Annadjib Ramadane

L’état du digital au Tchad en 2018

Comme tous les ans, We Are Social et Hootsuite publient un rapport sur l’état du digital dans le monde. Depuis 2017, le Tchad a été inclus dans cette prestigieuse étude. Sans plus tarder, quel est l’état du digital au Tchad en 2018 ? Selon le rapport, sur les 15,13 millions d’habitants que compte la république du Tchad, seul 5% utilisent Internet. Donc plus de 756000 utilisateurs. Cependant, bien que juste 5% de la population utilise Internet, le digital est en pleine croissance au Tchad. Une hausse remarquable des utilisateurs d’internet. De janvier 2017 à janvier 2018, le nombre d’utilisateurs d’internet au Tchad a augmenté de 90%. On est passé de moins de 400 000 à plus de 756 000. Chose remarquable dans un pays où la connexion Internet est l’une des plus chère au monde, un véritable handicap. Le mobile, outil préféré des inernautes tchadiens. Selon le rapport, 89% des connexions Internet au Tchad se font via mobile, 9% via ordinateurs (les entreprises certainement) et 2% via tablettes. Quasiment 0% via les consoles de jeux, ce qui prouve que tant la connexion Internet restera chère au Tchad, l’e-sport n’existera pas au pays. Les reseaux sociaux les plus utilisés au Tchad. Cette année, Instagram fait son entrée dans le classement des reseaux sociaux les plus utilisés au Tchad avec pres de 23 000 utilisateurs par mois, dont 77% d’hommes. Sans surprise, Facebook reste le réseau social préféré des tchadiens avec 280 000 utilisateurs par mois. Snapchat et Twitter sont absents car ils atteignent à peine le millier d’utilisateurs actifs par mois dans le pays/

Les top recherches des tchadiens sur google en 2017. En première position vient le mot « Tchad« , en deuxième « PMU » et le reste c’est la passion favorite des jeunes : le foot. Malheureusement aucun site Web local dans le top des recherches.


Pour aller plus loin : le rapport complet.

Crédit images : Hootsuite and We are social.

Annadjib


Tchad : silence, on manifeste

On est le 25 janvier 2018 à N’Djaména, au Tchad, et la connexion internet est coupée !

L’année 2018 commence au Tchad sous le signe de l’austérité. Dès le début du mois de janvier, le gouvernement tchadien a émis l’idée de procéder à un abattage des salaires, histoire de « baisser la masse salariale et de consacrer plus de ressources pour financer le développement économique du pays ». S’en est suivi, du jour au lendemain, une hausse des prix du carburant. Le prix de l’essence est passé de 523 Fcfa à 570 Fcfa, et le Gasoil de 568 Fcfa à 590 Fcfa. Pour exprimer leur ras le bol, suite à la montée du prix du carburant, le syndicat des transporteurs du Tchad a organisé le 22 janvier une journée sans transport. Journée qui a coïncidé avec une manifestation de lycéens. La manifestation fut dispersée avec dextérité par nos forces de l’ordre.

Selon le porte-parole de la police, 143 personnes ont été interpellées dont principalement des lycéens.

De son côté, la société civile tchadienne a initié une marche pacifique dans les recoins de la capitale pour le 25 janvier. Mais suite à une rencontre le 23 janvier avec des membres du gouvernement, 7 des 8 initiateurs de la marche ont accepté un report, sauf le secrétaire général de la Convention Tchadienne des Droits Humains, qui a néanmoins appelé la population à sortir en masse.

Une manifestation interdite par le gouvernement.

 

La marche du 25 janvier, initiée par la société civile, a pour but d’exprimer le mécontentement de la population qui en a assez de faire les frais des mesures d’austérité imposées par le gouvernement. Ce dernier est considéré comme principal responsable de l’état actuel du pays.

Le gouvernement  a utilisé tous les moyens pour informer la population de l’interdiction de la marche du 25 janvier. Communiqués radios, télés et même des SMS.

Ce qui fut insuffisant pour empêcher les gens de sortir. La seule option restante était de couper internet pour empêcher les manifestants de partager des photos et messages ayant rapport avec la marche.

Internet coupé pour un temps.

Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, les internautes tchadiens assimilent la marche du 25 janvier à une révolution éclatante, au jour de la libération du Tchad, etc. Poèmes, vidéos et post font tous référence à la fin de 27 ans de règne sans partage du président.

africa mama
Dessin : Adjim Danngar

Ce matin vers 7h30, la connexion internet est coupée. Plus aucun signe de vie des internautes tchadiens sur Facebook. Cependant, certains réussissent à se connecter à internet grâce aux opérateurs camerounais.

Selon un ami, la connexion internet est rétablie depuis 11 heures.

Selon quelques tweets, les patrouilles de polices sont fréquentes et des  arrestations ont eu lieu.

Annadjib


L’animation japonaise et la version française

Si vous avez l’habitude de visionner des films, séries ou animes en Streaming, les sigles VO, VF, et VOSTFR n’ont plus aucun secret pour vous.

Capture d’écran Mob Psycho 100.

La VF ou version française a toujours été présente dans le monde de l’animation. Les premières chaînes diffusant les animes l’ont fait en version française, à quelques exceptions près. Au début de la diffusion d’animations japonaises dans le monde, il fallait faire appel à des doubleurs pour adapter les séries au public cible, principalement constitué d’enfants et d’adolescents. Ce fut un succès, car rien de mieux que de présenter une série dans la langue que l’audience en question comprend.

C’est ainsi que la plupart d’entre nous, habitants des pays francophones, avons connu les chefs d’œuvres de l’animation Japonaise dont Evangelion, Dragon Ball, Albator, Lady Oscar, Ranma ½… À travers des chaines comme TF1, AB1, La chaine Mangas, Canal+ etc. Et tout ça, bien évidemment en version française.

Puis arrivèrent en force les versions sous titrés.

L’arrivée en force des VOSTFR

Les chaînes de japanimes proposent rarement du neuf. A défaut d’acquérir de nouvelles licences, la plupart du temps, elles n’ont fait que rediffuser d’anciens animes. Cela a très vite finit par lasser leurs vieux téléspectateurs.

Mais la démocratisation d’internet a permis aux amateurs d’animation japonaise de regarder toujours plus de nouveautés. Les sites de streaming dédiés, appelés Fansub, sont apparut et se sont multipliés. Ces sites, pour la plupart, sont créés et gérés par des communautés de fan. Ceux-ci traduisent eux même des animes qu’ils récupèrent sur les sites et chaînes japonaises de manière pas très légale pour les mettre à la disposition du plus grand nombre. Certains fansubs en profitent pour se faire de l’argent avec la publicité. C’est ainsi que les épisodes des nouveaux animes arrivent, sont traduits et mis à disposition seulement quelques heures après leur diffusion au Japon.

Les animes sous-titrés se sont donc très vite par propagées et sont devenues aujourd’hui des références.

