Khadim

5 6 7 rues plus loin

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« Garçons jouant au foot » par Olivier Epron

Une rue

une de celles où j’ai perdu mon enfance

et ma jeunesse

j’y ai grandi

joué au foot, j’y ai fait le fou, j’y ai découvert l’amitié

Une rue joyeuse, éclatante, comme un soleil d’été à la plage un après-midi

rue sablonneuse bac à sable

Une rue d’enfants qui ne savent pas ce qu’est la vie

Car

la vie à cet âge c’est juste un matin un midi et un soir

et des événements qui viennent la meubler comme une pièce

 

Puis un jour

un homme y est mort dans cette rue

Un jour un homme est mort dans cette rue

 

et depuis elle n’est plus la rue

soleil et sable

de mon enfance, de ma jeunesse

Le sang de cet homme a repeint mes souvenirs

a redessiné ma vie

Sur un tableau gai un peintre a peint la mort

La Joie de vivre est devenue Guernica

Que n’est-il mort 5  6  7 rues plus loin ?

Que n’est-il mort ailleurs,

ce malheureux !

 


L’enfant et … Proust

 

Un enfant, dans la solennité silencieuse d’une bibliothèque.

Intimidé, il s’approche d’un rayon

hésite

puis choisit un livre

Proust     un pavé de 750 pages !

Il le dépose sur une table  s’assoit

le feuillette encore et encore

comme cherchant quelque chose !

« Comment un livre peut-il être sans images » semble-t-il se dire

Enfant je me disais la même chose          comme tout le monde

Une minute plus tard   – A-t-il tout lu ? –

il repose Proust et s’en court au rayon Jeunesse – plus coloré, plus enchanté –

Il s’était juste trompé

(ou curieux il voulait voir ce que lisait les « Grands »)

Proust il le lira peut-être dans 10 ans ou 20

ou jamais

Moi qui vous parle je ne l’ai pas encore lu

750 pages !

et ce n’est qu’un tome !

 

Une scène à laquelle j’ai assisté hier à la bibliothèque

 

majestic


Une nuit de lecture ou pensées en vrac

Assis, seul à lire des blogs, des lettres, des paroles ou lyrics (cela dépend de celui qui parle), et des articles, qui parlent de tout et de n’importe quoi.
Envoyé valser Boris Diop et son Cavalier pour aller surfer – est-ce que ça se dit toujours – sur le net.
Quoi de neuf aujourd’hui chez CIA, NSA et compagnie – nous naviguons au beau milieu des eaux américaines ouvertes au public et nous nous étonnons que l’on soit surveillé – eh oui, c’est ça le WEB se foutre nu en pleine rue et s’offusquer de découvrir que tout le monde parle de la taille de notre sexe — Bref.
Je disais donc que n’ayant rien à faire (depuis que je suis à l’université, je n’ai constamment rien à faire, allez savoir pourquoi !) je me suis lancé dans un marathon de lecture.
Bob Dylan (toutes les paroles des chansons de Freewheelin), quelques paroles de chansons de Disiz (une déception !), deux mois de billets de blog-ues d’un Canadien (cela se devine rien qu’en lisant chars, fin-vingtaine et autres créations québécoises !);
Morale : un blog fermé reste toujours un blog tout comme un site archéologique est parfois mieux qu’un cinéma
Bob Dylan : le croirais-vous ? Je ne connais presque aucune de ses chansons et pourtant j’aime ses chansons allez savoir comment !
— Si j’avais causé avec le traducteur j’aurais pu publier quelques bribes de paroles ici mais hélas sans droit ni autorisation ça se fait pas —
Et comment croire qu’il n’avait que 21, 22 voire 23 ans à cet âge je me croyais étudiant et je ne voulais pas me prendre au sérieux
Disiz : ou il a le flow qui tue ou c’est sa dégaine qui me plait à moins que je sois chauvin mais ses paroles rien à voir avec Bob D. ou Bob M.
Autre morale : les bourges dirigent le monde, leurs rejetons, qui ne les aiment pas (qui dirige n’a pas de temps libre, pas même pour un mioche) veulent changer le monde de papa et maman et n’y arrivent presque jamais alors ils se contentent de changer de look de vie de trottoir de pays ; et les pauvres, eux, choisissent leurs camps et suivent papa maman ou les rejetons
Et, j’oubliais lu aussi une lettre d’un père écrivain à son fils amoureux.
L’insomnie acte 1 scène 10
FIN
Et pour finir une citation butinée au hasard de ma lecture publiée telle que je l’ai trouvée et qui j’espère clôt admirablement cette chose pondue par un insomniaque chronique et que je nomme hélas Article

Traduction boboche à partir de l’Allemand: «Les gens aujourd’hui croient que les scientifiques sont là pour les informer; les poètes, les musiciens, etc., pour les divertir. Que ces derniers aient quelque chose à leur enseigner ne leur vient pas à l’esprit.»

Une pensée de Ludwig Wittgenstein
SALAM


Une nuit dakaroise

C’est la nuit. Rien à faire. C’était pendant la panne sèche.Pas de films, marre des livres (il m’arrive parfois d’en avoir marre, mais cela ne dure jamais, Dieu merci !, juste quelques heures).

Que faire alors ? Pourquoi pas un article pour Mondoblog ? Ecrire. Je voulais écrire un article et j’ai écrit ceci. J’ai voulu alors le ranger dans un tiroir, comme tous les autres, comme tant d’autres. Il en est sorti de lui-même. Alors le voici : j’espère qu’il vaut la peine d’être vu et lu.

Dakar la nuit.

La nuit Dakar.

A l’heure où les artères se vident, où ne roulent que les taxis, et les cars rapides.

Dakar la nuit.

La nuit. Dakar.

Je marche. Je marche toujours. Aussi longtemps que je me souviens, je marche.

Marchent aussi ces femmes, vêtues comme pour la plage, à minuit.

Il fait froid, je marche, elles marchent…

Pas de taxis à cette heure : les prix haussent le ton

Et les cars bariolés déglingués pas si rapides passent au compte-gouttes

Pas de femmes juste des hommes qui reviennent de quelque part de nulle part

Et pourtant il y a des femmes qui marchent cette nuit vêtues comme pour la plage

Et pourtant il fait si froid…

Il y a aussi ceux qui dorment blottis comme un paquet oublié par un marchand trop pressé paquet d’os de fièvres de glaires et de rhumatismes perdu sous la lune les lampadaires et le regard de Dieu qui veille peut-être sur eux

Regard qui clignote.

