Multicolorisa

Travail : génération / slasheur

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Il y a cinq ans j’ai commencé à parler des slasheurs. J’avais vu le mot dans un article en anglais. Et j’avais bien aimé le concept.

Depuis gamine, j’ai du mal avec l’identité monolithique, celle où il n’y a qu’une seule façon d’être français par exemple. Celle où l’on t’enferme. J’avais aussi peur du boulot dans la même boîte pendant des années.

J’ai eu peur de ça.

Je déteste les cases.

 

Et puis je suis sortie de la fac en 2008, au début de la crise financière. Un master 2 en poche.

Depuis j’ai cumulé des tonnes de boulots, j’ai fait plein de choses en même temps.

J’ai été agent d’accueil le matin, je faisais ensuite mon service civique dans une association l’après midi.

J’ai été vendeuse à mi-temps et journaliste.

J’ai été auto-entrepreneure pour : facturer des traductions /des missions administratives / des articles /des missions de vendeuse…

J’ai eu des CDI mais seulement des mi-temps. Le seul plein-temps c’était en CDD, pendant deux ans, et c’est bien la seule fois depuis que je suis sortie de la fac que j’ai fait un seul boulot.

 

Ensuite je suis redevenue auto-entrepreneure, j’ai refait d’autres missions, j’ai recommencé à cumuler. J’ai même cumulé les statuts entre l’intermittence, les factures, les droits d’auteur et le salaire.

 

Aujourd’hui je vais avoir 31 ans. Je cumule en ce moment deux mi-temps : assistante d’éducation dans un collège 20h par semaine et animateur socio-éducatif dans une association, 17h30 par semaine.

 

Et je continue de prospecter pour devenir réalisatrice : développer des idées, écrire, envoyer des synopsis.
Je ne veux pas abandonner mon rêve, c’est juste que pour le moment, vivre de ça n’est pas possible. J’ai pu faire ce reportage parce que j’ai touché le chômage (pour lequel j’avais cotisé). Il va s’arrêter donc je trouve des solutions. Je ne me pose pas de questions.

 

Est-ce que c’est le signe d’une société qui part en couille ? Je ne sais pas.

Est-ce qu’il faut revenir au salariat pour tous ? Je ne pense pas.

Est-ce que c’est le signe d’un néo-libéralisme acharné qu’il faut combattre ? Combattre ce genre de façon de travailler ? Je ne sais pas.

 

Et je ne vois pas le débat ici en fait.

 

Les jeunes autour de moi ont intégré que le marché du travail était tel qu’il était. Du coup certains vont essayer de poursuivre leurs rêves tout en cherchant comment manger.

Ils cumulent les mi-temps, font plusieurs boulots… Ils sont slasheurs parce que ils aiment faire plusieurs choses en même temps. Cela leur convient et c’est très bien comme ça.

 

Mais derrière le système ne suit pas.

 

Louer un appart est une vraie merde. On passe désormais par Facebook pour trouver un logement et pour savoir qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui accepte les dossiers bizarres, sans CDI, sans trois fois le montant du loyer, mais avec des garants, genre nos parents, qui ont eux une situation plus stable et qui se demandent bien à quel moment tout est devenu si compliqué pour leurs enfants… Prendre un prêt ? ça dépend des banques. Il ne faut pas forcément nécessairement de CDI mais il faut montrer une activité constante sur plusieurs années en tant qu’indépendant.

J’ai une connaissance slasheuse qui a galéré pour se faire payer son congé maternité. Des histoires compliquées entre la Sécurité sociale obligatoire des indépendants (RSI) et le régime général de la Sécurité sociale. Elle a mis trois mois à être payée, le temps de retourner au travail quoi.

En fait ce système ne suit pas. Et là je vois déjà les grands patrons faire leur blabla habituel de convention sociale : vouloir plus de ça (de la flexibilité), vouloir moins de ceci (de la protection)

 

Au top du top of course.

Les jeunes sont dans la rue.

Ok, cooooool.

On les attaque sur leur manque de flexibilité, sur l’impossible réforme de la France….

GE-NIA-LEUUUU

En fait personne ne s’est dit que cette jeunesse avait PEUT-ETRE le sentiment d’être déjà flexible ?

Bah oui . Je me perçois déjà comme flexible et bosseuse.

Précaire ? En fait je n’utilise même plus ce mot…je n’ai connu que cette situation là, donc une quelconque « normalité » dans la façon de travailler est, pour moi, de la science-fiction.

J’aimerais juste avoir une protection sociale adaptée, non liée au contrat.

Mais juste parce que je travaille (de plusieurs façons) ici en France.

 

Et si pour faire la paix avec sa jeunesse, le gouvernement commençait par se rendre compte de cela : la flexibilité est déjà là.

 

Génération Slasheur, à partir du 4 mai au soir sur www.spicee.com


Tout ceci n’est qu’un spectacle…

Samedi 30 avril 2016, Porte Dorée, 18h30.

 

Je sors du métro, je vais au théâtre avec une amie. Des voitures de police partout… Je commence à me sentir mal.

La dernière fois que je suis sortie de cette même bouche de métro c’était le 9 janvier 2015 dans l’après-midi. Et il y avait aussi la police, elle bloquait l’accès au boulevard des Maréchaux.

A ce moment là, j’avais levé la tête, j’ai vu un hélicoptère stationner.

Je n’avais pas de 3G j’étais au courant de rien, je continue avec mon plan de chômeuse…aller au Musée National de L’histoire de l’immigration que je ne connaissais pas et retourner à l’aquarium tropical, un de mes lieux préférés quand j’étais gamine.

Devant la fosse aux crocodiles, j’apprends ce qu’il se passe pas très loin, une prise d’otages…au bout de quelques temps, on nous évacue du musée…je me mets à courir vers le métro.

Tout ceci est la réalité.

 

Samedi 30 avril 2016 donc, je suis surprise de me sentir mal, c’est revenu comme ça, d’un coup, je m’y attendais pas. Je marche en direction du Musée, c’est là que j’ai rendez-vous avec ma pote. Je la vois à peine quand elle se plante devant moi, j’étais trop occupée à me demander «  mais il font quoi, là ces policiers » J’étais en train d’expérimenter une Madeleine de Proust au goût de l’angoisse.

 

On va voir la pièce Ticket, la version qui s’intitule  » Clandestine » présentée au Musée. Tu t’imagines une pièce de théâtre classique.

Un comédien vient nous chercher.Par la magie du spectacle, on devient des migrants

 

«  Je vous promets l’eldorado moi, La France, l’Angleterre !!! » On rit, c’est un peu cynique. Parce qu’ au début, t’es cynique.

« Ridicule, on se retrouve à payer pour « expérimenter » ce que c’est, genre les occidentaux qui veulent se donner des frayeurs…zut le comédien vient de me postillonner à la figure en disant «  si je te dis de te baisser, tu te baisses »..merde je suis en train de rire…faut que je regarde personne sinon je vais pas m’empêcher de rire, ça se fait pas pour les comédiens….on va rester combien de temps là à attendre accroupis qu’il vienne nous chercher ? …pourquoi je dois encore courir, avec mes talons ça craint ! »

 

Ensuite la bataille commence. Celle entre le spectacle et la réalité, entre le documentaire et la fiction entre le cœur et ta putain de raison.

 

Un comédien te prend ta carte d’identité. Tu te sens dépouillé.

