Garens Jean-Louis

Folie quand tu me prends

Nous sommes tous un peu fou ! À différents degrés et de différentes manières mais chacun cultive sa folie avec soin.

J’ai commencé à « travailler » dès l’âge de 20 ans. Un an après mon baccalauréat, j’allais bosser le matin et en après-midi j’allais en cours. J’ai commencé une étude en administration grâce à une dite bourse. Quand j’ai remarqué que le standard et le nombre d’heures de cours ne correspondaient pas, j’ai laissé tomber.

Entre-temps, j’ai trimé quelques boulots. Certaines fois, j’ai dû abandonner ma paye à des scélérates qui se faisaient prier pour me rendre mon dû. Puisqu’il faut une connaissance avancée pour avoir une chance de survie dans le système, j’ai tenté d’entrer à la seule université publique du pays. Entre autre, mon père m’offrait seulement le logement.

Finalement, quand j’ai eu l’illusion d’avoir trouvé l’emploi de ma vie au sein d’une des plus prestigieuses entreprises du pays, j’ai failli compromettre mes chances.

folie
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Folie, aime-moi

Pour ceux qui me connaissent bien, ils savent que le maître-mot pour me définir est FOLIE. En fait, c’est mon grain de folie qui donne du sens à ma vie. Aussi spontané et imprévisible que je sois, les décisions irréfléchies sont le moteur de ma vie. Celles que je regrette et celles que je regrette de ne pas avoir prises.

Après environ un an passé au sein de la dite entreprise, j’ai décidé de changer de boulot. Oups ! Rembobinons ! Peu après avoir trouvé ce boulot, mon père m’a demandé de plier mes bagages. Entre nous, l’éponge brûlait bien avant. En plus de mes dépenses habituelles, il fallait que je paye le loyer. Pourtant, j’ai décidé de laisser le boulot pour reprendre mes études à la fac. Rire ! Comme quoi ma folie n’a pas de limite.

Quand j’ai dit à un ami qu’il me faut un boulot, il m’a demandé si mon job ne me plaisait plus. Des amis bien intentionnés s’inquiètent pour moi. Ils craignent qu’un chômage prolongé fasse de moi un SDF. Ben ! Que dire de plus ! Déjà j’ai l’impression que tout le monde est au chômage dans mon pays. On n’oserait pas demander à quelqu’un combien est-ce qu’il gagne. Mais, puisque mieux vaut peu que rien, certains se résignent. Ils sont dans un chômage déguisé. On travaille pour payer des dettes.

Des collègues  ont estimé que j’étais fou d’avoir abandonné la fac pour accepter le job. Dorénavant, des parents et amis vont me considérer encore plus fou d’avoir démissionné.

J’ai assez d’économies pour payer mon bail et couvrir deux à trois mois de chômage. Comme tout autre jeune du pays, il m’arrive de me sentir découragé. Par contre, j’ai ma philosophie de vie. Laisser partir ce qui s’en va et venir ce qui vient.


Mariage pour tous en Haïti : qui dit quoi ?

Le mariage pour tous en Haïti est un sujet qui alimente les débats depuis quelques temps déjà. Cette semaine encore, la proposition de loi votée par le Sénat haïtien vient verser de l’huile sur le feu. Haïti figurait déjà parmi les pays totalement homophobes sur la carte du monde selon le site Gayvoyageur. Sans grande surprise, le vote de la proposition de loi contre le mariage pour tous est venu confirmer la rumeur. Ce mardi, quatorze sénateurs ont voté contre le mariage pour tous avec une seule voix « pour » et une abstention.

La loi, qui comporte sept articles, punit, entre autres, « toute tentative de célébration d’un mariage entre deux personnes de même sexe, tout acquiescement à un tel acte ». « Toute promotion, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, constitue un délit d’outrage aux bonnes mœurs et à la pudeur publique », peut-on lire en son article 3. Rien d’étonnant !

Un Parlement qui se leurre sur le genre

Au Parlement haïtien, la parole appartient aux plus éloquents. Dois-je plutôt dire que les tonneaux vides font plus  de bruit ? Avez-vous déjà gaspillé un temps fou à suivre une séance parlementaire ? Vous ne verrez que des grandiloquents qui s’amusent à corriger les fautes de diction de leurs collègues. Des engueulades, de grands aboiements pour prendre la parole sans que le président de la séance ne puisse contrôler le débat certaines fois. Ceux qui ne savent pas quel déterminant requiert un substantif courant n’ont pas la voix au chapitre. Passer des heures à déblatérer sur les nuances de sens dans un texte en français, c’est cela, être sénateur en Haïti.

Sur le plan local, la presse se demande s’il n’y aurait pas de lois plus utiles qui mériteraient d’être votées. En outre, les associations LBGT dénoncent un attentat contre leur communauté et parlent d’homophobie d’État. Ailleurs, les médias internationaux en parlent.

Jean Renel Sénatus, le prochain Ramzam Kadyrov haïtien ?

Jean Renel Sénatus est passé de présentation en ce qui concerne l’homophobie en Haïti. En fait, il accroît son capital politique sur le dos des “masisi” et des “madivin”. De député à sénateur, il n’a eu qu’un seul cheval de bataille : protéger la famille. Et si son intention politique était de gravir à la magistrature suprême ? Véritable fer de lance dans la persécution homophobe en Haïti, Me Sénatus doublé de son bourreau adventiste Carl Murat Cantave. Ce dernier avait fièrement déclaré sur les ondes d’une radio locale avoir giflé son collègue d’alors, Steven Benoît qui, dit-il, avait une dent contre lui pour sa position.

J’imagine une Haïti avec Jean Renel Senatus à la tête de la République. Nous aurions une police des mœurs pour exécuter les homosexuels. Ce sera comme au temps des croisades. La Bible ou la mort ?

Mariage Pour tous
Dukesn

La Bible Pour Les Nuls

A tous ces parle-menteurs qui vocifèrent en pleine assemblée qu’ils sont chrétiens. Ceux-là qui sont prêts à jurer par le Christ, je leur dis qu’ils ne sont pas les seuls à connaître la Bible. Même le Diable la connaît et est prêt à l’appliquer à son intérêt. Puisqu’il y a une loi sur la diffamation, je ne vais pas leur dire que je les nique grave. Je me demande si au temps du Christ il n’a pas eu des homosexuels. Pourquoi ne les a-t-il pas envoyer tout droit en enfer? J’aime bien ce proverbe haïtien : « Di Dyab bonjou l’ap manje w ». Autant l’appliquer pour le Dieu de la Bible s’il en est ainsi. Chez nous, quand quelqu’un veut te baiser (dépouiller ou arnaquer), il brandit sa bible et te sort des versets qui ne tiennent pas compte de la cohérence totale des 66 petits livres.

Le Mariage Pour Tous aurait bien pu avoir lieu

Mariage Pour Tous
Corund / Pixabay

Depuis qu’il était bruit que le mariage pour tous était légalisé en France, il y a eu cette obsession que cela arrive chez nous. Bon nombre de chasseurs de tête (chefs religieux, politiques) se sont armés de leur croix pour exorciser les homosexuels.

Puisque bientôt ce sera « Au nom de la loi je vous arrête », les LGBT haïtiens vont devoir s’organiser plus secrètement. Sinon, ils risquent de voir des individus défoncer leurs portes ou subir un lynchage public sous les regards approbateurs de la police.

Je me demande si le mariage gay a toujours été l’intention de la majorité de cette minorité sexuelle du pays. Ici, ça a toujours été « Pour être heureux, vivons cachés ». J’ose dire que si notre société civile et les LGBT qui en sont en son sein l’avait voulu, le mariage gay aurait été légalisé en Haïti.  Ne dit-on pas qui finance commande? Comme toute autre fois, une somme faramineuse aurait été versée et la loi serait votée. Point barre. Ne suis-je pas aussi un nègre du pays? Entre nous, messieurs, désamorçons la polémique…

(*) Masisi : gay en créole haïtien.

(*) madivin : lesbienne en créole haïtien.

 


«Les Amants de Couleur» de Carl Jaro

Les Amants de Couleur, premier film homosexuel haïtien du réalisateur franco-haïtien, Carl Jaro. En fait, ce film est le résultat des rencontres du réalisateur. Lui qui a longtemps fréquenté la communauté afro-caribéenne. C’est durant cette période qu’il s’est rendu compte que les Antillais, les Africains et les Maghrébins avaient des idées préconçues sur les homosexuels. Il a tout de suite senti qu’il y avait une histoire à raconter.

Si l’homosexualité féminine est un grand fantasme chez la gent masculine, on ne saurait imaginer l’inverse chez les femmes. Déjà, il faudrait qu’il existe une grande complicité dans le couple pour que la femme accepte de partager son homme avec une autre. Qui plus est, il est inconcevable pour une femme de partager son homme avec un mâle. Tout à fait logique ! A ce jeu de rôles, l’un demandera plus d’attention que l’autre.

Dans son film Les Amants de Couleur, Carl Jaro nous décrit une scène pareille. Yann (Matthieu Gabriel) est amoureux d’Aman (Carl Jaro), ils vivent une une belle aventure entre hommes. Mais cette idylle va être dérangée par une femme qui veut contraindre Yann à une relation hétérosexuelle. Un trouble entre les deux amants homosexuels et une vie amoureuse déchirée pour Yann, qui souffre des préjugés et de l’homophobie de cette intrigante. Quand Gabie (Kethie Georges) découvre qu’Aman partage la vie de Yann la veille de ses noces, pas question de lâcher prise à ce point de non-retour. Jusqu’où la panthère noire serait-elle prête à aller pour marquer son territoire ? Comme on dit souvent, la raison du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

Les Amants de Couleur est un film inspiré d’une histoire vraie. C’est en 2013, trois ans après l’histoire tragique de son ami Jean-Charles Chadet que Carl Jaro se lance dans ce projet de film court qu’il titre « Les Amants de Couleur ». L’idée : « Mettre en lumière cette histoire amoureuse et interdite gravée dans ma mémoire », insiste le jeune comédien haïtien, les yeux mouillés quand il se souvient de la bataille du jeune martiniquais de 35 ans. Tiraillé entre un amour de façade pour « sauver les apparences » et un amour vrai mais caché, Jean-Charles Chadet, un jeune antillais angoissé et torturé affectivement met tragiquement fin à sa vie. Avec ce film, Carl espère participer au changement des idées. Selon ses propos, recueillis par Grégory Ardois-Remaud pour Queek.fr, « l’homophobie tue, l’amour nous rassemble »… Si seulement, on pouvait s’aimer quelle que soit notre religion, notre couleur…

 

Les Amants de Couleur
Crédit photo : Daniel Nassoy

Sorti le 30 octobre 2016 en avant-première en banlieue parisienne, le film est désormais disponible en ligne. Je vais voir le nombre de vues que le film récoltera sur Youtube. Comme sur Facebook, les « haters » iront visionner le film pour ensuite déposer leurs commentaires. Rires ! J’ai moi-même lu toutes sortes d’âneries et d’invectives sur la page fan du film.

En réalisant ce film, Carl Jaro a risqué la peau de ses fesses. Des menaces de mort proférées sur Facebook et provenant de la Jamaïque. Avec toute cette vague d’homophobie dans son pays natal, le petit Prince d’Haïti est loin de rentrer au bercail. On lui reproche de faire venir la culture du « blanc », vu qu’il vit en France. Aujourd’hui, on l’interdit même de mettre le pied dans son pays. Chez nous, l’homosexualité est la maladie du petit blanc pervers. L’homme noir c’est le mâle viril muni de son braquemart prêt à défoncer la femme blanche. Puisqu’on en parle comme d’une maladie mentale, le sujet homosexuel se retrouve dans une situation névrotique. Dès lors, il établit son mécanisme de défense : projection, déni, refoulement, introjection, transfert.

Les Amants de Couleur, un film qui dit tout

Réalisateur du film Les Amants de Couleur
Photo: Daniel Nassoy

L’homosexualité est encore si tabou, que certains homosexuels préfèrent dissimuler leur orientation sexuelle en se mariant plutôt que d’assumer leur sexualité. En effet ! L’objectif est de dénoncer les tabous liés à l’homosexualité masculine et de combattre l’ignorance autour de cette question. Son combat est loin d’être gagné. Mais, ambitieux et déterminé comme il est, il continuera d’être le porte-voix des homosexuels.