One piece

Les fans ont ainsi découvert la langue japonaise, avec toutes ses subtilités. Une subtilité à mainte reprise bafouée par la version française, la plupart du temps très littérale, ou bien censurée. Les propos et images jugés inappropriés étaient modifiés par les studios. Par ailleurs, ceux-ci pouvaient avoir de très petites équipes de doubleurs, pas plus de 5 à 6 personnes. Cela donnait des résultats comme celui de Ken le survivant ou de Nicky Larson, où un seul doubleur faisait la voix de plusieurs personnages – surtout celles des méchants.

Aujourd’hui, à observer la réaction des plus jeunes sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, on observe que la version française est de plus en plus détestée par les plus jeunes. Ceux-ci peuvent aller jusqu’à les qualifier de « merde », réactions parfois sensées, parfois pas plus étayées que celles de moutons de panurge.

La version française, ce n’est pas que des ratés

Il y a pleins d’animes qui sont pas mal, voire excellent, en version française. Great Teacher Onizuka, Dragon Ball, Saint Seiya, Albator en sont de bon exemples.

Éric Legrand. Le doubleur de Vegeta et de Seiya.
Éric Legrand.

Des doubleurs comme Éric Legrand sont même de véritables légendes.

Appréciez cette vidéo :

Mais tout est une question de point de vue

Mob Psycho 100.

En fait ça dépend. Quelqu’un qui passe de la version française à la version sous-titrée aura plus de respect pour la version française que quelqu’un qui passe de la version sous-titrée à la version française.

Mais bon, comme il y a toujours un côté fanatique chez les otakus, ils leur arrive d’en faire trop.

Mob Psycho 100.

Annadjib


Le Tchad, candidat malheureux à la présidence de l’union panafricaine de la jeunesse ?

L’union Panafricaine de la jeunesse, ancien Mouvement de la jeunesse Panafricaine, est la principale plateforme ralliant la jeunesse africaine, elle jouit d’un statut spécial à l’union Africaine. Cet organe est beaucoup consulté par l’union Africaine.

L’organe est dirigé par un comité exécutif élu tous les 3 ans suite à un congrès ordinaire.

Du 19 au 21 décembre 2017, se tiendra le 5ème congrès de l’Union panafricaine de la jeunesse à Khartoum où sera élu le 3ème bureau de l’union.

Ce congrès ne nous disait rien, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une compatriote est candidate à la présidence de l’Union panafricaine de la jeunesse.

Les soutiens ne manquèrent pas

Yousra Abderahim N’diaye, la trentaine, diplômée en science politiques et en science économiques, a su très vite s’attirer la sympathie des internautes.

Très vite sur les réseaux sociaux, les soutiens et encouragements arrivèrent « bonne chance » « moral ! » « Allah maaki ».

 

Une page Facebook de campagne a rapidement vu le jour, le succès étant au rendez-vous, elle lança le hashtag #YousraPourUPJ avec un slogan de campagne : « j’ai un message et je suis le message ! ». Une communication de campagne exemplaire, comme on en voit pas beaucoup chez nous.

Les internautes tchadiens, dans leur légendaire finesse d’esprit, ont rapidement fais le lien entre le prénom N’DIAYE et une possible nationalité sénégalaise cachée. Polémique classée sans suite.

Puis arriva un courrier suspect

 

Le 9 décembre, circulait en soirée une lettre du secrétariat général de l’union panafricaine de la jeunesse au ministère de la jeunesse, des sports et des loisirs du Tchad.

Selon le courrier, la candidature du Tchad à la présidence du comité exécutif de l’Union panafricaine de la jeunesse est irrecevable pour cause de non-respect des délais de candidature.

« Complot contre le Tchad » pour certains, « la faute au ministère de la jeunesse qui n’a pas respecté les délais » pour d’autres, la candidature du Tchad à la présidence de l’Union panafricaine de la jeunesse et notre hypothétique victoire risque d’être qu’un conte de fées.

Refusant de se laisser faire, le Conseil nationale Consultatif des jeunes envoya le même jour un courrier au secrétaire de l’union panafricaine de la jeunesse, avec quelques exigences et une demande de saisi des autorités soudanaises ayant un droit de regard, pour arbitrage.

Le Tchad candidat malheureux

 

Le 5ème congrès de l’Union panafricaine de la jeunesse aura lieu du 19 au 21 décembre à Khartoum au Soudan. Le congrès ayant de faibles d’être reporté, une dizaine de jours pour régler le problème de la candidature du Tchad parait insuffisant.

Comme les polémiques, contestations et complots sont l’apanage des élections africaines, je ne vois rien à part un « Deus ex machina » pour sauver la candidature tchadienne.

Annadjib.


La certification Twitter, mon obsession

Trois ans d’activité, plus de 40.000 tweets, plus de 20.000 abonnés… et toujours pas vérifié.

Jusqu’à aujourd’hui, j’utilise Twitter comme un simple loisir, le réseau social par excellence dans lequel on peut parler de mangas du matin au soir sans se lasser.

Tout se passait bien pour moi jusqu’au jour où Twitter a décidé en quelque sorte de démocratiser le badge bleu. Il suffit désormais de remplir un formulaire en ligne si l’on estime que notre compte Twitter doit être certifié. Le dernier mot revient à Twitter, et la plupart du temps c’est un refus.

Ce qui a viré très vite chez moi en obsession.

Plein d’enthousiasme, j’ai envoyé ma première demande. Deux semaines après, je reçois enfin une réponse de Twitter : malheureusement mon compte ne peut être vérifié pour l’instant.

Après un refus de Twitter, on peut envoyer une nouvelle demande un mois après réception du mail. Ceci pour éviter les spams de twittos un peu trop motivés.

En attendant de pouvoir envoyer une nouvelle demande, j’ai décidé de lire le maximum d’articles sur le sujet. Les conseils et astuces, des articles rédigés en anglais et même quelques vidéos, ce qui fut très instructif. J’ai appris notamment qu’il faut remplir le formulaire de vérification en anglais. Ce qui ne fut pas le cas lors de ma première demande.

Le délais passé, j’envoie une nouvelle demande en anglais. Un mois plus tard, je reçois enfin une réponse qui s’avère être toujours négative.

Ne voulant pas jeter l’éponge, j’ai continué à envoyer des demandes, qui furent toutes rejetées.

Après quelques mois d’acharnement, j’ai finalement pris du recul.

Je ne serais peut être jamais certifié.

Twitter certifie les comptes des domaines clés tels que la musique, la mode, la politique, la religion, le journalisme, les médias, le sport… Donc les comptes qui présentent un intérêt public.

N’étant ni un artiste, ni un journaliste, ni un ministre, le seul moyen pour prouver que mon compte est d’intérêt public, c’est démontrer mon impact.

Ce qui est compliqué dans un pays où rares sont les internautes qui utilisent Twitter. Tellement rares que que les institutions et entreprises tchadiennes sont peu présentes.Geolocalisation des foyers de tweets en Afrique. (ROUTARDS)

Et vu que le nombre d’abonnés importe peu, pour me consoler, je me dis parfois que même le compte Twitter de Vladimir Poutine n’est pas certifié.