Tu es enfermé dans un container, les bruits, les témoignages de migrants qui racontent leur histoire, des enregistrements… Celui de Bernard Maris, tué le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Il parle des frontières.

 

C’est le noir à l’intérieur.

 

Une comédienne femme apparaît, c’est la clandestine du titre. Le comédien qui joue le chauffeur-passeur, rentre, sort. Ce sont les seules lumières extérieures que l’on verra, celles de cette porte qui s’ouvre pour laisser rentrer un connard, enfin le comédien qui joue le connard.

 

Puis il se passe quelque chose dans le spectacle qui te pousse dans tes retranchements.

C’est la première bataille intérieure.

Si tu fais quelque chose, tu interromps le spectacle. Si tu ne fais quand même rien, tu te sens sale…parce que tu as l’impression de ne plus être humaine.

 

Qu’est ce que j’aurais fait si j’avais été dans cette situation ? Comment font-ils dans cette situation ? Le but c’est de rester humain toute sa vie ou d’arriver à bon port, de survivre, de ne pas faire de vagues pour arriver plus vite ? Et se dire ça, c’est pas humain par hasard, quand tu fuis l’enfer ?

Une sale angoisse s’empare de toi, ça c’est la deuxième bataille. Elle prend toute la place, elle se contracte sur les bords. Le cœur devient tout petit.

Dis toi que ce n’est qu’un spectacle, répète-toi que ce n’est qu’un spectacle…

A La fin c’est presque intenable…je me bouche les oreilles pour ne plus rien entendre mais le cœur continue à se rétrécir, l’angoisse grandit et la douleur de ses contractions s’intensifie…elles se mettent à faire trop de bruit.

 

Puis la porte s’ouvre, le rayon de lumière entre dans ce container noir. Ça fait mal aux yeux…on sort, les contractions prennent un peu moins de place mais l’angoisse est toujours là.

On récupère nos cartes d’identité, tout ceci n’était qu’un spectacle.

On salue les comédiens, le cœur regrandit un peu.

 

On retrouve les comédiens pour un temps d’échange et pour faire retomber la pression. Tout ceci n’est qu’un spectacle.

 

Pendant que l’angoisse essaye de partir, je repense à un dessin. Il est exposé au Musée, dans la collection permanente. Je l’avais vu la dernière fois que j’étais venue, le 9 janvier 2015 donc. Il est de Wolinski, tué avec Bernard Maris le 7 janvier 2015.

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On est le 30 avril 2016, et quelques jours avant on a appris qu’un bateau de 500 migrants a coulé en Méditerranée.

On est le 30 avril 2016 et quelques jours avant, j’ai lu cet article, un billet pour Lesbos.

 

https://making-of.afp.com/un-billet-pour-lesbos

 

« Le truc, avec l’histoire des réfugiés, c’est qu’elle vous force à vous remettre en question vous-même. J’étais et je reste un pro-européen convaincu. Mais ce n’est pas de cette Europe-là que je veux. Ce n’est pas une Europe solidaire. »

Allez voir Ticket. Tout ceci est bien trop réel.

 

Ticket, un spectacle-documentaire du Collectif Bonheur Intérieur Brut, jusqu’au 21 mai au Musée National de l’Histoire de l’immigration.

 

 

 

 

 

 

 


Paris me manque.

J’écris depuis Medellin, en Colombie où je me trouve depuis quelques jours. Vous avez tous vu Narcos, vous savez ce qu’il s’est passé dans cette ville pendant les années 90.

Avant-hier j’étais à la messe. Oui. J’étais à la messe en mémoire de 9 enfants tués. A l’époque de Pablo Escobar, quand il organisait le meurtre d’un policier, la police répliquait en allant dans les quartiers pauvres et en tuant au hasard tout ce qui bouge. Ces enfants sortaient de la messe, étaient dans la rue et ont été tués.

Je suis rentrée de la messe avec une défenseure des droits de l’homme, menacée en Colombie à cause de ses activités. Je suis rentrée avec elle, en voiture blindée et policier armé au volant. Nous sommes restés une heure dans les bouchons. Je n’étais pas tranquille. J’étais assise dans le coffre, légèrement surélevée.  J’ai imaginé des mecs en motos qui tirent pendant qu’on était coincés dans les bouchons.  J’ai pensé à tout ce qui pouvait se passer

Mais pas que cela se passerait ailleurs quelques jours plus tard.

Je suis sous le choc, ces lieux nous sommes tous passés par là. Et qu’est-ce que c’est difficile de voir qu’on a une histoire personnelle avec des lieux de fêtes, de jeunesse.

Pas à Paris,

Pas Au Carillon où je me suis fait larguer par un de mes ex il y a quelques années.

Pas au Petit Cambodge où j’étais allée avec mes collègues de travail de l’époque. On avait laissé nos numéros de téléphone aux serveurs pour qu’ils nous préviennent d’une table de libre. On avait attendu au Carillon. Je ne voulais pas y aller, je disais que ce bar me portait malheur. Vous vous souvenez les filles ?

Je suis retournée au Carillon pour un  premier rendez-vous. On a bu des bières, on s’est dragué en terrasse. Il ne m’avait pas embrassé, j’étais énervée. L’histoire a continué puis s’est terminée. Mais le sort était conjuré. 😉

J’ai passé des soirées mémorables au Bataclan.

Le concert de Mos-Def, Kanye West a débarqué sur scène pour chanter Can’t tell me nothing. C’était l’hystérie dans la salle. L’hystérie. J’étais avec ma soeur.

Et La soirée spéciale Stevie Wonder. Une des meilleures de ma vie. Il faisait froid dehors mais une chaleur à crever à l’intérieur. Sur toutes les photos de cette soirée, il y a un nuage de moiteur dessus. Le maquillage a coulé de bonheur.  J’y étais avec tous mes potes de fac.  Je corrige c’était la meilleure soirée de ma vie. Vous vous en souvenez les amis ?

J’ai fêté un de mes anniversaires dans un appartement au-dessus de la Belle Equipe. On était deux à fêter nos anniversaires ce jour là. Un apéro bien sympa. Vous vous en souvenez ?

J’ai passé ma soirée en sécurité, en Colombie, à m’inquiéter pour toutes ces personnes là et d’autres.  J’étais dans ma ville qui a connu l’horreur dans les années 90 à penser à ma ville qui vit l’horreur aujourd’hui.

Etre en sécurité en Colombie, une certaine ironie de l’histoire.

J’ai appris que mes contacts allaient bien mais d’autres connaissances sont décédées. Des potes sont en deuil.

Pour la première fois de ma vie, Paris ma ville, me manque.

Je pense à vous tous et aux victimes.

Isa

 


Kamal réalise la suite de Tinghir/Jérusalem… Et il a besoin de vous !

Vous vous souvenez de Kamal ? Kamal Hachkar…

Crédit : Victor Delfim
Crédit : Victor Delfim

J’avais fait son portrait ici-même dans ce blog. Il réalise actuellement la suite de son film Tinghir/Jérusalem : les échos du Mellah, et il a besoin de nous pour financer ce nouveau film Retour au pays natal.

