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Bon’ Fètkaf zot tout !

Pas le temps ! Si seulement le 20 desanm était tombé un week-end cette année, j’aurais pu voir en concert gratis Gramoun Sello à Saint-Leu, Wawa à Saint-Pierre ou encore Tiken Jah Fakoly à Saint-Denis. Mais voilà, cette année, la Fètkaf tombe un mercredi et même les marmailles ont cours le lendemain.

Le 20 desanm, c’est en quelque sorte avant même le 14 juillet, bien que l’île soit française, la fête nationale de La Réunion. Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga, le commissaire général de la République, décrétait l’abolition de l’esclavage. La Fétkaf, c’était aussi jusqu’à présent l’ouverture d’un mois de festivités : Noël et le réveillon de la Saint-Sylvestre, les letchis à profusion et surtout le début de l’été austral et ses grandes vacances scolaires (il fait trop chaud pour travailler). Mais cette année et c’est la première année comme ça, il y a eu un coup de canif dans le calendrier : les vacances scolaires débutent trois jours plus tard, le samedi 23 décembre. Et l’année prochaine rebelote, les vacances commencent deux jours après la Fétkaf.

J’aurais pu m’organiser me direz-vous. Mais après avoir dégouliné deux jours de suite dans un bâtiment en parpaing avec des ventilateurs à la noix qui ne demandent qu’à se décrocher du plafond (évidemment mon patron est aux commandes dans un bureau climatisé), je n’ai guère le coeur à fêter la liberté, sachant que le lendemain je dois y retourner. Et aussi, il y a Madagascar où je partage la moitié de ma vie. Dans quelques jours, je serai de retour dans l’autre monde vie, alors il faut anticiper les factures et tout le tralala. Comme dirait Firmin Viry, « La liberté kosa i lé ? ». Firmin, lui, c’est un grand monsieur, un homme libre. Il organisait des kabars clandestins, il a même enregistré dans les seventies le premier vinyle de maloya à une époque où les autorités avaient interdit la musique des ancêtres, de peur de voir se propager l’idée d’une indépendance du peuple réunionnais.

Firmin, je l’ai vu en concert le 20 décembre 2009 « chez lui ». Je l’ai attendu toute la nuit le boug’, au bout du chemin qui part de sa case, sur le terrain vague à la Ligne Paradis. Heureusement qu’il y avait de la bonne musique, parce que le maloya, ça c’est de la bonne musique, ça vous prend aux tripes, ça vous met en transe. Heureusement qu’il y avait du cari, du rhum, de la dodo (la bière locale). Et même du zamal ! Mais ça je ne devrais pas le dire parce que même si c’est culturel ici, c’est interdit. Comme quoi, la liberté kosa i lé ? Je me rappelle d’un cafre aux yeux pétillants qui m’a lancé un « Bon Fètkaf, mounoir ! ». J’étais le seul zorey de la partie, fraîchement débarqué depuis ma Picardie natale, rose cramé à cause du soleil de l’été austral. Le gramoun s’est pointé au bout de la nuit avec son kayamb en entonnant « Valet, Valet ». Grandiose !

Hier, veille de jour férié, il y avait un embouteillage le midi au rond-point qui permet d’entrer dans la ville, tout ça parce que le supermarché d’à côté était bondé. Tout ça à cause de ces assistés qui remplissent leur caddy à l’approche des festivités, la prime de Noël vient de tomber (il ne faut pas me prendre au mot, ça c’est mon humour à la Didier Super). Bref, je n’ai eu qu’une heure pour faire une sieste, me doucher, me changer et même manger un truc avant d’y retourner. C’est fou ce qu’on peut faire en une heure quand le système nous transforme en machine. Sur ce, bon’ Fètkaf zot tout !


Malgré la peste à Madagascar, j’ai vu un seul rat en 10 jours !

Je suis allé dix jours à Madagascar pour rejoindre ma compagne en pleine épidémie de peste pulmonaire. Vous vous rappelez ? J’avais posté un article juste avant mon départ : Epidémie de peste pulmonaire à Madagascar : même pas peur ! Je suis rentré à La Réunion le 27 octobre et évidemment, je n’ai pas chopé la peste. Je vous raconte…

Pour me rendre à Mahajanga, je suis passé par Mayotte : c’est la compagnie Ewa Air, une filiale d’Air Austral, qui m’a débarqué. Je n’avais pas trop envie de passer par Antananarivo, vu l’ampleur de l’épidémie là-bas. Même pas peur, enfin un peu quand même ! Et puis pour dix jours, passer par la capitale, c’était réduire à une peau de chagrin mon séjour à la case. Depuis, j’ai repris le taf.

Mon arrivée à Mahajanga

Nous étions 12 passagers dans l’ATR 72-500, un avion d’une capacité de 68 sièges qui est d’habitude quasi plein ! Du coup pour une fois, ce fut vite plié, il y avait plus de douaniers que de passagers. Aucun message d’information concernant l’épidémie n’a été donné pendant le vol, on nous a remis un tout petit papier à la sortie de l’avion me demandant de confirmer mon vol retour 72 heures à l’avance, ce qui m’a étonné. Pas rassurant ! Je suis un habitué de la ligne, et c’est la première fois que je dois confirmer mon vol retour. Même chose à l’aéroport Philibert Tsiranana de Mahajanga : rien, nada, aucune information sur la peste ! J’ai remis comme d’habitude la fiche sanitaire au premier contrôle (le deuxième volet de la fiche de débarquement remplie dans l’avion) et puis c’est tout. Rien, nada, aucune information sur la peste !

