Plume féconde

Balade en solo sur le vieux continent

J’ai fini par réaliser que rester en place ne me convient pas. Alors je m’en vais faire un tour sur le vieux continent. Valise faite, billet en poche, je me laisse enfin attirer dans les filets de ce territoire dont j’ai tant appris dans les pages d’histoires, mais qui m’est jusque-là inconnu, parce que mes pieds n’ont pas encore marché dans ses rues, mes yeux admiré ses couchers de soleil, ma peau senti sa brise du matin…

Crédit photo: francaisfacile.com

But du voyage

Non, ce n’est pas pour le travail. Ni pour les études. Ce n’est pas non plus pour voir de la famille ou des amis.  Ce n’est pas un voyage en groupe, entre amis, ou même en amoureux. Seul, je pars simplement m’inventer une nouvelle page d’histoire dans la partie la plus étudiée de l’Histoire du monde. N’est-ce pas suffisant comme raison ?

Compte tenu de ma réalité sociale, cette escapade en solitaire devait rester un rêve lointain. Ou encore, pour me conformer à ma réalité haïtienne, je devais attendre qu’une occasion se présente et me pousse à atterrir aussi loin. Dans le meilleur des cas, je prendrais des vacances dans un coin familier : mon pays ou ma ville natale, chez des parents ou des amis qui vivent à l’étranger… à moins que je ne parte en groupe. Mais voilà que j’ai décidé de briser ces chaines traditionnelles. Parce que le but de voyager c’est de découvrir d’autres bouts de terre, d’autres cieux, d’autres mondes…

Crédit: blog.letudiant.fr

Aventurier de mon état, la moindre des choses que je puisse faire est de m’envoler seul vers la terre du début de la civilisation. C’est peut-être risqué d’errer tout seul dans un coin totalement inconnu du monde avec des moyens limités. Mais qu’on se rassure, je suis du monde moderne et l’accès à l’information et à la communication rend mon évasion à 6 000 kilomètres pas si différent d’un détour dans l’autre pièce.

Un changement d’air

Il ne s’agit pas de parcourir le monde. Il s’agit simplement de me laisser aller aussi loin que mes ailes peuvent m’emmener.  Cela aurait pu être le quartier voisin. Après tout, un changement d’air peut se faire à tous les niveaux. Pour moi, il est strictement nécessaire de bouger. Cela favorise ma croissance personnelle et m’aide à voir le monde sous un autre angle. Sinon, je m’asphyxie. L’Amérique étant devenu un chez moi beaucoup plus grand, il est temps pour moi d’aller respirer l’air frais d’un continent voisin.

Crédit photo: gate1travel.com

Je vais étaler mes ailes et me laisser guider par le vent. Me poser sur les branches de Marseille et me fondre dans son paysage montagneux et au bord de ses mers. Me laisser réchauffer par la chaleur humaine et multiculturelle de Paris, dans ses rues étroites. Gouter aux saveurs de Rome à travers ses délicieuses pâtes et ses caves épicées. Me perdre dans les quartiers de Bruxelles pour ensuite me retrouver face à face au Manneken-Pis et dire bonjour aux institutions de l’Union européenne. Me laisser attirer par le rayonnement culturel de Barcelone. Apprécier pleinement le sens du dépaysement et contempler la beauté de dame nature.

Ne pas amener de compagnie n’élimine pas la possibilité de m’en faire en cours de route. En fait, ça peut même l’augmenter. Et… peut être que je ne serai pas totalement seul, si vous me faites l’honneur de faire le voyage avec moi. Alors, que l’aventure commence !

A suivre…


Un matin pas comme les autres

Ce  matin-là, je suis resté dans mon lit. Ce n’était pas étonnant, car cela m’arrivait bien des matins. Mais, celui-là avait un goût particulier. Pas ce goût habituel de déjà vécu. Ni ce goût de ras-le-bol occasionnel. Ni ce goût de je-veux-simplement-rester-dans-mon-lit. En fait, je ne voulais pas rester dans mon lit. Je voulais faire quelque chose, ce matin-là. Puis les matins qui suivent. Surtout les matins qui suivent.