 

Pour conclure, Carl Jaro touche un problème aigu au sein de la communauté LGBT : la question du suicide. Selon Inter-LGBT, « les personnes lesbiennes, gaies, bi et trans se suicident en moyenne 4 fois plus que le reste de la population ». Citons l’exemple d’Anderson Estinphil. Ce jeune haïtien de 22 ans, étudiant en biologie médicale. Il est gay. Il a quitté Nazon, son quartier, suite à de fortes menaces verbales. Un déménagement forcé après l’annonce en septembre 2016 du festival MassiMadi. Et depuis lors, Anderson, connu sous le nom de « Etera », vit ici, chez son ami, gay lui aussi. Efféminé depuis son enfance, « Etera » avoue n’être jamais attiré que par des hommes.

En 2010, il a tenté de se suicider à 2 reprises à cause de critiques acerbes contre les LGBTI. Selon lui, l’homosexualité n’est pas une maladie comme on veut le faire croire, c’est plutôt l’homophobie qui en est une. « Mon orientation sexuelle ne dérange en rien ma foi chrétienne, mais on a tendance à m’écarter de toutes les activités de l’Eglise ». 

Quoique le suicide ne soit pas une pratique courante en Haïti, ils sont quelques « Aman».

Retrouvez l’intégralité du film :


Jeunesse haïtienne: Quel espoir, quel avenir

Haïti fait partie des pays dont le pourcentage de population de moins de 15 ans est moyen. De mon temps, on disait « Pitit se byen pòv malerèz ». Les parents très pauvres comptent sur leurs enfants, une fois devenus vieux, pour les soutenir. Cependant, cette mentalité a évolué. Désormais, certains parents comprennent qu’il faudrait mieux nourrir, soigner et éduquer leurs progénitures. De plus en plus de mères pratiquent le planning familial. Néanmoins, n’empêche que 30% de la population soit encore des ados. Dès lors, on se questionne sur cette génération qui, elle-même, se cherche.

Je suis encore jeune, jeune adulte. Avant 2010, j’étais encore adolescent. je me rappelle d’une parole de chanson d’un des groupes hip-hop les plus adulés du pays. « Granmoun yo echwe ». (Les adultes ont échoué). Dire que ces messieurs approchent la quarantaine. Cette parole a déchaîné une telle polémique. Pourquoi ces mots?

Pour mieux vous répondre, rendons-nous dans une frange récente de l’histoire d’Haïti. Ces messieurs étaient déjà nés le 7 Février 1986. Cette date marque la fin d’une ère : l’ère duvaliériste. Les Duvalier sont les pires dictateurs  qu’aient connu Haïti. Ben. Si vous voulez en savoir plus, lisez Bernard Diederich.

La fin d’une ère devrait marquer la venue d’une nouvelle. Trente ans après la chute duvalérienne, la classe politique haïtienne a piteusement échoué. Ici, le nombre de jeunes à nourrir, éduquer et soigner est si élevé que l’État n’arrive pas à subvenir à leurs besoins. J’espère avoir éclairé vos lanternes et ceux de nos compatriotes feignent de ne pas savoir de quel échec il s’agit.

Souvent, les « granmoun » (génération X) reprochent aux jeunes (Gen YZ) d’être des délinquants pour la plupart. Et pourquoi donc? Parce que notre génération connait le rap. Le hip-hop haïtien a pris dans les années 90. Comme si chaque génération n’a pas connu sa mouvance sociale. On dirait parfois qu’on nous considère comme une génération en déperdition.

La jeunesse actuelle est plus que jamais connectée à ses idoles : potins, looks, slogans. On lui reproche de ne pas avoir de bons modèles. Récemment, le Ministère du Tourisme d’Haïti a impliqué quelques jeunes artistes haïtiens influents à la sensibilisation de la population à l’importance du tourisme. Voir leurs idoles impliqués dans une telle initiative pourrait aider la jeunesse du pays à briser les stéréotypes…

Une jeunesse qui se cherche

On a tous nos raisons. J’ai arrêté la fac parce que je n’avais pas le choix. Ce mois-ci, j’ai appris avec stupeur une nouvelle décevante. Le plus brillant étudiant de ma promotion de fac a stoppé ses études en linguistique. J’en crois pas à mes oreilles. Je le voyais obtenir son PhD. Pour reprendre ses mots que l’on dit trop souvent chez nous, peyi a pa ofri moun anyen. (Le pays n’offre aucun avantage social). Si partir loin du pays était une évidence, aujourd’hui ce périple devient une impérative. Le Chili, pays hôte, devient le nouvel eldorado des jeunes haïtiens.

D’un autre côté, une partie de la jeunesse actuelle croit dans son dynamisme et sa qualification. Une jeunesse compétente qui se veut au cœur des décisions, au cœur de l’action. En ce qui me concerne, je pense qu’il serait probable de combler tout fossé générationnel. Comme dit, le vieil adage, « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait« . Tout ça pour dire quand on est jeune, on manque bien entendu d’expérience et de vécu; et dans nos vieux jours, on possède l’expérience mais plus la vigueur de sa jeunesse.

Une autre Haïti est-elle possible avec sa jeunesse?

Si de jeunes oisifs passent leurs journées à ne rien faire, à s’adonner à la bouteille, une autre partie pense autrement. Du coup, certains jeunes de la génération consciente se demandent combien d’entre eux croient qu’il est possible de remettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique. Effectivement, si certains se plaignent du mal du pays, d’autres préfèrent prendre l’initiative. En fait, depuis quelques temps, on voit bourgeonner un esprit d’entrepreneuriat en Haïti.

En 2014, de concert avec des institutions partenaires dont l’OIF et l’Université d’État d’Haïti, le comité organisateur du groupe Echo Haïti, a procédé au lancement de la première édition du premier forum international de jeunes entrepreneurs  en Haïti, baptisé « Elan Haïti 2014 ». Ce forum biennal international a connu une deuxième édition en 2016. De cette dernière édition est née un projet innovant axé sur l’emploi PUSH qui entend s’attaquer à la problématique d’insertion des jeunes diplômés sur le marché du travail. L’objectif, dans la durée, est d’aider des jeunes professionnels haïtiens à s’insérer sur le marché de l’emploi et agir ainsi contre le chômage des jeunes. Récemment, l’économiste Marc Alain Boucicault, fondateur de la société Banj, a annoncé que le lancement officiel de cette institution aurait lieu le mardi 1er août 2017 : un nouvel outil dans le monde entrepreneurial en Haïti.

Haïti : Je m’engage

C’est un peu triste à dire ! Mais, parfois on ne saurait empêcher un jeune de partir quand on ne peut l’offrir le meilleur. Le pire, c’est quand les jeunes jurent de ne plus revenir. Franchement, on les comprend. Souvent, de retour au pays, ils sont la cible potentielle de voleurs depuis l’aéroport. Cependant, on craint que la jeunesse qui constitue la couche arable de notre pays soit déversée vers l’extérieur. Si l’on ne peut encore guérir le mal, rien ne nous empêche de le prévenir. Nous sommes nombreux à nous engager à notre manière. Professeurs, artistes, jeunes leaders… sauf les politiques peut-être.


Le français en Haïti, un stigmate du passé colonial

Le français, langue seconde en Haïti, est utilisé dans l’administration, l’enseignement et dans la presse. Le français est apprise à l’école. Même après le bac, ceux qui maîtrisent parfaitement la langue de Voltaire sont peu nombreux. Seulement 10% d’Haïtiens parlent vraiment le français. Contrairement à l’Africain, l’Haïtien qui s’exprime en une langue étrangère fera tout pour articuler comme un natif. Du moins qu’il peut si j’ose dire. Vous comprendrez donc pourquoi nos pères conscrits se couvrent de ridicule en commettant un lapsus linguæ. C’est devenu la grande mode chez d’ignares parlementaires haïtiens. De quoi pisser dans sa culotte.

Ici, le français est la langue de prestige social au détriment du créole. Dès lors, on se pose la question : Le français menace-t-il le créole? Une prise de parole en public en langue française peut mettre mal à l’aise un Haïtien. Et pourquoi donc? Parce qu’ils ont peur de commettre des erreurs. Alors, soit que vous soyez aux abonnés absents, soit que vous préparez votre discours, pas facile d’improviser en français. Toujours est-il que le français ne peut clouer le bec à nous tous. 😜

Au XIXe et jusqu’au début du XXe siècle, l’intelligentsia haïtienne envoyait ses enfants au Berceau du Savoir. Tout cela est révolu. Aujourd’hui, les quelques liens culturels qui semblent nous lier à la France sont une histoire et une langue commune. En 2015, la visite officielle de M. Hollande à Haïti devait aussi établir les bases d’une coopération franco-haïtienne ambitieuse et durable… Tout cela parce que les temps ont changé. L’usage de l’anglais se révèle aujourd’hui provocateur pour l’épanouissement du français en Haïti.

Le français
© Christian Packeniu

Depuis 1970, Haïti adhère en tant que membre de la Francophonie. Le XVe Sommet de la Francophonie a été un peu singulier. Le Forum économique de la Francophonie chérissait de faire de la francophonie une véritable communauté économique. L’élection de Madame Michaëlle Jean au poste de Secrétaire Générale de la Francophonie avait emballé bon nombre d’Haïtiens comme si elle allait représenter Haïti. Il est évident que si la Francophonie fait un grand pas vers le progrès économique, Haïti fera un petit pas. Toutefois, là n’est pas mon combat.

Est-ce que le français menacerait le créole?

Le Dr. Pradel Pompilus, l’un des pionniers de la créolistique, a écrit en 1973 dans l’avant-propos de son ouvrage Contribution à l’étude comparée du créole et du français à partir du créole haïtien : «Le français n’est pas notre langue maternelle; la langue de notre vie affective, la langue de notre vie profonde, la langue de notre vie pratique, pour la plupart d’entre nous du moins, c’est le créole, idiome à la fois très proche et très éloigné du français.»

Qui a honte de sa langue a honte de lui-même. À noter que la plupart des Haïtiens sont des néo-colonisés et disent que le créole  n’est pas une langue. Ne dit-on pas que la langue véhicule l’expérience socio-culturelle? Car, elle nous permet de nous intéresser à la pensée et au comportement des sujets parlants! Dès sa rentrée à l’école l’Haïtien est forcé d’oublier, de négliger ou de renier sa langue maternelle. Néanmoins, l’Akademi Kreyòl Ayisyen ferait la plaidoirie pour que pour que les enfants, à l’école, puissent avoir le droit de parler leur langue maternelle sans aucune restriction. Dans les classes moyennes et bourgeoises, les parents s’efforcent à ce que la langue maternelle des enfants soit le français. Je crains que, dans les années à venir, nous ayons une langue qui ne soit ni créole ni français. Le créole serait donc menacé de disparition à plus ou moins long terme.

Repensons l’Haïti francophone de demain

La Sénégalaise Hulo Guillabert s’est rendue compte de bien de vérité sur l’Afrique que nous pouvons appliquer.

«Il faut conduire un grand changement de consciences pour que l’Afrique devienne une terre promise pour ses enfants, au lieu d’être l’enfer qui les oblige à fuir vers d’autres cieux.»

Pour cela, il est important que le système scolaire soit totalement refondé partout dans le continent, surtout en Afrique francophone, où nous sommes tous le fruit d’un système éducatif colonial bien ficelé pour nous aliéner gravement. Ce système est en crise partout dans cet espace», a-t-elle soutenu.

Dr Pradel Pompilus, dans son fameux ouvrage « Le problème linguistique haïtien », 1985, Ed. Fardin, a fait un constat similaire au chapitre III intitulé La langue française en Haïti.