Retour au pays natal est le portrait de la troisième génération juive et musulmane marocaine qui continue de perpétuer un héritage commun à travers la musique, la peinture, l’écriture. Qu’est-ce que le pays natal ? Comment vivre avec l’idée que l’on puisse ne plus être là où nos racines ont été ? Ces artistes trouvent-ils dans la culture arabo-berbère une réponse aux questions qu‘ils se posent sur leur identité ?  Leur rêve est de retourner sur les traces de leur famille et de vivre un temps au Maroc pour perfectionner leur art et obtenir la citoyenneté marocaine. Leur manière à eux de réparer les blessures de l’exil : ces artistes symbolisent cette jeune génération qui porte en elle avec fierté l’héritage de ses grands-parents et parents nés au Maroc. Par petites touches, en retraçant le portrait de ces artistes, c’est une mosaïque de l’identité marocaine plurielle qui se dessine, un véritable kaléidoscope d’expériences diverses de ceux qui rêvent, chantent, peignent et fantasment leur Maroc. Après Tinghir Jérusalem et avec le portrait de cette troisième génération en Israël, aux Etats-Unis, au Canada et en France, se dessine soudain le rêve de recréer des ponts avec le Maroc. »

 

Je vous laisse ici le lien kickstarter : https://www.kickstarter.com/projects/1386297463/artistes-juifs-et-musulmans-du-maroc-se-retrouvent?lang=fr

Kamal a pu avoir 8 300 euros sur les 15 000 nécessaires, il a 9 jours pour réunir la somme !

 

Tous avec Kamal, en ce moment on en a bien besoin.


Le voile dans tous ses états

Oui cela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Mais j’espère revenir bientôt…j’ai encore des articles et des idées en réserve.

En France, c’est comme si un bout de tissu pouvait faire tomber 4 fois le pays. Il serait une menace pour « notre culture », « notre identité ». On a tendance à oublier qu’il n’est pas que chez « L’autre ».

Je voulais vous faire partager cette photo trouvée sur internet d’une famille colombienne catholique,au 19eme siècle.

Les hommes portent le sac traditionnel de la région d’Antioquia, « le carriel » et les femmes sont voilées, un vrai Hijab.  Sortent-elles de la messe, était-ce comme cela tous les jours ? Si quelqu’un en sait plus je suis preneuse.

Trouvée sur internet si quelqu'un en sait plus je suis preneuse.  https://2.bp.blogspot.com/
Trouvée sur internet si quelqu’un en sait plus je suis preneuse.
https://2.bp.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 

 

Et ici un article intitulé  » Le voile sous toutes les formes »  https://blogs.letemps.ch/oeilduviseur/2015/05/20/le-voile-sous-toutes-ses-formes/

 

 


Kamal Hachkar, un réalisateur des identités plurielles.

J’ai rencontré  le réalisateur Kamal Hachkar, en Novembre dernier. J’assiste alors à une projection à l’Institut des Cultures d’Islam où il  projetait son premier film : Tinghir-Jerusalem, les échos du Mellah.  Dans ce film il revient dans le village où il est né en 1977 «  dans une maison en terre, c’est important de le dire pour moi » de Tinghir au Maroc. Son grand-père lui raconte que dans ce village de berbères, juifs et musulmans vivaient côte à côte.

Crédit : Victor Delfim
Crédit : Victor Delfim

La salle était comble. Quelques mois plus tard, je retrouve  le réalisateur Kamal Hachkar dans son pied-à-terre parisien. Kamal a trois cerveaux, peut répondre à une interview, relancer des contacts et organiser l’arrivée d’amis pour une conférence prévue un peu plus tard sur la place de Moïse dans le judaïsme et L’Islam. J’arrive au milieu de tout cela, nous nous installons dans la cuisine, les attentats de Paris ont eu lieu un mois auparavant.  On parle de ses films, de sa vision de l’actualité, de l’Islam, de l’identité, des médias le tout devant un thé au citron. Une heure passionnante.

Kamal connaissait peu l’histoire des juifs au Maroc. Arrivé en France à l’âge de six mois, il a fait sa scolarité en France. Kamal suit son père, ouvrier dans les centrales nucléaires.  Sa famille pose ensuite ses valises à Dieppe en Normandie.  En classe de quatrième, sa rencontre avec un prof d’histoire lui ouvre une foule de questionnement : « il m’a conscientisé politiquement, m’a poussé à ouvrir mes lectures. » C’est avec ce professeur qu’il étudie la Shoah et se passionne pour cette époque.

«  C’est pour ca qu’aujourd’hui je ne supporte pas une seule réflexion raciste, essentialiste qui généralise l’amalgame. La Shoah, la destruction des juifs d’Europe m’a vacciné contre tous les les racismes : Roms, minorité sexuelles etc… »

L’enseignement de la Shoah comme événement déclencheur ? Je me reconnais là-dedans. Il est important de se rappeler que la Shoah n’est pas seulement l’histoire des juifs mais est un exemple universel du pire. Un évènement tragique qui peut se reproduire envers d’autres minorités si personne n’est vigilant. Il faut se remettre à lire les écrivains juifs européens  de l’entre-Deux guerre, Zweig  avec le Monde D’Hier ou encore Elias Canetti qui parle de sa jeunesse dans La Langue Sauvée.  Ces livres sont  initiatiques sur le sens du Soi dans la diaspora.  Les écrivains issus de la culture juive européenne  ont cette faculté à parler de thèmes universels.  L’exil, le sentiment « d’étranger dans son pays »  de nombreux jeunes de double-culture  peuvent s’y identifier aujourd’hui.  C’est le parcours que j’ai emprunté : connaître la culture juive et ses artistes, ses écrivains, ses questionnements de diaspora m’ont permis de trouver ma place ici en France. Les questionnements ne sont pas réglés, mais ils sont acceptés comme tel, sans réponse immédiate.

Quand Kamal découvre qu’il y avait une communauté juive dans son village natal il s’est identifié à son étrangeté, un sentiment qu’il ressentait au fond de lui même : entre les déplacements de son enfance et  la double culture, la vie en France et la culture marocaine. Kamal est berbère, et parle la langue «  ma mère ne parlait pas un mot d’arabe ». Pendant son enfance il en a eu honte de sa langue, il se l’est réappropriée.«  C’est la langue de là d’où je viens ».

Connaître son histoire : le rempart aux extrémismes ? Le prof d’histoire en est convaincu

Dans la conversation on enchaîne sur ce qu’il se passe dans la société française,  « Les Frères Kouachi ? Se sont des Français  Ils sont le produit de la ghettoïsation, de la politique des grands ensembles des années 50 et de la crise qui touche les jeunes des quartiers plus durement que les autres. » A ses élèves, il leur a montré l’exemple : il faut se sortir des cases dans lesquelles la société les a placés. Je suis un enfant de la IIIeme République. J’ai combattu le racisme par l’école. J’ai décidé de dépasser mon père. Je ne voulais pas être ouvrier, je voulais être cadre, artiste, un intellectuel. »

En tant qu’artiste, il veut combattre les discours obscurantistes par ses films. C’est son combat, celui de revenir aux fondamentaux de la culture musulmane, celle qui au Maroc a vu pendant 2000 ans la cohabitation entre juifs et musulmans.

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crédit photo : Victor Delfim

« C’est mon grand père qui m’avait parlé de cette communauté juive dans le village, du coup j’étais intrigué ». Kamal est alors prof d’histoire en banlieue parisienne et se décide à entrer en  master 2 des mondes musulmans dans l’optique de faire un travail sur cette communauté juive berbère de Tinghir qui a quitté le Maroc pour Israël dans les années 60.

