josianekouagheu

9 enfants disparus au Cameroun: mon difficile retour de Bolounga

Mardi le 10 septembre 2013

Comme si les dieux s’étaient entendus avec ce beau climat qui inonde Douala, les nouvelles sont bonnes. Enfin, un peu teintées de tristesse. Sur les neuf enfants disparus au village maritime Bolounga, huit ont été retrouvés. C’est vrai, je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas contente. J’ai appélé Bolounga et on m’a confirmé la nouvelle. Le dernier enfant n’a pas été retrouvé. J’espère qu’il sera vivant. Mais, à travers le téléphone, j’ai perçu des cris de joie dans ce village plongé dans le tristesse depuis plus de 10 kours. C’était comme un miracle, après toute la peine que j’ai lu sur leur visage.

J’avais le coeur triste ce samedi-là, lors de mon voyage et ce dimanche matin à mon retour…

Ils ont disparu ces neuf petits enfants! Ils ont vraiment disparu. La réponse m’est apparue très claire ce matin, lorsque j’étais de retour dans ce car-cargo qui roulait à tombeau ouvert sur la route de Mouanko-Douala. Comme j’aurais voulu avoir une autre réponse, vivre une autre scène. Vous écrire un autre billet, plus joyeux, moins triste! Main non ! Rien n’était faux. J’étais allée au village Bolounga avec un espoir enfoui au fond de mon être : que ces informations sur la disparation des neuf enfants soient fausses. C’était très bête de ma part, je le sais.

Le Cameroun a perdu neuf enfants : cinq petits garçons et quatre petites filles. Ils ont disparu sans trace. Pas de chaussures, vêtements, jouets, objets quelconques retrouvés après plusieurs jours de fouille et de battues acharnées. « Vous allez à Bolounga ? Vous n’avez pas peur de disparaître ? », m’a lancé une Sœur, fervente croyante. J’étais encore dans une agence à Edéa, après quelques minutes de route de Douala. Je m’apprêtais à prendre le car pour le village. Bienvenu à Bolounga, le village des disparus (un nom de circonstance).

Itinéraire ponctué de tristesse…

Le paysage est féérique au village. "Crédit photo: Josiane"
Le paysage est féérique au village. « Crédit photo: Josiane »

Direction Bolounga donc. J’ai été accueillie par un paysage féérique : une forêt paisible, des oiseaux chantant à la gloire de ces reporters venus de très loin (peut-être), la Sanaga (le plus long fleuve du Cameroun) qui étendait sa force tranquille se déversait ce matin là au bord du village. Que c’était beau ! Mais, les regards des habitants m’ont fait oublier ce paradis sous les tropiques. Des regards larmoyants ! Comme une désillusion, j’ai compris : ils ont vraiment disparu ces neuf petits enfants. « Que Dieu m’entende ! S’il vous plaît, aidez-moi à retrouver mon fils ». C’était un cri, une peine, un désespoir proche de la fin. Elisabeth Abogo ne pouvait plus tenir. Des grosses larmes ruisselaient sur son visage si pâle. Mes yeux se sont embrumés. Je me suis retenue, au prix d’un immense effort, pour la calmer. Communiquer à cette maman qui n’a pas revu son fils, une force que j’étais loin d’avoir.

Ce petit matin du 30 août 2013, les enfants sont allés à la chasse aux escargots

Ce n’était pas tout. Joseph Dikanda est arrivé. Pas nonchalant, l’air visiblement ailleurs, pieds nus, vêtements déchiquetés. Il ressemblait à un fou. Que non ! Joseph a perdu six enfants. Cinq petits fils et un fils. Il pleurait. Ses yeux avaient rougi. Je ne savais comment consoler ce papa dont le regard recherchait pourtant quelque chose en moi. Quoi ? Pas une compassion en tout cas! Non, une réponse. « S’il vous plaît, aidez-moi ». Pour la toute première fois de ma vie, je n’avais même pas en pensée, une réponse virtuelle. Ma mémoire refusait de réfléchir. Joseph m’a alors tout raconté. Il m’a conté l’histoire de ce matin du 30 août 2013 que le Cameroun n’oubliera probablement jamais.

Les neuf enfants, âgés entre 6 et 12 ans, sont sortis ce jour comme d’habitude pour la chasse aux escargots. Au village, tous les enfants le font. Il était 9 heures. Munis des sacs et des bâtons, ils sont entrés dans le brousse, par une petite piste. A 16 heures, les bambins n’étaient pas de retour. « Souvent, ils ne font même pas une heure en forêt », m’a lancé ce papa né en 1955, l’air perdu. Inquiets les habitants ont commencé des fouilles. La forêt a été fouillée sans succès ! Et depuis, ils ne sont plus jamais revenus. Des soldats sont partis de partout au Cameroun, des forces d’élite, spécialistes de ces cas pourtant. Les fouilles n’ont pas abouti. « Où sont-ils ? Que font-ils ? Sont-ils perdus ». Joseph pensait que je pouvais avoir la réponse. J’aurais donné ce que j’ai de plus cher pour répondre à ces questions. Je n’avais pas de réponses chers lecteurs.