Le français «s’est maintenu grâce à nos écoles surtout, qui ont toujours compté dans le cadre de leurs professeurs des enseignants français».

culture française
© Calua

Je trouve intéressant le cas d’Algérie. La langue d’instruction du système éducatif algérien est l’arabe standard qui existe exclusivement en situation d’apprentissage. Néanmoins, la récente réforme du système éducatif (2003) met l’accent sur l’enseignement précoce du français dès la troisième année primaire (CE2). En Haïti, notre société n’est pas plurilingue et multiculturelle comme c’est le cas de l’Algérie.

Aménagement ou déménagement linguistique?

Dans son livre « Yon lekòl tèt anba nan yon peyi tèt anba », l’éminent linguiste haïtien Yves Déjean a évoqué la situation de l’école haïtienne dans un pays mal organisé. Encore selon le nonagénaire, « sur chaque 100 élèves qui entrent en 1ère année fondamentale, seulement 8 d’entre eux ont atteint la classe de philo. » L’aptitude à comprendre et à produire en français témoigne de ce grand parcours du combattant. Comme il est si bien proposé ici, il faut une politique éducative cohérente en Haïti.

Le français
Crédit photo : NAVFAC

Nier le fait français en Haïti –au nom d’une ‘’exemplaire’’ défense du créole–, constitue à l’évidence une scotomisation, pour citer le linguiste-terminologue Robert Berrouët-OriolCela servira-t-il à grand chose d’annuler la langue française au bénéfice du créole? Pas vraiment ! Pour reprendre Michaëlle Jean : « Le français nous permet de parler au reste du monde ». Qui va prendre du temps pour produire des informations scientifiques et philosophiques pour un petit groupe uniquement créolophone?

Dès lors, la mise en oeuvre de politiques linguistiques pour une révolution culturelle est plus que nécessaire. Pour citer le linguiste français Louis-Jean Calvet (1999), par politique linguistique, on entend «l’ensemble des choix conscients effectués dans le domaine des rapports entre langue et vie sociale, et plus particulièrement entre langue et vie nationale.»

Selon Pierre Vernet, de regretté mémoire, le pays ne verra pas le changement tant souhaité sans une modification profonde de « notre système de pensée, à l’origine de nos actions et de nos comportements ».

Le français reste la langue dominante socialement, celle qui donne accès à la mobilité sociale. Pourtant, le français n’est ni parlée, ni comprise par l’immense majorité des locuteurs haïtiens.

Pour conclure, je ne saurais prôner le bannissement du français pour donner droit de cité au créole. Mais, un aménagement en même temps des deux langues officielles d’Haïti.


Internet : mon mal nécessaire dans un monde effréné #MondoChallenge #UnMondeSansInternet

« Si Internet n’existait, il aurait fallu l’inventer ».

Depuis l’avènement du réseau informatique mondial, la vie de l’homme n’est plus le même. Par exemple, notre façon de communiquer a changé. Au lieu de passer de longues heures au téléphone, un jeune gardera le contact sur Facebook en temps réel. Pourquoi faire tout ce déplacement en entreprise quand on peut lancer une vidéoconférence? Parfois, je me préoccupe du sort des photographes en studio tellement qu’il est facile de se prendre en photo et de les partager… De nouveaux métiers ont été créés comme les métiers de l’Internet : webmaster, développeur web, chef de projet multimédia, webdesigners, intégrateur html… Le monde devient un village. Point n’est besoin d’attendre des jours pour recevoir son courrier, l’accès à l’information s’obtient en un clic.

Il y a presqu’un demi-siècle naissait (presque) Internet. J’ai découvert Internet en 2004. À l’époque, les seuls réseaux sociaux les plus populaires étaient Hi5 et Badoo. J’allais tomber en amour avec le site web d’hébergement de vidéos créé le 14 février 2005, Youtube. Il fallait utiliser un ordinateur de bureau pour jouer à Miniclip (abattre Ben Laden). Les nouvelles technologies ont évolué à une vitesse fulgurante que j’en suis moi-même étonné.

J’ose dire que je suis un  « digital native »  c’est-à-dire j’appartiens à la génération Y. Premièrement, j’ai connu la cassette, le CD tout comme j’ai appris à utiliser SoundCloud. Deuxièmement, j’ai appris à chercher dans l’annuaire téléphonique tout comme je maîtrise Facebook pour chercher un contact. Au final, je peux aller voir les gens, les téléphoner tout comme leur envoyer des mails (s’ils y ont accès). Tout ça pour vous dire que j’ai appris jeune à vivre parmi les médias envahissants.

Internet

    Crédit photo : Geralt / Pixabay

 

Vivre avec ou sans Internet?

On a déjà lancé des journées sans connexion, des journées sans téléphone portable auxquelles je n’ai pas encore participé. Passer une journée sans vérifier mes e-mails, ma page Facebook. Cela ne m’avait pas effleuré l’esprit. Pourrais-je me passer d’Internet aujourd’hui? Il est vrai que l’habitude est une seconde nature. Ça se peut tout comme on peut vivre sans électricité. Internet me donne plus d’ouverture sur le monde. Mais, s’il n’existait pas, je pourrais bien vivre sans.

Il y a de cela quelques années, le monde vivait très bien sans Internet. Pour trouver une information, on cherchait dans les dicos, dans les encyclopédies. Aujourd’hui, il suffit de googleliser. De toute l’histoire de l’humanité, l’information n’a jamais été aussi accessible.

À l’école, les professeurs envoient les élèves effectuer des recherches sur Internet. Pour vous acheter un billet d’avion ou avoir accès à vos comptes bancaires, il vous suffit de quelques clics. On économise du temps et de l’argent. Force est de reconnaître qu’Internet est nécessaire à nos vies actuelles.

S’adapter aux nouvelles réalités de l’Internet

Conscient des dangers du Net, un grand nombre de parents contrôle l’utilisation qu’en fait leurs enfants. S’initier à Internet fait à présent partie de l’éducation. La pornographie devient « normale » et plus que jamais accessible.

Sur le plan humain, les parents exposent trop tôt leurs enfants à Internet. On a l’impression que nous nous préoccupons plus des likes que ceux qui nous entourent.

L’avènement des nouvelles technologies a donné de nouvelles pistes à la criminalité. On parle de cybercriminalité, de cyberterrorisme. Certains pays ont dû, soit amender leurs systèmes de droit, soit chercher des bases légales dans leurs constitutions, pour faire face à ces nouvelles réalités.

Internet
© Geralt / Pixabay

Certes, ceux de ma génération sont une génération « perdue », « désabusée »… une génération qui cherche sa place dans la société. Précaires, méfiants vis à vis de la politique, nous sommes pourtant mieux éduqués que nos aînés X.

La génération Z est encore plus numérique que la mienne. Cette génération sera probablement aussi bien éduquée si ce n’est plus encore que la génération Y. Et elle devra briser le silence et faire les bons choix…


Religion : Faut-il parler de ses convictions au travail?

« Ce qui dérange le plus les croyants d’une religion, ce ne sont pas les croyants d’une autre, et pas même les athées, mais quelque chose de pire, les sceptiques, les tièdes ».

Dans la grande nuit des temps – Antonio Muñoz Molina

Religion, politique, football : trois sujets sur lesquels je n’aime pas discuter. À propos de la religion, je suis encore plus intransigeantSur ce point, je me demande si je suis dérangeant ou un « dérangé ». J’aurai toujours ce sourire narquois en me souvenant de ma première fois au sein de l’entreprise commerciale où je travaille actuellement. Je devais suivre une formation avant de commencer. Imaginez mon étonnement quand la formatrice nous a réuni pour la prière. Je me suis dit en moi-même : « Priez pour quoi? Pour que les ventes faramineuses le soient encore plus.»

Après quelques discussions, il fallait que quelqu’un me balance la question : « Tu es de quelle religion? » Puisqu’il faut former ou aggrandir son clan, il faut qu’on vous la pose, cette maudite question. À moi de répondre froidement : « Aucune! » Et la personne de répliquer : « Non, il faut que tu aies une religion ! Je t’invite à mon église.  » Comme si je n’avais pas assez d’entendre tous les jours un passager me sermonner durant tout le trajet à l’aller et au retour dans l’autobus.

La religion forcée n’est plus religion: il faut persuader, et non contraindre. La religion ne se commande point.

Traité sur la tolérance : à l’occasion de la mort de Jean Calas, 1763 – Voltaire

La religion et le travail : l’intérêt du patron dans tout ça?

« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Effectivement, un patron accordera plus ou moins une certaine « confiance » à une personne de telle ou telle secte religieuse espérant ainsi un minimum d’honnêteté.

D’un côté, il y a certaines sectes dites « chrétiennes » qui, on dirait, encouragent leurs membres à l’oiseveté. Si certains chefs religieux se font pourvoir par leurs fidèles, des employés sous le châle du christianisme ne sont pas exempts de toute reproche. Pour ma part, je suis attaché à la morale citoyenne qui enseigne la conscience professionnelle. J’essaie d’être toujours à l’heure, d’être honnête. Mais aussi, de ne pas « voler » le temps de mon employeur car comme on dit : « Le temps c’est de l’argent ». Là-dessus, je me demande à quel niveau le temps gaspillé affecte la productivité d’une entreprise.

Je connais des collègues qui utilisent le temps de travail pour se consacrer à l’étude de la Bible. Ben. Ça peut se comprendre puisque les activités sont au point mort durant certaines périodes de l’année.

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© Pixabay

Des sujets qui fâchent

S’il est vrai qu’on ne saurait cacher sa foi, si évidemment, on en a une. Toujours est-il qu’exprimer de manière trop claire ses convictions religieuses peut entraîner des tensions et créer une discorde sans fin au sein des groupes de travail.

Une entreprise est un univers restreint, où l’on est contraint de cohabiter et même de collaborer, par-delà les différences. S’il est obligatoire pour certaines confessions religieuses de convertir les « infidèles » comme aux temps des croisades, il est clair que ce qui peut être évoqué hors de l’entreprise ne peut l’être dans ses murs.

J’ai vu des groupements religieux faire d’interminables discussions sur l’espérance d’une vie après la mort, sur les préceptes moraux indiqués dans les livres sacrés, sur l’immortalité de l’âme.

En ce qui me concerne, je conseillerais de garder sa foi. Parce qu’on n’a pas su respecter la foi de l’autre, une bonne partie du monde a dû être Charlie. Cependant, le principe élémentaire se résume ainsi : « La liberté des uns prend fin là où commence la gêne des autres. » Qu’il s’agisse de liberté d’expression ou de liberté de culte, le principe est le même. L’homme aime-t-il vraiment son semblable pour se soucier de son avenir spirituel? Ou, est-ce le désir des maîtres de dominer leurs ouailles? Désormais, appelez-moi mouton noir ou vilain petit canard si c’est ce que vous pensez tout bas!


Homophobe, depuis quand l’es-tu Haïti ?

Homophobe se dit d’une personne qui éprouve, qui manifeste de l’aversion, de l’hostilité pour l’homosexualité ou envers les personnes homosexuelles. Et dire que ce terme n’a pas son équivalent en créole haïtien si ce n’est qu’une traduction intralinguale. Ça peut se comprendre puisque nous n’avons jamais été un peuple homophobe.

Je suis de la génération 90. Aussi loin que je me souvienne, Haïti n’a jamais été homophobe quand je grandissais. C’était même un spectacle public quand un masisi (gay en créole haïtien) défilait dans les rues. Entre rires et « fawouch » (plaisanteries taquines), les badauds rentraient dans la danse. Par contre, les personnes non intéressées passaient leur chemin sans y prêter attention. À l’école ou dans le voisinage, on prenait plaisir à regarder l’hommasse jouer au football et au basket-ball ou se livrer à un freestyle. Aujourd’hui, être ouvertement gay en Haïti est un « crime » passible de mort. Etre lesbienne est un « crime » punissable du viol collectif pour pouvoir goûter au plaisir d’être avec un homme.

