Estelle - Afroféministe

10 sportives noires qui ont marqué l’Histoire de leur discipline

article initialement écrit en 2013

En clin d’œil à l’article 10 sportifs noirs qui ont mis tout le monde d’accord de Totem World (2013), j’ai eu envie de mettre à l’honneur ces sportives dont les exploits sont souvent minimisés face à la toute puissance médiatique du sport masculin (merci les sponsors et le patriarcat).

Pourtant leurs performances sont tout autant méritantes et remarquables…

Althea Gibson – Tennis – USA

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Bien avant le regretté Arthur Ashe, cette non moins regrettée championne fut la première personne noire (hommes et femmes confondus) à briller dans le tennis.

Althea Gibson a remporté le tournoi de Roland Garros en 1956 avant de gagner l’ancêtre de l’US Open, en pleine Amérique ségrégationniste, et Wimbledon les 2 années suivantes.

Jackie Joyner-Kersee – Athlétisme – USA

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Détentrice du record mondial de l’heptathlon (compétition pluridisciplinaire) depuis 1988 et de 7 médailles d’or olympiques ou mondiales, son excellence a régulièrement été reconnue en athlétisme comme en basket-ball (son premier choix).

En 2012, elle a été honorée en intégrant le Panthéon de l’athlétisme de l’IAAF qui célèbre les plus grands athlètes de l’histoire des compétitions internationales.

Marie-José Perec – Athlétisme – France (Guadeloupe)

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De 1988 à 2003, Marie Jo a brillé en courant le 200 mètres et le 400 mètres. Ses exploits ont fait vibrer de nombreux cœurs guadeloupéens et français. Ses 13 médailles d’or dans des titres internationaux lui ont valu les honneurs du Panthéon de l’athlétisme de l’IAAF.

La chanson de l’artiste martiniquais Saël rendant hommage à Marie-José Pérec.

Surya Bonaly – Patinage artistique – France (la Réunion)

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Là où de nombreuses sportives noires contemporaines excellent dans l’athlétisme, Surya Bonaly a choisi d’exercer dans le monde du patinage artistique.

Elle y a fait sensation en prenant la tête du Championnat de France durant une dizaine d’années et celle du Championnat d’Europe pendant 5 ans. Elle a également remporté pendant 3 années consécutives la médaille d’argent lors des Championnats du Monde. Durant l’édition 1994 et s’estimant victime de racisme, elle refusa de monter sur le podium avant de se raviser.

Désormais patineuse professionnelle, elle est également engagée dans la lutte contre le racisme dans le sport en étant marraine de l’association  « La France des talents et des couleurs ».

Venus et Serena Williams – Tennis – USA

The Championships - Wimbledon 2012: Day Twelve

Suivant la voix tracée par Althea Gibson, les sœurs Williams ne sont plus à présenter. Elles totalisent 48 victoires dans en tournois du Grand Chelem et Jeux Olympiques, parfois en duo puisqu’elles n’hésitent pas à jouer ensemble en double.

Caster Semenya – Athlétisme – Afrique du Sud

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Après avoir remporté le 800 mètres lors des Championnats du Monde de 2009, Caster Semenya a eu à faire face à une avalanche de commentaires suspicieux et dégradants sur son apparence.

Jugée trop masculine pour être honnête et au vu de ses excellentes performances, elle a du subir tout d’abord sans le savoir des tests afin de confirmer sa féminité. Au bout de quelques mois, l’IAAF l’a finalement autorisée à courir de nouveau dans la catégorie féminine.

Aux réclamations de parents dénonçant une concurrence déloyale ont succédé les récriminations d’adversaires lui conseillant, en imitant sa voix rauque, de« retourner faire du football avec les hommes ». « Elle répondait calmement qu’elle voulait courir et les battre, que la piste n’était pas une estrade pour top-modèles », se souvient Michael Seme, son premier entraîneur professionnel. Le Monde

Tegla Loroupe – Athlétisme – Kenya

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Cette athlète présente un palmarès détonant. Elle est recordwoman du monde du 20 km, du 25 km et du 30 km.

Sa carrière terminée, elle continue à s’investir pour aider les autres dans le cadre de sa fondation ou de l’association des Champions de la Paix.

La fondation de Tegla Loroupe a investi près d’un million d’euros dans des projets visant à offrir une alternative économique aux razzias coutumières : agriculture, hôtellerie, tourisme et surtout éducation. « Grâce à l’école, les jeunes femmes comprennent qu’elles peuvent acquérir leur indépendance économique, que cela ne sert à rien de tout miser sur le mariage et la dot », estime Tegla qui a, elle-même, fréquenté l’université. Sa fondation organise des courses de la paix dans d’autres pays d’Afrique de l’Est, notamment l’Ouganda et le Soudan du Sud. RFI

Tirunesh Dibaba – Athlétisme / Cross-Country – Ethiopie

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La sportive éthiopienne a remporté 3 titres olympiques et 9 titres mondiaux sur longues distances (5000 mètres et 10000 mètres). Première femme à avoir réalisé le doublé 5000 mètres et 10000 mètres lors de Jeux Olympiques, elle est également détentrice du record du monde du 5000 mètres.

Cathy Freeman – Athlétisme – Australie

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S’il est une sportive noire qui est un symbole fort en faveur de la réconciliation entre la population noire et la population blanche de son pays c’est bien Cathy Freeman. Spécialiste du 200 mètres et du 400 mètres, cette femme aborigène a été choisie pour allumer la flamme olympique lors des Jeux de Sidney.

Cerise sur le gâteau, elle a cette année-là offert à son pays le titre du 400 mètres allant jusqu’à porter à la fois le drapeau australien et le drapeau aborigène lors de son tour d’honneur.

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Je présente ici une sélection tout à fait subjective même si j’ai tenu à y faire figurer des femmes de toutes les régions du monde. J’aurais pu faire d’autres choix, je pense notamment à de nombreuses sprinteuses de la Caraïbe ou des USA.

J’en retiens une sur-représentation de l’athlétisme et regrette notamment la présence de participantes à des sports collectifs.

En faisant mes recherches, je suis tombée sur l’étude Genre et Sport en Afrique du CODESRIA.

J’avoue ne pas l’avoir lue entièrement, j’ai juste parcouru les pages 71 et 93 qui sont très intéressantes. Je vous invite à les parcourir si le sujet vous intéresse. Je suis preneuse de toutes informations sur ce sujet.


10 mai – Portraits de femmes marronnes et résistantes

Aujourd’hui nous commémorons en France la journée des mémoires et de réflexion sur la traite, l’esclavage et leurs abolitions. La loi mémorielle Taubira reconnait depuis le 10 mai 2001 ces faits comme crime contre l’humanité et c’est la raison du choix du 10 mai.

Ces abolitions ont été précédées de très nombreuses luttes d’esclaves qui n’ont tout au long de ces 400 années cessé de combattre contre la déshumanisation dont ils faisaient l’objet. La combativité de ces femmes et de ces hommes a permis, pour la France, l’abolition de la traite tout d’abord puis l’abolition de l’esclavage en 1848.

J’entends souvent des noms célébrés et je regrette que les figures féminines marronnes et plus généralement résistantes ne soient pas mieux connues et reconnues.

Cette période de commémoration est l’occasion pour moi d’évoquer ce sujet en commençant par un petit tour en Guadeloupe et en Martinique, mes îles d’origine. Plus tard nous irons entre autres à la Réunion.

Solitude

La plus connue d’entre elles est sans conteste la guadeloupéenne Rosalie, surnommée « La Mulâtresse Solitude ». Je me passe bien volontiers de l’adjectif car il revêt un aspect animalier que je rejette (mulâtre venant de l’espagnol « mulato », soit un mulet) et comme d’autres je l’appelle simplement Solitude puisque s’est ainsi qu’elle s’est elle-même surnommée.

Née du viol d’une femme captive africaine sur un bateau négrier, Solitude a rejoint une communauté marronne et prit les armes en 1802 lorsque Bonaparte rétablit l’esclavage aboli lors de la Révolution Française. En mai 1802 elle fut capturée après avoir vu mourir  ses camarades de combat. Elle bénéficia alors d’un léger sursis car, étant enceinte, les esclavagistes ont attendu qu’elle mette l’enfant au monde avant de la pendre le jour suivant son accouchement. Elle avait 30 ans.

Comme je le disais, Solitude est la plus célèbre de ces femmes au point que son nom est régulièrement cité dans la liste des femmes qui mériteraient d’entrer au Panthéon. Mais surtout, de nombreuses œuvres lui ont été consacrées tel le roman « La Mulâtresse Solitude » d’André Schwarz-Bart, la statue de Jacky Poulier qui trône fièrement aux Abymes (Guadeloupe) ou cette autre statue de Nicolas Alquin qui est érigée à Bagneux (Hauts de Seine).