En 2007, il part en voyage linguistique en Israël avec l’association Parler en paix, qui propose des cours d’Arabe et d’Hébreu à Paris. Lors de ce voyage il rencontre par hasard un israélien juif originaire de Tinghir. «  à partir de là je voulais toucher un maximum de personnes avec cette histoire et mon projet de recherche universitaire s’est transformé en travail artistique. Une aventure de 4 ans » Kamal part retrouver cette « mémoire enfouie » à la recherche de familles israéliennes originaires du Maroc, protagonistes de cette identité berbère partagée entre juifs et musulmans.  Qu’en a –t-il tiré aujourd’hui ? « C’est en passant par cet autre absent juif que je me suis réapproprié ma culture Amazigh et marocaine parce que, pour moi le marocain est pluriel : arabe, musulman, amazigh, sahraoui. Oui j’ai appris sur mon histoire, et je me sens mieux dans ma tête. On a besoin de l’autre pour savoir qui on est »

 

 Dans son pays natal, au Maroc, comment cela se passe ? Est-ce que ces identités plurielles sont reconnues ? Comment le prof d’histoire voit les choses ?

« C’est un drame, on construit un peuple d’amnésique. On doit enseigner le Maroc pluriel  Et mes films servent aussi à ça. »  Kamal vit à Marrakech, à côté du musée Majorelle consacré à la culture berbère. Souvent renvoyée à la ruralité, la culture berbère a toujours eu du mal à s’imposer face à une vision arabo-musulmane exclusive de l’identité. « Avant les arabes, avant l’Islam, les premiers peuples d’Afrique du Nord se sont les Amazigh, ils ont été païens, judaïsés, christianisés pour certains d’entre eux…je crois qu’il est urgent de se réapproprier tout cela pour ne pas qu’il y ait d’instrumentalisation à des fins politiques » Même si la constitution marocaine reconnaît toutes ses identités, les actes allant dans ce sens se font attendre. Kamal milite activement pour une réforme des programmes scolaires d’Histoire au Maroc afin d’y inclure toutes ces composantes identitaires. « Ce film parle d’un double tabou. Il tend un miroir aux obscurantistes et montre deux choses : la présence juive au Maroc et la richesse de la culture berbère contre une vision exclusive, monolithique de l’identité marocaine .C’est ce que je dis dans le premier film aussi c’est une continuité de cette réflexion sur nos identités. Et faire quelque chose qui nous fait avancer vers la modernité la pluralité,  plutôt que vers l’obscurantisme et les ténèbres.

Il a aussi en projet d’organiser un festival des cultures plurielles en octobre 2015 dans son village à Tinghir. «  Le Sud marocain est un vide culturel : pas de ciné, pas de théâtre. Si on veut combattre les discours wahhabites  qui arrivent par la parabole il faut  donner à cette jeunesse des armes artistiques »

En attendant il se consacre au début du tournage de son deuxième film : Jérusalem –Tinghir : retour au pays natal. Il y suit Neta Elkayam, une chanteuse juive née en Israël de parents juifs marocains. Elle vit à Jérusalem avec son mari Amit Hai Cohen,  artiste pluridisciplinaire et juif marocain également. Leur maison est un point de rencontres pour musiciens, activistes séfarades et Palestiniens. Le rêve de Neta est de suivre les traces de sa famille et passer du temps au Maroc avec Amit, pour perfectionner son art et obtenir un passeport marocain. Neta et Amit veulent aussi  faire reconnaître cette culture marocaine chez eux, en Israël .

voir le trailer : Jerusalem-Tinghir : retour au pays natal

.Ces jeunes juifs d’origine marocaine qui décident de chanter en arabe, d’apprendre cette « langue de l’ennemi »sont pour Kamal «  des corps politiques en puissance » face au conflit certes, mais aussi face à la société israélienne qui s’est construit autour de la culture ashkénaze. Lorsqu’il présente son film là bas tout se passe bien : les Israéliens sont curieux, les Palestiniens s’identifient à l’exil, l’arrachement à la terre, voient à l’écran des femmes juives, arabes, qui ressemblent à leur grand-mère.

Capture d’écran 2015-02-19 à 13.36.19« Les contextes sont différents, les histoires sont différentes mais le sujet est universel. Et quand on a encore sa part humaine c’est simple de voir les similitudes, d’être en empathie avec ses sentiments là peu importe le parti que l’on prend. » Son film parle aussi de cela en filigrane : la pluralité de l’identité israélienne. Quelque chose qui ne fait pas vraiment la Une en France. « Il y a une vraie responsabilité des médias de ne pas parler de cette région en dehors de ce conflit : de ne pas montrer son cinéma, ses interrogations comme société»

 Amoureux de la culture juive dont il aime les rituels, l’histoire, il a décidé, il y a quelques années, d’apprendre l‘Hébreu «  C’est comme si c’était une langue que j’avais appris avant ma naissance. J’ai un rapport avec cette langue, c’est dingue. J’ai fait un rêve une fois, où depuis Tinghir, je gravissais une petite montagne et de l’autre côté c’était Jérusalem. Mais du coup ca veut dire que j’ai un moment donné j’ai compris pourquoi je faisais toutes ces choses là, ce travail de recherche artistique et intellectuel. Pour moi l’hébreu et le berbère  sont deux langues d’origines. C’est comme le berbère juif et musulman sont indissociables, ils vont forcément ensemble. »

Je m’étonne de ne pas l’avoir plus vu dans les médias en France. On aurait besoin de plus de personnes qui portent ce genre de voix là contre l’antisémitisme et l’islamophobie, mais aussi contre tous les radicalismes.  Pourquoi toujours les mêmes imams ? Pourquoi toujours les mêmes invités islamophobes refoulés ? « «  Ces Finkelkraut… je veux me battre contre les islamistes mais pas avec ces gens là . J’assume une position complexe et nuancée  avec des valeurs sûres et fermes. Et on est nombreux à les porter. Mais on les entend peu. On invite toujours les mêmes intellectuels sur les plateaux télé. Et on parle de terrorisme. Un terroriste ça fait plus vendre qu’un artiste, des chercheurs ou des chefs d’entreprise de culture musulmane. Il faut faire passer à la télé en France tous ces artistes, activistes qui font des choses incroyables au Maroc et ailleurs. Pourquoi les terroristes ont le droit au prime-time et pas nous ? »

Par les temps qui courent, son film mériterait de passer sur une grande chaîne française, d’être étudié dans les écoles. Kamal mérite vraiment sa place dans le paysage médiatique français.

