave la fracture numérique en mettant à l’écart de la société numérique toutes les personnes qui n’ont plus les moyens de se connecter à internet, et renforce le postulat selon lequel :

« Au Tchad, s’intéresser et s’impliquer dans le numérique est une perte de temps et d’argent ».

Désormais, sensibiliser les jeunes tchadiens et leur parler de culture numérique deviendra plus difficile qu’il n’y parait car leurs a priori négatifs seront renforcés. Une situation incompréhensible quand on se rappelle que le président de la république a fièrement reçu en février le président du groupe Maroc Telecom qui a dit vouloir aider le Tchad à développer son secteur numérique. Le même groupe qui a finalement acheté quelques semaines après Tigo Tchad, le premier opérateur du pays. Comme quoi, dans la forme, rien ne va changer.

En attendant, que faire pour lever la censure des réseaux sociaux ?

Plusieurs initiatives louables ont été initiés pour que la censure internet soit levée au Tchad. Campagnes digitales, lettres ouvertes, communiqués, etc.

A mon humble avis, les autorités tchadiennes se comportent comme un père qui ne voudrait pas donner raison à son enfant par peur de paraître faible.

Continuer sur cette lancée et laisser pendant ce temps les uns et les autres faire des amalgames entre le combat pour la levée de la censure internet à d’autres combats politiques est une perte de temps.

Les acteurs tchadiens du numérique ont intérêt à trouver le plus vite possible un moyen pour dialoguer avec nos autorités et leur expliquer que cette censure internet n’est dans l’intérêt de personne. Sinon, j’ai peur que le Tchad devienne comme la Chine en matière de censure internet.

Annadjib.


Ma visite au Salon africain de l’agriculture

Du 12 au 15 Mars 2019, s’est tenu à N’Djaména la 1ère édition du Salon africain de l’agriculture. Le Salon avait globalement pour objectif de parler et de promouvoir l’agriculture africaine et ses produits, à travers panels, stands, expositions, réseautage, etc.

Des tentes et des stands

Le palais du 15 janvier, lieu abritant le Salon africain de l’agriculture, fut légèrement transformé pour l’occasion. Deux longues et grandes tentes, installées dans la cour principale du palais, abritaient principalement les stands des pays invités (Niger, Burkina, Mali…), ceux de différents partenaires et de quelques producteurs et entrepreneurs locaux. Sur les stands, on pouvait trouver différents produits agricoles, qu’ils soient transformés ou pas, comme par exemple des semences améliorées, de la spiruline, de la confiture de tomate, du ketchup, du savon de karité, des légumes bio et même des aquariums.

Un stand de légumes au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

L’ambiance dans les tentes était pour moi un peu fade. On aurait dit un supermarché. Contrairement à l’extérieur qui était beaucoup plus vivant.

L’extérieur, un retour aux sources

L’extérieur du palais était pour moi beaucoup plus animé et intéressant que les tentes et leurs stands d’intérieur. Il y avait tout un espace dédié à l’exposition des tracteurs, accessoires, pompes solaires et différents appareils sensés améliorer le rendement agricole.

Pompes solaires exposées au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

À l’arrière du palais, il y avait un autre espace beaucoup plus intéressant avec des stands pour chaque région du Tchad. C’était un peu comme le Festival Dary, mais sans la musique et les danses qui vont avec.

Produits agricoles, artisanaux, médicaments traditionnels et autres étaient fièrement exposés et mis en vente. On a passé plus d’une heure à visiter ces stands, à discuter et à poser des questions aux exposants, car il faut l’avouer, les jeunes de la ville, sont comme on le dit en milieu rural : « perdus ». Les exposants nous répétaient sans cesse : « Si vous ne comprenez pas quelque chose, n’hésitez pas à poser des questions. »

Un seau de viande séchée (Charmoutt). Photo : Annadjib Ramadane.

Il y avait beaucoup de produits locaux dont on ne connaissait que le nom et d’autres qu’on consommait depuis toujours sans savoir d’où ils provenaient. Comme par exemple le moringa et le curcuma.

Du Cucurma produit au Tchad. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Saviez-vous que le Tchad est le 2ème exportateur de gomme arabique en Afrique ? Photo : Annadjib Ramadane.

Comme on posait beaucoup de questions, des dégustations nous furent offertes.

