lanave

A Tanger

Crédit LaNave

Dans la ville blanche marocaine, des immigrés subsahariens se sont fait expulser de force par la police. Ils occupaient un quartier où les constructions fleurissent et où une bonne partie des logements sont vides.

Que la police opère dans la violence et tue deux Ivoiriens, c’est choquant, mais malheureusement peu surprenant. Ce n’est pas la première fois qu’un tel acte a été commis. Par contre, la réaction de l’opinion publique marocaine a de quoi nous laisser perplexes. Un flot de racisme déferle sur les réseaux sociaux sans pudeur. Doit-on alors se sentir rassuré en pensant que l’Europe n’est pas la seule à être victime de ce genre de violence ou se sentir effrayé par une nature humaine tant égoïste qu’elle en oublie sa propre condition ?

Les contenus parlent d’eux-mêmes et se passent de commentaire. Ils donnent l’impression d’une triste chaîne alimentaire de qui mangera l’autre en premier. On pourrait croire, du moins, naïve, je l’ai cru (il y a longtemps), que celui qui est victime d’un fléau (celui des préjugés) se mettra en garde pour ne pas répéter des morceaux d’histoires. Et pourtant, les actualités nous montrent le contraire. A partir du moment où il y a un sentiment de pouvoir et de possession exarcerbés, il sera difficile de sentir du respect pour l’autre.

Voici un petit aperçu de commentaires piochés sur des sites de journaux marocains (merci à Abdou de les avoir traduits et publiés):

-Taha Taha
il faut jeter ces Noirs à la mer
-momo sak
Le Maghreb doit agir main dans la main pour anticiper l’explosion démographique de l’Afrique noire, sinon on finira envahi comme en Europe.
Construisons des clôtures, des postes de garde le long de nos frontières, et préservons nos richesses pour NOS enfants. Ne jouons pas au religieux généreux naïf.
– Non
Personne n’a demandé à ces sauvages de venir au Maroc, ni en Europe. Qu’ils rentrent chez eux et arrêtent d’emmerder la moitié du monde, profiteurs de merde ! Bravo aux Marocains, qu’ils leur pètent la gueule, cela les fera réfléchir et peut-être partir !
-bati tago
et c le Maroc ici c pas la France allez case-toi bamboula y’a rien à gratter, ici tu marches ou crèves l abats
– Taha Taha
On a marre de ces Noirs à Tanger, les Espagnols sentent leurs répugnantes odeurs à des kilomètres .

Il est bienheureux de savoir que tout le monde n’a pas réagi de cette manière-à et qu’à Tanger il y a aussi eu une forte mobilisation pour venir en aide aux migrants expulsés. Cependant, il s’agit d’une difficulté que les migrants expriment à l’égard des Marocains dont ils ont peur. Au-delà de l’aventure et des dangers qu’ils encourent, il y a aussi cette situation d’attente et de mépris auxquels ils doivent faire face.

J’ai été à Tanger il y a peu. J’ai rencontré Emmanuel qui est coincé là-bas depuis six mois. Timide et solitaire il avait peur et n’osait pas s’autoriser une vie au Maroc. Ne parler à personne. Ne pas créer de lien. Attendre.

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Peu importe la raison du départ, il y a la simple envie de vouloir faire sa vie. Mais pendant un temps arrêté, le corps s’immobilise et perd le pouvoir de tout. Il n’y a pas de travail ou juste de l’exploitation. Circuler dans les rues est difficile et risqué.

En attendant, des hommes et des femmes se cachent de peur des autres. Certains, qui sans les connaître, les jugent sans se demander quel est le désespoir qui pousse autant de monde à s’infliger une épreuve si difficile et les risques que cela suggère.

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Emmanuel me disait vouloir être transparent, surtout éviter le regard, faire abstraction. Ne pas exister dans un lieu où l’on reste pourtant des mois, voire plus. La conscience d’être exploité par les Marocains et le jugement raciste l’amenait à éviter tout contact, même avec ses frères, cela reste complexe. Dans un tel état de fragilité, il est difficile d’avoir confiance en qui que ce soit.

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ça m’échappe

Parce que le temps est confus, passe vite et nous dépasse.

Ça m’échappe, un documentaire réalisé en urgences il y a quelques années, une réflexion sur le temps.

2 contrastes du temps, 2 façons de vivre totalement opposées et un dialogue entre celles-ci.

N’hésitez pas à partager vos points de vue sur le temps.


Marseille Blues

Crédit LaNaveDeambula
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Je suis une chauvine dans l’âme, pour moi ma ville est la plus belle et je suis rentrée en France pour sa lumière. C’est un sentiment inexplicable que de sentir le manque du dédale de ses rues, le sentir de ses ambiances. Jean-Claude Izzo le décrit à merveille, moi je ne trouve pas les mots pour.

C’est toujours avec un haut le cœur qu’entre Marseillais on parle du moment d’émotion que l’on sent au sortir du long tunnel du TGV et que l’on aperçoit enfin la présence lumineuse de cette ville pourtant si complexe.

Elle est de ce genre de lieu qui attise les passions alors qu’elle est composée d’extrême. Elle est une jungle désordonnée et à la fois une douceur de vivre que sa tranquillité inspire.

Et aujourd’hui entre des hordes de touristes et une réputation venimeuse personne ne sait quoi penser de la ville.

On nous parle d’un relent économique, attendu depuis le déclin du port, et les écarts se creusent. Les larmes aux yeux, j’ai comme un sentiment que cette ville si particulière qui appartient à tous ceux acceptent ses règles nous échappe et qu’elle nous glisse des mains. Serait-ce la peur du changement ou le sentiment qu’une identité se perd ?

Comme un secret bien gardé, on a toujours su le trésor qu’on avait dans les mains et on n’a pas cessé de le dire mais on ne nous a pas cru car on dit qu’on exagère. Et voilà que les investisseurs ont compris qu’il y avait une perle qui n’avait pas encore été récoltée.

Le charme de Marseille s’envole.

Ce qui est beau de cette ville est voué à disparaître, les quartiers populaires qui font son charme  subissent le nettoyage social. Tout ça pourquoi ? Restaurer les immeubles et perdre les habitants pour qui on aime cette ville. Lieu d’inégalité, elle a, jusqu’à maintenant, eu la chance d’avoir ses plus beaux quartiers au bord de la mer habités par des personnes qui n’ont pas forcément beaucoup de moyen et qui vivent dans ces quartiers de génération en génération. C’est maintenant une catégorie sociale aisée et prétentieuse qui rachète tout, reconstruit, change le paysage. Pensez-vous que l’ambiance pour laquelle le tourisme afflue va perdurer ?

Entre plans d’urbanisation et hôtels de luxe, Marseille la belle oubliée perd son identité.

Parmi tous les clichés dont Marseille est dotée, il a fallu qu’elle récupère celui de ville dangereuse. Grâce au jeu médiatique assoiffé de violence, le FN gagne les urnes dans cette ville d’accueil ouverte sur la méditerranée. Comme si cela ne suffisait pas on associe la ville aux kalachnikovs, le cinéma s’inspire de la ville pour illustrer la guerre des « gangs » et arboré le tout d’une connotation raciale dans ses propos. Mais est-ce que certains se sont demandés s’il n’y avait pas un lien entre la recrudescence de violence et le nouvel élan touristique et urbaniste de la ville ? Entre la rénovation des quartiers qui met ses habitants à la rue, la marginalisation des quartiers nord, l’augmentation des loyers, de la taxe d’habitation (et j’en passe) les habitants de la ville ne savent pas comment accéder à cette nouvelle dynamique.

J’aime cette ville et son côté sale et il est difficile de voir son aseptisation. Son désordre inspire, son identité attire et ses extrêmes passionnent, et petit à petit tout ça s’envole pour répondre à un phénomène de mode.


La catastrophe, mon oeil !