Me voilà sorti, ma compagne m’attend avec une bouteille d’Eau Vive : même si je viens de La Réunion, je prends un choc thermique à chaque fois que j’arrive à Mahajanga ! Et nous voilà partis avec notre chauffeur habituel. Je lance un « Tu as passé ton taxi au DTT ? ». Ca y est le sujet est lancé. Pour lui, il s’agit d’une peste politique. « Pas encore ! » me répond-t-il avec ironie.

De la peste pulmonaire à la peste politique

J’arrive à Madagascar le 18 octobre, c’est la panique dans la zone Océan Indien, les Seychelles ont fermé la destination et mis en quarantaine tous les revenants ! Je débarque avec de la doxycycline au cas où et une trentaine de masques chirurgicaux. Si, si, une trentaine ! J’avais pourtant dit à mon médecin qu’on allait me prendre pour un fou : il m’a simplement répondu qu’on ne m’emprisonnera pas si je débarque masqué. Quoique ! Je me le demande maintenant, parce qu’en dix jours, j’ai dû en voir deux et c’était à la Gastronomie Pizza, deux serveurs Mérina (ethnie de la capitale où, paraît-il, l’épidémie a rendu la population psychotique). Soit c’est leur maman de Tana qui les a fait flipper, soit ils recyclaient les masques, car tout Malgache connaît les règles strictes d’hygiène chez Gastro Pizza ! Je n’ai donc pas déambulé masqué dans les rues de Mahajanga, malgré les recommandations de mon médecin.

Là-bas personne, vraiment personne ne croit à l’épidémie. Les gens ne nient pas que la peste existe, d’ailleurs Mahajanga est un foyer connu de peste bubonique. Mais pour eux, la peste cette année est politique. Chacun y va de son interprétation : un coup de l’opposition (toujours le spectre de Ravalomanana qui hante les esprits) ou au contraire, un coup du gouvernement pour repousser les élections de 2018 et glaner des devises. A ce sujet, je ne sais pas où vont les dollars donnés par les instances internationales pour lutter contre la peste à Mahajanga, parce qu’à l’aéroport comme en ville, rien, nada, aucune action de sensibilisation. Il y avait bien le thermomètre infrarouge à l’aéroport au retour, mais il était déjà là en 2016 au moment de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Mais ne polémiquons pas, car je suis persuadé que chaque dollar donné (plus de six millions pour l’OMS et la Banque Mondiale, quand même !) ira à la lutte contre la peste. Argh !

Dix jours coupé du monde

Pendant dix jours, je ne savais pas trop où en était l’épidémie à cause des délestages. La Jirama nous donnait quelques heures d’électricité par jour, de quoi recharger nos appareils et surtout nos lampes. Côté réception TV, c’était une catastrophe, et ne parlons même pas d’internet. Ma mère, qui est à dix mille kilomètres, en savait plus que moi et s’inquiétait grave depuis qu’elle avait appris qu’un Français était décédé soi-disant de la peste à Tamatave. J’ai vu un seul rat errer une fois de nuit à côté de notre compost, comme quoi les fautifs se planquent. Il faut dire que notre armée de chats fait du bon boulot ! Mais c’est vrai aussi que la saison des pluies n’a pas encore commencé… La nuit, sans électricité, c’est chaud quand on habite une case en tôle dans un quartier populaire ! Une nuit, à deux heures du matin, on a entendu la voisine hurler ! J’ai mis cinq bonnes minutes à me motiver pour sortir la machette à la main. En plus, j’avais laissé mes chaussures dehors : pas évident de se battre en savate deux doigts ! C’était trois dahalo qui avaient tenté de voler les sacs de 50 kg de riz qu’elle venait de faire rentrer pour son business.

A Mahajanga, ce qui préoccupe les gens en ce moment, ce n’est pas la peste, c’est la montée de l’insécurité et surtout toujours et toujours trouver l’argent pour acheter son kapok journalier de riz. A un an de l’élection présidentielle, tout le monde sait à Madagascar, que la situation va se tendre de jour en jour.

En attendant, le Président de la République tranquillise les esprits sur Facebook dans son Rendez-Vous #Fotoambita : « Je peux vous assurer que la peste existe réellement, et qu’elle n’a nullement été inventée. » Demain, lundi 6 novembre, c’est la rentrée dans les écoles primaires, finies les vacances de peste. Hery Rajaonarimampianina aurait d’ores et déjà sauvé Madagascar, l’épidémie de peste pulmonaire serait sur le déclin.


Epidémie de peste pulmonaire à Madagascar : même pas peur !

Mon médecin réunionnais m’a souhaité bonne chance, puis il s’est rattrapé en me lâchant un : « Je préfère vous souhaiter bonne chance que bon courage ! ». Je m’envole dans quelques jours pour Madagascar rejoindre ma compagne où sévit une épidémie de peste pulmonaire urbaine.

Dans quelques jours, je serai de retour à Mahajanga, à la case avec ma compagne au milieu des rats du quartier. Mon quartier, je vous en ai déjà parlé sur Mondoblog au mois de juillet dans un article (Je vis à Madagascar dans un quartier populaire et je vous rassure : tout se passe bien !). Avant de repartir travailler à La Réunion en août, j’ai agrandi la case en tôle d’une nouvelle pièce en bois, un jour peut être, pour ceux que ça intéresse, je vous expliquerai dans un article comment j’ai procédé.

Oui, tout se passait bien, jusqu’à ce que je découvre sur le site de l’Institut Pasteur d’Antananarivo le réveil du foyer historique de peste de Mahajanga : depuis le 1er août, 9 cas ont été répertoriés au Laboratoire Central Peste qui collabore avec l’OMS dont un de peste pulmonaire.

