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Au Liberia, l’ultime but de Georges Weah

Georges Weah, ex-footballeur international libérien reconverti en politique, brigue en cette année 2017, la magistrature suprême de son pays . Après deux tentatives sans succès, cette troisième candidature sera-t-elle la bonne ?

Qualifié haut la main pour le second tour de la présidentielle libérienne avec 39% des voix, Georges Weah apparaît comme le favori pour succéder à Hellen Johnson Sirleaf, la présidente sortante. S’il est élu à l’issue du second tour du 7 novembre, King Georges* deviendra le premier footballeur de l’histoire à se hisser à la présidence de son pays. Mais que de chemin parcouru pour en arriver là…

Des premiers pas en politique au sénat

Lorsqu’il arrête sa carrière professionnelle au club émirati d’Al Jazira en 2003, Mr Georges* décide de se rendre utile pour son pays marqué par plusieurs années de guerre civile. Il se reconvertit alors en politique, en 2005, et se présente à l’élection présidentielle de la même année. Battu par celle qui deviendra la première femme présidente d’un État africain, le ballon d’or 1995 obtient cependant 40% des voix. Il récidive en 2011, mais sans succès. Loin de se décourager, il se présente aux élections sénatoriales de 2014 et obtient 78% des voix, devenant ainsi le sénateur de Monrovia, la capitale.

2017, année de la consécration ?

Ragaillardi par ce succès et désormais expérimenté politiquement, ce qu’on lui reprochait d’ailleurs ; 2017 se présente comme l’année de la consécration. Arrivé en tête au premier tour, remportant au passage 12 des 15 régions du pays, il ne fait aucun doute qu’il sera, sauf renversement spectaculaire de dernière minute, le prochain président du Liberia. Restera à lui de perpétuer l’héritage laissé par Hellen Johnson Sirleaf, qui a su concilier stabilité, redressement économique et alternance dans un pays marqué par la guerre.

Un but que Georges Weah, le premier non-européen et seul africain à avoir remporté le Ballon d’or, ne saurait se permettre de rater…

 

*King georges et Mr Georges sont des surnoms de georges Weah

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Côte d’Ivoire : les chimpanzés et les éléphants menacés par le cacao

Dans son dernier rapport, l’ONG américaine Mighty Earth  accuse les grands groupes de l’industrie chocolatière de favoriser la déforestation en Côte d’Ivoire. Une pratique qui met en péril l’habitat des chimpanzés et des éléphants.

On savait déjà que les suisses sont les plus grands consommateurs de chocolat au monde. Mais ce que l’on ignorait c’est qu’à chaque barre de chocolat croquée par les helvètes, c’est une partie de la forêt ivoirienne qui est détruite.

Chimpanzés et éléphants menacés de disparition

Dans son rapport intitulé  « La déforestation amère du chocolat » , l’ONG Mighty Earth démontre que plusieurs parcs nationaux et aires protégées ont vu 90 % de leur surface convertie en cultures de cacao ; or, ceci est illégal car la loi ivoirienne interdit toute culture sur ces espaces. La conséquence directe de cette déforestation est la disparition des espèces sauvages, en particulier des chimpanzés et des éléphants dont le nombre a fortement diminué. A titre d’exemple, on ne compte désormais plus que 200 à 400 éléphants sur une population qui à l’origine en comptait des dizaines de milliers (toujours selon le rapport).

Une réaction qui tarde

Face à ce désastre écologique, les autorités ivoiriennes ont décidé de réagir. Le ministre en charge des eaux et forêts, M. Richard Donwahi, a promis de définir une nouvelle stratégie de protection des forêts classées. Cela signifie qu’il y a de la volonté mais la tache n’est pas simple. En effet, le rapport souligne que plusieurs grands négociants  comme Olam et Cargill achètent ce cacao cultivé illégalement et le revendent aux géants de la chocolaterie tels que Nestlé, Cadbury et Mars. En 2015, le marché mondial du chocolat était estimé à 100 milliards de dollars (selon le même rapport).

 

Si rien n’est fait concrètement, ce sont les chimpanzés et éléphants qui verront leur habitat naturel disparaître totalement. Le business et la morale ne font souvent pas bon ménage…

 

Lien pour télécharger l’intégralité du rapport 


En Afrique, faut-il brûler le Franc CFA ?