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Crédit photo: lazycookie.com/

Mes yeux fixaient le plafond, mais je ne le regardais pas. Mes pensées se bouillonnaient. Se brouillaient. Je les ai laissées couler  quelques instants, pour s’éclaircir. Je ne sais plus si ces instants étaient mesurables en minutes ou en kilomètres. Le temps et l’espace n’étaient devenus qu’un. Puis, d’un coup, j’étais revenu sur terre. C’était devenu clair.

C’était devenu clair que…

Ce matin-là était relié à un autre matin. Un matin où j’étais à bord de tout foutre en l’air, pour des raisons restées sombres. J’avais pris ma « retraite » du reste du monde. J’avais également fait de nombreux voyages – de courte durée – dans le temps et l’espace. Puis j’avais simplement repris mon train-train quotidien, comme si la matinée en question n’avait jamais existé. Ce matin-là était donc la suite de l’autre matin. Parce que le temps s’était arrêté depuis lors.

Pourtant, ce matin-là était bien différent. Je trouvais des réponses à des questions posées, l’autre matin. Je remettais en question des décisions adoptées, l’autre matin. Je tournais et retournais questions et réponses dans ma petite cervelle, me vidant et me remplissant, comme pour en faire un cocktail. Cette fois, je ne voulais pas faire semblant qu’un matin aussi crucial n’avait jamais existé.

J’ai voulu…

J’ai voulu partir. Mais je suis déjà parti. Très loin, même. J’ai voulu m’isoler dans le calme et le silence. Mais là, tout ce que je pouvais entendre, c’était mes propres monologues intérieurs. Mon mal de crâne en était le seul témoin.  J’ai voulu être libre et indépendant. Mais je l’étais entièrement, déjà. Si bien qu’on appelait ça « être imprudent ». J’ai voulu changé beaucoup de choses. Mais les choses avaient tellement changées, déjà, qu’elles étaient devenues méconnaissables.

C’est ce qui a rendu mes idées claires, ce matin-là. J’ai compris que j’avais eu tout ce que j’ai toujours voulu, pour être plus productif. Mais je n’étais pas plus productif. Ce matin-là, j’étais épuisé de chercher des excuses. Il y en avait plus. C’était clair.

C’était clair que…

J’avais plein d’idées mais j’étais devenu incapable de les accoucher. Je trouvais toujours la bonne excuse. Ma productivité était réduite à tout-remettre-à-plus-tard. Et la pile grossissait. Ce matin-là, elle était renversée.

Ce matin-là, j’ai pris conscience de tous les privilèges que j’avais, que j’aurais tant aimés avoir eu dans le temps, mais que je n’avais pas eus. Et pourtant j’étais beaucoup plus productif en ce temps-là.

Ça y est. J’étais devenu une autre personne. Chaque personne doit avoir sa propre méthode pour être productive. Ce qui a marché pour l’autre ne marchera pas forcément pour moi.

Ce matin-là, j’ai compris ce qui marcherait pour cette personne que je suis devenue. Alors je suis sorti de mon lit. Un peu comme l’autre matin, un peu comme tous les matins, mais avec la conviction d’être plus productif.


Haïti: l’absurde manifestation contre le « mariage gay »

« Si c’est accepté dans d’autres pays, cela ne se fera jamais en Haïti », ont averti, ce jeudi, des milliers de protestataires au Cap-Haïtien qui en ont profité pour implorer le ciel afin que Dieu puisse préserver Haïti du mariage gay qu’ils assimilent à de l’abomination. Voilà ce qu’on lit dans Le Nouvelliste et qui a fait l’actualité en Haïti la semaine dernière.

Une vue de la manifestation au Cap-Haïtien. Crédit photo: Le Nouvelliste.

