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Norbert Zongo : Martyr de la liberté de la presse au Burkina !

On ne peut parler de liberté de la presse, au Burkina Faso, sans prononcer le nom de Norbert Zongo. Journaliste d’investigation, il a payé de sa vie pour que le droit d’informer soit une réalité au Burkina Faso.

Alors que le monde entier commémore ce 3 mai journée de la liberté de la presse, j’ai une pensée pour Norbert Zongo et ses trois compagnons. Journaliste d’investigation, ceux que sa plume empêchait de dormir ont tout fait pour le réduire au silence. Jusqu’à son assassinat pur et simple sur la route de Sapouy. De ce lieu, aujourd’hui, il n’y a qu’une plaque. Seul indice de l’acte crapuleux commis sur ce site. Norbert Zongo est l’un des précurseurs du journalisme d’investigation au Burkina Faso. Il a été assassiné le 13 décembre1998 alors qu’il enquêtait sur plusieurs dossiers notamment sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. Ce dernier est le petit frère du président de l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré.

Des années de lutte, une justice toujours attendue

J’étais encore au collège. Nous autres, l’avons connu avec le soulèvement populaire qu’a causé son assassinat. Mais dès le lendemain de son assassinat, nous marchions pour que la lumière soit faite sur cette affaire. Cela fait maintenant 19 ans. Je revois le film de ces multiples grèves et marches,  mais aussi la fumée des gaz lacrymogènes qui inondaient les quartiers. Et des échauffourées avec des policiers souvent trop zélés.

19 ans après, les commanditaires de cet assassinat courent encore. Le peuple attend toujours que justice leur soit rendue, lui et ses trois compagnons. Ses bourreaux, en s’en prenant à lui, n’ont pas pu mettre fin au métier de journalisme d’investigation. Ils n’ont pas non plus connu la tranquillité qu’ils espéraient jouir après avoir éliminé celui qui osait leur dire NON. Au contraire, la mort de Norbert Zongo a donné plus de liberté à la presse burkinabè. Le soulèvement populaire provoqué par cet acte crapuleux a été une mise en garde pour les autorités d’antan. Désormais, le pouvoir savait qu’il ne pouvait plus assassiner sans être inquiété.

Les Burkinabè attendent toujours que la lumière soit faite sur la mort de Norbert Zongo et des ses trois compagnons

Un héritage non négligeable

Du même coup, cela a offert plus de liberté aux  journalistes burkinabè.Même à ceux des médias d’Etat. Mieux, d’autres titres sont apparus après l’assassinat de Norbert Zongo. L’évènement est l’un d’eux. L’un des fondateurs de journal est Newton Hamed Barry. A l’assassinat de Norbert Zongo, il travaillait à la télévision d’Etat comme journaliste présentateur. Suite, à ce crime, il a préféré rendre le tablier et rejoindre le journal de Norbert Zongo, L’indépendant. Il a créé par la suite, L’évènement avec un autre journaliste Germain Nama. Ce journal fait également de l’investigation.

A côté de ce journal, il y a en bien d’autres plus récents. Le reporter, Mutations, Courrier confidentiel, etc. Tous ces titres se réclament du journalisme d’investigation.  Aujourd’hui des investigations journalistiques amène la justice à interpeller des présumés fauteurs.  Beaucoup de ces journaux tentent de s’inscrire dans le sillage de liberté que Norbert Zongo a tracé par son sang.

On peut donc affirmer sans risque de se tromper que ceux qui ont assassinat Norbert Zongo n’ont pas atteint leur objectif. Plusieurs « Norbert Zongo » sont nés après le 13 décembre 1998. Et ceux-ci étaient sans doute dans l’insurrection qui a vu la chute du président Blaise Compaoré.


FESPACO 2017 : Le Burkina aura –t-il un troisième étalon de Yennenga?

Tilaï et Buud Yam respectivement d’Idrissa Ouédraogo (1991) et de Gaston Kaboré (1997) sont les seuls films burkinabè ayant remporté le prestigieux Etalon d’or de Yennenga. Pour cette édition trois réalisateurs vont tenter relever le défi en donnant à la capitale du cinéma africain son troisième trophée. 

En 48 d’ans existence du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), seuls deux Burkinabè ont pu remporter le plus grand prix du festival à savoir l’Etalon de Yennenga. Le dernier Etalon de Yennenga, remonte d’ailleurs en 1997. C’était le film Buud Yam de Gaston Kaboré. Depuis aucun burkinabè n’a encore soulevé ce trophée. J’ai eu l’occasion d’échanger, au Fespaco 2009, avec un grand réalisateur burkinabè. Je lui demandais pourquoi depuis 1997, aucun burkinabè n’a réussi cet exploit. Selon lui, avoir l’Etalon de Yennenga n’était pas une priorité. Et cela ne signifie surtout pas que les réalisateurs burkinabè ne sont plus bons ou compétitifs. Loin de là ! « Et puis, on organise pas le Fespaco pour remporter le prix », m’avait-il répondu. Et c’est vrai.

Mais le public cinéphile burkinabè aimerait encore voir un compatriote se hisser au sommet du cinéma africain. Je trouve que ce ne serait pas mauvais. Pour cela trois réalisateurs burkinabè vont à la conquête du plus grand trophée du Fespaco.  Tahirou Tasséré Ouédraogo compte sur « Thom » pour soulever l’Etalon de Yennenga cette année. Déjà lauréat du poulain d’or en 2005, avec son court métrage « L’autre mal ». « Thom », c’est l’histoire d’une rencontre entre le fils d’un riche industriel et une prostituée. Né seulement trois ans avant la création du Festival (en 1969), Tahirou Tasséré Ouédraogo est un candidat à la succession de Gaston Kaboré. La deuxième candidate, Apolline Woye Traoré présente « Frontières ». C’est l’histoire de trois dames qui se rencontrent au cours d’un voyage en bus. Le voyage est difficile même si elles découvrent de beaux paysages sahéliens et côtiers.

Après Idrissa Ouédraogo en 1991, Gaston Kaboré a remporté l’étalon de Yennenga en 1997

La troisième œuvre burkinabè en compétition, « La forêt de Niolo» est celle d’Adama Roamba. Ce cinéaste a appris le métier aux pieds de grands noms du cinéma africain comme Dany Kouyaté et Gaston Kaboré. « La forêt de Niolo », c’est l’histoire d’une forêt riche en ressource naturelles dont l’exploitation va générer un conflit. Le meurtre d’un des défenseurs de l’environnement va entrainer une marche des femmes dans la capitale.

Les espoirs du peuple burkinabè se fondent sur les trois cinéastes pour nous ramener le prestigieux prix de l’Etalon de Yennenga. Ce prix est le symbole de la meilleure œuvre cinématographique de la compétition officielle du Fespaco. C’est une statuette matérialisée par une guerrière avec une lance à la main sur un cheval. Il tire son sens d du mythe fondateur de l’empire des Mossé, ethnie majoritaire au Burkina Faso. C’est également « l’identité culturelle africaine, que les cinéastes à travers leurs créations doivent contribuer à maintenir bien vivante ».

 


Burkina Faso : bientôt un jugement dans l’affaire Thomas Sankara ?

Le collectif d’avocats de la famille de Thomas Sankara a donné une conférence de presse le 12 octobre 2016. Selon Me Sankara et ses collaborateurs, le dossier évolue. C’est certainement une lueur d’espoir pour tous ceux qui attendent que justice soit rendue à Thomas Sankara et aux 12 autres assassinés le 15 octobre 1987.

Le 15 octobre 2016, les partisans du père de la révolution burkinabè commémorent le 29e anniversaire de sa disparition. Jamais commémoration n’a été teintée d’espoir pour ceux qui attendent justice à propos de la mort de Thomas Sankara et 12 de ses « camarades ». Du côté de la justice, le dossier évolue depuis la chute de Blaise Compaoré.

Selon les avocats de la famille Sankara, le dossier a évolué en 22 mois qu’il ne l’a fait en 18 ans d’instruction. Pour preuve, la plainte, formulée au départ contre X, a été reformulée contre l’ancien président Blaise Compaoré et d’autres personnes. Environ cent personnes ont été auditionnées. Il y a eu aussi des commissions rogatoires, des autopsies et des analyses balistiques.

Les quatre hommes forts de la révolution d'août 1983
Les quatre hommes forts de la révolution d’août 1983

14 inculpations et 2 mandats d’arrêts internationaux

Après toutes ces enquêtes, le juge d’instruction a procédé à l’inculpation de 14 personnes. Selon l’un des avocats de la famille Sankara, ce sont entre autres, « Blaise Compaoré dit Jubal, Hyacinthe Kafando, Gilbert Diendéré, Gabriel Tamini, le Dr Diébré Alidou et bien d’autres ». Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat ; d’assassinat ; de recel de cadavre ; de faux en écriture publique.

Deux mandats d’arrêt internationaux ont d’ailleurs été lancés à l’encontre de Blaise Compaoré et d’Hyacinthe Kafando. Le premier vit en Côte d’Ivoire, depuis le soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014. Il a d’ailleurs obtenu la nationalité ivoirienne depuis novembre 2014.

« Même si aucune réponse officielle n’a été donnée jusque-là par les autorités ivoiriennes, les avocats ne désespèrent pas quant à la tenue d’un procès équitable le moment venu. Toutes les voies (Interpol, voie diplomatique et dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération signé entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire) seront utilisées pour l’extradition du président déchu réfugié en Côte d’Ivoire disent les avocats ».(lefaso.net).

Paris dans tout ça ?

Ph/Daniel Janin La France a souvent été citée à tort ou à raison dans l'assassinat du capitaine Thomas Sankara
Ph/Daniel Janin
La France a souvent été citée à tort ou à raison dans l’assassinat du capitaine Thomas Sankara

Selon l’avocat de la famille Sankara,  Me Sankara « le juge burkinabè a des pistes, des indices, parce qu’à un certain moment donné, il y a des informations qui circulaient disant que la France serait impliquée ». C’est la raison pour laquelle la famille voudrait savoir si Paris a joué un rôle quelconque dans l’assassinat de Thomas Sankara. Une demande de « levée du secret défense » a été introduite par les avocats de la famille Sankara.

Ces différentes avancées dans le dossier Thomas Sankara donnent de l’espoir à ceux qui attendent que la lumière soit faite sur cette affaire. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a des obstacles d’ordre politique par exemple. Le principal accusé, Blaise Compaoré s’est réfugié en Côte d’Ivoire. Il a obtenu la nationalité ivoirienne. En plus de cela, ce sont ses anciens collaborateurs qui sont au pouvoir. L’un d’eux, Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale, a même été attendu dans cette affaire. Mais le général Gilbert Diendiéré, détenu déjà dans l’affaire du coup d’Etat, pourrait peut-être donner de plus amples informations.


Comment j’ai vécu les premières heures du putsch du général Diendiéré

Il y a seulement une année, le 16 septembre 2015, des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) prenaient le pouvoir des mains du gouvernement de transition au Burkina Faso.

