Guy Muyembe

Êtes-vous Robert Ménard ?

RoEst-ce vous le fondateur d’une célèbre organisation de défense de la liberté de la presse ? Êtes-vous bel et bien le militant qui, un jour de l’an 2008, tenta de perturber les cérémonies de l’allumage de la flamme olympique ?
Soit vous êtes un usurpateur d’identité soit vous êtes un homme qui ne croit plus aux idéaux pour lesquels il s’est battu. En tout cas je ne vous reconnais plus.
– Ciel! me suis-je exclamé alors que j’apprenais votre élection à la mairie de Béziers grâce au soutien du Front national.

Il faut dire que j’ai toujours eu une grande estime pour vous. Tant des journalistes arbitrairement détenus de par le monde ont pu bénéficier d’une levée d’écrou avec le soutien de Reporter sans frontières dont vous avait été secrétaire général.

Comment ne pas revenir sur le parcours chaotique de la flamme olympique en 2008 ? Faute de pouvoir obliger le CIO à retirer l’organisation des jeux à la Chine, les défenseurs des droits de l’homme avaient tenu à faire échec au traditionnel passage de la torche dans les rues des grandes villes. On a encore en mémoire l’image de ces Londoniens qui avaient tenté de l’éteindre au moyen d’un extincteur.

Il est évident que vous étiez l’un des meneurs de ces différentes actions coup-de-poing faites en solidarité avec le peuple tibétain.

Enfin, vous avez le droit d’entrer en politique et de remporter une élection grâce à un coup de pouce de l’extrême droite. Ne dit-on pas que la fin justifie les moyens ?

Mais nul ne saurait rester indifférent du moment où vous vous lancez dans une surenchère extrémiste pour contenter vos soutiens du Front national. Votre dernière initiative d’effectuer un pseudo recensement des élèves musulmans fréquentant les écoles publiques de votre ville en a horrifié plus d’un. Ici n’est pas le lieu de faire la revue de toutes les réactions des politiques au lendemain de votre passage dans l’émission « Mots croisés ». Je note quand même qu’aucun élu du parlement ne vous a soutenu.

C’est dire si vous avez tort de fichier un élève parce qu’il s’appelle Mohamed ou Abdelkarim. On n’est pas musulman parce qu’on porte un prénom musulman. On l’est parce qu’on croit en un Dieu unique qui est Allah.

Inutile de vous rappeler qu’au Moyen-Orient il existe une communauté chrétienne dont la présence est antérieure à la christianisation de l’Europe. De même l’Europe est une terre d’islam dans la mesure où certains pays des Balkans notamment sont au ¾ peuplés de musulmans.

En conséquence je joins ma voix à celle de Manuel Valls pour dire : « Honte au maire de Béziers ».


Honte à vous Sud-Africains!

Honte à vous qui usez de violence contre des pauvres gens. Ainsi, les seules personnes responsables des maux dont souffre l’Afrique du Sud sont les étranger contraints  à abandonner leurs logis et leurs commerces de peur d’être brûlés vifs.

Honte à vous le roi des Zulus. Vos propos irresponsables n’ont été que de l’huile jetée sur un feu déjà dévorant. À propos, je me demande si vous avez plus de mérite que le plus idiot des Sud-Africains. Mise à part bien sûr le fait que vous soyez de sang royal.

Honte à vous l’élite sud-africaine. Vous avez accaparé les richesses de tout un pays. Plus grave, vous avez dilapidé l’héritage de Nelson Mandela. Derrière les vitres teintées de vos luxueux 4×4 et les murs de clôture de vos palaces vous observez avec mépris le quotidien de la plèbe.

L’histoire nous apprend que sans l’aide de tout le continent africain, « la nation arc-en-ciel » n’aurait probablement jamais vaincu l’apartheid. La plupart des leaders de l’ANC ( African national congress) ont reçu gîte et couvert au Mozambique, en Zambie ou en Guinée alors que le pouvoir blanc était à leurs trousses. Le vieux Mugabe, quoi qu’on puisse lui reprocher aujourd’hui, a commencé à lutter pour une Afrique du Sud libre dès qu’il a accédé au pouvoir.

Cette même histoire nous apprend qu’au cours des années 50 et 60, certains Sud-Africains noirs venaient se faire soigner en R.D.Congo alors que l’accès aux meilleurs hôpitaux de leur pays leur était interdit.

Vous aurez tout faux d’ignorer l’histoire.


Président fondateur félicite Buhari

Excellence,

Nous venons d’apprendre avec joie votre retour triomphal dans notre petit club des chefs d’État.
Au nom de tous nos pairs, nous vous adressons nos sincères félicitations et vous assurons de notre soutien total tout au long de votre règne.

Nous remarquons que, cette fois, vous n’êtes pas arrivé au pouvoir arme au poing. Ce qui est plutôt à la mode. Mais vous êtes sans ignorer que notre tradition consiste à gagner le respect de nos concitoyens dès que l’on a franchi le seuil du palais présidentiel. Pour cela, il n’y a pas mieux que le bruit d’une Kalachnikov, le martyr du chef d’État renversé et une déclaration solennelle sur un ton martial relayée par la radio et la télévision nationale.

Vous avez donc été obligé de promettre monts et merveilles pour obtenir plus de suffrages que votre challenger. La stratégie s’est avérée payante puisque vous avez remporté l’élection. Pour autant nous n’en ferons pas un des thèmes du cours de civisme dispensé dans les écoles de notre pays.

