Edem Gbétoglo

Un Startup Weekend Africa à mille Tours

Première Edition du Startup Weekend Africa à Tours
Startup Weekend Africa Tours by Edem Gbétoglo

Ils  y étaient tous, ces jeunes porteurs de projets motivés et préparés pour affronter la première édition du « Startup Weekend Africa » à Tours, organisée par Afrique Jeune Entrepreneur. Il m’a été fait honneur d’être compté parmi les mentors de cet événement. Développer un projet d’entreprise en équipe en deux jours n’a pas été une partie de plaisir pour les équipes présentes.

De BMeet à Take Up Africa, en passant par Eco Jeunes, Vijana et Sustainable For Earth , le travail au Startup Weekend Africa était à la fois amusant et complexe. Trouver le bon angle, faire les enquêtes en un temps court et proposer des services adaptés au marché africain, étaient entre autres les défis qu’il fallait relever lors de ce Startup Weekend à mille Tours.

Sewa Wilson (mentor) et Ashley Lewis (Membre du Jury) au Startup Weekend Africa Tours
Startup Weekend Africa Tours by Alain Rajaonarivony

Bravo aux mentors : Alain Rajaonarivony, Jean-louis Traoré, Fortuné Ahoulouma, Sewa Wilson, Eric Ntonfo etc… Ils ont su motiver chacune des équipes concentrées sur leur objectif. Des Cinq projets qui ont été développés lors du Startup Weekend Africa, trois projets ont été retenus par les membres du jury, dont j’emprunte la description à Alain Rajaonarivony.

Vijana : « Vijana School » (Vijana signifiant « jeunesse » en swahili) de Lionel Aba Gangoué, concerne la mise en place d’une plateforme de soutien scolaire. Elle met en relation les étudiants, susceptibles de donner les cours (création de jobs étudiants), aux élèves, avec la possibilité pour la diaspora d’aider leur famille dans le domaine de l’éducation. Ce projet remporte la première édition du Startup Weekend AfricaLe site pilote sera monté à Brazzaville, au Congo.

BMeet : « BMeet », est un site de référencement des entreprises du continent, avec page vitrine des sociétés et notations des utilisateurs. Cet outil, accessible aussi bien aux hôtels ou restaurants qu’aux cliniques ou électriciens, peut aider les très petites entreprises locales à entrer dans l’ère du numérique et à avoir une visibilité. Il a été suggéré que même ceux qui travaillent dans l’informel peuvent faire un saut qualitatif. 3000 sociétés sont espérées au bout de la première année d’activité. Douala, au Cameroun, a été choisi comme première cible.

Sus4Earth : équipe entièrement féminine composée d’une burkinabé, d’une camerounaise et d’une togolaise, elle se propose de donner une seconde vie aux déchets, en recyclant les plastiques pour les transformer en mobiliers (tables, chaises, etc…). Ce projet serait mis en œuvre, en collaboration avec des entreprises déjà sur place. Un volet important concerne la sensibilisation de la population au tri et au recyclage, en partenariat avec les écoles et des institutions. L’activité devrait démarrer à Abidjan, en Côte-d’Ivoire.

L’essentiel pour ma part est que ces projets primés trouvent réalisation dans les pays concernés. Il ne s’agit pas ici de parler seulement « innovation », mais également et surtout « d’effectivité ». Mieux les projets destinés pour l’Afrique seront réalisés, mieux le continent trouvera des solutions aux problèmes socio-économiques.

Cordialement


Pourquoi l’élection Miss Togo n’intéresse plus les Togolais

Le 27 août 2016 , nombreux sont les Togolais qui ont suivi cette 22 ème édition de l’élection Miss Togo. Il y a de ces personnes qui se déplacent toujours au Palais des Congrès pour vivre l’événement en live, et il y a des personnes comme moi qui préfèrent savourer la belle cérémonie à la Télévision Togolaise (TVT aka la Chaîne Mère). Je me penche sur cette épineuse élection parce que des recommandations, nous devons réellement en faire. Miss Togo nécessite d’être repensé.

  • TVT, améliorez votre image

Il s’agit pour notre Chaîne Nationale Très Très Forte de s’acheter les matériels qu’il faut pour que l’image soit plus « intéressante » à regarder. Je ne connais pas les caractéristiques de leurs caméras, mais franchement, il est temps pour eux de « dépenser » pour améliorer leur image et celle du pays aux yeux du monde.

  • Comité Miss Togo, quel est le but de l’élection Miss Togo ?
Président du comité d'organisation de Miss Togo
Gaspard K. Baka : Président du comité d’organisation de Miss Togo

Les questions posées aux candidates étaient selon moi, assez compliquées, même si le niveau intellectuel des candidates laisse à désirer.

https://twitter.com/kadediha/status/769680829106749440

Il y a de ces questions qui nécessitent une dissertation au lieu d’une simple réponse à une élection.

Et d’ailleurs, j’aurais préféré que le Comité mette en avant des questions sur l’éducation au lieu de questions vagues sur l’environnement.

S’il s’agit de faire réfléchir les candidates pour avoir une idée de la façon dont elles argumentent, cela aurait été plus intéressant de ne pas poser des question-définitions, mais des questions de culture générale tout simplement.

Dans ce cas de figure, on se retrouve dans Miss Excellence. Dans ce cas de figure, les critères déterminants ne seront pas la beauté, le diplôme ou l’accent, mais cela sera un simple cumul en donnant une place importante à la culture générale.

  • Quid des projets sociaux menées par la Miss élue ?

Cette question me trottait dans la tête depuis un moment. Les projets que les sponsors confient à la Miss élue, a-t-on une idée de ce qu’ils donnent comme résultats ? De 2010 à 2015, je ne saurai dire ce qu’il en est réellement de ces projets sociaux. Ne serait-il pas mieux que le Comité communique beaucoup plus là-dessus, un vrai bilan annuel qui mentionne l’impact du projet réalisé sur la communauté dans laquelle la réalisation a été effective.

Il faut également avouer que nombreuses sont ces demoiselles togolaises qui considèrent l’élection en tant que Miss Togo, comme la voie royale à la réalisation de leur projet personnel voire professionnel.

https://twitter.com/Edudzi_D/status/769653707197784065

Et vous, que pensez-vous de l’élection Miss Togo 2016

Il existe peut-être d’autres recommandations et suggestions que vous voulez faire, vous avez la latitude de les mentionner dans le respect d’autrui. Les critiques non constructives, nous en avons assez fait. Il serait plus judicieux de proposer des pistes d’amélioration pour l’élection Miss au Togo.

Cordialement.

Les élues de cette année 2016 : Miss Togo
Les élues de cette année 2016 : Miss Togo


Comment les startups embauchent-elles?