Je me souviens le 16 septembre 2015. La journée avait pourtant bien commencé. Le matin, je suis allé à une rencontre où on a parlé de liberté de la presse. On a chanté les louanges des médias et du peuple burkinabè suite à l’insurrection qui a obligé le président Blaise Compaoré à quitter le pays. Les délégations étrangères ont magnifié le courage et l’abnégation du peuple burkinabè ; sa tolérance, son sens élevé du vivre ensemble, qui ont permis d’aplanir les divergences et d’éviter une guerre civile.  Les organisateurs et les représentants de la transition étaient aux anges ! Mais c’était sans compter sur les plans du RSP.

« Je te conseille de te mettre en sécurité »

Quelques heures plus tard, des rumeurs circulaient déjà sur un mouvement d’humeur des éléments du RSP. C’était un mercredi, jour de conseil des ministres. Petit à petit, l’affaire se précise. On parle de l’arrestation du président de la transition, Michel Kafando, de son premier ministre Yacouba Isaac Zida et deux autres ministres. C’était aux environs de 14h 30. J’étais à la rédaction. Je tente de joindre une source. Après plusieurs tentatives, je finis par l’avoir au téléphone. Il n’y avait pas encore le phénomène des écoutes téléphoniques, mais il fallait être prudent. Je lui demande tout simplement : « est-ce que ce que j’entends est vrai ? ». « Il y a quelque chose. Je te conseille de te mettre en sécurité ou de rentrer carrément chez toi », m’a-t-on répondu à l’autre bout du fil.

Après le coup d'Etat le général et ses soldats n'ont pas épargné les médias
Après le coup d’Etat le général et ses soldats n’ont se sont pris aux médias

En « bon journaliste », je tente de glaner des informations quand même avant de rentrer. Mais la circulation est loin d’être fluide. Je vois des militaires pressés de rejoindre leur camp. Je peux aisément reconnaître certains éléments du RSP à cause de leur tenue. Comme beaucoup de Burkinabè, je suis dans la confusion. Dans la rue, la résistance s’organise dans différents quartiers de la capitale. Des manifestants essaient d’aller à la présidence pour libérer les « otages » mais sans succès. Ils sont stoppés sur plusieurs axes de la capitale. La répression des éléments du RSP s’abat sur les médias le même soir. Je comprends que mon interlocuteur avait raison.

Mais je ne peux éviter de me demander : pourquoi un coup d’Etat à un mois des élections ? Je ressasse les derniers évènements qui justifieraient une telle mise en péril du pays.

 « S’il n’y a pas d’inclusion, il n’y a pas d’élections»

Il est vrai que, depuis plusieurs mois, le torchon brûle entre le premier ministre et de ses frères d’armes du RSP. Il est aussi vrai que l’ex-parti au pouvoir avait menacé la tenue des élections présidentielles sans leurs candidats :

« S’il n’y a pas d’inclusion, il n’y a pas d’élections. Ceux qui dans leurs rêves ont vu des élections dans l’exclusion, nous leur dirons le contraire ». « Qui va me refuser d’être candidat ? Qui ? », a demandé le président du CDP, Eddie Komboigo.

Je suis à la maison maintenant. J’essaie de trouver des informations sur les ondes des radios privées. Mais elles se ferment les unes après les autres sous la menace des putschistes. On se rabat alors sur les réseaux. C’est l’un des rares canaux qui étaient encore en service. C’est là qu’on informe et s’informe sur la situation. Ce n’est que le lendemain que le putsch sera confirmé. Le général Diendiéré prend la responsabilité d’un putsch jugé « le plus bête du monde », avec son Conseil national de la démocratie. Commence alors une lutte sans répit du peuple burkinabè et son armée contre les putschistes. Les jours qui suivent seront plus chauds dans tous sens du terme.


Exportation de peaux d’ânes : les Chinois menacent l’espèce asine au Burkina

L’affaire de l’abattage clandestin des ânes refait surface cette semaine au Burkina Faso. Pourtant depuis plusieurs mois déjà les populations observent avec étonnement ce trafic.

L’âne figurait parmi les espèces animales les moins menacées au Burkina Faso. C’était sans compter sur les Chinois. Il est vrai que sa viande est consommée. Mais cela ne constituait pas une menace pour cet animal au Burkina Faso. Aujourd’hui, l’âne est menacé d’extinction à cause de sa peau prisée par des Chinois.

Depuis plusieurs mois, la presse nationale fait écho de vols et d’abattages clandestins d’ânes. Une tendance implicitement confirmée par les chiffres du ministère des Ressources animales, selon lesquels quelques milliers de bourricots auraient été légalement tués au Burkina Faso en 2015, contre près de 33 000 peaux exportées. (allafric.com)

Au poste des douanes aussi, on s’est inquiété de cette exportation de peaux d’âne vers la Chine. Selon un responsable de la douane : « Entre octobre 2015 et janvier 2016, environ 19 tonnes de peaux d’ânes ont été exportées du Burkina Faso, seulement par voie aérienne. Et vers une même destination : Hong-Kong, en Chine.  Je ne sais pas exactement quand est-ce que ce commerce a débuté, mais cette quantité est certainement loin d’être le point de la situation de ce qui est sorti du pays ces derniers temps« , s’inquiète Evariste Somda.

Photo/lefaso.net Des ânes en décomposition rendent l'atmosphère irrespirable dans le quartier qui abrite l'usine d'abattage d'âne
Photo/lefaso.net
Des ânes en décomposition rendent l’atmosphère irrespirable dans le quartier qui abrite l’usine d’abattage d’âne

L’ « usine de dépeçage d’ânes » saccagée

Balollé est une localité située à une vingtaine de km de la capitale, Ouagadougou. C’est l’un des sites d’abattage d’ânes. Un témoignage confie à l’Observateur Paalga :

« Un investisseur chinois arrive à chaque fois avec une remorque pleine de baudets, demande d’enlever les peaux, puis repart en laissant les restes des animaux sur place. A un moment donné, il en amenait tellement qu’on n’arrivait plus à écouler la viande, et qu’on était obligés de la brûler ». (L’Observateur paalga)

Les habitants de ce village ont fini par manifester leur ras-le-bol à cause des odeurs des carcasses d’ânes. Les animaux en décomposition, des ossements d’ânes calcinés, les odeurs puantes ont rendu l’atmosphère irrespirable. Lasses de ces odeurs, les populations ont fait une descente et saccagé l’usine.

Une peau d’âne à prix d’or

La ruée chinoise pour la peau d’âne a fait grimper les prix. Alors que l’année dernière, la peau d’âne se monnayait à 3 000 F CFA, aujourd’hui, avec la ruée chinoise, elle atteint 40.000 F CFA. L’âne lui-même ne s’achetait pas à ce prix-là avant l’arrivée des Chinois. Si cette situation persiste, elle peut engendrer deux conséquences : la disparition de l’espèce asine ou son inaccessibilité pour les petits paysans.

« Si ça continue, un petit paysan qui n’avait déjà pas les moyens d’acheter un bovin, ne pourra bientôt plus se payer un âne pour labourer son champ. Et si l’on n’abat plus seulement occasionnellement pour la viande, c’est finalement tout le cheptel qui est en danger, puisqu’il n’existe pas particulièrement d’élevage de ce ruminant. Si on n’y prend pas garde, les ânes risquent de disparaître rapidement du Burkina », s’alarme le Dr Maïga, directeur de la santé publique vétérinaire et de la législation.

« Les promoteurs ne sont pas de Taïwan ».

Face à cette situation, l’ambassade de Taïwan au Burkina Faso a mis les choses au clair. Dans un communiqué, l’ambassadeur taïwanais a précisé que les promoteurs de ce commerce peu commun ne viennent pas de Taïwan.

L’Ambassade de la République de Chine (Taïwan) voudrait informer l’opinion publique qu’il ne s’agit en aucun cas d’opérateurs économiques ressortissants de la République de Chine (Taïwan).

D’autres pays de l’Afrique de l’Ouest connaissent ce regain d’intérêt des Chinois pour la peau de l’âne africain. Dans le village de Sanankoroba, au Mali, une entreprise chinoise a créé un abattoir spécialisé dans l’abattage des ânes.

Selon des sources, près de 300 ânes sont abattus chaque jour dans cette unité chinoise et le produit est exporté directement en Chine.

La chasse à la peau d’âne par les Chinois n’est pas fortuite. La peau d’âne aurait une certaine importance dans la fabrication de médicaments à l’usage des femmes. La population asine étant en baisse sur le sol chinois, ils se sont tournés vers le continent africain, et plus précisément en Afrique de l’Ouest. C’est l’explication fournie par un Chinois installé au Burkina. Il aurait aidé à exporter les peaux de 4 000 ânes l’année dernière.

Il est temps que les pays africains arrêtent de donner des autorisations d’exportation sans connaitre les contours des projets. A long terme, cette exportation va certainement causer de sérieux problèmes dans toute l’Afrique de l’Ouest. Une partie du continent où l’âne est utilisé pour plusieurs travaux domestiques ou champêtres.


Municipalités au Burkina : Une victoire « violente » et sans gloire du MPP

Le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) va certainement rafler la grande majorité des mairies. Mais cette victoire écrasante est gravement sapée par les nombreux cas de violence au sein même du parti de Roch Marc Christian Kaboré.

Six mois après sa victoire à la présidentielle le parti de Roch Marc Christian Kaboré fait face à de sérieuses tensions internes
Six mois après sa victoire à la présidentielle le parti de Roch Marc Christian Kaboré fait face à de sérieuses tensions internes

« De tout temps nous avons fait des élections mais c’est vraiment la première fois que j’estime que nous avons franchi le Rubicon », a déclaré le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le jour même des élections municipales. Malheureusement ces violences n’ont pas cessé. Elles se sont exacerbées à l’heure du choix des maires dans les différentes communes du pays. Et ce qui est embarrassant, c’est que cette violence se fait entre les membres du parti du président Roch Marc Christian Kaboré.

C’est la preuve que le parti au pouvoir souffre d’un cruel manque de cohésion. L’absence de consensus sur les candidats à la mairie a conduit des débordements violents dans certaines localités du pays. C’est le cas de la commune de Barani, dans la province de la Kossi. Selon le correspondant de la radio Omega , des individus ont fait irruption dans la salle où a lieu le vote du maire:

Deux véhicules Mercedes sont arrivés juste quand la mission du MPP était en train de conclure et de prodiguer des conseils. Un groupe de personnes est rentré par une autre porte pour commencer à s’en prendre aux partisans de Sidibé Hamidou. Des bastonnades s’en sont suivies et le bilan est de 5 blessés graves et de quelques blessés légers.

Alors que je trace ces lignes j’apprends que des affrontements entre partisans du MPP sont signalés dans la commune de Kantchari. C’est la région de l’Est du Burkina. Les candidats ont préféré recourir à la violence au lieu du vote pour se départager. Le résultat est sans appel :

« Un mort à Kantchari dans les histoires d’élection de maire. Et je ne parle pas des nombreux blessés par ci, par là. Ce sont deux camps d’un même parti, le MPP, parti au pouvoir qui se sont affrontés jusqu’à ce que mort s’en suive », a  commenté le journaliste burkinabè, Boukari Ouoba.

Jointe au téléphone, une source me confirme la triste réalité. Elle ajoute que  » tout est fermé  en moment à Kantchari ». Selon notre source, MPP s’est divisé en deux camps qui s’affrontent sans merci. Ces deux cas de ne sont pas les seuls. Un peu partout le parti au pouvoir connait un problème de discipline interne.