Le mois de Juin 2017 est consacré « mois de la fierté LGBTI » aux États-Unis. À l’occasion, l’Ambassade des États-Unis d’Amérique en Haïti a exprimé ses souhaits les meilleurs au peuple haïtien. L’organisme gouvernemental a rappelé, je cite : «Selon que vous soyez lesbienne, gay, hétérosexuel, bisexuel, transsexuel ou intersexe, vous êtes d’abord et demeurez un être humain avec des droits inaliénables, dont le droit à la vie, à la liberté et celui de poursuivre vos rêves». Ce n’est qu’une affirmation ! Mais, franchement, le pari est loin d’être gagné.

Selon les chrétiens haïtiens, le tremblement de terre du 12 Janvier 2010 a sonné le glas du jugement dernier. Selon eux, le séisme relève d’un châtiment divin. « Dieu a frappé son pied, disent-ils, pour dire c’en est assez de nos péchés ». Des « prophètes » de malheur en ont même reçu le message en révélation (rêve). Plusieurs marches homophobes venant du secteur protestant ont déjà été organisées. Des appels au meurtre des homosexuels, ont été même lancés, sous le regard indifférent des policiers. Qui oserait lever le petit doigt pour dénoncer l’incitation à la violence?

Eh oui ! Légaliser le Mariage Pour Tous en Haïti reviendrait à augmenter nos maux (famine, chômage, misère), selon les protestataires qui ont même évoqué Sodome et Gomorrhe.

À noter que toute cette homophobie a su asseoir le capital politique de l’actuel Sénateur de la République, Jean Rénel Sénatus, qui a participé aux marches en 2013 et qui porté haut la main les sénatoriales dès le premier tour en 2015. Le festival Masimadi, qui devait lancer le débat, n’a pas lieu. Entre-temps, la seule association de défense des droits LGBT de l’île, Kouraj continue d’œuvrer pour les droits de la communauté.

Aux nouvelles de cette semaine, le sénateur Jean Renel Sénatus a boudé une réunion de débat qu’organisait une coalition d’organisation de défense des droits humains dont Kouraj. Le parlementaire a quitté la salle où se tenait la rencontre après avoir remarqué la présence d’un rassemblement d’organisations qui se donnent pour mission de légaliser la vie homosexuelle en Haïti. Le sénateur a donc vidé les lieux : « Les homosexuels n’ont-ils pas des droits ? « Oui. Mais cependant, je sais que ma constitution, l’article 16 de la déclaration universelle des droits humains, le Code Civil dit que c’est une femme et un homme qui peuvent se marier et fonder un foyer ».

Le droit à la différence

Être un élément mâle dans la famille haïtienne représente beaucoup. Je vais vous faire plusieurs aveux. Dans les familles paysannes, si une femme accouche d’un garçon, on lui donnera à manger d’un cabri. Tout ça, pour vous dire, l’importance que revêt le garçon dans l’avenir de la famille.

Un parent haïtien qui a un enfant homosexuel considérera que c’est un « lajan pèdi » (un investissement gâché). Non seulement il risque de ne pas voir la pérennité de la lignée mais aussi l’enfant sera perçu comme un handicap social. Il y a tellement de stéréotypes autour des homosexuels en Haïti. Un homme trop efféminé attirera l’ostracisme. J’ai même découvert un terme dans le jargon homosexuel haïtien pour qualifier les drag queens ou les hommes trop efféminés : « dereyal ».

J’ai entendu toutes sortes de commentaires à l’annonce de Masimadi. Des parents craignaient que leurs fils ne soient corrompus contre de l’argent, qu’ils se fassent draguer par des mecs. Vous ne verrez jamais un couple hétéro haïtien s’embrasser (même pendant une cérémonie de noces, c’est le fou rire). Approuver une telle loi, c’est donner libre champ à la luxure.

En ce qui me concerne, je ne pense pas que les homosexuels haïtiens arrangeraient leurs situations si une telle loi arriverait à passer même dans 25 ans. Car, notre seuil à l’homo-tolérance restera le même. Dans un pays où journalistes engagés, militants politiques se font assassiner sans que justice soit rendue. Je vous garantis que chaque jour le nombre de victimes et de meurtres se feraient enregistrer dans un pays où la pratique du lynchage est de mise.


Port-au-Prince : la ville-fourmilière

Fondée le 13 juin 1749 par les colons français, au Bel-air, Port-au-Prince devait accueillir au départ 200 000 habitants. Aujourd’hui, la ville en compte 3 millions. À la fois capitale politique et économique du pays, la commune la plus peuplée d’Haïti constitue en quelque sorte un eldorado compte tenu de la centralisation. Par conséquent, vivre à Port-au-Prince génère du stress, marcher dans ses rues engendre une certaine frustration.

Port-au-Prince
Crédit photo : lakayanm

Autrefois, c’était d’une grande fierté pour le citadin de se déclarer Port-au-Princien. La capitale était en quelque sorte notre « Ville lumière ». Ce sont surtout le goût pour les choses de l’esprit et l’éclairage à l’électricité dans toute la ville qui lui ont valu cette considération. Un campagnard qui n’a jamais mis les pieds dans la ville ou qui ne connaît pas ses recoins sera considéré comme quelqu’un qui n’est pas « éclairé ». Cependant, le train de vie à Port-au-Prince est tellement intense que l’humble personnage qu’est le paysan se trouvera comme le rat des champs dans la célèbre fable de La Fontaine.

Port-au-Prince, une ville pressée

Port-au-Prince
Crédit photo : Lionel Bernard

Nombreux sont ceux qui rejoignent la ville dès cinq heures du matin : commerçants, écoliers, travailleurs. La Grand’Rue constitue l’artère principale qui mène au cœur des activités quotidiennes de la capitale. Véritable grenier du pays, on y trouve les principaux marchés servant de lieux d’approvisionnement pour toute la zone métropolitaine. Il suffit de s’y rendre pour prendre le pouls de la vie économique. Si vous aimez discuter de meilleurs prix ou tomber sur la bonne occasion, le rendez-vous vous est donné ! Les rues sont souvent bondées de monde. Entre badauds et « brasseurs de la ville », il faut vous frayer un chemin. Partout, les trottoirs sont occupés par un petit commerce de détail : des vêtements ou des livres d’occasion, des produits de première nécessité, une station de motocyclettes.

Si vous ne n’avez bousculé personne en marchant, c’est que vous n’avez jamais investi les rues de Port-au-Prince. Désolé, vous risquez de ne pas recevoir d’excuses. Et ça, tout le monde le sait. «Pòtoprens se yon peyi kouri li ye».

Port-au-Prince, une ville imprévisible

Chacun essaie de créer son propre espace dans la foule pour ne pas risquer de se faire « fouiller » (subir un pickpocket) ou « freezé » (subir un hold-up), car cela peut arriver à n’importe quel moment, sous le regard impuissant des passants. On préfère parfois marcher sur le pavé au risque de se faire heurter par une motocyclette. Entre bruit, agitation et parfois bousculades, je me demande ce qui est le plus oppressant !

Si vous êtes nonchalant, vous risquez de ne pas remporter cette course contre la montre. Quand le temps est à la pluie, c’est le rush à Port-au-Prince. Quand j’étais gamin, on chantait pour qu’il pleuve, se baigner sous la pluie est l’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance. Mais désormais, on prie pour qu’il ne pleuve pas trop, du moins, pour ne pas se retrouver sous la pluie, en pleine rue. Ici, la pluie, c’est le monstre.

Port-au-Prince
Crédit Photo : Valérie Baeriswyl

Aussi, si vous devez vous rendre à l’heure quelque part, prévoyez-le deux heures à l’avance. Mieux vaut arriver une demi-heure plus tôt que d’avoir à courir.

Tout est cause d’embouteillage : un chauffeur qui stationne ou qui tourne mal, une voiture délabrée qui tombe en panne en pleine rue, le service de voirie qui essaie de déblayer ou pire un accident. Autre motif,  une bande de rara ou deux « kokorat » (voyous) qui se battent. Sans parler du fait que les routes sont garnies de nombreux nids de poule.

De la rue Saint-Martin en passant par Sans-Fil, Canapé Vert, Bourdon, Turgeau Pacot, Poste-Marchand, Nazon, Bois-Verna et la « célébrissime » Martissant : toutes ces ramifications de Port-au-Prince sont des lieux réputés pour leur « blocus » (bouchon).

Port-au-Prince a-t-elle raté sa voie?

Après le tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010, on a pensé que Port-au-Prince allait devenir une capitale digne de ce nom.

Port-au-Prince
Crédit Photo : Marcia Cris Goes Pimpao

Sept ans après le tremblement de terre, on voit toujours des bâtiments endommagés en plein centre-ville sous lesquels des commerçantes viennent chaque jour étaler leurs marchandises. Novembre 2016, une ancienne usine de production de boisson gazeuse, désaffectée depuis des années et fortement endommagée par le séisme de janvier 2010 s’est partiellement effondrée faisant huit victimes. Où en sommes-nous dans la campagne de démolition dans la capitale?

Certains se souviennent de la visite d’agents municipaux chez eux après le séisme. Les maisons en bon état étaient marquées au vert, celles qui méritaient une réparation en jaune et celles qui méritaient d’être démolies en rouge. Quel suivi ?

Me Jean-Henry Céant, notaire public, travaillait pour le traitement de dossiers de l’expropriation au bas de la ville, où 200 hectares ont été déclarés d’utilité publique (sous le gouvernement de René Préval après le séisme de janvier 2010). Dans le cadre du projet de construction de la cité administrative, des expropriations étaient réalisées sur la base de déclaration d’utilité pour la construction de la dite cité. Quelques années plus tard, l’ancien candidat à la présidence, Jean Henry Céant, a été la proie d’intox comme étant l’artisan de la campagne « Kraze Kay » (démolitions de maisons). Certains propriétaires ont été indemnisés, d’autres non. Me Céant a eu l’élégance de remettre officiellement « ses honoraires » aux victimes du dossier d’expropriation au centre-ville. Qui osera s’attaquer à tout le travail qu’il reste à faire ?

Peut-on rêver d’une Port-au-Prince propre?

Je n’étais pas censé parler du problème d’assainissement et d’insalubrité de la ville. Mais, comment ne pas en parler? Pour marcher dans quelques rues, je dois parfois me tremper les pieds dans quelques eaux immondes et esquiver des monticules de déchets. Bref, je n’accuse personne sans pour autant déresponsabiliser les autorités. Tout cela donne haut-le-cœur pas exactement à cause des relents. Ce n’est pas facile de garder une ville propre à fond quand on dispose de seulement trois véhicules et d’un camion compressif pour le ramassage des ordures.

Il faut tout de même reconnaître la volonté du maire, Youri Chevry, de changer l’image de la capitale. Des travaux d’assainissement ont été effectués par la Mairie de Port-au-Prince au Boulevard Harry Truman (La Saline). Le projet d’identification des rues de la Capitale a été lancé et exécuté. Un processus de restructuration a été lancé au sein de l’administration communale qui s’était retrouvée en faillite.

Sécurité, revitalisation de la commune de Port-au-Prince et développement économique sont trois des axes fondamentaux de la politique générale du Conseil municipal de Port-au-Prince.

Aujourd’hui marque 268 années d’histoire de la ville de Port-au-Prince. Puisse le premier citoyen de la ville, mandaté jusqu’en 2020, écrire un nouveau chapitre dans la grande histoire de notre chère ville…

Pour ma part, je profite de cette occasion pour présenter mes vœux à la ville. Notamment, je souhaite qu’il y ait une police municipale. D’une part, pour démanteler les « chèf mache » (chefs de gangs) qui rançonnent tous les jours les « ti machann » (petits commerçants). D’autre part, pour aider à reprendre le contrôle de la ville. Les quelques policiers du Portail Saint-Joseph ne peuvent pas s’adonner à ce travail colossal.

Ma ville, mon image

On aura beau se servir de programmes, de spots télévisés, de campagne de sensibilisation et de slogans comme « Bale Lari », « M’ap bale », « Katye Pa’M pwòp ». Tant que le problème n’est pas résolu en amont, se perpétuera ce que j’appelle « le cycle du fatra ». À noter que ces campagnes de sensibilisation ne sont pas tout à fait vaines car certains quartiers reflètent un certain niveau de propreté grâce à la bonne collaboration de leurs résidents.