Voici un président qui serait amené à rendre compte à son peuple à l’issue de son mandat. Ça ne séduirait que peu de monde dans les couloirs du siège de l’Union africaine.

À vrai dire les promesses ne valent rien. Nombre d’anciens et actuels hommes forts nous en ont donné la preuve. Accrochez-vous donc au pouvoir aussi longtemps que vous le pourrez. Quand bien même la population vous aura renvoyé à vos promesses, n’ayez crainte.

Amicalement.


Jacob Zuma : un président bling-bling

Sa loyauté à l’ANC [ African National Congress] ne se démentirait pas. Il a été l’un des compagnons de Nelson Mandela dans la tristement célèbre prison de Robben Island. Aussi il tient un discours de gauche dans le respect des consignes de son parti.
Le plus grand mérite de Jacob Zuma est celui d’avoir pacifié la région du Natal au début des années 90. Alors que Nelson Mandela sortait de prison, des affrontements sanglants opposaient les militants de l’ANC à ceux de l’Inkatha Freedom Party du leader zoulou Mangosuthu Buthelezi. Il y avait à craindre le basculement de l’Afrique du Sud dans la guerre civile peu après l’abolition de l’Aparthéid.

Je me suis posé la question de savoir quel est le point commun entre Jacob Zuma et le rappeur américain Jay-Z.
Certains me répondront que les deux hommes ont les mêmes initiales (JZ pour être plus précis). Et je n’en disconviendrais pas. Mais au-delà, ils partagent peut-être les mêmes goûts s’agissant des femmes, des belles voitures, des résidences cossues, des vêtements et chaussures de marque… la belle vie, quoi!

crédit photo-flickr.com
Crédit photo-flickr.com

On est tout de suite interloqué quand on apprend que le président sud-africain est en même temps polygame et membre de l’Eglise méthodiste. Officiellement il est marié à 4 femmes et a divorcé en 1997 d’avec madame Nkosazana Dlamini-Zuma qui fut sa seconde épouse. Néanmoins il n’a jamais vraiment démenti la rumeur selon laquelle il entretient plusieurs maîtresses.

Un personnage d’autant plus controversé qu’il prône les valeurs de la gauche tout en ayant un rapport à l’argent plutôt décomplexé. Il est du genre à se pointer à une conférence sur la lutte contre les inégalités sociales vêtu d’un costume de haute couture.

Avec Jacob Zuma il faut s’attendre parfois à des propos à l’emporte-pièce dans le cadre d’une affaire judiciaire : « Je me suis douché après avoir fait l’amour pour minimiser les risques de contracter de la maladie ». Ainsi disait-il un jour de l’an 2005 lors de son procès pour le viol présumé d’une jeune femme séropositive.

résidence sécondaire du président sud-africain à N'kadla-rfi.fr
Résidence sécondaire du président sud-africain à N’kadla-rfi.fr

À l’instar de n’importe quel grand homme, il est soucieux de sa propre sécurité. D’où sa décision d’autoriser la réfection de sa résidence secondaire grâce à l’argent du contribuable. Ça vaut la peine de dépenser 18 millions d’euros pour renforcer l’inviolabilité de l’une des maisons du chef de l’État. Sauf que la médiatrice de la République et une partie du parlement réclament depuis un an la restitution des fonds publics et des sanctions contre les responsables de ce qui s’apparente à une grosse affaire de corruption ( encore une).

Comme on le voit, Jacob Zuma mérite bien le surnom de « président bling-bling ».


Le derby le plus chaud d’Afrique australe

C’est l’événement sportif le plus populaire de Lubumbashi. Un événement qui fédère toutes les générations et toutes les classes sociales.
Quand le Tout Puissant Mazembe rencontre l’équipe rivale du FC Lupopo, on retient son souffle et on attend avec impatience l’issue du match.

D’emblée je précise que ce derby a lieu chaque année dans un ville de la R.D.Congo qui est à la fois un pays d’Afrique centrale et un pays d’Afrique australe. Culturellement, sociologiquement, politiquement et économiquement Lubumbashi est plutôt une ville d’Afrique australe. Ceci étant dit revenons à notre propos.

À l’origine le FC Lupopo est une équipe des cheminots de la SNCC[ société nationale des chemins de fer du Congo] et le TP Mazembe est une équipe des couches populaires de la commune Kamalondo. Depuis, les supporters des deux club se recrutent bien au-delà.
Les couleurs traditionnelles sont , d’une part,le jaune et le bleu pour le FC Lupopo et, d’autre part, le noir et le blanc pour le TP Mazembe.

Faute d’une documentation complète je ne saurais dire combien de match ont déjà été livrés par les deux club depuis 1939, année de leurs créations. Moins encore le nombre de victoires et de défaites pour chacun d’eux.
Ce dont on est sûr, le TP Mazembe a plus de victoires que son rivale depuis le début des années 2000.
Logiquement la confrontation de la semaine dernière a pris fin sur un score de 2 buts à 1 en faveur du club au maillot noir et blanc.

Au cours des décennies 70 et 80, périodes où l’on vivait l’âge d’or du football congolais, ce derby était d’un niveau niveau assez élevé. Et les joueurs étaient formées et recrutés localement. Mais ces dernières années on assiste à un nivellement par le bas tandis que la violence dans et autour du stade prend des ampleurs inquiétantes.