Dakar la nuit.

La nuit. Dakar.

Il y a toujours un homme qui marche, cette nuit et toutes les nuits

Moi ou un autre ou une autre.

 

 

Un homme marche puis s’arrête

Une de celles qui marchent s’arrête

Un taxi s’en va mais reviendra bientôt

Là-bas des hommes attablés ne peuvent s’arrêter de rire de mâcher de boire

Ils brillent, ils flambent ils détonnent, feux follets, lucioles maîtres de la nuit de cette nuit

Puis hausseront le ton et s’en iront eux ne marchent pas.

Il est quelle heure ? Minuit ? Une heure ?

Qu’importe ! La nuit c’est juste la nuit               peu importe l’heure

Et il y a ceux qui marchent et ceux qui ne marchent pas.

Un taxi s’en revient vide ou presque léger

Et marchent toujours ceux qui marchent.

Les taxis haussent toujours le ton et la goutte ne tombe toujours pas.

Alors je marche comme toujours dans Dakar.

Il fait nuit.

Je marche toujours.

Aussi longtemps que je me souviens je marche.

 


Partir…

A ceux qui sont morts en voulant fuir « l’enfer » de leur pays et qui voulaient rejoindre l’Espagne, qui signifie l’eldorado pour eux. Ceux qui croient que partir est la seule issue. Partir, à tout prix. Pour peut-être revenir un jour, la tête haute.

Ces quelques vers, qui n’y feront rien.

 

 

Une vague.
Dessus
La vague
Des hommes
qui rêvent…
Partir
Ailleurs
Qu’importe où
Partir
Qu’importe
Le risque
La mort
L’oubli
Partir
Est-ce une
folie ?
Est-ce une
bêtise ?
Qu’importe
Ils partent
Ils partiront
Ils mourront
Ils reviendront
Déçus
Comblés
Qu’importe
Toujours
Ils partent
Ils partiront
Si
Toujours
Ici
Rien ne change
Rien ne change…

 

Pourquoi ce poème, et pourquoi aujourd’hui ? Parce que les pirogues partent toujours et sombrent… hélas !


Donnez-moi mes 3000 francs (voire plus)

Je vous rendrai la monnaieCrédits Photo : www.au-senegal.com
Je vous rendrai la monnaie
Crédits Photo : www.au-senegal.com

 

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de politique. Et qui dit politique au Sénégal, en ces temps qui courent, parlera forcément de la traque des biens supposés mal acquis.

De quoi s’agit-il ? D’une chose très simple.

Sous le régime précédent, celui de Wade (chassé dans les conditions que l’on sait), c’était un secret de polichinelle que nos finances publiques avaient été pillées, détournées, vampirisées par tous ceux ou presque qui s’en sont approché.

Avec l’avènement de Macky Sall (lui-même ancien premier ministre et ministre sous Wade), à qui l’on connaît une énorme – et fort douteuse – fortune, a été lancée une procédure judiciaire visant à recouvrer nos deniers perdus de vue. C’est ainsi qu’a été mis sur pied la Crei (Cour de répression de l’enrichissement illicite), chargée d’enquêter, de débusquer et de punir si délit il y a.

Après l’affaire Karim Wade (fils de l’ancien président Wade) et quelques autres, on parle de l’affaire Aïda Ndiongue.

En quelques mots, voici de quoi il est question :

Après les terribles inondations des années 2000, un appel d’offres pour des produits phytosanitaires est lancé et la dame sus-nommée le remporte, puis avec quelques complicités, empoche le chèque, mais ne livre pas la marchandise. Un marché de 5 milliards qui monte mystérieusement à 77 milliards de nos pauvres francs. Et, pour ne rien arranger, la traque lancée, l’on découvre 47 milliards en liquidités, or et diamants placés dans une banque de la place. (La question que je me pose, malgré moi : ou elle ne sait pas ce qu’est l’évasion fiscale, ou c’est une grande patriote). Depuis la presse en fait ses choux gras et la dame se languit en prison, attendant de savoir à quelle sauce elle sera mangée.

Mais là n’est pas la question.

J’ai entendu dire que 47 milliards, divisés par 12 millions (le nombre de Sénégalais), cela faisait 3000 par tête. J’ai refait le calcul : cela fait exactement 3916,66666666667.

Alors, si jamais le détournement est avéré, pourquoi ne donnerait-il pas, à chaque Sénégalais, 3000 francs et quelques poussières de chiffres impossibles.

On aura plus de chance d’en jouir ainsi que s’il reste dans les caisses de l’État. Et pourquoi n’en ferait-on pas de même des 700 milliards de Karim Wade ou des 2000 milliards qui seraient, selon certaines langues, la somme totale qu’on nous aurait volée sous le règne de Wade. Ça nous servirait bien à quelque chose.

Alors, pour finir, messieurs de la Crei, si jamais vous mettez la main sur ce pactole, qui à force d’être beaucoup d’argent ne représente plus rien de concret, si jamais je dis vous mettez la main dessus, donnez-moi mes 3000 francs (voire plus).

Nguir yalla wa rassoulih, pour l’amour de Dieu et du prophète.

Car s’il reste dans vos mains (si jamais il y arrive), j’ai peur de ne jamais en voir la couleur ni d’en jouir, car pour beaucoup d’entre vous, les poches de l’État, c’est comme vos poches.

A bon entendeur, salam. Je surveille mon compte.


Panne sèche… (et autres)

Crédits photo : cairn.info
Crédits photo : cairn.info

Panne sèche. 

Pas de signe de vie depuis trois semaines, la faute à l’inspiration; aucun sujet et, manque de bol, problème d’ordi. Alors on fait appel au tiroir où dorment les « poèmes commis, inédits et qui redoutent la lumière ».

Place au poème… et bonne lecture. A bientôt, j’espère. 

 

Les pauvres -et quelques intrus – (titre provisoire)

Dans mon pays, les pauvres  – et quelques intrus – dorment, dehors, à même le sol. Ils ont si peur de la mort qu’ils guettent, l’oreille collée au pouls nocturne de la vie, son approche et se réveillent dès qu’elle s’annonce.