Sardines séchées du Lac Fitri, au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Sel rouge, provenant des lacs d’Ounianga. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Ballon de foot en cuir, exposé au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Les produits incitant à consommer local ne manquaient pas. Miel, confitures, bouillies, spiruline et moringa en poudre…

Pot de confiture de Datte, au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Du miel d’Accacia exposé au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Les enclos

Juste après les stands des différentes régions, il y avait une petite zone réservée aux cultures (ail, oignon, tomates…) avec une démonstration de culture sous serre et une zone moyenne avec des enclos. On pouvait apercevoir entre autres des lapins, des poules pondeuses, des chameaux, des zébus, des bœufs métis et des chevaux.

Un bœuf Kouri. On le reconnait à ses énormes cornes. Photo : Annadjib Ramadane.

On a terminé la visite en dégustant du GodoGodo made in Niger. Un mélange de pâte de mil légèrement cuite, accompagnée de lait caillé ou de yaourt. Le packaging du produit a séduit et attiré beaucoup de monde. Vu qu’on consomme beaucoup ce produit au Tchad, j’espère que nos entrepreneurs vont s’inspirer de l’astuce nigérienne pour rendre ce produit plus attrayant.

Ce mélange est appelé Fura da Nono au Niger, Lakh au Senegal et Godogodo au Tchad. Photo : Annadjib Ramadane.

Lors de mon passage au Salon Africain de l’Agriculture, je suis tombé sur un autre mondoblogueur, Ben Ali. On s’est bien amusé et on a dégusté pas mal de produits gentiment offerts par les exposants.

Ben Ali au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Annadjib.


Au Tchad, les réseaux sociaux sont le reflet du malaise dans la société

Ces derniers temps, au Tchad, il circule sur les réseaux sociaux plein de contenus plus violents les uns que les autres. Vidéos, photos et textes reflétant une société ou la violence est devenue la compagne de tous les jours.

L’habitude : poster des contenus violents sur les réseaux sociaux

Il y a 3 ans, une vidéo de viol avait été postée sur les réseaux sociaux. La vidéo en question avait tellement choqué et indigné les internautes tchadiens que le président de la république, qui à l’époque n’avait que faire des réseaux sociaux, fut obliger d’y débarquer pour rassurer les internautes et essayer de calmer le flot de haine qui se propageait. Malheureusement cette vidéo ne fut pas la dernière à choquer.

Entre temps sur les réseaux sociaux, on a pu voir une vidéo montrant des élèves et étudiants battus et humiliés par des policiers suite à une manifestation ; une vidéo montrant un présumé voleur attaché à un mur, les mains derrière le dos, se faire torturer dans la maison d’un particulier ; et plus récemment, une vidéo montrant un pauvre domestique accusé de vol, enfermé dans une cour et passé à tabac par près d’une dizaine de personnes ; une vidéo montrant une femme agenouillée au milieu d’une cour et fouettée à tour de rôles par des hommes ; et une vidéo encore plus violente montrant une femme se tortillant au sol sous l’effet des coups de fouets de personnes en tenues militaires. Sans parler de cette pléthore de textes, photos et images des internautes tchadiens appelant à la haine du prochain.

illustration femme
Illustration Femme Battue. Image libre d’utilisation.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les réseaux sociaux sont devenus au Tchad le moyen le plus efficace pour dénoncer, pour ne pas dire le seul. On entend quotidiennement parler de victimes de bavures des forces de l’ordre, de domestiques abusés, de femmes battues et violées. Que ce soit en ville, avec nos airs de civilisés, ou dans les villages reculés, les victimes de ces cas, ne portent pas plainte la plupart du temps et préfèrent se murer dans un long silence. Alors, quand l’un des bourreaux dans un moment de sadisme extrême, décide d’immortaliser son méfait via une vidéo ou une photo, et l’envoi à ses amis via une application de messagerie comme WhatsApp pour s’en vanter, il est sûr et certain que ce contenu apparaîtra tôt ou tard sur les réseaux sociaux, et il n’est pas étonnant qu’après les habituelles indignations des uns et des autres, on voit apparaître et se propager des messages pointant du doigt certaines personnes et communautés, des fausses informations et autres interprétations plus ou moins erronées, reflets d’un malaise et d’un sentiment de violence et d’injustice partagé dans la société tchadienne.

À qui la faute ?