Des personnalités de la mode participant à la campagne "M'ap bale" de la SMCRS
© Manuell Photography

Tout le monde se plaint de l’état de la ville. Très peu d’entre nous s’engage à la garder propre. Va dire à quelqu’un de ne pas jeter son sachet ou son bidon en plastique dans la rue. Il te répondra : « Ki kote pou m’ lage l? (Où dois-je le jeter?) »

Notre rapport avec les déchets est un peu spécial. Autrefois, les camionnettes étaient équipées d’une poubelle. Sans doute, parce que des passagers mal intentionnés partent avec, fini les boîtes à ordures dans les tap-taps. Quant aux bennes à ordures, elles ont presque disparu dans les rues. Au moins, même si elles se renversaient, la populace pourrait y jeter ses détritus au lieu de les jeter dans les rues après une pluie quelconque.

Peut-être que je suis trop idéaliste mais je fais partie de cette minorité qui croit que le changement est encore possible. Possible dans la mesure où il y aura une volonté politique forte jusqu’à prendre des décisions impopulaires. Il suffit d’éveiller la conscience citoyenne. Parfois, quand je vois déferler les gens, j’ai l’impression de voir des « zombis » tellement qu’ils sont obnubilés dans le confort de la fétidité. Nous qui sommes de la génération consciente. Agissons comme instigateurs de la révolution mentale haïtienne. Non seulement une autre Haïti est possible mais aussi une autre Port-au-Prince est possible…


Amour, quand tu me prends !

« L’amour est un «je-ne-sais-quoi» qui vient de «je-ne-sais-où» et qui finit «je-ne-sais-comment». » 

Madeleine de Scudéry

En ce qui me concerne, c’est la parfaite définition de l’amour. Il a fallu que cette femme qui a vécu au Siècle de la Raison le dise. Franchement, c’est quoi l’amour? Un sentiment, une émotion, un acte. C’est un peu de tout ça ! Bref. Le temps d’un regard échangé, d’une étreinte, d’un mirage. Et hop ! On se dit amoureux. Comme si la vie était un film de Disney Land, pour trouver le grand Amour, il faut que cela dure pour la vie ! Par les temps qui courent, si je considère le dernier point, le grand Amour est difficile à trouver…

Pour vous faire un aveu, ma dernière relation amoureuse remonte à 2014. Après cinq années de relation tourmentée, mais non dépourvue de passion, j’ai fini par jeter l’éponge par épuisement. Entre déchirure et cicatrice, je pourrais dire que c’est mon grand Amour. Bizarre hein ! Le genre de fille qui t’aime pour ce que tu es vraiment, qui est prête à te remonter le moral, qui te dit : « Ben. On va surmonter ça ensemble. »

Amour
© Cromaconceptovisual

Cette fille est mon seul regret. Le genre de meuf qui se fait draguer par une meute en chaleur et qui pourtant n’a rien à cirer. En effet, je suis fier d’avoir conquis une fille aussi sûre d’elle ! C’était la soeur d’un pote. Elle feignait ne pas s’intéresser à moi et tout en se montrant gentille à mon égard. Quand je perdais espoir et voulais passer à autre chose, elle s’est décidée.

Une relation vivable mais pas facile. Moi autoritaire, indépendant et insouciant, elle insoumise, jalouse et possessive. Nos personnalités se choquaient. Nous nous sommes amusés à nous faire mal mutuellement, mais nos réconciliations et nos pardons étaient particulièrement intenses et émouvants. Les gens dans notre entourage s’étaient habitués à nous. Pour notre rupture définitive, ils ont cru en une possible réconciliation. Et ça, il a fallu que je m’éloigne d’elle pour éviter l’effet boomerang de notre relation. Trève de plaisanterie, on s’est rencontrés deux ans après à un mariage d’un ami commun, on a dansé sous le regard choqué de plus d’un. À nos jeux sadiques, on est les amoureux maudits. Comme on dit dans mon pays,«moun damou pa kite» . (Les vrais amoureux ne se quittent pas)

Et si le grand Amour était notre plus grande histoire d’amour? L’aventure qu’on ne saurait oublier même au fil du temps dans les bras d’un autre. L’idylle qui nous reste sous la peau. Peut-être le premier amour ! Celui qui vous a tout appris ou celle qui vous a tout donné. Quoiqu’il en soit, il n’appartient pas à tout le monde de trouver le grand Amour au cours d’une vie. À moins d’avoir accompli son karma (pour ceux qui y croient) ! Par exemple, je pense aux enfants qu’on marie au Bénin !

Amour rime-t-il avec sexe?

Peut-être que vous aussi qui me lisez, vous avez fait de grands yeux en disant : «Ça alors? Il faut quand même passer à autre chose ! Depuis tout ce temps, il ne s’est pas vidé les balloches » Rires. Malheureusement, vous n’aurez pas les réponses dans le billet.

Indirectement, je supporte ce que genre de réflexion de mes proches. Quand j’appelle ma mère pour prendre de ses nouvelles, elle me demande toujours si j’ai eu une nouvelle copine. Lorsque je lui réponds que non. Elle me réplique : « Fi sa a te pran bann ou ». (Cette fille – celle en question – a pris ta puissance érectile). Maman croit que je fais le cachottier. Mais, on ne va pas expliquer à sa mère le concept de « sexfriend » quand même. Rires.

Effectivement, j’y ai songé. Ce n’est pas comme si je faisais mon « veuvage ». J’ai tenté quelques rencontres. Sauf que jusqu’à présent, ça n’a pas marché. Soit qu’elles n’ont pas vraiment le profil, soit que je mets la barre trop haut. Quand tu es à la fois esthète et sapiosexuel, c’est un peu difficile de trouver la perle rare.

Parfois, j’ai l’impression que mes amis me prennent en pitié. Ils me reprochent de ne pas sortir assez. Quand je rencontre des anciennes connaissances, la première question qu’elles me posent : «Ou gen mennaj kounya? » (Tu as maintenant une copine?). Dans leurs têtes échevelées, elles se demandent comment je fais pour gérer toute cette surproduction de testostérones.

À l’évidence, ce que les gens ne comprennent pas c’est qu’on peut partager son corps mais pas son coeur. Pour moi, l’amour est un lien spirituel qui unit deux personnes.

Amour, aime-moi !

Oh combien j’aime cette expression idiomatique dans la langue française « âme soeur ». Trouver quelqu’un avec qui partager ses pensées, ses espérances, ses craintes, ses projets, ses habitudes et même ses talents et capacités, ce n’est pas juste un rapport d’humeurs.

Ceux de ma génération sont éperdument désespérés dans leur quête d’amour. Les applications de rencontres pullulent sur le Net. Hansel et Gretel sont au chômage car les cartomanciens et tarologues ont envahi la toile.

Bien sûr que je cherche l’amour. Mais, j’ai tout de même le bonheur dans la peau. Pour citer Rémy de Gourmont, «l’homme commence par aimer l’amour et finit par aimer la femme, la femme commence par aimer un homme et finit par aimer l’amour. » Alors, Amour, aime-moi !


Real Madrid : La DuoDecima, ça se gagne !

Fondé en 1902, le Real Madrid est le club le plus prestigieux du monde. Avec trente-trois titres de champion national et vingt titres de championnat européen, le Real Madrid n’en finit pas avec ses records. Gagnée deux fois de suite par la même équipe, cette finale de Ligue des Champions du samedi 3 juin 2017 a été exceptionnelle…

En plus des 74.000 personnes présentes au Principality Stadium de Cardiff, nous étions plus de 200 millions de personnes à avoir suivi à distance ce match tant attendu. Radio en main, assis devant un téléviseur, il ne fallait pas manquer cet événement planétaire pour rien au monde. Ne me demandez pas pourquoi je suis « Madridista ». Si le soccer est un sport « universel » , les joueurs du Real Madrid sont tout simplement des « suprahumains ». La qualité des passes, le sprint, cette habileté à recevoir des ballons à n’importe quelle distance, enfin woaw.

Real Madrid
CC : William Brawley

Je devais assister à un séminaire de formation dans le cadre de mon travail depuis plusieurs samedis. Et le samedi 3 juin, c’était la dernière séance. Donc, il ne fallait pas que je la rate. Tout comme il ne fallait pas que je rate cette finale. Le match était prévu à 14h 45 (heure locale).

Le match avait déjà commencé quand j’ai appelé pour savoir s’il y avait de l’électricité en rentrant. Quand il y a une grande affiche sportive, c’est toujours le black-out généralisé. Il faut que des chroniqueurs sportifs interpellent l’EDH (Électricité D’Haïti) depuis leurs micros. Bizarrement, il arrive, une fois le match terminé, que l’on relance l’électricité. Enfin bref, je n’aime pas écouter les matchs à la radio. Il fallait que je regarde celui-là sur un Inverter. Le match était 1 à 1 quand j’ai commencé à le regarder à quelques dizaines de minutes de la fin de la première mi-temps.

Deux buts en trois minutes

Pour ce match, personne ne va pas accuser l’arbitrage. À part le fait que l’arbitre central s’est fait piégé sur le clash entre Ramos et Cuadrado. Néanmoins, ce fut un match très ouvert. La volonté de vaincre des deux côtés a occasionné certaines interventions très viriles, des tacles rageurs. J’ai vu un Isco à 200% (et ce, depuis un certain temps) qui a offert du beau spectacle. Un Dani Alves, plus que déterminé, qui était sur le qui-vive. Ça, tout le monde peut le comprendre. On est « blaugrana » ou madrilène pour la vie !

Quel coup de patte de Casemiro aux 30 mètres, sur une frappe déviée par Khedira, trompant le légendaire Gianluigi Buffon ! En moins de deux, Cristiano Ronaldo allait doubler la mise grâce à un débordement de Lukita faisant de lui le meilleur buteur de la Ligue des Champions pour la 5ème saison consécutive (12 réalisations).

Zidane a réalisé un coaching payant. Remplacé par Asensio, Isco a laissé le terrain sous les ovations bien méritées du public madrilène. On menait déjà par 3 buts à 1 quand le talentueux Asensio foulait la pelouse. Il aurait fallu de quelques minutes pour que Marco frappe d’un coup de massue les Bianconeri, au comble du désespoir.

  • Résumé de la finale de la Champions League 2017 en vidéo :

Zidane parmi les grands entraîneurs du Real Madrid

Depuis son arrivée en équipe d’élite, le 4 janvier 2016, Zidane ne cesse de multiplier les records : 40 matches officiels sans défaite, une Coupe d’Europe, une Super coupe d’Europe et un Mondial des Clubs. Même si les grands joueurs ne font pas toujours de grands entraîneurs, j’ai toujours cru qu’il en serait ainsi tout bonnement parce qu’il est une légende vivante du football.

Nouveau Record ! Zidane est le premier entraîneur à conserver son titre en C1 vingt-sept ans après Arigo Sacchi du Milan AC (1989-1990).

Soit dit en passant que Zidane remporte au passage la Ligue des Champions en même temps que la Liga. Il faut aussi noter qu’à ce jour Zinédine Zidane devient le quatrième entraîneur le plus titré de l’histoire du Real Madrid derrière Vicente Del Bosque, Luis Molowny, Miguel Muñoz.

Il a été très respectueux vis-à-vis de « l’adversaire ». Ben. La Juve, c’est aussi une partie de lui.

Cristiano Ronaldo, ballon d’or?

Florentino Pérez : « Nous avons écrit l’histoire. Personne ne mérite plus le Ballon d’Or cette année que Cristiano Ronaldo. »

En ce qui me concerne, il le mérite. Il a mené à lui tout seul le Real Madrid jusqu’à la DuoDecima depuis les 1/4 de finale face au Bayern. Il a marqué 5 buts contre le Bayern, 3 en demi-finale contre l’Atlético et un doublé en finale. Sans parler du fait que le Real Madrid a remporté son 33ème Liga cette année. Tout compte fait, il n’est que d’attendre.

 


Ayiiti : Une Haïtienne dans l’âme

Ayiiti ! À première vue, elle est de loin l’allégorie d’Haïti. En particulier, Haïti est souvent représentée par une femme noire en détresse, déchirée dans ses entrailles par les souffrances de ses fils. Pourtant, elle porte le nom de la mère-patrie comme vrai prénom, Ayiti.