Les médias français accusés de « générer futilement la psychose »

J’ai des nouvelles de la situation à Mahajanga par ma compagne et les rumeurs les plus folles circulent. Certains disent que c’est un coup des pharmaciens Karana pour vendre à prix fort le Cotrim (l’antibiotique anti-pesteux de référence là-bas), d’autres racontent que si les hôpitaux ne restituent pas les dépouilles aux familles, c’est pour voler les organes… Enfin certains pensent que c’est une tentative de destabilisation politique, que ça pourrait venir de l’étranger afin d’affaiblir Madagascar pour mieux la piller. Et le gouvernement, qui peine à reconnaître la gravité de l’épidémie, entretient au premier chef cette rumeur en incriminant les médias français de « générer futilement la psychose » selon ses mots dans son surprenant communiqué 24CP-G du 7 octobre 2017.

Il n’y a pas de quoi fouetter un chat pour les habitants de Mahajanga : seulement 9 cas notifiés. Mais plus de 200 dans la capitale et une centaine à Toamasina. Sauf qu’en lisant les médias malgaches, il y a de quoi s’interroger sur les chiffres : des pestiférés s’évadent des hôpitaux, des familles cachent leurs malades de peur qu’ils finissent dans une fosse commune loin du tombeau des ancêtres.

Éradiquer le bacille à coups de balais

Sous l’injonction du préfet, le chef fokontany a rassemblé les habitants du quartier au mégaphone samedi dernier pour nettoyer les rues à coups de balais et à coup d’amendes. Si si, à coups d’amendes ! Pas pour ceux qui abandonnent des détritus, mais pour les habitants du quartier qui ne se déplacent pas pour ce coup de com. Car au quartier, ça marche comme ça, si tu ne te présentes pas avec ton carnet fokontany aux veillées funèbres, ou autres rassemblements solidaires, le chef te colle une amende. Ah, le fihavanana ! Je ne voulais pas que ma compagne participe à cette mascarade mais comme elle ne voulait pas payer l’amende, elle a sorti son balai. J’ai dû insister pour qu’elle se couvre le visage et mette des gants.

Elle n’a pas peur de la peste ! Elle aussi, elle n’y croit qu’à moitié à cette histoire d’épidémie pulmonaire, comme beaucoup dans le quartier. Elle a déjà par le passé chopé la fièvre typhoïde, survécu à un empoisonnement et est passée au travers de la terrible épidémie de choléra de 1999. Alors ce n’est pas une peste saisonnière qui l’affole…

Apocalypse Now

La position de l’OMS est pourtant alarmante : l’épidémie est de grade 2 et le risque de propagation nationale est très élevé. Alors à Mayotte, à La Réunion, des médias mais aussi des politiques s’interrogent et interpellent les préfets sur une fermeture de la destination à l’image des Seychelles qui a identifié un cas de peste pulmonaire sur son territoire. Depuis deux semaines, les manifestations culturelles et sportives sont interdites à Madagascar, les écoles sont fermées, ce sont « les  vacances de peste ». Mais les lieux cultuels restent ouverts, comme si le gouvernement s’en remettait à Dieu pour sauver le pays de l’apocalypse annoncée.

Mon médecin m’a préparé au pire : il m’a prescrit de la doxycycline au cas où…

Il ne dispose que de la notice d’informations à l’attention des voyageurs en partance pour Madagascar envoyée par l’Agence Régionale de Santé de l’Océan Indien qui recommande de consulter un médecin sur place si des symptômes apparaissent. A l’ouest, l’ARS-OI ? Pour les villes, la consigne officielle à Madagascar relayée par les médias (ici et ) est d’appeler le numéro vert 910 et d’attendre une équipe médicale à la case. Mais après ? Mon médecin n’a pas su me répondre, a essayé de me persuader de ne pas partir puis m’a souhaité bonne chance car il a compris que je ne la laisserai pas tomber.

De la doxycycline au cas où on déciderait de se cacher ? Apocalypse Now, même pas peur !


Madagascar a un nouveau code de la route, le président de la République l’a dit sur Facebook !

Madagascar a un nouveau code de la route, si si, c’est le président de la République qui l’a dit un mois après sa promulgation (quand même !) sur sa page Facebook Le Rendez-Vous #Fotoambita :

La loi n°2017-002 portant sur le nouveau code de la route à Madagascar a été adoptée par la Haute Cour Constitutionnelle le 5 juillet 2017 et prend effet immédiat.

Le Ministère des Transports et de la Météorologie a même publié sur sa page d’accueil la dite loi n°2017-002, téléchargeable uniquement en français… Le document s’étend longuement sur les amendes. De ce côté, la loi a le mérite d’être claire, on voit que le législateur a bien travaillé, de quoi « booster » la corruption. J’ai tout compris, il faudra remplacer le billet de 1000 ariary préparé à l’avance par le nouveau billet de 20 000 ! Mais pour le reste, j’ai eu beau sortir mon vieux dictionnaire et arpenter Google, il y a des mots qui pour moi, Français, sonnent chinois.

« La constatation et la réception » du véhicule

Article L4.2-1 : Tout véhicule à moteur utilisé à Madagascar doit satisfaire aux exigences suivantes : 1- la constatation et la réception ; 2-l’immatriculation ; 3- le contrôle technique. Les exigences visées aux points 1 et 2 s’appliquent aux véhicules non motorisés. 

Avant cette loi, il fallait présenter au minimum -c’est à dire pour un scooter de 50 cm³- une facture et une attestation d’assurance. Maintenant, il faudra « la constatation et la réception » ! Et si je lis bien, le vélo, la charrette zébu… ne pourront pas non plus se passer de « la constatation et la réception ».  Euh, c’est quoi « la constatation et la réception » ?