Les antilopes qui ornent le billet de 5 000 FCFA n'ont qu'à bien se tenir. Kémi Séba a decidér de les en déloger. Dessin : Guess
Les antilopes qui ornent le billet de 5 000 FCFA n’ont qu’à bien se tenir. Kémi Séba a décider de les en déloger. Dessin : Guess

Le séjour en terre de la téranga*de Kémi Séba, militant pour la suppression du Franc CFA, a pris fin ce mercredi 6 Septembre 2017. L’Etat sénégalais a décidé d’expulser celui qu’il considère comme une menace pour sa quiétude.

En brûlant lors d’un meeting à Dakar, un billet de 5000 FCFA, l’activiste franco-béninois a autant choqué l’opinion que fait jubiler ses partisans. Le tollé crée par cette affaire n’a eu pour seul mérite que de remettre sur la table, le débat sur l’épineuse question du maintien ou non du Franc CFA.

Un geste répréhensible

Le geste de Kémi Séba , il faut le dire, est éminemment répréhensible. Sur un continent où des millions de personne vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 1,9$(dollars) par jour soit 950 FCFA (1,45 euro), brûler un billet apparaît comme une insulte à leurs misères. Ce billet détruit, aurait pu garantir pour plusieurs jours, les pitances de nombreuses familles à Baraka. Mais Kémi Séba justifie son acte, en arguant que cette monnaie maintient les pays qui l’utilisent dans la servitude. Et ce n’est pas tout…

Les nombreux griefs contre le Franc CFA

Le Franc CFA, comme tout système monétaire n’est pas parfait : son arrimage à l’euro, le rend fort, ce qui pénalise la compétitivité de ses  pays membres sur les marchés internationaux. En plus, 50% des réserves de change de ses banques centrales (BCEAO* et  BEAC*) sont déposés au trésor français en lieu et place de la banque des règlements internationaux, en suisse. Et le comble, selon ses pourfendeurs : le FCFA est imprimé à Chamalières (dans le centre de la France) et pas en terre africaine, comme cela se devait. Mais de là à brûler un billet… il n’y a qu’un pas, que kémi séba a franchit. Le faisant, il n’a sans doute pas pensé aux avantages qu’offre cette monnaie.

Une monnaie pas si mal que ça !

Le Franc CFA n’est pas aussi mauvais que Kémi Séba et ses partisans veulent le faire croire. En effet, sa parité fixe avec l’euro en fait une monnaie stable et crédible qui  permet aux pays bénéficiaires de mieux résister aux chocs des crises économiques et politiques. Cela a été notamment le cas de la Cote d’ivoire qui, au sortir de la  crise post-électorale de 2011, a vu son économie redémarrer de plus belle. Cet exemple démontre, du moins en partie, que le véritable problème réside ailleurs.

La bonne gouvernance, la diversification de l’économie, la mise en place d’infrastructures de base. Tels sont, entre autres, les défis auxquels doivent s’atteler les dirigeants de la zone CFA. Si ces défis sont réalisés avec succès et que la croissance est au rendez-vous, les pays membres de la zone CFA seront en positions de force pour une discussion saine et constructive sur leur monnaie. Et c’est seulement à partir de là que le geste discutable de Kémi Séba, qui a eu pour mérite de raviver le débat, aura servi à quelque chose…

 

*Téranga : est un terme Wolof signifiant hospitalité. Ce terme est aussi utilisé pour surnommer l’équipe de football du pays (les lions de la téranga )

*BCEAO : Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest

*BEAC : Banque des Etats de l’Afrique Centrale 


Angola : Dos Santos part mais reste au pouvoir

Dos Santos quitte le navire angolais en pleine crise avec une belle fortune
Dos Santos quitte le navire angolais en pleine crise avec une belle fortune-Dessin de Guess-

Depuis le mercredi 23 août 2017, M. José Eduardo Dos Santos n’est plus officiellement  le président de la république d’Angola. Mais a-t-il vraiment quitté le  pouvoir?

L’élection de M. Joao Lourenço, candidat du MPLA (Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola, le parti au pouvoir), aux élections générales organisées dans le pays, a quelque peu déçu les partisans de l’alternance. En effet, l’annonce faite le 02 décembre 2016 par le président sortant, M. José Eduardo Dos Santos, de ne pas briguer un autre mandat, a suscité bien des espoirs. D’aucuns voyaient un message fort adressé par le désormais ex-chef Etat à ses pairs. Il emboîtait ainsi le pas au sénégalais  Léopold Sédar Senghor et à l’icône sud africaine Nelson Mandela qui , avant lui, ont tracé le chemin d’une alternance réussie en Afrique. Quoi qu’il en soit l’ancien combattant léniniste a bel et bien décidé de déposer les armes. Mais en avait-il le choix ?