La Barra c’est un lieu où les maisons sont éphémères et où ce n’est pas grave.

L’océan monte. Il monte plus qu’il ne faut, les habitants le savent. Pour un œil occidental comme le mien, ça choque, je me questionne. « Ah bon ? Mais quelles en sont les raisons ? A quelle vitesse ? Comment ça ? Et les gens, ils vont aller où ? » Je demande à Doña Esther qui nous héberge qu’elle me raconte à ce sujet. Une réponse vague, oui l’eau monte. Mais moi j’y vois de suite un drame. J’imagine déjà la Une des journaux, « un tsunami détruit une région oubliée colombienne », « des villages sous les eaux », « l’océan gagne du terrain ».

La Barra est un village sur un petit bout de plage quelque part sur la côte pacifique colombienne, c’est le dernier village touristique avant un grand vide, non pas qu’il n’y ait rien c’est juste le genre d’endroit où on ne va pas. La Barra est comme une frontière. On y accède par bateau puis par la plage ou par un chemin boueux dans la selva. D’un côté on a l’océan et de l’autre une selva plus dense que l’Amazonie.

Crédit photo LaNaveDeambula
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Un jour, alors que je marche jusqu’au chemin principal du village, je suis choquée par ce que je vois, la marée haute avait emporté plusieurs maisons, des restaurants… En face de moi je vois des vagues emportant des bouts de bois, un palmier qui tombe, ce sont des pans de sables que l’océan avale dans le gris du ciel et sous les coups de fouet du vent. Je vois de suite une image de désolation et de destruction, comme si j’assistais à une catastrophe naturelle de grande ampleur. Les photos vues dans les journaux, les images d’Hollywood, tout y est et j’y crois.

Crédit photo LaNaveDeambula
Crédit photo LaNaveDeambula

Je regarde autour de moi, tout semble normal. Le magasin principal vend des bières, les enfants jouent alors je continue ma promenade comme si de rien n’était. Ma curiosité m’amène à demander à un habitant, « c’est normal que des maisons soient emportées et tout le monde agit normalement ». Il rit et me dit que oui c’est normal, ils savent que la mer monte, alors tous construisent une maison vers la selva ou un peu plus haut, ils ont tous perdu une maison dans les eaux, mais après tout c’est juste du bois et ici ça ne manque pas alors on reconstruit et c’est tout. Il faut s’adapter.

Crédit photo LaNaveDeambula
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Alors voilà, il faut s’adapter, accepter les changements. Un village où de l’extérieur règne une image de pauvreté et de désolation est en réalité simplement adapté à ce que les deux géants naturels qui l’entourent lui donnent. Les habitants s’adaptent à eux et vivent avec ce qu’ils veulent bien leur donner et leur reprendre. Et pourtant ce sont eux qui reçoivent une quantité de déchets venus du monde entier par l’océan, ce sont des tas de détritus qui s’accumulent sur les plages et ils s’adaptent, il faut savoir vivre avec et en tirer parti.

Crédit photo LaNaveDeambula
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Carnaval de Pasto

Un peu de fraicheur …

J’ai été au carnaval de Pasto. Le carnaval des blancs et noirs.

L’origine de son nom est historique mais il ne représente pas le thème des défilés qui sont hauts en couleurs.C’est en référence à un jour de repos offert aux esclaves le 5 janvier que né le carnaval, ces derniers en profitent pour faire la fête le seul jour libre de l’année. On raconte que les blancs ont eu aussi envie de célébrer en voyant les noirs festoyer ils ont alors commencé à faire la fête le 6 janvier. De là né un carnaval populaire.

C’est un véritable chaos de talc et de mousse qui règne dans les rues de Pasto. Des petits aux grands tout le monde se prend au jeu. Moi aussi. Je me retrouve à jouer à la guerre armée de bombes de mousse blanche, jamais je n’aurais cru que le jeu de la guerre et sa stratégie pourrait être aussi drôle, on y est, grandeur nature, tous les coups sont permis. L’ennemi n’importe qui. Les alliés … Dans une humeur bonne enfant, chacun se camoufle, se protège le corps. Toute la ville est assaillie, on ne peut y échapper dans la rue tout le monde est une cible et un attaquant, on est obligé d’avoir de quoi se défendre.

les rues de Pasto
Les rues de Pasto
Crédit photo LaNaveDeambula

Tout devient un jeu pendant 5 jours, je m’amuse à penser qu’en France il serait impossible de voir tout le monde rentrer dans la danse de cette manière et encore moins des personnes âgées, on serait énervé, beaucoup de personnes se plaindraient. Mais à Pasto le carnaval est une fierté et tout ce qui l’englobe aussi, la ville est fier de montrer sa force culturelle et de pouvoir jouer de cette manière. Alors qu’on stigmatise le pays, les Colombiens savent nous montrer à quel point il est possible de jouer entre des milliers de personnes dans la rue sans encombre.

Le carnaval est un véritable flot de couleurs, les défilés prennent racines dans les cultures andines du continent afin de préserver ses traditions, sa musique et ses couleurs. Ce sont des chars fluo représentant une vision personnelle de certains contes ou un aspect de la culture andine qui défilent dans les rues étroites de Pasto. Ils font un rappel à la cosmologie et mythologie andine. Le groupe Awa est un hommage à l’ethnie Awa de la région de Pasto, elle a souffert de la colonisation mais aussi de la guerrilla, du gouvernement comme ils nous le rappellent, leur char est une connexion à la vision cosmique qu’ils entretiennent avec la nature.

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Le groupe Awa
Crédit photo LaNaveDeambula

Le groupe Americanto a pris cette année le thème du tissage et tout l’imaginaire qu’il implique tandis que d’autres font hommage à inti la représentation du soleil pour les quechuas. Un autre groupe venant du village de Tuqueres représente un conte local. Le carnaval préserve une tradition et un sentiment d’appartenance à la région andine du continent.  Pasto est la ville la plus proche de l’Equateur, perchée à 2500 mètres d’altitude elle entretient une connexion particulière avec la région andine qui s’étale jusqu’en Argentine.

Crédit photo LaNaveDeambula
Americanto
Crédit photo LaNaveDeambula

Le carnaval des Blancs et noir n’est pas un reflet de l’histoire puisqu’il est au contraire ancré dans le présent, il a le soucis de protéger une tradition et une identité culturelle. Des artisans s’attèlent à la tache tout au long de l’année afin de produire ces chars détaillés, sculpteurs, peintres… Lors du défilé on les célèbre, on crie « Viva Pasto Carajo, viva los artesanos ».

Le carnaval de Pasto est un message de Paix, de joie biensur mais c’est aussi un appel à la conservation de la richesse culturelle d’un continent, c’est une reconnexion avec l’imaginaire originaire de la région.

« Viva nuestras raïces ancestrales »


Le maire de Bogotá viré

Crédit photo LaNaveDeambula

Bienvenue en Colombie, un pays où un procureur enlève à un maire ses fonctions et où on l’interdit d‘exercer pendant 15 ans. Le 9 décembre, Gustavo Petro, a été destitué pour erreurs administratives. Pourquoi ?

La raison est  d’avoir déprivatisé le service de gestion des déchets et de nettoyage de la ville et d’avoir fait subir à celle-ci trois jours sans ramassage des ordures. Voilà.

Certains maires ont dans le passé volé des millions au lieu de faire des travaux pour lesquels ces sommes d’argent étaient destinées, ils n’ont pas reçu de telles sanctions.

Alors afin d’y voir un peu plus clair on va préciser quelques faits :

Le maire de Bogotá, Gustavo Petro, est considéré comme un politique progressiste de gauche, il a fait partie de la guérilla du M- 19 (attention à ne pas confondre avec les Farcs). Il est à la tête de Bogotá depuis 2012, il a une politique particulièrement sociale, il a débloqué beaucoup de financements pour des associations et initiatives de luttes contre les discriminations, il est connu pour son engagement pour l’environnement, promotion et démocratisation des pistes cyclables, centre d’attention à la prise de drogue dans certains quartiers sensibles, construction de cantines communautaires, d’écoles, désarmement, etc. Le tout réuni sous le slogan Bogotá más Humana.