Plus même ! Il faudrait actuellement immatriculer tous les véhicules et donc avoir une carte grise. Et pas un papier gris mais une carte biométrique s’il vous plait ! Oui parce qu’à Madagascar, on vous oblige à troquer votre carte grise et votre vieux permis de conduire rose contre des cartes électroniques. La bonne affaire pour l’Etat mais aussi pour ses agents qui ne manquent pas de vous racketter au passage.

Le permis de conduire obligatoire même pour les moins de 50 cm³

Sans parler des nouvelles règles inapplicables immédiatement (contrairement à ce que dit le président de la République).

Article L3.2-1 : Nul ne peut conduire un véhicule motorisé sur les voies ouvertes à la circulation publique sans être titulaire d'un permis de conduire.

Jusqu’à présent, il n’y avait pas besoin de permis de conduire pour un 50 cm³ ni d’immatriculation pour un 125 cm³, du coup tous les conducteurs de scooters ou presque circulent encore aujourd’hui sans permis et les motos Bol d’or sans immatriculation. Il suffit d’avoir « une vrai fausse facture » indiquant la cylindrée. La nouvelle loi fait fi de ces petits arrangements avec les vendeurs de deux roues. Dorénavant, c’est avec les forces de l’ordre qu’il faudra s’entendre…

Alors qu’en est-il vraiment ?

Concernant les 50 cm³, le Ministère des Transports et de la Météorologie n’en démord pas, voyez son article intitulé « Epidémie routière – Mise à jour de la loi portant « code de la route ». Si si, vous avez bien lu, épidémie routière ! Le Ministère sème un peu plus la confusion avec cet article en parlant maintenant d’une autorisation en plus du permis de conduire ! Quelle autorisation ? S’agit-il de la vignette municipale, de l’assurance ? Quant à la mise en page du texte, je me demande vraiment si le Ministère comprend ce qu’il écrit :

On peut également y trouver la réglementation de la circulation des véhicules non motorisés:
 . L’exigence d’une autorisation et d’un permis de conduire pour les cyclomoteurs pourvus d’un moteur thermique cylindré y compris les moins de 50 centimètres cubes.

Pour en finir avec cette loi incompréhensible

J’aurais pu aussi vous parler :

  • de l’erreur de renvoi d’alinéa de l’article L1.2-2 ( page 7 ) concernant les vélomoteurs : comprendre « point 8 a. du présent article » au lieu de « point 7 a. du présent article ».
  • de l’arrêté fantôme du Ministre chargé des Transports définissant « les conditions d’application et de contrôle des dispositions » du fameux point 8 de l’article L1.2-2 concernant les cyclomoteurs ( page 6 ).
  • du « volet d’infractions annexé au permis de conduire » cité dans l’article L7.5-9 ( page 19 ), qui vraisemblablement n’a plus cours depuis le passage au permis biométrique puisque, pour l’avoir vu, les blocs administratifs archivent les anciens permis roses ainsi que leur volet annexe en échange de la carte électronique.

Bref, vous êtes prévenus, va falloir préparer les billets ! Cette loi, inconnue du grand public, incompréhensible, inapplicable et truffée d’erreurs, « prend effet immédiat », c’est Hery Rajaonarimampianina qui l’a dit sur Facebook !


A La Réunion, la rentrée ne se fera pas vendredi dans 18 communes sur 24

Surréaliste ! A La Réunion, des maires décident de la date de la rentrée scolaire dans les écoles à la place du ministère ! Si si, vous avez bien lu, l’AMDR, l’association des maires du département de La Réunion, a décidé ce mercredi 16 août que la rentrée scolaire, prévue le vendredi 18 août dans les écoles primaires, sera reportée au mardi 22 août pour « des raisons de sécurité ». Alors même que le nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, est attendu dans l’île jeudi et vendredi, les maires ont décidé de faire capoter cette journée test pour le nouveau gouvernement. La rentrée ne se fera pas vendredi dans 18 communes sur 24 !

Des contrats précaires pour les écoles

En jeu dans ce report, la diminution des contrats aidés alloués par l’Etat dont disposent les maires pour le deuxième semestre. C’est l’organisation de la cantine, du ménage, de la surveillance de la pause méridienne et l’encadrement du transport, que les maires disent ne pas pouvoir assurer car leur fonctionnement reposent essentiellement sur des emplois précaires… De quoi s’interroger sur la qualité de l’encadrement des marmailles dans les écoles de la Réunion ! Déjà en 2009, la Cour régionale des comptes de la Réunion, dénonçait dans son rapport définitif d’une commune du sud « un recours inapproprié aux contrats subventionnés » en particulier dans la restauration scolaire. Alors sur le web, à la radio, nombreux sont ceux qui dénoncent ce système mis en place par nos zélus pour maintenir la population dans la précarité et même se servir de ces contrats pour se faire réélire !

La fin du clientélisme ?

Les contrats aidés à La Réunion permettent aux maires d’acheter une certaine paix sociale dans une île rongée par le chômage : 44% de sans-emplois chez les 15-24 ans selon l’INSEE. « Alors donne à moin un ti contrat ! », disent les jeunes qui manifestent régulièrement pacifiquement en bloquant les ronds-points près de leur quartier. Mais ces contrats constituent avant tout un vivier électoral car ce sont les maires qui recrutent et non pôle emploi. Un système que la ministre du Travail, Murielle Pénicaud, fustige considérant ces contrats « coûteux », « pas efficaces dans la lutte contre le chômage » et « préfère investir dans la formation, dans le développement des compétences ». Les maires s’inquiètent déjà pour les prochaines municipales après la vague Macron aux départementales.