À toi Tunisie

Tu es une langue de terre cernée par d’immenses chaudrons.
Je refuse de croire que la terreur aura raison de toi.
Effroyable scène que celle de deux candidats au suicide tirant sur un groupe de touristes.
Il en faut plus pour t’envoyer au tapis.
Je le dis et ça n’engage que moi.
Tu as un je-ne-sais-quoi de singulier qui, loin de te fragiliser, te rend forte.
On cite toujours tes initiatives émancipatrices concernant la situation des femmes.
Ce, tandis que l’heure était au conservatisme dans tout l’espace arabo-musulman.
On n’oublie pas non plus cet État moins militariste que ses voisins et dont le bilan en matière sécuritaire a toujours été satisfaisant
Chère Tunisie, tu portes un symbole lourd.
L’obscurantiste s’en est aperçu aussi vite.
Je note que ton architecture politique prône les valeurs de démocratie, de liberté et d’égalité.
Ça fait honneur à ta réputation.
Ce n’est pas pour rien qu’on te qualifie de berceau des  » printemps arabes « .


La monnaie: moyen de paiement ou source d’appauvrissement?

Imaginez un gros village niché sur les hauteurs des collines de l’Est de la République Démocratique du Congo. Au couché du soleil un humanitaire, au volant de son 4X4, fit un arrêt dans ce coin et demanda l’hospitalité chez un particulier contre la remise d’un billet de 20000 FC* soit l’équivalent de 20 Euros.

Le maître de maison empocha cet argent et pria l’humanitaire de prendre place dans le salon en attendant la mise à sa disposition d’une chambre d’hôte.
Aussitôt il alla régler la dette qu’il devait au meilleur chasseur du coin, laquelle dette s’élevait à 20000 FC.

Sans plus tarder, le chasseur alla rencontrer secrètement l’unique femme libre du village. Elle était veuve, mère de 5 enfants et s’était toujours employée à refuser poliment toute proposition de remariage. Question de ne pas vivre de mendicité, elle rasait les murs pour accorder ses faveurs sexuelles en échange d’un peu d’argent.
Il se trouva que le chasseur avait milles et une « factures » à régler au près de cette femme. Après discussion ils convenir que la somme à payer s’élevait à 20000 FC.
-Je suis un homme de parole, dit-il en lui tendant le billet de 20000 FC.

La bonne dame fit un ouf de soulagement car aujourd’hui elle allait pouvoir régler une vieille dette. Cela faisait deux ans qu’elle s’était accouchée de son dernier enfant et depuis lors elle n’avait jamais récompense la matrone qui l’avait assistée.

-Je te dois combien d’argent, ma chère?
-Tu me dois assez d’argent pour que je vienne te prendre tous tes biens de valeur. Mais si tu me filais au moins 20000 FC ,je ne serais pas déçu d’avoir attendu si longtemps.
-D’accord! J’ai justement de quoi payer.

Cet argent encaissé, la matrone partit consulter un devin qui lui exigea au préalable la petite somme de 20000 FC.
Et dès la fin de la consultation, notre ami le devin alla rembourser un prêt contracté la veille au près d’un voisin.
-Excellent! songea le bénéficiaire qui, pour le moins, était heureux d’empocher à nouveau un billet de banque dont il s’était servi pour régler une dette chez un chasseur.

Il lui tardait de congédier l’humanitaire qui avait demandé l’hospitalité au près de lui une demie heure plus tôt. Car il venait de se rendre compte qu’aucune chambre d’hôte n’était disponible.
-Je vous rends votre argent, dit-il en s’adressant à l’humanitaire, essayez d’aller voir dans le voisinage si quelqu’un d’autre peut vous héberger.

Par chance, l’humanitaire tomba sur une patrouille des forces de la mission de l’ONU qui l’escorta jusque dans les faubourgs d’une grande ville.

Vous aurez remarqué qu’un seul billet de banque a permis à 5 personnes d’un même village de s’acquitter de leurs dettes. Mais au final la richesse de cette contrée n’aura pas crû d’un seul centime. Le billet est reparti avec son propriétaire originel et n’aura pas enrichi l’économie locale.
Quand on applique le même raisonnement à un échelle plus large, on se rendra compte à quel point la circulation de la monnaie peut causer des gros ennuis à l’économie d’un pays ou d’une zone économique.

*FC: sigle pour « Franc congolais ».

 


Les quatre vérités d’un dictateur tropical

Un proverbe africain est clair : « Mieux vaut un dictateur qu’on connaît qu’un chef d’État démocrate qu’on ne connaît pas. »
Mes chers compatriotes doivent savoir raison garder plutôt que d’appeler à mon départ. Ce pays, je l’ai façonné à mon image. J’en ai fait une mécanique qui n’obéit qu’à moi et à moi seul.

Je suis né dans un petit village de l’arrière-pays. D’un père bouvier et d’une mère vendeuse d’alcool traditionnel, rien ne me destinait à devenir un jour président de la République.
J’ai gardé peu de souvenirs de mon défunt père que je voyais peu. Je détestait sa trogne de buveur impénitent et j’allais me cacher dès qu’il se mettait à gueuler des insultes à l’endroit de ma mère. À sa mort, j’étais hors du village et je n’avais même pas pris la peine d’aller assister à son enterrement.

C’est ma mère qui m’avait soutenu dans ma décision d’intégrer les rangs de l’armée nationale. À l’époque l’armée jouissait d’un vrai prestige, mais elle suscitait peu de vocations. J’avais donc fait mes classes dans un camp d’entraînement de l’armée de terre avant de débuter ma carrière.
Cela n’avait pas été facile de m’imposer parmi mes frères d’armes. Mon courage et mon ouverture d’esprit avaient été assez vite remarqués par un de mes chefs qui devint mon mentor. D’où la fulgurance de mon avancement :  moins de deux ans plus tard, j’étais promu au grade de capitaine.