Solitude - sculpture aux Abymes
Solitude, statue de Jacky Poulier (Abymes, Guadeloupe) – photo Guadeloupe-Tourisme.com

Guadeloupe-tourisme.com

Gertrude

Toujours en Guadeloupe une autre figure histoire, et hélas moins célébrée, est celle de Gertrude. Âgée de 56 ans, cette femme esclavage a été condamnée en 1822 pour une série d’empoisonnements de colons.

Gertrude n’était pas marronne puisqu’elle a été arrêtée sur l’habitation, cependant l’empoisonnement était l’un des actes de résistance les plus pratiqués (comme l’infanticide et le suicide) et les femmes étaient aux commandes.

Cette série d’empoisonnement a été suivie d’un procès qui a jugé 5 personnes dont 4 femmes : Gertrude et sa fille Perrine, Marabou ainsi qu’une « mulâtresse » libre nommée Nanon et Jean-Philippe.

Au terme du procès et de son appel, Perrine a été remise à son maître, Nanon a été emprisonnée jusqu’à ce que des preuves irréfutables de sa culpabilité soient trouvées, Marabou a été emprisonnée 1 an et Jean-Philippe a été battu, marqué au fer avant d’être enfermé.

Gertrude a été condamnée à être pendue puis brulée vive. L’exécution a eu lieu le 8 février 1822.

Elle n’a jamais avoué ni plié face à ses accusateurs. Alors qu’elle était déjà condamnée et sur le point d’être exécutée, ses bourreaux cherchaient encore à lui tirer des aveux. Sans succès.

L’un d’entre eux dira même : « Cette femme avait le courage de la résignation ».

Une statue de Michel Rovelas lui rend hommage à Petit Bourg (Guadeloupe) et j’ai tout récemment beaucoup apprécié cet hommage mis en scène par Emmanuelle Soundjata et photographié par ThiPhoPics.

photo Guadeloupe-Tourisme.com
Gertrude, statue de Michel Rovelas (Petit Bourg, Guadeloupe) – photo Guadeloupe-Tourisme.com

Guadeloupe-Tourisme.com

En 1820 à Petit-Bourg, l’exécution  » pour l’exemple » de la négresse Gertrude, 56 ans, « empoisonneuse » , Perspektives

La Martinique ?

Concernant la Martinique, je n’ai pas identité précisément d’héroïne marronne mais je ne doute pas qu’il en existe auquel cas n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire ou via le formulaire de contact. Cela me ferait énormément plaisir et je pourrais partager l’information avec les lectrices et lecteurs.

Je vous propose cependant cette intervention de Stéphanie Bellerose, doctorante en Histoire, sur le thème « Le marronnage des femmes de Saint-Pierre à partir de la Gazette de la Martinique XIXè siècle« .

Elle y décrit ses travaux sur le sujet et notamment les conditions de marronnage de ces femmes : durée, liberté relative qui fait que leurs fuites sont déclarées tardivement, urbanité, etc.

On y apprend également que les femmes représentaient dans la zone étudiée 52% des esclaves et 40% de ceux en fuite.

Le marronnage des femmes à St Pierre. https://www.manioc.org/ fichiers/V14277
Le marronnage des femmes à St Pierre.
https://www.manioc.org/ fichiers/V14277

 « Constamment, les femmes ne cessent de marronner »

Je souhaite que l’héroïsme de ces femmes soit encore plus mis en avant car elles ont combattu pour notre liberté en mettant leurs propres vies en jeu. Et c’est aussi grâce à cela que je suis là.

Le fait de me (re)plonger dans ces histoires me fait m’interroger sur moi-même. Si j’étais née quelques siècles plus tôt, comment aurais-je agit ?

Est-ce que j’aurais été aussi combative ?

Si oui, quelles auraient été mes armes : fuir avec une communauté marronne pour y prendre les armes ou assurer l’intendance, rester sur l’habitation et répandre du venin dans les plats et boissons des ennemis ?

Me serais-je suicidée ou est-ce que j’aurais évité des souffrances à mes enfants en leur ôtant la vie ?


L’acteur Bill Cosby, violeur en série ? Son aveu

Cela fait des années que l’on entend différentes accusations de viol à l’encontre de celui qui interprétait le Dr Cliff Huxtable dans le Cosby Show. Sur la douzaine d’accusations, un seul procès a eu lieu et il a été conclu par un non-lieu.

Les victimes sont comme toujours dans les affaires de viol, présumées coupables. C’est bien le seul crime pour lequel la moralité de la plaignante est un élément aussi déterminant dans le traitement populaire, médiatique et judiciaire.
Nous l’avons vu dans la tristement célèbre affaire Dominique Strauss-Kahn accusé du viol de Nafissatou Diallo et pour lequel aucun procès pénal n’a pas eu lieu.

Non pas car le procureur ne croyait pas sa version mais parce qu’il estimait qu’elle n’était pas une victime crédible...

On le voit également ces derniers temps en Guadeloupe avec l’affaire Cornet, cet homme politique accusé d’atteinte sexuelle sur une enfant de 13 ans. Il y a des dizaines de commentaires criant au complot ou justifiant le délit d’un homme adulte « parce qu’elle l’a sûrement aguiché ».

13 ans.

Pour en revenir à l’affaire Cosby, Hollywood Reporter vient de publier une déposition de 2005 dans laquelle l’accusé admet avoir utilisé des drogues à l’insu de femmes pour les violer.

Bill Cosby

« In a deposition dated September 29, 2005, and obtained by the Hollywood Reporter, the comedian was asked, « When you got the Quaaludes, was it in your mind that you were going to use these Quaaludes for young women that you wanted to have sex with?

Yes »

Son avocat a tout fait pour éviter que cette déposition ne devienne publique en arguant même que Bill Cosby n’est pas un homme public ce qui est grotesque.

On comprend pourquoi…

sources

La déposition de Bill Cosby révèle qu’il a utilisé de la drogue pour violer des femmes, Hollywood Reporter (en anglais)

Affaire du viol de Nafissatou Diallo par Dominique Strauss-Kahn, Wikipédia

L’affaire Cédric Cornet commentée sur Internet, page Facebook France Antilles Guadeloupe

Le sédatif Quaalude (ou méthaqualone), Wikipédia


Tamara Suffren, chanteuse haïtienne de jazz créole – par @Pommeris

La twitta @Pommeris nous initie à la culture musicale haïtienne en nous présentant la chanteuse de jazz créole Tamara Suffren.

# # # #

J’ai grandi avec le jazz le blues, la musique rasin (vodou), mais surtout le konpa.

Qui en Haïti n’écoute pas de konpa ? Que tu le veuilles ou non tu peux te retrouver à chanter un son konpa que tu n’as jamais mis chez toi.

Comment ? Eh bien parce que les voisins ne mettent pas du Tabou Combo ou du Tropicana d’Haïti un samedi ou un dimanche pour eux, mais pour le quartier. Et cette ambiance festive donne naissance fort souvent à des get together improvisés mais aussi à des petits groupes musicaux de n’importe quelle tendance.

Bien que sur la scène internationale on connaît beaucoup plus les groupes konpa, beaucoup de nos musiciennes et musiciens n’ont pas cessé d’innover et d’apporter du nouveau pour le bon plaisir des amants de la musique. Et c’est dans cette quête que nous avons vu surgir le jazz créole.

Imaginez écouter du jazz sur fond de tambour, ce petit bout de soleil sur chaque note, ce bruit de vague qui accompagne le solo saxophone… Imaginez écouter les paroles imagées des scènes de vie caribéennes. Eh bien, on retrouve tout ça sur le CD de l’une des divas du jazz créole que j’adore : Lespwa de Tamara Suffren.

page Facebook de Tamara Suffren
Page Facebook de Tamara Suffren

Elle a un talent fou et une voix chaleureuse. Avec Lespwa, elle nous offre 12 morceaux de bonheur, de joie, de gaieté, de bonne humeur et de sourire. Je dois dire que c’est tout ce que je ressens en écoutant ce CD.

Elle commence avec Mèsi Bondyé [merci bon Dieu] qui est un classique de la musique traditionnelle haïtienne, l’un des premiers chants vodou qui ont été interprétés par beaucoup de musiciens (il existe une version de James Germain et de Malavoi).

Je veux croire que c’est pour remercier le ciel, la nature et les anges gardiens pour avoir enfin eu la chance de produire son premier album, elle qui chante depuis l’âge de 5 ans.

Mèsi Bondye gade kisa lanati pote pou nou,

Lapli tonbe mayi pouse

tout timoun ki grangou prale manje

An nou danse kongo an nou danse petro

Papa Bondye ki nan syèl la mizè a fini pou nou.

Merci Bon Dieu, regarde ce que la nature nous a apporté. La pluie est tombée et le maïs a poussé. Tous les enfants qui avaient faim pourront manger. Dansons le congo, dansons le petro. Notre père du ciel, notre misère a pris fin.