Pas de Cerfa, pas de contrat !

Déjà en 2012, 23 maires sur 24 avaient fait la grève de la rentrée considérant le nombre de contrats aidés proposés par le gouvernement insuffisant. Seul le maire de Saint-Denis, Gilbert Annette, avait assuré la rentrée le jour J jugeant la position de ses collègues « démagogique ». Le contexte social était à l’époque différent : en février 2012, des émeutes d’ampleur éclatent, les jeunes des quartiers se manifestent alors violemment contre la vie chère. Aujourd’hui, le climat social est plus calme et les jeunes font des démonstrations violentes moins politiques : pousses et rodéos sauvages en plein quartier inquiètent les autorités et dégénèrent parfois en émeutes comme dimanche dernier. Cette année, Gilbert Annette n’est pas seul : ils sont six maires à s’être désolidarisés du chantage de l’AMDR. D’autant plus que certains arguments avancés par les maires frondeurs pour reporter cette rentrée ont de quoi faire sourire. L’un deux affirme : « Ce n’est que mercredi 16 au matin qu’on pourra chercher les formulaires Cerfa à Pôle Emploi… », alors que les Cerfa sont disponibles sur le web en téléchargement !

Alors de mauvaise foi les 18 maires de la Réunion ? Ce report de la rentrée est avant tout politique, les maires s’inquiètent : leur retirer des contrats, c’est diminuer leur pouvoir. Plus de 850 000 habitants vivent à La Réunion dans 24 communes. Dans ces territoires gigantesques aux allures de fiefs, les seigneurs frondeurs comptent défier le roi.


Je vis à Madagascar dans un quartier populaire et je vous rassure : tout se passe bien !

J’habite à Mahajanga dans une case en tôle. Quoi de plus banal me direz-vous pour Madagascar, sauf que je suis vazaha, étranger. Je vis dans un quartier populaire en deuxième ligne, à deux pas de la route de Tana, la nationale qui mène à la capitale Antananarivo (Tananarive en français). La première ligne, c’est au bord de la route, là où les terrains sont les plus chers, là où le moindre mètre est consacré au business. Après la route, c’est le chemin que chacun s’efforce d’entretenir. Je vis au bord d’un de ces chemins étroits où seuls les charrettes zébus, les pousse-pousses, les motos montées pneus cross ou les bajaj téméraires s’aventurent pendant la saison des pluies.

graffiti madagascar ©feeld
Graffiti à la craie d’un zaza sur une tôle du quartier ©feeld

Toute l’économie de Madagascar repose sur la route. C’est elle qui draine les marchandises et amène les clients. Avant mon chemin, il y a une rue pavée qui descend depuis la route nationale. Les zaza jouent toute la journée dans le coin bétonné juste à l’entrée du chemin, c’est là aussi que les jeunes tiennent le mur. C’est l’angle des oisifs qui regardent le temps passer face à ceux qui travaillent sur le marché de la rue pavée : en gargote, sur table ou encore à même le sol. Quand j’arrive au quartier, les zaza m’accueillent en chantant : « Vazaha, vazaha, vazaha ! ». Je leur sourie, ils ne me demandent jamais rien, leurs yeux débordent de joie quand ils me voient, comme s’ils m’attendaient, uniquement pour me voir passer et chanter ! Quand les lueurs des lampes à pétrole s’estompent et que le marché de la rue pavée se vide de ses vendeurs informels, le chemin prend l’allure d’un coupe-gorge : on l’appelle le couloir. Le chemin redevient comme chaque nuit, le territoire nocturne des chiens errants qui remontent se rassasier des restes du marché, des maboto alcoolisés ou fumeurs de djamal, des dahalo et des sorciers.

Les dahalo, les voleurs à Madagascar, ça me rappelle les westerns de « La dernière séance » que je matais le mardi soir quand j’étais môme. Certains sont de véritables bandits armés de pistolets artisanaux mais aussi parfois de kalachnikovs ou de fusils de chasse russe Baikal. En brousse, ils attaquent les villages pour s‘emparer des troupeaux de zébus. Sur les routes nationales, ils n’hésitent pas à détrousser les taxis-brousse. En ville, ils braquent et kidnappent. En plus de leur réputation sanguinaire, certains dahalo feraient usage de sorcellerie. Ils introduiraient des poudres à l’intérieur des cases pour plonger leurs occupants dans un sommeil profond comme Sitarane à La Réunion au début du siècle dernier. Dans le Grand Sud, le Far West malgache, un chef dahalo, l’énigmatique Remenabila (je vous renvoie à l’excellent bouquin « Madagascar dahalo » de Bilal Tarabey aux éditions no comment®) transformait même, selon un éleveur qui accompagnait l’armée, les balles des militaires en gouttes d’eau ! Même pas peur ! Enfin, au début quand je suis arrivé au quartier, un peu quand même. Mais moi, c’était surtout les rats qui me faisaient flipper !

case en tôle madagascar ©feeld
Pour nous protéger d’une nouvelle invasion, nous avons même brûlé l’abri à poules collé à notre case… ©feeld