La gestion des déchets appartenait à une entreprise privée de la famille Uribe (ancien président, oligarque dont sont connus certaines relations avec le paramilitarisme). Gustavo Petro a décidé d’en faire un service public, il a lancé un partenariat avec les associations de recycleurs de la ville à qui il a donné une stabilité économique (cf entretien ci dessous), ainsi qu’un programme de recyclage sur toute la ville. Bref.

Personnellement j‘ai assisté à la transition, j’ai vu le avant et après Basura cero (programme de gestion des déchets instauré par la mairie) et le résultat est le même. La ville était sale avant, je ne l’ai pas sentie plus propre après.

Alejandro Ordoñez (source Wikipédia) « es un abogado, político y jurista adscrito al Partido Conservador Colombiano » « est un avocat, politique et juriste attribué au Parti Conservateur Colombien ». Je n’en dirai pas plus.

Il est donc clair que le fait d’avoir quitter à une famille un commerce florissant comme celui des déchets n’a pas plu. Mais cela va bien au delà.

Dans un pays où l’oligarchie a un pouvoir économique conséquent et bien organisé, puisqu’elle possède les principaux médias du pays, et qui est connu pour son esprit conservateur, voir un ancien guérillero, progressiste, qui soutien les transsexuels, la communauté gai et l’environnement ça ne fait pas très beau dans le paysage. Les gens le disent, Petro a mis les pieds dans le plat et frappé là où ça fait mal, il a empêché plusieurs projets immobiliers sur des zones considérées comme protégées pour être des réserves d’eau, interdit la corrida qui fait partie d’un loisir prisé de l’élite Colombienne. Alors oui, la pression est montée et l’opposition a taclé de façon assez efficace. Mais le plus surprenant c’est la facilité à pouvoir répliquer de telle manière. Ce qui reste incompréhensible pour chacun c’est la façon avec laquelle le pouvoir du vote ne vaut rien, car une personne a pu choisir pour des millions. Il n’y a pas eu de pression de la part des habitants de la ville pour qu’une telle chose se passe même si beaucoup n’apprécient pas la politique municipale, il n’y avait pas non plus un mécontentement marqué. Il y a en Colombie un fatalisme auprès des politiques car personne ne croit en aucun d’eux, tout le monde sait très bien à quelle point la corruption sévit, les scandales éclatent mais le circuit continue. Ce qu’il vient de se passer montre à quel point la démocratie mise en place est un simulacre puisque clairement l’opposition politique n’a pas sa place et que même élue elle sera toujours au bord du fil.

Crédit photo LaNaveDeambula

En tant que personne ce qui me paraît vraiment impressionnant et où on a presque envie de rire tellement ça devient ridicule c’est que c’est tellement gros, les intérêts qui sont derrières tout ça, la fausse excuse des 3 jours sans poubelle (imaginez vous où serait Gaudin le maire de Marseille si on lui avait fait la même), la liberté dans laquelle tout cela a lieu où personne n’est dupe mais ça passe.

Cela me donne un réel dégoût de la gestion des médias et comment on peut gober tout ce qu’ils racontent. Pendant 1 an les médias parlaient tous les jours du problème de gestion des déchets mais lorsque je me suis approchée de certains habitants, qui étaient contre ce programme, pour savoir pourquoi je n’ai jamais pu obtenir de réponse, en réalité ils ne savent pas. Le jour de la destitution, les médias ont annoncé que le centre avait été militarisé et à les écouter un chaos allait envahir le quartier central de la ville, je me suis rendue sur place et il n’y avait que très peu de CRS et l’ambiance était plutôt bon-enfant.

Je suis désolée si cet article tient lieu pour certain d’une prise de position en faveur de Petro, mais oui. Je ne dis pas que sa politique est la meilleure, irréprochable, rien de tout cela et je ne suis pas la meilleure personne pour en parler, ce truc de poubelle je n’ai jamais rien compris. Seulement il y a eu des efforts de fait, beaucoup ne les ont pas vu, ils n’y ont pas prêté attention, mais lorsqu’on s’intéresse et qu’on va voir de plus prés ce qu’il se passe, on remarque certaines choses. Il y avait vraiment une énergie pour changer les choses et dans le paysage Colombien, ça détonne très vite. Ce qui est impressionnant c’est comment une seule personne peut se permettre de virer un maire contre des millions de votes qu’il a reçu pour une faute mineure « 3jours sans ramassage d’ordure ». Tout cela sous une légalité démocratique. Beaucoup de Colombiens sont atterrés par ce qu’il se passe et surtout se rendent compte, une fois de plus, qu’il n’y aura jamais de solution politique possible parce que le pouvoir d’un élu dépend de si peu, alors forcément l’espoir de voir une société évoluée est mince et l’oligarchie Colombienne a une fois de plus montré qu’elle était au dessus des lois.

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Les employés de Basura Cero présents pour soutenir Petro

La communauté internationale, l’Onu, a dénoncé cet acte, on leur a dit que ce n’était pas leurs oignons bien sûr, mais alors que le pays est dans un processus de paix, beaucoup savent déjà que pour cet acte, il va être très affecté car le maire de Bogotà avait un rôle a joué assez important ne serait que pour sa présence et les changements qui étaient en train de s’opérer car il a lancé un programme de zones de réserves paysannes autour de Bogotá afin de favoriser l’approvisionnement de la ville par les régions autour de la capitale qui sont souvent défavorisés par rapport à de plus grosses exploitations. Ce qui fait partie des réclamations de la guérilla pour la paix.

Maintenant la course à la mairie de Bogotá est lancée et plusieurs têtes se sont montrées intéressées, le frère de l’actuel président entre autres.

Cependant, il est normalement possible de faire appel, mais le fatalisme est au rendez-vous et peu de gens croient à une révocation de cette décision, par contre ce qui est sûr c’est qu’on a rendu à l’entreprise son commerce juteux de gestion des déchets de Bogotá.

Voici quelques interviews de personnes présentes le jour de la manifestation contre la destitution du maire de Bogotà.

La première interview il s’agit d’une personne qui travaille sur le programme Basura cero.

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María, employée de Basura Cero

María: Bonjour je suis María je suis employée du programme de Basura Cero, nous sommes en ce moment entrain de soutenir Petro parce que c’est celui qui nous a offert une stabilité de travail et économique pas seulement pour nous mais pour nos familles aussi. C’est injuste que pour un processus politique ils viennent destituer beaucoup de familles pour nous laisser à la rue et des milliers d’employés aussi. Ce n’est pas seulement pour nous ceux de Basura Cero, on est simplement des employés. Mais je crois qu’en étant unis on va pouvoir faire beaucoup avec cette manifestation qu’on est entrain de faire.

LaNave: Avant Bogotá Cero tu travaillais pour le service de nettoyage de Bogotá ?

María: Non, c’est la première fois que je travaille ici à bogotá. Mais je fais de mon mieux pour voir cette ville, que j’affectionne beaucoup. Je suis venue de ma région pour réussir beaucoup d’objectifs, et on m’a soutenu. C’est pour cela que je veux lutter pour qu’on ne m’enlève pas ce rêve que j’ai pour aller de l’avant avec tous ces buts que j’ai de prévus.

LaNave: Que penses-tu du programme Basura Cero ?

María: Le programme Basura Cero est une forme excellente qui donne une formation à tous les employés pour savoir comment gérer les déchets et le recyclage. Nous devons remercier le maire pour cela, il veut nous donner ce quota pour nous éviter une certaine pollution.