En attendant soutenez son deuxième film ! une campagne de crowdfunding a été lancée via l’association « Parler en paix » (bientôt un article sur cette fabuleuse association que Kamal m’a fait découvrir )  voici le lien : https://www.parlerenpaix.org/index.php?option=com_content&task=view&id=219&Itemid=1

Pour suivre l’actu du deuxième fil de Kamal : https://www.facebook.com/pages/J%C3%A9rusalem-Tinghir-retour-au-pays-natal/645582572231549?fref=ts

 

Crédit photo : Victor Delfim

 

 

 

 

 

 

 


Ceux qui peuvent surfer ensemble peuvent vivre ensemble

En 2007 Dorian «  Doc », Paskowitz, décédé en novembre dernier à l’âge de 93 ans, apprend que les quelques surfeurs de la bande de Gaza doivent se partager la seule planche disponible. Avec Arthur, un surfeur israélien  et d’autres membres de l’organisation, il réussit à acheminer 14 planches à Gaza. Interrogé par les médias Doc aura cette phrase «  Etre capable d’aller vois ses ennemis et leur donner quelque chose qui les rend heureux est la plus incroyable des aventures »

 

Doc et Arthur pendant un concert en 2007
Doc et Arthur pendant un concert en 2007

Surfing 4 peace existe depuis 2004 à l’initiative de Dorian »Doc »Paskowitz » et Arthur Rashkovan. Dorian est une vraie légende du surf californien. Anciennement médecin il a décidé de tout plaquer pour vivre dans un van avec sa femme et ses 9 enfants selon les principes du surf et de la religion juive. Il a introduit le surf en Israël dans les années 50 lors d’un de ses voyages.

A Tel- Aviv, je rencontre Arthur qui tien une boutique de surf dans le nord de la ville. Il me raconte cette histoire qui a permis de mettre en place les bases du mouvement.

Surfing 4 peace n’est pas une ONG, ni une association, simplement une communauté de surfeurs. Arthur n’a pas voulu lui donner d’existence juridique pour rester en dehors de tout débat politique et partisan. Arthur ne voulait pas inscrire Surfing 4 Peace sur un territoire, ne pas se retrouver à choisir entre Israël et Palestine. Il reste ainsi dans la contre-culture chère au surf. Surfing 4 peace au Moyen-Orient peut compter sur des donateurs américains pour pouvoir vivre. Elle organise des concerts et aussi des ateliers pour les surfeurs arabes israéliens de Jaffa.

Complètement dans le monde de la glisse, sa lucidité me frappe. Arthur sait que ce genre d’initiative ne change pas le monde et n’apporte pas de solution politique, c’est juste une pierre pour essayer de mieux vivre ensemble. En Europe, deux personnes ont été conquises par le projet.

Benjamin et Samuel sont français. Ils ont décidé tous les deux de créer la section européenne de Surfing 4 peace. Par Skype, Samuel affirme que la création de la section européenne est née de la volonté d’agrandir l’initiative originelle d’Arthur et Doc au pourtour méditerranéen et plus seulement au Proche-Orient.

Quelques semaines plus tard je joins par Skype, Samuel  dirige l’association Surfer pour la paix, la section européenne de Surfing 4 peace.

Surfer pour la paix travaille sur une dynamique évènementielle consistant à réunir des sportifs autour d’une compétition de surf à Biarritz afin de célébrer la proximité de toutes les cultures méditerranéennes. L’autre volet de l’organisation tourne autour d’un programme d’échange entre clubs de surf de la Méditerranée. « Un Erasmus pour les profs de surf », me dit-il. Le but de ces actions est de créer des bulles de résistance.

« C’est une façon de mettre en lumière une volonté d’une partie de la société civile, une ouverture à l’autre, aux voisins alors que ce n’est pas du tout l’image donnée dans les médias de ces pays. 

En septembre dernier, Surfer pour la paix a organisé un premier évènement avec 22 jeunes de pays méditerranéens. L’accueil des jeunes s’est d’abord fait à Marseille avec un sommet autour de la paix. Puis le groupe a pris la direction de Biarritz pour la Med Cup for Peace.«  chaque minute de la semaine était magique », Samuel raconte…

« L’évènement a commencé un samedi. On avait dans le groupe deux jeunes Israéliens de 16-17 ans et un Palestinien de 17 ans, et on les a retrouvés tous les 3 à une heure et demie du mat au skate parc de Marseille. Ça ne faisait pas une heure qu’ils se connaissaient et ils partageaient une session de skate. Ils ne se sont pas lâchés de la semaine.

Grande a été ma surprise face à ces liens qui se sont créés.

Le lundi nous sommes arrivés à Biarritz et nous sommes allés surfer tous ensemble…et après nous sommes rentrés à l’hôtel.  Tout le monde était agglutiné dans une chambre avec trois guitares, une pédale, ils avaient écrit des paroles, ils se sont mis à slammer. En une heure ils ont fait une chanson qu’ils ont enregistrée. 

C’est que des petites pépites comme ça. On a eu beaucoup de moments de connivence entre jeunes qui viennent de peuples dont on n’ a pas du tout idée qu’ils peuvent être potes. »

credit @Nadia Ghali
credit @Nadia Ghali

 

 

 

 

 

 

Samuel a permis à trois jeunes de la région parisienne de venir à l’événement et de prendre part au groupe. Il s’est rapproché de Reporter citoyen, une formation au journalisme pour des jeunes de « quartier ». Assa, une femme de 21 ans fait partie de ces jeunes.

Assa est originaire de la région parisienne. Dynamique et pleine de sagesse, elle raconte son expérience dans ce groupe :

« Franchement, c’était juste génial. Une expérience hors du commun… tu rencontres des gens de toute la Méditerranée, en plus des personnes qui sont censées se détester : des Israéliens, des Libanais, un Palestinien, Italien, Marocain, Algérien. Tu te dis finalement ce qu’on dit, toutes ces haines qui sont censées être… en fait il y a d’autres gens qui pensent différemment. J’ai essayé de parler avec différentes personnes. J’ai parlé avec le Palestinien.. J’avais vraiment envie qu’il me dise ce qu’il pensait par rapport à la situation de l’été dernier. Il m’a dit la guerre c’était son quotidien. Il ne voyait pas de différence avec la paix. il me disait  détester les gens qui prennent parti, et que ce sont, eux, les civils de tous bords qui trinquaient. Il ne lui venait pas à l’esprit de penser,  » je hais tous les Israéliens ».  Et tu vois, j’ai été étonnée par ces paroles de paix de quelqu’un qui vit les choses en direct ».

Samuel ne nie pas l’aspect politique de ce genre de rencontres où sont réunis des jeunes de peuples censés se détester. A la fin de l’événement, le 28 septembre dernier.  Il confie qu’il y a eu des soucis avec quelques gouvernements qui ont appelé certains de leurs ressortissants une fois que les médias de leur pays ont eu connaissance de ce genre d’initiative. «  Ces jeunes ont été appelés sur leur portable et ils ont été lynchés médiatiquement un peu en forme de coup de pression, d’intimidation pour dissuader tous les autres qui souhaitaient participer à  la même chose. »

Surfer pour la paix veut aussi emmener les jeunes de ces pays en dehors de la Méditerranée pour d’autres pays et cela n’est pas anodin comme démarche : deux jeunes qui vivent dans des pays voisins et qui voyagent ensemble à l’étranger se rapprochent. Il se mettent à l’eau ensemble et lorsqu’ils sont sur une planche : la mer ne fait pas de différence.

“People who surf together, can live together.” Doc

Surfer pour la paix organise entre le 4 et le 11 avril prochain un voyage d’échanges culturels entre des jeunes Israéliens et Palestiniens aux côtés de jeunes d’Amérique latine. La prochaine Med Cup for peace aura lieu du 10 au 17 octobre. Toutes les candidatures sont les bienvenues, mais les places seront limitées ! si vous êtes surfeurs et que vous souhaitez participer ou connaissez des personnes souhaitant participer contacter l’association : samuel@surferpourlapaix.org.