Les premières semaines, je voyais les rongeurs courir sur les poutres, passer d’une pièce à l’autre. A l’époque, on parlait d’une recrudescence des cas de peste à Madagascar, et cerise sur le gâteau, il y avait des délestages tous les soirs ! J’étais assis face à la bougie, les pieds sur la chaise de peur de me faire grignoter les orteils ! Et puis les rats sont partis avec nos voisins. Parce que je vous explique : avec ma compagne, nous partagions la case avec d’autres familles, nous vivions dans une seule pièce. A chaque départ, nous reprenions la pièce qui se libérait. Pour nous protéger d’une nouvelle invasion, nous avons fidélisé une armée de chats. Nous avons même brûlé l’abri à poules collé à notre case, qui empestait car jamais nettoyé, où logeaient les volatiles de la voisine d’en face. Oui, parce que nous ne sommes pas tout seuls sur le terrain, il y a deux autres cases, c’est souvent comme ça à Madagascar. Les propriétaires des terrains des quartiers populaires ou plutôt les Malgaches qui ont un droit d’occupation, parce que c’est compliqué le foncier ici, optimisent la surface pour avoir un meilleur rendement locatif. Bref, sur notre terrain, il y a un unique robinet au milieu de la cour et nous sommes tous branchés sur le même compteur électrique. Autant vous dire que c’est le grand luxe pour le quartier, ici les gens achètent l’eau chez Monsieur Pompe et se couchent dès qu’il fait nuit, et sous les Tropiques, le soleil se couche tôt…

case en tôle Madagascar ©feeld
La première semaine, j’ai sécurisé les fenêtres avec des barreaux et une planche en palissandre. ©feeld

Même pas peur des dahalo ! En vérité, je vous l’avoue au début un peu quand même : je dormais avec une machette à portée de main ! Je songeais même à passer mon permis de chasse ou l’acheter… pour pouvoir détenir un fusil Baikal. C’est la seule marque que l’on trouve à Madagascar dans l’unique armurerie du pays, d’après mes recherches, à Antananarivo. La nuit, à chaque bruissement aux abords de la case, je me faisais des films ! La première semaine, j’ai sécurisé les fenêtres avec des barreaux et une planche en palissandre. Et puis assez rapidement, la peur est partie.

J’habite au quartier depuis un an et demi. A La Réunion (j’habite là-bas la moitié de l’année pour le travail), il y a des cases en tôle mais de moins en moins, et les murs sont habillés de planches, ce sont des cases en bois sous tôle. A Madagascar dans mon quartier, les murs sont en tôle, pour la sécurité mais aussi par peur des incendies. Et il fait très très… trop chaud à Mahajanga ! Je ne vous dis pas la température en été, j’ai renoncé à mettre un thermomètre, mais ce qui est certain, c’est qu’elle dépasse celle du corps : je dégouline ! L’été, c’est simple, je ne reste pas dans la case la journée, et la nuit je dors, les volets fermés, toujours à cause de ces foutus dahalo, avec un ventilo scotché au visage.

ariary madagascar ©feeld
Un autre truc hallucinant : nous lavons les billets ! ©feeld

J’habite au milieu des Malgaches, pas vraiment comme eux, j’ai l’eau courante et l’électricité, mais quand même un peu : je cuisine mon riz au fatapera, je me douche au seau… Par contre je continue à utiliser du papier toilette, j’ai gardé mon côté vazaha maloto. Je vis dans un autre monde quand je suis à Madagascar, une impression de folie douce et de voyage dans le temps. Dans les quartiers populaires comme en brousse, la sorcellerie est omniprésente. Alors ça peut surprendre, mais j’ai appris à vivre avec. Je ne crois pas aux pouvoirs des poudres, au don de faire tomber la foudre, mais je respecte ces pratiques ancestrales et pour tout vous dire, ça m’arrive de me protéger sans y croire pour ne pas offenser ma compagne. Pendant un temps, je mettais un broc d’eau devant la porte à l’intérieur de la case le soir car les Malgaches prêtent à l’eau un pouvoir de protection contre la poudre des dahalo. Mais maintenant, comme ma compagne ne me le rappelle plus, j’ai zappé le rituel. Nous passons quand même toujours un coup de balai devant la porte en rentrant quand nous nous absentons, histoire de disperser d’éventuelles poudres malfaisantes. Un autre truc hallucinant : nous lavons les billets que nous gagnons, « Misy la glace » (nous avons un frigo).  Ici, il y a des mecs qui deviennent paralysés en touchant l’argent… Il y a aussi les fady, les interdits, que je découvre au fur et à mesure. Par exemple, il ne faut pas utiliser le seau de la douche pour remplir la marmite… Enfin plein de trucs qui échappent à ma logique de vazaha.

armoire trois portes palissandre madagascar feeld ©feeld
Il a fallu plus de deux heures pour démonter et remonter la façade en tôle et rentrer l’armoire dans la case… ©feeld

Je pourrais vous raconter des tonnes d’anecdotes sur ma vie à la case. L’an dernier, nous avons investi dans une armoire trois portes en palissandre avec miroir, le summum ici. A Madagascar, tu achètes des meubles en palissandre moins chers qu’en contreplaqué en France. Le problème c’est que ma compagne a eu les yeux plus gros que le ventre et il a fallu démonter la case en tôle de nuit pour faire rentrer l’armoire ! Le quartier était en effervescence à la vue du meuble qui arrivait en pousse-pousse. Une douzaine de jeunes se sont rués de leur propre chef pour décharger l’armoire, impossible de s’en débarrasser, nous avons laissé les mecs entrer dans la cour avec l’armoire. De toute façon, nous n’avions guère le choix, les deux Antandroy du pousse-pousse s’étaient éclipsés sans honorer leur contrat tellement l’armoire était lourde. Puis soudain le quartier fut plongé dans l’obscurité, encore un délestage ! Nous avons laissé l’armoire dans la cour et avons réussi à virer les jeunes. Une fois l’électricité revenue, nous nous sommes débrouillés avec les voisins. Il a fallu plus de deux heures pour démonter et remonter la façade en tôle et rentrer l’armoire dans la case… Le lendemain, les jeunes nous ont réveillés à l’aube !