Ensuite vient Zanmi (ami), c’est le titre qui nous donne des leçons par rapport à nos amitiés à partir d’une série de proverbes haïtiens.

Zanmi se trèt nan pla men cho.

Et le premier chant de l’amour arrive, Sa k’ rivé (qu’est-ce qui s’est passé). Ce moment où tu te rends compte que tu es dinguement amoureux-se de quelqu’un-e et que tu découvres les facettes de cet amour, mais surtout les changements en toi. Eh bien si c’est ton cas, alors cette douceur décrit l’histoire de ta vie.

Ou byen m’ap fou oubyen m’ap dekouvri lanmou

pouki toutan ou nan panse m…

Lannwit tonbe w’anvayi rèv mwen

jou poko leve non w nan bouch mwen

Ou je deviens folle ou je suis en train de découvrir l’amour. Pourquoi es-tu tout le temps dans mes pensées ? Il fait nuit et tu envahis mes rêves. Avant même qu’il ne fasse jour ton nom est sur mes lèvres.

On rentre un peu plus dans l’ambiance jazz, avec un autre chant sur l’amour, je préfère dire une poésie chantée sur l’amour. Cette fois, elle chante pour un chéri.

Pi bèl rèv mwen fè sanble avè w’

Mon plus beau rêve ressemble à toi.

Salon pèp (salon du peuple), en Haïti les rues sont considérées comme le salon du peuple voir ici ceux qui n’ont surtout pas le privilège d’avoir un grand et beau salon chez eux. Elles ont une importance dans notre quotidien et je crois que chaque rue a un récit à raconter qu’il soit social, historique ou tout simplement une anecdote. Tamara chante ici un parallèle entre ce que devrait être une rue et l’état déplorable de nos rues.

Et encore de l’amour, parce que oui il ne chantera jamais assez l’amour et tout ce qu’il nous permet de vivre, Chak Jou (chaque jour).

Chak fwa nou rankontre se toujou sanble premye fwa

Chak jou w di m ou renmen m’ se sèl pawòl mwen tande

Chak fwa lè ou manyen m’ se tout kò m ki pran louvri…

*soupirs*

A chaque fois que tu me touches, tout mon Être s’ouvre.

On prend une pause avec l’amour pour parler de rêves, d’espoir : Lespwa qui est donc le titre de l’album. Il est important de la voir chanter et d’admirer sa beauté avec son joli afro !

Larenn solèy (la reine soleil) ; ici le plus important c’est le silence du saxo devant le tambour à 1 min 01s . La beauté d’un yanvalou.

Et la Petite fleur de l’album, rien à dire juste écouter l’instrumental.

Je ne voulais pas le dire pour ne pas influencer ceux et celles qui vont surement écouter l’album, mais je le dis quand même : Batistè (acte de naissance) est mon titre préféré. Et le je viens d’avoir un doute, mais je reste derrière mon choix. La poésie derrière ce texte est magnifiquement belle. J’écoute souvent cette chanson les yeux fermés peut-être que ça m’aide a mieux imaginer une belle histoire d’amour…

Mele jès mwen avèk jès ou

tounen mizik m ap vin danse w

dwèt mwen sonje chalè kò w

g on van ki bouke site non w (…)

Vin chita, taye cheve m’

w ap fin pa jwenn sa m gen pou m di w depi lontan.

[Je ne pense pas que la traduction sera à la hauteur des mots, du coup je ne le fais pas]

Et en parlant de yeux fermés, l’avant-dernier morceau est un classique de chez nous que l’on chante aux bébés pour les endormir. Et pour finir ce beau cadeau que nous a offert Tamara Suffren en collaboration avec P. Vaiana, elle nous chante Maladie d’amour qui est une biguine créole.

Cet album est en résumé un mélange de poésie et de belles mélodies. Beaucoup des titres sont écrits par elle et de grands poètes haïtiens. j’espère que vous allez aimer cette jeune chanteuse tout comme moi.

Si vous voulez acheter son CD sur iTunes ou Amazon.

Pour l’écouter sur Spotify et sur Soundcloud.

La page Facebook de l’artiste


Ces femmes noires aux commandes du ciel et de l’espace

Enfant, je voulais être astronome. Je dévorais mon encyclopédie afin de découvrir trous noirs et autres merveilles de l’espace et mon regard se perdait souvent dans les étoiles.

Cette envie m’est passée assez tôt. Je ne sais pas si c’est parce que j’associais l’astronomie avec un imaginaire d’enfance, si j’ai été découragée par le système scolaire français ou si c’est tout simplement car je n’en avais pas les compétences.

Toujours est-il que je repense parfois à ce rêve d’enfant et à ce que ma vie aurait été, je l’avais réalisé. C’est ainsi que je me suis intéressée à des parcours de femmes scientifiques et de lien en lien j’ai découvert l’histoire de l’Américaine Mae Jemison, première femme noire astronaute.

Mae Jemison - photo Wikipedia
Mae Jemison – photo Wikipedia

Diplômée en génie chimique, en études africaines et afro-américaines et docteur en médecine, le parcours de cette passionnée de danse est impressionnant. Ses aptitudes et sa ténacité, sa candidature à la Nasa avait été refusée une première fois, lui ont permis de participer à la mission spatiale américaine de 1992.

« C’était un moment très important, car depuis toute petite je savais que j’irais dans l’espace. » – Mae Jemison

 

L’une des inspirations de Mae Jemison est l’aviatrice Bessie Coleman, première femme noire pilote d’avion. Née à Atlanta (Etats-Unis) en 1892, Bessie Coleman avait décidé qu’elle piloterait des avions, mais c’était sans compter sur le sexisme et la ségrégation raciale qui avait alors cours dans son pays. C’est finalement en France qu’elle recevra la formation qui lui permet d’obtenir la licence de pilote de la Fédération aéronautique internationale. Imaginez une femme noire pilote d’avion en Picardie durant l’entre-deux-guerres… La personnalité de Bessie Coleman force l’admiration.

Il faut que nous ayons des aviateurs si nous voulons être en phase avec notre époque. Je ne pourrai jamais être satisfaite tant que nous n’aurons pas des Hommes de notre race qui sauront voler. – Bessie Coleman

Bessie Coleman - photo Wikipedia
Bessie Coleman – photo Wikipedia

Joan Higginbotham et Stephanie Wilson sont les deux autres femmes noires américaines qui ont parcouru l’espace.

Un peu plus bas dans le ciel, La’Shanda Jones est pilote d’hélicoptère au sein des gardes-côtes américains. Sa mère s’est suicidée alors qu’elle était encore un nourrisson et elle a ensuite été ballottée en familles d’accueil, elle a du surmonter un parcours difficile pour réaliser son rêve.

Mais ces femmes noires aux commandes du ciel et de l’espace ne sont pas uniquement américaines.

C’est de son père pilote d’avion que la Kényane Irene Koki Mutungi tient sa vocation. Première femme noire africaine capitaine d’aviation, elle compte bien mener une longue carrière et, à l’instar de son père, la poursuivre en tant que consultante une fois l’heure de la retraite sonnée.

L’Ethiopienne Amsale Gualu est depuis 2010 capitaine d’aviation dans son pays.

Si tu es passionnée, si tu crois en toi et que tu travailles beaucoup, tu peux atteindre n’importe quel objectif. Etre une femme ne doit pas être un frein. – Amsale Gualu

Quant à la Congolaise Fatima Beyina-Moussa, si elle n’a pas au sens propre pris les commandes du ciel, elle n’en est pas moins présidente de la compagnie aérienne ECAir et de l’association africaine des transporteurs aériens.

Ces quelques exemples sont des modèles de réussite et doivent motiver les femmes noires à s’intéresser aux filières scientifiques.

Pour en revenir à l’astronomie, connaissez-vous Fatoumata Kebe ?

Doctorante en astronomie à Paris, elle cultive le partage d’expérience afin de démontrer que  » tous les chemins mènent à Rome « .

J’aimerais que toutes les petites filles voient cette vidéo afin qu’elles sachent que beaucoup de choses leur sont possibles, et ce malgré les discriminations raciales, religieuses, sexuelles ou sociales.

A lire également sur le sujet

Ces femmes noires qui ont conquis le ciel : l’aviation civile, Savoir et partage

Sakhile Nyoni: une femme à la tête d’Air Botswana, Aeronautique.ma


Femmes Noires, nous devons prendre la parole.

Le 23 février 2015, j’assistais à la conférence-débat Ouvrir la Voix organisée par Amandine GAY et son équipe de choc. Elle m’avait fait la gentillesse de me proposer une place à la table des associations et collectifs afin que je puisse présenter Parlons des Femmes Noires.

Ouvrir la voix, extrait du film de la conférence.
Ouvrir la voix, extrait du film de la conférence.