Bolounga vit depuis dans la peur…

« Ma petite fille est où ? ». La grand-mère Marie Kotto me l’a demandé d’un ton désespéré en agitant ses bras décharnés vers moi. Elle élève sa petite fille Corinne, 12 ans, depuis la mort de sa fille. Personne n’avait la réponse au village. D’ailleurs on a peur de tout ici. On ne sort plus n’importe comment comme avant. On ne part même plus en mer chercher le poisson qui permet pourtant au village de vivre. J’ai passé nuit à Mouanko, à quelques mètres de là. J’ai fait des rêves les plus bouleversants de ma vie. Le matin, dans le car-cargo, la tristesse était la même que la veille.

Mon voyage de retour était difficile. Je voulais rester et partir en même temps. Bolounga a perdu ses neuf enfants. La peur y plane ! Où sont-ils ? Je ne veux pas penser au pire !

(J’espère que le dernier enfant sera très vite retrouvé et que la paix retombera sur ce village jusque-là très calme!)


Bloguer ou risquer sa vie, possible au Cameroun !

Suis-je une chroniqueuse qui n’écrit que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir? Chers lecteurs, je ne vous pose pas une question. Ou si, je ne vous empêche pas de me répondre. Mais, j’ai décidé de vous parler de mon activité en déphasage avec ce préjugé. Nous sommes aujourd’hui le 31 août 2013. Une journée qui fait honneur à ceux là qui animent des blogs comme moi. Cynthe Ibohn et Ivy Ben Mun ont eu l’idée de mettre ensemble des blogueurs Camerounais autour de plusieurs préjugés. Une sorte d’exutoire je vous le dis. Des blogueurs sont-ils  des chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir ? (l’un des préjugés) Suis-je un exemple?  Facile de répondre par oui ou par non ! Avant toute chose, je tiens à signaler que la situation actuelle de mon pays le Cameroun, n’est pas un cadre pour le divertissement. Et lorsque j’ai eu le concours Mondoblog, je ne l’ai pas oublié!

Journée Mondiale du blog"crédit photo: google"
Journée Mondiale du blog
« crédit photo: google »

Sur le blog, on écrit pour changer, comme des livres censurés

Imaginez-vous dans un village du 21ème siècle. Le sol est fertile. La moisson est toujours abondante. La forêt est dense et riche. Seulement, le chef accapare tous les fruits des récoltes. Les habitants sont des victimes et esclaves. Ils ne vivent que des miettes. Et ils ont surtout peur d’exprimer leur mécontentement. La Cause? La dernière fois qu’ils l’ont fait, le chef a envoyé ses gardes armés, sous la direction de ses notables. Dans la foulée, tu as perdu papa, plusieurs oncles, voisins et amis. Que fais-tu actuellement ? Tu cherches où épancher ta peine, l’endroit où déverser ta haine contre le chef et ses notables. Sur la place publique? Dans la chefferie ? Où alors ? Tu sais que tu es en danger, mais tu refuses de te taire.

Je pourrais prendre des centaines d’exemples pour illustrer nos espoirs perdus, nos haines contenues. Pour te prouver que rien ne va au Cameroun. Ce cas sera pour quelqu’un d’autre, un Camerounais bien sûr, le moins grave. Ils sont tellement habitués à plus. A souffrir au quotidien sans que personne ne lève le petit doigt pour les aider. Je m’adresse ici à ces irresponsables responsables (président, ministres, directeurs…) qui profitent de leur pouvoir pour affaiblir le peuple et s’engrosser de fric. Et maintenant, quand nous (blogueurs et blogueuses Camerounais), prenons notre plume pour dénoncer et interpeller, ils nous traitent des «chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir». Facile hein?  Et après vous allez dire que vous avez des raisons d’expliquer pourquoi vous avez censuré le livre : « Au Cameroun de Paul Biya » ?

 Pour moi, dénoncer, interpeller, rendre publique un fait, c’est agir*

«Josiane, tu peins toujours le Cameroun en noir ». J’ai trop entendu ces paroles. Donnez-moi des raisons de ne pas écrire des billets pareils sur mon blog  :

Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité au Cameroun. Il y a des morts. Le pays en produit et alimente pourtant la sous-région Afrique centrale. Je ne prends pas ma plume ?

La compagnie aérienne nationale a déjà absorbé plus de 50 milliards au contribuable camerounais. Elle ne décolle pas. On y injecte toujours « aveuglement » de l’argent. Je ne dénonce pas ?

La pénurie des Antirétroviraux est régulière au Cameroun. Chaque année des milliers de Personnes vivant avec le Vih Sida sont en danger. L’Etat s’en fout, pas de prévision. Je me tais ?

Le pont sur le Wouri  (près du Port, porte d’entrée et de sortie du pays) est vétuste. Ça tue ! Je n’interpelle pas ?