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J’ai fabriqué une grille de protection. Nous avons acheté la ferraille en ville et nous l’avons ramenée en bus. ©feeld

Un autre truc : j’adore bricoler, et une case en tôle, c’est génial à transformer. En ce moment, nous agrandissons la case, et pas besoin de permis de construire ! Mais il faut des matériaux : des poutres, des tôles, du ciment, du sable… Et quand tu n’as pas de moyen de locomotion, ça devient une véritable aventure. Alors nous utilisons les dockers, les pousse-pousses, les charrettes zébus et même les bus pour transporter le matos ! Pour sécuriser la case, après les fenêtres, je me suis attaqué à la porte de notre pièce principale : j’ai fabriqué une grille de protection. Nous avons acheté la ferraille en ville et nous l’avons ramenée en bus. Le pousse-pousse et la charrette zébus, c’est trop cher pour les longues distances. J’ai découpé la ferraille, nous avons trouvé un soudeur pour deux fois rien et embauché le gars qui détient une des seules perceuses du quartier. A Madagascar, quand tu as un outil de travail, tu te crées direct ton métier !

A La Réunion, il se raconte qu’il y a des mecs qui vivent à Mada comme des pachas sans travailler grâce à leur allocation RSA. Mais perso, je n’en ai jamais rencontrés, c’est un mythe, parce qu’avec cinq cents boules par mois, même en vivant en case en tôle, tu ne peux pas payer l’avion pour les va-et-vient ou alors il faut se la jouer dahalo, et amortir le billet en trafiquant l’Artane, des médocs en vente libre à Mada très prisés des junkies réunionnais. Mais comme la destination est hypersensible, les douaniers veillent au grain, tu te fais pécho au deuxième voyage. Par contre, j’ai connu un type qui zigzaguait entre Mada et la Thaïlande, il touchait l’AH, l’allocation handicapé, et aux dernières nouvelles, il a passé plus de nuits en prison qu’à l’air libre. Comme quoi, les mecs fauchés qui vivent comme des rois à Mada, c’est du pipeau ! Je travaille la moitié de l’année à La Réunion… Je n’ai pas les moyens de rouler en 4×4 ou même en quad comme la plupart des résidents vazaha, de vivre dans une maison en dur ou dans un appartement à Mahajanga Be et encore moins de me la péter dans un ghetto huppé. Et surtout ce n’est pas mon truc, je préfère prendre le bus et habiter dans une case en tôle.

J’espère que je ne vous ai pas trop fait flipper avec mes histoires de dahalo et de sorciers ! Pour être en sécurité à Madagascar, il faut se donner un code de conduite et toujours garder à l’esprit que le pays est un des plus pauvres au monde. Pour la plupart des Malgaches, si tu es vazaha, tu as forcément de la tune, beaucoup de vola. Je ne rentre jamais au quartier après 23 heures et je laisse la lumière dans la cour quand je sors le soir. Mais sinon, je vous rassure : tout se passe bien !


Découvrir Madagascar par la grande porte

Madagascar a toujours été, dans l’imaginaire réunionnais, une destination fantasmée. Le créole fait volontiers le grand bond vers le pays la fré, va battre carré à Maurice mais boude la Terre des ancêtres. J’ai en mémoire le tonton de mon pote zoréol d’origine malgache, il importait du bois à La Réunion et allait prospecter en brousse. Il nous racontait ses traversées semées d’embûches, ça nous faisait rêver.

J’ai débarqué pour la première fois à Madagascar en 2012 par la grande porte : l’aéroport international d’Ivato. Complètement flippé par ce qui se racontait à La Réunion, je m’étais préparé en lisant l’excellente BD « Vazahabe ! » de Denis Vierge, le récit d’un Français qui se rend pour la première fois à Mada, avec une dégaine de touriste, tu ne peux pas mieux faire, le parfait pigeon. Et ce qui est narré au début du bouquin m’arriva. Après avoir passé le protocole de débarquement à la malgache : remise de la fiche sanitaire, obtention du visa, inspection des bagages, enfin un énième contrôle du passeport, j’entrais dans l’arène. « Taxi  ? », « Tu cherches un hôtel ? »« Tu veux changer de l’argent ? »… Des Malgaches m’attendaient ! Pas le temps de répondre, un bagagiste m’avait emboîté le pas et était parti avec mon chariot, trop rapide le Malagasy.  « A la one again » , bienvenue à Madagascar !

Deux ans plus tard, enjoué par mon premier périple (j’avais passé deux semaines inoubliables à kiter sur le Canal du Mozambique), je retourne à Madagascar, toujours par la même porte. Et rebelote, gros flip à Ivato ! Cette fois, j’ai fait fort : en empruntant le couloir des bureaux administratifs des douanes que j’avais repéré lors de mon premier voyage, ce fameux passage qui mène aux correspondances régionales, pour éviter « les Malgaches qui m’attendaient », laissant entendre que j’étais en transfert, j’ai accusé…  un Malgache d’avoir volé mon passeport ! L’individu est resté muet alors que je le montrais du doigt. Puis il a désigné du regard ma poche avant gauche dans laquelle il y avait le précieux document, a esquissé un sourire et est entré dans un bureau, argh !