Comme beaucoup de gens, je crois que ce mouvement a été enclenché pour faire diversion et détourner notre attention des vrais problèmes du pays. La question de l’homosexualité est devenue l’un de nos points faibles. Attendons-nous à de futurs déclenchements de ce genre qui, comme toujours, nous donnent au moins l’occasion d’aborder timidement ce sujet.

Lorsque des gens issus de la masse défavorisée et analphabète d’Haïti gagnent les rues juste parce qu’ils n’ont pas mieux à faire et qu’un groupe d’individus est en train de les manipuler et les utiliser à des fins politiques, je peux comprendre leur ignorance. Et je leur pardonne, tout en priant pour qu’un jour le pain de l’éducation et de l’instruction leur soit distribué en abondance, afin qu’ils soient en mesure de comprendre certains phénomènes sociaux et les accepter.

Cependant, lorsque toi, cher intellectuel de mon pays, te mêle de la partie, je suis complètement indigné et inquiété !

L’élite intellectuelle

L’élite intellectuelle a pour devoir d’éduquer et d’orienter la population. Mais, cher intellectuel, je ne comprends pas pourquoi tu encourages et défends cette soi-disant manifestation contre le mariage gay en Haïti.

As-tu vu les messages sur leurs pancartes ? Entendu leurs slogans ? Lu la violence dans leur regard ? Compris leur intention ? Est-ce ça la « valeur morale » pour toi ? Prêcher la haine, l’inhumanité ? Vouloir éliminer un groupe de personnes juste parce qu’elles sont différentes ? Faire circuler des rumeurs ? Répandre des bêtises du genre « les homosexuels sont la cause du séisme » ? Ou encore, « les homosexuels sont la cause de tous nos problèmes » ? Es-tu conscient d’encourager tout ça ? Ou peut-être, es-tu, toi aussi, incapable d’accepter le monde qui est autour de toi avec sa différence ? En 2015 ?

Désolé de toutes ces questions qui alourdissent mon billet. Mais c’est que, cher intellectuel, tu me déçois beaucoup. Je comprends parfaitement que tu aies ta croyance religieuse et je la respecte pleinement. Mais tu sais aussi que tu ne peux pas l’imposer aux autres. Chacun est libre de croire en Dieu, au Diable ou en rien du tout, dans cet Etat « démocratique » et laïque qu’est notre pays. Et puis, la plupart des religions ne sont-elles pas censées prêcher l’amour ? Ou l’amour que vous prêchez est-elle seulement pour les personnes de même confession que vous ?

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Crédit photo: Le Nouvelliste.

Alors mon cher intellectuel, pourquoi cette manifestation que tu soutiens tant ?

Parce que des rumeurs disent qu’une loi sera votée au prochain Parlement ? D’ailleurs quel Parlement ? Un Parlement dont on ignore encore les futurs membres ? Une institution susceptible de devenir un refuge pour nos malfrats les plus puissants et les plus corrompus alors que nous ne faisons rien pour l’en empêcher ? Qui se construit sur base d’élections démagogiques alors que nous y assistons les bras croisés ?

Bref, jusqu’ici personne ne nous a demandé de célébrer le mariage gay. Aucun pays, aucune organisation, aucun parlementaire n’a fait de proposition de loi sur ce sujet. D’ailleurs, ces derniers n’en auraient pas le cran. Et je les comprends. Ils sont trop soucieux de leurs postes et de tous les avantages qui vont avec, que même aborder un tel sujet avec un brin de tolérance risquerait de détruire. Et pour cause, ils sont parfois en tête de ce genre de manifestations sans fondement.

Alors pourquoi cette manifestation ?

Contre une proposition de loi sur le mariage gay ou contre l’homosexualité elle-même ?