Et ces hommes politiques sans scrupule, ces enfants violés, excisés, ces étudiants désœuvrés…

Je dénonce, j’interpelle avec espoir de sensibiliser le grand-nombre et de faire changer les choses. J’agis ainsi ! La preuve, après mon voyage sur l’île de Djébalé, j’ai écrit le billet intitulé: «Djébalé, une île oubliée derrière Douala ». Par la suite, j’ai appris que l’île avait connu d’importants changements. Je ne sais pas si c’est mon billet qui l’a causé.

Non, juste pour vous dire que les blogueurs «ne sont pas des chroniqueurs qui n’écrivent que pour amuser la galerie ou se plaindre sans jamais agir ». La preuve, « ils » guettent nos publications, la peur dans le ventre. Comment je le sais ? Allez savoir pourquoi les blogueurs sont menacés et emprisonnés !

«Bloguer pour moi, c’est tout simplement être moi. Écrire pour dénoncer et interpeller, sans mensonge et sans maquillage».

D’autres publications:

1. #CMRBlogDay: Pourquoi? (Valdes Nzalli)

2. #CMR BolgDay: Blogging, that easy money-making business (Ivy Ben Mum)

3. #CMRBlogDay: Maki Avele et la bloggueuse Camerounaise… (Mebene)

4. Bloguer n’est pas chômer! (Tjat Bass)

5. #CMRBlogDay: blogueur camerounais, double combat (Samvick)

6. #CMRBlogDay: I’m a blogger in Cameroon… So I’m a jobless young (Innocent Djiofack)

7. Blogueur: informateur lésé par la publicité au Cameroun (Frank William Mbatchou)

8. Blogueur ou marketer, tout réside dans la stratégie (Achille Kmel)

9. Le blogueur camerounais: à l’aube de son devenir (Arnaud Femtchou)

10. Journée Int. du Blog? (A.J.)

11. Pourquoi je blogue? (Paul Armand Menye)

Bonus: Que représente le blogging pour les mondoblogueurs? (Billet collectif sur Mondoblog)

Bonne fête à vous collègues blogueurs et blogueuses!


Cameroun : le peuple, une fourmi dans le pré politique

«Tous pourris ». Pour reprendre Marine Le Pen, pour une fois que j’étais d’accord avec elle, trois mots que j’ai eu à la bouche hier. Vous savez, à l’heure où les batailles pour les élections municipales et législatives du 30 septembre 2013 plantent leur décor au Cameroun, tous les coups sont permis. Les Camerounais ont d’ailleurs assisté à leur vraie comédie électorale. Des bagarres entre ministres, hommes d’affaires, maires et députés. Chacun voulant voir sa femme, son fils, sa fille, son beau-frère, sa belle-sœur, sa «petite »…maire ou député. Le parti au pouvoir nous a servi le plus «laid» spectacle dans ce sens. Et l’opposition ne s’est pas mal débrouillée non plus. J’en ai évidemment eu plein la vue et les oreilles. Mais, je me demandais toujours qui voter. Qui voter? Hier, j’ai su qu’ils étaient tous pires que «pourris». Abimés, détériorés, gâtés… ? Rien n’est plus juste pour décrire ma déception.

Une urne. Crédit photo: "Journalducameroun.com"
Une urne. Crédit photo: « Journalducameroun.com »

 J’étais assise à deux pas d’eux. Ils étaient trois hommes. Je les avais déjà vus à la télé. Mais, eux apparemment ne le savaient pas. Des célèbres hommes politiques de l’opposition Camerounaise. Des «hommes» en qui le peuple avait confiance, moi y compris. Pourquoi ? Ils étaient un peu «vierges» non ? Ils n’avaient pas encore assumé de poste de responsabilité connu. 30 ans qu’ils recherchent le pouvoir. On pouvait donc se fier à eux. Ne dénonçaient-ils pas tout le temps les tripatouillages de l’Etat ? C’est donc avec un bonheur non dissimulé que je me suis discrètement placée non loin d’eux. Leur conversation semblait animée. Chance pour moi. Des voix contenues de colère :

 -C’est une mafia. Tu comprends camarade ? Je n’ai pas compris pourquoi j’ai été écarté de cette liste. La veille il (j’ai préféré taire le vrai nom. Chers lecteurs, vous aurez eu la chair de poule) m’a appelé pour me dire que ma candidature avait été validée. Curieusement, le lendemain, mon nom avait disparu. (1ère voix)

-Et moi donc, j’étais sûr d’être la tête de liste de ma circonscription électorale. Oh Dieu, c’est à la télé que j’ai constaté que j’avais été écarté comme un vulgaire imbécile. (2ème voix)

-Je comprends pourquoi il t’a appelé la veille camarade. Une manière pour lui de te dire que si par mégarde, ton nom ne figurait nulle part, il n’était pas l’homme à incriminer (3ème voix)

-Il a placé sa «personne » à ma place. Malheureux à eux. Moi je n’ai même jamais voulu faire de la politique. Ça me sert à quoi depuis 17 ans ? A rien ! (2ème voix)