Bref, je ne suis pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Ce que j’ai réussi à bâtir l’a été grâce à mon courage et à ma ténacité. C’est ce que j’ai toujours voulu que mon peuple retienne de moi. Les jeunes gens de ce pays n’ont-ils besoin de croire qu’on peut réussir dans la vie quelles que soient ses origines? Et en cela ne suis-je pas une parfaite illustration?

Tiens, des petits malins osent réclamer mon départ. Qu’est-ce que les gens ont la mémoire courte!
Se rappelle-t-on comment ce pays se délitait à la veille de ma tentative de putsch ?
Ils étaient où, ces opposants, quand le peuple saluait ma courageuse décision de prendre le pouvoir pour redresser la barre ?

J’ai le mérite d’avoir préservé l’essentiel à savoir l’intégrité territoriale de ce pays. Il faut plus que de la mauvaise foi pour ne pas le reconnaître. D’où vient qu’on m’accuse aujourd’hui d’être moins patriote que quiconque ?

Les 3 gugusses, que les médias qualifient de leaders de l’opposition, ont tous appris à faire la politique dans ma maison. Ce sont des élèves à moi. Ils me doivent leurs petites gloires et leurs comptes en banque. Je me demande quelles nouvelles idées ils peuvent bien apporter dans le débat, eux qui sont des gens du sérail.

Il se dit que j’ai à craindre l’aversion qu’a l’actuel locataire de l’Élysée pour des amitiés avec des personnages comme moi. Que je sache il n’est pas mon seigneur et moi son vassal. Après tout j’en ai vu d’autres :  déjà au début des années 90 le vieux François Mitterrand m’avait coupé « les vivres »au motif que je violais les principes démocratiques.

Mon message à tous les contestataires est ainsi résumé : « Avant moi ç’a été le cauchemar et après moi ça ne sera guère mieux ».


La R.D.Congo compte 477 partis politiques

Cessez donc de penser que la R.D.Congo est toujours à la traîne dans tous les classements par pays. Il est des domaines où cet État est meilleur. Déjà en 2011 on battait le record du plus gros bulletin de vote du monde.
Cette fois on nous annonce que le record du nombre des partis politiques vient d’être battu. On en dénombre à ce jour 477 d’après les chiffres fournis par le ministère de l’intérieur. Preuve s’il en est de la richesse de notre démocratie.

477 partis politiques! Cela nous fait 477 programmes ou idées. Quoi? Je me trompe? Enfin, si l’on en croit les spécialistes en la matière, qui dit partis politique dit programme. N’allons pas jusqu’à croire que la plupart sont des coquilles vides.

On est tout de même tenté de donner raison à ceux qui sont sceptiques. Monsieur le ministre de l’intérieur a tenu à préciser que seuls 3 d’entre ces 477 organisations sont en règle. On ignore quels sont ces 3 élus mais on se doute bien que le PPRD[ le parti présidentiel, NDLR]est de ceux-là.

Comment expliquer cette manie des leaders congolais à vouloir être capitaine de sa propre embarcation? À y regarder de près, on se rend compte qu’un parti politique est une entreprise qui marche bien. Le retour sur investissement est garanti pour peu qu’on puisse agir avec tact.

Aussi il faut voir dans ce foisonnement d’organisations à but politique la conséquence d’une législation y relative dont le caractère est plutôt incitatif. Pourquoi devrais-je adhérer à un parti alors que je peux en créer un avec peu des moyens?
Comme pour caricaturer cet état de faits, un analyste affirmait ceci lors de l’émission Dialogue entre congolais: « au Congo on peut se payer un parti clé en main. Un peu d’argent versé au ministère de l’intérieur et on obtient le nom, les statuts et même le logo de son parti ».
On raconte qu’à la veille des élections de 2011 certains candidats ignoraient encore au nom de quelle liste ils étaient censés mener leur lutte politique.

Ainsi va la démocratie en R.D.Congo.


Ils ont dit : propos de nos leaders

Il n’y a pas débat
Au mois d’octobre 2015, on apprenait qu’au moins une centaine d’anciens combattants rebelles, leurs femmes et enfants cantonnés dans le centre de formation de KotaKoli ( RDC) mourraient de faim et de maladie.
La presse avait aussitôt questionné Lambert Mende, ministre de la Communication, pour connaître la lecture que le gouvernement faisait de ces événements. La réponse du ministre était sans équivoque. Pour lui il n’y avait pas débat puisque des milliers d’autres femmes et enfants meurent chaque jour à travers le pays à cause des maladies et de la malnutrition. 

Plus de tabac qu’à l’époque des colons

wikipedia.org
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L’inamovible président zimbabwéen Robert Mugabe fêtait en janvier dernier son élévation à la tête de l’Union africaine. Quoique symbolique, ce poste de président de l’Union africaine va permettre à ce héros déchu de voyager en Europe et même aux Etats-Unis où il a été déclaré persona non grata.
Pour célébrer l’événement, le vieil homme de 91 ans a réuni une horde de militants de la ZANUPF, son parti politique. Dans son adresse, il a été intraitable quant au bilan de sa non moins controversée politique de redistribution des terres. De son point de vue le bilan est positif puisque le Zimbabwe a produit plus de tabac qu’au cours de l’époque coloniale.

Fils d’esclave

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Au Sénégal la tension politique est à son comble entre l’ancien président Abdoulaye Wade et son successeur Macky Sall. La dernière sortie médiatique de Wade en a étonné plus d’un. Il a carrément traité son successeur de descendant d’esclave et par conséquent ce dernier n’avait pas à être au-dessus de lui.