Affiche de l'événément Café Numérique Lomé startups
Café Numérique Lomé : Tech228

« Dis-moi quels collaborateurs tu as, je te dirai quel type de startup tu es ». Le thème de la Première Edition du Café Numérique Lomé, qui s’est tenue le samedi 20 août à Lomé, nous a poussés à aborder un certain nombre de sous-thématiques qu’un entrepreneur ne saurait négliger. D’Efy Saboutey à Brice Tchendo en passant par Edem Gbétoglo (je remercie au passage Yves Kokoayi, Ceo de Tech228 de m’avoir associé aux panélistes du Café Numérique Lomé), plusieurs sujets ont été abordés dont la différence entre startups et incubateurs et une comparaison entre l’écosystème togolais et sénégalais.

Les échanges entre les participants et les panélistes m’ont fort appris et ont soulevé un point important que je voudrais aborder dans ce billet : sur quels bases choisir ou embaucher des collaborateurs, et avec quel type de collaborateurs  faut-il mener ses activités ?

Panélistes Café Numérique Lomé startups
De la Gauche vers la Droite (Edem Gbétoglo – Efy Saboutey – Yves Kokoayi – Brice Tchendo

Sur quelles bases choisir ou embaucher des collaborateurs ?

Les panélistes de l’événement étaient plutôt d’accord sur un point : « il faut plus miser sur le savoir-faire  du collaborateur que sur les diplômes listés sur son curriculum vitae ». Dans une startup, l’entrepreneur a besoin de travailler avec des profils qui sont adaptables, ou dirais-je, « décapotables ». Certes, le Job Description est fait, le collaborateur connaît ses obligations et ses tâches, mais il faut reconnaître que c’est toujours intéressant de travailler avec une personne qui a plusieurs tours dans son sac, qui arrive à s’adapter même si ce n’est point aisé, qui fait des efforts et manifeste le désir d’apprendre.

Le diplôme permet au collaborateur d’avoir les bases, le savoir-faire et le feeling pour le job sont la cerise sur le gâteau.

Avec quel type de collaborateurs  faut-il mener ses activités ?

Il faut préciser que les jeunes entrepreneurs ne doivent pas perdre de vue les valeurs telles que l’humilité, l’éthique et le respect. Les collaborateurs avec qui vous devez travailler doivent incarner ce que vous voulez faire de votre entreprise et la vision que vous en avez. L’éthique est la valeur que je considère personnellement comme une des plus importantes que vos collaborateurs doivent avoir. Quel que soit le domaine dans lequel vous évoluez, si vous travaillez avec des collaborateurs qui n’ont aucun respect pour l’éthique et la bonne gestion des ressources dont votre entreprise dispose, vous ne perdrez pas seulement de l’argent, mais vous perdrez également des clients.

Ce Café Numérique m’a également permis d’échanger avec des personnes fort intéressantes, dont  , Madzé Agbétiafa, lauréat du concours RFI Challenge App Afrique et Noélie Falone Alognon. Le Togo regorge de talents et d’entrepreneurs qui n’hésitent pas et qui se battent dans un environnement plus ou moins favorable. Cette édition n’étant que la première, nous espérons que les prochaines éditions du Café Numérique Lomé auront des thèmes aussi intéressants que pragmatiques pour la jeunesse togolaise et les startups du pays.

Cordialement.


Corruption en Afrique subsaharienne (2)

Pour poursuivre notre réflexion sur la corruption en Afrique subsaharienne dont la première partie a fait l’objet d’un billet, nous avons décidé de nous interroger sur la non effectivité de la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace communautaire CEDEAO. Nous avons pris la peine d’échanger avec des commerçants et des vacanciers qui prennent souvent le bus d’un pays à un autre en Afrique subsaharienne. Plus de la moitié des interviewés affirment donner aux agents frontaliers 2000F CFA à 5000 F CFA même si tout est en règle.

Quid des statuts et des directives communautaires de la CEDEAO ?

Art 55 l. Les États membres s’engagent à établir dans un délai de cinq (5) ans après la création d’une Union douanière, une union économique et monétaire à travers:

  1. ii) la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des tiers, des capitaux et des services ainsi qu’au droit de résidence et d’établissement;

Article 59

Immigration

  1. Les citoyens de la Communauté ont le droit d’entrée, de résidence et d’établissement et les États membres s’engagent à reconnaître ces droits aux citoyens de la Communauté sur leurs territoires respectifs, conformément aux dispositions des protocoles y afférents.
  2. Les États membres s’engagent à prendre, au niveau national, les dispositions nécessaires pour assurer l’application effective des dispositions du présent article.

En 2014, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest avait entamé le processus de suppression de la carte de séjour pour les citoyens des pays membres résidant dans un des pays de l’Organisation sous-régionale. Ce processus a-t-il réellement abouti ? Quelles en sont les conclusions ?

Selon l’article 55 des statuts de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Afrique de l ‘Ouest, où en est la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes ? Certes, la décision de la CEDEAO de faire établir aux populations une carte d’identité biométrique est louable, mais y a-t-il des moyens de contrôle et de sanction qui seront mis en œuvre afin de faire respecter cette décision par les agents frontaliers ? Les populations en Afrique de l’Ouest ont-ils la garantie qu’avec la carte communautaire biométrique, ils ne seront plus obligés de verser des pots-de-vin aux agents frontaliers lors de leur voyage ? Tant que les corrupteurs ne sont pas inquiétés, lutter contre la corruption sera un vain combat et une vaine expression.

Au commencement était l’éducation

Pourrions-nous lutter contre la corruption si certains, au nez à la barbe des autres, prennent ce qui ne leur appartient pas, ou ce qui selon eux leur est dû ? Que nous apprennent-ils donc ? Tout récemment des blogueurs togolais se sont interrogés sur l’éducation au Togo, et il faut noter un schéma similaire dans les pays de la sous-région. Le manque de modules prenant en compte l’éthique met à nu le manque de respect des principes juridiques élémentaires ; l’absence d’une éducation de plus dans nos maisons justifie le mépris que nous avons des règles communautaires au sens strict et large ; à tout cela s’ajoute le comportement des aînés et des parents. Un enfant voit son père faire, le copie inconsciemment et reproduit les mêmes choses, c’est-à-dire, ce qu’il voit. Si son père lui avait dit pas à l’avance « j’ai posé des actes, tu ne devrais pas faire pareil », cela aurait peut-être changé la direction de la roue.

Tout ce que nous vivons dans nos sociétés est juste un reflet de ces erreurs, de ces manques, au fait que la base soit faussée par la mise en lumière d’un fossé entre l’éducation et l’instruction.

Comme le disait Charles Sanches, « la déliquescence de notre temps vient aussi du fait que nous n’avons plus de considération pour le droit et les principes juridiques ».