Facebook :

https://www.facebook.com/Surfing4Peace

Plus d’informations sur la Med Cup for Peace : https://www.medcup4peace.org/

 

 

 

Alice Martins Gaza 2010
Alice Martins Gaza 2010
credit @Nadia Ghali
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credit @Nadia Ghali
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 @Nadia Ghali
@Nadia Ghali
  @Nadia Ghali
@Nadia Ghali

atelier de surf avec les jeunes arabes israéliens de Jaffa.

@Sardine Surf Club
@Sardine Surf Club
Alice MArtins-Gaza 2010
Alice Martins-Gaza 2010

 

 


Et maintenant on fait quoi ? En tant que journaliste…

Hier j’ai reconnu ce pays.

Et maintenant on fait quoi ? Quelles actions ?

En tant que journaliste, pourquoi ne pas se poser des questions sur les mots employés ?   Pourquoi toujours préciser  » Français d’origine… » Pourquoi rajouter  » modéré » pour qualifier un musulman ? Pourquoi ?

En tant que journaliste, et si nous faisions aussi parti de la production de ces amalgames ?

En tant que journalistes nous avons aussi une responsabilité. Ces mots ne sont pas anodins, ils impriment les consciences, produisent du vide.

En tant que journalistes nous pouvons aussi aller au-delà du traitement de l’information et nous poser les questions sur notre impact dans la façon dont la société se pense aujourd’hui.

Et si nous sortions de notre vision « corporate » pour prendre une place dans la société ?

Ensemble, allons de l’avant…

 


Yeah…yeah Yeah ouhhh Islam is Love

J’ai tout de suite pensé à cette chanson en voyant le titre de l’émission :

C’est une religion que beaucoup de personnes que j’aime portent en eux.

C’est la seule religion où médiatiquement et dans la tête des Autres, l’extrémisme est vu comme la norme, où les mots « musulmans modérés » sont spécifiés.

C’est la seule religion où l’on demande à ses fidèles de se positionner par rapport aux crimes commis en son nom.

J’aimerais vivre dans un monde où ce genre d’émission ne se fasse pas, où l’on ne se demande pas face aux exactions commis par quelques fanatiques,  » Tiens comment ça se passe dans le « vrai Islam » ? « . J’aimerais déjà vivre dans ce monde là .

Pour se défaire de quelques clichés, voici les épisodes diffusés dans l’émission quotidienne d’Arte 28 minutes, avec du Abd El Malik dedans et le grand maître Cheikh Khaled Bentounès.

Capture d’écran 2015-01-04 à 12.58.57

https://28minutes.arte.tv/exclus-cat/islam-is-love/

 

 



100 % métis, le documentaire touchant de Jérémi Nureni

Jérémi Nureni est un journaliste touche-à-tout. Après un documentaire sur la grossesse de sa femme, il réunit quatre métis d’origine africaine pour un documentaire sonore : 100 % métis. Hébergé par Arte Radio, cette œuvre de 40 minutes laisse la parole à quatre métis : Adelaïde, Renée, Karim et Peter. 

Jérémi, Pourquoi as-tu fait ce documentaire ?

documentaire d'Arte Radio réalisé par Jérémi Nureini.

documentaire d’Arte Radio réalisé par Jérémi Nureini.

C’est le rédacteur en  chef D’Arte Radio qui a eu l’idée. Il est avec une Parisienne d’origine marocaine… c’est lui qui s’est dit « pourquoi on ne laisse pas la parole aux métis ?  »  Du coup quand il m’a proposé ce sujet je me suis dit » est-ce une communauté ? Le métissage est-il la solution au problème identitaire ? » J’ai voulu laisser parler ceux qui le vivent.

Est-ce qu’il y a une pression autour du métissage ?

Oui il y a une certaine pression autour du métissage pour les métis. On les voit comme l’avenir, comme porteur de quelque chose. On a fait ce sujet en se disant on a toujours dit que les métis sont tous autour de nous. En fait le seul métis dont on parle c’est Yannick Noah parce qu’il fait des chansons sur le sujet. Et aujourd’hui on peut entrevoir un changement de situation autour du métissage.

Comment ça ?

A une certaine époque le métissage était vu comme une solution. Aujourd’hui c’est un peu différent, on voit les générations identitaires ou encore  les idéologues façon Zemmour  qui nous vendent que le culte du métissage est un leurre. Il y a le livre Maudits métis de Bertrand Dicale qui prend cette hypothèse du métis dans une période comme celle que l’on vit en ce moment. Si cette situation pesante va plus loin, les premiers qui vont en pâtir ce sont les gens de double culture alors qu’à une époque c’était vu comme la solution.  Karim le dit avec ses mots : le métissage peut être lourd à porter et aujourd’hui, il peut devenir un contre-exemple.

Il y a une différence entre ceux dont le métissage se voit et ceux dont  le métissage se voit pas ?

Pour ce documentaire radio, je suis allé chercher quatre métis d’origine africaine, ceux dont le métissage se voit sur leur figure. Les questionnements identitaires sont les mêmes à chaque fois. Alors que ce ne sont pas forcément les mêmes profils, ni les mêmes histoires.

Ces questions identitaires elles sont marqués parce qu’ils ont une couleur différente, chez ces gens là, cela se voit. Ton métissage t’est renvoyé à la gueule par le miroir et par les réflexions des gens. C’est la particularité de mes interviewés. Deux des métis sont nés dans leur pays d’origine. Celui qui est d’origine sénégalaise y allait tout le temps et l’autre non. Et ils arrivent régulièrement aux mêmes réflexions.

Finalement ces questions tout le monde se les pose sauf que pour un métis il y a besoin de les justifier : soit en affirmant « je suis comme vous donc laissez-moi tranquille » soit de dire «  je suis différent, en quoi cela te gêne ?» et parfois on te dit « aaah tu vas faire l’Africain alors que t’es un petit français »

Dans ton documentaire on sent que la question « d’où tu viens » implique beaucoup de choses…

En général les gens te posent tout le temps la question d’où tu viens. Moi cela m’arrive tout le temps… en plus les gens font des hypothèses sur ton origine. Par exemple moi, je suis 100 % métis : mon père est somalien et ma mère française. Et je  ressemble à un Marocain. Du coup il m’arrive de devoir dire à des personnes d’arrêter de me parler en arabe marocain et ils ne me croient pas. Les Vieux surtout, ils sont persuadés que je suis marocain… bon ça peut devenir pratique parce que  tu peux avoir des bons prix au souk de Marrakech ! Mais tu dois toujours te justifier d’où tu viens : ça fait partie de toi.

La question « D’où tu viens » semble engendrer pas mal de cristallisation…

Ca dépend du contexte et comment c’est posé. Dans le cadre d’une tactique de drague c’est lourd. C’est normal quand on parle de soi, mais quand c’est la première question qu’on te pose cela renvoie à «  t’es pas de la même couleur que moi ».  C’est une question qui peut être malsaine et ça peut être une bombe à retardement car ce que les gens voient c’est l’altérité, la différence. Et puis parfois cela part d’une curiosité  positive, on se dit « on va pouvoir parler de nos cultures. »

Dans ce documentaire radio, ce n’est qu’au bout de la vingtième minute que je laisse les interviewés dire d’où ils viennent. Pendant un moment l’idée était de parler de nuancer comme pour la peinture. On a commencé par leur faire dire leur couleur mais dans le sujet, j’ai mis 18 minutes avant de leur faire dire d’où il venait, justement pour arriver à cette question  et ainsi  voir si c’était important. La conclusion, c’est que  oui c’est important, mais tu peux discuter de premier abord de la biculturalité de quelqu’un sans savoir d’où vient la personne.