Juifs du monde entier

netanyau
Après la France, le Danemark était à son touché, le mois dernier par le terrorisme. Un djihadiste a ouvert le feu sur la porte d’entrée d’une salle où se tenait une conférence sur la liberté de la presse tuant une personne. Puis il s’est rendu devant une synagogue où il tué une autre personne de confession juive.
La nation danoise tentait encore de se remettre de ce cauchemar quand le premier ministre israélien s’est invité dans le débat. Benyamin Netanyahu a estimé que les juifs du monde entier ( et particulièrement ceux d’Europe) ont vocation à aller s’installer définitivement en Israël.

Des hommes forts pour l’Afrique

Blaise Compaoré-wikimedia.org
Blaise Compaoré-wikimedia.org

En marge du sommet Etats-Unis-Afrique de l’an dernier, l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré avait accordé une interview où il lui avait été demandé de commenter une des célèbres déclarations de Barack Obama: « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais plutôt d’institutions fortes. »
La réaction de Blaise Compaoré a été un peu plus claire : « Il n’y a pas d’institutions fortes sans hommes forts. »

Eu égard aux propos ci-dessus tenus par 5 des hommes politiques de notre époque, je n’ai qu’une chose à dire : « Quelqu’un a perdu une bonne occasion de se taire ».


Un coffee très chaud

Coffee c’est l’équivalent anglais de « café ». Le plus intéressant ici est que ça se prononce comme « kofi » qui, en Swahili de Lubumbashi, veut dire « coup de poing ». Ce qui peut créer une grosse méprise chez les personnes moins cultivées.

L’histoire de Mampuya n’en est qu’une belle illustration.

Mampuya travaille comme domestique chez un expatrié Américain. Si celui-ci parle plutôt bien Français, il a coutume d’y mêler des termes anglais comme « coffee » justement.
Un bon matin il convoque Mampuya dans son garage et lui ordonne:

-Mampuya, prépare-moi un coffee très chaud.
-vous êtes sûr, patron?
– Ô yaeh!

pixabay.com
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Aussitôt Mampuya s’en va faire quelque exercices physiques convaincu que son patron avait une mission secrète à lui confier.

-S’il faut que j’aille casser la gueule à quelqu’un pour qu’il me consente une augmentation, je le ferais.

Dix minutes plus tard il revient au garage et dit à son patron:
-patron tout est prêt.
-All right! Sers-moi
-Quoi?
-Sers-moi du coffee!

N’ayant pas d’autre « choix », Mampuya assène à son patron un direct capable de mettre KO un boxeur poids lourd!

Aux dernières nouvelles Mampuya et son patron s’entendent toujours aussi bien. Mais ce dernier arbore un gros hématome à sa pommette gauche.


Débat politique en RDC : le match dans le match

On connaît la question cruciale, celle qui vaut un million de francs congolais : « La République démocratique du Congo aura-t-elle un nouveau président en 2016? » Le calendrier électoral a beau être publié, les uns et les autres restent convaincus qu’il y a anguille sous roche. Depuis quelques années on a donc un grand match à l’issue incertaine entre majorité et opposition.

les 26 provinces de la R.D.Congo digitalcongo.net
les 26 provinces de la R.D.Congo
digitalcongo.net

En marge de cette compétition où tous les coups sont permis, il se joue un autre match à l’issue tout aussi incertaine. Il oppose ceux qui veulent d’un Congo avec 26 provinces et ceux qui n’en veulent pas du tout. Ce match dépasse toute « logique » dans la mesure où on a une équipe mixte composée des membres de la majorité et de l’opposition qui affronte une autre équipe mixte composée des membres de la majorité et de l’opposition. La Constitution actuelle dispose que la RDC est subdivisée en 25 provinces en plus de la ville de Kinshasa ( seule ville à avoir le statut de province). Cela passe par le démembrement de 6 des 11 actuelles provinces, dont le Katanga. C’est une disposition qui n’a jamais été appliquée depuis le référendum constitutionnel de 2006. Il se trouve que les choses se sont accélérées ces 4 derniers mois avec la promulgation de la loi fixant les limites des nouvelles provinces par-ci et la signature d’une circulaire ministérielle portant suppression des entités administratives déconcentrées par-là. Ceux qui sont contre cette disposition de la Constitution voient rouge et cherchent par tous les moyens à faire échec à toute initiative allant dans ce sens. L’idée d’instituer des provinces plus petites est motivée par la volonté de rapprocher les administrations des administrés. À l’heure actuelle on a des provinces qui sont dirigées par des gouverneurs entourés de quelques ministres. Ce qui rend l’administration moins efficace. L’idée est peut-être dénuée de toute arrière-pensée. Le fait est que le démembrement des provinces est source de frustration pour ceux qui ont toujours considéré leur province comme un tout indissociable. C’est particulièrement vrai au Katanga où d’aucuns se sont toujours identifiés par rapport à leur province avant de s’identifier par rapport à leur pays. Cette lutte katangaise contre ce qu’on appelle « le découpage » est incarnée par un certain Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, président de l’assemblée provinciale et poids lourd de la majorité présidentielle. À la question de savoir pourquoi le Katanga avait voté au référendum pour l’actuelle Constitution en dépit de la disposition instituant les 26 provinces, il a répondu : « les Katangais avaient été envoûtés ». ( Rien que ça!)