-Où va le parti ? Est-ce que tu sais que… a marchandé son entrée dans la liste à…F.Cfa ? (1ère voix)

-Qu’ils continuent à tuer le parti ! (2ème voix)

-Je n’ai pas compris pourquoi certaines personnes se sont retrouvées dans la liste. Et comment d’autres ont disparu. Une mafia organisée ! Ils ont payé combien ? (3ème voix)

-Est-ce que tu sais que…a bagarré avec…C’était terrible (rires). J’ai même cru que la salle allait exploser. (2ème voix)

-…

-…

-…

Comme j’ai quémandé en silence dans mon cœur, l’entrée d’un nom dans leur conversation. «Peuple»! Comprendre ce qu’ils projetaient pour nous s’ils avaient été candidats. Mais rien ! Pendant plus de 40 minutes. Ils déversaient leur colère, leur peine sans penser à moi, à vous Camerounais lambda. Le peuple est pourtant le principal fabricant de leur défaite ou de leur victoire. Mais, rien ! Nous étions l’oublié, la fourmi dans leur pré politique !

J’ai compris pourquoi les promesses de campagnes ne sont jamais tenues. Pourquoi dans mon village, le candidat élu, réélu…depuis plus de 10 ans, ne nous a jamais offert de bornes fontaines. Les routes sont toujours enclavées. L’agriculture se fait toujours sans Caterpillar, pesticides, tracteurs…promis. Pas d’hôpitaux. Pas d’écoles. Il faut toujours faire des kilomètres pour se soigner ou pour aller à l’école. Le choléra sévit toujours dans le quartier. «Je suis à Douala hein ? ». Sans eau, ni électricité ? Il faut avouer qu’au Cameroun, on a une autre notion de la ville.

Dans moins de 60 jours, il y aura à boire et à manger au pays. Les candidats vont distribuer de l’argent, du pain, du riz, du savon, de la boisson, des t-shirts, des pagnes…pour être élus maire ou député. Ironique non ? En tout cas, ils vont nous nourrir de promesses à n’en point finir. Ils vont nous faire miroiter un paradis impossible. Et toi, comme toujours, tu te diras. «Euh, peut-être qu’il peut changer les choses. Ma fille peut travailler, mon fils peut enfin cesser de voler et devenir un grand quelqu’un ». Que non! Tu n’es pas dans leur rêve politique. Au Cameroun, apparemment il n’y a que le pouvoir qui compte et rien d’autre. Qu’on soit du gouvernement ou de l’opposition.

J’irai peut-être demain retirer ma carte d’électeur. Je me suis inscrite sur les listes biométriques. Mais, j’ai perdu le goût du vote. Je sais que je ne suis pas incluse dans les programmes des candidats. Mais, qui voter le 30 septembre prochain?  Je suis une fourmi dans le pré politique Camerounais. Comme je vous déteste ! «Je suis décidément trop crédule pour être camerounaise. Trop même».


Camair-Co ou la chronique d’un crash à l’horizon

Kenya Airways, Ethiopian Airlines…font la fierté de leurs pays respectifs. J’essaie depuis peu de mettre cette idée dans ma tête: elles sont toutes des compagnies africaines et se portent à peu près à 8/10. Certains de ces pays n’ont même pas le quart du pétrole Camerounais, encore moins la moitié de ses hommes d’affaires.

Pourtant, au Cameroun, voler aux couleurs nationales pour un temps indéterminé semble être un rêve que le pays  espère réaliser. Quand? Trop d’espoirs a tué mon pays! Comme un enfant devant un puzzle sans solution, il tente de voler de ses propres ailes, afin au vert-rouge-jaune qui fait sa fierté. Il tente de voir sa flotte aérienne affronter le monde et  partager le mythe du ciel. Seulement, la compagnie est depuis sa création, en perpétuelle turbulence. Elle cache un crash qui se précise de plus en plus à l’horizon! Elle est comme une bombe à retardement.

Comme la gestion du pays dans son ensemble, Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), la compagnie nationale aérienne, est à l’exemple de la catastrophe qui n’a que trop duré. Je ne vais pas épancher ici le chapelet des annulations des vols, des perturbations, des licenciements du personnel, du problème de remplissage de son boeing, le dja » (jamais effectif depuis 2 ans), des détournements d’argent… Il faut dire que Camair-Co n’a jamais eu un sourire radieux!

Non, je ne veux pas attiser à nouveau la colère des passagers. Vous savez, quand tu te rends compte, après avoir acheté un billet d’avion, que le service à bord ne fait pas le travail.  Qu’en plus, tu perds des millions pour un retard inexplicable, tu en veux au monde entier…euh non! A Camair-Co bien sûr. Tu maudis le seigneur d’être né Camerounais (si tu l’es. Autrement, trop de regrets). Comme si moi aussi j’étais trop fière de mon pays.