Attribuer les responsabilités de ce qui se passe sur les réseaux sociaux au Tchad serait très difficile. On pourrait se contenter de pointer du doigt l’internaute tchadien, ne s’illustrant pas par son usage responsable des réseaux sociaux, qui, même en l’absence d’informations fiables, devient propagateurs et consommateurs de contenus violents et laisse ses émotions prendre le dessus sur sa raison.

Ou bien, on pourrait pointer du doigt les autorités tchadiennes, ne s’illustrant pas par l’importance qu’ils accordent aux réseaux sociaux, les derniers à être au courant et à agir quand quelque chose se passe sur les réseaux sociaux, car il faut avouer que ces vidéos, images et textes sont le reflet d’un Tchad ou les pauvres ne croient plus en la justice, un Tchad ou il faut d’abord attirer l’attention des médias étranger sur une injustice quelconque, avant que nos autorités agissent.

La censure internet, une solution ?

Pour rappel, le Tchad est sous le coup d’une censure internet, depuis près de 11 mois. Censure expliquée officieusement par certains, comme la seule solution pour calmer le « n’importe quoi » des internautes tchadiens : appels à la haine, fausses informations, rumeurs, critiques envers le gouvernement etc.

Mais en réalité, la censure internet est plus moins efficace. Selon un récent rapport sur l’Etat du Digital au Tchad, on a pu remarquer que la fréquentation de certains réseaux sociaux au Tchad a baissé jusqu’à 54%. Cependant, on arrive toujours à se connecter via des applis VPN ; et les fakes news, appel à la haine… n’ont jamais été aussi nombreux sur les réseaux sociaux. On pourrait même dire que finalement, cette censure n’a servi à rien.

La solution, encadrer les réseaux sociaux ?

Par encadrement, je parle de lois ou d’ordonnances contrôlant ce qui se passe sur les réseaux sociaux.  L’Egypte a par exemple depuis fin 2018, une loi permettant de surveiller certains comptes et usagers des réseaux sociaux. Au Cameroun, pays voisin, on parler également depuis fin 2018 d’un projet de code de bonne conduite sur les médias sociaux. À ce que je sache, au Tchad, on n’a pas pour l’instant une loi qui encadre clairement l’activité sur les réseaux sociaux. On a bien une loi sur la Cybercriminalité qui date de 2014, mais elle ne parle pas vraiment de réseaux sociaux.

Personnellement, je pense qu’un code de bonne conduite sur les réseaux sociaux comme au Cameroun, aurait l’avantage de responsabiliser les internautes. Chacun saura ce qu’il risque s’il appelle à la haine de son prochain, ou s’il partage de fausses informations. Mais cependant, dans un pays comme le Tchad, où faire des amalgames est chose courante, ce genre d’encadrement pourrait très vite être détourné et utilisé pour museler les utilisateurs des réseaux sociaux.

En attendant que le ciel s’éclaircisse, j’ai lu il y a quelques jours, sur un média en ligne tchadien que :

Le ministère de la Sécurité a procédé à l’arrestation de plusieurs personnes « fauteurs de troubles », identifiées comme les auteurs de publications subversives sur les réseaux sociaux.

Cela, pour lutter contre la haine sur les réseaux-sociaux.  Comme quoi, on a encore du pain sur la planche.

Annadjib.


L’état du digital au Tchad en 2019

Chaque année, We Are Social et Hootsuite publient un rapport sur l’état du digital dans le monde. Pour rappel, le Tchad est inclus dans l’étude depuis 2017.

L’année passée, j’avais fait un commentaire du rapport de 2018 sur un billet intitulé : L’état du digital au Tchad en 2018.
Sans plus tarder, passons à l’état du digital au Tchad en 2019.

Une faible hausse des internautes

Selon le rapport de 2018, le nombre d’internautes tchadiens avoisinait 756 000 pour une population de près de 15,13 millions d’habitants. En 2019, sur près de 15,58 millions d’habitants, on a 779 000 utilisateurs d’internet. Soit un taux d’utilisation de 5%.

On remarque que le taux d’utilisation d’internet est toujours de 5%. Quant au nombre d’utilisateurs, la hausse n’est que de 3%. De faibles chiffres comparés à la hausse de 90% qu’on a eu de janvier 2017 à janvier 2018.

Une baisse notable de la fréquentation des réseaux sociaux.

De janvier 2018 à janvier 2019, la fréquentation des réseaux sociaux au Tchad a fortement diminuée : moins 150 000 utilisateurs, soit une baisse de 54%.

Pour rappel, dans le précédent rapport, on avait près de 280 000 utilisateurs actifs par mois sur Facebook.