Leur réveil nocturne, comme celui des chiens, annonce les pas de la mort. Et ceux qui savent respirent une dernière bouffée.

Mais, cette nuit, hélas ! l’un d’eux a eu l’oreille dure de fatigue.

Et le jour se lève.

Et la rue s’anime, et les trottoirs deviennent souk qu’il dort encore.

Et, le soir, comme si rien ne s’était passé – les pompiers ont nettoyé la rue – les pauvres (et les quelques intrus) retrouvent leur dur paillasson et prient pour ne dormir que d’un oeil, que d’une oreille, si d’aventure revenait la Trouble-fête.


Toutes mes sincères excuses, M.Moussa Touré !

Crédits photo : Page Facebook Ministère de la culture du Sénégal

Crédits photo : Page Facebook Ministère de la culture du Sénégal

Des excuses ? Pourquoi ? Vous allez le savoir, si vous prenez le temps de vous installer, comme au cinéma.

Je voudrais vous parler de Moussa Touré, mon compatriote, le cinéaste, qui nous a réalisé dernièrement un très bon film, La Pirogue, et c’est de ce film qu’il est question ici.

Je viens juste de le voir (avec force retard) mais ce n’est rien, y a bien des gens qui regardent encore des films sortis en 1930 ; alors, 2012, ce n’est rien.

Je disais donc : je viens de le voir, et, paradoxalement, je m’excuse de l’avoir vu. Je m’explique. Après l’avoir maints fois raté quand il était à l’affiche à l’Institut Français (la raison, l’heure ne m’arrangeait pas – 19 h 00 – mais pour dire vrai, j’étais trop fauché pour me payer une séance ; mais cela je l’ai déjà dit dans un autre article), après avoir attendu une heure et plus à un colloque barbant et mensonger qui promettait de le diffuser, pour me rendre compte, une heure après, que j’étais venu en retard , et le film n’étant à l’affiche ni au Goethe-Institut ni à l’Aula Cervantès, j’ai sauté sur l’occasion quand je l’ai vu… sur un site de téléchargement. Et je l’ai téléchargé (mais il m’en a fallu du temps). Et je l’ai enfin vu. Et je me félicite de l’avoir vu (c’est un chef-d’œuvre) mais, paradoxalement, je m’excuse auprès de son auteur, monsieur le talentueux cinéaste Moussa Touré, de l’avoir vu ainsi, de manière illégale. Parce que cela ne lui rapportera pas un sou en poche ni ne lui permettra de nous offrir d’autres films de la même qualité.

Mais, avais-je le choix ? J’étais fauché, et je le suis encore ! Et je sais que, tout comme moi, des milliers de Sénégalais – que dis-je – des millions de Sénégalais et même d’Africains veulent voir ses films ou les films de ses confrères du continent mais n’ont pas les sous pour. Ou, s’ils les ont, ils n’ont pas de salles de cinéma. Chez moi, à Dakar, pour voir un film (de qualité) de temps en temps, il faut aller soit chez les Français (Institut Français), soit chez les Allemands (Goethe-Institut) ou les Espagnols (Aula Cervantès).

Le théâtre Sorano, le Grand Théâtre, le centre culturel Blaise Senghor ou la Maison de la culture Douta Seck proposent, mais très rarement, des séances de cinéma ; pour les deux premiers, on peut les comprendre : ce n’est pas leur mission première, mais pour les autres, c’est une lacune. Et tous, Occidentaux comme nationaux, nous les servent à des heures impossibles. Bref, c’est un autre débat.

Dire alors, après cela, que le cinéma sénégalais se porte bien, ce serait exagéré. Certes, le Sénégal s’est bien comporté dernièrement (La Pirogue, Tey (Aujourd’hui) d’Alain Gomis, Président Dia de Ousmane William Mbaye ont raflé les prix de par le monde (Etalon de Yennenga, Tanit d’or etc.) mais combien de Sénégalais les ont vus ces films ? Des films qui pourtant leur parlent et dont on pourrait même dire qu’ils sont faits pour eux – tout le contraire des films que l’on nous propose à longueur de journée sur nos maudites chaînes de télévision. Encore un autre débat.

Alors, la faute à qui ? Pas la peine de chercher loin. C’est tout trouvé. S’il ne pleut pas, c’est la faute à Dieu ; si la marmite ne bout pas, c’est le paternel qu’il faut apostropher ; eh bien ! si rien ne va dans nos pays, c’est à nos dirigeants qu’il faut demander pourquoi. Nous leur avons confié nos destinées (vous, pas moi) et ils nous ont promis la pluie (que Dieu se repose donc), la marmite sur le foyer (que nos pères aillent se reposer) et tout ce qui va avec.

Alors, messieurs les politiciens, où sont nos salles de cinéma ?

Mais les leur demander, autant demander une danse à un cul-de-jatte ! Ils ne nous donnent rien d’autres que des scandales à répétition, des « promesses qui n’engagent que ceux qui y croient » (dixit Abdoulaye Wade), du vent et des espoirs déçus.

Alors, pour finir, j’entonne la tirade de Lansana (personnage de La Pirogue), joué par un Laïty Fall que je découvre excellent comédien (dans nos sketchs télévisuels minables, il ne se faisait remarquer qu’en tant que babillard, histrion et bouffon) : « Vous les hommes politiques, j’ai une chose à vous dire, je suis un homme africain qui a décidé de rentrer dans l’histoire par ses propres moyens ; allez vous faire foutre, je vous emmerde !!! »

Sans langue de bois ! A bon entendeur, salam, et mea culpa.


Bal(l)ade d’un homme et d’un chien perdus

Crédits photo : wawaa.canalblog.com
Crédit photo : wawaa.canalblog.com

Pour finir l’année en beauté – ou presque – rien ne vaut un poème (pas très gai, mais pas trop triste). A l’année prochaine. Bonne année

 

Bal(l)ade d’un homme et d’un chien perdus

Je ne sais plus si je courais ou si je marchais

mais je m’en allais comme le Bateau ivre seul

Et voilà que je rencontre un chien

Comme moi il était perdu

comme lui j’étais perdu

alors

On s’est mis d’accord pour faire une trotte ensemble

et depuis l’on ne se quitte plus

Deux perdus qui se rencontrent, quelle aubaine !