Quelles sont les principales conclusions que tu as pu tirer de tes interviews ?

Déjà il n’y a pas de schémas précis, pas de moules, il y a des histoires communes et des effets miroirs entre chaque métis. Le métissage est une force parce que c’est une capacité d’adaptation, une facilité à  découvrir l’autre, d’accepter l’autre. Mais c’est aussi une difficulté parce que cela amène des questions identitaires fortes. Il faut se justifier par rapport à des racistes ou que se positionner par rapport a des mecs qui sont 100% français ou africains d’ailleurs. Ce sont des questions qui sont toujours délicates  et compliquées même si on a une vie facile par ailleurs.

Ensuite ce n’est pas une communauté, c’est un ensemble. Comme le dit Karim c’est un chapelet de petites histoires, des trajectoires qui ne créent pas une communauté.

Mais surtout le truc fondamental et la conclusion à laquelle je suis arrivé, c’est que c’est avant tout l’histoire des parents. En fait, il faut arrêter de me prendre la tête parce que ce n’est  pas mon histoire. Le métissage c’est ce que je suis, mais c’est surtout l’histoire d’amour de mes parents. Mon père est Somalien. Il est arrivé en France en 1971 pour devenir médecin. Il ne parlait pas français et c’est ma mère qui lui traduisait les cours, c’est comme cela qu’ils se sont rencontrés.

Cela fait partie de notre histoire. Cela nous constitue mais on ne peut pas être restreint à ça,  à notre double culture, à  notre métissage. Et en fait la question «  d’où tu viens » c’est surtout cela : c’est entrer dans l’histoire intime de ses parents. C’est une des interviewées qui le dit. « Je ne vais pas te dire d’où je viens ça revient à raconter l’histoire de mes parents et on se connaît pas. ».  C’est l’histoire d’un couple avant tout. Et pas forcément une histoire qui nous définit.

En écoutant les différentes histoires on voit aussi se dresser un tableau sur la connaissance de soi. 

Oui  et c’est Peter, le Slovéno-Somalien qui en parle. Il a longtemps eu de nombreuses interrogations à propos de qui il était. Et il s’est rendu compte que l’important ce n’est pas forcément d’où l’on vient, mais où l’on va.  C’est en s’étant rendu compte de cela qu’il avance.

Il s’est aussi rendu compte que son identité française évolue. Il est arrivé à être en paix avec le fait que pour lui c’est normal qu’il se recherche. Le principal problème, c’est de voir que c’est une question qui est en soi et qui fait partie de ta vie. Cette dualité nécessite toujours une recherche et le besoin de te situer par rapport à  cela. En fait, lui comme beaucoup d’autres on a fait un long voyage vers soi même et maintenant qu’on s’est retrouvé on sait où l’on peut aller. Mais les personnages le disent bien mieux que moi.

Pour écouter ce documentaire radio : https://www.arteradio.com/son/616484/100__metis/


Vanessa Paloma, la identidad plural de la música árabe-andalusa.

Vanesa es colombiana, americana, marroquí y judía. Vive en Casablanda en Marruecos.  Su paso por la vida la llevó a cantar  repertorio árabe.andaluz de la comunidad judía de Marruecos.  Su historia, su identidad, representan en ella un “puente entre los pueblos”

 

Sentada frente a Vanessa, siento que ella  libera una gran unidad. Ella afirma “es un verdadero viaje, durante mucho tiempo todo eso muy por separado.  Ahora yo siento la una unidad.  Uno puede ser colombiana, americana, judía, con una conexion con Marruecos y el corazón de Jerusalén. Uno define lo que quiere ser.

VanessaVanesa estaba de paso en París en noviembre a propósito de un concierto con el grupo Kinor David. Conformado por hombres judío-marroquíes, este grupo canta en hebreo y en árabe.  Ella estaba vestida con traje tradicional, con un largo manto y traje de luces. Es la una mujer del grupo y una de las únicas del mundo en cantar en haketia, una lengua de la comunidad judía del norte de Marruecos, siendo una lengua que combina el español antiguo, el hebreo y el árabe.

La música árabe-andaluza es un fuerte componente de la identidad marroquí. Después del fin de Al-Andaluz en 1492, los judíos expulsados de España aportaron a Marruecos, el repertorio de la música judeo-andaluza.  Para Vanessa, cantar con este grupo le permite “conectarse con su historia” así como también aportar una piedra más al edificio del acercamiento entre los pueblos, de hacer parte de la historia multicultural de Marruecos.

Nacida en Estados Unidos en 1971, Vanessa fue educada en muchos países: Colombia, Puerto Rico e Israel, donde ella vivió durante un año. Fue en ese momento en donde se acerca a la fe judía y retoma la práctica porque “es importante dándole una estructura y conectándola a la tierra. Su familia materna esjudíoo-marroquí, originarios de Tetuan. en 1960 ella deja Marruecos. Luego de un largo periplo,escoge  Colombia como su destino final.

La música árabe-andaluza llegó a ella cuando se instaló en Estados Unidos. el país de su padre.  “Instalarme allá fue un choco, tuve que reapropiarme de mi identidad americana”.  En los Estados Unidos ella estudió con discípulos de Abdelkrim Rais, gran maestro marroquí de la música árabe-andaluza. En 2007 gana una beca Fulbright para estudiar En Marruecos  los cantos y la espiritualidad de esta musica.

Varias generaciones después de la partida de su familia materna, Vanessa llega a Tánger. “Fui a Marruecos porque había muchos hilos que debía conectar entre si, para construirme una unidad” dice ella.  Hoy vive allí y  contrajo matrimonio. Cinco generaciones después de la partida de su familia, ella tuvo sus hijos en Marruecos. De alguna manera, los hilos se conectan. Vanessa es totalmente colombiana, americana, judía y marroquíe. Toda esta evolución “Es el reencuentro de todos mis diversos intereses y es algo muy interno de mi historia”, afirma ella. Al contacto del repertorio judío-marroquí, Vanessa emprende investigaciones antropológicas, trata de comprender, de analizar ese lenguaje y los genes que lo componen.  “Es gracioso porque yo vengo de una gran familia de antropólogos en Colombia y es una cosa que siempre rechacé y ahora me veo aquí en Marruecos, haciendo lo mismo que ellos”. Ella quisiera escribir un libro sobre la investigación, es una tesis que prepara en INALCO sobre la voz de las mujeres y su identidad en el repertorio judeo-marroquí.

Frente a tantos lugares, viajes, descubrimientos y frente a las cinco lenguas que ella habla, yo me pregunto cuál será su relación con cada lengua?, las ve ella de la misma forma? No, el español es el de el amor, de la creatividad; el inglés es el de el rigor intelectual; el hebréo es el de la espiritualidad y el francés y el árabe son los de su cotidianidad en Casablanca.  Ella ama todos los idiomas que habla, son SUS idiomas.  Cada uno de ellos la ayudan a comprender que hay muchas maneras de comprender el mundo y todas esas formas son válidas, tienen su propia riqueza y belleza- “Si uno hace el esfuerzo de comprender la lengua de cualquier otro, uno puede abrirse a otros mundos de los que uno no sospechaba. Y es un regalo poderlo hacer.