Cette baisse de fréquentation des réseaux sociaux s’explique certainement par la censure d’internet qui a lieu depuis 11 mois au Tchad. Et malgré la baisse récente du prix de la connexion internet, les choses ont l’air de s’empirer.

Audiences des réseaux sociaux les plus utilisés au Tchad

Dans l’état du digital de 2018, on parlait du nombre d’utilisateurs mensuels des réseaux sociaux les plus utilisés au Tchad : Facebook et Instagram. Dans l’étude de cette année, on parle plutôt du nombre d’internautes qui peuvent êtres atteints par les annonces : l’audience. Quoi qu’il en soit, cette année, Twitter et LinkedIn font leur entrée.

130 000 personnes peuvent êtres atteintes sur Facebook.

35 000 personnes peuvent êtres atteintes sur LinkedIn. Il y a donc beaucoup plus d’internautes tchadiens sur LinkedIn que sur Instagram.

19 000 personnes peuvent êtres atteintes sur Instagram.

3200 personnes peuvent être atteintes sur Twitter. Ce qui donne une idée approximative du nombre d’utilisateurs de Twitter au Tchad.

Top des recherches Google et YouTube au Tchad

Dans le rapport de 2018, on avait que le top des recherches sur Google. Cette année, on a aussi YouTube.

PMU et Foot. Les recherches habituelles des internautes tchadiens sur Google.

Sur Youtube, l’internaute tchadien est plutôt musique et moins contenu éducatif.

Au vu des chiffres du digital au Tchad en 2019, on peut être optimiste, pessimiste ou même relativiser. Quoi qu’il en soit, il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Pour aller plus loin : le rapport complet.

Crédit images : Hootsuite and We are social.

Annadjib.


Ma visite au parc national de Zakouma

Du 17 au 21 janvier dernier,  j’ai pu visiter le parc national de Zakouma. Cette visite a eu lieu dans le cadre d’un Bootcamp, organisé par le club anglais du centre culturel Al Mouna de N’Djaména, en partenariat avec l’office national de promotion du tourisme.

Le parc national de Zakouma est situé à environ 800 kilomètres au sud-est de la capitale tchadienne, N’Djaména. Avant l’indépendance du Tchad, c’était une zone de grande faune où beaucoup de colons venaient chasser. En 1958, le parc est devenu une réserve et c’est en 1963 qu’il devient officiellement le premier parc national du Tchad. Le parc de Zakouma couvre une superficie de 3000 kilomètres carrés où il est interdit de chasser, de pêcher, de couper des arbres, d’introduire du bétail et d’y habiter.

Entrée du parc national de Zakouma. Photo : Annadjib Ramadane.

Zakouma, un espace de tourisme

Le parc national de Zakouma a accueilli pendant la saison touristique de 2017, 2225 touristes originaires du Tchad, d’Europe et des États Unis, soit une augmentation de 83% par rapport à 2016. Chiffre résultant probablement de la stratégie marketing et de communication mise en place ces dernières années au parc.

Le parc de Zakouma a un « tourisme à 3 niveaux ». Pour les VIP, il y a un hôtel où la nuitée coûte près de 130 euros à l’intérieur du parc.

Vue des chambres d’hôtel de Zakouma. Photo : Annadjib Ramadane.

Pour ceux qui ont de gros moyens, il y a un camp nomade très demandé, avec des tentes venues d’Afrique du Sud, et dont l’effectif est de 8 à 10 personnes. Dans le camp nomade, la nuitée coûte 700 dollars et les réservations sont pour le moment pleines jusqu’à 2021. Le camp nomade est situé près des couloirs de migration des animaux. Ce qui fait qu’on n’a pas besoin de se déplacer en voiture pour les voir. Toute la faune de Zakouma défile quotidiennement sous les regards émerveillés de ceux qui ont de quoi s’offrir un tel spectacle.

Un éléphant au Parc National de Zakouma. On peut voir son collier GPS. Photo : Taoufiq Quaresma.

Et enfin, il y a un camp de passage gratuit, pour les simples visiteurs comme nous. C’est simple, on mange à la belle étoile et on peut même voir des hyènes roder en soirée.

Vue de notre habitation. Photo : Annadjib Ramadane.

En ce début d’année, le célèbre magazine Bloomberg a classé le parc national de Zakouma comme l’une des 21 destinations touristiques à visiter dans le monde en 2019. Preuve que le parc national de Zakouma est l’une des destinations touristiques incontournables au Tchad et même dans le monde.