L’une des visiteuses (je suis désolée mais j’ai oublié qui !) me demandait de quand datait mon projet. Je me suis retrouvée bien embêtée à ne pas savoir répondre. J’ai vaguement répondu 2013.

Aujourd’hui, je suis au calme chez moi et peux donc vérifier. Le premier article de blog (sur l’ancienne plateforme) date du 27 janvier 2014 soit un peu plus d’un an.

J’ai depuis observé de nombreux initiatives et partages de la part de femmes noires francophones, souvent jeunes et maîtrisant parfaitement les réseaux sociaux. Des partages riches, très divers autour des expériences personnelles qu’elles ont vécues ou d’informations qu’elles ont apprises aux travers de leurs lectures ou rencontres.

Ces afroféministes (ou afro-fem) francophones sont en train de créer un véritable engouement autour des problématiques de race, de classe sociale et de genre au cœur desquelles se situent les femmes noires.

Le point d’orgue de mon observation fut la conférence Ouvrir la Voix dont je vous parlais en préambule. Organisée dans le cadre de la semaine anti-coloniale et anti-raciste, elle a permis à Amandine Gay de sensibiliser un public majoritairement noir, féminin et jeune autour de son documentaire du même nom consacré à la parole des afro-descendantes francophones.

Durant la conférence, j’ai pris de nombreuses notes (enfin ça c’était juste avant de perdre mon stylo sous une latte de parquet) afin de vous en restituer un compte-rendu mais le film a été mis à disposition sur Internet aussi le mieux que j’ai à faire est de vous proposer d’en prendre connaissance afin que vous puissiez individuellement vous imprégner de cette soirée (autant que possible car l’ambiance de la salle est difficilement restituable).

Cette soirée a également été l’occasion de découvrir ou de rencontrer d’autres associations ou collectifs qui font un travail formidable. Les femmes de :

J’ai également (enfin) pu rencontre des femmes avec lesquelles j’échange depuis parfois de nombreuses années (merci Twitter) comme Many, Dictat Indignés (qui faisait partie de l’équipe d’animation du débat et avait écrit des articles sur l’ancienne plateforme Parlons des Femmes Noires), Parachuuut, Damourparamour (j’attends ton article !), Crabe Touloulou ainsi qu’une coquinette qui m’a dit que j’avais un nez mignon et une autre coquinette sur ma gauche dont je ne dirai pas plus.

J’ai aperçu au loin une Amandine très demandée et n’ai pas eu l’occasion d’échanger avec Mrsxroots. Ce n’est que partie remise j’en suis sure.

Cette soirée était une superbe émulation et je ne peux que féliciter Amandine et son équipe pour avoir su mobiliser autant de personnes un lundi soir (j’ai vu passer des tweets parlant de 150 personnes).

Voici donc le film de la conférence-débat ainsi que le storify (synthèse des tweets) crée par Jonas Lubec.


Je souhaite désormais revenir au titre de cet article ainsi qu’à Parlons des Femmes Noires.

J’ai crée cet espace afin de parler des sujets qui touchent les femmes noires et porter leur parole. Je fais chaque matins une revue de presse des articles touchant à la vie des femmes noires dans le monde et diffuse les informations sur la page Facebook sur laquelle vous êtes désormais plus de 3000 à me suivre (merci à vous !).
Il m’arrive également d’écrire sur ce blog des articles sur des sujets qui me touchent directement ou indirectement.Ma volonté n’est pas de parler à la place des femmes noires, tout d’abord parce que je ne suis pas toutes les femmes noires mais également car même si ma vie n’est pas exempte de difficultés (loin de là, un jour je vous parlerai de la dépression), elle n’est en rien comparable à ce que vivent la majorité des femmes noires dans le monde ou même en France.

Beaucoup d’entre nous craignent de s’exprimer librement par crainte de ne pas être écoutées ou d’être rabaissées comme c’est souvent le cas pour les femmes et pour les femmes noires en particulier (vive le paternalisme). Certaines pensent même que ce qu’elles ont à dire n’est pas intéressant… pourtant ça l’est.

Ça l’est parce qu’il s’agit de vous, de votre histoire, de votre expérience, de vos réflexions et que même si certains sujets peuvent vous paraître anodins ils peuvent en aider certaines à se sentir moins seules et d’autres à apprendre à connaitre ce qui ne les touche pourtant pas directement.Concrètement, il y a de nombreux sujets dans lesquels je ne me reconnais pas. Je pense même qu’il s’agit même de la majorité des sujets. Pourtant ils m’intéressent !
Je parlais plus haut de la revue de presse que j’effectue chaque matin, elle comprend également une revue de blogs/vlogs qui traitent de sujets divers et variés (beauté, cuisine, humeurs, musique, santé…).
Ce matin encore je me suis surprise à consulter la chaîne d’une youtubeuse chrétienne. Il s’agit typiquement d’un sujet qui en lui même ne m’intéresse pas cependant j’étais fascinée non pas par le fond de ses propos car je ne suis pas croyante mais par la simplicité, le naturel et l’intelligence avec laquelle elle traitait ses vidéos.Nous avons à notre disposition de nombreux outils et Internet en est un formidable pour créer du lien et permettre à chacune de s’exprimer. Utilisons-le ! Créez vos blogs, vos vlogs, pages Facebook, comptes Twitter et autres Pinterest.

Vous êtes bien entendu intéressantes de par ce que vous avez à dire mais aussi plus simplement par ce que vous êtes.

Si vous n’osez pas ouvrir de blog ou souhaitez vous entraîner avant de le faire, cet espace est à votre disposition. Envoyez-moi vos textes, je les publierai sous votre nom (ou anonymement si vous le souhaitez). Ou mieux encore si vous créez vos propres espaces faites le moi savoir car ça m’intéresse et je relaierai vos publications.Je cite une phrase que j’ai entendue et ré-entendue  » il y a le savoir-faire et le faire-savoir « . Faites savoir ce que vous êtes et ce que vous faites.

Par ailleurs, je débute prochainement une série de portraits de femmes noires afin de parler de leurs vécus, de leurs difficultés ou réussites. Si vous souhaitez y participer n’hésitez pas à me contacter afin que nous puissions réaliser cela ensemble. Je recherche des femmes noires de toutes origines et habitant partout dans le monde (pays d’Afrique, de la Caraïbe, d’Amérique du Sud ou du Nord, d’Asie, d’Europe, de l’Océanie).

D’une part parce que cela me ferait plaisir mais également car nous souffrons en France d’un réel problème de représentations même si cela a tendance à s’améliorer.
Nous devons occuper les espaces et permettre aux jeunes femmes et jeunes filles de trouver des figures qui leur ressemblent. Cela passe tout d’abord par la famille, qui est ô combien importante, mais nous devons pouvoir également les trouver dans la sphère publique. Les blogueuses mode et beauté ainsi que les artistes, politiques et journalistes ont commencé ce travail, il faut le continuer sur les autres aspects de la vie qu’il s’agisse de l’emploi, des loisirs, du couple, de entrepreneuriat, des arts, etc.

 

Ouvrir la voix, extrait du film de la conférence.
Ouvrir la voix, extrait du film de la conférence.

Prenons la parole, elle nous appartient aussi.


L’hommage émouvant de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy à André Brink.

Euzhan Palcy, photo Wikipedia
Euzhan Palcy, photo Wikipedia

Nous avons appris ces derniers jours le décès de l’écrivain sud africain anti-apartheid André Brink.

Son roman  » Une saison blanche et sèche » avait été porté à l’écran par Euzhan Palcy qui fut ainsi la première réalisatrice noire à être produite par un studio hollywoodien.

Mon cher André, merci pour ta confiance et ton amitié indéfectibles au cours de toutes ces années.

Je garde le grand souvenir de cette projection d’ « Une Saison Blanche et Sèche » en Martinique où tu as réalisé deux de tes rêves les plus chers : Assister à une projection du film avec un public noir et c’est en Martinique tu en as fait l’ultime expérience.

lire le texte complet sur le compte Facebook d’Euzhan Palcy

 

 

 

 

 

 

 

« Une saison blanche et sèche  » est le second film d’Euzhan Palcy, le premier étant  » Rue Case-Nègre « , adaptation du roman de Joseph Zobel, qui dépeint la situation des martiniquais noirs dans les années 30.

La réalisatrice a été également réalisé et produit le téléfilm  » Le combat de Ruby Bridges » qui met en scène la vie de celle qui fut la première enfant noire américaine à intégrer une école pour enfants blancs. C’était en 1960 et les Etats-Unis étaient encore en pleine ségrégation.

Ruby Bridges

 

sources

Euzhan Palcy, cinéaste: « J’ai une vie riche… », Outremer le mag

Biographie d’Euzhan Palcy, Africulture

Archives d’Outre-mer – 1989, interview de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy (2e partie), Outre-mer 1ere

Euzhan Palcy, réalisatrice d’une saison blanche et sèche, par @Mrsxroots

Afrique du Sud: décès d’André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid, L’Obs


Découverte musicale : Sara Rénélik, chanteuse haïtienne

La twitta et blogueuse haïtienne Doris L. Basquiat met régulièrement en avant (et avec passion) les artistes de son pays. Elle souhaite aujourd’hui nous faire découvrir l’un de sous coups de cœur, la chanteuse haïtienne Sara Rénélik.