Camair-Co, c’est plus de 50 milliards de F.Cfa du contribuable Camerounais. Bon moi aussi, j’ai contribué d’une certaine façon alors! Et pourquoi? Je me pose toujours une question: pourquoi injecter aveuglement des milliards dans une société qui ne rapporte rien? Il faut soutenir, les bons projets, les bonnes actions. Mais, pas des projets morts avant leur réalisation! Pas des projets qui n’avancent pas! Combien de directeurs a-t-elle eu? Combien de solutions a-t-elle trouvé face à ses problèmes? Je n’ai pas envie de le dire, tellement l’inertie semble totale. Elle trace une route dépourvue d’ambitions, de bénéfices. A quoi sert-elle à la fin? Elle est née de la défunte Camair. Personne n’a oublié qu’elle était un puits à sous. Certains de ses ex-directeurs ne sont-ils pas en prison? Remember l’affaire Camair.

En réalité, Camair-Co n’est pas différente de la Camair. Juste un nom en trop. Même attitudes, même fautes. A croire qu’elle n’a jamais quitté sa célèbre piste 12. Ce jour-là, c’était d’ailleurs avec des minutes de retard. Un vol inaugural? Mauvais début, mauvaise fin? La suite du vol n’est plus que catastrophique. L’avion dandine dans les airs. Toujours en zone de turbulence. Les passagers désertent peu à peu. Quand trouvera-t-elle le sol? Vraisemblablement jamais.

C’est toujours avec beaucoup de regrets que je me rends compte qu’une compagnie aérienne que je compare à un musée national, mieux, à une statuette de la réunification, a entamé sa course dans les ténèbres. Camair-Co est va vers un inévitable crash!

 


La kalachnikov se démocratise au Cameroun

Je suis Camerounais, j’ai une kalachnikov. Ça fait peur hein? Ne pensez pas chers lecteurs, que je crée là un débat. Au contraire, je vous dresse juste un constat. C’est quoi en fait une kalachnikov ? C’est une machine à tuer. Au quartier, les enfants disent que c’est un fusil, une arme qui fait des morts. Normal, au champ de guerre, un AK 45 se constate. Ça prend des munitions en plus. Hum! Lorsque les «grands» hommes de mon pays ont tenté de camoufler leur peur à l’annonce de la nouvelle, j’ai bien rigolé. 50 000 F.Cfa la kalachnikov à l’Est du Cameroun. Pas à une vente aux enchères. Tu négocies, paies cash et tu l’obtiens. Le fond mondial pour la nature (Wwf) a fait une enquête au Cameroun.

Une kalachnikov: Crédit photo: "francaisdefrance.wordpress.com"
Une kalachnikov: Crédit photo: « francaisdefrance.wordpress.com »

Sur qui tirer?

 50 000 F.Cfa pour une arme de guerre? Possible et réel! Mais, le vrai «homme» du peuple aurait eu peur de cette crise en République centrafricaine (Rca) qui entraîne cette prolifération des kalachnikovs côté Camerounais. Il aurait eu comme moi, une grosse frayeur pour ces centaines d’éléphants abattus avec ces armes. «Mais, mes petits enfants ne pourront plus voir ces animaux. C’est une espèce en voie de disparition. Il faut que je trouve des solutions avec mes rivaux amis du gouvernement», se serait-il dit. Que non ! Ce n’était pas là l’objet des grosses frayeurs.

 «Si une kalachnikov coûte 50 000 F.Cfa, cela veut dire que ma bonne, mon chauffeur, mes employés, que je paie au quart de la moyenne (je m’enrichis pourtant), pourront se la procurer». Même avec un an d’économie, ce rêve peut être possible. Sans être prophète, ni une diseuse de bonnes nouvelles, je crois que cette pensée a effleuré plus d’un. Et vous imaginez ce qu’un Homme rendu amer par les dures réalités de la vie Camerounaise, peut faire avec une kalachnikov à la main. Foutaises ! Ce que vous ignorez chers lecteurs, c’est que, la kalachnikov est un bien commun à presque tous les Camerounais, et ce, depuis des années. C’est le seul bien qui leur est gratuitement accessible d’ailleurs.

Imaginez un homme, un père, qui tient son fils, à l’agonie entre ses bras dans un centre hospitalier. L’enfant est à l’article de la mort, mais, le médecin est formel : «Heu monsieur sans argent, nous ne pouvons pas appliquer les premiers soins à votre enfant ». Le pauvre papa n’a pas encore eu son 6ème mois de salaire pourtant. Que fera-t-il alors ? Entre temps, l’enfant est mort entre ses bras, son unique enfant d’ailleurs! Il a 65 ans. Il ne peut plus se refaire une autre vie. A cet instant précis, il tient une kalachnikov entre les bras. Une arme qui peut tuer aussi bien le médecin que l’hypocrite employeur, je vous le dis.