LaNave: Tu peux expliquer comment fonctionne Basura Cero ?

María: Ramassage, Balayage, recyclage, sacs blancs, sacs gris et faire des formations pour expliquer aux gens comment recycler et les conscientiser au sujet de la pollution au niveau national si je puis dire.

Un passant: Petro reste, Petro reste parce que c’est un bon maire.

LaNave: Merci beaucoup, bonne chance pour tes objectifs.

María: Merci beaucoup si dieu le veut, parce que ce ne sont pas seulement les miens mais ce sont ceux de tous  les employés de Basura cero, pas seulement pour nous mais nos familles aussi qui dépendent beaucoup de cet emploi.

Voici une autre interview avec Nohr de l’Association des Recycleurs.

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Nohr, recycleuse

Nohr: Je suis Nohr et je suis recycleuse.

LaNave: Et pourquoi tu es là ?

Nohr: Parce que c’est une bataille que nous avons depuis 10 ans entre les pouvoirs économiques et ceux du progrès, enfin les mouvements de progrès parce qu’il n’y a pas de pouvoir.  Donc la raison supposée du procureur pour prendre cette décision est sur un modèle qui devait inclure les recycleurs.

LaNave: Donc comment cela incluait les recycleurs ?

Nohr: La cour Constitutionnelle a donné un ordre à la mairie de créer un modèle où les recycleurs étaient inclus aux mêmes conditions que les entreprises privées.

LaNave: Qu’est-ce que cela a changé dans ta vie ?

Nohr: Ça a changé beaucoup de choses, le fait qu’on paye les recycleurs de la même façon que n’importe quelle entreprise.

LaNave: Une reconnaissance ?

Nohr: Economique.

LaNave: Et maintenant qu’est-ce qui te fais peur pour la suite ?

Nohr: L’affrontement continue, il durera sûrement les 10 prochaines années.

Et une petite dernière avec Edgar :

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Edgar dans la foule

Edgar: Mon nom est Edgar Pinson, personne âgée, j’ai une association de personnes âgées, nous sommes les personnes qui réellement savons ce qu’il se passe aujourd’hui parce que nous sommes tous vieux, j’ai 70ans, et dans toute l’histoire de Bogotá que je connaisse il n’y avait jamais eu un maire aussi honnête comme celui qui est là en ce moment, Gustavo Petro. Cela m’atterre qu’il ne puisse pas y avoir quelqu’un qui ne soit pas dans la corruption parce qu’ils ne le laissent pas. Ici nous devons avoir des fonctionnaires corrompus que ce soit dans le gouvernement national ou municipal mais une personne honnête ne peut pas arriver à travailler parce qu’ils le font sortir, c’est la droite.

LaNave: Qu’a fait Petro pour la ville, qu’est-ce que tu as aimé de ce qu’il a fait ?

Edgar: Pour les enfants, il y a plus de cantines communautaires, il a augmenté le nombre d’étudiant à qui on donne de la nourriture dans les collèges municipaux, les mères de familles reçoivent des allocations. Nous les personnes âgées, avons reçu de l’aide de la mairie. Ce sont des choses dont bénéficie les gens qui ont peu de recours parce qu’il a travaillé pour eux, donc les millionnaires les gens de la droite le critiquent. Nous les gens du peuple nous le soutenons et l’admirons.

LaNave: De quoi tu as peur pour Bogotá dans le futur?

Edgar: Le futur je le vois de plus en plus noir, parce qu’ici les gens se sont habitués à ce que les fonctionnaires soient corrompus. Ils disent que quelqu’un a volé 20 000 millions de pesos (à peu prés 10 millions d’euros) et cela n’intéresse personne. Donc le futur je le vois chaque jour plus noir. En ce moment ils sont en négociation de paix avec la guérilla. Elle va se rendre compte que s’ils font la paix, dans quelques années quand il se feront élire à échelle nationale ou locale, ils savent déjà qu’ils le vireront et si ce n’est pas ça, ils le tueront.


L’acceptation des corps

transphobia
Crédit photo LaNaveDeambula

Un simple regard

Il y a quelques jours a eu lieu la journée internationale contre la transphobie. C’est un sujet peu abordé en France et je ne sais pas quelle est son importance. En Colombie, la violence contre les personnes Transgenres est importante et surtout très peu répertoriée.

Il y a un an j’ai commencé à connaître des transsexuels qui viennent du quartier de Santa-Fe dans le centre de Bogotá, il est réputé dangereux et malfamé pour sa forte concentration de prostitution.

Si on parle souvent d’homophobie ou de xénophobie, la transsexualité est relayée dans les bas-fonds des thèmes médiatiques ou des débats politiques et pourtant il y a une réelle nécessité. Car même si certains esprits ouverts acceptent l’idée qu’une personne change de sexe, il y a toujours des a prioris ou des regards de curiosité envers ces personnes. Beaucoup les jugent « il faut être fou pour être comme ça ». J’aurais envie de dire qu’il faut vraiment avoir du courage. Être transsexuel, assumer son ambiguïté d’identité de genre (il ne faut pas confondre avec un soucis d’identité d’attirance sexuelle car cela n’a rien à voir) c’est accepter la situation qui va s’en suivre dans ses relations sociales, souvent familiales sans parler de celles du travail. Quel est l’employeur qui accepte une personne (même diplômée) transgenre ? Dans nos esprits, ces personnes sont directement associées à la prostitution. Nos regards les jugent, nos commentaires les rabaissent, mais comment peut-on savoir ce que ressentent ces personnes ? Je suis née fille, on m’a toujours traitée comme telle et j’ai parfaitement accepté cette position, je n’aime pas le rose mais ça ne fait pas de moi une personne qui n’accepte pas son corps ni son sexe, je me reconnais en moi-même et ne me pose pas de question, mais qui suis-je pour juger une personne qui ne se sent pas en accord avec cette idée là ? Je n’ai aucune idée de ce qu’une personne peut ressentir dans cette situation.

On a tendance à relayer la transsexualité à une situation moderne, occidentale alors qu’il n’en ait rien, elle a toujours existé dans diverses cultures. On rapporte dans des cultures d’Indiens d’Amérique du Nord une acceptation de cet état, voire chez certains une place particulière au sein de la société voire encore un héros guerrier qui en réalité était une femme (Wewha chez les Zuni par exemple).

Mais voilà aujourd’hui dans ce marasme de haine de la différence les transgenres sont touchés dans l’indifférence et surtout l’impunité pour ne pas avoir de statut juridique.

Voici une retranscription d’une interview avec Laura Weinstein au sujet de la condition des transgenres en Colombie. Voici un exemple de violence, de manque de loi mais il faut savoir qu’en France il n’existe aucun statut juridique afin de donner des droits aux personnes qui désirent changer de sexe.

Laura  Weinstein
Crédit photo LaNaveDeambula

Pour écouter l’interview

 » Laura: Je suis Laura Weinstein je fais partie de GAT(groupe d’appui aux personnes trans) et aujourd’hui nous sommes là pour parler au sujet des crimes dont les trans sont victimes ce qui est systématique et stigmatisé et qui se voit au quotidien. Nous avons voulu nous souvenir de ces personnes trans qui ont été assassinées ces 3 dernières années. A la fois nous exigeons de la Colombie, aux représentants, que ces morts, ces crimes pour préjugés ne restent pas impunis, nous avons besoin qu’il y ait une justice. Pour la journée internationale contre la transphobie, les personnes trans, leurs familles, leurs amis sommes réunis à cette fin pour demander justice contre l’atteinte à nos vies.

LaNave : Combien de crimes ont eu lieu ces dernières années ?

Laura: Malheureusement nous n’avons pas de chiffres exacts, car beaucoup de cas ne sont pas dénoncés parce que la famille ne veut pas. Nous avons répertorié 132 cas que nous montrons ici, c’est une chose constante je ne pourrais pas donner un chiffre exact.