Pour suivre Doris : twitter @PoMMeRis / tumblr pommeris.tumblr.com

# # # #

Et la voilà dans toute sa splendeur la première reine haïtienne dont je veux vous parler aujourd’hui. Elle s’appelle Sara Rénélik et je l’ai découverte en 2008, un soir au parc historique de la canne à sucre à Port-au-Prince lors du concert 8 fanm kanpe pou 8 mas (8 femmes debout pour le 8 mars). Concert organisé par le ministère à la Condition féminine, qui a voulu marquer la journée internationale de la femme par ce beau concert avec 8 divas de la musique haïtienne, du terroir comme de la diaspora.

Elle était comme une douce énergie qui flottait sur la scène et qui enveloppait toute la foule. J’ai eu la chair de poule pendant toute sa performance. Danseuse, chanteuse et chorégraphe, Sara Rénélik a reçu le prix du MAESTRA SOCAN/SODRAC en 2005 qui encourage les femmes en musique et le prix de Musique folk canadienne en 2007 après la sortie de son album AUDE sorti en 2006.

De plus, elle participe à beaucoup d’événements où la cause des femmes occupe la première place en Haïti comme au Québec. Et la liste des prix et de ses activités augmente au fil du temps. Depuis un certain temps, elle se consacre à la défense des causes de la femme et se rapproche beaucoup de sa terre, Haïti.

page Facebook de Sara Renelik
page Facebook de Sara Renelik

Je ne saurais décrire par un seul mot le style de son album AUDE que j’écoute en boucle par temps gris ou ensoleillé. Mais ce qui est clair, c’est que la musique traditionnelle haïtienne est bien la base de ce projet. Elle mélange donc les rythmes du vaudou et world music, je vais prendre le risque de décrire son cd ainsi. La douceur de sa voix et la variété qu’elle ouvre à travers son oeuvre sont extraordinaires. Elle chante en 3 langues : français, créole, espagnol.

Le cd commence par un chant de nettoyage comme j’aime le dire. 

LAISSER ALLER nous prépare à l’écoute de l’album en nous aidant à nous relaxer et entrer en harmonie avec la nature. Ensuite arrive SA VA KONSA des petits plaisirs qui font que nous allons bien (les enfants et les grandes personnes qui jouent ensemble, la chaleur du soleil). Puis bien sûr FEMMES qui est un hymne à toutes les femmes du monde.

Je vais sauter quelques musiques et aller vers la chanson LES ARTISTES dans laquelle elle parle de son expérience en tant qu’artiste. Elle réclame la liberté des artistes, que le monde les laisse évoluer comme ils le veulent, pour finir avec une liste de personnages importants dans l’histoire du monde : artistes, héros de l’indépendance d’Haïti, etc., et par cette phrase :

le monde ne sera sauvé que par des insoumis.

Bien sûr une telle femme ne saurait ne pas parler d’amour, c’est donc ainsi que l’on a BONNE NOUVELLE, la chanson de l’amour fraternel “Aimez-vous les uns les autres !”.

RASANBLEMAN. Voilà donc une musique haïtienne avec tambour et toute l’énergie qu’il faut pour se sentir bien, remaniée par Sara certes, mais toujours bon de l’entendre. De plus, après avoir partagé tout cet amour, vécu ce bien-être, pris connaissance de sa philosophie, elle laisse un grand rappel :

Ayiti se manman libète si l’ tonbe l’a leve ! 

Haïti est mère de la liberté, si elle tombe elle se relèvera.

Pour votre plaisir cher.-es lecteur.rices :

AUDE : https://itunes.apple.com/fr/artist/sara-renelik/id206476276 [ITUNES]

Sara Rénélik – Aube [SPOTIFY]

Concert avec introduction sur l’histoire non racontée de l’île Haïti-St Domingue (en espagnol)

Page Facebook de l’artiste 

# # # #

Merci à Doris pour ce partage, je ne sais pas pour vous, mais cela m’a donné très envie de découvrir l’oeuvre de Sara !


Zuri, 3 ans : «Ne me touchez que si je vous y autorise»

Staceyann Chin se décrit comme une femme née en Jamaïque, vivant à Brooklyn (Etats-Unis), lesbienne, écrivaine, poétesse, activiste politique, performeuse et mère célibataire. Cette brève description donne un rapide aperçu de sa forte personnalité et de ses engagements.

Elle a donné naissance en 2012 à une petite fille nommée Zuri et cette dernière est bien partie pour reprendre le flambeau du militantisme.

Toutes deux ont lancé sur YouTube la série Living Room Protest (manifestation de salon) dans laquelle elles s’expriment sur les sujets qui leur tiennent à cœur. C’est surtout Zuri qui, du haut de ses 3 ans, affirme avec force (et mignonitude je dois être honnête) ses convictions.

Et le 3e Living Room Protest est très clair :  Zuri demande que l’on ne la touche pas à moins d’avoir recueilli son accord.

Zuri et sa mère Staceyann Chin
Zuri et sa mère Staceyann Chin

Elle a parfaitement intégré que notre corps nous appartient, d’ailleurs à un moment de la séquence on l’entend demander à sa mère si elle peut la toucher. Après que sa mère l’ait accepté, Zuri lui caresse délicatement la main.

Le côté adorable de cette vidéo ne doit pas empêcher de comprendre le message diffusé : les enfants ne sont pas des poupées et leur consentement compte.

 

 

J’adore les enfants. J’aime les bisouiller, leur faire des câlins et rire avec eux. Mais il ne me viendrait jamais à l’esprit de le leur imposer. De la même manière, quand je rencontre des enfants je leur dis toujours « bonjour » (jusque-là rien d’anormal) et demande si je peux « avoir un bisou ». Si l’enfant refuse de m’embrasser, je demande si moi je peux lui faire un bisou (d’ailleurs en y repensant cela revient à insister aussi je vais arrêter). Si l’enfant refuse, cela ne me pose pas de problème.

Je ne le vois pas comme un affront ou un manque de politesse, je ne suis ni vexée ni indignée et je ne remets pas en question l’éducation des parents.

Malgré tout, ils grondent souvent les enfants aussi je leur dis que ce n’est pas grave et qu’elle ou il n’a pas à embrasser ou à l’être de force.

J’ai moi-même différents souvenirs d’avoir dû embrasser des personnes (généralement adultes) alors que je n’en avais pas du tout envie. Dire bonjour est suffisant, j’ai trop de souvenirs de bises forcées avec des barbes piquantes, des haleines sentant le tabac ou des hommes qui me mettaient mal à l’aise pour des raisons que je n’identifiais pas encore.

Note : Staceyann Chin est une femme à connaître, nous aurons surement l’occasion d’y revenir.


La première gifle.

La première gifle part. Et elle revient. Encore et encore.

"Une femme battue c'est une vie brisée" Association pour la condition féminine et d'aide aux victimes (Acfav), Mayotte
« Une femme battue c’est une vie brisée »
Association pour la condition féminine et d’aide aux victimes (Acfav), Mayotte

Car la violence ne s’arrête pas là. D’ailleurs elle ne commence pas là non plus, précédée d’agressions verbales (insultes privées ou publiques…) et/ou psychologiques (destruction de l’estime de soi, maintien sous dépendance économique ou affective…) la première gifle est un nouveau basculement vers l’incompréhension, la solitude, le repli sur soi.

Comment comprendre que la personne avec laquelle on a décidé de faire sa vie puisse ainsi se transformer en bourreau ?

« S’il me fait ça, est-ce de ma faute puisque je l’ai choisi lui ? Est-ce que je l’ai provoqué ? »

« Je n’aurais pas du dire ou faire ça. Pourquoi ça m’arrive à moi ? »

« Si cela m’arrivait à moi, je partirai tout de suite. »

Ne dites pas cela car vous ne savez pas ce que sont les entreprises de destructions systématique, d’éloignement de la famille et des amis, la haine, les cris, les pleurs, les coups. N’ayez jamais à subir cela. Jamais. Car en plus de la douleur physique et psychologique, vous risqueriez de ne pas vous reconnaître et cela détruit tout autant que les coups et les insultes.

Partout dans le monde les femmes souffrent et meurent sous les coups de leurs compagnons. La moitié des féminicides est commise par un partenaire ou ex partenaire de vie et le duo viol/violences conjugales met plus en danger la vie des femmes jeunes que le cancer, les accidents de la route, la guerre et de paludisme réunis.

« Une femme sur trois est battue, victime de violence sexuelle ou autrement maltraitée par un partenaire intime au cours de sa vie. »

 1 femme sur 3.