Ayiiti
Instagram : Ayiiti

J’ai découvert cette artiste à la crinière frisée et à la peau blanche grâce à sa chanson vidéoclipée « Voodoo You Do ». J’ai trouvé le titre intéressant. Puisque la chanson est en partie en anglais, je m’étais dit : « En voilà une qui s’intéresse à la culture de chez nous». En l’entendant dire : « Ou mache nan san m » (je t’ai dans la peau, tu m’envoûtes), je me suis dit : « Ben. Elle parle ma langue». Vous savez ! Dès qu’on dit : « vaudou » chez nous, on a souvent tendance à associer cela au « diable » (au maléfisme). Vu cette culture judéo-chrétienne qui nous est imprégnée, « Voodoo You Do » est un peu étiquettée jusque-là. Il a fallu la sortie de « Zeptima » et sa participation dans le projet musical « Drapo m’ Nan » (Mon drapeau) pour susciter mon grand intérêt pour cette artiste.

Ayiiti, Haïtienne ou pas?

Il y a de cela quelques mois, s’est soulevée une polémique autour de Raquel Pélissier, la première dauphine Miss Universe 2016. Aux yeux de certains, elle ne représentait pas vraiment la femme haïtienne.

En ce qui me concerne, j’ai essayé d’attribuer une cause plausible à toute cette polémique. Était-ce de l’ethnocentrisme ou les idéaux afro-féministes mal conçus?

Du coup, je me suis rappelé, contrairement à certains, qu’être un Haïtien authentique ne signifie pas forcément avoir la peau foncée. Me diriez-vous que les habitants de Casale (Cabaret, Ouest, Haïti) ne sont pas Haïtiens parce qu’ils sont en grande partie descendants de Polonais? Ou encore, ceux de Fonds-des-Blancs n’ont-ils pas le droit du sol? Dans notre réalité sociale, tout homme à la peau claire et même basanée ou albinos, recevra le sobriquet de « blan » (Blanc). En revanche, on peut être Haïtien d’origine et ne pas se considérer comme tel. Bref, tout est une question d’haïtianité.

Effectivement, en plus d’être animée par ce sentiment fort, Ayiiti, de son vrai nom, Ayiti Coles est Haïtienne. Née d’un père franco-haïtien et d’une mère chilienne, elle est 100% Française, 100% Haïtienne, 100% Chilienne. Cependant, où qu’elle aille, elle fera flotter le drapeau haïtien et se dit fière d’être Haïtienne. « Drapo m’ se tankou cheve mwen, mèt ba l’ koulè mwen vle vrè koulè l’ pap chanje. Ble e wouj la se fyète mwen. Mèt fè sa’w vle l’ap rete kole anba po mwen » 💙.

Ayiiti soulevant fièrement le drapeau haïtien
© Instagram : Ayiiti

De surcroît, on dirait qu’elle veut garder en vie une frange de la culture haïtienne qui tend à disparaître. Les textes de ses chansons en témoignent de ce constat.

Zeptima

Nos jeux d’enfant comme le cache-cache, le saut à la corde et la marelle sont de moins en moins pratiqués par les enfants de cette génération. On a une jeunesse « digitalisée », jamais sans ses écouteurs, à l’affût de musique d’ambiance. Et ça, on dirait que Ayiiti l’a bien compris, celle qui est née à Paris et a grandi à Haïti. Elle a réuni quelques bribes de nos chants traditionnels d’enfance sur un fond d’afro-beat pour nous livrer « Zeptima ».

  • Voici la vidéo complète (paroles et musique) de la chanson :

L’artiste compte déjà deux albums à son actif, « Shizo » (2012) et « No Heartbreak » (2014). Elle prévoit un extended play (EP). Néanmoins, son rêve est de devenir une star internationale. Notamment, elle a tout pour atteindre son but. Elle chante en anglais, la langue la plus courante de l’industrie musicale. Aussi, elle explore le pop-rock, l’electro et l’alternative.


Hypocrisie : un visage et un nom

« On ne fonde rien de valable sur l’hypocrisie et le mensonge ». 

(Paulette Poujol-Oriol).

A priori, nous sommes tous hypocrites à un moment donné et pour une quelconque raison. À vrai dire, l’hypocrisie est plus qu’un défaut mais une réalité humaine qui a existé dans toutes les sociétés et les époques. Sans conteste, l’hypocrisie sociale affecte les relations humaines.

Entre conventions et malaise

Nous sommes tous confrontés au jeu de rôles, et ça il faut le faire. Être notamment un bon voisin, un employeur apprécié, un employé respectueux, un élève poli, tout dépend de la scène.

Sincèrement, qui n’a jamais envie de passer sa route un bon matin sans se soucier du monde autour? Stop ! La politesse exige en revanche que l’on salue et que l’on dise au revoir. Se serrer la main ou passer le bonjour. Peu importe, du moment que c’est fait. Et si vous êtes Français, il faut faire la bise. Et puisqu’entre filles, il faut impérativement s’embrasser, j’aimerais pouvoir rentrer dans la tête d’une dame qui doit embrasser plus de cinq joues.

« Comment vas-tu? », cette question qu’on peut vous poser à longueur de journée ou plusieurs fois pendant une conversation téléphonique. Ça fait plaisir que les gens semblent se soucier de notre bien-être personnel. Je ne sais pas si c’est moi qui suis simplement impassible ou s’il vous arrive de trouver cette question un peu horripilante. Et de répondre que ça va avec une sourire pour ne pas avoir à donner trop d’explications. Ainsi, notre hypocrisie sociale consiste à s’abstenir de répondre sincèrement à la question.

hypocrisie
© Pixabay

L’hypocrisie, l’art d’être aliéné?

Si vous me demandez quels sont les gens que j’ai en aversion, je vous répondrai : les beaux-parleurs, les hypocrites et les menteurs. En ce qui me concerne, je suis quelqu’un de direct, d’impulsif, de fougueux. Même là, je me retrouve être un tantinet hypocrite. Comment dire à cette personne qui s’adresse à nous qu’il pue des aisselles ou que son haleine empeste l’air? Je ne saurais le lui dire. Ou encore, comment dire à une petite amie trop « collante » de nous lâcher un peu les baskets? Oups ! Elle risque de m’accuser d’avoir quelqu’un d’autre. Vais-je finir par craquer sous le poids de cet « amour »? Qui sait ! Comment dire à sa mère qu’on a le ras-le-bol de ses critiques incessantes sur nos actes manqués? Non ! On l’aime trop pour le lui dire !

hypocrisie
© Pixabay

On dit qu’un ami, c’est quelqu’un qui peut écouter la même histoire une deuxième fois comme si c’était la première. On dit aussi qu’un ami c’est quelqu’un qui sait vous protéger des illusions pour faire face à la réalité sans vous détruire. Sur ce point, il faut vraiment être aimable ou ami avec quelqu’un pour le faire. Parfois, certaines personnes se croient en présence d’une oreille attentive et se mettent à raconter leurs problèmes. Sans le savoir, cette « oreille attentive » en a assez de vous. Qui oserait dire à quelqu’un que sa tenue ne lui va pas ou que cette personne dont il est épris n’est pas fait pour lui?

Mon lieu de travail, un cercle vicieux !

« L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. » Molière, Dom Juan (1665)

Si être hypocrite c’est jouer un personnage autre que le nôtre, je suis tous les jours spectateur de scènes les plus pitoyables que les autres.

Un tel se fait saluer avec le plus large sourire tandisqu’à l’instant on parlait sur son dos. Et pourquoi donc? Un tel est un retardataire chronique.

En réalité, tout le monde cherche à se valoriser moralement, à gérer son image sociale. Tout compte fait, il faut se montrer loyal, honnête et amical.

Voyez la tête du patron qui est obligé de dire un bonjour mécanique à son petit personnel puisque celui-ci est déjà sur place.

Voyez la tête des employés tenus d’appeller « Monsieur » ou « Madame » un (e) supérieur (e) hiérarchique alors qu’au fond on se moque bien de sa gueule.

En définitive, l’hypocrisie sociale a gagné une grande partie de la société. À cet égard, on dirait qu’elle est inhérente à l’homme. Peut-on bannir une partie de soi? Impossible ! Cependant, si on devait dire réellement et pleinement le fond de sa pensée, notre monde aurait plus de conflits. C’est ma façon d’admettre que l’hypocrisie sociale favorise effectivement une certaine paix sociale.


Rabòday, un style musical consternant?

Rabòday (prononcée «ra-bo-da-ye»), un genre musical qui devient partie intégrante de la playlist de musique d’ambiance en soirée. Vous ne passerez pas une journée à Port-au-Prince et dans ses environs sans que vos oreilles ne soient titillés par les rythmes du rabòday. Pourtant, ce style musical est considéré comme un danger pour la société haïtienne…

Le rabòday est un style musical né à quelques lustres des années 2000. C’est un mélange de rara et d’autres rythmes traditionnels d’Haïti avec le house music.

Tony Mix et Vag Lavi, deux noms très connus par les amateurs de rabòday. Tony Mix est d’ailleurs le premier DJ spécialisé dans ce style musical de sorte qu’il devient une référence dans le domaine. Cette tendance musicale, considérée comme un afro local, possède ses propres beats et ses rythmes spécifiques.

Les refrains, les slogans, les chansons de Tony Mix, de Vag Lavi, de NG Mix, sont presque sur toutes les lèvres. Très plébiscité, ce style musical séduit les couches populaires. Un son qui résonne dans les hauts-parleurs des tap-tap, des motocyclettes et à l’occasion des journées récréatives.

Pour danser le rabòday, il suffit de sentir la musique et de twerker. Le rabòday suscite les déchaînements des moralistes qui qualifient les amateurs de ce rythme nouveau de génération pourrie. Mais encore, entre ces deux générations, il y a ceux qui ne sont pas de la vieille école mais qui s’estiment trop formés pour se laisser entraîner dans cette « dépravation« .

  • Vidéoclip (musique et paroles) de Tony Mix pour avoir une idée du style musical

Je vous invite sans plus tarder à voir la vidéo complète de son clip :

Le rabòday et ses sujets qui fâchent

Les artistes rabòday font le choix conscient d’écrire des chansons qui abordent des sujets tabous. La femme est sujet d’actualité dans la plupart des textes. Il y a ceux qui trouvent les paroles de ces chansons carrément dénuées de sens, d’autres les trouvent trop crus.

Qu’en est-il exactement? Les avis sont partagés sur la question et c’est compréhensible. Les féministes et pro-féministes se sentent indignés par l’image de la femme dépeinte à travers ces chansons dans lesquelles les femmes haïtiennes sont dévalorisées, abaissées et peu appréciées, selon leurs nobles avis. Au fond, toutes les femmes ne sont pas visées. D’abord, celles qui pratiquent le commérage et l’infidélité. Ensuite, celles qui se blanchissent la peau. Enfin, celles qui favorisent la beauté physique au détriment de la connaissance intellectuelle. Pour toutes ces raisons, le rabòday est considéré comme un danger pour la société haïtienne.

Cerise sur le gâteau, Tony Mix a été nommé ambassadeur culturel de Carrefour en juillet dernier par le nouveau maire fraîchement installé. Il ne manquait que ça. Les « intellectuels » du pays sont montés au créneau pour élever la voix contre un prix décerné pour encourager l’obscénité et la « médiocrité ». Ils ont déposé environ 1500 signatures sur petitions24.net ! On s’accrochait à son dictionnaire pour mieux comprendre la définition du mot « culture ».

On dit souvent que la musique c’est l’identité culturelle d’une société. Tellement de questionnements ont agité les esprits sur le fonctionnement de la société, le rôle important des parents dans l’éducation familiale. Tout le monde cherche à qui la faute.

Si l’on se réfère au quotidien haïtien et à notre culture du tabou, on peut comprendre la construction de la réalité sociale dénoncée et toute la polémique suscitée par cette nomi.