J’en profite pour lancer un message aux jeunes de ma génération. Ne faisons pas les mêmes erreurs que nos aînés, ne nous disons pas que la voix royale vers l’épanouissement est de suivre les pas de personnes dépourvues d’éthique et de morale . En reproduisant le même schéma, ne soyons pas surpris de relire des écrits pareils produits par nos petits frères dans 30 ans.

Cordialement.


Corruption en Afrique subsaharienne : autant en emporte le vent (1)

L’acte m’a toujours saoulé, oui, la corruption me saoule. Honnête citoyen, vous voulez juste vous faire servir et l’agent attend de vous que vous lui glissiez « quelque chose » pour faire avancer votre dossier. Comme on le dit au Togo, « il faut mettre de la pierre sur le dossier pour que le vent ne l’emporte pas ».

La corruption est l’action de détourner une personne de son devoir, pour l’engager à faire quelque chose contre l’honneur moyennant finance. Nombreux sommes-nous à être corruptibles ou à avoir été corrupteurs, que ce soit pour un dépôt ou un retrait de dossier, ou encore pour une formalité à l’aéroport.

Ma courte histoire à l’aéroport Léopold Sédar Senghor 

En ce mois de juillet 2016, je quittais Dakar pour Lomé. Formalités faites, je me suis dirigé vers les agents devant prendre mes empreintes et vérifier mon passeport. Notre ami vérifia mon passeport, le tourna dans tous les sens, et finalement me demanda : « Monsieur, vous allez à Lomé ? Vous êtes togolais ? Vous n’êtes pas en règle ». Je lui demandai humblement de m’expliquer la situation. C’est à ce moment que sa collègue prit la parole. Elle me demanda une carte consulaire, je l’avais ; le document qui prouve que j’ai été étudiant à Dakar, je l’avais ; finalement elle me demanda de lui fournir un certificat d’établissement. D’abord, elle ne semblait pas savoir concrètement ce qu’elle désigna par « certificat d’établissement », et ensuite elle me donna des indices d’identification assez flous. Je lui présentai mon contrat de logement, elle ne semblait pas convaincue à la vue du document. « Monsieur, je parle du certificat d’établissement. Vous avez fini vos études, vous avez séjourné à Dakar des mois ensuite, vous avez votre contrat de travail et de logement certes, mais cela ne suffit pas ». Ensuite, j’ai donc voulu savoir ce qu’elle attendait de moi (je me doutais à ce moment qu’il s’agissait de glisser un billet de franc cfa, mais je jouais le jeu à fond) ; elle ne parlait plus ; elle regardait son collègue, me jetait un regard furtif. Le collègue prit la parole : « Donnez quelque chose pour que nous avancions, vous n’avez pas le document demandé et nous n’avons pas toute la journée ». Ma réponse était claire, précise et concise : « Sauf le respect que je vous dois Monsieur, je suis en règle. Je suis togolais, un pays de l’espace communautaire CEDEAO, et je sais que je suis en règle. Je n’ai rien d’autre à part mes documents de preuve. Auriez-vous l’obligeance de me donner plus d’informations sur le document exigé ? ».10 minutes passèrent, aucune information.  J’étais là, je les regardais sans broncher.  La dame avait fini par comprendre que je ne sortirai pas un sou : « Monsieur Edem, nous vous laissons partir cette fois-ci, mais sachez que la prochaine fois vous ne vous en sortirez pas ».

Lutter contre la corruption est-il une utopie ?

Corruption et termes connexes
Crédit image : integration.com

Généralement, ce sont les usagers qui se préparent à corrompre les agents dès qu’ils ont un « blocage », dès qu’ils ne sont pas en règle ou veulent faire avancer leur dossier. Si les premiers se refusaient à le faire, les agents finiraient par se lasser avec le temps et ne pousseraient plus les honnêtes citoyens à porter la casquette de corrupteurs. Nombreuses sont organisations qui lancent des campagnes de lutte contre la corruption, mais existe-t-il des commissions de discipline efficaces au sein des institutions ? Existe-t-il des chambres ou des cours de justice que pourraient saisir les usagers pour dénoncer ces agents qui excellent dans la corruption ? Les mesures anti-corruption semblent être inefficaces en Afrique subsaharienne, que faire ?

Le Sénégal ainsi que d’autres pays comme le Cap Vert et le Botswana se sont imposés des modèles de bonne gouvernance selon le rapport « People and Corruption : Africa Survey 2015 » de l’ONG Transparency International. Les incitations légales ne suffisant plus, il serait encore plus intéressant d’avoir des lanceurs d’alertes et un cadre de protection juridique pour leur permettre de ne pas craindre pour leur vie.

Cordialement.


Education au Togo : jusqu’où descendrons-nous ? (4)

J’emboîte les écrits de mes confrères Marek, Eli et Renaud sur ce sujet épineux qu’est l’éducation au Togo. Il est important de relever que le Togo a été (il l’est toujours d’ailleurs) un excellent élève de la colonie française. Au Togo, nous sommes d’excellents théoriciens, Socrate serait peut-être un lointain parent du pays. Des universités publiques aux universités privées, il n y a point de réelle différence à mon humble avis. L’essentiel est d’avoir la moyenne de 10, éliminer la matière et passer en classe supérieure. Tous les moyens sont donc bons pour y arriver : la tricherie n’est plus traditionnelle avec des bouts de feuille circulant dans la salle, elle est devenue moderne avec les fichiers pdf et les applications sur les smartphones.

Nous ne sommes pas des robots : la formation théorique, c’est bien, mais celle pratique est encore mieux

Depuis le cycle primaire, il nous est donné de bûcher les cours et de les restituer telle qu’ils nous ont été livrés. Je me souviens de toutes les difficultés rencontrées au cours primaire en classe de CM2. La directrice se déplaçait en personne pour suivre en live « les élucubrations » de ses élèves, un véritable orchestre sans aucune masturbation intellectuelle. Ce fut le même scénario en classe de 3ème. Je fus fort étonné lorsque je foulai le sol universitaire, car je croyais que le scénario serait différent.

Les enseignants et professeurs se doivent d’orienter leurs cours vers des cas pratiques adaptés à la cible. Il serait temps de nous en dire plus sur les Grands Hommes qui ont marqué l’Afrique, de faire connaître aux étudiants juristes togolais des décisions de justice de leurs tribunaux, de faire connaître aux élèves les modes de gouvernance que les communautés traditionnelles togolaises utilisaient et la mutation qui s’en est suivie. Suite à de tels développements, plutôt que d’avoir des examens où l’apprenant devra « déverser » au sens propre du terme ce qu’il aura lu et compilé dans sa matière grise, il serait fort préférable de mettre sur pied des mises en situation qui feront de l’apprenant un acteur du cours, et non un spectateur-restituteur.