Et un jour hélas ! son maître le retrouva

J’étais seul j’étais perdu                       toujours

Alors j’ai suivi tout penaud le chien

Pas de chance son maître était belle

mais elle ne voulait pas de moi

Alors je suis parti tout seul

Toute une trotte et je ne sais pas pourquoi

Loin très loin je me retourne

Et voilà que je vois le chien

Il m’avait suivi le chien

Son maître était belle mais son maître était conne

Et puis c’est pas tous les jours

que deux perdus se rencontrent

On s’est remis d’accord pour refaire une trotte ensemble

Deux perdus qui se rencontrent c’est pas tous les jours que ça arrive

Depuis l’on ne se quitte plus

Et je lui ai dit au chien :

Quand l’un de nous mourra le survivant le bouffera

Du tout ! m’a-t-il dit, nous ne sommes pas cannibales

L’on s’est promis alors de mourir le même jour

De vieillesse de chagrin ou de vide sentimental qu’importe

L’on s’est promis de mourir le même jour

Et si jamais le Ciel nous ouvre ses portes

Bras dessus pattes dessous

L‘on s’en ira dire bonjour au Grand Perdu d’En-Haut

Pattes dessus bras dessous

L‘on s’en ira dire bonjour au Grand Perdu d’En-Haut

 

 

 


Les prisons sénégalaises : un mouroir !

Crédits photo : lifixew.com
Crédits photo : lifixew.com

J’ai une tribune pour m’exprimer, des choses qui m’interpellent et une modeste plume, alors pourquoi me taire ?

Tout dernièrement, les journaux ont encore parlé des prisons. De la plus célèbre, Rebeuss. Rebeuss la terrible. Pas de Karim Wade ou des politicards supposés voleurs qui y croupissent. Mais d’un jeune qui y est mort, et, selon le certificat de genre de mort, c’est loin d’être de manière naturelle. Il serait mort par strangulation et avait plusieurs « plaies contuses » sur différentes parties de son corps. Digression : voilà une information qu’on ne verra pas au J.T. de la chaîne nationale.

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Bref, ou, plutôt, hélas, est-ce une chose nouvelle ?

Tout le monde le sait, mais ne le dit jamais : dans les prisons sénégalaises, on meurt comme des mouches. Les matons tuent, la tuberculose tue, d’autres maladies aussi tuent, les codétenus tuent et j’en passe. Rares sont les prisonniers condamnés à de longues peines qui en voient le bout. Soit ils meurent en prison, soit ils sortent mourants pour… mourir dehors. Et soigner les statistiques.

Seuls les nantis sortent du lot, comme toujours. Incarcérés, ils vivent à part, loin des chambres « populeuses » (le fameux « paketass *») où s’entassent ceux qui n’ont pour capital que leur vie.

Source : Page Facebook de Simon (Y en a marre)
Source : Page Facebook de Simon (Y en a marre)

La faute à qui ? A une société qui n’a aucun égard pour ceux qui ont la malchance de se retrouver derrière les barreaux. Et qui s’en fout royalement de ce qui peut leur arriver. Tant que cela n’arrive pas à un proche.

Mais, comme dit plus haut, dans une société où l’on court toujours après l’argent, il y a détenu et détenu.

Ceux qui y sont à cause « d’un coup du sort », qui n’y sont pas à leur place, peu importe le délit ou le crime commis, et qui n’y restent jamais longtemps. Et qui en sortiront comme s’ils venaient de passer un peu de temps à l’hôtel.

Et les autres (décidément, ces temps-ci, j’aime ces trois mots), ceux qui y sont parce que là est leur vraie place, qui y retourneront tôt ou tard, car, dehors, personne ne veut d’eux, pas même leurs parents. Car, pour la société, ils n’existent plus; et la réinsertion étant quasi inexistante, ne sachant ou ne pouvant rien faire, ils n’ont d’autre endroit où aller que la rue – la  rue, le plus court chemin qui mène vers la prison. Ainsi, dans certains quartiers, ceux qui ont déjà fait de la prison ont huit chances (???) sur dix d’y retourner.

Y a-t-il une solution, en fin de compte ? Peut-être ! Espérer (hélas ! juste espérer) que les mentalités changent et que la société cesse de percevoir la prison comme un point de non-retour, un purgatoire pour âmes perdues. Car la volonté politique faisant cruellement défaut, rien d’autre, à mon avis, ne peut influer sur la courbe des choses. Les nouvelles prisons n’y feront rien – Le Sénégal indépendant n’a jamais construit de prisons, toutes datent du temps des colons (ce qui veut tout dire) – si l’on n’attaque pas le mal à la racine. Car ne sont victimes de ces sévices, la plupart du temps, que les prisonniers dont personne ne se préoccupe.

Et Dieu sait que les politiques savent ce qu’est la prison. La plupart y ont séjourné, à la suite d’un différend avec le maître du moment ou pour un détournement, réel ou supposé. Mais les politiques étant dans la classe des nantis, des « réseautés », pour eux, c’est juste un bon point pour le c.v., une preuve de constance, d’engagement ou de loyauté à des idéaux ou un parti.

Mais si la prison n’était que cela pour tout le monde : une étape – surmontée – dans une vie. Si seulement elle n’était que cela !

 

Paketass ; vient du français paquet, désigne la façon inhumaine dont les détenus sont parqués dans des chambres minuscules par centaines ( voir la photo)


Il était une fois Mandela… et les autres

info-afrique.com
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Il était une fois une terre où vivaient des hommes, l’Afrique,

Il était une fois un peuple sur cette même terre, quelque part dans le Sud ;

Puis un autre peuple est venu d’ailleurs et s’est rendu maître, par la force et la ruse, de cette terre

–  Et un peuple en a asservi un autre, parce qu’ils disaient : «Nous sommes différents ».

C’était les débuts de l’apartheid.

Ce peuple asservi, c’était les Noirs d’Afrique du Sud.

Puis un homme est venu dire non à ce système, au mépris de sa vie, de sa liberté.

Car il luttait pour son peuple qui n’avait plus de liberté, il luttait pour l’Afrique et pour l’humanité.

Et cet homme a fini par vaincre le système.

Mais, pour cela, que d’épreuves traversées, de souffrances endurées, d’humiliations subies.