Depuis, j’habite à Mada la moitié de l’année, en case en tôle dans un quartier populaire ! Je n’ai jamais été inquiété encore moins agressé, volé, racketté. Ah si si, une seule fois car je n’étais pas en règle, je ne savais pas qu’il fallait légaliser en mairie ou en préfecture les photocopies de son passeport. Passer par Ivato, pour moi c’est toujours une aventure, il m’arrive souvent un truc mais rien de bien méchant. Une fois je me suis retrouvé sans valise, parce que je vous explique… Récupérer son passeport avec son visa à Ivato, c’est interminable et pendant ce temps, si vous êtes seul, vous ne pouvez pas mater les bagages qui arrivent sur le tapis roulant. Les douaniers empilent des dizaines de passeports, puis vous font attendre, attendre, attendre. Un vazaha s’était planté de valise, j’aurais dû la barder d’autocollants. Son bagagiste avait réussi « à glisser » le contrôle pour prétendre à un bon pourboire. Je l’ai récupérée une bonne heure plus tard, la valise était presque arrivée dans la capitale quand les douanes ont appelé le tête en l’air. Une autre fois, j’ai bien failli ne pas rentrer à La Réunion, des dizaines de Réunionnais bloqués à Tana depuis des jours, barraient l’accès de la zone d’embarquement, c’était pendant la grève d’Air Mad en 2015.

Si vous débarquez à Madagascar par Ivato et que vous n’êtes pas en transfert, vous passerez inévitablement par la capitale : Antananarivo (Tananarive en français). Tana, la ville de tous les dangers… Je déconne ! Ne laissez pas pendre votre banane ou votre sacoche, prenez un taxi pour vous déplacer la nuit, et encore… Perso, je déambule sans problème dans l’obscurité sur l’Avenue de l’indépendance au milieu des 4mi, nom donné aux sans logis de la capitale. Le centre de Tana la nuit a un air de Cour des miracles : les indigents se massent autour de feux improvisés pour se réchauffer. Ca troue le cœur cette pauvreté, mais n’ayez pas peur ! Préparez des petits billets dans vos poches si vous le souhaitez et distribuez-les au compte-gouttes la journée par-ci par là en toute discrétion pour éviter les attroupements autour de vous. Profitez de votre passage par Tana pour déambuler sur le marché d’Analakely, ça grouille de monde, j’adore ! Montez à pieds jusqu’au Rova par la route, ça vous fera une balade sympa et ça ne craint pas du tout. Faites un saut à l’Institut Français de Madagascar voir l’expo du moment et jeter un coup d’œil sur la programmation : concerts, films d’auteur… Enfin, lisez no comment pour dénicher des bons plans, passez dans leur librairie, vous y trouverez un chouette bouquin qui vous accompagnera pendant votre aventure.

Insécurité, paludisme, corruption… Faut-il avoir peur de se rendre à Madagascar ? Les fais divers surmédiatisés ne doivent pas vous priver de cette expérience unique. Utilisez un traitement prophylactique contre le palu pendant la saison des pluies si vous êtes à Mada moins de trois mois par an, ayez un comportement adapté, Madagascar est un des pays les plus pauvres au Monde, ne buvez pas trop de THB et soyez en règle par rapport aux autorités, ça vous évitera des déconvenues. Sur ce, bon trip !


La Réunion, un modèle du vivre ensemble ?

« L’île intense, un vivre ensemble unique. » Île de la Réunion Tourisme, 2017

30°, Vivre ensemble, Mer, Volcan, Montagne, Traditions. La Réunion se décline en six cases sur le site web de l’IRT, l’office du tourisme du Conseil Régional. La Réunion, un modèle du vivre ensemble, de la tolérance ? Enfin presque…

L’avion va bientôt atterrir, un message de mise en garde prévient les passagers de la présence de squales. Le mot « requin » est prononcé. Bienvenue à La Réunion, même pas peur ! Après une décennie calme, les requins contre-attaquent depuis 2011. Les autorités parlent même d’une crise, la crise requin, une situation d’état d’urgence qui dure : ma Morey n’a pas glissé depuis 6 ans. Les trois préfets successifs ont verrouillé les plages, lancé des pêches post-attaques contre les sérial killers. Les élus locaux sont sortis du déni, ont placardé des arrêtés municipaux, posé des pancartes le long des côtes. Les flics se baladent désormais en bord de mer avec leurs carnets à souche.

« Moi je vis ici depuis 60 ans… C’est mon pays, monsieur !  » Le maire de Saint-Paul, 2011

Le 19 septembre 2011, après une attaque fatale sur un champion péi de bodyboard, la deuxième en deux mois, les esprits s’échauffent. La dernière attaque mortelle remontait à 2006. Le maire de la commune de Saint-Paul répond aux huées des surfeurs : « La zone de la baie de Boucan, des Roches Noires… Les vieux interdisaient à leurs enfants de mettre le pied là-dedans ! ». Puis c’est la phrase de trop face à un rider zorey qui l’interpelle : « Moi je vis ici depuis 60 ans… C’est mon pays, monsieur ! ».

Plus de 8 Réunionnais sur 10 sont natifs de l’île selon l’INSEE. Les zoreys, les natifs de métropole, représentent 11% de la population réunionnaise. C’est la communauté « étrangère » la plus importante et en constante augmentation. Le zorey, c’est pour nombre de créoles le pouvoir du péi la fré, le préfet, le garde mobile envoyé de Métropole pour rétablir la loi, le fonctionnaire attiré par la surrémunération, celui qui prend les emplois des Réunionnais, la figure du colonialisme. Les requins ont réactivé la sempiternelle rivalité entre créoles et métros. Interrogez les surfeurs « étrangers » qui se sont aventurés sur le pic de la mythique Gauche de Saint-Leu, ou même des riders qui ne sont pas des habitués du spot, ils vous parleront du localisme péi. Peut-on pour autant parler de racisme ? Plutôt une xénophobie douce, une opposition, un antagonisme, une lutte héritée de la colonisation.

Mais il y a pire… Lire la suite