Gabriel Kyungu-afrique.kongotimes.info
Gabriel Kyungu-afrique.kongotimes.info

Quelques semaines plus tard, celui qu’on appelle le Baba du Katanga le père du Katanga, a promis de recueillir 500 000 signatures (plus que les 100 000 exigées pour contrecarrer une disposition de la Constitution) afin d’empêcher tout au moins le démembrement de son Katanga.


Un chant pour Haïti

J’ai à cœur de composer une mélopée pour Haïti.
J’ai à cœur de crier ma flamme pour l’aînée des républiques noires.
Elle est une plante qui ne se sera pas flétri malgré son déracinement.
Elle est pétillante de beauté et de fraîcheur.
Certes Haïti est Africaine.
Mieux, Haïti est notre sœur.
De mon point de vue Haïti est une part de moi-même.
Un morceau de notre humanité tapisse les murs de Port-au-Prince et de Gonaïve.
Oserions-nous raconter l’âge d’Or de nos civilisations sans faire un clin d’œil à Haïti?
Est-il possible d’aller à la recherche de nos origines sans emprunter le chemin qui mène au pays du Grand Toussaint Louverture? D’autant plus que ici se trouve conserver une partie de notre héritage culturel?
Haïti injustement condamné à payer à prix d’or son indépendance, mais Haïti héroïque depuis 211 ans.
Haïti meurtrit par un terrible séisme en 2010 mais Haïti résiliente, contre vents et marrés.


Que sont ces éléphants blancs?

Ce sont des images que les Africains ont vu et revu à la télévision nationale: celles où l’on voit le chef de l’Etat inaugurer une infrastructure.
Il n’y a pas de moment plus solennel que celui où le premier des citoyens lance les travaux de construction d’un pont et le moment où il vient l’inaugurer. Il suffit de lire ce qui est écrit sur les calicots fixés tout autour pour se rendre compte de l’importance que revêt la manifestation: « La reconstruction du pays en marche », « Un pas vers l’émergence » ou encore « Chose promise, chose due ».
L’image est belle mais la réalité peut s’avérer choquante: soit l’infrastructure est de mauvaise qualité, soit elle est totalement inutile. C’est ce qu’on appellerait un «éléphant blanc».

Hôpital blanc

pixabay.com
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D’après le ministre de la santé c’est un hôpital ultra moderne. Il n’en existe pas de pareil dans les pays voisins. Seuls les pays développés d’Europe occidentale et d’Amérique du nord peuvent se targuer d’avoir les moyens nécessaires pour s’en procurer. Ceci justifierait les centaines des millions de dollars dépensés.
Passé le jour de l’inauguration, la vérité remonte à la surface: beaucoup des chambres n’ont pas de lit, il n’y a pas de pharmacie, les appareils présentés comme de pointe ne fonctionnent pas, une partie du personnel fait preuve d’une incompétence notoire.

Pont blanc

Jeté sur un cours d’eau important de la région, le pont est tout neuf. Peu après son inauguration, l’infrastructure menace de s’écrouler. Aussitôt, on diligente une enquête au terme de laquelle on découvre que les matériaux utilisés sont inadéquats et sont issus de la contrebande. En outre, aucune étude topographique n’a été effectuée avant l’édification du dit pont.
On doit vite procéder à la fermeture de ce pont de peur d’un accident aussi dramatique que catastrophique. Il va falloir attendre plusieurs années avant qu’on envisage de refaire tout ça. Entre temps, l’argent détourné aura disparu à jamais!

Centrale électrique blanche

Son inauguration a fait l’objet d’un tapage médiatique sans pareil: à Dieu l’obscurité, les produits frais de nos réfrigérateurs ne pourriront plus…
Pourtant la centrale électrique n’a jamais produit un seul kilowattheure d’électricité depuis. Les explications fournies par les ingénieurs sont incohérentes et frisent le ridicule.

Route blanche

commons.wikimedia.org
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C’est une route de qualité. Il n’y a pas de doute possible.
On est cependant impressionné de ce que la route est très peu fréquentée. Car là où elle mène il n’y a pas d’activité économique digne de ce nom.
Sachant que le village natale du chef de l’Etat est à quelques encablures de là, on découvre la cause du problème. Cette route a été un cadeau offert au président qui en avait marre d’abîmer ses véhicules toutes les fois où il partait revoir ses oncles et tantes. Décidément on aurait dû la construire là où les besoins sont les plus pressants.

Locomotives blanches

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Elles sont peintes aux couleurs du drapeau national. Leur achat a suscité beaucoup d’espoir chez les cheminots. Pourtant, c’est l’inquiétude dès le premier jour de leur mise en service. Les problèmes techniques s’accumulent et les mécaniciens semblent dépasser. Dans la foulée certaines indiscrétions révèlent que ce sont des machines vieilles de plus de 30 ans.

Usine blanche

Cet outil de production est le fruit de la coopération entre l’État et ses bailleurs des fonds. À première vue tout se passe bien d’autant plus que les machines tournent à plein régime et pas mal de monde a été embauché.
Pourtant l’usine n’utilise que un quart de ses capacités et produit des biens qu’on ne consomme pas dans la localité où elle est implantée. Pourquoi a-t-on installé une usine à mille lieues de là où sont les matières premières, se demanderait un observateur averti. Et surtout qu’est-ce qui a motivé son implantation dans un milieu où elle est totalement inutile?