Annadjib


Tchad : l’Aïd al Adha, entre cherté et solidarité.

L’Aïd al Adha ou plus communément appelée fête de Tabaski ou même fête du mouton en Afrique, est l’une des fêtes les plus importante de l’Islam. Elle commémore la soumission d’Abraham et marque la fin du pèlerinage à la Mecque.
La fête est marquée par le sacrifice d’un mouton, d’une chèvre, d’un bœuf ou même d’un chameau selon celui qui en a la capacité.
Le sacrifice est un acte recommandé, et non obligatoire.
Ainsi à quelques jours de l’Aïd al Adha, les principaux marchés de bétails de la capitale sont remplis de bêtes provenant des 4 coins du pays.

Avoir un mouton un véritable problème.

Les défilés de moutons transportés par voitures, bus et motos vers les domiciles font partie du quotidien. Il n’est pas étonnant de voir un berger assiéger un rond-point un peu éloigné du centre-ville avec son troupeau, car la concurrence est rude et ils n’ont que quelque jour pour vendre un maximum de bêtes.
Comme chaque année, le prix du bétail augmente brutalement en quelques jours. Les moutons qu’on pouvait avoir à 35000 et 65000 FCFA passent à 90000 à plus de 150000 FCFA.
Cette subite flambée s’explique principalement par la mauvaise foi des vendeurs de bétails, l’absence de règlementation du marché par l’État et surtout par l’accroissement de la demande.

Négocier, tout un art.

Les marchés de bétails sont bondés, difficile de se frayer un chemin entre les motos, les 4X4, les pickups de militaires, et les moutons qui bizarrement ne s’écartent pas à moins qu’on ne les déplace.
Une odeur de mélange de boue, d’urines et de crottes de bétails plane sur les lieux.
Pour acheter un mouton, faut s’y connaitre en négoce. Les vendeurs ont l’habitude de gonfler le prix en fonction de la personne qui est devant eux. S’il s’agit d’un El Hadj, un officier ou d’un fonctionnaire, ils gonflent le prix au maximum car ces derniers n’aiment pas trop négocier et supportent mal l’odeur des lieux.
Certains bergers malhonnêtes n’hésitent pas à faire boire au bétail un mélange d’eau et de natron sensé gonfler leur ventre.
Pour éviter les arnaques etc., certains ont tendance à acheter le mouton du sacrifice quelques semaines avant la fête ou le matin de l’Aïd avant la prière car la demande baisse légèrement avec les prix.

Puis arrive le jour de l’Aïd.

Le matin de l’Aïd on revêt ses plus beaux vêtements, on accompli les ablutions et on se rend en famille au lieu de la prière.
Le sacrifice a lieu après la prière de l’Aïd. Les bêtes tuées avant la prière ne sont pas considérées comme sacrifice.
La bête est dépecée, une partie de la viande est partagée aux voisins qui n’ont pas les moyens pour faire un sacrifice.
La journée est marquée par des visites aux proches, l’échange des vœux, le repas collectif de midi et la sacrosainte salade de tripe de 10 heures.

Bonne fête 🐑🐏.

Annadjib


Le ramadan de l’étudiant


Selon les différents conseils islamiques dans le monde, le premier jour du Ramadan 1438 commencera demain, samedi 27 mai 2017. Comme chaque année, le début du ramadan doit coïncider avec l’apparition d’un croissant de lune.

Pour les musulmans, le ramadan est un mois saint et béni qui apporte de la consolation, de l’amour, de la dévotion et la charité.
Pendant le ramadan on doit arrêter de manger et de boire avant l’appel à la prière de l’aube et ce, jusqu’à l’appel à la prière d’Al-Maghrib.

Pendant le jeûne on doit s’abstenir de paroles futiles, multiplier l’invocation, lire le coran (beaucoup), prier de préférence à la mosquée et demander le pardon du « Très Haut ».

Personnellement c’est le 2ème ramadan que je vais passer loin de ma famille en raison de mes études.

Quand on jeûne en famille rien n’est compliqué, car pour la plupart du temps on se fait rare à la maison et on apparaît uniquement pour le ftour (la rupture du jeûne). Notre seul effort est de porter le repas de la cuisine vers la cour familiale où l’on rompt le jeûne.

Quand on est loin de la famille c’est tout autre chose

Dans la journée :

Pendant le ramadan, durant la journée, certains font la grasse matinée et se réveillent uniquement pour les prières et ainsi de suite. D’autres, plus téméraires, et avec un degré de foi plus élevé, liront ou écouteront le saint coran et iront prier à la mosquée, en s’abstenant de toute futilité.


Certains chercheront plutôt des passe-temps comme un marathon série, des films ou des  mangas, ou encore internet… jusqu’à la rupture du jeûne.


Le ftour est le repas qu’on prend pour la rupture du jeûne. L’étudiant doit lui-même préparer son ftour, ce repas est principalement constitué d’une soupe, de pain ou de beignets, de bouillies et d’un plat quelconque pour le dîner. La constitution du ftour de l’étudiant dépend principalement de son budget. Ainsi, certains mettront rigueur sur la soupe qui ne doit absolument pas manquer, car il leur faut absolument un repas chaud pour « délier les intestins » comme on dit chez nous. D’autres préféreront de la bouillie ou même aller rompre le jeûne à la mosquée. Chaque année en effet, les fidèles cotisent pour l’organisation d’une rupture de jeûne collective pour les nécessiteux.

Pour préparer soi-même son ftour, il faut se rendre tôt au marché afin de s’approvisionner en légumes et en condiments mais aussi pour acheter de la viande chez le boucher halal du coin. La préparation du ftour prend au maximum 4 heures, ainsi, si on commence à 14 heures, le ftour sera prêt avant le maghrib.

Apres la rupture du jeûne il faut organiser sa soirée.

En soirée :

Dès qu’on rompt le jeûne on est libéré de certains interdits. C’est ainsi que certains vont s’empresser d’allumer une cigarette ou même une chicha, dès après leur première gorgée d’eau. D’autres vont s’empiffrer à ne plus pouvoir bouger ensuite pendant un bon bout de temps !

La soirée est marquée par la prière d’Icha à la mosquée et par la prière de Tarawih (celle-ci n’est pas obligatoire).

Apres la prière, on est relativement libre, c’est veillée coranique pour certains, pour d’autres ce sera veillées à jouer aux cartes ou aux jeux vidéo, veillée à regarder des films et séries jusqu’à l’aube… et ce jusqu’à la fin du mois de ramadan.

Ramadan Karim.

Annadjib


Présence digitale, où en sont les institutions tchadiennes ?

Depuis quelques années, les institutions de plusieurs pays africains ont mis en place une véritable stratégie de présence digitale. De la Guinée en passant par le Burkina Faso, le mali et même notre cher voisin le Niger. Cependant d’autres pays traînent encore le pas.

Pourquoi une présence digitale ?