Je pourrais être en tête d’une manifestation dont le but est de protester contre UNE PROPOSITION DE LOI qui a bel et bien été soumise. Je le ferais pour deux raisons:

Premièrement, parce que je crois qu’il est trop tôt et que comme toujours, nous serions en train de brûler les étapes. Ce n’est pas notre priorité pour le moment. Aucun pays qui autorise le mariage gay aujourd’hui n’en est arrivé là avec une population analphabète à 90 % et dans une condition pareille de pauvreté. Ce n’est même pas une question de culture, c’est une question de développement.

Deuxièmement, parce que je voudrais supporter la liberté qu’un peuple a de décider ce qu’il veut pour son pays, même si je ne suis pas forcément d’accord avec ses revendications. A condition que ce soit fait en toute logique et dans le respect.

Logiquement, on peut vouloir ou pas que son pays autorise ou pas le mariage gay puisque c’est une question d’intérêt national. Mais dire qu’on proteste contre la pratique elle-même est carrément aberrant.

PS: Le masculin « intellectuel »  est utilisé pour alléger le texte et non dans un but discriminatoire.


« Partir à tout prix »

Crédit: Apec.fr
Crédit: Apec.fr

Je ne resterai plus ici, j’irai ailleurs
Bientôt, j’irai vers une vie pire ou meilleure
J’ignore quand, ni trop comment, je partirai
J’ignore où, mais je sais pourquoi, je m’en irai

Partir est ce qu’il existe de plus normal
J’irai pour ne causer ni subir plus de mal
Je partirai parce que j’en ai grande envie
Je partirai pour donner un sens à ma vie

Je partirai afin de fuir l’hostilité
Je partirai pour prouver mon utilité
J’irai à la rencontre de la liberté
J’y irai avec mes responsabilités

Je partirai chercher ce que je n’ai pas eu
Je partirai retrouver ce que j’ai perdu
Je m’en irai pour avoir aimé et déplu
Je m’en irai et je ne reviendrai plus

Même s’il faut passer par un désert, j’irai
Là où les sources semblent mieux couler, j’irai
Là où le soleil semble mieux briller, j’irai
Là où n’ira ma colère, je m’arrêterai

Crédit: blog.letudiant.fr
Crédit: blog.letudiant.fr

Je parcourrai la ville, le pays, le monde
J’aurai fait des miles rien qu’en quelques secondes
J’irai dans d’autres villes, d’autres bouts de terre
Dans d’autres mondes, d’autres vies ou sous la terre

Je marcherai, grimperai, sauterai, fuirai
Je prendrai l’auto, le bus, l’avion et j’irai
J’irai en jet, en fusée, en vaisseau spatial
A dos d’âne, en bateau ou en transport spécial

Qu’importe si je ne peux rien apporter
Qu’importe si l’air ne peut me supporter
La mer ne peut refuser de me transporter
La terre ne peut refuser de m’emporter

Je partirai un matin, un midi, un soir
Je serai vêtu de blanc, de gris ou de noir
Qu’importe si je pars avec ou sans papier
Qu’importe si je pars seul ou mal accompagné

Il fera peut-être une nuit chargée d’étoiles
Ou un matin sombre quand je mettrai les voiles
Même si pour moi ça risque d’être fatal
Je partirai quand viendra le moment idéal

Ecrit le 11 août 2010


Chez moi c’est… là-bas !

La carte d'Haiti (Google Maps).
La carte d’Haiti (Google Maps).

 

Le drapeau Haitien (Crédit photo: L'autre Haiti).
Le drapeau haitien (Crédit photo: L’autre Haiti).

Cher ami,

J’ai appris que tu as reçu ton visa américain. Je suis si content pour toi. Ceci est une marque de réussite dans notre pays, car toute la population n’a pas cette chance. J’ai hâte que tu visites ce beau pays, et j’ai hâte de te revoir. Comme tu le sais, ça fait seulement un an que je vis ici, mais ça m’a semblé très long. New York est la ville de rêve de plein de gens. La terre des opportunités et des accessibilités, dit-on. Je ne devrais pas me plaindre. C’est pour répondre à ta question que je dis ça. Tu m’avais demandé si je pensais que tu pourrais trouver des opportunités et y rester définitivement. Ne le prends pas mal, mais j’aimerais te dire de ne pas t’emballer. Les choses ne sont pas toujours ce que de loin elles semblent être. Tu vérifieras par toi-même.