Une raison de ne pas célébrer le 08 Mars

Alors que j’étais encore sur le banc de l’école, il m’était arrivé un bon jour de poser la question suivante:
-à quelle date célèbre-t-on la journée de l’homme?
Un condisciple (plus âgé que moi) m’avait répondu aussitôt:
-pose-toi plutôt la question de savoir combien des fois on célèbre la journée de l’homme au cours d’une année.
Il m’avait tendu une perche et je l’avais saisi sans hésiter:
-alors, tu penses qu’on célèbre la journée de l’homme combien des fois par an?
-on la célèbre 364 fois par an plus exactement.
Comme je n’avais pas tout à fait saisi la quintessence de son propos, il avait tenu à éclairer ma lanterne:
-sache qu’on célèbre la journée de la femme une fois par an soit le 08 Mars. Et on célèbre la journée de l’homme tout le reste de l’année.
Je n’avais pas tout de suite réalisé la gravité de ce point de vue largement partagé aujourd’hui. En tant qu’homme ( Encore que je n’en étais pas tout à fait conscient) je n’avais aucune raison de m’ en prendre à un point de vue qui consacre la supériorité de l’homme par rapport à la femme.

Ayant tout compris je tiens à clarifier ma position vis-à-vis de la journée du 08 Mars: je n’ai aucune raison de célébrer une journée qui consacre la supériorité de l’homme par rapport à la femme. Ce n’est pas au nom du féminisme que je défends ma position (je ne sais ce qu’est ce que le féminisme). Je crois plutôt que tous les êtres humains quelque soit le sexe sont égaux en droit et en devoir.
Ne nous méprenons pas: il y a beaucoup de gens (pas que des hommes) qui pensent que la femme est l’égale de l’homme seulement au cours de la journée du 08 Mars.
Plutôt que de parler de « la journée internationale de la femme » on devrait parler de « la journée internationale pour la lutte contre les inégalités homme-femme ».
En impliquant les hommes dans ce combat on a plus de chance d’y arriver. En effet une journée où les femmes se retrouvent entre elles pour parler des injustices dont elles sont victimes peut virer au folklore pathétique. Ç’a été le cas en R.D.Congo où la journée de la femme s’est transformée en journée des pagnes au milieu des années 2000.
N’empêche que l’initiative de faire du 08 Mars la journée internationale de la femme est louable. Et je m’en vais jeter des fleurs à tous ceux-là qui mènent avec détermination le combat pour l’égalité homme-femme. Un combat qui est loin d’être gagné d’autant plus que les inégalités persévèrent du fait de certains facteurs culturels entre autre.


Moi, Président fondateur

Chers compatriotes,

je vous invite à voter pour moi.

Moi, Président fondateur,

le peuple n’aura pas voix au chapitre.

Moi, Président fondateur,

je ferais main basse sur toutes les richesses du pays.

Moi, Président fondateur,

opposants et défenseurs des droits de l’homme n’auront qu’à se tenir sur leurs gardes.

Moi, Président fondateur,

la presse ne sera jamais libre.

Moi, Président fondateur,

la justice sera aux ordres.

Moi, Président fondateur,

l’armée et la police seront des outils de répression et de mon maintien au pouvoir à tout prix.

Moi, Président fondateur,

la corruption et la débauche seront en libre service.

Moi, Président fondateur,

la passation des marchés se fera exclusivement de gré à gré d’après la tête du client.

Moi, Président fondateur,

la transparence ne sera pas une qualité dont il faut se vanter.

Moi, président fondateur,

l’essentiel des préoccupations de mes concitoyens passera au second plan.

Moi, Président fondateur,

je ferais du culte de la personnalité une religion à part entière.

Moi, Président fondateur,

la République sera bananière.

Moi, Président fondateur,

la dévolution monarchique du pouvoir sera érigée en principe constitutionnel.


Petite reine: déconstruction des mythes

Alors que la modernité gagne de plus en plus de foyers à Lubumbashi, en dépit de la pauvreté, il se dit des choses à propos du vélo. Des choses qui, souvent, ne reposent sur rien.
Aussi il m’a semblé impérieux de déconstruire cette somme des mythes, en y consacrant un article.

*Vélo, véhicule des pauvres
Il est vrai que les foyers les plus riches, ainsi que ceux de la classe moyenne, achètent plutôt des automobiles. Il est pourtant incorrect de croire que les foyers les plus pauvres ne cherchent qu’à se procurer des vélos. Je suis convaincu que ceux qui se procurent des vélos neufs ne sont pas pauvres parmi les pauvres.
À Lubumbashi, un vélo neuf coûte au minimum 50€, soit l’équivalent du salaire du fonctionnaire le moins gradé. Si ce fonctionnaire est la personne la plus pauvre de toute la ville (ce qui n’est pas vrai non plus), on doit reconnaître qu’il ne peut pas s’acheter un vélo du jour au lendemain.

*Vélo, en perte de vitesse
Il se dit que de moins en moins de personnes achètent des vélos ou les utilisent. Pourtant, je remarque, en parcourant les rues du centre-ville, que les magasins de vente des vélos ne baissent pas le rideau les uns après les autres.
Bien entendu, on voit peu de vélos dans les rues. Mais il faut dire que la raison est à rechercher du côté des pouvoirs publics et leur mannière de concevoir la ville, à l’heure du « tout automobile ». Les rares routes bitumées construites depuis une vingtaine d’années ne sont pas cyclables du tout. D’ailleurs, les piétons n’y trouvent pas leur compte non plus.

*Vélo, trop ringard
Certes, ce n’est pas en enfourchant un vélo qu’on se ferait remarqué par ses potes ou par la jolie fille du coin.
Un constat mérite cependant d’être pris en compte: 90 % des hommes de 13 à 80 ans dans mon quartier sont parfaitement capables de rouler à vélo.
Si le vélo était si ringard, les gens ne prendrait pas la peine d’apprendre à le conduire.