L’élection du maire de Karangasso Vigue dans les Hauts Bassins a dégénéré en conflit politique opposant les militants MPP et ceux de la NAFA. Le bilan fait état de deux morts et d’une trentaine de blessés. La situation est encore tendue ce matin et des maisons sont en train d’être incendiées dans les villages environnants, malgré la présence des forces de l’ordre. Les autorités régionales et une délégation des députés sont sur place actuellement pour tenter d’apaiser la situation. (Les éditions Sidwaya)

Troubles pendant la campagne

Le siège de Commission électorale communale indépendante (CECI) de Bouroum-bouroum, dans la région du Sud-Ouest, a été incendié quelques jours des élections municipales. L’UPC ne passe pas par quatre chemins pour accuser le MPP. Selon le parti de Zéphirin Diabré, les militants du MPP « protestent contre le fait que, leur liste n’ayant pas pu être déposée à temps, la justice ne leur ait pas permis de se présenter aux municipales ». Le parti du lion va plus loin en nommant une ministre du gouvernement dans cette affaire.

La ministre de l’action sociale, Mme Laure ZONGO HIEN en personne, a tenu des rencontres à Bouroum-Bouroum le weekend dernier, au cours desquelles elle a encouragé ses camarades à empêcher le vote. Les cartes d’électeurs des habitants du village de Mingboura ont ainsi été récupérées moyennant la promesse d’un barrage. (Lefaso.net ). Une accusation sans doute rejetée par le parti au pouvoir. ’Je ne vois pas pour quelles raisons des militants du MPP vont incendier la CECI’’ a déclaré le secrétaire à la communication du MPP.

Au total trois communes n’ont pas exercé leur devoir citoyen le 22 mai 2016 à cause des troubles durant la campagne. Ce sont les localités de Zogoré  (au Nord) et de Begodo (Centre-est) et bien sûr Bouroum-bouroum.

Pouvait-il en être autrement ?

Rien d’étonnant pour un parti qui regroupe des individus aux aspirations hétérogènes et contradictoires. On le sait tous. La ruée des anciens du régime de Blaise Compaoré ne pouvait pas faciliter la gestion du parti. On a changé de parti, mais l’esprit reste le même. Il y a les transfuges du CDP et ceux qui ont milité dans le MPP dès les premières heures de sa création. Les seconds, sous le prétexte de rechercher le changement, ne veulent pas accepter les premiers qui ont rejoint le navire un peu tard. Dans tous les cas ce sont des conflits que le parti devrait éradiquer. Si le parti n’ y prend garde, cette situation va causer sa perte aux prochaines élections.

Ces cas de violences devraient relativiser l’écrasante victoire du parti au pouvoir aux élections municipales du 22 mai 2016. Ils témoignent de la mauvaise santé du MPP, incapable de trouver des candidats unanimes. Les premiers responsables sont dans l’incapacité de mettre de l’ordre dans cette situation. Une victoire qui vire au drame pour un parti prône le changement.


Burkina Faso : le gouvernement siffle la fin des abus des Kolgweogo

Le gouvernement burkinabè tape enfin du poing sur la table. Les groupes d’autodéfense appelés « Kolgweogo » doivent cesser leurs actions, hors des lois en vigueur dans le pays.

Ce n’est pas trop tôt. Cette fois le ton du ministre de la sécurité intérieure, Simon Compaoré, est on ne peut plus clair. Les milices d’autodéfense, les Kolgweogo, doivent mettre fin à leurs abus et arrêter d’agir en dehors de tout cadre légal. C’est pourquoi il a pris différentes mesures destinées à corriger les bavures de plus en plus nombreuses, parfois tragiques, commises par ces groupes. Les mesures sont les suivantes :

La détention et le port d’arme à feu doivent en tout temps et en tout lieu être conformes à la règlementation en vigueur au Burkina Faso ;

Toute personne appréhendée en flagrant délit d’infraction à la loi pénale doit être immédiatement remise aux forces de sécurité intérieure (la Gendarmerie nationale et la Police nationale) ;

Les personnes sur qui pèsent des soupçons d’infractions doivent être dénoncées et signalées aux forces de défense et de sécurité qui se chargeront de leur interpellation (lefaso.net)

Et ce n’est pas tout : dans le communiqué du ministre de la sécurité intérieure il est dit aussi que « les séquestrations, les sévices corporels, les traitements humiliants et dégradants, les cotisations forcées, les amendes, les taxes, les contributions aux dépenses et les remboursements de biens dissipés » sont aussi formellement interdits.

Les Kolgweogo sont régulièrement accusés de torture, de séquestration et autres atteintes aux droits des présumés voleurs
Les Kolgweogo sont régulièrement accusés de torture, de séquestration et autres atteintes aux droits des présumés voleurs

« Si le voleur qu’on prend veut être libéré, il va falloir qu’il paye nos amendes » 

Les groupes d’autodéfense se disent ouverts au dialogue. Cependant, ils ne semblent pas disposés à renoncer aux amendes et taxes perçues auprès des présumés voleurs. Pour eux, les dépenses faites dans le cadre de la « sécurisation » de leur localité doivent être remboursées par les présumés coupables. « Les amendes que nous prenons servent de financement à notre déplacement. Le voleur qu’on prend obligatoirement s’il veut être libéré, il va falloir qu’il nous paye toutes les dépenses qu’on aurait faites », a affirmé le responsable d’un de ces groupes dans la région de l’Est du Burkina. Il se dit de tout de même ouvert au dialogue avec les autorités publiques. Il a affirmé être prêt à accompagner les forces de sécurité dans la sécurisation de la région. « S’ils veulent bien comprendre, nous voulons les accompagner parce que simplement c’est notre région. Ces délinquants ne viennent pas d’ailleurs», a-t-il ajouté au micro de radio Omega.

Les groupes d’autodéfense ont profité de l’absence des forces de sécurité ou de leur laxisme pour s’implanter dans différentes régions du pays. Les populations, longtemps usées par l’insécurité, voient en eux un soulagement. C’est pourquoi, en dépit des leurs abus, ils sont soutenus par une grande partie des populations rurales. Le gouvernement a longtemps plaidé pour qu’ils se conforment à la loi, mais jusqu’aujourd’hui rien ne va dans ce sens…
Le bras de fer entre gouvernement et Kolgweogo risque fort de se poursuivre.

 


Yacouba Isaac Zida : Adulé, séquestré, et accusé

En un peu plus d’une année, Yacouba Isaac Zida a connu toutes les phases de la vie politique sous nos tropiques. Il est arrivé au pouvoir suite à l’insurrection populaire qui a anticipé le départ de Blaise Compaoré. Peu connu du grand public, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida a presque retiré les reines du pouvoir des mains du général Honoré Nabéré Traoré, alors chef d’Etat-major général des armées. Avant d’être nommé premier ministre du gouvernement de transition.

Yacouba Isaac Zida adulé

Le premier ministre Yacouba Isaac Zida a multiplié les déclarations et les actes populistes au risque même de provoquer le courroux  de ses frères d’armes. Le 13 décembre 2014, date anniversaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses trois compagnons.

Le nouveau premier se rend à la place de la nation le 13 décembre 2014 pour commémorer avec le peuple l’assassinat de Norbert Zongo. Sous l’insistance de la foule, il est obligé de dire un mot.   « Justice sera rendue à tous ceux qui sont tombés sous les balles assassines de Blaise Compaoré », dit-il avant d’ajouter : « Je vous l’ai déjà dit et je le répète, le RSP est une unité militaire qui sera rattachée à l’Armée de terre pour d’autres missions. Des missions de lutte contre le terrorisme, des missions de lutte contre le banditisme » (lefaso.net)

C’est une option largement partagée au sein de la population. Mais qui marque le début d’un divorce entre lui et ses frères d’armes du RSP. Mais Zida semble de plus en plus pencher vers la volontaire populaire. Comme s’il cherchait à laisser de bonnes traces de son passage à la tête de l’Etat. D’aucuns lui prêtent même des ambitions politiques. L’opinion nationale applaudit les différentes arrestations dans le camp de l’ex-parti au pouvoir. Des anciens ministres et anciens maires sont arrêtés pour malversations. Tout cela fait monter la côte du premier ministre. Peu à peu il s’émancipe de son mentor, le général Gilbert Diendiéré et du RSP. Et trouve du soutien auprès de certaines organisations de la société civile.

Photo_afriquenewsinfos Yacouba Isaac ZIda, alors premier ministre avec le président de la transition, Michel Kafando.
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Yacouba Isaac ZIda, alors premier ministre avec le président de la transition, Michel Kafando.

Zida séquestré

Le premier ministre Zida est opposé à l’homme le plus craint du pays : le général Gilbert Diendiéré. Il échappe échappe à une première tentative d’assassinat. Le RSP persiste et la crise conduit à un léger remaniement du gouvernement. Le ministre de la sécurité, proche de Zida est remplacé un proche du général Diendiéré. Son sort semble scellé. Sa « tête pensante », le ministre de la sécurité, Auguste Denise Barry, est remplacé par un élément de son pire ennemi du moment. D’après certaines indiscrétions, le ministre Barry est celui qui était capable de déjouer les plans du RSP dans le gouvernement de la transition.

Yacouba Isaac Zida subit maintenant la pression et la foudre de ses anciens frères d’armes. Son appui se résume à quelques mouvements de la société civile.

Le 15 septembre 2015 le RSP décide d’exécuter son plan. Le premier ministre, Yacouba Isaac Zida, le président de la transition, Michel Kafando et deux de leurs ministres sont séquestrés par les éléments du RSP. Le lendemain, le général Gilbert Diendiéré confirme un coup d’Etat et prend la tête d’un Conseil national pour la démocratie (CND). Le coup d’Etat échoue grâce à une farouche opposition de la population et une grande partie de l’armée. Les « séquestrés » sont libérés et le général et certains de ses acolytes arrêtés.

Zida accusé de malversations

La fin de la transition devrait sonner comme un soulagement pour Yacouba Isaac Zida. Mais ce n’est pas le cas. Alors qu’on pensait qu’il sera nommé ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-unis d’Amérique, le lieutenant-colonel promu général de division s’est « réfugié » au Canada. Les dirigeants actuels du pays l’accusent de malversations. Le président le somme de rentrer au pays pour rendre compte. Pour Roch Marc Christian Kaboré, il est « indispensable et obligatoire » pour lui de rentrer au pays et répondre. L’étau se resserre ainsi contre Yacouba Isaac Zida. Le héros de la transition n’a pour le moment pas donné de réponse face à ces accusations.

Certaines OSC plaident pour son retour alors que pour d’autres, « Zida doit revenir de gré ou de force s’expliquer sur les malversations dont il est accusé ».

 


Burkina Faso : Qui veut la peau de Laurent Bado ?

Le député Laurent Bado, visé par des mercenaires ? Pour l’homme politique qui n’a jamais eu sa langue dans sa poche, cela ne fait aucun doute. Quelqu’un veut le tuer.