Avec le développement des réseaux sociaux et nouvelles technologies de l’information et de la communication, les télévisions nationales et radios ne suffisent plus pour informer les citoyens sur les activités des institutions du pays. C’est dans une envie de mettre les citoyens au courant des activités du président, des ministres et autres institutions et pouvoir mettre un terme aux fakes News qui pullulent sur la toile, que les comptes Twitter et pages Facebook d’officiels se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, les pays d’Afrique de l’ouest sont en avance sur ceux d’Afrique centrale. Les présidents, les présidences, les ministres, les gouvernements et autres institutions ne cessent d’augmenter leur présence avec des comptes Twitter qui sont de plus en plus vérifiés et plein de tweets plus ou moins pertinents.

Compte twitter officiel de la présidence du Mali

Alors qu’en est-il au Tchad ?



Au Tchad la présence des institutions sur les réseaux sociaux est quasi-inexistante si ce n’est sur quelques pages Facebook.

Page Facebook de la presidence de la république

Sur les autres réseaux sociaux comme Twitter, aucun compte d’institutions de l’État. Ni gouvernement, ni présidence ni président.

Alors que le président Paul Biya avait demandé à ses ministres d’avoir plus de présence sur les réseaux sociaux, chez nous rien.

Le président nigérien avait même répondu directement aux question des internautes via Twitter.

Bien que la connexion internet soit chère au Tchad, cela ne justifie pas cette négligence qui prouve que la nécessité d’une bonne présence digitale n’est pas encore comprise par les institutions tchadiennes.

Ce qui revient à soulever que l’État tchadien n’a toujours pas de politique digitale.

Pendant que nos voisins essayent d’avancer tant bien que mal, nous faisons encore du sur place…

Annadjib


Top 5 des raisons d’aimer les mangas

Avant de débuter, une petite précision s’impose. On lit des Mangas et on regarde des animés car le Manga c’est tout simplement la bande dessinée japonaise.

Sans plus tarder commençons le top.

1- les mangas cultivent 

Je suis tombé sur les mangas tout petit, un peu comme Obélix dans la potion magique.

Les mangas ont joués un grand rôle dans la construction de ma culture générale. Pour illustrer cette affirmation je vais utiliser l’un des mangas qui m’a le plus marqué : Saint Seiya
Saint Seiya ou Les chevaliers du Zodiaque est un manga qui m’a vraiment cultivé. L’intrigue est principalement basée sur la mythologie grecque et les constellations. Saint Seiya m’a fait assimiler les bases de la mythologie grecque et poussé à faire des lectures dessus. Grace aux divers arcs de la série j’ai également fait connaissance avec les grandes figures de la mythologie scandinave.

Les chevaliers et Athéna. Crédit photo : DeviantArt

Je peux aussi citer Lady Oscar qui se déroule avant et pendant la révolution française.

Marie Antoinette et Lady Oscar. Credit photo : Wikipedia

Ainsi les détracteurs ne pourront plus dire que les mangas sont une perte de temps.

2 – les mangas préparent aux réalités de la vie

Les mangas ne sont pas seulement des histoires de robots de monstres etc.
Ce sont aussi des histoires qui peuvent nous arriver dans la vie de tous les jours.

Des histoires parfois heureuses, parfois tristes à nous faire pleurer. Des histoires d’amour plus tristes que Titanic…

Des histoires dramatiques comme celle de Princesse Sarah qui montre que dans la vie notre conditions sociale peut changer du jour au lendemain.

Des histoires comme celle D’Onizuka qui montre les difficiles relations entre professeurs élèves, du rôle important que joue l’amitié dans les relations humaines et surtout qu’on ne doit pas juger quelqu’un à son apparence et à son passé.

Great Teacher Onizuka. Credit photo : Manga Sanctuary

3- les mangas c’est pour tout le monde

Beaucoup croient que les mangas sont réservés aux enfants car parfois l’intrigue est tout simplement banale. Il n’en est rien.

Il existe divers types de mangas, et certains sont réservés aux jeunes garçons comme les Shonen, les Shojo pour les jeunes filles et mêmes des Seinen, mangas plus « Sombres » et difficile à cerner.

Drifters. Credit photo : Senscritique

4- les génériques des Animés sont excellents

Ce qui est important dans les animés, c’est le générique.

Les génériques sont soit en anglais, français, japonais mélangé à de l’anglais ou simplement en japonais.

Certains génériques comme ceux de Dragon ball ou de One piece sont devenus cultes.

Et surtout ça détend d’en faire des karaokés avec les potes.

 

5- On ne perd rien à essayer

Pourquoi détester quelque chose qu’on n’a jamais essayé ?

On ne perd rien à s’y mettre aux mangas ou à regarder 2 ou 3 animés.

J’en connaît beaucoup qui n’appréciaient pas, mais des mangas comme Death Note ont vite fait de changer d’avis.

Bai bai

Annadjib


Tchad : bientôt une plateforme sur l’Open data

Le samedi 4 mars est célébré la journée international de l’Open data par tout les amoureux des données, et surtout des données ouvertes.

L’Open data ou donnée ouverte est une donnée qui est publique, c’est à dire disponible, réutilisable et redistribuable par tous. Tout cela dans une philosophie de partage du savoir.

Focus sur l’Open data day

Open data. Credit photo flickr

Du Benin à Cuba, de Londres à Québec, l’ #OpenDataDay est célébré par différentes associations, institutions et Fablab qui profitent de la journée pour en parler à travers ateliers, conférences et campagnes de sensibilisations à l’égard d’États et institutions encore récalcitrantes à l’idée de rendre leurs données accessibles car l’Open data par sa transparence est aussi un gage de démocratie, donc fait peur.
À l’exemple de l’association des blogueurs du bénin qui à profité de l’événement pour organiser un atelier avec pour thème : Apprendre et comprendre l’intérêt des données ouvertes comme levier de transparence.

 

En Afrique plusieurs pays se sont dotés de sites dans lesquels on trouve toutes les données ouvertes les concernant, à l’exemple du Burkina Faso.

Alors qu’en est-il de l’Open data au Tchad ?

Au cours de mes recherches pour écrire sur le Tchad, toujours les mêmes difficultés, pas de données fiables à part quelques anciennes études sur la population et dans la plupart des cas, pas du tout de données.

Ce qui est vraiment désolant quand on fait du Data journalisme, à se demander si on a vraiment un institut national des statistiques.

DaTchad, la plateforme qui veut révolutionner l’Open data au Tchad

Logo Datchad

DaTchad est un projet de conception et de mise en ligne d’une plateforme de données statistiques au Tchad.

Le projet est porté par Salim Azim entrepreneur et blogueur tchadien passionné par les Tics.

Cette plateforme web permettra concrètement de mettre à disposition de toute personne le désirant, des données pertinentes sur les problématiques de développement (santé, éducation, logement, travail…) à la société tchadienne.  La possibilité sera également donnée aux utilisateurs de la plateforme de:

  • télécharger des formulaires administratifs dont les accès sont souvent compliqués à cause des fonctionnaires véreux,
  • comparer les données
  • consulter des résultats de concours, baccalauréat…
  • disposer d’archives ouvertes…

À long terme DaTchad répondra également aux questions liées à la citoyenneté telles que le suivi des élections, des promesses électorales.