¿Qué hará Vanessa en el futuro?, continuar su tesis inclinándose sobre la historia y el repertorio árabe andaluz de Portugal.  “Siento que tengo espacio para aprender el portugués”

La entrevista se termina en español.  Salgo del café preguntándome ¿qué fue lo que retuve de este intercambio? Ella es colombiana como yo y no es por eso que me sentí cercana a ella. Vanessa me recuerda un libro: “Las identidades asesinas” de Amin Maalouf.  Ella es el ejemplo de lo que el autor demuestra: “ la identidad no dar de una vez por todas, ella se construye y se transforma a lo largo de la existencia”.  Ella tiene una identidad múltiple, abierta, lejos del individualismo de la sociedad.Un identidad que se enriquece de cada aporte de su historia, de cada lengua que habla. Ella irradia paz.

Vidéo : Vanessa Paloma- Primo Rabbi

Blog de Vanessa : https://vanessapaloma.blogspot.fr/

 web : https://www.vanessapaloma.com/


Vanessa Paloma, l’identité plurielle de la musique arabo-andalouse.

Vanessa est colombienne, américaine, marocaine et juive. Elle vit à Casablanca au Maroc. Son parcours de vie l’a amenée à chanter le répertoire arabo-andalou de la communauté juive marocaine. Son histoire, son identité représente à elle-seule un « pont entre les peuples ». 

 Lors de l’interview, Vanessa dégage vraiment de l’unité. Elle l’affirme «  c’est un véritable voyage, pendant longtemps j’ai senti tout cela assez séparément. Aujourd’hui vraiment je ressens une unité. On peut être colombienne, américaine, juive avec un connexion au Maroc et le cœur à Jérusalem. On défini qui l’on veut être »

crédits : Facebook de Vanessa Paloma
crédits : Facebook de Vanessa Paloma

 Vanessa était de passage à Paris en Novembre pour un concert avec le groupe Kinor David. Composé d’hommes juifs marocains , cet ensemble  chante en hébreu et en arabe. Elle était habillée de manière traditionnelle, avec une longue coiffe et des habits de lumière. C’est la seule femme du groupe et une des seules au monde à chanter en haketia, une langue de la communauté juive du Nord du Maroc, un langage qui combine l’ancien espagnol, l’hébreu et l’arabe.

 La musique arabo-andalouse est une composante forte de l’identité marocaine. Depuis la fin de l’Al-Andalus en 1492, les juifs expulsés d’Espagne ont apporté au Maroc,  le répertoire de la musique judéo-andalouse. Pour Vanessa, chanter avec ce groupe lui permet de « se connecter à toute son histoire » mais aussi d’apporter sa pierre à l’édifice du rapprochement entre les peuples, de faire partie de l’histoire multiculturelle du Maroc.

 Née aux Etats-Unis en 1971, Vanessa a été élevée dans plusieurs pays : la Colombie, Porto Rico et Israël où elle y a vécu pendant un an. C’est à ce moment là qu’elle s’est rapprochée de sa foi juive et entamé la pratique car « c’est important, cela [lui] donne une structure, cela [la] connecte à la terre »Sa famille maternelle est juive marocaine, originaire de Tétouan. En 1860, elle quitte le Maroc. Après un long périple, c’est la Colombie qui est choisie comme destination finale.

 La musique arabo-andalouse est venue à elle lors de son installation aux Etats-Unis, le pays de son père. « M’installer là-bas a été un vrai choc, j’ai du me réapproprier mon identité américaine ». Aux Etats-Unis elle a étudié avec des disciples de Abdelkrim Rais, grand maître  marocain de la musique arabo-andalouse. En 2007 elle gagne une bourse Fullbright pour étudier ces chants et leur spiritualité au Maroc.

 Plusieurs générations après le départ de sa famille maternelle, Vanessa débarque à Tanger « je suis allée au Maroc car il y avait beaucoup de fils que je devais apprendre à connecter entre eux, pour me construire une unité » dit –elle.  Aujourd’hui elle y vit et s’y est mariée.  Cinq générations après le départ de sa famille, elle a eu ses enfants au Maroc. La boucle est bouclée d’une certaine façon.  Vanessa est pleinement colombienne, américaine, juive et marocaine. Tout ce cheminement « C’était la rencontre de tous mes intérêts divers et c’était quelque chose de très interne à mon histoire » affirme-t-elle.  Au contact du répertoire judéo-marocain, Vanessa se prend à faire des recherches anthropologiques, cherche à comprendre, à analyser ce répertoire et les gens qui le composent  » C’est drôle parce que je viens d’une grande famille d’anthropologues en Colombie et c’est quelque chose que j’ai toujours rejeté..et me voilà au Maroc à faire la même chose ! » Elle voulait écrire un livre sur sa recherche, c’est finalement une thèse qu’elle prépare à l’INALCO sur les voix des femmes et leur identité dans le répertoire judéo-marocain.

 «  Je suis le résultat de ce processus historique et j’ai en moi différentes parties de tous les endroits d’où je viens, de toutes les langues que je parle » Haketia et judéo-espagnol pour le chant, anglais, espagnol, hébreu, français et Darija, l’arabe dialectal marocain, Vanessa parle toutes ces langues, les mélangent parfois. Lors de l’interview en espagnol, des mots d’anglais ou de français se glissent pour expliquer certaines choses, intraduisibles.  En écoutant son récit, ce passage d’une langue à l’autre me semble tellement naturel.

Face à autant de lieux, de voyages, de découvertes et face aux cinq langues qu’elles parlent, je me demande qu’elle est sa relation avec chaque langue ? Les voient-elles de la même façon ? Non  l’espagnol est celle de l’amour, de la créativité.  L’anglais celui de la rigueur intellectuelle. L’Hébreu celui de la spiritualité. Le Français et l’arabe celui de son quotidien à Casablanca. Elle aime toutes ces langues — ou plutôt SES langues, les siennes. Chacune d’elles l’aident à comprendre qu’il y a plusieurs façons d’appréhender le monde, et toutes ses façons sont valides, ont leurs propres richesses et beauté. « Si on fait l’effort d’apprendre la langue de quelqu’un d’autre, on peut s’ouvrir à d’autres mondes qu’on ne soupçonnaient pas. Et c’est un cadeau de pouvoir le faire ».

Que va faire Vanessa à l’avenir ? Continuer sa thèse, et se pencher sur l’histoire et le répertoire arabo-andalou du Portugal :   » Je sens que j’ai encore de la place pour pour apprendre le Portugais. »

L’interview se termine, toujours  en espagnol. Je ressors du café en me demandant : qu’est-ce que j’ai retenu de cet échange ?  Elle est colombienne, comme moi, et pourtant ce n’est pas par ce biais -là que je me suis sentie proche d’elle. Vanessa me rappelle un livre : « Les Identités Meurtrières » d’Amin Maalouf. Elle est l’exemple même de ce que l’auteur démontre : « l’identité n’est pas une donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence ». Elle a une identité multiple,  ouverte, loin de l’appel au communautarisme de nos sociétés. Une identité qui s’enrichit de chaque apport de son histoire, de chaque langue qu’elle parle.  Elle irradie la paix.

Vidéo : Vanessa Paloma- Primo Rabbi

Blog de Vanessa : https://vanessapaloma.blogspot.fr/

Site web : https://www.vanessapaloma.com/