Cet homme, c’était Mandela, Nelson Mandela.

Et, depuis le 5 décembre 2013, cet homme n’est plus.

Cet homme était devenu président de cette terre d’Afrique du Sud.

L’opprimé avait à sa merci l’oppresseur.

Mais il a pardonné, il a montré à tous ce qu’était le pardon.

Car nous savons tous ce qu’est le pardon, mais nous ne pardonnons guère.

Ou, alors, peu d’entre nous le font.

Et c’est, avec son combat, ce que je retiendrai le plus de lui.

Mandela, pour moi, c’est un homme qui a dit non, qui a lutté pour ses principes et qui a pardonné.

L’un des meilleurs hommes qui soient.

Mais, hélas !, il y a eu Mandela… et les autres. Les autres, ceux qui nous dirigent, qui nous ont dirigés ou qui veulent nous diriger et qui ne sont pas Mandela. Ils sont légion et ils sont partout, dans tous les pays.

Vous les autres, un homme fut qui n’est plus.

Un homme comme vous et moi, et qui a fait, à lui seul, plus que vous tous (ou presque) réunis. Prenez-en de la graine. Pour que son combat ne soit pas vain. Pour que l’Afrique, et l’humanité toute entière, vivent comme il l’aurait souhaité : en frères et sœurs, en hommes libres, sans distinction aucune.

A bon entendeur. Repose en paix, Madiba et veille sur nous et les autres.

info-afrique.co


Fauché, en décembre, comme un rat d’église (musulmane)

Crédits photo: fr.123rf.comJe suis fauché, comme ce champ
Crédits photo: fr.123rf.com
Je suis fauché, comme ce champ

 

J’ai cassé ma tirelire et pas même de quoi amadouer, soudoyer un videur.

Non. C’est juste pour rire. Je n’ai pas de tirelire (et même si j’en avais un, ce serait tout comme), et je ne vais plus en boite depuis six, sept ans. Pour être même plus prêt de la vérité, je n’y suis jamais allé. Quoi !!!? Moi, j’étais plus choladera (si tu ne connais pas, ça veut juste dire soirée dansante), boum au salon sous les yeux attentifs et outrés des parents (encore du pipeau). Non, dans mon temps (c’était il y a juste huit ans), on se contentait des teufs du quartier ; les night-clubs, c’était loin, c’était cher et c’était un niveau au-dessus. Vous pouvez en déduire la jeunesse sage que j’ai eue. Mais les temps ont changé et les jeunes sont de plus en plus précoces. Bref, c’est un autre débat.

Je disais donc : décembre s’annonce et je suis aplati (portefeuille y compris) comme une ruelle qui attend son fameux goudron. Mais si ce n’était qu’aujourd’hui. 2013 a été (elle n’est pas encore finie) une année naze : ils m’ont coupé la bourse (mais j’ai encore la vie et elle continue !) et depuis le début de l’année, calme plat.

Crédits photo : panoramio.com
Crédits photo : panoramio.com

 

Déjà, en janvier, j’étais fauché, en février, j’étais fauché, en mars, j’étais fauché, avril, idem, mars, itou, juin, juillet, août, pitoyable comme le paysan qui ne voit pas encore l’ombre d’un nuage, septembre, fauché, octobre, novembre, pareils. Et décembre vient boucler la boucle à la gorge de cette année catastrophique.

Mais pourquoi j’attends décembre pour me plaindre ? Parce que j’ai une tribune où m’exprimer, pardi ! (et presque pas de lecteurs). Oui, entre autres raisons. Pour dire vrai, ayant débuté l’année au fond du trou, j’aurais espéré la terminer autrement, en beauté (ou tout comme).

Car pour fêter décembre comme il se doit, il faut être riche comme Crésus, sapé comme un Congolais et à la page comme Facebook. Et je ne suis ni Crésus, ni Congolais, encore moins à la page.

Crédits photo : inzocongo.net
Crédits photo : inzocongo.net
Crédits photo : paperblog.fr
Crédits photo : paperblog.fr
Crédits photo : amabilia.com
Crédits photo : amabilia.com
Crédits photo : afriquechos.ch
Crédits photo : afriquechos.ch
Devant toutes ces photos j’ai pas pu résister

Et comme décembre est un mois spécial pour moi (pour ceux qui savent), ce serait dommage de la passer à compter les poteaux et à vider un stylo sur du papier bas-de-gamme. Bref (ou plutôt rebref), ce billet est mort de sa belle mort, car il n’avait pas de raison d’être. La faute à l’insomnie !

P.S. : J’aurais aimé vous entretenir de choses plus sérieuses, mais, comme nous, nous carburons à l’inspiration (et elle ne se commande pas), on fait avec ce que l’on a. A bon entendeur, salam. Bon décembre et vivement 2014. Et pourvu qu’elle soit meilleure.


Le temps du Seigneur, le temps des Blancs et le notre ou l’heure sénégalaise

cieljyoti.wordpress.com

Crédits photos : cieljyoti.wordpress.com

N’allez pas croire que nous avons notre heure à nous, comme ces Toubabs qui s’amusent à ajouter ou à retrancher une heure, selon la saison, au Temps du Seigneur. Car il faut bien le dire, l’heure nous appartient certes, ça c’est vrai, c’est une création de l’homme, et la minute et la seconde et la montre qui les héberge tous, et les tracas et soucis qu’elles nous causent, mais le Temps ce n’est pas à nous, c’est au Grand Patron, c’est son invention, alors respectons son droit d’auteur !

Se plaindre du Temps ou ne pas s’en accommoder, c’est comme la souris dans sa cage au laboratoire qui en a marre de la promiscuité qu’on lui impose (comme si elle connaissait quelque chose en matière de budgets serrés en ces temps de crise), ou le ver dans l’intestin (le votre, pas le mien) qui se plaint de ne pas dîner à des heures fixes.

Nous, le temps, ou l’heure, pour être plus exact, on n’en a rien à battre. C’est une sottise importée du Pays des Blancs. Avant eux, c’était le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest, on se lève avec le soleil et on se couche après lui, sauf si la lune daigne le suppléer. Et tout était réglé comme la succession du Fils au pouvoir après la mort du Père, selon la volonté du Saint-Esprit, le peuple.