Le choix de la raison

Âgé de 74 ans et rongé par la maladie, José Eduardo Dos Santos régnait sur un pays à l’économie exsangue. Avec la chute des cours du baril, première ressources du pays, Les fractures sociales se sont exacerbée. Un risque de soulèvement était alors possible. Car excédée, la population aurait eu besoin un jour ou l’autre de changement. A-t-il peut être pensé à ce qui est advenu au burkinabé Blaise Comparé ? En bon stratège, l’ancien ingénieur en pétrole a décidé de partir. Mais , celui dont les détracteurs disent très doué en manipulation a bien préparé ses arrières.

Pouvoir, argent et fortune

En nommant des proches dont le nouveau président élu et deux (2) de ses enfants aux postes  clés de son parti,  il s’agissait pour Dos Santos d’assurer  sa domination sur le pouvoir. Mais que représenterait un pourvoir sans l’argent ? Il propulse alors sa fille Isabel à la tête de la SONANGOL, le fleuron de l’économie angolaise et l’une des plus grandes firmes du continent. En outre la fortune personnelle de celui que l’on surnomme Zedu  serait estimée à plus de 15.500 milliards de FCFA (23.6 milliards d’euro). 

Depuis les jardins dorés de sa résidence de retraite, Joes* peut se la couler douce. Il peut écouter tranquillement son 33 tours enregistré lorsqu’il était encore étudiant en union soviétique . Le pouvoir et le porte-monnaie sont bien gardés. Les partisans de alternance, eux, devront repasser…

*Joes :  Dos santos chante et joue de la guitare sous le pseudonyme Joes au sein du groupe Kimbamba do Ritmo avec ses amis d’enfance de Luanda. en Union soviétique, il forme le groupe de musique Nzaji avec des compatriotes angolais


Côte d’ivoire : Mutins, ces nouveaux riches

Les métiers les plus enviés en Côte d'ivoire
Les métiers les plus enviés actuellement en Côte d’ivoire -Dessin de Guess-

En l’espace de quatre(4) mois, 8 400 ex-rebelles, intégrés aux forces armées de côte d’ivoire (FACI), ont perçu chacun la somme de 10 millions de FCFA (15 200 euros) de l’état ivoirien, après plusieurs mutineries.

Ces soldats, qui avaient du mal à joindre « les deux bouts », se voient ainsi propulser au rang de multimillionnaire. Un enrichissement rapide qui rappelle celui des politiciens et autres footballeurs  ivoiriens évoluant en Europe.

Tout devient possible 

Comme ces derniers, tout devient possible pour les mutins. Ce sont les « nouveaux hommes forts » du moment et ils le montrent aux yeux de tous. D’Abidjan à Korhogo (nord) en passant par Bouaké (centre), ce sont des maisons pour les plus ambitieux, des motos pour certains et des véhicules pour d’autres qui s’achètent comme de petits pains. Ces nouveaux riches dépensent à tour de bras et peuvent désormais envisager l’avenir avec plus de sérénité. Mais cette aisance inattendue créée forcement des envieux.

Les démobilisés crient à l’injustice 

Et ceux-là ne manquent pas : environs 6 000 combattants de l’ex-rébellion n’ont pas eu la chance d’intégrer l’armée régulière. Ces soldats démobilisés vivent, pour la plupart, dans la misère. Le programme désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), qui était censé leur permettre de retrouver une activité et de vivre dans la dignité, n’a pas souri à tous. Ils voient donc comme une injustice, la part belle faite à leurs anciens « frères d’armes ». D’autant plus qu’ils ont combattu comme eux et certains en gardent, encore aujourd’hui, les séquelles. C’est donc à raison qu’ils réclament leur part du gâteau. Mais…

En satisfaisant aux revendications des soldats-mutins, leur garantissant au passage, un avenir radieux, le gouvernement savait très bien qu’il créerait de la frustration au sein de leurs camarades démobilisés. En réalité, le pouvoir ivoirien n’avait pas vraiment le choix. Car il fallait à tout prix faire taire les armes au risque de réduire à néant tous les acquis économiques de ces six (6) dernières années.

La vidéo du ministre de la défense annonçant  l’accord trouvé entre mutins et gouvernement.