Zakouma, un espace riche en faune et en flore

La diversité en faune et en flore du parc national de Zakouma en a fait un espace de recherche scientifique incontournable au Tchad.

Il y a plein de girafes à Zakouma. Pas besoin d’aller loin pour les trouver. En plus, elles prennent la pose quand elles voient une voiture… Photo : Taoufiq Quaresma.

 

Une des voitures de tourisme. Photo : Annadjib Ramadane.

En chiffre, le parc compte approximativement :

  • Plus de 1000 espèces fauniques,
  • Plus de 600 espèces floristiques,
  • 371 espèces d’oiseaux dont les migrateurs viennent de destinations aussi éloignées que l’Europe de l’est (aigles),
  • 66 grands mammifères,
  • 44 espèces de poissons.

Zakouma, plus qu’un parc : une entreprise

Gérer les 3000 kilomètres du parc pour un État comme le Tchad qui n’a pas de grands moyens n’est pas chose facile. C’est ainsi que depuis 2010, en vertu d’un partenariat public-privé avec le gouvernement tchadien, le parc national de Zakouma est dirigé par l’ONG African Parks.

Le parc est géré comme une entreprise avec un conseil d’administration où toutes les décisions sont prises et un conseil de gouvernance.

Ayant comme autre partenaire de choix l’Union Européenne, il a été initié depuis quelques années un renforcement des capacités des ressources humaines du parc, car il faut préciser que 25 gardes sont tombés sous les balles des braconniers.

Le parc dispose de deux avions (dont un offert par une personne de bonne volonté) chargés de la surveillance aérienne (60 heures de vol par mois).

Les réalisations dans le domaine social du parc

Lors de notre séjour à Zakouma, on a eu l’occasion de visiter l’école primaire et le lycée de Goz-Djarat, village située juste à l’entrée du parc.

Les membres du club d’anglais ont effectué un service communautaire (nettoyage de la cour, don de matériels scolaires, de vêtements et discussions avec les élèves).

L’école et le lycée ont été construits avec des briques fabriquées par une machine offerte au parc par un donateur. Le lycée a un internat de 60 élèves qui seront accompagnés jusqu’à l’université par le parc, un salle multimédia (la seule de la région) et une bibliothèque (avec des bandes dessinées). Le parc a également construit dans le village un centre de santé et divers points d’eau.

J’ai oublié le nom de cet animal, mais en arabe tchadien, on l’appelle : Tétal. Photo : Taoufiq Quaresma.

Pour conclure, quelques informations utiles

  • Le Tchad a déposé la candidature du parc national de Zakouma pour qu’il entre au Patrimoine mondial de l’Unesco,
  • Un village animiste très ancien a l’autorisation depuis 1963 de vivre à l’intérieur du parc selon ses us et coutumes,
  • Le parc ne possède pas d’espèces endémiques, cependant on a plus de 30% de l’effectif mondial de la girafe du Kordofan.
Des crocodiles. Photo : Taoufiq Quaresma.

Le parc national de Zakouma est un endroit à visiter absolument, surtout pour la génération tchadienne hyper connectée qui ne fait que s’extasier devant les photos de nos richesses touristiques, mais ne pense jamais à aller voir ça de plus près.

Annadjib.


Au Tchad, le festival Dary pour bien terminer l’année 2018

Du 22 décembre 2018 au 2 Janvier 2019, il s’est tenu à la place de la nation de N’Djaména, le Festival Dary. Avec pour slogan « Notre Pays, nos Merveilles », le festival avait pour objectif de valoriser le potentiel culturel et artistique tchadien à travers des danses, des expositions, des prestations artistiques, des jeux et de la gastronomie. 12 jours de festivités pour oublier et bien terminer l’année 2018 qui fut compliquée pour beaucoup de tchadiens.

Étant plus ou moins intéressé de culture, j’ai manifesté un certain enthousiasme quand j’ai appris qu’on organisait bientôt un festival à N’Djaména. Sachant qu’au Tchad l’année 2018 fût principalement marquée par la crise économique, les forums plus ou moins utiles, les grèves, les marches à répétitions, les affrontements au nord du pays, etc., assister à un festival serait une bonne façon de se changer les idées et mettre un peu de couleur à notre sombre quotidien.