Rien ne va pour le fondateur du Parti pour la renaissance, PAREN. Après avoir essuyé une gifle la semaine dernière, cette fois l’éminent professeur de droit et honorable député se dit victime d’une tentative d’assassinat. Des hommes armés ont demandé à un jeune de leur indiquer le domicile ou un lieu où fréquente Laurent Bado. Selon le témoin, ils étaient armés de « gros calibres ». Les faits se sont déroulés dans la nuit du 31 mai 2016.

« C’était des mercenaires venus assassiner le Pr Bado dans son domicile »

« Il était 23h 30 quand j’ai croisé le véhicule qui convergeait vers chez M. Bado avec trois commandos à bord. L’un d’entre eux est descendu pour venir se renseigner auprès de moi. Il m’a pris par le bras pour me conduire dans le six-mètres et me demander si je connaissais ledit domicile. Vu que c’était suspect, j’ai dit le voir souvent en circulation mais ignore où il habite », a expliqué celui-ci qui a requis l’anonymat. Pour le jeune homme ces hommes en veulent à la vie de Laurent Bado. Et de consclure : « visiblement, c’était des mercenaires venus assassiner le Pr Bado dans son domicile » Une conclusion somme toute plausible, s’il est vrai que ces hommes étaient armés, dans un véhicule non immatriculé.

Ph Burkina24. Le Pr Laurent Bado réclame une garde pour sa sécurité
Ph Burkina24.
Le Pr Laurent Bado réclame une garde pour sa sécurité

« Il y a beaucoup de gars qui ont intérêt à me tuer »

On sait l’homme ne mâche pas ses mots quand il s’agit d’analyser la situation socio-politique du pays. Il n’épargne personne. Et cela depuis plus d’une décennie. Peut-elle que cela lui a créé de sérieux ennemis. Pour le principal intéressant, la situation est à prendre au sérieux:

« Il y a beaucoup de gars qui ont intérêt à me tuer. Ils sont nombreux. Des fois je critique les camons de bois de chauffe qui tuent et on ne fait rien et je dis que ce sont les gradés de l’armée. Cela fait maintenant 15 ans que je dis. Les cars de transport en commun interurbain, je l’ai encore dit au Premier ministre dans son discours sur la situation de la nation. Des gars qui foncent 120 à l’heure, j’ai même cité un. Je ne comprends pas quoi. On est dans quelle planète de singe ? Si chacun doit se débrouiller pour vivre, qu’on nous le dise. Chacun utilisera la ruse » (Burkina 24)

Pour assurer sa sécurité, le député réclame une garde. « Je veux une sécurité rapprochée mais avec quel argent ? Normalement, le gouvernement devrait réagir. Qui a voulu me tuer ? Il n’y a pas de raisons que des ministres aient deux gardes devant leur porte. Moi aussi j’aurai pu être un ministre et dans l’intérêt du pays, on peut quand même m’affecter deux policiers. »

Laurent est bien connu pour ses déclarations fracassantes. Il a créé son parti, le PAREN en 2000. Mal compris, il est souvent qualifié par ses détracteurs de « fou ». Il prône le grégarisme comme modèle de société pour l’Afrique en général et le Burkina Faso en particulier. Modèle qui offre une alternative aux systèmes capitalistes et socialistes qui ont montré leurs limites, selon lui.


Municipales au Burkina : les intègres, les corrompus et les électeurs

J’ai observé la scène politique burkinabè, les différents candidats aux municipales : tous visent la tête de leur commune mais ils n’ont pas le même objectif. J’ai dénombré trois catégories de candidats. Ceux qui veulent le développement de leur commune (je les appelle les intègres), ceux qui ne sont pas honnêtes car ils cherchent en réalité à s’enrichir et ceux qui cherchent une protection face à des déviances passées (pour les deux dernières catégories, je les appelle les corrompus).

D’abord, il y a ceux qui luttent pour le développement de leur commune. Ils ont une vision, une politique précise, un plan de développement. Pour eux, la politique n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de réaliser leur vision pour le développement de leur communauté. Ils veulent maintenant les voix des populations pour essayer de réaliser cette vision. Ils sont venus en politique parce qu’ils veulent faire quelque chose de bien, d’important pour la commune dans laquelle ils vivent. Ce n’est pas pour des détournements de parcelles, ils ne sont pas motivés uniquement par l’argent du contribuable. Ceux-là se comptent maintenant sur bout des doigts d’une seule main.

Ensuite il y en a d’autres, qui sont en course uniquement pour se remplir les poches. Ils n’ont aucune vision pour le développement d’une commune. D’ailleurs ils ne cherchent pas le fauteuil communal pour cette raison. Leur raison principale de faire de la politique, c’est tout simplement s’enrichir au détriment de la population qui les a élus. On comprend qu’ils pensent que la politique peut les rendre riches : leurs prédécesseurs se sont comportés ainsi depuis plusieurs décennies et se sont en effet enrichis. Il y a des maires qui, en moins de quatre ans, ont acheté des véhicules ou construit des maisons gigantesques. Pourtant avant de devenir maire, ils étaient là, sans rien. Et les populations les ont élus, mais sans se douter qu’elles choisissaient ainsi leur propre bourreau. Une fois à la mairie, ils font leur besogne : la corruption. Ils font des détournements, ils acceptent la vente illégale de parcelles… Les populations doivent donc faire preuve de vigilance. Attention à ne pas voter pour un candidat qui serait encore le plus grand voleur, le plus grand corrompu et le plus grand corrupteur de la commune.

La commune de la capitale, Ouagadougou est
La commune de la capitale, Ouagadougou, est sans doute la commune la plus recherchée par les hommes politiques

La troisième catégorie de candidats aux élections municipales est issue de la catégorie précédente. Ils ont déjà fait des détournements, ils se sont déjà enrichis. Mais ils ne veulent pas rendre de comptes, on les comprend : ils craignent de se faire démasquer à l’heure où le gouvernement prône la justice, la lutte contre la corruption ou la transparence dans les affaires publiques. Alors le seul brin d’espoir qu’il leur reste, c’est de revenir aux affaires le plus tôt possible ! C’est ce qui justifie le ralliement de certains ex-maires à l’actuel parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) ou la mouvance présidentielle. Ils cherchent une protection.

Dans un système démocratique, seuls les électeurs font la loi. Leur destin est entre leurs mains. Ils ont le choix : voter pour ceux qui sont corrompus, donc pour plus de corruption ou alors choisir ceux qui veulent le développement de leur commune.
Mais pour faire le bon choix, il faut que les citoyens aient le moyen de détecter les corrompus des intègres, et ce n’est pas une mince affaire. C’est là la difficulté de la démocratie sous nos tropiques, surtout dans les zones rurales. On vote souvent sans avoir une connaissance réelle des problématiques et de l’enjeu. On vote souvent sans connaitre ceux qui ont une vraie vision pour le développement de la commune (et donc pas seulement pour leur propre développement….)
La balle est dans le camp des populations : le 22 mai 2016, elles feront un choix important pour leur commune. Donneront-elles la direction de leur commune à politiciens intègres ou à des politiciens corrompus ? Avis aux populations !


Burkina Faso : les Tops et les flops des 100 jours de Kaboré au pouvoir

Le 6 avril 2016 marque les 100 jours de Roch Marc Christian Kaboré à la tête du Burkina Faso. C’est aussi une occasion de donner une appréciation de ce bref temps passé au palais de Kossyam. 100 jours c’est peu pour un mandat de 5 ans. Mais on peut déjà voir ce qui va et ce qui ne va pas, même si c’est dans les intentions. Voici donc les tops et les flops du président Roch Marc Christian Kaboré.

  1. La volonté de créer des emplois pour les jeunes

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avait fait de la création de l’emploi, l’un des points principaux de sa campagne. Rien de plus normal pour un pays qui sortait d’une transition après une insurrection populaire largement menée par des jeunes. Des jeunes qui sont, pour la plupart, sans emploi. Mais au-delà de la campagne, le président a essayé mettre en œuvre sa politique de création d’emploi dès les trois premiers mois qui ont suivi son investiture. Cela s’est manifesté par le lancement du recrutement d’enseignants pour le post primaire 4200 jeunes diplômés.   Ce recrutement, même à titre contractuel va permettre de résoudre un tant soit peu le chômage des jeunes.  A cela s’ajoute le recrutement de 9000 jeunes qualifiés ou non pour l’entretien du réseau routier national. Cela marque une certaine volonté des nouvelles autorités de lutter contre le chômage des jeunes. Même si cela est insuffisant. Il ne s’agit pas pour le moment pas d’emplois durables.

2. La gratuité des soins pour les femmes enceinte et les enfants de moins de 5 ans

La gratuité des soins pour les femmes enceinte et les enfants de moins de cinq ans est l’une de mesures sociales prises par les nouvelles autorités du Burkina Faso. Longtemps attendue, cette mesure est entrée en vigueur le 1er avril 2016 dans trois régions : le Centre, les Haut-bassins et le Sahel. Cette mesure devrait s’étendre progressivement sur toute l’étendue du territoire national. Elle va contribuer à soulager les populations et les encourager à aller rapidement dans les centres de soins. Elle va sans, doute contribuer, surtout, à réduire le taux de la mortalité infantile et maternelle. Si toutefois les produits prescrits par les infirmiers sont disponibles dans les dépôts pharmaceutiques des hôpitaux et autres centres de santé. Le président Roch Marc Christian Kaboré a également procédé au lancement de son programme de forage au profit des différentes localités du Burkina Faso. Il entend par ce programme mettre fin à la « corvée eau » des femmes burkinabè.

Photo Facebook  Le président Roch Marc Christian Kaboré à son investiture
Photo Facebook
Le président Roch Marc Christian Kaboré à son investiture

3. La réduction du train de vie de l’Etat

Le gouvernement a annoncé sa volonté de réduire son train de vie . Ainsi de nombreuses dépenses ont été revues à la baisse. La mesure concerne principalement les baux administratifs, la gestion du parc automobile de l’Etat et la dotation en carburant au niveau des différents ministères. La ligne des achats de véhicules, par exemple, a été purement et simplement supprimée. Les baux administratifs, eux, ont coûté à l’Etat plus de 5 milliards 300 millions de francs CFA en 2015. Une dizaine de baux administratifs seront résiliés cette année. Neuf ministères pourront s’installer dans un pôle administratif d’ici septembre 2016.

4. Le présimètre

C’est une plateforme mise en place pour assurer une veille citoyenne pour « l’imputabilité politique et la redevabilité socio-économique » du gouvernement. En clair, par cette plateforme les citoyens peuvent suivre l’action du gouvernement en rapport à que le président avait promis lors de sa campagne. Mais jusqu’au moment où je trace ces lignes, la plateforme en ligne n’est pas encore fonctionnelle. C’est déjà une bonne volonté.

Photo capture sur le site. Le présimètre devrait être bientôt fonctionnel comme l'indique le site
Photo capture sur le site. Le présimètre devrait être bientôt fonctionnel comme l’indique le site
  1. La sécurité intérieure

Les nouvelles autorités ont été mal accueillies par les terroristes qui ont attaqué Ouagadougou une semaine après l’investiture du président Roch Marc Christian Kaboré. Difficile d’en vouloir aux nouvelles autorités pour cette attaque terroriste à l’heure où les pays les plus équipés n’arrivent pas à éviter des attaques sur leur sol. C’est quand même un mauvais point pour le nouveau gouvernement qui venait juste d’être installé. L’attaque a fait une trentaine de morts et de nombreux blessés.