LaNave : Comment se matérialise la transphobie au quotidien ?

Laura: Il y a beaucoup de façons. Le simple fait d’un regard ou d’un commentaire. Le fait qu’on te regarde différemment, qu’on ne te reçoit pas de la même manière dans les magasins, ce sont des manières de générer une violence, et elles tuent aussi. Nous ne croyons pas seulement que la mort surgit quand on te plante un couteau mais aussi quand on t’ignore et qu’on te regarde mal. Nous pensons qu’une mort vaut autant que 1000 morts, nous sommes prêtes à manifester pour une mort comme pour 1000 ou 2000 parce qu’ici il s’agit de dignité et de bonheur. Il s’agit d’exiger à l’Etat qui ne nous écoute pas de nous prendre en compte dans ses statistiques. Nous sommes là pour exiger que nous sommes une partie de la population, que nous sommes vulnérables et qu’on exige du respect pour nos identités et nos vies.

LaNave : De tous ces crimes aucun n’a été jugé ?

Laura: Jusqu’à aujourd’hui aucun.

LaNave : Comment l’expliques-tu ?

Laura: Malheureusement la justice ne le voit pas sinon comme des crimes passionnels mais même si c’est un crime passionnel, il y a un droit à avoir une justice. C’est pour cela que nous sommes ici. Il n’importe pas le crime qui ait été commis sinon qu’il y ait une justice pour cette personne. Cette personne qui peut-être marchait simplement dans la rue y pour ne pas plaire, pour sa façon d’être on l’assassine.

LaNave : Comment existe le transgenre au niveau des lois ?

Laura: Malheureusement il n’y a pas de loi c’est pour cela que nous ne sommes pas protégées. Il y a une loi contre la discrimination qui existe en Colombie mais elle ne parle pas d’identité sexuelle ni d’identité de genre. Il n’y a pas de loi, nous n’existons pas pour le système légal, c’est pour cela que nous n’obtenons pas de justice.

LaNave : Qu’en est-il de la politique de la mairie de Bogotá ?

Laura: Bogotá a apporté certaines avancées. Mais il y a toujours beaucoup de discrimination, les violences quotidiennes continuent d’être constantes. La mairie fait un travail très important on ne peut pas le rendre invisible, elle fait sa part mais il nous manque de la reconnaissance comme sujet de droit et qu’on soit respecté pour le simple fait d’être des êtres humains.

LaNave : Quelles sont les avancées qu’a apportées la mairie ?

Laura: Il y a une politique public pour les personnes LGBT, ils apportent des choses très importantes pour cette population. Mais nous comme personnes trans nous sentons qu’il manque encore beaucoup d’effort malgré ce grand travail qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas nous déplacer librement comme n’importe quelle personne peut le faire, on ne nous garantit pas les mêmes droits que n’importe qui.

LaNave : Est-ce qu’il y a d’autres parties de Colombie où il y a un travail public pour les personnes Trans ?

Laura: Si en Colombie les crimes de haine et de transphobie sont élevés, dans les régions c’est encore pire. Parce qu’ici au moins nous avons une politique publique qui est celle de la mairie de Bogotà qui nous appuie, cela nous donne des possibilités. Mais dans les régions, il manque beaucoup d’effort à part à Medellin où il y a une politique publique, nous avons besoin d’une politique nationale et nous avons besoin d’une loi d’identité de genre pour les personnes trans.

LaNave : Comment expliques-tu la transphobie ?

Laura: De beaucoup de manières. Elle vient du machisme, des préjugés, l’Eglise est fautive. Je crois que c’est le manque de connaissance, réellement tout se base là dessus. Parce qu’il y a une généralité qui est que quand on ne connaît pas quelque chose, que quelque chose ne me ressemble pas on a tendance à discriminer, à violenter. Tout ce qui n’est pas normal n’est pas bien. A partir de cela il existe une grande discrimination de l’autre, du manque de reconnaissance de l’autre et du manque de respect d’accepter qu’il existe d’autres façons d’être.

LaNave : Comment lutter contre ce manque de connaissance ?

Laura: Il y a beaucoup de choses à faire au sein de l’académie, on enseignant aux gens qu’il y a d’autres façons d’être. Beaucoup d’entre nous avons souffert pendant notre enfance dans le système éducatif. Beaucoup n’ont pas pu résisté et ont du sortir de ce système et c’est pour cela qu’on voit beaucoup de profession « transsexualisées » comme la coiffure ou la prostitution qui sont très élevés. Très peu de trans ont une profession mais il y en a. C’est important de visibiliser cela. Mais ça a été une lutte pour arriver jusque là. Jusqu’à ce que nous ayons une loi qui nous garantisse l’égalité, nous ne l’aurons pas.

LaNave : Est-ce que tu peux me parler de l’accès à l’emploi ?

Laura: C’est très difficile. Premièrement à ne pas avoir une loi d’identité de genre qui te permette de changer ton sexe sur ta carte d’identité, il y a quelque chose qui ne va pas. A partir de cela les possibilités sont minimes. La mairie de Bogotà a aidé des personnes dans ce sens, que ce soient avec des femmes trans éduquées ou d’autres qui n’ont pas eu cette possibilité, la mairie leur a donné une opportunité d’améliorer leur condition de vie. »

Les personnes transsexuelles sont un symbole de tous types de discriminations. Et tout cela pourquoi ? Pour le manque d’acceptation du corps de l’autre. Après tout, un changement d’identité de genre est l’affaire personnelle de certains et non pas des autres alors pourquoi un tel rejet ? On regarde ces personnes comme des bêtes de foire pour nous faire rire au Cabaret mais une fois sortie de leur aspect spectaculaire, au quotidien, dans la rue, elles n’ont pas leur place. C’est sûrement la même chose avec la prostitution à ne pas accepter la fonction qu’elle peut avoir dans une société. Non elle n’est pas un crime, il faut savoir protéger les travailleurs-ses du sexe afin de donner des conditions de travail et retirer ce masque glauque de ce métier. Si chacun doit respecter son propre corps alors pourquoi ne pas respecter le corps de l’autre en l’acceptant tel qu’il a décidé d’être. Il y a toujours cette confrontation entre fascination et rejet qui transforme certaines personnes en objet de regard et de curiosité. Mais lorsqu’on croise certaines femmes transsexuelles on admire leur simplicité d’être femme.

Les photos suivantes ont été prises l’année dernière lors d’un défilé organisé par la Fondation Procrear pour la diversité sexuelle.


Aux bouts rouges et autres peaux de bananes

Montevideo 2010, crédit photo LaNaveDeambula

En tant que professeur, il m’arrive de parler de l’actualité française à mes élèves. En ce moment je devrais leur raconter les joues rougissantes qu’en France on va chercher dans un car scolaire une jeune fille afin de l’expulser du pays, pour ensuite lui proposer de revenir sans sa famille et devenir une enfant de la DDASS, qu’en France on fait des manifestations contre des taxes mises en place pour l’environnement, qu’en France on jette des peaux de bananes sur une ministre à la peau noire en la traitant de guenon, qu’on manifeste plus contre le droit des homosexuels à fonder une famille que pour les droits du travail, que la banalisation du racisme fait rage, qu’on préfère considérer la prostitution comme un délit que de donner des droits aux putes, alors je préfère ne rien dire. Enfermée dans une bulle, je pensais que mon pays était différent. Je pensais vraiment qu’on était capable d’avancer et de progresser vers une ouverture d’esprit. Pour moi, si on n’avançait pas, c’était pour une question de politicards vieillots au pouvoir. J’ai été bien aveugle, c’est une mentalité ambiante qui obscurcit le paysage. Je me rends compte qu’on n’est pas prêt à s’ouvrir, que la France va à deux vitesses et que celles-ci sont arrivées à un point où elles s’entrechoquent. Elles font naître une violence futile parce qu’on n’est pas capable de se mêler de ce qui nous regarde, et qu’on préfère se regarder les uns les autres en se jugeant plutôt que de se remettre en question. D’autre part, j’en profite pour rendre hommage à deux personnes exécutées cette semaine pour avoir été jusqu’au bout d’une passion. J’admire la ténacité qui a guidé ces deux journalistes. Je me demande en m’incluant bien sûr, quand est-ce qu’on sera capable de s’aimer simplement les autres afin d’avoir un peu la paix. Il y a un proverbe qui court les rues, je l’entends depuis que je suis jeune « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. » La liberté fera jour quand on aura appris à vivre ensemble. DDASS : Direction départementale des Affaires sanitaires et sociales


Le 1er Novembre, en Colombie on célèbre la mort du système de santé

Un peu partout dans la ville des bougies s’allument en l’honneur du système de santé Colombien qui malade depuis longtemps a été achevé par le virus de la réforme.