  • quand vous êtes dans une foule, des dizaines de femmes ont subi ces violences.
  • quand vous êtes au restaurant, plusieurs femmes en apparence tranquillement attablées avec leurs compagnons souffrent.
  • dans votre immeuble, dans votre quartiers, plusieurs femmes sont violentées une fois les portes fermées.
  • dans une réunion de famille, avec vos tantes/oncles, cousines/cousins, frères/sœurs, mère/père… quelqu’un a besoin d’aide.

Soyons attentives et attentifs les uns vis à vis des autres, les coups tuent mais l’indifférence aussi.

Si vous avez un doute sur une situation, il y a de grandes malchances pour que vos doutes soient le reflet de la réalité. Parlez-lui, proposez-lui de l’aide, alertez les services de protection. Vous sauverez peut-être une vie.

sources

Quelques contacts pour aider les femmes en danger, annuaire réalisé par Afro-Fem (n’hésitez pas à signaler d’autres services d’urgence)
Quelle est l’étendue des violences faites aux femmes, ONU

Mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles : quelques faits et chiffres, ONU Femmes

FranceFemmes et hommes face à la violence, INSEE

Afrique


24 heures de mobilisation en faveur du sport féminin #24hSportFéminin

En octobre 2012 et à l’initiative de Christine Kelly, Présidente de la mission Sports, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) menait une étude sur la représentation du sport féminin.

Les résultats étaient sans appel puisque cette expérience a démontré que les compétitions féminines ne représentaient alors que 7% de l’ensemble des diffusions. 

ImpressionC’est ainsi que le CSA, en collaboration avec l’association Femix’Sports, les secrétariats d’Etat aux sports et aux droits des femmes ainsi que le Comité national olympique et sportif français, organise aujourd’hui la seconde édition des 24 heures du sport féminin (la première ayant eu lieu en 2014).

Cette mobilisation dont l’objectif est de médiatiser les compétitions sportives féminines aura bien entendu lieu dans les médias mais des actions locales sont également organisées.

Les sportives de haut-niveau sont mobilisées, la liste des ambassadrices comprend notamment :

Laura Georges, footballeuse guadeloupéenne évoluant au PSG et ayant à son actif 156 sélections et 6 buts en équipe nationale. Elle est également ambassadrice du programme de développement du football féminin de l’UEFA.

Sandrine Gruda, basketteuse martiniquaise évoluant à l’Ekaterinbourg Club (Russie).  Elle est également vice-championne Olympique en 2012 et finaliste du championnat d’Europe en 2013.

Nodjialem Myaro, ancienne handballeuse d’origine tchadienne. Championne du monde 2003, Présidente de la Ligue nationale de handball, vice-présidente de la Fédération française de handball.

Si le sport féminin concerne toutes les championnes qu’elles participent aux compétitions pour personnes valides ou pour personnes handicapées, il concerne également les amatrices.

Il s’agit d’un moyen d’expression et de bien-être. De nombreuses disciplines sont proposées afin que chacune puisse trouver celle qui convient à ses envies et à ses besoins (avec des adaptations parfois nécessaires) et si les conditions d’exercice ne sont pas toujours accessibles à toutes (freins culturels ou personnels, infrastructures…) il ne faut pas hésiter à nous mobiliser pour partager nos passions et les faire évoluer.

Mandy François-Elie, athlète d’origine martiniquaise. Médaille d’or olympique du 100 mètres, Championne du monde du 100 et du 200 mètres.

Ladies’ Turn : pour l’organisation d’un tournoi de football féminin au Sénégal

Toujours dans le cadre de la promotion du sport féminin, Arte diffuse actuellement le film Danbé, la tête haute qui met en images l’autobiographie d’Aya Cissoko, boxeuse d’origine malienne.

Championne du monde boxe française et anglaise, elle a du mettre un terme à son exceptionnelle carrière après une fracture des cervicales pour entamer un autre parcours tout aussi exceptionnel en intégrant l’école Sciences Po et en devenant autrice.

Pour terminer cet article, je ne peux m’empêcher de partager cette e-x-t-r-a-o-r-d-i-n-a-i-r-e remontée de la sprinteuse d’origine ivoirienne Floria Gueï lors du relais 4*400 mètres des Championnats d’Europe d’Athlétisme de 2014.

sources

Le sport féminin à la télévision, CSA (2013)

Les 24 heures du sport féminin : pour donner des elles au sport –  Fémix’Sports

Ambassadeurs et ambassadrices des 24 heures du sport féminin 2015 – Fémixsports

Trophées Fémix’Sports 2015

Danbé, la tête haute – Arte


De l’esclavage à la liberté, l’histoire de Mary Prince par Souria Adèle

En 1828, après 40 années de souffrances et de multiples changements de propriétaires, Mary Prince est à nouveau déracinée pour arriver dans la froide et humide Angleterre qui contraste sévèrement avec les Caraïbes.

Ses propriétaires en ont décidé ainsi et elle n’a d’autre choix que de s’y plier en laissant derrière elle son mari ainsi que toutes les personnes qu’elle aime.

Elle ne savait pas que ce nouvel exil forcé changerait sa vie en l’emmenant vers un combat judiciaire qui influerait sur la politique esclavagiste de l’État colonial anglais.

en représentation à la Manufacture des Abbesses jusqu'au 20/12/2014
en représentation au Théâtre des Abbesses jusqu’au 20/12/2014

C’est cette histoire que Souria Adèle a choisi d’interpréter sur la scène de la Manufacture des Abbesses. J’ai pu voir en mars dernier ce spectacle qui m’a profondément touchée.

Colère, admiration, interrogations.

Seule sur scène, l’actrice incarne totalement son personnage et nous fait ressentir l’inhumanité de cet esclavagisme qui retire toute liberté et bien-être. Cet asservissement qui prive les mères de leurs enfants, les frères de leurs sœurs et les femmes de leurs époux.

C’est avec beaucoup d’admiration que j’ai reçu ce témoignage du combat de Mary Prince porté par la finesse et la pudeur de l’incarnation de Souria Adèle.

Je ne m’étalerai pas plus sur le contenu ou la forme de ce spectacle car je vous invite vivement à aller le voir afin de vous faire votre propre opinion.

Je peux en revanche vous parler des interrogations que cela a soulevé en moi en tant qu’afro-descendante des Caraïbes. Des questions en rafale sur ces femmes qui m’ont précédée et qui vivaient dans des conditions proches de celles de Mary Prince. Comment ont-elles lutté contre cette condition ?

Car je n’ai aucun doute sur le fait qu’elles aient lutté.

Lutté à leur manière telle une Mary Prince qui s’est mariée à un ancien esclave contre l’avis de ses propriétaires et qui s’est rebellée une fois arrivée sur le sol anglais (l’esclavage n’existant pas sur le sol anglais mais uniquement dans les colonies).

Je n’ai malheureusement aucune réponse à ces interrogations et je n’en n’aurais pas. En revanche ce que j’ai ce sont les histoires d’une Mary Prince et de tant d’autres femmes esclaves qui se sont battues.

Merci à Mary Prince, Solitude, Lumina Sophie (née à l’abolition), Flore Gaillard, Héva, Nanny et à tant d’autres esclaves marronnes pour avoir combattu mais également pour avoir laissé ces traces et ainsi nous apporter les réponses que nous n’aurons pas à titre individuel.

Merci également à ceux et celles, telle Souria Adèle, qui transmettent ces histoires au grand public.

J’ai vu et participé à des manifestations contre une pièce de théâtre qui déshumanise un peu plus les Noirs. J’ai également lu ce message de Souria Adèle sur le manque de spectateurs lors de ses représentations.

Tout le monde dit  » oui y a pas assez de spectacle sur l’esclavage fait par les noirs avec les noirs » mais personne ne vient quand un afro-descendant fait quelque chose. On n’est dans une contradiction sans fin.

Souria Adèle sur Facebook

Soutenir est tout aussi essentiel que de dénoncer.

Mary Prince, jusqu’au 20 décembre 2014 à la Manufacture des Abbesses


Déshabillée et frappée en pleine rue pour une tenue jugée indécente #MyDressMyChoice

La respectabilité des femmes est trop souvent utilisée pour définir la manière dont elles doivent être traitées et il est fréquent d’entendre des affaires d’agressions sexuelles minimisées à cause de la tenue de la victime.

C’est ce qui est arrivé à une femme kenyane qui a été déshabillée en pleine rue parce que sa tenue n’était pas jugée suffisamment convenable.

Elle a également été frappée dans les parties génitales et insultée par des hommes qui la traitaient de tentatrice.

#MyDressMyChoice

Il semble que certains esprits trouvent légitime d’agresser sexuellement une femme pour corriger son attitude et la faire rentrer dans les rangs de la respectabilité.

Doit-on en déduire que seules les femmes irréprochables méritent leur intégrité physique alors que cela devrait être un dû pour chacune d’entre nous ?