  1. Autorité de l’Etat et insécurité

L’exemple parfait de la démission du gouvernement c’est le cas des groupes d’autodéfense appelés Kolgweogo. Initiés par les populations pour lutter contre le grand banditisme, ces groupes d’autodéfense se sont même donné le droit d’arrêter, de torturer ,et obligent les présumés délinquants à payer des amendes . Depuis plusieurs mois déjà, on  assiste à des abus sans que le gouvernement ne puisse mettre de l’ordre au sein de groupes d’autodéfense. Le soutien dont bénéficient ces milices au sein des populations, qui ont longtemps souffert de l’insécurité, fait que le gouvernement hésite à prendre une décision. « Force doit rester à la loi », c’est le refrain. Mais dans les localités concernées, la force est restée entre les mains ces groupes d’autodéfense qui n’hésitent même pas à défier les forces de sécurités.

L’autre point d’insécurité c’est la série d’incendies que le pays a connait depuis le début du mois de l’année 2016. Parmi ces incendies, il y a eu au moins 11 cas d’origine humaine.  Mais jusque-là, les enquêtes n’ont pas permis de désigner des coupables. Les incendies ont touché essentiellement les marchés. Et même les stands de la semaine nationale de la culture (SNC) n’ont pas échappé à cette série d’incendies.  Si  ils sont d’origines criminels, il est temps que les autorités mettent la main sur personnes.

 


Rencontres : Des Ouagalais cherchent des conjoint(e)s à la radio

Les émissions de rencontre ont fait leur entrée dans le paysage radiophonique burkinabè depuis quelques années. Et ces émissions sont toujours appréciées par les auditeurs. Ils demandent souvent de prolonger leur temps d’antenne sur les radios. Décriées ou appréciées, les émissions de rencontre inondent les ondes des radios de Ouagadougou.

S’il y a des émissions qui ont de l’audience, c’est bien les émissions de rencontre sur les chaines de radios. «  Je suis un jeune, âgé de 30 ans. Je mesure 1m 80, avec 75 kg. Je suis fonctionnaire, de religion …. J’aimerais rencontrer une fille de 23-26 ans, élève ou étudiante pour  une amitié sincère pouvant conduire au mariage ». Il est 9h et quart à Ouagadougou.

C’est par cette présentation succincte sur les ondes d’une radio de la capitale burkinabè que ce jeune fonctionnaire espère trouver sa conjointe. Comme lui, beaucoup de jeunes croient en la magie de la radio pour rencontrer leurs conjoints ou conjointes. Sur la même radio, le téléphone ne cesse de crépiter. C’est la preuve que ces émissions sont suivies et bénéficient d’une grande participation des auditeurs « prétendants ».

Cette fois-ci, c’est une jeune fille. « Je suis une fille de 24 ans. Ma taille, c’est 1m65 et j’ai 57 kg. Je suis au secteur …de Ouagadougou. Je désire correspondre avec un homme ayant une situation stable, avec au moins 1m80, commerçant ou militaire. Mais un homme qui n’est pas gros », annonce-t-elle. Lorsque l’animatrice lui demande ce qu’elle « fait dans la vie », elle répond : « je me débrouille ». Après chaque présentation, l’animatrice prend l’auditeur ou l’auditrice, « hors antenne », pour recevoir ses coordonnées afin de les transmettre à qui voudrait lier amitié avec celui-ci ou celle-ci.

« Les gens ne sont pas sérieux »

Dans le flux des appels téléphoniques et des annonces, un autre appel vient casser le rythme de l’émission. C’est une auditrice. Elle se plaint : « Les gens ne sont pas sérieux. Ils viennent prendre les numéros, et c’est pour jouer avec les gens. Moi, je veux quelqu’un de sérieux, qui a une situation stable pour me gérer ».

L’animatrice essaie alors de la rassurer. « Souvent les auditrices aussi ne disent pas la vérité dans les annonces. Si tu dis que tu es une femme claire. Le gars viens, il trouve que ce n’est pas le cas, il ne va plus revenir », explique l’animatrice.  « Pourtant j’avais tout donné », rétorque l’auditrice à l’autre bout du fil. Souvent la présentation faite à la radio ne correspond pas au physique des uns et des autres.

 

Pour certains auditeurs la radio est un moyen pour trouver un(e) conjoint(e)
Pour certains auditeurs la radio est un moyen pour trouver un(e) conjoint(e)

Notre auditrice n’aura pas à attendre pendant longtemps pour entendre encore quelqu’un qui s’intéresse à elle. Une dizaine de minutes après, un homme appelle. « Moi, c’est du sérieux que je veux. Je demande le numéro de la femme qui vient d’appeler. Si elle est sérieuse, on peut s’entendre. Je viens prendre son numéro », dit-il. Je me suis dit que cette fois, c’est la bonne pour notre auditrice. « Elle aura de la chance », dis-je. Mais l’homme donne une dernière condition : « j’ai déjà une femme. Si cela ne lui pose de pas de problème… ».

« C’est pour que chacun trouve un partenaire »

La question que je me pose, est la suivante : ces relations aboutissent-elles vraiment à des amitiés sincères et ou au mariage ? C’est une consœur qui a  la réponse. Elle anime une émission similaire sur les ondes d’une autre radio à Ouagadougou depuis plusieurs années. Elle est catégorique :

« Bien sûr. Il y a des relations qui aboutissent au mariage. La preuve, en 2014, il y a eu un mariage à l’hôtel de ville grâce à notre émission. Il y a aussi une auditrice qui a appelé en janvier 2016 pour nous remercier d’avoir rencontré quelqu’un avec qui elle s’est fiancée. Il y a plusieurs personnes qui nous appellent pour nous remercier. Il y en a aussi chez qui ça marche mais qui ne se manifestent pas toujours ».

Mais chez certains aussi dès la première rencontre l’un des deux est déçu de l’autre. Donc l’amitié ne va pas plus loin.

Dans tous les cas, c’est l’objectif poursuivi par les radios qui diffusent ces émissions. Et notre animatrice du jour de le préciser à ses auditeurs : « le but de l’émission c’est pour que chacun trouve un partenaire. On veut que chacun ait un foyer. C’est ça le but de cette émission».

Voilà un objectif qui est noble. Mais tous n’ont pas le même objectif. Il y aussi des plaisantins. Ceux-là veulent « s’amuser ». C’est pourquoi, d’ailleurs certaines filles précisent, « plaisantins s’abstenir ». J’ai remarqué que les auditrices surtout conditionnent toujours la relation avec leur partenaire par une « situation stable ». Cette condition revient toujours. Les hommes eux cherchent toujours des femmes moins âgées, des « célibataires sans enfants ».

Pourquoi le choix de ces canaux ?

On trouve plusieurs catégories de personne s’intéressent à ces émission. « L’âge varie entre 22 et 60 ans », me confie ma consœur de l’émission « Contact pluriel ». Pourquoi le choix de ce canal ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Certains auditeurs, surtout les auditrices, se croient avancées en âge. Par conséquent, il faut frapper à toutes les portes pour trouver l’âme sœur avant de « vieillir ». La société est toujours cruelle avec les femmes avancée en âge et qui n’ont pas de maris. Pour elles, c’est la course contre la montre. Souvent, elles ont déjà un enfant. Cela complique bien l’affaire.

D’autres, je crois, ont été trompé (e)s et déçu (e)s par des relations antérieures. Cette catégorie de personne se tourne vers ce canal pensant trouver la conjointe ou le conjoint. Et si ce n’est pas le cas, il ou elle n’aura pas trop de mal à gérer. Le problème c’est ces personnes risquent de se faire mal encore.

 

La dernière catégorie. C’est celle des « plaisantins ». Ce sont des prédateurs des deux premières catégories d’auditeurs et auditrices des émissions de rencontre. Elle voit les autres comme des proies. Ils ne sont pas sérieux. Ils aiment profiter de l’occasion pour abuser des autres. Et c’est contre eux que l’animatrice vociférait : « De grâce ne transformez pas notre émission à autre chose ».

Il est 10h passées de plusieurs minutes. L’animatrice va arrêter l’émission du jour et donner un autre rendez-vous à ses auditeurs et auditrices. Mais ceux qui se sentent intéressés peuvent passer au siège de la radio pour  prendre connaissance des annonces et prendre les contacts après échanges avec l’animatrice. Les auditeurs reviendront encore faire leurs annonces, comme on le dit à Ouaga, « déposer leur dossier ». Avec les risques que cela comporte.


Burkina Faso – Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara « amnistie » Blaise Compaoré

Blaise Compaoré est désormais ivoirien. C’est une nationalité qui vaut une « amnistie » pour l’ancien président du Faso. Il est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice de son pays notamment pour son implication dans l’assassinat de l’ancien chef d’Etat Thomas Sankara. Compaoré pourrait ainsi échapper à la justice de son pays grâce à son hôte, le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara.

Les rumeurs couraient déjà depuis le mois de janvier 2016. Cette fois-ci c’est officiel : Blaise Compaoré a obtenu la nationalité ivoirienne. « Réfugié » depuis le 31 octobre 2014 en Côte d’Ivoire, l’ancien président burkinabè est finalement devenu ivoirien. Son frère, François Compaoré, a aussi été fait ivoirien.

Le président Alassane Dramane Ouattara a signé le décret qui accorde la nationalité ivoirienne à Compaoré en novembre 2014, à peine un mois après le départ forcé l’ex chef d’Etat et son exil à Abidjan. Mais cela n’a été publié au journal officiel qu’en janvier 2016, après qu’un mandat d’arrêt international soit lancé contre l’ancien président, en décembre 2015.

« Le décret numéro 2014-701 ne fait qu’une vingtaine de lignes. Signé d’Alassane Ouattara, il annonce sobrement, que suite à sa demande, Blaise Compaoré, né en 1951 à Ouagadougou, est naturalisé ivoirien. Le décret suivant annonce, lui, la naturalisation de François Compaoré, le frère de l’ancien président burkinabè ». (RFI)

La justice burkinabè veut entendre Blaise Compaoré, il est inculpé pour son rôle présumé dans l’assassinat de l’ancien chef d’Etat Thomas Sankara en 1987 lors d’un coup d’Etat. C’est ce coup d’Etat qui porta Compaoré au pouvoir… jusqu’à sa chute  en octobre 2014. Il est également accusé d’attentat contre la sûreté de l’Etat, de complicité d’assassinat et de complicité de recel de cadavre.

Une nationalité pour échapper à la justice

La demande et l’obtention de la nationalité ivoirienne par les frères Compaoré vise surtout à échapper à la justice burkinabè. Le nom du frère, François Compaoré, a souvent été cité dans l’enquête sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Le journaliste a été assassiné alors qu’il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur du « petit président »(François), tué par les éléments de l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP).

En prenant la nationalité ivoirienne les deux frères Compaoré semblent échapper à la justice du Burkina Faso.Grâce à cette nouvelle nationalité, le président ivoirien – ami de Blaise Compaoré – a désormais un excellent prétexte pour ne pas les livrer à la justice de leur pays. L’extradition n’est pas pour demain.