Les Blancs, c’est la pire chose qui puisse arriver à un Africain, après les Noirs qui nous dirigent, s’entend. Eux, ils sont… Noirs et Blancs ; allez savoir même si c’est leur vraie couleur. Bref.

Je m’égare ; revenons à notre sujet du jour : le temps, et surtout l’heure sénégalaise.

Ce n’est rien d’autre que la fâcheuse habitude qu’ont mes compatriotes de se moquer éperdument d’arriver à l’heure à un rendez-vous ou de se pointer à l’heure au boulot.

Je vous donne un exemple : Supposons que vous deviez retirer un document administratif dans un des nombreux services de l’Administration sénégalaise. Même si l’on vous dit de venir à huit heures pétantes, surtout n’y allez pas à cette heure. Ou alors emportez un livre avec vous, ou un tricot, ou mieux, un tabouret pour vous asseoir. Vous en aurez besoin, car vous risquez fort de perdre votre temps et de vous tourner les pouces. Allez-y vers neuf heures, neuf heures trente, voire dix heures. Et croisez les doigts : on tombe souvent malade chez les fonctionnaires.

Et le comble c’est que si vous vous pointez en retard, vous n’avez plus qu’à revenir demain ou un autre jour. Car la dame (c’est presque toujours des dames) sera déjà partie. Ils n’arrivent jamais à l’heure et repartent toujours avant l’heure. Si l’heure de la descente (c’est ainsi qu’on nomme la fin de la journée de travail chez nous) c’est treize heures, ne venez surtout pas après midi. Vous n’y trouverez que les travailleurs consciencieux (fort rares, mais ils existent) et des couloirs et des bureaux vides. Et on se demande toujours pourquoi le pays en est là ! Bref, ça c’est pour l’administration.

Avec le commun des mortels, le citoyen lambda, le Sénégalais moyen, c’est la même chose.

Si vous avez l’intention de lui fixer un rendez-vous, renoncez-y si vous le pouvez. Sinon, donnez-lui le temps de venir à l’heure. – Tout ce que je viens de dire plus haut est tout à fait logique – Car son heure n’est pas la votre. Vous lui dites : « On se voit à 15 heures ». Il vous entendra, il vous comprendra mais il n’en fera qu’à sa tête. Son heure n’est pas la votre.

Ceci est vrai à un tel point qu’il s’est créé une nouvelle expression pour dire venir à l’heure :
– On se voit demain, sans fautes.
– T’inquiètes. C’est noté. A quelle heure ?
– 18 h. Heure américaine.
– Tu crois parler à qui ? J’y serai.

Il y sera, c’est indéniable. Au Sénégal, on ne pose pas de lapin ; on dit juste au lapin de vous dire de nous attendre, de patienter. De nous donner le temps d’arriver à l’heure. A notre heure. Mais seul Dieu sait quand.
A bon entendeur. Salam


Qui a dit que le latin est une langue morte ?

Même les Romains en perdent leur latin

Dessin de Marine Fargetton : unprintempspourmarnie.mondoblog.org

 

Saviez-vous que Dieu n’aime pas le latin. Oui. Ou alors mon Dieu à moi. Cette langue, Il l’a en horreur. Il l’abhorre.
Primo, Il leur a envoyé (eux, ce sont les Romains, ces maîtres du monde antique, qui parlaient … latin) Néron, et maints autres tyrans. Oui, vous me dirais qu’ils ont eu tout de même César, Auguste et je ne sais plus qui ; mais n’oubliez pas que la folie et la cruauté de Néron a vaincu deux millénaires et que ni Mobutu ni Bokassa, à mon avis, même coalisés, ne pourront l’égaler.

Bref… Secundo, Il leur a envoyé – qui ? – les Barbares, à leur tête Alaric, un chouette monsieur, qui mit Rome à sac. Quelques années après, plus d’Empire romain, mais le latin, comme tous les enquiquineurs, a la peau dure. Et ni le temps ni les langues nouvelles, bien en bouche et sur toutes les… langues, n’y ont rien fait. Langue satanique, elle fait de la résistance. A la longue, mon Bon Dieu risque d’y perdre son… latin – zut, encore lui – et alors ce sera le remake de Sodome et Gomorrhe subissant l’ire des Cieux.
Je disais donc, l’Empire romain et ses Romains morts au 5 siècle après J.C, la langue aurait dû suivre. Mais ce qui tue les hommes ne tue pas une langue. Surtout quand cette langue a pour nom : latin. Vous me demanderez : « On la parle où ? En Amérique latine ? En Italie ? Où, Bon Dieu ? » Je vous répondrais : « On la parle à l’église (pas dans toutes), et aussi par les vieilles têtes pédantes du siècle dernier et dans les amphithéâtres. Surement aussi en Enfer. N’ayant jamais mis les pieds dans une église (mais curieux comme je me connais, ça viendra) et n’étant pas, à mon avis, ni vieux ni pédant, je ne pourrais vous parler que du latin dans les amphis.

César, mort, Brutus, l’ayant tué, mort, Néron, mort, bref tous les Latins six pieds sous terre ou sous lave, que peut bien faire cette langue-zombie sur terre. Et bien, elle n’est encore là que pour hanter mes nuits et jours d’étudiant de Lettres Modernes.

Mais est-elle elle-même fautive. Non. La faute incombe aux « ressusciteurs » d’antiquités et de langues mortes qui nous l’enseignent. Eh oui ! On est en 2013, deuxième millénaire après J.C. et on continue à nous bassiner avec cette… revenante. Sous prétexte que ça aide pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la langue française, qui lui doit une fière chandelle, on nous la sert, déclinée à toutes les sauces : conjugaison latine, déclinaison des verbes latins, historique du latin de la Rome à la Gaule de Rabelais (sic).

Ainsi l’on vous apprend que tel ou tel mot vient d’un mot untel, -j’aurais pu vous donner quelques exemples mais j’ai plus un mot de latin en tête (ou presque) – Sans elle donc, pas de français, partant pas de Voltaire ni de Victor Hugo ni de Baudelaire ou de Sartre, encore moins de Césaire ou de Senghor. Mais aussi, me susurre mon Sancho Pança, si, sans le latin, pas de français et qui dit français dit francophonie, dit aussi R.F.I., dira forcément … Mondoblog et …
La ferme, Sancho, j’ai compris. Touche pas au latin ; mais s’il vous plait, Mesdames Messieurs les pédants, allez l’apprendre à d’autres.