Annadjib


Tchad : la twittosphère a enfin son hashtag

Il y a quelques temps, on constatait que la twittosphère tchadienne n’avait toujours pas de mot clé propre à elle à part les traditionnels « Tchad », « Chad » et « Team235 ». C’est dans l’optique de faciliter l’accès aux contenus ayant un rapport avec le Tchad et d’avoir plus d’impact, qu’on s’est rendu compte de la nécessité d’un mot clé pour Twitter Tchad.

Alors pour trouver ce mot clé, il fallait du concret

Un simple constat sur un blog ne suffisait pas pour avoir un mot clé, on a d’abord sensibilisé et rassemblé quelques propositions sur Twitter. On a profité du Barcamp de la 2nd édition de la semaine du numérique pour lancer la campagne : Un hashtag pour le Tchad

On a exposé et discuté du problème devant un public dont la majeure partie ne savait pas ce qu’était un hashtag, et dans la soirée le vote a été lancé sur les 10 propositions de hashtag retenus.

Après la clôture du vote, un travail d’élimination (qu’on a oublié de faire en amont) de certains termes déjà utilisés sur Twitter a été fait.

Et enfin… On a trouvé notre hashtag

Suite à diverses critiques et l’envie de régler une fois pour toutes cette histoire :

 

on annonça finalement le hashtag choisi :

 

le hashtag sélectionné fut Adjib, terme marquant l’étonnement, il signifie : étonnant.

Bien qu’il ne soit pas encore utilisé par la majorité des twittos tchadiens, Adjib séduit de nouveaux utilisateurs quotidiennement et plus de 500 tweets ont déjà été mentionnés avec.

On y parle de tout, politique, divers, tout ce qui peut susciter débat ou pas.

 

 

la twittosphère tchadienne s’unit, s’épanoui en espérant un jour un compte Twitter tchadien certifié.

 

Annadjib

 


Santé publique : lancement de la campagne #RégléeCommeElle

Violences, mutilations, mariages précoces et humiliations sont le lot quotidien d’une partie des tchadiennes. Leur place dans la société, bien qu’on soit au 21ème siècle n’est pas de choix et certains domaines importants de leur éducation sont encore zappés par l’Education Nationale. Notamment l’éducation et l’hygiène sexuelle qui existent déjà dans plusieurs programmes scolaires des pays de la sous-région.
Ainsi parlant d’éducation sexuelle et principalement d’hygiène, un point important pour les filles est presque jamais abordé par les parents, que ce soit le père ou la mère, la question générale des règles est traitée à la va-vite. Le père, le frère et l’époux tchadien, même dans le pire des cas, n’abordent jamais la question des règles avec ses femmes avec qui ils partagent leur quotidien. Cet état de fait est dû au caractère tabou de « la chose ».

D’où surgissent des problèmes

La femme tchadienne est principalement ménagère, dans certaines tribus, elle ne reçoit les bases de son éducation et hygiène sexuelle qu’a l’approche du mariage. Mais le problème posé ici c’est que l’actuelle jeune fille tchadienne est principalement scolarisée et certaines ont eu « le malheur » d’avoir pour la 1ère fois leurs règles sur les bancs de l’école, suscitant ainsi mépris, dégoût de leurs camarades qui ne comprennent rien de ce phénomène inévitable.

La jeune fille recevra des conseils parfois avisés et malheureusement dans la plupart  des cas insuffisants pour gérer ses menstruations. L’important pour elle sera juste de savoir à quelle date se présentent les « bérets rouges » comme elles les appellent ici, et juste pouvoir stopper ce flux de sang par n’importe quel moyen, celles ayant un peu de moyens pourront utiliser les lingettes et cotons bon marché qu’on vend dans toutes les boutiques et d’autres des lingettes plus adaptées.

La provenance des serviettes étant inconnue, plusieurs problèmes se posent :

  • Ils ne sont pas adaptés à tous
  • Parfois ils causent des irritations et infections

La campagne #RegléeCommeElle

Affiche de la campagne #RegléeCommeElle . cc Entreprendre l’Afrique

En vue de répondre aux problèmes posés par le caractère tabou de l’éducation et l’hygiène sexuelle au Tchad, Entreprendre l’Afrique en partenariat avec WenakLAbs lance la campagne de collecte de produits d’hygiène intime pour les jeunes filles au Tchad#RegléeCommeElle, le but de la campagne étant de :

  1. Collecter des produits d’hygiènes intimes
  2. Faire une campagne de sensibilisation de masse dans les villes et les villages
  3. Plaidoyer pour l’introduction d’un programme « d’Education à la Vie Familiale » au collège (de la 6ème à la 3ème)
  4. Créer avec le soutien des ONG et autres bailleurs des centres d’écoute et de conseils des jeunes filles mais également des infirmeries dans les écoles publiques qui n’en ont pas

Cette situation étant source de nombreux problèmes de santé de reproduction, de troubles psychologiques et surtout un frein majeur à la scolarité de ces filles, la campagne espère avec l’aide de tous pouvoir assurer une meilleure hygiène de vie à toutes ses femmes qui nous sont si chères.

Pour nous contacter : contact@entreprendrelafrique.com

Vous pouvez aussi lire un autre article de la campagne ici

Annadjib


​Tchad : mes débuts à l’université

Décembre 2012, les étudiants de 1ère année sont enfin autorisés à commencer les cours, à la suite d’une histoire de re-correction et de 2ème tour du baccalauréat… la rentrée avait pris du retard car il était impossible de commencer les cours sans que tout les bacheliers soient fixés sur leur sort. L’université d’Abéché, située à 900 km de N’Djaména, la capitale, est célèbre. Son renom vient du fait que là bas les années élastiques sont rares, le calendrier y est respecté. Vu que j’ai beaucoup de famille à Abéché, il n’y avait pas beaucoup de suspens sur le début de mon parcours universitaire…
Alors que plusieurs de mes camarades du lycée étaient déjà sur place pour la première journée de cour, avec un cour de Droit Constitutionnel, moi j’étais encore à Ndjaména pour diverses raisons et je le harcelais par mes appels téléphoniques :

-Haggar, N’oublie pas de me garder une place !

– Haggar, est-ce que le prof a beaucoup écrit ?

– Haggar ! Vous êtes combien ? Vous êtes nombreux ?