La naturalisation sonne comme un échappatoire à la justice burkinabè
La naturalisation sonne comme un échappatoire à la justice burkinabè

Mais en choisissant de fuir, les frères Compaoré donnent raison à leurs détracteurs. Comme s’ils se savaient déjà coupables. Est-ce que le parapluie de la nationalité ivoirienne peut les protéger indéfiniment ? Un changement de régime pourrait-il faire changer les choses ? Une nationalité signée par décret ne protège pas d’une extradition.

Un arrangement entre autorités ivoiriennes et burkinabè ?

Et si personne n’avait intérêt à voir Blaise Compaoré devant la justice ? Peut-être que cette nationalité toute neuve arrange et les autorités burkinabè et les autorités ivoiriennes. Alassane Dramane Ouattara le protège par devoir de reconnaissance ; nul doute aujourd’hui que le président ADO a bénéficié du soutien de Blaise Compaoré dans sa quête du pouvoir (sans parler du soutien de Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale ivoirienne).
Quant aux autorités actuelles du Burkina Faso, elles ont travaillé avec Blaise Compaoré pendant plus de deux décennies. Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè, Simon Compaoré, son ministre de la sécurité intérieure et le président de l’assemblée nationale du Burkina, Salif Diallo, étaient tous des poids lourds du parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Ils étaient très proches du président, ses « bras droits », jusqu’à ce que Compaoré décide de les écarter du parti. Aujourd’hui peut-être qu’ils n’ont pas intérêt à ce que certains dossiers soient ouverts.

Alors on décide, au nom de l’amitié entre les deux pays et pour calmer les choses, de livrer les « petits poissons ». Les éléments de l’ex- régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’unité responsable du coup d’Etat avorté du 17 septembre qui a secoué la transition burkinabè pendant une dizaine de jours, sont extradés au Burkina. « Rambo » (Moussa Nébié, l’adjudant chef du RSP) et ses compagnons, qui étaient réfugiés à Abidjan, ont été arrêtés et sont désormais entre les mains de la justice militaire burkinabè. Le gouvernement burkinabè « salue » l’action de la Côte d’Ivoire alors que les « gros poissons » « se la coulent douce » en terre ivoirienne, pays d’hospitalité. Et tout le monde est tranquille.

 

 

 


Putsch manqué du 16 septembre : Fin de cavale pour Rambo

Recherché depuis plusieurs mois, l’adjudant-chef, Moussa Nébié dit Rambou, a été arrêté le 19 février 2016 par les autorités ivoiriennes et remis au autorités burkinabè le samedi 20 février 2016. il est accusé d’avoir partcipé au coup d’Etat manqué du généla Gilbert Diendéré.

Selon des sources gouvernementales, l’adjudant-chef, Moussa Nébié dit Rambo a été arrêté en Côte d’Ivoire et remis aux autorités burkinabè le samedi 20 février 2016. Mais Rambo n’est pas le seul à rejoindre le bercail dans cette situation. Il y a également, selon les mêmes sources, deux civils. Il s’agit d’Abdoul Karim Sawadogo et Ali Koné. Les deux c’étaient aussi réfugiés en Côte d’Ivoire, suite au coup d’Etat manqué du général Diendéré, le 16 septembre 2015.

Les autorités du Burkina avaient émis mandat d’arrêt contre l’adjudant-chef, Moussa Nébié et le sergent-chef, Roger KOUSSOUBE. Tous ont été extradés selon le service d’information du gouvernement.

Après le coup d'Etat le général et ses soldats n'ont se sont pris aux médias
Photo/J.Lompo.  Après le coup manqué d’Etat le général est arrêté et certains de ses proches collaborateurs ont trouvé refuge en Côte d’Ivoire

 

Rambo, un des « bras droit » du général Gilbert Diendéré

Ces soldats de l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP) sont cités comme des proches et complices du général Gilbert Diendéré dans le coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. ils avaient trouvé refuge en Côte d’Ivoire après le coup d’Etat manqué et que le général Diendéré se soit rendu à la nonciature dans l’optique de se mettre à la disposition de la justice. Selon le rapport de la commission d’enquête sur le putsch, Moussa Nébié est fortement impliqué dans la prise d’otage du président et des deux ministres.

« C’est Moussa Nébié qui avait conduit le commando durant la prise en otage du président de la transition et des membres du gouvernement. Après l’échec du putsch, Moussa Nébié et une dizaine de soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle s’étaient enfuis vers la Côte d’Ivoire. Et faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par la justice militaire burkinabè ».

Des petits poissons pour baisser la tension entre les deux pays

L’arrestation et l’extradition de Rambo et des deux civils sonnent comme un geste des autorités ivoiriennes pour faire baisser la tension entre les deux pays. De son côté, le gouvernement burkinabè, dans un communiqué, « salue cette action et félicite les autorités ivoiriennes pour leur collaboration ». Et d’ajouter qu’elle fait suite « aux démarches entreprises par les autorités burkinabè et ivoiriennes de travailler en étroite collaboration pour la sécurisation des deux pays et de la sous-région ».

Les deux pays frères ont une situation très tendue suites aux mandats d’arrêts internationaux lancés d’abord contre Blaise Compaoré et ensuite et surtout contre Guillaume Soro pour implication dans la tentative de coup d’Etat du généra Gilbert. Il est accusé par la justice burkinabè d’avoir soutenu le putsch manqué. Guillaume Soro, étant le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, cette action avait déclenchée la furie des autorités ivoiriennes. Mais la présidence ivoirienne a toujours affirmé « sa ferme volonté de régler cette question par la voie diplomatique dans le respect des accords qui nous lient, afin d’éviter tout différend entre nos deux États ».

L’arrestation et l’extradition de soldats de l’ex-rsp est un bon signe pour le Burkina Faso. Il est signe que les autorités ivoiriennes ne toléreront plus que des individus se servent de leur pays comme base-arrière pour attaquer un autre en l’occurrence le Burkina Faso.

 


Burkina Faso : des groupes d’autodéfense défient les forces de l’ordre

On a frôlé l’affrontement le 18 février 2016 entre des structures d’autodéfense appelées « koglweogo » et des forces de sécurité dans la province du Ziro, dans la région du centre-ouest du Burkina Faso. Une situation qui rappelle au gouvernement la nécessité de trouver une solution pour ces structures d’autodéfense sans compromettre la sécurité du pays.

Ils sont applaudis par les populations, décriés par les spécialistes du droit et susceptibles d’être recadrés par les autorités. Eux, ce sont les « koglweogo ». Face à l’impuissance de la police à mettre fin aux vols et braquages à répétition dans les différentes localités du pays, les populations ont pris les devants. Elles se sont organisées en instaurant leur propre « police » : les « kolgweogo ». Ce terme, en langue moré, signifie littéralement « protéger de la brousse ». Ce sont des groupes d’individus chargés de démasquer et d’arrêter les braqueurs, « coupeurs de route » et autres délinquants. Alors que le gouvernement réfléchit sur la façon de les mettre en conformité avec la loi, un incident les a opposés le 18 février aux forces de sécurité à Sapouy suite à l’arrestation d’un présumé voleur de bœuf. Les choses sont rentrées dans l’ordre sans affrontement, mais cet incident montre qu’il y a urgence à agir.

Les pratiques des koglweogo sont de plus en plus décriées
Les pratiques des koglweogo sont de plus en plus décriées

De l’impuissance de l’Etat

« Si on ne fait pas attention, viendra un jour où même si on mettait un commissariat de police devant chaque concession, on ne pourra pas arrêter les voleurs et les bandits de grands chemins », disait Norbert Zongo. L’Etat, qui doit assurer la protection de ses citoyens, a du mal à remplir ce devoir. Les forces de l’ordre sont le plus souvent absentes des zones où les malfrats opèrent. Et quand elles sont présentes, elles sont mal équipées ou en sous-effectif. Des commissariats de police et des brigades de gendarmerie ont été installés dans certaines localités pour lutter contre le grand banditisme. Mais mal équipés, policiers et gendarmes sont sans force. Souvent moins armés que les malfrats, les policiers ont peur de les affronter. « Quand on appelle les forces de sécurité pour un cas de braquage, ils traînent avant d’arriver, de sorte à ne plus avoir à trouver les braqueurs dans la zone », expliquait un habitant de la région de l’Est du Burkina. « Souvent, quand on les [les braqueurs] arrête, quelques temps après, on les libère. Et ceux qui les ont dénoncés sont maintenant en insécurité », soutient un autre policier, qui doute de la volonté de la justice et de sa capacité face au banditisme.

Tout cela a conduit les populations à vouloir prendre en main leur sécurité. Sur le terrain, les populations locales apprécient ces milices d’autodéfense. Depuis leur constitution, les actes de braquage ont connu une forte baisse dans certaines localités. Les milices sont sans pitié pour les braqueurs et autres bandits de grand chemin. « Ce sont eux qui ont fait reculer le vol ici. Il y a des lieux où, aujourd’hui, si votre argent tombe au marché, même si on ne vous retrouve pas, les gens vont le ramasser et le remettre au kolgweogo », déclare A. Ouédraogo. Beaucoup de citoyens burkinabè les applaudissent, les résultats étant selon eux « probants ». D’autres, par contre, sont indignés par la forme que ces groupes d’auto-défense ont prise.

Des abus

Le problème, c’est que certains de ces groupes fonctionnent sans aucune base légale. D’autres agissent au mépris des règles du droit. Ils sont aussi accusés d’abus par leurs victimes et les spécialistes du droit. Certains présumés braqueurs n’ont pas résisté aux sévices qui leur ont été infligés. Les milices arrêtent les voleurs, les bastonnent et leur font payer des amendes.

«Les gens s’y sont organisés en association et tiennent des réunions. Ils auraient même fixé des amendes de l’ordre de 15 000 à 1000 000 FCFA, lorsqu’ils prennent quelqu’un qui semble avoir posé un acte répréhensible et cette association commence à bien vivre sans récépissé », déclare un responsable administratif dans la région du Centre-Est.

Ainsi s’est constituée une justice parallèle. Pour les syndicats des magistrats, « il est bien de noter que ces structures ont institué une justice privée dans laquelle elles assurent les fonctions de police judiciaire, de poursuites, de jugement et de détention pénitentiaire, le tout sur la base de « leurs propres lois. » C’est pourquoi ils demandent la suppression pure et simple de ces structures. Le comité intersyndical des magistrats s’interroge sur la volonté affirmée des pouvoirs publics de reconnaître de telles structures alors même qu’elles sont illégales par nature, que leur action est basée sur la violation de la constitution, des lois et règlements, et leurs prouesses fondées sur la négation répétée et continue des libertés et des droits fondamentaux. Mais les groupes d’autodéfense ont une histoire.

L’histoire des kolgweogo

L’expérience de ces groupes d’auto-défense viendrait de la région du Nord du Burkina, selon un consultant du ministère de la sécurité intérieure en charge de la police de proximité. « L’histoire des koglwéogo remonte à l’époque où nous avions mis en place le premier plan quinquennal de la police de proximité (dès 2005, ndlr). Effectivement, en son temps, dans le Yatenga, la zone était infestée de délinquants rendant toutes les activités économiques difficiles. Ces structures ont donc collaboré avec policiers et gendarmes et les résultats étaient vraiment salutaires. Ce qui a valu aux koglwéogo de Ouahigouya la médaille d’honneur de la police, pour cause d' »activités bien menées » », déclare Nanoussa Gansoré. Selon ce dernier, l’implication de ces structures comme police de proximité avait permis d’engranger de bon résultats.