Par ailleurs, le système éducatif n’apprend pas aux apprenants à développer leurs capacités et aptitudes, mais à cristalliser leur formatage. Il serait fort intéressant de s’interroger sur des modules relatifs à la culture de valeurs morales et éthiques à intégrer dans le système éducatif. Cela aurait pu se faire plus aisément si les cours d’éducation civique et morale n’avaient pas été supprimés du cursus. Il convient de souligner à ce niveau de la lecture que l’éducation n’équivaut pas seulement à l’instruction.Vous comprenez par là qu’il ne suffit pas de savoir lire et écrire, mais de faire de ses acquis un outil de prise de conscience et de développement.  Dans ce cas, les parents ne devraient-ils pas jouer un rôle primordial dans l’éducation des enfants? Dans le même ordre d’idées, allier instruction et éducation au Togo doit être pris en compte par les acteurs (instituteurs, professeurs, parents).

Pour paraphraser Rabelais, instruction sans éducation n’est que ruine de l’âme.

Les apprenants ont besoin de se faire éduquer, aussi bien dans les institutions scolaires qu’en famille. Il est temps qu’un travail de fond soit fait. Les autorités compétentes doivent associer les institutions d’enseignement scolaire et universitaire, les parents ainsi que les jeunes, pour un plan stratégique clair, précis, concis, qui prend en compte les réalités du pays.

Quid de la connectivité et de l’utilisation de whatsapp ?

Nombreux sommes-nous à fustiger les élèves et étudiants togolais concernant l’utilisation de whatsapp. Cette application est devenue la source des malheurs et des échecs des élèves au baccalauréat deuxième partie. Mais le problème n’est-il pas ailleurs ? Combien sont les élèves et les étudiants au Togo qui ne feraient pas des recherches sur Google si la connexion internet le permettait ? Beaucoup se limitent aux communications sur whatsapp parce qu’ils n’ont guère le choix. Nul besoin de rappeler combien une bonne connexion internet à moindre coût, serait fort utile pour les élèves et les étudiants. J’en profite pour interpeller encore une fois Madame la Ministre des Postes et de l’Economie Numérique, Cina Lawson. Cependant, faire de whatsapp un outil d’éducation citoyenne est une autre paire de manches que les « Pères Fouras Togolais » devraient analyser.

La méthode de mise en situation peut être mise en œuvre dès le cycle primaire, avec l’accord des autorités compétentes. Intégrer donc un certain nombre de postulats dans le système éducatif ne doit plus être à l’étape de questionnement, mais de réflexion et d’action. La période de latence doit prendre fin, il nous appartient à présent de prendre une décision, pas pour nous, mais pour nos enfants.

Cordialement.


Trois leçons à tirer du match entre la France et l’Allemagne de l’Euro 2016

schweinsteiger et Pogba à la fin du match France Allemagne
schweinsteiger et Pogba à la fin du match : europe1.fr

J’ai suivi avec attention la demi-finale de l’Euro 2016 entre les deux grandes nations européennes le 7 juillet dernier. Le jeu de l’équipe de France m’avait séduit, et pour la première fois depuis le début de la compétition, la France me semblait convaincante, vu sa victoire de deux buts à zéro (2-0), j’en ai donc tiré trois leçons qui peuvent être utiles à toute personne.

Avoir un objectif clair 

Nul besoin de vous rappeler que la France est la nation organisatrice de l’Euro 2016. Juste pour cela, l’équipe nationale française de football s’est donnée pour objectif de remporter cette coupe. Saviez-vous qu’en 1984 (je n’étais même pas programmé naître), la France avait soulevé la coupe d’Europe alors qu’elle était organisatrice ? Cette année, l’objectif est défini, elle veut dessiner le même schéma. Avoir un objectif est primordial dans tout projet, le process suit après.

description imagée de la détermination
Crédit image : fr.dreamstime.com

Avoir de la détermination et une stratégie

Pourquoi certains projets voient le jour, et d’autres meurent avant même que le soleil ne se couche ? Mettons de côté toute considération hasardeuse, sans stratégie et détermination, vous n’y arriverez pas. L’entraîneur de l’équipe de France, Didier deschamps a eu à réadapter sa stratégie de jeu après le match nul contre la Suisse. On a beau bien se préparer, il y aura probablement des choses qui ne marcheront pas. Il n’y a pas de stratégie toute faite, juste des stratégies décapotables.

La France est déterminée, elle veut aller loin, elle y est presque.

Décider de gagner

Il y a une grande différence entre se battre et décider de gagner. Pour prendre la décision de gagner, il faut avoir médité sur la question, mis les pions sur la table de jeu et avoir la foi en sa victoire. Le seul fait de décider vous permet d’entrevoir de loin la victoire, « ça y est, je peux l’avoir, je vais l’avoir, je l’ai », diriez-vous. L’équipe de France s’est mise dans la peau du gagnant, et elle continue son petit bonhomme de chemin vers le Saint Graal.

Equipe de France contre l'Allemagne Euro 2016
Equipe de France Euro 2016 : lequipe.fr

L’équipe de France est en partie composée de noirs, et alors ?

Je ne vais point me lancer dans ce débat stérile sur la couleur de peau ou l’origine des joueurs de l’équipe de France, je trouve cela dépassé bien que des séquelles existent toujours. Ils sont peut-être noirs ces français, mais ils nous montrent de fort belle manière qu’obtenir une chose que l’on désire ne se décrète pas.

Il ne s’agit pas de rester dans un coin et de prier Dieu d’insuffler de la positivité aux dirigeants ou aux coachs, il s’agit d’être soi-même positif, de se battre, de se préparer aux obstacles, de définir une stratégie « décapotable » (sait-on jamais) et de décider en son for intérieur de gagner et les batailles et la guerre.

Rien n’est acquis dans ce monde lorsque nous parlons de projets. Tirez des leçons utiles de toute situation aussi rocambolesque soit-elle au lieu de développer des inepties sur les réseaux sociaux. Retroussez les manches, tombez, relevez-vous et marquez vos coups de tête comme le fait l’équipe de France.

Cordialement.


Nous pouvons acheter des films africains en ligne avec AfricaFilmstv

Nombreux sommes-nous à suivre des films et séries africaines sur les chaînes A+, Nollywood ou rti. Il nous arrive d’avoir cette envie d’acquérir une série africaine pour y revoir certains détails croustillants au calme sur notre laptop, mais nous ne savons comment nous la procurer. Nous finissons par nous résigner tout en guettant les rediffusions. Il a fallu discuter avec un ami de longue date, Cedric Schadrach, Chanel Manager, community manager à AfricaFilmstv, pour me rendre compte qu’il y a un site agrégateur de contenus 100% africains.