En fait, ça ne servait à rien de déranger les gens à distance… finalement je suis arrivé à Abéché avec 3 jours de retard sur les cours.
Premier jour, premières désillusions

Université d’Abeché. Cc : Annadjib

La première fois que j’ai mis les pieds à l’université, j’étais escorté par un oncle, pour que je ne me perde pas et probablement aussi pour alimenter pour un temps la rubrique faits divers de mon nouveau quartier d’accueil…

Arrivé devant l’amphithéâtre, j’ai remarqué que le prof s’était absenté un moment, j’en ai profité pour entrer dans la  grande salle de cours, une salle pleine à rabord avec près de 300 étudiants. Quasiment toutes les places étaient occupées, j’avançais vers le fond où j’avais remarqué une table et un banc à moitié poussiéreux mais libre. Pendant mon entrée dans l’amphithéâtre, je remarquais que ça criait comme dans un stade de foot, avec des insultes : « Massas ! Massas* » et autres termes incompréhensibles pour le nouveau que j’étais .Puis le prof arriva et le calme s’installa enfin.
Pendant le cour je remarquais plusieurs choses :

  • Il fallait écrire très vite et même sauter des paragraphes entiers si on voulait rester à jour, car ici c’est pas comme le lycée où le prof répète et répète encore.
  • Quand un étudiant posait des questions, les autres criaient pour que le prof ne puisse pas répondre.
  • Concernant les filles, sortir et entrer pendant le cour est suivi de grands cris et d’insultes dignes de mâles surexcités.

Le cour se termina enfin, après sept longues heures d’écriture !

Un vieil ami du lycée  m’approcha et me révéla quelques secrets :

  1. À l’Université on a pas de place réservée et fixe. Le premier arrivé  s’asseoit où il veut.
  2. Les cris suivi de « Massas » à mon entrée s’adressaient en fait à moi.

Familiarisation avec le nouvel environnement

Il ne m’a pas fallut beaucoup de temps pour me familiariser avec l’environnement universitaire.
À force d’observations j’ai remarqué que dans l’écosystème universitaire il y avait plusieurs espèces, voici les principales  :

1- Les tomes :

Avec nous, il y avait beaucoup d’anciens, les « tomes » comme on les appelle. Plus ils redoublaient, plus les galons venaient s’ajouter à eux. Ainsi il y avait des Tome 1, des Tomes 2 et ce jusqu’aux plus redoutables, les Tome 4 et 5 . Les tomes sont respectés par leurs confrères, ce sont eux qu’on retrouve au fond des amphithéâtres à faire du bruit et à perturber les profs.

2- Les killers :

Les Killers sont des profs réputés être cruels, ils lésinent à donner des points aux étudiants, ils sont surtout connus pour la dureté de leurs épreuves et la rigueur de leurs corrections. Les 5/20 et 4/20 sont courants avec eux.

3-Les nouveaux : 

Les nouveaux sont reconnaissables à leur grand sourire, leur présence à tous les cours et surtout à leur look de lycéen : cheveux bien peignés, habits repassés. Attitude qui disparaîtra dès les résultats des premiers examens pour laisser place à des cheveux ébouriffés et à des yeux hagards.

4-Les étudiants chercheurs :

Les étudiants chercheurs sont ceux qui, comme les nouveaux, viennent tous les jours à l’université, qu’il y ait cours ou pas. Ils passent la plupart du temps à la bibliothèque à lire, relire ou photocopier des livres qu’ils ne comprennent parfois même pas.

Le temps est passé, je me suis familiarisé avec les notes catastrophiques, le rythme universitaire et je séchais même les cours.

À la fin j’ai compris que les anciens avaient raison quand ils disaient :

À l’Université c’est pas l’intelligence qui compte, mais l’endurance.

 

*Massas : signifie « sorcier » en arabe tchadien.

Billet dédié à toute la promotion de 2012 de l’Université d’Abéché.

Annadjib


Tchad : brûler nos diplômes et ensuite ?

Un petit fait divers de l’actualité tchadienne a attiré mon attention : l’opération, brûler les diplômes
Je vous explique le concept : des étudiants et quelques diplômés au chômage, depuis 10 ans pour certains, toujours dans leurs revendications se sont attroupés près de l’assemblée nationale et ont décidés de brûler leurs diplômes car selon les mots du leader du groupe :

« Les jeunes diplômés sont abandonnés à leur triste sort »

Des diplômés délaissés par l’Etat il y en a partout, surtout en Afrique où le chômage est quelque chose de banal. Mais des diplômés qui brûlent leur diplômes justes parce qu’ils n’ont pas trouvé de travail, c’est la 1ere fois que j’en entends parler.

Le reflet du désespoir d’une jeunesse désorientée 

La jeunesse tchadienne a toujours eu pour rêve de travailler dans la fonction publique. Jusqu’à aujourd’hui, la fonction publique a toujours été considérée comme l’unique aboutissement naturel de toutes nos études. Ainsi, on a beau travailler dans le privé, en freelance, c’est toujours considéré comme zéro par l’entourage qui est persuadé que l’avenir, c’est la fonction publique. Moi par exemple, parfois des proches me demandent si j’ai déposé pour l’intégration à la fonction publique, je dis que Oui, et tout d’un coup ils sont soulagés alors que personnellement je ne sais pas où en sont mes dossiers car je n’ai pas déposé par ambition, juste pour faire comme tout le monde, pour qu’on me laisse tranquille.

Ainsi le 1er réflexe de la majorité de nos diplômés c’est de déposer à la fonction publique puis attendre.  Attente qui pour les moins chanceux est de 2, 3, 5 ans. Et pour les malchanceux jusqu’à 10 ans. Parce que faut l’avouer, chez nous si on n’est pas pistonné, faut être sacrement chanceux pour être à la fonction publique.

Ces derniers temps avec la crise, l’Etat étant incapable de payer le salaire des fonctionnaires à décidé de geler l’intégration à la fonction publique. Ce qui est, pour ceux qui attendent l’intégration depuis un bon bout de temps, le coup de grâce.

Alors il y a eu un sit-in devant l’Assemblée nationale et les étudiants ont tout simplement brûlé leurs diplômes pour exprimer leur mécontentement. Peut-être que c’est le reflet du désespoir d’une jeunesse désorientée, résignée qui a vu tous ses rêves de fonction publique dès l’obtention du précieux sésame qu’est le diplôme tomber à l’eau.

Mais brûler des diplômes n’est pas la solution

La meilleure solution pour ne pas trouver un emploi que ce soit dans le public ou le privé c’est de brûler son diplôme. Je me souviens qu’un jour j’avais fait un avion en papier avec une de mes attestations de licence en fredonnant SKYFALL, mais je n’ai pas eu l’idée de la brûler.

On n’a jamais vu un bûcheron briser sa hache parce qu’il n’a pas trouvé de bois à couper, on n’a pas vu de blanchisseur détruire ses sceaux d’eau faute de clients etc. etc.

Ce qui n’est pas précisé c’est qu’on ne sait pas si ce qu’ils ont brûlé c’était leurs diplômes originaux où des copies. De toute façon s’ils veulent, ils peuvent se faire délivrer des duplicatas, ce qui est certes un prêche dans le désert car s’il fallait manifester, faire des sit-in et s’immoler bruler des diplômes pour faire changer les choses au Tchad, ça se saurait.

La solution serait peut-être d’entreprendre

L’Etat n’est pas le seul employeur mais il est également difficile de travailler dans le privé à cause des exigences d’expériences, des qualifications et du nombre très restreints de places disponibles.