L’action réelle de ces koglwéogo ne consistait pas à attraper un délinquant, de le juger mais à faire un diagnostic sécuritaire de chaque localité et de s’asseoir ensemble pour trouver des solutions. Etant donné que, dans la lutte contre l’insécurité, la prison n’a jamais apporté de solution et que l’emprisonnement génère actuellement plus de problèmes qu’il n’en résout. Travailler à éradiquer les causes fondamentales de l’insécurité constitue le véritable défi à relever, et c’est la raison de la présence de la police de proximité et des koglwéogo.

Encadrer ou supprimer les koglweogo ?

Aujourd’hui, l’Etat est face à sa responsabilité. Supprimer ou encadrer les structures d’autodéfense ? Le gouvernement semble opter pour la seconde possibilité. Si les structures d’autodéfense veulent continuer à exister, elles doivent se conformer à la loi.  «Les koglwéogo sont utiles, à condition qu’on les mette sur les rails, qu’ils exercent dans un cadre légal et qu’ils n’outrepassent pas leur compétence », a déclaré le ministre de la sécurité intérieure, Simon Compaoré. Et d’ajouter : « ce sont des initiatives qui, à l’heure où nous parlons, sont intéressantes. Mais, ce sont des initiatives qu’il faut canaliser : former, contrôler, suivre, etc. »

Pour le consultant du ministère de la sécurité au titre de la police de proximité, ces structures peuvent être bien encadrées et jouer le rôle de police de proximité. « Déjà à travers la loi 032 (qui porte la police de proximité) et le décret 45, qui organise justement ces communautés-là, on constate que le cadre existe. Il ne reste qu’à travailler à ce que l’on adopte le décret, du moment que la stratégie nationale de sécurité a été adoptée et qu’elle intègre les initiatives locales de sécurité. Donc, comme le cadre réglementaire et légal existe, il suffit juste de sensibiliser les populations, de leur proposer un mécanisme organisationnel et de rendre officielle leur existence ». Le débat se poursuit donc, mais il est urgent de trouver une solution à cette situation, afin que les dérapages cessent.


Attaques à Ouagadougou : le Burkina touché mais debout !

Le Burkina Faso a été touché par les attaques terroristes le vendredi 15 janvier 2016. Cette attaque menée à Splendid hôtel, et plusieurs autres endroits de la capitale, a causé la mort de 29 innocents. Les victimes seraient d’une dizaine de nationalités. Une attaque est d’une horreur sans précédent au Pays des hommes intègres.

Au fur et à mesure que les jours s’écoulent, l’on découvre l’horreur des attaques de Splendid hôtel et du Cappuccino de Ouagadougou. Sur les réseaux sociaux, des images de certaines victimes ont circulé. Et l’on se dit que Splendid hôtel ou l’avenue Kwamé N’Krumah ou encore le Cappuccino sont lieux où tout Ouagalais pouvait se trouver. Soit pour une conférence de presse, soit pour participer à un séminaire soit pour diner avec des amis ou tout simplement de passage sur l’une des avenues les plus fréquentées de la capitale burkinabè. Et c’est là que les terroristes ont frappé. Le bilan officiel fait état de 30 morts et de nombreux blessés. Le récit des témoins montre la violence de cette attaque et l’intention diabolique des assaillants dont l’objectif était de faire le plus victimes possible. « « Ils sont entrés et ont tiré à bout portant sur les hommes couchés à terre »

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Photo Jeune Afrique L’intervention des forces de défenses burkinabè et des forces françaises et américaines a permis de limiter les pertes en vies humaines

Les attaques de Ouaga, une surprise ?

On savait le Burkina Faso menacé. La situation sécuritaire de la sous-région, les attaques menées déjà contre les forces de défense et de sécurité notamment les gendarmeries de Samorogouan et d’Oursi en 2015 montraient déjà que le pays était dans le viseur des terroristes. Le pays se savait menacé mais personne ne pensait que cela allait se produire au cœur de Ouagadougou. D’ailleurs dans la même matinée des gendarmes ont été la cible d’une attaque dans une localité frontalière du Mali. Le « bilan provisoire » est de « deux morts, un gendarme et un civil, et deux gendarmes blessés, dont un grave ». En avril 2015, le chef de sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao (nord), avait été enlevé. L’action est revendiquée par Al-Mourabitoune. Tout cela avait conduit certaines ambassades à interdire une grande partie de l’extrême nord du pays à leurs ressortissants. Dès lors beaucoup d’observateurs et de citoyens s’inquiétaient de ces attaques et demandaient les mesures de sécurité soient renforcées. C’est le cas du blogueur Boukari Ouédraogo.

Les raisons de l’attaque…

Beaucoup soutiennent que l’attaque visait les ressortissants occidentaux. Cela n’est pas faux. Mais une attaque sur le sol du Burkina vise après tout le pays concerné. Après tout, le Burkina a ce qu’Aqmi déteste. Le pays a une forte présente de soldats au Mali dans le cadre de la mission de maintien de la paix sous mandat de l’Onu. Avec un total de 1727 militaires et policiers burkinabés, le Burkina Faso dépasse le Bangladesh (1714 hommes), jusque-là premier fournisseur mondial de troupes à la MINUSMA, et le Tchad (1112 hommes) qui conservait le leadership africain au sein de la mission onusienne en terre malienne. Et depuis plusieurs années, le Burkina Faso est aussi un point stratégique dans la lutte contre le terrorisme. Les troupes françaises ont fait du pays un « point d’appui permanent » de l’opération française Barkhane. Les forces américaines sont aussi présentes dans la cadre de la lutte contre le terrorisme. En plus de cela, de par sa situation géographique, le Pays des hommes intègre constitue depuis quelques années une cible pour les terroristes. Le pays fait frontière avec le Nord du Mali sur plus de 1000 km. Mais jusque-là, ils avaient échoué dans leur tentative. Les djihadistes veulent profiter la situation semer la peur et la haine afin de déstabiliser le pays. Ainsi, ils pourront assouvir les besoins diaboliques. Le pays sort d’une transition d’une année, le nouveau gouvernement n’est pas encore installé et l’espoir d’une stabilité politique et du développement commençait à naître chez les Burkinabè. En plus cela, les Burkinabè chrétiens, animistes, musulmans, vivent sans difficultés. Tout ceci représente ce que les terroristes n’aiment pas : la paix. Leur objectif étant de semer le chaos afin de s’emparer une partie du pays.

L’après-attaque

« Le peuple burkinabé a [trop] chèrement conquis sa liberté pour se laisser divertir par des actions terroristes », a déclaré le président Roch Marc Christian Kaboré, soulignant que “la position du pays l’expose au terrorisme ». La menace terroriste est réelle pour le Burkina, comme pour plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs. C’est dans la solidarité, l’union des forces au plan nationale et international que les pays de la sous-région s’en sortiront. J’ai vu la peur dans les yeux des Burkinabè, mais j’ai surtout vu de la colère. Une colère contre les forces du mal, une colère qui pousse à s’engager davantage à lutter contre cette haine. A l’image de cet homme de la sécurité privée, qui a participé aux opérations de libération des otages.

Ce sentiment de colère, loin de diviser le peuple burkinabè, renforce sa solidarité. A chaque fois que des gens, sans raison aucune, veulent mettre le pays en sang, le peuple burkinabè s’est montré solidaire et courageux.

Il est vrai que le patriotisme ne suffit pas pour vaincre ces gens-là. C’est pourquoi le pays devra renforcer sa sécurité, son renseignement et sa coopération avec les pays voisin notamment dans le cadre du « G5 ».

On en sait en un peu plus

Découvrir le mode d’action des terroristes peut permettre de mieux les contrer. Et de démanteler leurs réseaux. Dans ce sens l’enquête semble avancer sur le terrain. Plusieurs personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête sur les attaques de Ouagadougou. Selon Rfi, une vidéo de surveillance de Splendid hôtel a été récupérer et les experts sont en train de l’interroger.

 

 


Burkina Faso : Le Top 7 des défis du président Roch

Le nouveau président, Roch Marc Christian  Kaboré, a été investi le 29 décembre 2015, élu avec 53,49% des suffrages. C’est donc lui que le peuple burkinabè a choisi pour diriger sa destinée pour les cinq prochaines années. C’est incontestablement une victoire pour l’ancien partisan de Blaise Compaoré. Mais en réalité, le Roch doit relever de nombreux défis.  Voici le top 7 des défis à relever par le nouveau président du Burkina nouveau.

  1. La justice

Le président Roch Marc Christian Kaboré est très attendu sur le plan de la justice. Le manque de justice était l’une des raisons de la déchéance du précédent régime. Deux ou trois dossiers requièrent une attention particulière de la part des citoyens burkinabè. Il s’agit des dossiers Thomas Sankara, Norbert Zongo et de la tentative de coup d’état du général Gilbert Diendiéré. Les deux premiers dossiers ont connu une avancée sous la transition notamment avec trois inculpations dans l’affaire Norbert Zongo. Tous appartiennent à l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Le dossier Thomas Sankara a aussi connu une avancée avec l’exhumation des supposées tombes de l’ancien président et ses camarades suivi de tests. Plusieurs personnes sont inculpées dans cette affaire aussi, en majorité des membres de l’ex-RSP, dont le général putschiste Gilbert Diendiéré. Un mandat d’arrêt international a d’ailleurs été émis contre Blaise Compaoré lui-même dans l’affaire Thomas Sankara. A cela s’ajoute d’autres dossiers de crimes économiques ou de sang perpétrés au cours du règne de Blaise Compaoré.

Les Burkinabè attendent que les dossiers qui suivent leur cours ne soient pas bloqués par le nouveau président ou ses proches collaborateurs et que surtout d’autres dossiers s’ouvrent. Le Roch déclarait déjà ceci durant sa campagne : « Je prends l’engagement qu’une fois que nous serons élus il y aura justice et réparation pour tous ceux qui sont tombés sous ces balles et leurs familles. ».

2. L’emploi

Selon les autorités de la transition, le taux de chômage est de 2, 2 % en milieu rural et 8,3% en milieu urbain. Cette situation touche plus les jeunes diplômés. « Le taux de chômage augmente avec le niveau d’éducation. Les jeunes diplômés du supérieur sont les plus touchés avec un taux de chômage de 34,5%. 17, 2% pour le secondaire et 11,3% pour le primaire ». Avec une population à majorité jeune, il est nécessaire, sinon indispensable, de trouver une solution au chômage des jeunes. Durant sa campagne, Roch Marc Christian Kaboré a promis de créer des emplois pour les jeunes. C’est donc évident que tous les jeunes sans emploi l’attendent au tournant. Les jeunes, diplômés comme sans diplômes, espèrent que le nouveau président  va créer de nouveaux emplois afin de mettre fin à leur précarité. D’ailleurs dans son programme de société, le Roch prévoit créer « dans le secteur de la lutte contre le chômage, plus de 16 000 emplois seront mis en œuvre dès l’entame de son mandat ».