Avant-hier, un défilé de blouses blanches m’a bloqué l’accès au travail alors que je m’y rendais en vélo. J’en ai alors profité pour jouer à la curieuse. Que se passe-t-il ? Pourquoi un tel grabuge ?

C’est à cause de la réforme, me répond-on.

Je n’étais pas au courant, comme beaucoup, j’apprends alors que le service de santé va empirer. Mais dans quel sens peut-il être pire ?

Pour faire un point, le système de santé en Colombie bénéficie d’une sécurité sociale que l’on cotise auprès d’entreprises privées qui ont des contrats avec les hôpitaux, médecins etc. En cas d’accident on ne se rend pas à l’hôpital le plus proche mais à celui qui a un contrat avec son entreprise de cotisation. Cela mène à des situations assez absurde comme une personne dans un bus qui perd connaissance, le bus l’emmène à l’hôpital mais doit faire 3 fois le tour de la ville pour trouver le centre de soin qui accepte son affiliation de santé. Adoptant une logique économique ces entreprises remboursent certains soins pendant un temps limité même si la maladie perdure, elles acceptent certaines maladies et pas d’autres dans leur contrat de remboursements etc.

On peut attendre plus d’une heure pour qu’une ambulance arrive, beaucoup meurent entre temps (il n’y a pas de service de pompiers comme en France, ici leur fonction se limite à stopper les incendies). Le remboursement des soins n’est jamais à 100% et le patient doit apporter une partie financière.

La réforme va apparemment renforcer ce système en délégant plus de pouvoir et de fonctions aux entreprises de santé. J’avoue que je n’ai pas bien compris de quelle manière. Ce qui est sûr c’est que tout le personnel médical et les étudiants du domaine de la santé sont d’accord pour témoigner leur mécontentement et réclament une réforme qui ouvre la santé à tous avec une garantie d’accès au soin qui n’est plus à l’ordre du jour depuis longtemps. Alors si on veut éviter comme une personne que j’ai rencontrée qui a préféré aller à pied jusqu’à l’hôpital en maintenant son sang de couler avec la main que de crever en attendant l’ambulance il va bien falloir trouver une solution.


Le complexe du Colombien

Je marche tranquillement dans la rue, je vois un attroupement de personnes. Des cris attirent mon attention de bon passant. Je regarde, il y a une voiture, des gens à vélo (jour de la ciclovia), des passants qui crient sur le conducteur – « Tu n’as pas honte, un étranger en plus ! » – L’étranger en question réplique: « Je serai Colombien ce serait pareil. » – D’autres s’approchent de lui et lui tendent la main: « Excuse-nous pour lui, on n’est pas tous comme ça. » – L’étranger insiste que ce n’est pas grave et qu’il n’y a pas de raison de se mettre dans des états pareils. Il continue son chemin tandis que les autres poursuivent la voiture en l’insultant. Dans mes cours, je parle de beaucoup de sujets de société avec mes élèves et j’ai souvent eu droit à des débats du genre: – « Nous les Colombiens on n’a pas de culture, on est mal éduqué. Telle initiative ne fonctionnerait pas car on volerait et casserait tout. » – Et je leur réponds « Ah bon, tu ferais ça toi ? »« Non bien sûr que non », – « Alors est-ce que tu crois vraiment que c’est culturel ? » J’ai même entendu dire une personne qu’il pensait être raciste de par sa culture car il n’aime pas la salsa et que son pays est trop désorganisé. Tout au long de mon séjour, j’ai pu constater cet amalgame et cette généralisation négative de soi même, « on est mauvais ». Je trouve ça très bien de ne pas avoir une très haute estime de soi en tant que peuple mais de là à se rabaisser autant cela devient exagéré. En contraste avec nos pays européens, les étrangers sont plus que bienvenus, on déroule le tapis rouge aux jeunes actifs qui débarquent, ils obtiennent de bons travails, bien payés comme peu de Colombiens pourraient un jour rêver d’accéder. Je ne dis pas que c’est quelque chose de facilement accessible mais tandis qu’on exige d’un Colombien des références de travail, personnelles, familiales (qui sont vérifiées), on fait une confiance aveugle à un gringo sans vérifier ses qualités. Tous les jeunes Colombiens ont en conscience, on m’a dit: « En Colombie si t’es étranger c’est facile pour toi on ne vérifie pas ce que tu vaux, tu peux être nul ce n’est pas grave ce qui compte c’est que t’es pas d’ici. » Un contraste très fort avec les pays européens où le racisme augmente de façon accélérée, et où la fierté nationale est mise en avant. Ici en Colombie, il est parfois dur d’être Colombien. D’où vient cette sous-estime de soi ? Je n’aime pas généraliser sur toute une population d’un pays, mais ils m’y ont forcé à force d’entendre mal parler des Colombiens. Déjà il y a cette éternelle comparaison entre la Colombie violente et l’immaculé vieux continent où ils croient qu’on est « plus civilisés » qu’eux. Il existe une image de l’Europe idéalisée où le vol n’existe pas, où on ne s’insulte pas dans la rue où on se sourit tous les uns les autres, où les jeunes ne mettent pas les pieds sur les sièges dans le bus. Il y a un amalgame entre culture et société Dans les médias, l’information se résume à des bagarres survenues entre un automobiliste et un piéton, à un homme qui a frappé sa femme dans la rue, à un délinquant qui vole dans un supermarché etc. Toute la journée on badigeonne les infos à coup de faits divers sur-dramatisés, remplis de superlatifs, d’images en boucles, d’intonations alarmantes pour des faits divers sans importance. Lorsque les médias proposent une analyse de la violence délinquante des rues de Bogotá, elle invite une psychanalyste qui parle de la violence intrafamiliale ou de la rue sans apporter de réponse claire. Jamais on évoque des conditions sociales difficiles, ni on la remet en question. Alors bien sûr à voir tous les jours des citoyens lambda se taper dessus à la télévision, ils finissent par croire que la Colombie n’a pas de quoi être fière de son prochain et ont honte du comportement de leurs concitoyens parce qu’ils ne sont pas aussi civilisés qu’il le faudrait pour pouvoir être un jour un pays riche et développé. La faute est toujours celle de la culture Colombienne comme si ces actes de violences ne seraient pas internationaux et simplement humain. Ils ont plus de recul sur leur culture que sur leur société. Les médias renforcent cet amalgame et préfèrent montrer des faits divers insignifiants pendant 15 minutes que 3 minutes de réalité sociale. Les Colombiens sont plus ouverts aux étrangers qu’on ne pourrait jamais l’être, leur courtoisie ne fait aucun doute et leur exigence pour être bien vu est surement plus culturelle que leur méchanceté. C’est une généralité un peu grossière, certes, mais dans cette réalité où ils ne se font pas confiance entre eux c’est sur que ça va être difficile d’aller de l’avant. Alors faisons-nous confiance les uns les autres et prenons exemple en ayant un peu de modestie.