On peut tout de même essayer de monter sa propre boite et prendre un crédit, mais comme l’Etat est en crise et que de toute façon on ne prête qu’aux riches, revoir ses exigences à la baisse peut être salutaire. Les micro-crédits existent pour les petits commerces, et les conditions pour leur obtention sont à la portée de toute personne ayant un projet viable et surtout patient. Pour les rêveurs, il suffirait juste d’attendre et prier beaucoup en espérant que des arrêtés tombent du ciel.

Annadjib


​Je suis tchadien, la crise est une opportunité pour moi

La vache est maigre, les 16 mesures, serrez vos ceintures… sont les nouveaux slogans que les politiques scandent depuis un bon moment pour faire passer l’amère pilule de la crise économique. Une crise qui rend de plus en plus pessimiste sur l’avenir du pays et de ses citoyens, surtout ceux qui dépendent en grande partie de l’Etat. Plus précisément les fonctionnaires, les étudiants et ceux qui attendent toujours leur fameuse intégration à la fonction publique qui relève désormais plus du mythe que d’un futur proche.
Alors, plutôt que de rester prisonnier du pessimisme tchadien, entre mauvaise foi et orgueil démesuré, je préfère tout simplement relativiser et voir dans cette crise une opportunité pour moi.

La crise, une opportunité pour me remettre en question

Avec la crise, je me suis rendu compte que tout l’hypothétique postulat par lequel je construisais mon futur était en fait, bancal, inadapté à mes aspirations. En fait, avais-je vraiment un rêve ?

Je croyais comme la majorité de ma génération que la fonction publique, était le seul débouché de toutes nos interminables études, qu’il n’y avait rien de mieux pour moi que sortir tôt de la maison et revenir le soir tout fier de dire ‘’je suis un fonctionnaire’’

Peut-être qu’à l’époque ou l’Etat tchadien était encore jeune, et avait besoin de l’aide de tous ses fils, être fonctionnaire était louable. Mais aujourd’hui, les fonctionnaires ne manquent pas, l’Etat n’arrive plus à virer les salaires et bientôt y’aura plus de candidats à la fonction publique que de fonctionnaires eux-mêmes.

Ce rêve était en fait biaisé et inadapté aux évolutions du monde dans lequel on vit. Quitte à rêver d’un avenir radieux, autant mettre la main et la patte et construire nous-même notre futur et laisser l’Etat en paix.

La crise, une opportunité pour moi d’entreprendre

Y’a quelques mois, je parlais de ceux qui ont choisis de rester chômeurs et comme la crise ne résout rien, c’est mieux de s’inspirer du parcours de tous ceux qui ont réussis sans l’aide de l’Etat, ces self-made-man qui se sont construit un empire grâce à l’entreprenariat. Pourquoi ont-ils réussis et pas moi ?

L’entreprenariat au Tchad est encore méconnu et ce n’est pas les domaines ou entreprendre qui manquent. Sante, agriculture, numérique, alimentaire, éducation, vestimentaire etc. sont  des domaines encore quasiment inexploités. On se plaint constamment de notre misère, accusant l’Etat, pendant ce temps les marques de vêtements, des pâtisseries, des restaurants, des hôtels appartenant tous à des expatriés produisant du « made in Tchad » et se partagent sans grandes difficultés le marché.

On me dira qu’il est difficile d’entreprendre sans financement de l’Etat, mais ce n’est pas uniquement l’Etat qui finance les projets, chaque jour je tombe sur des appels à candidature de financement de projets de la part de divers organismes internationaux. Si l’on avait le cran d’oser et de proposer des projets viables, on gagnerait surement. En attendant, le peuple paresseux préfère attendre de l’aide.

La crise, une opportunité pour moi de laisser l’Etat tranquille

Si l’Etat n’a plus rien, que gagne-t-on à le critiquer, à comparer jour et nuit notre situation à celles des pays  voisins ?

Je propose qu’on laisse tout simplement l’Etat dans son coin et que tout le monde mette la main à la pâte pour changer notre situation car un Etat ne se développe pas uniquement grâce aux gouvernants.

En criminologie on dit « chaque société a les criminels qu’elle mérite »  Peut être qu’en réalité on est la cause et le remède de la crise.

Annadjib


Geek et tchadien, un non sens ?

Selon les diverses définitions que j’ai pu récolter sur divers sites, un Geek est une personne qui est passionné et possède de grandes connaissances dans des domaines précis, pour la plupart lié à l’imaginaire tel : les jeux vidéo, les films et séries de science-fiction, les smartphones, les mangas, les comics, les nouvelles technologies et l’informatique.

Ayant été moi aussi un geek dès ma tendre enfance, y’a quelques trucs qui mettent des bâtons dans les roues :

Les difficultés d’accès à internet 

Dans une époque où toutes les actualités, les discussions et les nouveautés passent par internet, nous ici on se sent un peu handicapés, car parfois, même quand on a la connexion internet, les tarifs et les débits nous handicapent, on ne peut pas lire tout un scan d’un manga ou de comics avec nos maigres forfaits, impossible de voir des vidéos en streaming. Parfois on se contente juste de suivre des discussions, eh oui, pour participer faut avoir quelque chose à dire, une analyse à faire sur la nouveauté.

Pour vivre à fond sa passion de geek, vous l’aurez compris, il faut être constamment à jour, quand on aime les séries, les films ou les jeux vidéo,  il faut absolument les voir ou se les procurer, ce qui n’est pas facile dans nos pays en manque de salles de cinéma à jour. Parfois je visionne certains mangas et comics trois ans après leur sortie !

Mangas : Cc flickr

 

Pas de vendeurs spécialisés ni de salle de cinéma à jour

Si l’on veut avoir de nouveaux mangas, on doit absolument attendre que les CD piratés arrivent sur le marché, pour les comics et BD, le seul commerçant qui en vendait a arrêté, il s’est mis à la vente de crèmes ! Je le comprends, il n’avait qu’un seul client…

Quant à notre cinéma national, il n’est pas vraiment à jour, les fans de Stars Wars avaient déjà pu voir Rogue Nation grâce aux CD piratés que le cinéma s’est finalement décidé de programmer, à croire que notre cinéma utilise aussi des CD piratés !

Un manque de compréhension de l’entourage

Il est parfois difficile d’expliquer aux parents l’importance que représente pour moi le fait de se procurer la Ps4 ou un ordinateur portable surpuissant pour pouvoir jouer calmement à Call of Dutty et à Tekken. La discussion est interminable quand je parle de la nécessité pour moi d’avoir un nouveau téléphone alors que je ne reçois presque jamais d’appels.

Vieilles consoles de jeux. Cc : flickr

 

Quand un grand frère me trouve entrain de regarder des mangas à la télé ou sur mon pc, avec en bonus des fonds d’écrans dit « enfantins » il dit juste : Adjib*

Du coup j’ai compris pourquoi les geeks préfèrent s’isoler, c’est pour qu’on ne les juge pas.

Alors, j’ai trouvé la solution pour vivre ma passion à fond

Le secret pour être un geek heureux au Tchad c’est :

1-Ne pas expliquer sa passion

2-S’auto suffire

La solution efficace c’est de ne pas expliquer sa passion à quelqu’un qui de toute façon n’y comprendrait rien, et surtout s’auto suffire, car, quand on ne dépend de personne, personne n’a le courage de vous faire des reproches.