Ce que je m’apprête à te confier, je ne l’aurais sûrement pas fait si je ne savais pas que tu allais venir. Tu n’aurais pas compris de toute façon. Vivre dans l’une des plus grandes villes du monde est un privilège, je le reconnais. Cependant, je ne cesse de me demander si j’ai fait le bon choix, si je pourrai tenir jusqu’au bout…

Tu sais, je suis si proche de mon but, mais si loin de ma famille, mes amis, mon mode de vie, mes récents projets… Ma venue ici a été une décision soudaine. Alors je suis parti laissant derrière moi des tas de projets inachevés. Et puis, se réadapter est parfois traumatisant.

C’est toujours cette même nostalgie qui m’envahit depuis un an à chaque fois que je me retrouve avec moi-même. Je vis ici, mais mon cœur est resté là-bas. J’ai soif de rentrer chez moi. Dans ce pays où j’ai vécu les 24 premières années de ma vie. Le pays des calamités. Cet enfer que tous ses fils veulent quitter. Et l’attente me semble trop longue.

J’avoue, j’ai souvent rêvé de quitter cette terre comme tous les jeunes de mon âge. Les moins fortunés notamment, dont le plus grand rêve est de vivre n’importe où, sauf dans leur propre pays. Ils disent que le pays ne leur offre rien… Mais, dis-moi, lorsque tous les jeunes courageux, déterminé et talentueux auront quitté le pays, que deviendra Haïti ? Tu ne peux pas le savoir.

Je crois bien que ce désir d’aller vivre ailleurs est né du fait qu’il n’est malheureusement pas donné à tous les Haïtiens la liberté de voyager. Il nous faut un visa pour aller partout et ce visa n’est donné qu’au plus chanceux. Alors on se dit qu’ailleurs il y a sûrement quelque chose de précieux. Et on veut à tout prix y aller.

Beaucoup me disent qu’ils donneraient n’importe quoi pour être à ma place. Quand j’ai dit à Patrick que je vivais actuellement aux États-Unis, il s’est exclamé : « Félicitations, j’ai toujours su que tu réussirais ! » Comme si vivre aux États-Unis était synonyme de réussir. Bien sûr, en ce qui me concerne, il m’a fallu gravir une bonne partie de l’échelle pour me retrouver là. Mais, dans un contexte général, tous ces sans-papiers qui arrivent de partout pour vivre mieux ici n’ont réussi qu’à se fourrer dans beaucoup de problèmes. Je te l’assure. C’est pourquoi cher ami, quoique tu fasses, ne deviens pas un sans-papier.

Ah, les sans-papiers ! Laisse-moi brièvement t’en parler. La devise de ces gens c’est « plutôt souffrir dans un grand pays que de souffrir dans un pays pauvre ». Au moins ils ont accès à la santé, la nourriture, l’eau potable… Ils ont parfois un travail misérable avec un salaire minimum, ce qu’il n’aurait même pas eu dans leur propre pays. Alors comment peut-on leur demander de rentrer ? Comment peut-on blâmer ces gens qui ont été contraints de quitter leur pays en quête d’un peu de repos, d’un peu de répit, d’une vie meilleure…

Après avoir travaillé si durement pour construire ce « grand pays », souvent, ils n’osent même pas rentrer pour visiter, par peur de l’insécurité. Cette terrible croyance qui veut « diaspora » rime avec richesse et qui fait des émigrés les cibles de malfrats. Et puis des années passent, ils deviennent des étrangers pour leur propre pays…

Je ne veux absolument pas que cela m’arrive ! Mais, comment l’en empêcher ? Je voudrais retourner chez moi, un jour, bientôt, je ne sais quand. Car rien d’autre ne peut chasser ce sentiment qui me fait venir des larmes à chaque fois que je pense à là-bas.