Haïti : la Fête du Drapeau vue autrement

Haïti, la Première République noire du monde, la Perle des Antilles. Haïti, le pays le plus pauvre de l’Amérique. Ce 18 Mai a marqué la 214ème année du bicolore national. Pourtant, je suis resté de marbre. Dans ma caboche, j’introspècte ce qu’être Haïtien veut dire pour certains de mes compatriotes. Tout rêveur, je me demande s’il sera un jour possible de redorer notre blason.

Auriez-vous envie de visiter Haïti un jour? Si vous passez chez nous, vous rencontrerez un peuple généreux, jovial, xénophile, croyant jusqu’à être naïf. Un peuple fier malgré ses déboires et ses malheurs.

Le déficit d’image positive que connaît le pays à l’étranger pousse certains binationaux à s’approprier la nationalité de leur terre d’accueil. Du reste, les Haïtiens de condition modeste vivant au pays s’enquérissent sur la manière d’obtenir une nationalité étrangère. Être Haïtien ne fait pas de nous un citoyen du monde, mais une paria.

On ne choisit pas son sexe, sa couleur de peau et sa nationalité. Tout ceci constitue le profil sociologique de l’individu. Si c’était le cas, très peu de gens auraient choisi d’être Haïtien, à mon avis. Si seulement on réfléchissait vraiment sur les paroles de la Dessalinienne (hymne national), on aurait compris qu’on a piétiné les valeurs nationales…

Haïti, une nation libre?

Le 18 Mai 1803, les nègres de Saint-Domingue ont symbolisé leur révolte en arrachant le blanc du tricolore français. Catherine Flon cousit les deux bandes bleue et rouge à l’horizontale. Symbole d’un désir de renversement qui sera rendu effectif avec la bataille de Vertières.
Haïti
© Photo crédit : Pixabay

Du sol soyons seuls maîtres

Marchons unis, marchons unis

En fait, il n’a jamais été question d’autonomie réelle. À propos du sol, nous n’en avons jamais été son seul maître. Suivant la doctrine de Monroe, nous sommes condamnés à subir l’ingérence américaine. D’ailleurs, l’occupation américaine (1915-1934) en témoigne. Ainsi, même après cet affront, ils continuent de nous dicter quoi faire. Comme on dit, qui finance commande. Pas seulement eux-même, mais toute la dite communauté internationale (ONU) auprès de laquelle nous quémandons.

Haïti
© Pixabay

Après plus d’une décennie sur la terre de Dessalines, on a annoncé le départ de la MINUSTAH. Comme partout ailleurs, mission accomplie. Ils ont violé et filmé nos fils, mis en cloque nos sœurs et se sont faits un peu de fric. Enfin bref, la MINUSTAH sera remplacée par la MINUJUSTH. Cette nouvelle force non-militaire dénommée Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti sera composée de sept unités de police.

La prochaine fois qu’on aura besoin d’arrêter un sénateur élu pour trafic de stupéfiants on n’aura pas besoin de l’extrader. Fini les palabres et les discours pseudo-nationalistes.

Haïti, un peuple uni?

Marchons unis, marchons unis

Pour le Pays, pour les Ancêtres

Marchons, marchons, marchons unis

Pour le Pays, pour les Ancêtres

Voilà quelques paroles de l’hymne national. Cette unité était le ciment de cette révolution tant glorieuse que nous continuerons de payer le prix.

Vous comprendrez bien cela. Une bande d’esclaves issus de tribus différentes, n’ayant pas de langue commune, se sont forgés un système linguistique (le créole). Arrivés sur la colonie, on essayait tout de même de les diviser en les catégorisant. Esclaves à talent, esclaves des champs, esclaves domestiques : esclaves quand même. En plus de ça, il y avait les Mulâtres, ces bâtards qui s’étaient considérés supérieurs aux Noirs. L’union des Noirs et des Mulâtres a permis au pays de se débarrasser du joug commun. Quoique ne défendant pas les mêmes intérêts, le mal a été écarté. Finalement, le Fondateur de la Nation, Dessalines, sera assassiné pour des titres de propriétés fonciers. Aujourd’hui encore, règne la théorie de la méfiance, de la peur.

« Nèg an wo pa vle wè nèg anba, moun nan Nò pa vle wè moun nan Sid« .
(Les gens de la bourgeoise se méfient de ceux de la masse populaire, les gens du Nord détestent ceux du Sud)

Le vaudou qui a été à l’origine de la cérémonie du Bois-Caïman, cérémonie qui a décatégorisé les esclaves et montré aux « biens meubles » qu’ils pouvaient se libérer de l’oppresseur.

Aujourd’hui, le vaudouisant est l’homme à abattre, à ostraciser. Sa religion est responsable de tous nos maux, dit-on.

Le peuple a de la méfiance à en revendre. Ce « mercantilisme religieux » établi en Haïti qui nous prêche que la vieille dame du voisinage est le « loup-garou » qui « mange » nos enfants. Le voisin ne veut pas que nous obtenions un visa, un travail, que nous nous marions et ayons des enfants.

Fier ou pas d’être Haïtien?

Je me suis toujours demandé ce que la France aurait fait d’Haïti en 1848 si l’indépendance d’Haïti n’avait pas eu lieu? L’abolition de l’esclavage aurait-elle lieu si tôt? Aurait-il fallu attendre le 20ème siècle comme c’est le cas en Afrique francophone ?

Bien sûr que j’ai honte ! Honte de ces politiques démagogues qui nous dirigent, de ces parlementire qui ne peuvent même pas lire des chiffres romains. Honte de marcher dans les rues sales de la capitale. Évidemment, j’ai honte de ce que je vis dans mon pays.

Quoiqu’il en soit, je suis fier d’être celui que je suis, d’être Haïtien. Je suis fier qu’un roi comme Henri Christophe ait gouverné le pays. Fier quand je vois Raquel Pelissier, Wyclef Jean, Jason Derulo, Duckens Nazon, Carl Jaro, Ralph Leroy, Stella Jean. Toutes ces personnalités publiques qui font flotter le drapeau haïtien à travers le monde comme pour dire que nous sommes un peuple.

 Trop fier de ces paysans qu’on appelle « nègre morne » (rustre) qui bêchent joyeux. Incultes pour la plupart, ils sont aussi courtois qu’un petit garçon instruit. Ainsi, ils nous rappellent que nous sommes condamnés à vivre ensemble. Une tasse de café échangée, un plat chaud partagé ! Voilà ce dont je suis fier ! « L’union ferait la force ».


Créole haïtien : apprenez à nommer les parties intimes

Le créole est une langue marquée du sceau du tabou sociolinguistique, fortement minorée au plan du prestige social. L’intérêt de ce billet portera sur la subtilité sémantique dans les désignations linguistiques des parties génitales en créole haïtien.

La langue est un reflet de notre société. À cet égard, il existe des tabous dans toutes les sociétés. Les sujets liés à la sexualité sont particulièrement prisonniers de tabou en Haïti.

Dessin d'une femme se trouvant derrière les barreaux
Photo crédit © : Pixabay

Parler des parties intimes a toujours été un sujet tabou en Haïti. Imagine un parent haïtien, se retrouvant face à l’inévitable question « Kòman sa rele? » (comment s’appelle cela?) en désignant les parties génitales. Certains parents vont donner des noms de substitution français (pénis, vagin) pour éviter une transgression de tabou. En revanche, d’autres parents utiliseront un langage enfantin comme référence pseudo-humoristique pour désigner la chose, comme pour ne pas être déplacés.

Entre l’euphémisme de bienséance et le linguistiquement correct, je me suis d’ailleurs demandé quel vocabulaire utiliser en public ou à l’écrit. Je me permets ici d’analyser les quelques termes en créole haïtien qui désignent les parties intimes, sans aucune intention de briser un tabou.

À première vue, les mots qui existent pour désigner les parties intimes en créole semblent être entachés de trivialité. Mais je perçois une ingéniosité dans ces créations lexicales, faites par analogie « sémantique ».

Devan. En général, le mot « devan » sert à désigner les parties génitales (homme et femme). En fait, c’est le terme générique en opposition avec « dèyè » (derrière) pour évoquer les fesses. Si un Haïtien vous dit : « Ou gen yon bèl devan »Prenez-le comme un compliment car cela se traduit par «avoir un beau sexe».

L’appareil génital masculin

Objets représentant le pénis
® Wikimedia Commons

Grenn. ɡʁɛ̃n C’est le terme générique pour parler du pénis en créole haïtien (CH). On dit «tèt grenn» pour le gland, «boul grenn» pour les testicules et «sak grenn» pour nommer le scrotum.

Bwa. Le mot « bwa » (bois) est un terme qui s’inscrit dans le registre vulgaire. C’est l’équivalent de « bite » en français. Ce terme est souvent associé à des adjectifs comme «bèl, gwo, bon» (belle, grosse, bonne).

Kòk. Prenons un exemple : une partie de plaisir est souvent comparée à un combat de coqs où chaque tour de reins est un coup d’éperons (ergot). Vous comprendrez bien qu’il faut avoir un «kòk» (pénis) de qualité !

L’appareil génital féminin

Schéma de l'appareil génital féminin
® Wikimedia Commons

Koko. Connaissez-vous la noix de coco, ce fruit à coque ? Sa coque est très dure, brune, couverte de fibres. Son amande est blanche, légèrement sucrée, consistante et parfumée. N’est-ce pas un joli mot pour désigner le sexe de la femme ? Avez-vous remarqué les similitudes entre le fruit et l’organe sexuel féminin ?

Krèk. 🙊 Vous pouvez identifier une crête ? Cette excroissance charnue que les coqs et quelques autres gallinacés ont sur leur tête. Voilà le mot qui désigne le clitoris en créole haïtien. Considéré comme un mot grossier, je ne connais pas d’autres mots plus spécifiques pour désigner cette chair située au sommet des petites lèvres (à l’entrée de la vulve). Cet organe est frappé de tabou, même dans les langues qui ont un mot « propre » pour le nommer. Selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin 2016 par le Haut Conseil à l’égalité (HCE), un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris, et 83 % des collégiennes de 4e et de 3e ignorent sa fonction. L’anatomie complète du clitoris sera illustrée pour la première fois dans un manuel de sciences de la vie et de la terre.

Chat. À prononcer ʃat . Expression vulgaire pour désigner le sexe de la femme. L’organe sexuel féminin est ainsi nommé en raison de son élasticité ou encore des poils pubiens. Pour évoquer le cunnilingus, vous entendrez des expressions comme « twalèt chat» ou «back chat».

Quels seraient les bons termes en créole?

Habituellement, c’est entre 2 et 3 ans que les premières interrogations de l’enfant sont formulées sur ses organes génitaux. Il faut leur répondre, et, surtout, leur répondre en utilisant les termes exacts. En effet, il n’y a pas de mal à dire « krèk, grenn, koko ». En ce qui me concerne, je trouve que ces mots ne sont en aucun cas « moins pire à dire » !

Tous ces termes curieux qu’on entend souvent ((comme bouboune, chouchoune, pipiche, guiguite, pigeon, etc.) ne servent qu’à encourager le malaise ou à rester bloqué sur des stéréotypes et des préjugés.

« Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde« , disait Georges Mounin. En effet, la langue est l’instrument qui nomme et qui fait donc exister. Les nombreux exemples d’appellations diverses des parties intimes montrent comme le créole haïtien puise soit dans des langues existantes comme le français (et plus récemment l’anglais), ou bien invente des termes en créant ses propres vocables.


L’inceste : un fait de plus en plus récurrent

L’inceste est l’un des sujets tabous dans la famille auquel j’ai décidé de jetter un regard objectif. Condamnée par la morale, taxée de déviance par la sociologie, l’inceste est une perversion qui musèle pratiquants, parents et victimes. Pourtant, c’est devenu un fait indéniablement récurrent dans la famille du jour au lendemain. Est-ce normal de se sentir attiré par des proches parents? Jusqu’où c’est condamnable?


Les membres d'une famille sont affectivement liés comme les doigts de la main.
© Pixabay

L’affection qui unit un géniteur à sa progéniture est quelque chose d’inné et ceci même chez les animaux. Il est donc plus que normal d’éprouver de l’affection et même de l’amour pour ceux qui ont le même sang que nous.