Un geek. Cc : pixabay

 

Pendant ce temps les geeks tchadiens continuent leur longue traversée du désert entre piratages, retard et précarité.

Adjib* : étonnant

Annadjib le (@GeekDuSable )


Mes débuts en cuisine

Avant mon deuxième cycle universitaire je n’étais pas obligé de faire de la cuisine, car chez nous la cuisine est exclusivement réservée aux femmes, un sanctuaire qu’un non initié ne peut fouler impunément au risque d’y perdre des plumes.

Puis pour des raisons universitaires, je me suis retrouvé seul dans une chambre, loin de la famille et, pour éviter les dépenses excessives et les aliments douteux, je me suis improvisé cuisinier.

La cuisine j’en connaissais déjà les bases, j’étais un pro en omelettes, en avocats et en sardines !

Mais il a fallu évoluer car à long terme ça lassait. En plus on m’a toujours conseillé de manger des aliments chauds car le froid et les aliments légers ça donne le paludisme.

Alors je me suis mis à cuisiner comme tous les étudiants

J’ai adopté le régime alimentaire de tous les étudiants : le R-P-R ou Riz-Pâtes-Riz. Parce que ce n’est pas cher et c’est rapide à cuisiner, pour peu qu’on s’y connaisse en cuisine.

J’ai commencé par les spaghettis :

Par fierté j’ai refusé de lire des tutoriels sur la cuisson des spaghettis, j’ai préféré improviser et les premiers spaghettis sortis de la marmite étaient selon les commentaires de quelques amis :

-Trop salés, tu sais que l’abus de sel rend aveugle !?

-Trop secs

-C’est quelle marque de spaghettis ?

-De toute façon moi à N’Djamena, je mangeais rarement les spaghettis

Pourtant il est écrit sur les sachets de spaghettis que ça cuit en 5 minutes. Encore une publicité mensongère.

Crédit photo : Dessin animé Disney/Pixar RATATOUILLE

Puis le riz :

Le riz avait l’air facile à cuire, mais les commentaires ont débutés dès  la cuisson :

-Attention ! On ne tourne pas le riz dans la marmite, ce ne sont pas des spaghettis

-Pas assez cuit, fallait rajouter de l’eau

Et enfin le plus dur, la sauce :

N’étant pas un pro, j’avais mes limites, je n’allais donc pas dès le premier jour me lancer une sauce à l’oseille ! J’ai décidé de m’entrainer à faire des sauces tomates, et ce jour-là j’ai appris plusieurs choses :

La différence entre une soupe et une sauce c’est que la soupe est transparente.

On fait toujours cuire la viande avant de la rajouter à la sauce.

Crédit photo : Dessin animé Disney/Pixar RATATOUILLE

Je n’étais malheureusement pas doué en cuisine

J’ai dû faire un « stage » chez un ami

J’ai mis ma fierté saiyan de côté et je suis allé chez un ami pour qu’il m’apprenne ses secrets, car il était vraiment doué ; tellement doué qu’il a dû, lui aussi apprendre chez quelqu’un !

J’ai appris les bases de la cuisson, j’ai appris à bien assaisonner et à  limiter l’huile car son abus n’est pas bon pour la santé.

Je me débrouille pas mal désormais, et je ne risque plus d’intoxiquer quelqu’un !


Les défis du numérique au Tchad

La culture du numérique est faible, quasiment inexistante au Tchad. Cela s’explique par le fait que, pour la jeunesse tchadienne, Internet ici n’est rien d’autre qu’un luxe et quand on l’utilise c’est uniquement pour se rendre sur les réseaux sociaux. Les métiers du web et ses réelles potentialités sont méconnues. Les acteurs du numérique au Tchad font donc face à beaucoup de difficultés.

Le commerce en ligne toujours embryonnaire

Pendant que des groupes comme Jumia dominent le secteur du commerce en ligne dans le continent, ici, il est quasiment inexploité, avec une seule entreprise vraiment opérationnelle à ce jour, et cette dernière n’a pas un très bon chiffres d’affaire. La majeure partie des consommateurs ne sait pas comment fonctionne une carte électronique. Par ignorance et par peur de l’arnaque, ils ne font pas confiance aux sites de ventes en ligne. Au Tchad, on est pas à l’aise devant un prix fixe : on aime négocier. Point de boite postale, la livraison pose donc problème. Quelques petites entreprises préfèrent se faire payer lors de la livraison. Les entreprises de commerce en ligne ont fait l’erreur de débarquer du jour au lendemain sans étudier l’environnement tchadien et évidemment, sans expliquer simplement ce qu’est le commerce en ligne. Les entreprises commencent à cibler  les expatriés et les cadres supérieurs, une tactique, qui, à long terme, leur coûtera énormément.

Le dilemme du contenu de qualité tchadien

Le principal défis des créateurs de contenu tchadien sur le web c’est de tout miser sur la qualité et principalement de cibler les Tchadiens. Parce qu’on juge la pertinence d’un contenu par les retours de la communauté à laquelle il s’adresse. Des sites web, des blogs, des chaines YouTube voient le jour, mais malheureusement, abandonnent rapidement car l’indifférence de la grande majorité du public est un obstacle infranchissable. Il est impossible pour un lycéen ou un étudiant d’ouvrir une vidéo YouTube à cause de nos forfaits qui ne le permettent pas. Regarder une vidéo implique de dépenser une grande partie de son forfait, très onéreux.

Quand il est question d’ouvrir un lien ou d’apporter des retours sur un sondage, un article ou une étude, il n y a presque personne. Alors devrions-nous continuer à produire du contenu tchadien ? Oui. Je dirais que tout dépend de la motivation, mais dans les sites collaboratifs comme Wikipédia c’est presque impossible sans l’aide de la communauté. Toujours dans l’optique du contenu tchadien collaboratif, le site Wiki Hanana , un Wikipédia tchadien a été créé, mais malheureusement n’a toujours aucune contribution de membres.

La solution serait d’abord d’intéresser les internautes

Des jeunes s’intéressent un peu plus au numérique, c’est dans ce sens que l’associations Wenaklabs organise depuis 1 an déjà L’heure Du Net, qui est un rendez-vous bimensuel d’apprentissage et de vulgarisation sur les TIC. C’est ouvert à tous, les participants et invités sont en légère augmentation, mais le manque de sponsors est un frein à la rencontre.

Journalisme citoyen et son impact sur les medias, à l’heure du net

Les invités et participants ont parfois besoin d’une connexion internet, mais jusque là, chacun se débrouille pour sa connexion.

Et enfin les impliquer

Former quelqu’un en blogging c’est bien, mais combien s’impliqueront vraiment dans le domaine?

Intéresser est plus facile qu’impliquer quelqu’un dans le numérique. Surtout l’internaute tchadien qui justifie tout retard par le tarif de la connexion internet. Les passionner et les sensibiliser sur la nécessité de leur contribution dans le numérique tchadien est la seule solution.

Annadjib