Au hasard d’une lecture, (La Belle du Caire de Naguib Mahfouz), j’ai appris, avec stupeur, tremblement et indignation qu’en 1933, en Egypte, on apprenait le latin. Ça m’a dressé tous les cheveux de la tête. Quel calvaire cela a du être. En parlant de l’Egypte, il parle quelle langue, Sancho ? – L’arabe. Pupain ! La poisse ! Encore une langue que je ne porte pas dans mon cœur. Astaghfiroulahi ! Mais ne le dites à personne because I’m muslim. Pourquoi ? Cela fera peut-être l’objet d’un article.

P.S. : Dites-moi, d’aventure, si l’un d’entre vous a jamais appris le latin, à quoi ça lui a servi et comment il s’en est sorti. Moi, ça ne m’a servi à rien. Rien de rien. Touss, nada, fuck, rien, comme on dit chez nous. Ça m’a juste poussé à ne plus vouloir croiser un cours ou un livre de latin de ma vie. Traumatisé à vie. Sans blagues. Ils me doivent réparation.


Ceci, Seigneur, est-ce une vie ?

Crédits photos ; Khadim Mbodj
Crédit photo ; Khadim Mbodj

 

« Pour juguler nos affres » – comme dit un poète de chez nous – quand d’autres boivent, prient, se dissipent en croyant se libérer, nous, nous écrivons. La page blanche ne nous guérit pas certes, mais elle nous apaise.

Aujourd’hui, pas d’article, mais un poème, des vers qui, je l’espère, font sens et feront, modestement, réfléchir.

 

Ceci, Seigneur, est-ce une vie ?

Dites, est-ce une vie ?

Je vis au jour le jour et le jour est noir et sombre comme la nuit,

Je vis au jour le jour et dix jours qui passent se meurent identiques ;

Je suis jeune dans un pays jeune que dirigent des vieux qui rament vers la mort ;

La misère n’est pas mon lot, mais la misère me guette et guette toute la foule des hommes, mes semblables ;

Dans cette vie la misère est une ombre qui plane, qui gronde, qui menace : elle est comme la mort qui rôde, comme la clameur qui précède la folie des eaux ;

Dans cette vie le ciel est bleu et la mer sans ride, mais le plafond est bas, lugubre, oppressant,

Et ce plafond, ersatz d’azur nous pèse et nous pèse aussi le poids des dieux, des faux dieux dont l’autel jamais ne se vide.

Seigneur ! Si la vie est belle, alors nous sommes dans l’antichambre de la vie !

Sommes-nous bernés ? Rêvons-nous ? Où est la porte du réveil ?

Si la vie est belle, alors nous sommes dans les limbes de la vie !…

Je vis au jour le jour un jour noir et sombre comme la nuit, comme la rage qui noie l’éclat de nos yeux bouffis

Et tous les jours qui passent se meurent identiques,

Et tous les jours qui passent razzient, rançonnent l’espoir qui se courbe et ploie comme épis au vent…

Je suis jeune dans un pays jeune que dirigent des vieux qui rament vers la mort.

Pourquoi ramons-nous vers la mort quand le sang qui coule vif dans nos veines appelle la vie ?

Pourquoi ?

Rêvons-nous ? Sommes-nous bernés ? Où est la porte du réveil ?

Si ce rêve prenait fin, verrions-nous enfin la vie, la vraie ?

Ou est-ce cela la vie ?

Dites, Seigneur, ceci, est-ce une vie ?

Ceci, est-ce la vie ?


Il faut sauver la Vieille Dame !

Crédits photo : seneweb.com
Crédits photo : seneweb.com

 

Âmes charitables, nous vous appelons tous au secours de la Vieille Dame ! – Quelle Vieille Dame ? Ce n’est ni la Jeanne d’Arc de Dakar, club historique de la capitale, qui continue sa descente aux enfers (après la deuxième division, voilà qu’elle se retrouve en D3). Elle mérite d’être sauvée certes mais tel n’est pas le propos. Je ne parle pas d’elle. Encore moins de la Juventus (autre Vieille Dame) à qui une élimination au premier tour de la Ligue des Champions pend au nez. Mais son cas n’est pas critique.

Non. La « vraie » Vieille Dame dont il est question ici aura 100 ans l’année prochaine. Cette Vieille Dame, c’est la gare ferroviaire de Dakar, qui se meurt, oublié de tous (ou presque), et que menacent la rouille, l’action corrosive du temps, un long abandon coupable et… les promoteurs immobiliers d’une boulimie foncière sans bornes.

Splendide bâtisse datant du début du siècle dernier, vestige d’une architecture d’un autre temps, témoin d’une époque où de cette gare partait le célèbre Dakar-Niger. Situé en plein cœur de Dakar, juste en face du Port de Dakar (typique de la mentalité coloniale : venant de tous les coins du Sénégal et de l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.), les matières premières (fer, cacao, arachide, coton, etc.) étaient embarquées dare-dare et prenaient la route de la métropole. Un pillage en règle. Mais là n’est pas la question.

Cette gare mérite encore d’être fonctionnelle. Pas en tant que gare (il n’y a plus de chemin de fer au Sénégal) mais en tant que lieu de bouillonnement, d’effervescence et de création culturels. D’où le combat que mène l’association « Les Petites pierres » et qui mérite d’être soutenu, association qui a sa tête Selly Raby Kane, jeune et talentueuse styliste plus connue sous le nom de Séraka et qui a lancé une pétition pour la sauvegarde de la gare.

Sauver la Vieille Dame donc, c’est sauver une partie de l’histoire de la ville de Dakar et du pays, c’est aussi sauver une partie de l’histoire de l’A.O.F. mais aussi lancer un signal fort aux promoteurs immobiliers qui ont privé et veulent encore priver Dakar d’une bonne partie de son patrimoine bâti.

Pour signer la pétition, voici le lien :https://chn.ge/1hgamH6

Ceci n’est pas mon combat mais le combat de tous et il mérite et doit être gagné, car œuvrer pour la culture, c’est aussi  œuvrer pour le développement.

Alors, allez-y nombreux et signez !