Me vint à l’esprit la maxime d’Aristote sur la nature de l’homme : « L’homme est un animal social » . Si ce n’étaient les agents de socialisation qui établissaient des normes, l’homme serait simplement un animal dans ses pratiques. À noter que certains animaux savent s’organiser en société… Le problème n’est donc pas là.

L’inceste, un instinct naturel ?

Il faut dire que, à un certain stade du développement de l’enfant, son attirance « naturelle » peut se porter vers un parent.

Selon Freud, le complexe d’Œdipe fixe la libido au parent de sexe opposé et déclenche une hostilité marquée envers le parent du même sexe, considéré comme un rival. Freud situe cependant le complexe d’Œdipe entre 2 et 5 ans.

Le garçon qui s’identifie au père (de qui il est jaloux des privilèges de celui-ci qui lui sont refusés) intensifie son amour pour sa mère.

Chez la fille, l’évolution vers le père, plus complexe, est préparée par les déceptions de la relation avec la mère, principalement l’absence de pénis : l’envie du pénis est remplacée par le désir d’avoir un enfant du père.

Le complexe d’Œdipe n’est pas nécessairement pathologique, il constitue une étape normale dans la croissance de l’enfant au contact du sexe opposé.

L’effet Westermarck

L’ effet Westermarck est un mécanisme naturel d’évitement de l’inceste décrit par Edvard Westermarck, (1862-1939) dans plusieurs de ses œuvres, et en particulier dans Histoire du mariage.

Selon cette théorie, frères et sœurs grandissant à proximité développent une forme d’aversion sexuelle réciproque au moment de la puberté.

En revanche, les frères et sœurs qui sont élevés en dehors développent parfois une attirance sexuelle pour l’autre quand ils se rencontrent plus tard dans la vie, le développement de ce qui est connu comme l’attraction sexuelle génétique.

Cette tendance  pourrait être remarquée chez dans les familles reconstruites parmi les proches par alliance.

Entre fantasme sexuel et l’acte lui-même

Freud ne cesse de l’évoquer : nous désirerions tous secrètement coucher avec nos parents. Plusieurs théories vont à l’encontre de cette vieille rengaine.

L’inceste est assez visible en tant que fantasme comme en témoignent les contenus incestueux dans les films de X. Allant des « fantasmes » mère/fille, beau-père/belle-fille aux ébats entre frères et soeurs par alliance, on en a plein la vue. Tout ce qu’il y a plus cru pour éveiller l’animalité en l’homme.

Selon Debra Lieberman, le cerveau diminue son seuil de tolérance aux trucs dégueulasses à chaque nouveau rapport sexuel. Lorsqu’on couche avec quelqu’un, cet échange est inévitable, « et le dégoût diminue peu à peu ».

Un autre cas de figure est l’inceste consentant. Si certains couples incestueux vivent cachés, il y a quelques années s’est ouvert le débat sur la dépénalisation de l’inceste.

Inceste et pédocriminalité

Souvent, des rumeurs, des affaires de presse font appel à l’émotion du public. Des enfants souvent en bas âge subissent en silence les assauts d’un père, d’un beau-père ou d’un grand-père.

La pédocrimininalité est devenue un fléau qui se répand sur toute la planète. La victime est contrainte de garder le silence tout en étant soumis au vice de son prédateur. Quand le silence est brisé, la victime craint encore son prédateur, même devant la justice.

Quoique l’inceste soit un tabou universel, il n’est nullement interdit par tous les systèmes de droit. Quand il est commis sans consentement, il s’agit d’un viol qu’il faut alors prouver.

En somme, nous avons compris que l’inceste serait un acte prohibé partout et de tout temps. Cependant, l’interdit de l’inceste contribue à la structuration de la société. Comme nous l’avons vu, le champ de l’inceste ne s’étend pas uniquement aux seuls consanguins.


Entrevue avec Carl Jaro, un réalisateur engagé

Carl Jaro, réalisateur du film LGBT « Les Amants de Couleur » pour évoquer avec nous la sortie du film, l’annulation du festival Massimadi  et nous faire part de ses projets en toute exclusivité.

Affiche du film
© Photo crédit : Page Facebook du film

La Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie, et la biphobie, c’est en particulier le 17 Mai. En effet, le thème retenu cette année « Peu importe le genre ». Essentiellement, une campagne vise à sensibiliser le grand public. Pour l’occasion, je me suis entretenu avec Carl Jaro, auteur d’un film LGBT à succès.

Bonjour Carl Jaro, vous êtes notamment le 2ème mannequin le plus influent du monde de 2016 à l’issue du concours de TROPICS MAGAZINE. Qui plus est, vous êtes réalisateur, acteur, scénariste, producteur franco-haïtien.

Qui­ est Carl Jaro ?

Portrait de Carl Jaro
Photo crédit © : Daniel Nassoy

Garens Jean-Louis : Carl Jaro est passé de présentation. Si on devait retenir de vous seulement 2 mots, quels seraient-ils ? Et pourquoi?

Carl Jaro : Ambitieux et déterminé, je suis du genre à  m’investir à fond dans les projets…


GJL : Dénoncer le tabou de l’homosexualité masculine à travers ce film, un projet cinéma ambitieux.
Comment vous est venue l’idée d’entreprendre ce projet ? Et pourquoi l’avoir réalisé ?

CJ : En effet ! L’objectif est de dénoncer les tabous liés à l’homosexualité masculine et de combattre l’ignorance autour de cette question. L’homosexualité est encore si taboue, que certains homosexuels préfèrent dissimuler leur orientation sexuelle en se mariant plutôt que d’assumer leur sexualité. J’ai longtemps fréquenté la communauté afro-caribéenne. C’est durant cette période que je me suis rendu compte que les Antillais, les Africains et les Maghrébins avaient des idées préconçues sur les homosexuels. Et ce fut pour moi un choc.  J’ai tout de suite senti qu’il y avait une histoire à raconter. LES AMANTS DE COULEUR est le résultat de mes rencontres.

Le film

GJL : Vous avez fait le film avec vos économies, sur un sujet peu populaire. D’ailleurs, le film connaît un vrai succès lors de ses sorties à l’étranger. Aviez-vous anticipé ce succès ? Comment le vivez-vous ?

CJ : Je décris LES AMANTS DE COULEUR comme une sorte de retour à la pureté́ de la vision que j’avais de l’homosexualité quand j’étais enfant. Dans le sens où je m’y retrouve mis à nu. Le succès a été immédiat même si le lancement m’a fait peur. Le film a fait déferler, avant même sa sortie officielle en France, une vague de commentaires sur la toile. C’est alors que j’ai compris que j’étais sur la sellette.

GJL : Vous dites aussi que votre mère est une femme intimidante. A-t-elle vu le film… ?

CJ : Est ce qu’elle a vu le film? Ma réponse est non. Car il n’est pas sorti encore en Haïti. Cependant, elle a entendu parler du film dès sa médiatisation.

 Le casting et la direction d’acteur

GJL : Comment avez-vous réalisé le casting du film? 

CJ : J’ai pris mon temps pour choisir mes comédiens. Mon choix se porte davantage sur les capacités de jeu d’un acteur que sur son apparence physique ou son visage. Par conséquent, je fais faire des essais à tous les candidats potentiels, afin de voir s’ils sont proches du personnage ou pas. J’essaie de ne pas gêner mes acteurs avec mes réflexions d’ensemble sur le film, ou avec la vision que j’en ai. Je trouve que les comédiens n’ont pas besoin de connaître le sens général du film mais qu’ils doivent s’efforcer de se concentrer sur la personnalité́ et les motivations de leur personnage.

Ma méthode, en réalité́, consiste à m’adapter à chaque acteur, à sa manière d’être et à son propre fonctionnement. Mais ce qui ne varie pas, ce sont les répétitions auxquelles j’attache une grande importance. C’est à ce moment-là que les acteurs entrent dans la peau de leurs personnages. C’est une approche qui me vient sans doute de mon expérience du théâtre.

Une fois sur le plateau, nous nous sommes tous mis d’accord sur le fait qu’à partir de là on ne ferait plus que d’infimes changements. Cela ne veut pas dire que je refuse les suggestions ou les avis des uns ou des autres mais nous avons convenu que ces discussions n’auraient lieu que pendant les répétitions.

GJL : Le film a débuté depuis juin 2015 et a pris tout au moins 6 mois. Une anecdote de tournage?

CJ : De juin 2015 à Juin 2016, si nous devons prendre en compte le tournage, le montage, avant sa sortie le 30 septembre dernier. Ça peut sembler une éternité. Mais c’est peu pour un film. D’autant plus s’il s’agit d’un premier film, fait avec peu de moyen. Comme c’est le cas ici.

Ses projets

GJL : Quels sont vos projets pour la suite?

CJ : Des projets? J’en ai plein la tête. Rire! Je suis justement en train de travailler sur mon prochain scénario. Comme j’ai pris l’habitude de le dire: tant que je n’ai pas fini de l’écrire et que je n’en suis pas totalement satisfait, je ne pourrai vous dire précisément quel sera mon prochain film.

Ce qui est certain, c’est qu’il ne sera pas fondamentalement différent de mon dernier. Cela étant dit. Je ne veux pas dormir sur mes lauriers mais profiter de ce succès. J’ai évidemment envie de prendre des risques.

Le cinéma est pour moi une manière d’explorer le processus intérieur d’une personne qui est toujours en devenir.

C’est aussi la possibilité́ de faire ressentir l’existence, à travers une présence. Les films sont pour moi des portraits en mouvement et il n’y a que le cinéma qui puisse réaliser ça. C’est aussi bien fixer ce qui a trait au sensible, au charnel, au plus éphémère, que tenter d’ouvrir sur l’impalpable, sur l’infini.

Massimadi

GJL : Votre avis est clair. Vous pensez qu’abandonner Massimadi était une grave erreur et une atteinte à la liberté individuelle. Pensez-vous qu’un jour les choses pourront changer en Haïti avec tout ce fanatisme religieux?

CJ : Le problème des Haïtiens n’est autre qu’un manque d’éducation. N’allez pas chercher plus loin.  Je vais vous faire une confidence. Je ne passe pas un jour sans suivre l’actualité en Haïti. Le constat est que même nos « intellectuels » sont presque qu’aussi mal informés que cette majorité analphabète. Triste réalité n’est ce pas? Si nous devons prendre en compte du fait que c’est ceux là même qui ont la responsabilité d’éduquer cette majorité? Force est bien de constater que le chemin est long!

L’homophobie

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GJL : Vous vous faîtes vraiment insulté sur les réseaux sociaux particulièrement sur Facebook. Certains membres de votre famille ou des amis ne vous parlent plus. Votre motivation dans tout ça?

CJ : Vous savez? Je n’en ai qu’une philosophie : Vivre et laisser vivre.

GJL : Pendant que la communauté gay célèbre la journée contre l’homophobie. Paradoxalement, il existe une certaine stigmatisation en son sein même. On parle de « l’épidémie de solitude gay ». Pensez-vous que si les homos ne s’acceptent pas entre eux les hétéros ont intérêt à le faire à leurs places?

CJ : Les sociétés stigmatisent l’homosexualité parce qu’ils la considèrent simplement comme une pratique sexuelle, mais au fait ce n’est pas simplement ça. C’est toute une façon d’être, tout un mode de vie qui, en plus, se trouve être naturel.

Que je sache, plusieurs personnes naissent homo et doivent juste vivre cet état de fait. Je crois que la plaidoirie pour une meilleure compréhension de la chose doit s’asseoir davantage sur cet aspect que sur les perceptions souvent biaisées des gens.

On peut en parler, discuter et prendre position mais en réalité on n’a pas à comprendre l’homosexualité. C’est une orientation sexuelle naturelle tout comme l’hétérosexualité pour laquelle on n’a pourtant aucune exigence de compréhension.

Les personnes concernées doivent l’accepter. Ils n’ont pas d’autres choix.

GJL : En fin de compte, merci de m’avoir accordé cette entrevue !

CJ : Tout le plaisir est pour moi!