Photo Facebook  Le président Roch Marc Christian Kaboré à son investiture
Photo Facebook
Le président Roch Marc Christian Kaboré à son investiture

3. Les besoins de base

Durant la campagne les populations ont exprimé leurs besoins aux différents candidats. Elles veulent tout simplement se faire soigner quand elles sont malades, amener leurs enfants à l’école et avoir accès à l’eau potable et l’assainissement. Des besoins sur lesquels le candidat avait fait des promesses lors de sa campagne. Maintenant élu, Roch Marc Christian Kaboré devrait s’atteler à mettre en œuvre son programme pour alléger la souffrance des populations urbaines et rurales notamment en matière de santé.

Le secteur de l’éducation connait des difficultés depuis plusieurs années. Le fameux continium du primaire, le système LMD qui stagne à l’université ou le manque de professionnalisation du système éducatif sont autant des problèmes qui doivent trouver solutions.

En matière santé de santé les populations attendent un équipement des centres de santé et surtout une meilleure organisation du système de santé pour que des gens ne meurent pas par manque de soin.

4. La grogne sociale

« La maladie ne connait pas une période de grâce, la faim et la misère encore moins. Donc comprenez que la levée du mot d’ordre de grève n’est pas un processus pour conférer une période de grâce à qui que ce soit », a lancé le président de mois des centrales syndicales et syndicats autonomes, Bassolma Bazié.  En ce moment plusieurs institutions publiques ou privées connaissent des mouvements de grève. Il s’agit entre autres de la SN SOSUCO, ou du licenciement du personnel de 2iE où le gouvernement tente depuis plusieurs mois de trouver des solutions. A l’université, les étudiants s’insurgent contre la mauvaise application du système LMD. Certains demandent purement sa suspension. L’Unité d’action syndicale (UAS) a d’ailleurs invité les nouvelles autorités à se pencher sur les préoccupations essentielles des travailleurs car le climat social en dépend. Autant dire que les nouvelles autorités n’auront pas de répit. Elles ont du pain sur la planche. Et il faut travailler à résoudre ce qui peut l’être dans les brefs délais.

5. La bonne gouvernance

Le régime de Blaise Compaoré a « péché » en matière de gouvernance. La mal gouvernance est aussi l’une de causes de sa chute. Le peuple avait l’impression que les partisans du pouvoir étaient des êtres supérieurs. Ils pouvaient tout sans être inquiétés par la justice. Les détournements, la corruption, les abus de pouvoirs et les crimes restés impunis ont fini par exaspérer le peuple. La suite, on la connait. Avec Roch, le peuple attend à ce que ces maux ne soient plus cités dans la cité. Promouvoir celui qui le mérite, rendre justice à la neuve et à l’orphelin, la transparence dans la gestion de la chose publique, c’est ce que les Burkinabè attendent du nouveau gouvernement. Il est évident que cela ne peut se faire par une baguette magique, mais le peuple a besoin de savoir que ses dirigeants sont résolument engagés sur cette voie. C’est en cela que Roch et les autres feront une différence d’avec leur ancien chef, Blaise Compaoré.

6. La sécurité

Au cours de l’année 2015, le Burkina Faso a connu plusieurs attaques attribuées à des « groupes terroristes » à l’Ouest et dans la région du Sahel. Ces deux attaques ont fait des morts et démontrent que le pays doit davantage faire des efforts en matière de sécurité notamment des zones frontalières. Jusqu’à présent l’on s’interroge sur l’identité réelle des auteurs des attaques. Mais ce qui est évident, avec l’état actuel de la sous-région, nul doute que le nouveau gouvernement doit renforcer la sécurité du pays.

L’investiture de Roch Marc Christian Kaboré se tient à moins d’une semaine après que les forces armées nationales aient affirmé avoir déjoué une tentative de libération des généraux Gilbert Diendiéré et Djibril Bassolé. Les deux sont inculpés dans le cadre de la tentative du coup d’état de septembre dernier. Ce qui signifie que même à l’interne, il faut poursuivre les investigations pour démasquer tous ceux qui agissent contre la sécurité du pays. A cela s’ajoute les bandits de grands chemins qui sévissent dans certains régions du pays. Il faut éradiquer tout cela.

Une tentative de libération des généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé a été déjouée selon les forces armées du pays.
Une tentative de libération des généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé a été déjouée selon les forces armées du pays.

7. Restaurer l’autorité de l’Etat

L’un des défis du nouveau  gouvernement est la restauration de l’autorité de l’Etat. Mais cela passe aussi par un bon comportement des gouvernants. Comme un de mes professeurs aimait le dire, « l’exemple vient d’en haut, le suivi, d’en bas ». Si les premiers responsables donnent l’exemple d’une bonne gouvernance, ils pourront ainsi inspirer les autres ou sévir contre toute forme de mal-gouvernance à quelque niveau que ce soit. Il faut travailler à redonner force à la loi, amener les citoyens à comprendre que le respect de la loi, c’est pour le bon fonctionnement du pays.


Blessés de l’insurrection populaire : héros, mais toujours souffrants

Une année après l’insurrection populaire qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré et son régime, pour certains blessés la douleur physique est toujours présente.

Au moment où les honneurs se multiplient à l’endroit des martyrs et les blessés de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, il y en a qui souffrent encore physiquement et moralement. Sont de ceux-là, le petit Abass. Il y a une année, il était élève en classe de 5e. Il se souvient des événements comme si c’était hier. C’était dans les environs de l’aéroport de Ouagadougou.

Photo J. Lompo Une année après l’insurrection Abass, ici avec son père, doit poursuivre les soins.

« J’étais à Loumbila. Des amis m’ont parlé de l’insurrection qui était en cours. Je suis venu à Ouagadougou et nous sommes allés vers l’aéroport. Entre-temps avec un ami nous avons décidé de revenir à la maison. C’est en revenant que les militaires ont tiré sur moi. Quand j’ai entendu le coup de feu, je n’ai pas su que j’étais atteint. Je suis tombé dans un fossé. Quand les choses se sont calmées, j’ai essayé de me lever et je n’ai pas pu. C’est en ce moment que j’ai su que mon pied était cassé. J’ai appelé mon père. Mais avant qu’il ne vienne, les gens m’avaient emmené à Saint-Camille puis à l’hôpital Yalgado. Là-bas aussi, comme je suis petit, j’ai été dirigé vers la pédiatrie. J’ai été hospitalisé pendant 55 jours ».

Son état préoccupant avait amené les autorités à l’évacuer au Maroc pour une intervention chirurgicale. Selon son père, les autorités ont pris en charge tous les soins. Il en profite pour les remercier. Mais l’enfant doit poursuivre les soins, il devrait à nouveau se rendre au Maroc dans ce mois. En plus de la blessure, Abass doit patienter encore avant de reprendre les cours. « Durant tout le temps écoulé, je n’ai pas pu reprendre les cours. Je voulais m’inscrire mais mon papa m’a dit d’attendre quand je serai totalement guéri. Il  va m’inscrire l’année prochaine », déclare-t-il.

Des attentes d’évacuation

Comme Abass d’autres blessés attendent toujours d’être évacués pour poursuivre leurs soins aussi. C’est le cas d’Innocent G. Il a été touché à l’œil. « C’était le 30 octobre 2014 à Zogona, vers chez Assimi. On marchait et il y avait des militaires qui tiraient au hasard. C’est là que j’ai été blessé par une arme à feu », a-t-il expliqué en nous montrant son œil gauche bandé. Lui aussi attend une évacuation. « On m’a remis un papier pour être soigné en France. Mais jusqu’à présent, j’attends. Je ne sais pas quand je pourrai y aller pour recevoir des soins adéquats. » Il me présente un document. Les recommandations du soignant sont on ne peut plus claires :

« Cet état nécessite une réfection de la cavité orbitaire gauche avec confection de prothèse oculaire . Cette technologie étant irréalisable au Burkina, il est souhaitable que Monsieur… soit évacué en France dans un service de chirurgie orbito-palpébrale pour une prise en charge appropriée. »

Evoquant ce cas au directeur du CHU Yalgado Ouédraogo. Ce dernier avoue ne pas connaitre ce dossier mais promet vérifier sur leur liste. « C’est un dossier que j’ignore. Je vais vérifier son nom sur notre liste… Si ce monsieur fait partie de nos blessés et qu’il a des soucis, qu’il revienne » a déclaré Dr Robert Sangaré.

Le problème de prise en charge sociale

Les blessés que j’ai rencontrés sont unanimes. Ils ont bénéficié de soins gratuits. « Pour les soins, on s’est bien occupé de nous. S’il y a des produits à acheter, l’hôpital prend en charge », nous a confirmé Innocent G. « En termes de prise en charge, nous avons eu ce que notre pays pouvait nous offrir. Mais ce n’est pas suffisant », a ajouté le président de l’association des blessés de l’insurrection, Dramane Ouédraogo. « Jusqu’à présent il y a des gens qui marchent avec des sondes et il est nécessaire qu’on s’occupe d’eux » a-t-il poursuivi.

Ce qui a manqué, selon lui, c’est surtout la prise en charge sociale. Certains de ces blessés travaillaient dans l’informel. Aujourd’hui, n’étant pas encore rétablis, ils sont incapables de mener leur travail alors que les charges sociales ne manquent pas. C’est l’exemple de Rasmané Toudwéogo. « Il habite dans un non loti. Une fois il est venu pour des soins. Au retour, il a trouvé que les voleurs ont piqué sa porte et ses fenêtres. Actuellement il dort pratiquement dehors. C’était un maçon. Il ne travaille plus à cause de sa blessure. Comme il n’y a pas eu d’indemnisation, cette personne est laissée pour compte alors qu’il a des enfants à nourrir et à inscrire à l’école », a soutenu Dramane Ouédraogo.

Du point de vue politique, les blessés trouvent que le gouvernement est un peu « laxiste ». « On ne s’attendait pas à ce que l’on permette à nos bourreaux de continuer de régir ce pays jusqu’au point de faire un coup d’Etat », a soutenu Dramane Ouédraogo.  « Donc je dis que c’est un piètre résultat. Ces personnes auraient dû être arrêtées dès l’insurrection pour nous permettre d’aller à une démocratie réelle et à une alternance propre », a-t-il conclu

La réponse du gouvernement

Au-delà des cérémonies d’hommage de la journée du 31 octobre dédiée aux martyrs de l’insurrection, le gouvernement de la transition a annoncé des actions en leur faveur.  Dix décrets ont été adoptés à cet effet le 28 octobre 2015, pour organiser « les prises en charge et l’accompagnement psycho-social, financier, sanitaire, scolaire et alimentaire des familles des martyrs ». On peut citer, entre autres, l’accompagnement et la consolidation des activités et des projets d’activités génératrices de revenus des blessés à hauteur de 150. 000 FCFA, la prise en charge des enfants des victimes durant leur cursus scolaire, dans les établissements publics, jusqu’à leur majorité, à raison de 75 000 F CFA par enfant, ou la formation professionnelle de ces enfants avec une prise en charge de 300 000 FCFA, jusqu’à la majorité complète. Il y a également la poursuite de la prise en charge sanitaire gratuite et le ravitaillement en vivres aux blessés de l’insurrection et de la résistance. Ces mesures pourraient aider beaucoup de blessés pour leur rétablissement complet et la gestion de leurs charges sociales.