Cedric Schadrach au bureau
Schadrach Cedric A : Chanel Manager à AfricaFilmstv

Connaissez-vous AfricaFilmstv, promoteur des œuvres cinématographiques africains ?

AfricaFilms.tv est un site de Video On Demand (VOD) dédié aux films africains, aux films sur l’Afrique, aux films de la diaspora. Il est agrégateur de  contenus 100% africains, en termes de vidéos, films documentaires, d’animations, longs et courts métrages et de la musique. Site de téléchargement payant légal, accessible depuis le monde entier, AfricaFilms garantit des revenus équitables aux producteurs africains. Il leur propose en outre des services exclusifs et gratuits, leur permettant notamment de créer des sites web intégrant leur propre boutique VOD. Il est possible de louer ces films à moins de 5 dollars ou les acheter pour une durée indéterminée à moins de 10 dollars. AFRICAFILMStv fait partie des tout premiers partenaires Premium Publisher de Google Senegal avec des chiffres d’affaires intéressants pour la promotion de ces œuvres cinématographique africaines.

Visuel AfricaFilmstv
Crédit image : AfricaFilmstv

AfricaFilmstv veut démocratiser l’achat de films africains en ligne sur le continent africain

La mayonnaise de l’e-commerce au Sénégal n’a pas autant pris que beaucoup l’espéraient. Bien qu’en 2015, 1 millions de sénégalais aient acheté en ligne, il demeure « assez difficile » pour la population d’acheter en ligne. La faute n’est pas seulement au faible taux de bancarisation au Sénégal (15%), mais également aux habitudes d’e-commerce qui ne sont malheureusement pas développées en Afrique subsaharienne. Ainsi, le partenariat entre AfricaFilms et Paydunya est salvateur pour les cinéphiles. Il faudra sensibiliser la population sur l’avantage de passer par Paydunya pour se procurer un film sur AfricaFilmstv, étant donné que le consommateur n’a aucunément besoin d’avoir un compte bancaire pour effectuer cette opération.

Cartes de crédit et livraison
Crédit : Teranga Web

Quelles conclusions faut-il en tirer ?

Selon les statistiques de Jumia sur les modes de paiement, 95% des sénégalais utilisent le paiement après la livraison. Cela traduit encore une fois le faible taux de bancarisation et la crainte des consommateurs à payer en ligne.

Par ailleurs, nombreux sont les acteurs et artistes africains qui se plaignent des pirateries et des différentes malversations qui se font dans le milieu du cinéma et de la musique. Les populations sont en accord avec leur plainte, mais que font-elles pour les aider à sortir la tête de l’eau ? Et quid des autorités, telles les ministères de la culture ? Imaginez-vous que selon les statistiques montrant les tendances e-commerce au Sénégal réalisées par Jumia, les cinéphiles sont en tête avec 6,64% de l’activité totale du commerce électronique dans le pays. Ne serait-il donc pas préférable d’acheter les films et les albums des acteurs du cinéma et de la musique, au lieu d’attendre de se les procurer auprès d’un de nos contacts au marché noir ? Nous achetons des gadgets électroniques à 300.000 F CFA (près de 460 euros), mais nous trouvons trop chers des films qui coûtent entre 7 et 15 dollars (moins de 10.000 F CFA et de 13 euros).

Nous sommes également disposés à nous procurer des contenus occidentaux, mais lorsqu’il s’agit de contenus africains, nous trouvons cela « trop suspects et chers ».

Il est temps de penser autrement, de se laisser influencer par d’autres habitudes sans toutefois tomber dans la dépendance, de permettre aux acteurs culturels de vendre à profit ce qu’ils ont eu à produire. Nul besoin de vous rappeler l’impact positif d’une telle situation sur l’économie de la zone UEMOA. Nous avons l’opportunité de voir développer des initiatives pouvant permettre à l’économie d’avoir le vent en poupe, mais nous n’arrivons pas à transcender des habitudes ancrées en nous. La même situation s’observe dans l’achat de livres électroniques en Afrique. Nous voulons par exemple nous procurer l’e-book SuperWomen d’Ibuka Ndjoli et Sakina Traoré, mais gratuitement. Faisons des efforts afin de permettre aux innovations africaines en ligne de prospérer.

Cordialement.

 


La rationalisation des partis politiques au Sénégal

L’univers politique africain a été empreint de tribulations sociopolitiques qui, avec le temps, ont métamorphosé la configuration des partis politiques, que ce soit dans l’espace francophone ou anglophone. Le fonctionnement de ces partis dans les années des indépendances jusqu’à nos jours a évolué d’une manière vertigineuse, de même que leur nombre. Un parti politique est une organisation politique regroupant des citoyens ayant une certaine idéologie ou certains idéaux en commun, et cherchant à obtenir le pouvoir dans le but de gouverner selon leurs principes.  Au Sénégal comme au Cameroun ou au Togo et dans la plupart des pays au Sud du Sahara, la démocratie s’est installée dans un contexte de luttes historiques. La liberté d’exprimer ses opinions est devenue ce gage de démocratie qui développa la création de partis politiques. Bien évidemment, dans les années 1970, il y avait à peine cinq partis politiques dans les pays africains. Le Sénégal, le Ghana, ou encore le Togo en sont des illustrations parfaites, mais les concepts du respect des principes démocratiques et des droits de l’Homme donnèrent le coup de salve à la prolifération des partis politiques, sans mettre sous éteignoir le désir des populations de se débarrasser des régimes monocratiques.

La question qu’il convient dès lors de se poser est de savoir s’il ne serait pas plus pratique d’encadrer la création des partis politiques voire leur fonctionnement, afin d’instaurer un univers politique plus sain et moins « encombrant ». Aussi faut-il souligner que, plus les partis politiques au Sénégal sont responsables et suivent les procédures législatives idoines, plus les populations se retrouveront dans leur politique, et plus le jeu politique sera mieux respecté.

Partis politiques au Sénégal
Crédit image : moda-international.org

Notre analyse dans ce billet s’articulera autour des perspectives de rationalisation des partis politiques au Sénégal, de la rationalisation juridique qui s’impose et de la nécessité d’une rationalisation politique. Dans le contexte politique actuel au Sénégal, avec les législatives de 2017 et les présidentielles de 2019 en vue, il va de soi qu’une rationalisation des partis politiques contribuerait à une stabilité du jeu politique.

  • Une rationalisation juridique vitale

Les creusets juridiques sur le statut et le fonctionnement des partis politiques au Sénégal justifient la nécessité de rationaliser celles-ci, ou plutôt leur statut.