*Vélo, inadapté aux longues distances
C’est particulièrement éprouvant de rouler à vélo sur des dizaines ou des centaines de kilomètres. Et puis il y a l’impératif de gagner du temps: on veut perdre le moins de temps possible sur la route.
Il faut reconnaître quand même que l’état de nos route empire au fur et à mesure qu’on s’éloigne des grands centres urbains. Des camions chargées de marchandises et mêmes des jeep 4×4 peuvent être immobilisés deux ou trois jours sur une piste boueuse menant à la campagne. Or, sur des routes pareilles, il n’y a pas mieux que le vélo pour se déplacer.
Le vélo est adaptée aux longues distances dans la mesure où il fait gagner le temps que l’on perd en automobile sur une route impraticable.

*Vélo, moins divertissant que le foot
On dit du football qu’il est le roi des sports. Cela se remarque par la ferveur populaire qu’il suscite. Tous les gamins, ou presque, connaissent les règles du jeu et ont déjà au moins une fois tapé dans un ballon.
Pour autant, il ne faut pas dire que le vélo soit moins divertissant que le foot. J’ai eu à le juger l’an passé quand les coureurs du deuxième Tour Cycliste du Congo ont effectué une étape à Lubumbashi. Des dizaines de millions de personnes s’étaient massés aux abords des routes pour encourager les concurrents.


Corruption : six occasions de chute

Pour avoir suivi le mois dernier l’émission Eco d’Ici Eco d’Ailleurs je sais que beaucoup d’auteurs ne sont pas d’accord quant à la définition du mot «corruption». Néanmoins, on peut l’appréhender à travers quelques problèmes qu’elle pose :
problème économique : la corruption empêche les États de réaliser des performances en la matière (bien que certains États corrompus ont des taux de croissance assez élevés).
problème moral: elle amène des pans entiers de la société à bafouer les principes moraux les plus élémentaires (de la bière vendue aux enfants, des jeunes filles encouragées ou forcées à se prostituer…).
problème civique: la corruption étouffe tout sentiment patriotique et tout sens du devoir du citoyen (joueur de foot qui fait perdre volontairement un match à l’équipe nationale, militaire qui pactise avec l’ennemi étranger…).
Une fois qu’on a compris ça, il reste à savoir comment s’empêcher de jouer le rôle du corrupteur ou du corrompu. Ce qui n’est pas gagné.

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La corruption c’est un cancer qui aura pris le temps de métastase : verticalement on a le sommet et la base de la société qui en sont infectés. Horizontalement on a l’ensemble des aspects de la vie (économie, éducation, culture…) qui en souffre.
Dans un pays comme le mien, il ne faut pas se croire trop vertueux pour être concerné par la corruption. Voici donc 6 occasions de chute qui font de chacun de nous un potentiel corrupteur ou corrompu :

1.À l’occasion de rien : que doit-on faire si on veut vivre en paix dans un pays où les tracasseries administratives et policières sont monnaie courante? On se paie un protecteur parmi l’élite des forces armées ou des politiciens. Dans ce cas on peut être sûr de ne pas être dérangé au sortir du hall d’un aéroport ou au passage à son domicile d’une délégation des contrôleurs fiscaux. En prime, on sera dispensé de l’obligation de répondre de certains délits plus ou moins graves (brûler un feu rouge, se rendre coupable de coups et blessures, injure publique…)
2.À l’occasion d’un séjour au commissariat : peut-on quitter le commissariat de police sans glisser un billet de banque ici et là? Rien n’est moins sûr. Ce n’est pas une question d’être coupable ou non. Aller au commissariat est comme se jeter dans une piscine. Difficile d’en sortir sans se mouiller. A priori il n’y a pas corruption lorsqu’on a acheté un paquet de cigarettes au policier de garde. Mais cet acte peut générer le même effet qu’un acte de corruption classique : celui qui reçoit devient l’obligé de celui qui donne.

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3.À l’occasion d’un rendez-vous : quand on a rendez-vous chez un médecin ou chez un banquier, on se heurte parfois aux files d’attente. Grande est la tentation de soudoyer le portier afin de pouvoir être reçu le plus tôt possible, car franchement on n’a pas que ça à faire et on veut gagner le temps. Et puis rien ne dit que si on ne le fait un autre ne le fera pas.
4.À l’occasion d’une offre d’emploi : plus que quiconque on est conscient de la difficulté d’obtenir un emploi. Pour un emploi offert, il y a le plus souvent plusieurs centaines de candidats. Tandis que la concurrence s’annonce rude, il peut être conseillé par des recruteurs véreux de graisser la patte pour se voir confier le poste. D’après moi on a plus de chance de suivre ce conseil que de le rejeter.

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5.À l’occasion d’une verbalisation : on a beau être exempt de reproches sur une voie publique, l’agent de police trouvera toujours la petite bête qui vaudra un procès-verbal et pourquoi pas la saisie des clés de contact. Habitué de ce type de tracasserie, on se dira qu’il vaut mieux « dire bonjour »* à Monsieur l’agent.
6.À l’occasion d’un échec scolaire : on a tellement souffert pour réunir l’argent nécessaire au paiement des frais d’étude. Pour rien au monde on n’accepterait un échec scolaire. D’où le  consentement quand un prof exige un certain montant en échange de la mention « a réussi ».

Ce sont là six occasions de chute. Mais la liste n’est pas exhaustive.

(*) : action de donner l’argent en simulant une poignée de main.