Ma visite au festival

N’ayant pas pu me rendre au festival le 1er jour, car les routes étaient bloquées à cause de la visite du président de la République française au Tchad, j’y suis allé le lendemain vers 14 heures.

La place de la nation, lieu abritant le festival Dary, était pleine de monde et de couleurs. Le bleu, le jaune et le rouge, couleurs de notre cher drapeau national étaient visibles de partout.

Ballet, Bleu – Or – Rouge au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Le festival dary était comparable à une sorte d’énorme village où chaque région du Tchad était représentée par une délégation, une habitation et les principaux éléments de sa culture.

Une région, une culture

Chacune des délégations provenant des différentes régions du Tchad étaient basées dans une reconstitution de leur habitation. Comme par exemple la simple case pour les habitants du Mayo Kebbi – Est, ou la tente pour les nomades.

Bienvenu au Borkou. Photo Annadjib Ramadane

Les différentes délégations rivalisèrent d’ingéniosité pour orner tant à l’intérieur qu’à l’extérieur leurs habitations. A l’intérieur de certaines habitations, on pouvait sentir une douce odeur d’encens mêlé à divers autres parfums.

De l’encens et des parfums au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

On pouvait voir différents objets d’intérieur comme des tapis faits à base de peaux d’animaux, des habits traditionnels, des couvertures, des ornements, des théières, des ustensiles de cuisine…
A l’extérieur, c’était plutôt les différents produits alimentaires et productions artisanales des régions qui étaient mises en valeur dans différents stands. On pouvait donc voir des assortiments de fruits et légumes secs.

Dattes au Festival Dary. Photo : Yacoub Doungous
Une calebasse pleine de tomates séchées au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Il y avait aussi des produits qui font la fierté de certaines régions, comme le miel, le beurre de karité, la spiruline, le lait, le coton, la gomme arabique…
On pouvait admirer de belles réalisations artisanales comme des bagues en argent, des colliers de pierre précieuses, des instruments de chasse, des statuettes, des chaussures en peau etc.

Sandales devant le stand du Ouaddaï au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane
Ardoise au milieu de chapelets et autres colliers. Photo : Annadjib Ramadane

Et parfois des livres qui parlent de la région. L’occasion d’apprendre énormément de la culture des autres.

Les différents tatouages des chameaux chez la communauté Zakawa. Photo Yacoub Doungous

Outre les stands et habitations, on pouvait aussi assister aux danses des différentes délégations.

Des danses et encore des danses

Si on devait résumer le festival en un mot, ce serait certainement « danses ». Durant les 12 jours du festival, on a eu droit toute la journée à des danses interminables. Chaque après-midi à la tribune de la place de la nation, 2 régions étaient invités à faire des prestations de danse devant une foule immense constituée d’officiels, de personnes venues en famille, d’amateurs de danses et de curieux. Une sorte de Battle traditionnelle avec des youyous, des sauts et des personnes qui battent inlassablement des mains.

Danseurs du Mayo Kebbi au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Pendant que certains dansaient à la tribune, d’autres délégations dansaient devant leurs stands.

Danseuses du Logone Oriental au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Vu l’affluence des personnes et la taille moyenne de l’endroit, on se senti très vite à l’étroit et de justesse, on évita à plusieurs reprises les débordements.

Les infatigables danseurs du Kanem au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Après les danses qui se terminent généralement avant le coucher du soleil, place aux concerts et autres prestations artistiques.

Des soirées animées

Personnellement, je n’ai assisté à aucune des soirées du festival Dary, mais vu ce que j’ai pu observer, lire sur internet ou même entendre, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands. Concerts, pièces de théâtres, Stand-up etc. Des artistes étrangers ont été invités et même un artiste tchadien vivant à l’étranger est venu pour faire un concert.

Epilogue

Je ne suis passé que 2 fois au Festival Dary. Lors de ma première visite, j’ai pris tout mon temps pour visiter les stands et prendre des photos.

Une femme de l’Ennedi-Est au Festival Dary. Photo : Yacoub Doungous

Lors de la seconde, j’avais un sentiment de déjà-vu. Les mêmes stands, les mêmes danses… il n’y avait pas vraiment de nouvelles activités, d’expositions ou de jeux comme promis par les organisateurs.

Sacs, coussins et chapeaux en peau au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Quoi qu’il en soit, le festival Dary était une bonne initiative. Bravo aux organisateurs.

Bonne année à tous. Mes meilleurs vœux.

Annadjib