Selon l’Article 4 de la Constitution Sénégalaise, « les partis politiques et coalitions de partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils sont tenus de respecter la Constitution ainsi que les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Il leur est interdit de s’identifier à une race, à une ethnie, à un sexe, à une religion, à une secte, à une langue ou à une région. Les conditions dans lesquelles les partis politiques et les coalitions de partis politiques sont formés, exercent et cessent leurs activités sont déterminées par la loi. ». Aussi la création d’un parti politique au Sénégal répond-elle à une procédure de déclaration préalable, situation qui oblige l’autorité publique à jouer un rôle passif. Elle délivre le récépissé après avoir enregistré la demande de la personne, sans aucun pouvoir d’autorisation ou de refus de ladite demande.

Pour permettre une meilleure structuration des partis politiques, il serait plus convenable qu’il y ait une autorisation préalable conférant au parti politique sa personnalité politique, comme c’est le cas au Cameroun ou en Guinée. Cette procédure d’autorisation préalable permet à l’administration d’opérer un contrôle a priori des demandes de création de partis politiques.

Ensuite, la constitution sénégalaise ne prend pas en compte la création de coalitions de partis politiques alors que l’univers politique sénégalais en regorge, d’où la nécessité de consacrer constitutionnellement cet autre aspect des partis politiques pour pallier à l’insuffisance de l’encadrement des formations politiques.

Nonobstant la rationalisation juridique nécessaire à un meilleur encadrement des partis politiques, une rationalisation politique s’avère tout aussi primordiale pour un univers politique plus sain au Sénégal.

  • De la nécessité d’une rationalisation politique

Comme l’a dit Louis Blanc, « ce qui effraie le plus dans les partis, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils négligent ou refusent de dire. ». Du Sénégal au Cameroun et au Congo en passant par le Togo, le nombre de partis politiques a été multiplié par dix. Toute personne veut créer un parti politique, toute personne en crée pour véhiculer ses idées sans toutefois avoir les bases théoriques de l’exercice politique. Ce qui fait défaut en Afrique, c’est justement ce piètre savoir politique et cette méconnaissance de la politique en elle-même. Aussi les partis politiques restent-elles d’une certaine manière une façade pour des individus égoïstes d’où le manque de relation et de cohésion entre les premiers et leurs partisans. Notons que le clientélisme et le patronage restent les formules de persuasion qu’utilisent le plus souvent les partis politiques, quoique ces formules trouvent des failles dans le sens où l’électeur peut recevoir les Tee-shirts d’un parti et voter pour un autre. D’où viennent donc ces failles ? La stratégie du clientélisme est-elle la meilleure ? Le fonctionnement des partis politiques de nos jours n’est-elle pas sujette à discussion, au point de susciter au niveau des partisans ce manque de confiance qui les pousse à ne pas savoir à quel saint se vouer dans cet imbroglio de formations politiques ?

Nombre de partis politiques au Sénégal
Crédit photo : senenews.com

Parvenir à limiter le nombre de partis politiques sans enfreindre la liberté d’association garantie par la Constitution Sénégalais est un idéal auquel souhaiteraient parvenir les partis politiques eux-mêmes, afin de pouvoir mieux participer à l’animation de la vie politique. Aussi, en tenant compte des clivages socioculturels, la rationalisation des partis politiques demeure-t-elle une nécessité.

Moins il y a de partis politiques, plus leur organisation et leur fonctionnement seront plus efficaces. Le multipartisme n’est point une mauvaise idée, loin de là, mais l’encadrer s’avère plus bénéfique pour les partis politiques et le peuple. Les partis politiques jouent un rôle prépondérant dans le choix d’élites politiques, dans la détermination des idéaux de la jeunesse voire dans l’animation politique de leur pays, ce qui contraint l’arène politique à développer des solutions idoines pour une meilleure prise en compte des valeurs politiques.

La rationalisation n’est pas seulement à exécuter sur le plan juridique et politique, mais elle est aussi nécessaire sur le plan idéologique, concernant la pertinence des idéaux et de la philosophie des partis politiques.

S’il faut rationaliser le statut des partis politiques sans instaurer le financement égalitaire, sans rationaliser la politique citoyenne elle-même, la rationalisation restera vaine.

La combinaison de facteurs tels que les orientations idéologiques, des traditions, de l’ethnicité avec en toile de fond les aptitudes personnelles des leaders du parti politique, rend celui-ci différent d’un autre. C’est à travers cet ensemble que la rationalisation se fera d’elle-même sur le plan fonctionnel et idéologique avant d’arpenter ceux juridique et politique qui seront plus formels.

Cordialement.


Faire régulièrement un bilan de santé évite l’automédication hasardeuse

Il était 14h, ils attendaient les résultats des examens médicaux. Ils étaient impatients, cela se lisait sur leur visage crispé. Leur fils était plus loin, caché derrière un poteau à l’ombre des arbres. Son visage innocent était assombri par la crainte des résultats d’analyses qu’attendaient ses parents. Un médecin sorti de la salle des examens et se dirigea vers les parents, le cœur du garçon battait la chamade. « Monsieur, je voudrais discuter avec votre femme un instant svp », dit le médecin. Quelques minutes passèrent, le verdict était connu : la maman avait un cancer du foie à 50 ans. Triste nouvelle, troublante information, le petit garçon était effondré, le cancer était à un stade avancé. Il passa en filigrane toutes les fois où la maman avait décliné la proposition de se faire faire un bilan de santé depuis une dizaine d’années. Quelques semaines après, sa maman rendît l’âme, son foie n’avait pas tenu. Le papa s’approcha de son fils et lui dit : « fais un bilan de santé régulier, annuel ou biennal, et quel qu’en soit le prix. La santé mérite qu’on y accorde de l’attention car elle n’a pas de prix ».

Il prit en compte les conseils de son père. Quelques années après, du haut de ses 20 ans, il décide de faire un bilan de santé dans un hôpital public de Dakar. Il prit donc rendez-vous pour une consultation médicale. Nous appellerons le jeune garçon Mohamed, et le médecin Joe.

Le médecin Joe : Bienvenue M. Mohamed, de quoi souffrez-vous ?

Le patient Mohamed : Bonjour, je ne suis pas malade, je voudrais me faire faire un bilan de santé.

Le médecin Joe : Pourquoi ?

Le patient Mohamed : Pourquoi ? (l’air stupéfait). Cela fait plus d’un an que je n’en ai plus fait.

Le médecin Joe : Cela va vous coûter trop cher de faire un bilan complet alors que vous n’êtes pas malade. Peut-être aviez-vous le palu ?

Le patient Mohamed : Mais je ne suis pas malade, je voudrais juste avoir une vue globale de mon état de santé en faisant un bilan.