Chaque jour, chaque Camerounais tient sa kalachnikov prêt à la main

 Imaginez un jeune, l’espoir de toute une famille. Il s’est sacrifié durant des années d’université. Il était étudiant, répétiteur, mototaximan, gérant de call-box…Que de petits boulots accumulés ! Il a obtenu tous ses diplômes universitaires. Et il s’attendait à un emploi décent. Bref, à une bonne situation. Et qu’obtient-t-il à la fin? Une désillusion totale. Un rêve qui vole en éclats. Et il doit faire face au regard déçu de maman, à la fierté blessée de papa. Et ces petits frères et sœurs qui ne vont plus à l’école? Et que fera-t-il lorsqu’il verra au grand-carrefour, alors qu’il est venu boire une bière avec des copains, sa petite sœur chérie, devenue secrètement prostituée? Et à la télé, il identifie dans le gang des malfrats arrêtés avec des kalachnikovs, son petit frère adoré. Maman et papa peuvent mourir d’une crise cardiaque. A cet instant, l’étudiant sérieux d’hier, tient sa kalachnikov à la main.

 Imaginez des milliers d’histoires similaires, preuves d’une société torturée dans sa peau et en manque de repères. Je n’excuse pas la paresse de certains, encore moins la prolifération des kalachnikovs. Il faut lutter contre cette propagation d’armes. Mais, j’ai suivi avec horreur l’avis de certaines personnalités sur la question. Elles auraient mieux fait de se taire. Car, si je vous conte mon histoire, si le voisin vous parle de lui, si vos employés, vos concitoyens… vous plongent dans leur intimité, vous verrez qu’ils tiennent chacun, une kalachnikov à la main. Ce n’est pas seulement à l’Est du pays. C’est une question de vie au Cameroun.

 


Ça passe ou ça casse avec la police au Cameroun

 Vous allez croire que j’exagère. Pourtant, l’histoire reflète une réalité qui poignarde des Camerounais dans leur chair.

Un papa avait deux petits enfants. Ils étaient élèves au Cours élémentaire. Il les avait avertis en début d’année scolaire. «Si vous ratez votre entrée en classe supérieure, je vous donnerai une bonne leçon inoubliable». Et à la fin d’année, on a remis les bulletins de notes aux deux enfants et malheureusement, aucun d’eux n’avait réussi. Le soir venu, le père leur a demandé de venir avec leur travail. Le premier avait une moyenne de 8/10. Enervé, le père lui a donné une belle correction. Il a été copieusement battu. Le second qui avait obtenu une note de 6/20, n’a pas été puni. Au contraire, papa a même souri à la vue de son carnet de notes.

Un regroupement de policiers au Cameroun: Google images
Un regroupement de policiers au Cameroun: Google images

Etonné et fâché, son frère lui a demandé une fois qu’ils étaient hors du regard de leur géniteur, d’un ton presque accusateur:

-Mais comment tu as fait ? Papa m’a tellement fouetté que j’ai l’impression d’être au paradis. J’ai eu 8 et toi 6. Même la maîtresse dit que je suis plus intelligent que toi. Mais papa ne t’a rien fait. Stp comment tu as fait ?

Son frère a alors éclaté de rire.

-Que tu es bête comme cette maîtresse qui sait seulement voler mon petit déjeuner! Papa est policier. J’ai fait comme des taximen au contrôle de police. J’ai mis un billet de 500 F.Cfa dans mon bulletin. Je savais que papa allait être très très content de moi. Il va boire une bière avec cet argent, j’en suis sûr, répond-t-il alors avec fierté, tout innocemment.

Cette histoire tournait en boucle dans ma tête lorsque j’écoutais le dernier baromètre mondial de la corruption d’Amensty international à la radio. Selon cette enquête réalisée auprès de plus de 1000 Camerounais, la police est le corps le plus corrompu au Cameroun, avec 69% de taux de corruption. Cette information ne m’a pas du tout surprise. Au contraire, difficile d’ignorer des liens entre pots de vin et des policiers. Si un petit garçon, haut comme deux pommes, est déjà plongé dans les secrets policiers, c’est que l’avenir s’annonce difficile au pays.

Témoignages :

-Dès que le policier tient entre ses mains les dossiers de ma voiture, je sais que je suis mal parti. Que tu sois complet ou pas, tu dois « négocier». Si non, ta voiture passe en fourrière. Mais, je dois faire comment ? Mes enfants doivent manger. Je «négocie». T’informe un taximan. Comment ?

-Je donne quelque chose, un peu d’argent ! Pots de vin contre services. Classique l’histoire. Allez voir dans un commissariat. Le président de la République l’a pourtant annoncé en grande pompe sur les antennes de la télévision nationale (normal, c’est déjà un électorat acquis à sa cause. Que c’est facile de tromper les démunis) : -L’établissement des cartes nationales d’identité est gratuit Que te dis le policier ?

Tu le sais par cœur :

-C’est vraiment gratuit. Mais, tu sors de chez toi avant le chant du coq et tu rentres le soir, après le coucher du soleil sans être servi durant au moins trois jours de suite. Le bon premier devient le mauvais dernier. Et là, tu «grattes » un peu ta poche, plus que le 50ème, pour espérer, toi le 1er des 1ers ,être placé au moins 40ème. Ton voisin vole tes poules et tes poussins.