On dit que l’homme éclairé n’a pas de patrie. En effet, j’adore voyager et découvrir d’autres bouts de terre, d’autres cultures… C’est possible aussi que des raisons indéfinies me pousser à vivre définitivement en dehors d’Haïti. Cependant, peu importe où je suis, chez moi, c’est, et restera toujours, là-bas !

A bientôt cher ami.

Texte écrit le 9 août 2014 pour participation au concours Mondoblog 2014 dont le thème a été : « Chez moi c’est… ».
Revu et modifié.


Je n’écris plus…

Je n’écris pas. Je ne fais que verser de l’encre sur du papier, remplir des pages blanches. Lorsqu’on me le demande.

Je ne fais que coller des bouts de mots, pour formuler leurs idées, leurs requêtes, leurs points de vue. Lorsqu’on m’y oblige.

Je ne fais que leur servir de canal. Transmettre leur voix, tout en perdant la mienne. Satisfaire leurs envies, laissant les miennes insatisfaites.

Je n’écris pas. Je ne fais que transcrire leurs dictées. Sans fautes. J’exprime ce qu’ils veulent faire croire. Jusqu’à ce que j’y crois moi-même. J’utilise leurs propres mots. Pas les miens. Mes mots, je les tais. Si bien que je les oublie. Mes mots restent ensevelis tout au fond de moi. Je n’ose pas les exprimer. Mes mots, je ne les écris pas. Je ne les écris plus. Si je les bouillonne, ils finissent à la poubelle.

Une photo de mon propre carnet de note.
Mon carnet de notes.

Mon écriture est pleine de houille. Elle est endommagée. On croit que l’écriture est ma spécialité. Et pourtant, je n’écris même pas. Je n’écris plus. Je ne fais que gagner mon pain, en tant qu’ouvrier de plume. Ouvrier comme les autres.

L’écriture pour moi a toujours été plus que ça. Elle et moi partagions l’intimité, à un moment. Une passion intense. Elle était ma canne, mon seul refuge. Elle était ma voix, mon pain quotidien. Elle était toujours là pour m’accompagner dans ma solitude.

De nos jours, l’écriture et moi empruntons souvent la même voie, mais ne nous donnons pas la main. Pas par manque d’envie. Peut-être par manque de crânerie ?

L’écriture et moi partageons une histoire qui ne s’effacera jamais. Qui ne se terminera jamais. J’avais démarré un jour comme ça. Et je n’ai pas pu m’arrêter. Jusqu’au jour où je me suis complètement arrêté. Et je n’ai pas pu recommencer.

Mais aujourd’hui, et si je recommençais ?


Retour à New York, retour à l’euphorique bouillonnement

Beaucoup de choses dans la vie sont comme la santé : on comprend leur valeur que quand on les perd. Dans mon cas, vivre dans l’une des plus grandes villes du monde est l’une d’entre elles.

Quand je suis arrivé à New York, cela remonte à presque deux ans, je n’ai fait que me plaindre, regretter tout ce que j’avais laissé derrière moi dans mon cher petit pays, Haïti. Je vivais ici, mais mon cœur était resté là-bas. La nostalgie me tuait à petit feu…

Cependant il y a six mois, à cause d’une opportunité d’emploi, j’ai dû quitter New York pour aller vivre ailleurs. Dans un endroit pas très intéressant… Enfin, pour moi.

Vous savez, presque partout dans le monde, pour trouver du travail on vous demande souvent d’avoir de l’expérience. Ils sont rares ceux qui veulent bien vous donner la chance de débuter. Mais déjà, pour avoir de l’expérience, il faut quand même avoir débuté quelque part. Alors j’étais prêt à débuter n’importe où. C’est pour cela que j’ai emménagé dans cette autre ville dont je préfère ne pas citer le nom, loin de New York…

Une vue de Manhattan (New York). Credit photo: Le Huffington Post
Une vue de Manhattan (New York).
Crédit photo: Le Huffington Post

On dit souvent des Etats-Unis, que c’est le pays des opportunités, le pays où l’on peut facilement réaliser ses rêves. C’est vrai. Mais pour la plupart des gens que je connais, c’est surtout le pays où l’on doit souvent abandonner ses rêves pour saisir des opportunités.