Cette affaire sordide ne s’est pas cantonnée aux rues de Nairobi puisqu’elle a été filmée et que la vidéo circule sur un Internet dont les utilisateurs sont toujours prompts à ridiculiser les plus faibles d’entre nous.

Qui sont donc ces hommes qui agressent les femmes, filment les faits plutôt que de lui porter assistance et participent à leur diffusion à coup de commentaires justifiant ce qui s’est passé ?

C’est particulièrement effrayant.

Mais Internet est également (et heureusement !) un outil permettant à la riposte de s’organiser. C’est ainsi que le hashtag Twitter #MyDressMyChoice a été lancé afin de dénoncer cette affaire ainsi que tous les comportements visant à limiter la liberté des femmes à porter une simple mini-jupe.

La campagne de soutien à cette jeune femme se fait également dans la rue, une manifestation à l’initiative du groupe de femmes Kilimani Mums aura lieu demain lundi 17 novembre à Nairobi.

Par ailleurs Grace Kaindi, responsable de la police kenyane, indique qu’une enquête est en cours afin de retrouver et de punir les auteurs de cette agression.

sources (en anglais)

Women to hold miniskirt protest to support stripped woman, as Kenyans take to Twitter to condemn act, #MyDressMyChoice, The Star

My Dress My Choice: Kenyans React To The Stripping of a Woman, Kiketele.com

liste des tweets du hashtag #MyDressMyChoice

Groupe Facebook Kilimani Mums Nairobi


Hapsatou Sy : cyber-harcèlement et misogynoir

 

L’entraîneur de football français Willy Sagnol a récemment tenu des propos racistes au sujet des joueurs africains qui ont légitimement soulevé une polémique.
Lors d’un débat durant une émission télévisée dont elle est animatrice, Hapsatou Sy a pris la défense de l’entraîneur.

Une seconde polémique est née de cette prise de position et elle a été accusée de trahison vis-à-vis de la communauté noire. Un déferlement de messages haineux s’en est ensuivi.

Le contenu de ces messages est souvent particulièrement violent, comme peuvent souvent en témoigner les réseaux sociaux, et nous pouvons y lire des insultes la traitant de pute, de chienne, de négresse de maison (ou de service) et commentant sa vie sexuelle.

Il est plus facile d’attaquer une femme sur sa moralité sexuelle plutôt que sur ses idées.

Ces propos réinterprètent des stéréotypes à la fois misogynes et racistes dont sont affublées les femmes noires : l’hypersexualité et la compromission avec le maître blanc (ou plus généralement l’homme blanc).

misogynoir : forme de misogynie dirigée contre les femmes noires américaines.

Le terme a été créé en 2010 par la militante féministe, noire et queer Moira Bailey. Il a tout d’abord servi à dénoncer le traitement des femmes noires dans la musique hip-hop.

La prétendue hypersexualité des femmes noires tend à les animaliser afin de mettre leur corps ainsi que leur représentation à la disposition des hommes.

Le terme nègre de maison est apparu dans le discours Message to the Grass Roots (1963) de l’activiste Malcom X. Il y oppose alors 2 figures d’esclave : le nègre de maison et le nègre des champs, le premier s’étant compromis dans le confort de l’habitat du maître tandis que la résistance du second s’était forgée dans les travaux des champs.


Le terme de nègre de maison (ou de salon) est désormais régulièrement repris pour dénoncer les personnes noires dont les prises de position sont considérées comme en défaveur de la communauté noire.

Mais cette opposition très manichéenne semble occulter le sort des femmes esclaves qui, même lorsqu’elles étaient attachées à l’entretien de la maisonnée, subissaient les viols de leurs maîtres et dont le corps était l’un des enjeux de l’opposition homme blanc / homme noir.

De l’importance des mots

Lorsque j’ai commencé à rédiger cet article, je l’ai tout d’abord titré Le lynchage misogyne d’Hapsatou Sy mais je me suis ravisée, car le terme de lynchage a une histoire précise et notamment lorsque l’on évoque le sort de personnes noires.

Il en va de même pour ces expressions dont la connotation historique ne devrait pas servir à salir l’image d’une femme noire dans le cadre d’un débat sur… l’image et les représentations associées aux footballeurs noirs.

Et d’une manière beaucoup plus générale :

– cessez donc d’attaquer les femmes sur leur moralité et plus particulièrement sur leur sexualité. La misogynie ne nous fera pas plus avancer que les commentaires racistes des instances sportives ;

– ne vous en déplaise, les femmes noires ont des relations sexuelles et/ou amoureuses avec qui elles veulent.

 

sources

Le changement de position d’Hapsatou Sy, page Facebook de l’animatrice

Willy Sagnol dans le piège des stéréotypes, blog Une balle dans le pied

Misogynoir, Wikipedia (en anglais)

L’ambivalence du regard colonial porté sur les femmes d’Afrique noire, Yann le Bihan

Les femmes en esclavage, Grioo.com


Fatu Kekula a héroïquement soigné sa famille atteinte d’Ebola

L’épidémie d’Ebola est critique et touche particulièrement 3 pays d’Afrique : la Sierra Leone, la Guinée-Conakry et le Liberia. Alors que les populations occidentales cèdent progressivement à la psychose face à cette grave maladie, une femme libérienne a déjoué toutes les statistiques en apportant des soins à 4 membres de sa famille.

L’histoire commence quand le père de Fatu Kekula tombe malade. Elle l’emmène alors dans différents hôpitaux qui ne peuvent le prendre en charge faute de place et de personnel soignant, ce dernier étant lui-même affecté par la maladie.

Il reste donc à domicile, mais contamine malheureusement son épouse, une autre de ses filles ainsi que son neveu.

J’ai tellement pleuré, je disais à Dieu « tu me dis que je vais perdre toute ma famille ? »

Fatu Kekula, qui est étudiante infirmière se charge de leur apporter des soins à l’aide de médicaments fournis par une clinique locale. Elle est cependant consciente de l’extrême contagion de la maladie et du fait qu’elle doit rester en bonne santé afin d’aider efficacement ses proches.

C’est là que toute l’ingéniosité de cette femme se met en œuvre : elle confectionne des protections avec les moyens du bord.

Ses cheveux sont couverts d’une paire de collants et d’un sac-poubelle enroulés autour de la tête.

Ses pieds sont protégés grâce à des chaussettes recouvertes de sacs-poubelles retroussés à mi-mollet par-dessus lesquels elle enfilait une paire de bottes en caoutchouc, elles-mêmes recouvertes d’une couche supplémentaire de sacs-poubelles.

Son tronc était couvert par un imperméable et ses mains recouvertes de 4 paires de gants.

Un masque venait compléter cette tenue certes incongrue, mais efficace puisqu’elle n’a pas contracté la maladie alors qu’elle assurait des soins intensifs auprès des siens.

Ce succès ne s’arrête pas là, alors qu’au Liberia la maladie est mortelle dans 70 % des cas, 3 des 4 malades de sa famille ont survécu à cette terrible épreuve.

Après ces deux  semaines de combat, un hôpital a enfin pu admettre son père, sa mère, sa sœur et son cousin mais ce dernier n’a malheureusement pas survécu.

Fatu Kekula, image nairalandnews
Fatu Kekula : « Je suis fière de moi » – image nairalandnews

Il est difficile d’attribuer totalement ces résultats à ces mesures car d’autres facteurs ont pu influer. Cependant le dévouement, la débrouillardise et la résistance physique et morale de Fatu Kekula sont à saluer.

Sa « méthode du sac-poubelle » est d’ailleurs reprise par des volontaires de l’aide internationale afin de former les populations locales à son utilisation. C’est à la fois une source d’espoir dans la lutte sur le terrain et un aveu terrible du dénuement des habitants et des systèmes de santé face à cette maladie.

La vie reprend son cours

Désormais guéri, son père met tout en oeuvre afin de récolter les fonds pour qu’elle puisse terminer ses études d’infirmière et ainsi venir en aide à d’autres personnes qui auront besoin de ses compétences et de son intelligence.

Je suis sûr qu’elle sera une figure du Liberia, son père

Une source d’espoir qui ne doit pas occulter la réalité

Cette réussite est également l’occasion de rendre hommage à celles qui au quotidien sont présentes auprès des malades alors que les femmes sont d’une manière générale les premières victimes d’Ebola, au Liberia 75 % des personnes décédées sont des femmes.

Les causes sont multiples et directement liées à leur condition de vie des femmes et à leur place dans la société.