Tu pars te plaindre au commissariat du coin. Mais, lui qui a «ses relations» et frères policiers, lui qui a un peu de «ndo » (argent) pour fermer l’œil des policiers, devient bien vite le plaignant et toi l’accusé. Ah, qui disait déjà que les vrais voleurs sont en prison?

Oh le Cameroun, mon pays! 117 un numéro! Ça sonne au bout de la ligne. Ça sonne…Décroche, décroche bon sang ! -Pourquoi tu perds ton temps toi. Ils ne vont pas décrocher ! Mais, toi tu insistes, insistes et insistes jusqu’à la énième sonnerie (le jour s’est déjà levé paraît-il). Enfin on décroche :

-Bonjour Monsieur. Svp je vous appelle pour vous dire que des bandits sont entrain de cambrioler ma maison. Au secours ! Que tu es chanceux, ils n’ont pas encore raccroché.

– Vous nous appelez d’où ? – Heu…Quartier… Toi aussi, tu pensais qu’il allait venir dans ton coin réputé méchant là ?

-Attendez demain Mr, tonne une voix autoritaire. (Ça c’est de la police. Cette voix fera fuir le bandit là qui est à deux pas de chez moi) Il se fait tard ! Et puis, silence au bout de la ligne !

– Donne-moi ce téléphone ! Vite, te presse alors le malfrat qui t’a rejoint, kalachnikov à l’appui ! Le nouveau maître a tout pris et il est parti. Le lendemain, les policiers viennent en renfort faire libérer le malfrat qui a violé ma sœur, fusillé mon père dans la nuit. Je l’ai pourtant appelé au 117 dans la nuit.

Chers policiers, faites votre travail. J’ai honte de voir votre nom dans une liste d’Amnesty International. Le monde vous regarde, nous regarde. J’entends d’ailleurs d’ici, des gens dire : -Encore le Cameroun ! Toujours aussi corrompu ! Même la police est entrée dans le jeu. Non, il y a parmi vous ceux qui font du bon et vrai travail. Je les en remercie d’ailleurs. Mais, une seule main n’attache pas un fagot de bois ! De grâce, protégez nous, faites ceux pourquoi vous êtes payé !


Pénurie d’Antirétroviraux: malades en danger de mort au Cameroun

J’écoutais les informations à la radio ce matin lorsqu’une nouvelle a retenu mon attention. «Deux personnes vivant avec le Vih-Sida ont été guéries grâce à une greffe de la moelle épinière aux Etats-Unis», disait le journaliste. Cette nouvelle positive m’a évidemment réjoui avant de me mettre devant la  triste réalité. Pendant que sous d’autres cieux, dans d’autres lieux, des gouvernements se battent pour trouver des solutions à l’éradication de la pandémie du siècle, nous sommes encore au Cameroun à l’ère de la pénurie des Antirétroviraux (Arv), médicaments essentiels à la lutte contre le Vih-Sida. Ironique non ?

DFID - UK Department for International Development
DFID – UK Department for International Development

 Six morts déjà

 Depuis deux mois environ, plus de 127 000 malades Camerounais ne parviennent plus à avoir accès aux produits composant la trithérapie du Vih-Sida que sont l’Efavireng, l’Aluvia Duovin et le Stocrin Duovin. Que feront-ils? Que deviendront ces malades? Je n’ose pas imaginer leur sort d’autant plus que le ministre de la santé publique justifie ainsi l’action du gouvernement : «Avec nos partenaires, nous nous acheminons vers la solution». Quelle solution ? La vraie question habite pourtant les malades : «Quand aurons-nous les médicaments ? Quand ?». Aucune précision à l’avenir. Certaines indiscrétions parlent déjà de Six morts enregistrés chez les malades en un mois. Pas surprenant!

 Pénurie à répétition

 Je connais des malades qui doivent parcourir des Kilomètres, dépenser plus de 800 F.Cfa de transport, le ventre vide,  pour arriver dans leur centre de distribution d’Arv. Ils sont déjà déséquilibrés. Mais si en plus, ils n’ont pas les médicaments qui empêchent le virus de se promener dans leur organisme et d’éviter par la même occasion la mort, il y a vraiment lieu de craindre le pire. Comment comprendre cette négligence du gouvernement ? Comme résignés, les malades n’ont pas manifesté cette fois contrairement aux années précédentes. «A quoi bon le faire parce que rien ne change de toute façon », se sont-ils surement dit. Cinq ans que ça dure ! Cinq ans qu’il y a rupture de stock des molécules. La pénurie est un fait dans leur vie! Une réalité honteuse pour un pays comme le Cameroun.