Salam


Passez votre chemin, monsieur, et, surtout, touche pas à mon ventre, sinon…

Ne pas toucher sinon
Ne pas toucher sinon..Credit photos : mybabytrip.free.fr

 

Une femme, seule, assez mal en point, marchant avec difficulté, tente de s’asseoir, à l’écart, sur un banc de jardin public. On dirait Atlas suant sous le poids du monde. Elle s’assied, se remet de sa fatigue et ne tarde pas à s’assoupir.

Un type déboule, la trentaine agonisante, sourire aux lèvres, le regarde attendri, s’approche d’elle, se penche, lui touche le… ventre et puis demande à la femme qui vient de se réveiller :  » Vous en êtes à quel mois?  » La femme, surprise, apeurée, se lève précipitamment et s’éloigne comme elle peut, de toute la force de ses jambes fébriles. Puis… Un coup de fil. Une sirène. Une voiture. Incompréhension. Une porte qui claque. Sirène à nouveau. Un poste de police. Une plainte. Bonjour, M. le juge. Au revoir, M. le juge. Bonjour M. le régisseur.  » Qu’est-ce que je peux bien faire là, M. le régisseur. Il y a à peine six heures, j’étais libre comme l’air, et, me voilà maintenant en prison. I don’t understand, Mister. Je n’ai rien fait, je n’ai fait que toucher le ventre d’une femme, juste toucher le ventre d’une femme… enceinte « .

C’était, hélas, la chose à ne pas faire. Pourquoi ?

La même chose, à quelques détails près, est arrivée à un homme, à Cumberland County, Pennsylvanie; la femme a porté plainte pour harcèlement et a eu gain de cause. Donc, là-bas, il est strictement interdit de toucher le ventre d’une parfaite inconnue sans son consentement. C’est un délit et qui sait ce que veut dire délit comprendra que ça mène toujours chez Monsieur le juge ; et que le travail de Monsieur le juge consiste, en grande partie, à offrir des séjours, tous frais payés, pour une prison de son choix et la durée de son choix à des personnes qui n’en veulent absolument pas mais qui, auront bon protesté, finiront par se plier à sa décision. Autant dire, un job de rêve.

En tout cas, méfiez-vous, car il n’y a pas plus idiot que de se retrouver en prison et de devoir répondre à l’habituelle question des codétenus : «Qu’as-tu fait pour atterrir ici » par un : «J’ai juste touché le ventre d’une femme, et de s’entendre poser une nouvelle question par un littéraire perdu dans les parages : «Toucher, dans ta phrase, c’est un euphémisme ou une litote ? » Pire que la ritournelle : «Je suis innocent »

Alors, faite gaffe à vos mains. Mais si vous êtes du genre démonstratif, et que la vue d’une femme enceinte vous pousse à vouloir tâter, toucher, cherchez-vous une femme à enceinter (ça se dit pas – en tout cas pas chez nous – mais ça existe quelque part). Si vous n’avez pas, hélas, de quoi enceinter une femme, soignez-vous ou coupez-vous les mains. Sinon gare à la case prison.

Mais soyons sérieux, est-ce une bonne chose, cette interprétation de la loi ? Peut-être que oui. Peut-être que non. Comme toute chose en cette vie. Mais, à ce rythme, bientôt, on interdira d’aborder une femme dans la rue, de demander l’heure à une femme dans la rue, de demander son chemin, quand on est perdu, à une femme dans la rue, et pire, de draguer une femme ou de reluquer les seins ou les fesses d’une femme. A ce rythme, la burqa sera salutaire et permettra même d’économiser les deniers de l’Etat.

Mais ça ne nous regarde pas. Ça, c’est affaires de Blancs. Ça se passe aux Etats-Unis. Pas chez nous. Qu’ils se démerdent. A bon entendeur. Salam les morts, aujourd’hui c’est leur fête.


Bonne nuit, Madame Mimi Touré

Crédit photo : senenews.com
Crédit photo : senenews.com

Madame Aminata Touré alias « Mimi », demain, que dis-je, aujourd’hui, vous allez passer votre grand oral. Votre déclaration de politique générale. Savez-vous que ce sera la huitième en treize ans. Sept avant vous, dont six sous Wade, s’y sont déjà essayé, avec brio pour certains. J’ai écouté Monsieur Abdoul  Mbaye ; c’était aux temps de l’espoir et ce monsieur, charismatique, nous fascinait et nous intriguait. Savez-vous que, quoi que vous dirais, je ne vous écouterais pas. Je serais quelque part en train de dormir. Mais d’autres vous écouteront, vous acclameront et vous croiront ou alors auront de l’espoir. Libre à eux, c’est leur droit. Toutes les caméras de la chaîne de télévision servile seront braquées sur vous : ils promettent déjà d’y être à l’aube. Libre à eux, c’est leur boulot. Mais moi, un jeune désœuvré  parmi les millions de jeunes désœuvrés  de ce pays, qui attend encore, en octobre, les résultats de ma première session d’examen, qui aurait du se dérouler en juin et qui n’a eu lieu qu’en… septembre, je ne vous écouterais pas. Libre à moi, c’est mon droit.

Un an déjà, et l’espoir placé en notre bedonnant président a diminué comme peau de chagrin. Quelques prédateurs de nos finances publiques sont certes en prison, mais on s’acharne tellement sur eux, et avec une telle maladresse et une telle volonté malsaine et manifeste de revanche que l’on se surprend à prendre fait et cause pour ces personnes. Et pourtant, l’affaire est si simple.

Madame, promettez-nous tout ce que vous voulez. Ne seront déçus que ceux qui les ont entendus. Mais pas moi. Allez à votre oral pour qu’enfin vos subalternes puissent goûter un repos mérité. Je suis sûr qu’ils sont, depuis votre nomination, sur le qui-vive et à pied d’œuvre, occupés à compulser, arranger, écrire, réécrire toutes les informations fournies par les services de tous les ministères. Allez et réussissez votre face à face  avec nos députés, les élus du peuple qui représentent si bien ce peuple, eux qui roulent carrosse et se paient indemnités sur indemnités. Je suis sûr qu’ils vous applaudiront, vous acclameront et seront fiers de leur premier ministre. Pas moi. Car vous ne serez que le huitième en treize ans. Et je n’aime pas le chiffre 8. Encore moins le chiffre 13. A bon entendeur, Salam, et ne me réveillez pas.