Finalement le médecin céda après une heure d’entretien, de questions, de persuasion et de contre-propositions. Cela m’amena à me poser un certain nombre de questions :

  • le bilan de santé est-il soumis à une preuve de maladie ?
  • Le coût d’un bilan de santé en Afrique décourage -t-il  les patients à en faire annuellement ou du moins assez régulièrement ?
  • Que font les médecins pour sensibiliser les patients sur les avantages et les inconvénients (s’il y en a) de la fréquence du bilan de santé ?

Pendant que certains préconisent de faire un bilan de santé à titre préventif , d’autres pensent au contraire qu’il faut prendre en compte un certain nombre de facteurs.

Hôpital Principal à Dakar et bilan de santé
Crédit Photo : leral.net

Il faut avouer qu’en Afrique subsaharienne, ce n’est point dans notre culture de se faire faire un bilan de santé annuel ou encore quinquennal. Nombreux sont ceux qui te diront qu’ils n’en voient pas du tout l’intérêt, de même que pour le dépistage du VIH… « Pourquoi se faire faire un check up alors qu’on n’est pas malade ? A quoi cela rime », se disent-ils.

N’y a-t-il pas là un manque de sensibilisation ? Les médecins n’ont-ils pas le devoir d’informer les patients sur les avantages d’un bilan de santé ?

Où en est la Couverture Maladie Universelle (CMU) ?

D’aucuns diront par ailleurs que le bilan de santé est réservé aux personnes nanties. Les bilans de santé en Afrique subsaharienne varient entre 40.000 F CFA (61 euros) et 200.000 F CFA (305 euros), cela dépend de la structure sanitaire (privé ou public). Le togolais qui gagne 100.000 F CFA par mois, ou le sénégalais qui gagne 300.000 F CFA par mois, pourra-t-il, après avoir payé ses charges, se faire faire un bilan de santé ou en faire à ses deux ou trois enfants ?

La problématique du bilan de santé nous amène à parler de sujets comme le smic et les mesures politiques pour démocratiser la couverture de santé. Où en est donc le Règlement n°07/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009, adopté par le Conseil des ministres de l’UEMOA ? Où en est la Couverture Maladie Universelle au Sénégal, au Togo et dans la sous-région ? Difficile de répondre à cette question, car la mise en œuvre de ce programme rencontre des problèmes d’ordre structurel et organisationnel. Néanmoins, le Sénégal essaie tant bien que mal de s’en sortir avec un CMU « incertain ». Cette situation en entraîne une autre.

L’automédication, une préoccupation majeure ?

Après un bilan de santé, se soigner après avis du médecin
Crédit Image : fr.fotolia.com

L’automédication n’est pas méconnue des africains, il est arrivé à plusieurs d’entre nous d’avoir eu recours à des médicaments sans la prescription d’un médecin. Plusieurs raisons sont évoquées pour justifier cette décision : médicaments de la pharmacie trop chers par rapport à ceux qui sont vendus dans la rue, bilan de santé trop cher et jugé pas important pour certains, consultation relativement chère (consultation comprise entre 2000 et 4000 F CFA dans le public, 10.000 et 20.000 F CFA dans le privé), du coup, pour toutes ces raisons, certaines personnes préfèrent devenir leur propre médecin.

Il y a tout de même des avantages, mais il y a aussi des inconvénients à ne pas négliger. Je me souviens encore d’une émission de Priorité Santé sur l’accès aux médicaments en Afrique, dans laquelle un  des invités précisait que « prendre des antibiotiques de façon aléatoire crée de la résistance à long terme pour le patient ». Combien lisent la notice d’un produit, combien prennent le temps de demander l’avis d’un médecin à propos des symptômes qu’ils ressentent ? Comme le dit souvent ma mère, « la santé n’a pas de prix », il est en effet préférable d’investir pour son bien-être, car sans la santé, on ne peut vaquer à ses occupations.

Je ne suis pas médecin, je suis un citoyen africain qui voudrait une meilleure prise en charge du patient par le médecin, un meilleur système de santé, des médecins plus perspicaces et également des patients plus conscients.

Cordialement.


L’idéal est-il de devenir un blogueur professionnel ?

Ma mère me disait toujours : « fais ce que tu aimes, et mets de l’amour dans ce que tu fais ». Cette phrase m’a toujours guidé dans mes choix, de ma vie estudiantine à ma vie mi-professionnelle mi-estudiantine, en passant par les projets ponctuels. C’est d’ailleurs dans cette perspective que j’ai décidé de me pencher sur des faits de société en tenant un blog, je m’intéresse à ce qui peut avoir un impact social. Nombreux sont les blogueurs qui se sont lancés dans l’aventure pour la passion et pour l’envie de se prononcer sur des faits qui méritent un regard neuf.

Le 4 juin dernier, j’étais avec des collègues blogueuses, blogueurs et entrepreneurs (Dieretou Diallo, Edith Brou, Florent Youzan, Corneille Towendo, Ibuka Ndjoli, Orphelie Thalmas…). Cette réunion avait lieu dans le cadre de la première édition du Festival en Afrique des Blogueurs et Youtubeurs (FABY) (du 3 au 5 juin 2016, à Dakar,  avec le support de Coca Cola). La réflexion au sujet de « comment créer du contenu africain de qualité » m’a semblé très intéressante parce qu’elle concerne tout blogueur africain qui se respecte. A chaque écrit on se pose un certain nombre de questions. « Il faut créer un contenu original et captif ». C’est le genre de phrases qu’un blogueur se dit en son for intérieur.

Après deux à trois ans dans le métier (si si, bloguer est un métier selon moi), il peut arriver que le blogueur soit contacté par des institutions pour écrire des articles dans un domaine précis, il arrive aussi que le blogueur veuille « monétiser » son blog via l’apport d’une institution (c’est relatif). Dans ce cas, le blogueur peut-il encore être considéré comme « blogueur » au sens propre du terme, en donnant son avis par exemple ? Ou bien doit-il contrôler ce qu’il écrit en se limitant à un travail de « reporting » ?

Photo du second panel des blogueurs et youtubeurs Faby2016
Crédit Photo : Edith Brou


Le blogueur arrive-t-il au summum de son art en devenant blogueur professionnel ? 

Je pense personnellement qu’une mutation s’opère de plus en plus dans la grande communauté des blogueurs africains. Un blogueur doit poser ses conditions pour continuer à produire un contenu de qualité et à rester authentique et à puiser dans les sources « africaines ».