Un dimanche à Bogotá (partie 2)

La Septima est l’avenue centrale de Bogotà, elle est celle qui accueille les protestations de la ville, qui a vu l’histoire Colombienne se dérouler au fil du temps. Elle héberge les grandes institutions de l’état et les cris du peuple.

Mais surtout elle est un lieu de rencontre le dimanche. Aujourd’hui sa partie centrale est piétonne. Tous les dimanches sont différents dans cette rue pleine d’animation. Elle est le temple du « rebusqué » à la colombienne. Qu’est-ce qu’on appelle le rebusqué ?

En Colombie l’aide sociale est limitée voire inexistante, alors lorsqu’on n’a pas d’emploi tous les moyens sont bons pour trouver une source financière, les gens fabriquent, préparent quelque chose à vendre dans la rue afin de monter son propre commerce avec les moyens du bord.

Alors qu’on marche le long de la Septima, à notre droite le son jovial d’un groupe de ska attire notre oreille, tandis que de l’autre côté un grand cercle se forme autour d’un artiste qui dessine à la craie sur le sol. On continue notre marche, les messages de Toxicomano, inscrits sur chaque bac des arbres, nous font sourire ou donnent à réfléchir. On s’arrête afin de regarder le travail d’un homme qui fabrique des sucriers avec des cannettes de bière, il souhaite lancer un projet de création d’objet recyclé afin de pouvoir s’en sortir nous dit-il, à ses côtés une femme, debout avec sa chienne qui porte une casquette avec un message « Je suis mignonne », c’est elle qui les fabrique afin de les vendre tous les dimanche. La chienne, elle, a l’air attirée par ce qu’il se passe devant elle, un pari sur des cochons dindes. Un peu plus loin un spectacle, des danseurs font une présentation de leur chorégraphie juste avant que des circassiens se mettent en scène. Ainsi continue notre ballade dominicale pleine de surprise et de création, entre les imitateurs de Michael Jackson et les danseurs de salsa il y en a pour tous les goûts. On pourrait lancer un concours de l’objet le plus inutile vendu sur la Septima, sans parler de toute ces délices que l’on peut déguster ou boire en observant l’animation de la rue.

Sur 1 km de la Septima du dimanche tous les rebusqué sont bons pour attirer l’œil du passant, des hommes statues déguisés en alien, toutes les idées les plus incroyables offrent leur spectacle.

Sur cette avenue, ce sont des milliers d’histoires de vie qui se retrouvent afin de gagner leur pain, des voyageurs qui font de la musique pour tracer leur route à la famille d’indigène Embera déplacée par la violence qui vendent leur artisanat c’est toute l’histoire de la Colombie qui s’offre à nous.

La Septima le dimanche est pour moi un voyage urbain qui me transporte, si toutes les villes pouvaient être un terrain de jeu comme celui-ci ouvert à tout le monde où la créativité de ses rues serait légale. La rue a un pouvoir trés fort pour réunir tout le monde, elle est donc le meilleur endroit afin d’y présenter ses créations, la Septima réunit tous types de publics, toutes les classes sociales, tous les âges et styles. C’est un véritable festival à l’air libre et accessible à tous.


Un dimanche à Bogotà (partie 1)

la-ciclovia-crédit-photo-lanavedeambula

Pour lire ce poste il est fortement recommancé d’écouder cet enregistrement

Une ville silencieuse s’ouvre à nous, des stands de nourriture, de jus de fruit et de réparation de bicyclettes s’installent les uns aprés les autres au bord des grandes avenues. Il n’y a pas de voiture. Puis passent un vélo, un autre, et encore, des gens en roller, les piétons prennent possession de ces avenues dénuées d’engins motorisés. Bienvenue à La Ciclovia. Un rendez-vous dominical pour les familles de Bogotá. C’est une véritable transformation dont bénéficie la capitale, des kilomètres de pistes cyclables s’installent dans toute la ville. Tout le monde s’y retrouve les cyclistes passionnés et ceux qui simplement se balladent.

Quelle émotion de sentir la tranquilité d’une ville silencieuse avec le contraste de ce bouillonement d’activités!

Les gens pédalent, certains cherchent la vitesse, d’autres prennent le temps de parler tout en pédalant, les familles marchent et observent la ville, certains jouent de la musique sur le bas côté, les gens s’arrêtent boivent un jus d’orange, un jus de mandarine frais, mangent une empanada et repartent. Un véritable défilé de vélo entre les vieux modèles restaurés et les nouveaux de compétitions il y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, toutes les tailles. Certains sortent leurs engins bizarres experimentés fabriqués par eux mêmes, un vélo qui prend l’apparence d’une Harley Davidson, des tandems etc.

La ville prend une autre ampleur, ces immeubles gris et ternes de certaines avenues s’effacent au profit d’une énergie silencieuse qui défile dans ses rues. Moi qui ne suis pas une passionnée de vélo, je ne peux plus échapper à une ciclovia. En pédalant au milieu de milliers d’autres vélos je m’imagine une ville du futur faites seulement de piste cyclable.

La perception de la ville se transforme, son rythme change. Cela génère une ambiance de cohabitation, il existe une cordialité entre cycliste qui change du claxon entre automobiliste qui à bogotà inspire fortement les conducteurs. C’est une véritable expérience dans la ville et jamais je ne l’avais ressentie de cette manière, le stress est comme effacé de ces visages le temps d’un dimanche et ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’un jour de congés car cela reste un jour trés commercial au contraire. Mais le bruit des bus sans parler du nuage de fumée noir qu’ils dégagent, la vitesse à laquelle les voitures roulent et accélérent quand une personne traverse nous rend vite nerveux. Alors oui des rues entières de vélo où le piéton a de la place pour se déplacer est de suite une mini révolution. On peut écouter la ville d’une autre manière.

Cela donne à rêver d’une ville plus agréable, où au lieu d’être coincé dans les embouteillages on roulerait à vélo, et je suis presque sure que cela nous prendrait autant de temps. Je ne suis pas une personne sportive du tout mais on surestime l’effort qu’exige le vélo et c’est sûrement plus revigorant que d’être bloqué dans un bus. A quoi ressemble la ville du futur à laquelle on rêve? Pour moi une ville doit avoir plus de petites rues que de grandes avenues, faites de passages secrets on pourrait aller d’un recoin à un autre en un temps reccord. Et surtout elle serait animée le dimanche.

J’ai grandit dans une grande ville où le dimanche est le jour le plus triste qu’on puisse connaître, les rues sont désertes, le silence au contraire fait presque peur, ici le centre devient un centre d’animation et toute la ville s’active, j’ai l’impression que tout Bogotà se retrouve sur ses avenues cyclables. … (Partie 2)


Rencontre avec …

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Crédit photo LaNaveDeambula

C’était en 2012 lors d’une manifestation des victimes de la violence en Colombie, un marionnettiste a accepté de raconter un petit bout de son histoire. En écoute l’interview et juste en dessous la retranscription en français.

Ecouter l’interview de Tuli

« J’utilise les marionnettes, je les utilise comme instrument pédagogique pour enseigner la charte universelle des droits de l’homme, la cohabitation pacifique, le respect. Toute cette échelle de valeur. Quand les paramilitaires sont arrivés, ça les a dérangé, ils sont venus pour me tuer chez moi, ils ne m’ont même pas envoyé de pamphlet, rien.

– Tu penses y retourner un jour ?

– Jamais, j’ai renoncé à Barrancabarmeja, ils m’ont volé la dignité, ils m’ont brisé mon nom parce que j’avais une discipline artistique depuis 20 ans, t’imagines, 20 ans à faire des rondes, des jeux, des marionnettes, à faire des chansons pour enfant et puis quoi ? Du soir au matin devoir partir, il n’y a pas de raison pour revenir, non ? On va faire un nouveau projet de vie et on va triompher, crois le ou non, on va gagner une fois de plus. Il faut chercher la manière pour que cette sale guerre s’arrête vite.