 Et pourtant, le Fonds mondial de lutte contre le paludisme, le Sida et la tuberculose aide le Cameroun à hauteur de 35% de ses besoins. La Fondation Clinton  fournit des traitements pour les enfants. Surprenant que les fonds pour la lutte contre une telle maladie dépende des financements extérieurs. Que fait alors le Cameroun ? Il y a quelques mois, le ministre de la santé publique sollicitait l’aide des âmes de bonne volonté dans  le financement de la prise en charge des malades. Vous entendez ? Et pourtant, l’enquête démographique de santé 2012 indiquait une baisse du taux de prévalence du Sida de 4,3%. Les prévisions eux annonçait 6 000 nouvelles infections pour plus de 30 000 décès en 2013. Mais, avec cette pénurie, les morts seront probablement nombreux, dans un pays où les jeunes sont les plus touchés. Je vois d’ailleurs d’ici des malades qui seront licenciés de leur travail pour des absences à répétition, des femmes enceintes stressées. Avec en prime, le chemin de la mort à quelques mètres d’eux. Que c’est triste le Cameroun !


Cameroun: sénateurs ou députés, quelle différence?

J’ai été témoin de l’histoire. Comme de nombreux Camerounais, j’ai assisté à la toute première élection des sénateurs de mon pays. Après 17 ans d’attente, le tout premier président de la chambre haute est connu! Marcel Niat Njifenji est désormais le N°2 du pays. Si jamais une rumeur sur la mort de Paul Biya survient comme en 2004, on ne pourra plus craindre le pire. Le président du Sénat assurera l’intérim comme le précise la constitution. 100 sénateurs! J’aurai au moins eu quelque chose à raconter à mes enfants sur leur pays si ces sénateurs ne me rappelaient que trop les députés. Au Cameroun, on dit «honorables», comme sénateurs d’ailleurs. Ce sont des élus du peuple (oublions pour une fois les fraudes électorales quasiment présentes à chaque fois).

Crédit photo: Camerouninfo
Crédit photo: Camerouninfo

 Rien n’a changé avec les députés…

 Ironique non ? Les Camerounais (moi compris), n’ont pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de routes, pas de boulot, pas de quoi manger. L’étudiant a un futur incertain. Les parents ne savent plus ce que deviendront leurs enfants. Ils sont pourtant l’avenir du pays. Des jeunes bravent le désert, la mer et l’océan pour partir. «Vivre au Cameroun est un calvaire. Je préfère mourir dans ma pirogue de fortune», se disent-t-ils.

Et pendant ce temps, les «élus» que nous avons votés pour nous défendre, pour tirer les oreilles à ces ministres qui ne font pas leurs devoirs et pillent les caisses du pays, sont logés dans les plus grands hôtels, mènent la vie de pacha. Font du tourisme à travers les cinq continents et nous oublient.

Combien de fois ai-je vu un député élu dans ma localité en dehors de la veille d’autres échéances électorales? Honnêtement je ne me rappelle plus. Normal! En dehors de nos voies, quelle utilité avons-nous pour eux? Oh mon Dieu! Je m’y perds là. J’avais décidé de vous parler des sénateurs, c’est nouveau pour moi! Première fois au Cameroun, je vous dis.

Une urne- "Crédit photo: lejournalinternational.fr"
Une urne- « Crédit photo: lejournalinternational.fr »

 Sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, nonagénaires… Que pourront ces sénateurs ?

 Après avoir pris le temps de me renseigner sur les premiers sénateurs de mon pays, j’ai perdu mes illusions. Entre leur âge et leur ancien statut, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Ils ont travaillé pendant des années pour le gouvernement en place. Et les mêmes problèmes se répètent encore aujourd’hui. « Rien n’a changé quand ils étaient là », m’informe mon voisin. Et leur âge alors ? Sexagénaires, septuagénaires, octogénaires… Le président a 79 ans, le doyen d’âge 95 ans. Ils ont le temps du repos. Ils sont à la période de leur vie où les évacuations sanitaires sont récurrentes, les contrôles médicaux réguliers. Ces sénateurs ont des salaires plus que confortables. Ils sont surtout les « fidèles du régime », comme le dit le politologue Owona Nguini. «Paul Biya a récompensé ses amis », dit-il.

 Alors, ai-je tord de dire qu’ils ne peuvent pas dire avec courage et fierté à Paul Biya:

M le président, ne modifiez plus la constitution? Ne vous représentez plus en 2018, vu votre âge ?

M le président, cessez de truquer les élections ?

 M le président, est-ce normal de proroger à chaque fois le mandat des députés ?

 M le président, où va l’argent du pétrole ?

M le président, pourquoi certains ministres sont arrêtés pour corruption et d’autres pas ?

M le président, les étudiants souffrent ? Il faut changer le système ?

M le président, le peuple souffre, il a besoin de changement ?

 Non ! «Rien ne doit changer avec la venue de ces sénateurs», m’avait averti un ami à l’annonce des élections sénatoriales.t Et il avait raison ! Vous savez pourquoi? Le peuple a besoin de changement, mais ce sont les mêmes qui sont au Sénat. Anciens ministres, anciens délégués, anciens cadres… reconvertis en sénateurs. Entre les députés et les sénateurs, je ne vois vraiment pas la différence. Cette nouveauté a pour moi un goût amer !