Certes, la manne financière est importante, mais elle l’est autant que l’est la pertinence des écrits. C’est un peu comme un prétendant qui affirme qu’une certaine demoiselle l’intéressait compte tenu de ses qualités et de ses défauts. Pourquoi celle-ci devrait changer de personnalité dans le mariage ? Pour un blogueur, ce n’est pas aisé de garder son authenticité lorsque l’oseille se mêle à la danse ! Mais il est fastidieux d’écrire pour le compte d’une institution, d’écrire sur des sujets à propos desquels le blogueur ne trouverait pas d’intérêt ou qui seraient contraire à ses principes. Bloguer pour des campagnes sociales et/ou digitales, pour une prise de conscience, pour une meilleure éducation… en partenariat avec des organisations internationales ou non gouvernementales est louable et doit être encouragé. Etre rémunéré tout en étant « utile » est peut-être l’idéal pour un blogueur. Pour ma part, et pour paraphraser Robert Badinter, je vous dirais à ce propos que bloguer c’est bander, convaincre c’est jouir.

Un blogueur sans cause dévolue, est comme un enfant dénudé voire dénué de frusques et de nippes. Bloguez, répandez votre verve à profusion, même au-delà du ciel et des enfers où le diable lui-même sera contraint de succomber à votre élixir de persuasion.

Soyons des blogueurs qui gagnent leur vie mais en respectant les principes que nous défendons dans nos écrits. Soyons les porte-étandards de l’éthique et de la responsabilité, soyons des blogueurs respectables qui gardent en tête l’essentiel, car nos écrits nous définissent.

Cordialement.


Un matin pas comme les autres à Dakar

Il faisait frisquet ce dimanche, j’étais en retard au cours. Eh oui, à l’Institut du Droit des Affaires du Groupe ISM de Dakar, les étudiants en Master 2 n’ont cours que les weekends. Ce programme permet aux étudiants de vaquer à leurs occupations professionnelles en semaine, pour mieux se concentrer sur celles académiques. Comme je vous le disais, j’étais déjà en retard au cours ce dimanche. En sortant de l’appartement je tombe sur un ami qui allait à l’église. Il m’a regardé d’un air suspect lorsque je lui dis que je n’allais pas à l’église mais en cours. Bon, cela ne me dit rien, il a le droit de me juger. Je n’ai donc pas jaugé ses murmures qui se sont émoussées dans le vent.

c'est bon pour le référencement
Parc Sacré Coeur : Edem Gbétoglo

Je ne me doutais point que cette matinée serait différente de toutes les autres que j’ai vécues ; non à cause de la journée dominicale comme c’est le cas pour tout bon chrétien qui « rate inconsciemment » l’église, mais à cause d’une rencontre que j’ai faite dans le parc de mon quartier, Sacré Cœur. J’y ai rencontré une personne très jeune, un enfant, un gosse. Il était maigrichon, pas très propre, dénué de moyens. Et pourtant, ce gamin semblait plus joyeux que moi, il dandinait dans le parc en cette matinée fraîche, il s’approchait de tout individu et demandait quelques deniers avec joie. Puis vint le moment où il s’approcha de moi et me fit une demande en wolof en tendant sa main moite, une demande que je transcrirai en français par : « Pourrais-je avoir un peu d’argent stp ? ». Pour être honnête avec vous, je n’avais pas de monnaie sur moi, mais j’avais deux baguettes de pain dans mon sac. En effet, j’avais pris l’habitude de me faire des œufs dans du pain pour mon déjeuner parce que les mets sénégalais sont parfois emplis de glutamate, et je fais attention à mon alimentation (eh oui, qui est fou ?). Pour continuer mon récit, je proposais une baguette de pain avec des œufs, de l’oignon et de la tomate au gamin. Celui-ci recula d’un pas et me lança un regard méprisant. J’ai supposé qu’il était juste gêné et j’ai donc pris la peine d’insister. Je fus donc surpris lorsqu’il me traita de « niak » qui signifiait « étranger », tout en s’en allant. Etait-ce donc un crime d’être un étranger au Pays de la Téranga, me suis-je demandé l’air perplexe ?

Cet enfant me traitait « d’étranger » parce qu’au lieu de lui donner de l’oseille, je lui offrais plutôt de la nourriture, et cela m’attrista profondément, pas pour moi mais pour lui.

Je suis niak, et pourtant je le vis bien.

Avant de proposer du pain à ce talibé, j’éprouvais de la compassion pour lui, j’étais attristé par la situation qu’il vivait ce matin et j’ai voulu l’aider à ma manière. Lorsqu’il me traita de « niak » j’aurais dû être énervé mais ce ne fut point le cas. Si être « niak », c’est offrir de la nourriture à un talibé en lieu et place de deniers, je l’accepte. Si être « niak », c’est se gaver de la viande de porc, je l’accepte. Si être « niak », c’est avoir un comportement plus respectueux, je l’accepte. Ce matin là, j’étais à la fois ébahi, furieux et perplexe. Ce n’était pas la première fois que j’étais traité « d’étranger » au Sénégal. Oui, je suis « niak », et pourtant je le vis très bien.

Aussi cette matinée m’a-t-elle permit de voir dans les yeux de ce talibé le problème social qu’est la mendicité, auquel est confronté l’Etat Sénégalais. Je vis dans les yeux de cet enfant une souffrance à laquelle il a fini par s’habituer. Quid du problème de la mendicité des talibés au Sénégal ? L’ancien Premier Ministre Abdoul Mbaye disait, « il n’est pas question d’interdire la charité, mais organisons-la ». Et l’ancien Président de la République Sénégalaise Abdoulaye Wade disait « l’aumône est une pratique recommandée par la religion ». Je pense que la mendicité des talibés pose un problème social et religieux que l’Etat doit résoudre. Les chefs religieux étant ce qu’ils sont au Sénégal, pensez-vous qu’une loi contre la mendicité forcée puisse être appliquée par les pouvoirs publics lorsque l’on a connaissance du lien étroit entre ceux-ci et ceux-là ? Suivez mon regard…

En cette matinée pas comme les autres, j’aurais donc appris trois leçons.

La première est relative à ma situation « d’étranger » au Sénégal. Quoique tu fasses, certains sénégalais te rappellent que tu es étranger par tous les moyens.

La seconde est relative au respect et à la considération d’autrui. Dans mon pays le Togo, le respect aux grandes personnes est une valeur à laquelle nul ne peut déroger. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’un sénégalais m’interpellait par un « ça va ? » direct, sans me saluer. Lorsqu’il s’agit d’une personne dans ma tranche d’âge, là encore je peux comprendre. Mais un enfant doit être respectueux, savoir aborder une tierce personne dans la rue en la saluant d’abord et j’en passe. Il s’agit ici d’un manque d’éducation et non d’instruction.

La troisième est relative à la problématique de la mendicité des talibés au Sénégal. Je me suis rendu compte en y repensant que le pouvoir religieux est plus qu’un pouvoir au Sénégal, le 5ème pouvoir peut-être. Il a une considération et une valeur intrinsèque, d’où la difficulté pour les hommes politiques de lutter contre le phénomène de la mendicité.

Bref, en une matinée, je compris un certain nombre de choses dans le vécu au Sénégal.