– Et quelle est cette manière ?

– Je crois qu’à travers la concertation, la dialogue et la manière c’est que tous, tous, tous nous allions à une table de négociation, que nous y allions et qu’on ne sorte pas de cette table jusqu’à ce qu’il y ait une négociation pacifique au conflit en Colombie. C’est à dire que nous nous emparions de ce processus de paix et que jusqu’à ce qu’il n’y ait pas la paix, on ne puisse pas sortir le drapeau. Ok ?

Pour achever cette interview de rue, je vais la terminer avec un conte qui s’appelle « Les Hommes Invisibles ». Ils disent qu’à un enfant ils lui ont blessé son ombre, ils l’ont vêtu de silence et ils lui ont appris à se regarder à l’envers des miroirs, l’enfant a grandi avec la lune de l’oubli, dans le néant où ni un rayon de soleil a été dans ses yeux et jamais, jamais il a pu se trouver avec lui même. Il a vécu ainsi sans savoir qu’il existait, ceux sont eux les hommes invisibles


Un processus de paix?

crédit-photo-lanavedeambula

Lorsqu’on vient en Colombie on a forcément une multitude de questions au sujet du conflit qui a rendu ce pays tristement célébre. Tout est tellement flou à ce sujet, aprés 1 an et demie dans ce pays je dois avouer que je n’ai pas réussi à faire le point sur beaucoup de mes questionnements. Les Colombiens n’aiment pas beaucoup en parler, surtout que les régions que l’on cotoie comme étranger n’ont pas ou peu connu le conflit de près.

Le conflit a commencé suite à une série de violence engendrées par le meurtre de Jorge Eliecer Gaitan, un politique populaire en passe d’être Président dans les années 50. Un groupe de campesinos décide alors de prendre les armes afin de réclamer une réforme agraire de fond puis au fur et à mesure ils se joindront à l’idéologie communiste.

Ensuite, face à la réalité du coût de la guerre, la guerilla se lance dans le commerce de la drogue afin de pourvoir à ses besoins.

Voilà un bref résumé de ce que je sais. Mais entre l’idéologie et l’envie d’une société meilleure qui les a ammené à prendre les armes et le trafic de drogue il y a un grand pas et c’est là que je me perds. Où est l’idéologie de la guerilla, qu’en est-il de cette utopie, de ce désir ? Dans les médias, on parle régulièrement de la violence engendrée par la guerrilla mais jamais de ses revendications politiques, auraient-elles totalement disparues ?

Autour de moi, tous ceux à qui j’ai demandé (de divers idéaux politiques) me disent qu’ils ne croient pas à un engagement politique de la part de la guerilla. Du moins pas depuis les années 80. Des massacres de civils ont été perpétrés par celle-ci et elle a fait beaucoup de pressions pour récupérer des terres sur des paysans etc. Une guerilla par définition a un statut politique à travers sa résistance face à un système établit et se distingue du crime organisé car elle se bat pour le peuple et ne s’attaque donc pas à lui. Peut-on alors continuer d’appeler l’ELN et les FARC-EP des guerillas ? Aprés tout, participer au commerce de la drogue n’est-il pas participer d’une certaine façon à un système établit ? S’attaquer au peuple que l’on prétend défendre n’est-ce pas contradictoire ?

Quelqu’un m’expliquait que l’un des principal problème c’est que la guerilla ne vient pas d’un mouvement de masse mais plutôt d’un groupe isolé qui n’a jamais vraiment eu d’appui en grande quantité dans le pays. C’est d’ailleurs sûrement pour cela qu’il y a eu un enlisement aussi fort dans le conflit. Une grande organisation de force qui a su s’imposer dans des régions où il y avait pas ou peu d’alternative car il n’y avait pas d’institutions publiques et où sous la menace il fallait joindre le groupe armé ou partir.

La Colombie a connu beaucoup de guerillas, le M-19, par exemple, a su rendre les armes avant de s’envenimer dans une situation qu’ils ne n’auraient pas pu gérer. Alors que d’autres ce sont laissés emporter dans un engrenage qui a causé plus de préjudice que de résultat positif politique. Je comprends qu’il faille rentrer en guerre contre un système qui n’est pas juste, comme l’est celui de la Colombie, mais la lutte devient-elle légitime lorsqu’elle génère des milliers de morts et des millions de déplacés ?

Cela a permis au pays avec l’appui des Etats-Unis de s’armer, le budjet principal de l’Etat est le budjet militaire…

Je me demande réellement si la guerilla s’acharne seulement pour le commerce fructueux de la drogue comme laisse l’entendre tous les médias. Ou peut-être est-ce le goût amer du pouvoir qui incite à continuer la guerre.

Aujourd’hui, tout cela est remis en question à La Havane où est en cours le processus de paix depuis des mois.

Mais aprés 50 ans de conflit les Colombiens y croient tout autant qu’un Palestinien croit a un engagement Israelien contre la colonisation.

Un éléve m’a dit « C’est en négociant la paix qu’ils se préparent à mieux faire la guerre »

Cette phrase m’a trotté dans la tête pendant un moment.

Car en y pensant bien, lorsqu’il y a une lutte pour le pouvoir comment trouver un arrangement à l’amiable ? Quelles sont les concessions que chacun est prêt à faire ?

Le noyau dur du processus de paix, en train de se négocier, est la réforme agraire qui est à l’origine du conflit. La Colombie est considéré comme l’un des pays les plus inégalitaire dans la distribution de ses terres. Il est donc grand temps d’y remédier. La guerilla exige un accord de paix basé sur celle-ci. Il s’agit donc d’un espoir pour un pays majoritairement agricole. Mais est-ce encore applicable à l’heure où la Colombie a cédé des concessions minières à travers tout le pays, où depuis un an un accord de libre échange avec les Etats-Unis interdit l’échange de semance et privilégie les grand producteurs afin d’exporter leurs produits en grande quantité vers les Etats-Unis (le TLC). On lit que dans les accords est évoquée la sécurité alimentaire du pays afin de remédier à la crise alimentaire et permettre une meilleure répartition des richesses1. Des accords agraires oui mais sont-ils encore réalisables ? Car une chose est sure l’Etat n’est pas prêt à abandonner les concessions minières ni à faire des concessions dans les régions pétrolières (régions très conflictives).

Alors que se négocie la paix, les violences continuent, les paramilitaires qui défendent les grands propriétaires terriens n’ont pas été invité à signer et de chaque partie la guerre est toujours en cours car un cesser le feu n’a pas été autorisé.

 

Il est difficile de comprendre et de savoir à quoi on peut croire quand on ne sait pas réellement l’intêret de certains. Ce qui est sur c’est qu’il y a beaucoup d’enjeux, la Colombie est comme on le sait un pays riche en mineraie, eau, oxygène. Il est aprés tout le pays de la légende de l’El dorado. La paix est-elle possible dans un conflit de pouvoir et d’intérêt?

1 https://periodismohumano.com/en-conflicto/gobierno-y-guerrilla-de-colombia-logran-26-acuerdos-en-materia-agraria.html


Un blog péripatétique

Péripatétique du grec, patte, évoque la déambulation.

J’aime déambuler et me perdre au fil des chemins. Je déambule, j’observe, j’écoute.

Je vis actuellement en Colombie, à Bogotá, où j’enseigne le français, je souhaite juste partager les curiosités qui m’éveillent et m’intéressent. Je n’ai aucune prétention dans le fait de retranscrire la réalité Colombienne, c’est simplement ma vision sur ce pays à travers des rencontres et des choses qui me touchent, ce n’est qu’une simple observation d’une réalité parmis des milliers.

J’espère seulement que vous apprécierez cela avec le recul nécessaire et que vous pourrez y apporter votre oeil personnel.

 

Bonne déambulation…