 « Ce sont elles qui soignent les membres de leur famille quand ils tombent malades. De plus, elles circulent entre la Guinée et la Sierra Leone pour vendre sur les marchés leurs produits. Et quand quelqu’un meurt, ce sont les femmes qui préparent l’enterrement, font la toilette mortuaire… »
Julian Duncan-Cassell – ministre libérienne de l’Egalité des sexes et du Développement

sources

Woman saves three relatives from Ebola, CNN

Parcours de femmes extraordinaires: Fatu Kekula face à Ebola, Challenges

Pourquoi y a-t-il plus de femmes que d’hommes qui meurent d’Ebola? Slate


Thomas Sankara et le féminisme

image extraite du documentaire "Thomas Sankara" de Balufu Bakupa Kanyinda
image extraite du documentaire « Thomas Sankara » de Balufu Bakupa Kanyinda

Il y a aujourd’hui 27 ans, le 15 octobre 1987, disparaissait Thomas Sankara alors Président du Burkina Faso.

Son œuvre est régulièrement célébrée et citée en exemple d’action politique panafricaine et de résistance à l’impérialisme occidental.

L’une de ses nombreuses luttes rejoint directement l’objet de Parlons des Femmes Noires.

Le 5ème Président du pays des Hommes Intègres était un ardent défenseur du féminisme et mettait son aura au service de l’autonomisation des femmes.

 

Citations de Thomas Sankara

Nous devons comprendre comment la lutte des femmes burkinabé d’aujourd’hui fait partie de la lutte de toutes les femmes dans le monde et au-delà de cela, la réhabilitation pleine et entière de notre continent. La question des femmes est donc au cœur même de l’humanité elle-même, ici, là-bas et partout.

L’émancipation de la femme passe par son instruction et l’obtention d’un pouvoir économique. Le travail au même titre que l’homme, les mêmes droits et devoirs sont des armes contre l’excision et la polygamie, armes que la femme n’hésitera pas à utiliser pour se libérer elle-même et non par quelqu’un d’autre.

sources

La libération de la femme : une exigence du futur (discours du 8 mars 1987), ThomasSankara.net

Sankara, la révolution et l’émancipation des femmes, Pambazuka.net


Le Swaziland et l’obsession de la virginité des femmes

Ce n’est pas la première fois que le sujet fait l’actualité au Swaziland. Déjà en 2002, le roi Mswati III (tout comme son père avant lui) avait remis au goût du jour une loi incitant les femmes vierges à arborer un pompon distinctif et à respecter une période de chasteté de 5 ans. Devant le tollé, cette loi avait finalement été abrogée quelques mois plus tard.

Chaque année, ce même roi est honoré à l’occasion de la cérémonie de la Danse des Roseaux durant laquelle des dizaines de milliers de jeunes femmes vierges sont appelées à danser à demi-nues pour lui.

En plus du spectacle, il peut également saisir cette occasion pour désigner une nouvelle épouse parmi les danseuses, quand il n’enlève pas l’une d’entre elles au grand dam de la jeune fille et de sa famille.

L’heureuse élue pourra ainsi rejoindre la liste de ses 15 épouses et fiancées, seules les femmes lui ayant déjà donné un enfant pouvant prétendre au rang d’épouse.

Reed Dance (Danse des Roseaux), photo de Darron Raw - FlickR.com
Reed Dance (Danse des Roseaux), photo de Darron Raw – FlickR.com

Un royaume ravagé par le VIH

Avec 26 % de la population adulte atteinte, le royaume swazi est l’un des pays les plus touchés au monde par l’épidémie de VIH.

Un plan de lutte a été mis en place autour de 5 grands thèmes dont l’un consiste à restreindre la liberté des femmes en leur allouant une rente mensuelle, équivalant à environ 15 euros, afin qu’elles puissent acheter leurs produits d’hygiène (protections périodiques…).

Les femmes visées par cette proposition sont celles âgées entre 18 et 24 ans, car les études démontrent que c’est le groupe de population le plus à risque. Cette rente sera versée chaque mois pendant 5 ans… à la condition qu’elles restent vierges.

Les autorités swazies justifient cette mesure par le fait de vouloir protéger les nombreuses femmes incitées à la prostitution par des hommes qui profitent de leur pauvreté et propagent ainsi la maladie.

La mesure est très critiquée sur le principe tout d’abord, mais également à cause du montant de l’allocation qui est beaucoup plus faible que les revenus possibles via la prostitution.

Si l’intention de lutter contre le VIH est tout à fait légitime, l’on peut néanmoins s’interroger sur le réalisme de cette mesure, son sérieux et son effet discriminant pour les femmes.

sources

E200/month for girls to avoid sex, Times of Swaziland

SWAZILAND: Le mystère de l’impopularité du préservatif enfin élucidé ?, Irin

Statistiques sur le Swaziland, Unicef

VIH/sida : quelques faits et chiffres, Onu Women

Le roi et les pompons, Afrik.com (article de 2001)

La Ligue féminine de l’ANC condamne l’enlèvement d’une Swazie, Panapress (article de 2002)


Les femmes noires et la procréation médicalement assistée

Un couple américain de lesbiennes a recouru à une IAD (insémination artificielle avec donneur) afin de concevoir la petite Payton, actuellement âgée de 2 ans. Elles avaient pris le soin de sélectionner un donneur dont les caractéristiques physiques étaient proches des leurs (peau blanche, yeux et cheveux clairs) mais ont appris au 5ème mois de grossesse qu’une erreur avait été commise et que le sperme d’un homme noir avait été utilisé.

Elles portent aujourd’hui plainte contre l’établissement ayant procédé à l’insémination afin d’obtenir réparation des préjudices subis. Toutes les 3 vivent dans une ville dont la population est quasi exclusivement blanche et ces mères craignent que leur fille ne subisse des discriminations liées à sa couleur de peau. Payton se trouve au cœur d’une situation dramatique et d’une polémique médiatique (l’information a été très largement reprise dans les médias internationaux) à cause du manque de rigueur d’un établissement de don. Pour son bon développement, les psychologues consultés ont même conseillé un déménagement dans un environnement à la composition plus diversifiée.

Cette situation est d’autant plus ubuesque lorsque l’on connait la pénurie occidentale de dons de gamètes provenant de donneuses mais surtout de donneurs noirs et donc les difficultés que rencontrent les femmes noires (en couple ou non) afin d’être aidées dans la conception d’un enfant.

Pour exemple, la plus grande banque de sperme en ligne, Cryos, ne propose qu’un seul donneur de type africain. Même si la prépondérance de donneurs blancs ne parait pas illogique puisqu’il s’agit d’un site danois, le fait que la plus grande banque en ligne ne propose qu’un seul donneur noir est assez symptomatique.

Si les établissements américains permettent à la femme de choisir librement les caractéristiques du donneur, le fonctionnement des centres de procréation européens (France, Belgique, Espagne…) est beaucoup plus strict. Les caractéristiques de la donneuse ou du donneur et celles de la future mère (ou du couple) doivent correspondre.

L’équation est simple : très peu de donneurs et des critères de compatibilité stricts, auxquels il faut ajouter l’aspect social et financier, excluent les femmes noires de ces dispositifs.

Même si le nombre de donneurs ou donneuses noirs était plus important, encore faudrait-il que toutes puissent accéder aux structures. La liste des Cecos français (établissements gérant les techniques de procréation médicalement assistée) est désespérément métropolitaine…

Les pays d’Afrique noire (Afrique du Sud, Ghana, Cameroun en tête) proposent également des services de procréation médicale assistée afin de répondre aux très nombreux cas d’infertilité (jusqu’à 30% contre 15% en Occident). Les causes de ces taux élevés sont notamment les complications d’infections non soignées, la prévalence de la sérologie HIV positive ou les complications de grossesses.

Pourtant et dans ces cultures dans lesquelles l’enfantement est un passage obligé pour l’épanouissement des couples, les techniques de procréation médicale assistée sont encore peu utilisées. En cause les contextes économiques tendus et les difficultés d’accès aux informations ou aux structures.

Alors que les cas de stérilité sont plutôt équitablement répartis entre les hommes et les femmes, ce sont ces dernières qui subissent la stigmatisation associée car elles sont considérées comme les garantes de la fécondité.

Le Dr Ernestine Gwet-Bell est précurseur dans ce domaine puisqu’elle est à l’origine du premier bébé conçu in vitro en Afrique Centrale (Cameroun, 1998). La journaliste Annie Payep l’a longuement interviewée dans le cadre de l’émission Elles se racontent diffusée sur VoxAfrica.

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sources

Des gamètes de couleur : phénotype, race ou ethnie ? par Corinne Fortier

4e Congrès international du Gieraf sur la fertilité : Du bon usage de la procréation médicalement assistée, Leral.net (attention, il y a une image difficile et dont je ne vois pas trop le rapport avec le sujet mais l’article est intéressant)

Don d’ovocytes pour femmes noires et métissées, topic Les Maternelles (France)

Les centres de don de sperme à la recherche de donneurs, au-delà des tabous,  la Dépêche (France)

Quand son désir d’enfant peut enfin se réaliser, Le Mauricien (Ile Maurice)

La clinique du bonheur (Cameroun)