Ces opportunités ne sont pas toujours en rapport avec ses rêves ou ses ambitions, mais on doit vite les attraper si l’on ne veut pas être un éternel rêveur. Bref, j’ai dû quitter la ville qui ne dort jamais pour pouvoir en attraper une.

C’est alors que j’ai commencé à me rendre compte que même si tout n’était pas rose pour moi quand je vivais à New York, tout n’était pas noir non plus. Alors que ces six mois passés en dehors de la « grosse pomme » ont été les plus sombres de toute ma vie ! A ce moment-là, je n’avais pas seulement la nostalgie d’Haïti, mais aussi celle de New York. Et les deux me tuaient à grand feu…

Aujourd’hui, je suis de retour. Je ne suis sûrement pas la première personne qui s’en va et qui y retourne. Pour beaucoup de gens, les grandes villes comme New York sont des aimants. Dès le premier instant où j’ai foulé le sol de cette autre ville, j’ai su que je retournerais dans la mégalopole. Les gens comme moi demeurent dans les grandes villes. C’est plus fort que nous.

C’est que je n’arrive pas à vivre dans la monotonie. Cette vie où tout ce qu’on fait, c’est aller au travail (ou à l’école) et puis rentrer chez soi, voir le même paysage, suivre constamment le même trajet et rencontrer ceux qui le font aussi régulièrement et ennuyeusement que soi… Tout cela ne me convient pas. Parfois, j’ai besoin de me retrouver au beau milieu du bouillonnement et de la folie pour me sentir à l’aise. J’ai souvent besoin d’un peu de piment, d’un peu de nouveauté, de voir des choses, du monde… Et le monde, il est littéralement établi à New York.

J’avais peut-être besoin de faire cette expérience pour mieux apprécier la chance que j’ai de pouvoir vivre dans cette grande ville certainement pas parfaite, mais qui me va parfaitement… pour l’instant.


Je suis peut-être raciste… Ou peut-être qu’ils ne le sont pas !

Je ne t’aborderai pas quand je te croise au coin de la rue. Parce que tu as toujours le pantalon baissé, un look effrayant, un regard monstrueux et des yeux qui se perdent comme si tu n’avais pas dormi depuis des jours. Moi, je préfère les gens aimables et souriants.

Je ne te côtoierai pas quand je marche sur l’avenue. Parce tes vêtements sont toujours très sales et tu pues souvent l’alcool, la drogue ou des odeurs corporelles désagréables. Moi, j’aime respirer le bon air.

Je ne m’assoirai pas près de toi dans le métro. Parce que tu écoutes toujours du rap à haut volume et en même temps tu aimes chanter à gorge déployée des propos pas très agréables à l’oreille. Moi, je préfère la tranquillité et la délicatesse.

Je ne discuterai jamais avec toi. Parce que tu ne prononces jamais les mots comme il faut et tu ne construis jamais une phrase correcte et complète.  Moi, j’essaie de parler l’anglais, mais toi tu parles une langue que je ne comprends pas et que je ne souhaite pas apprendre.

Je n’irai pas dans ton quartier. Parce que tu pisses contre les murs, tu jettes des immondices partout, tu commets des crimes pour un oui et pour un non. Moi, je préfère rester là où il y a la propreté et la sécurité.

Crédit photo: francaisdefrance.wordpress.com

Tu devrais m’accuser de racisme. Mais tu ne le feras pas. Et tu as raison. Ce n’est pas ta couleur de peau qui me dérange, mais plutôt ton comportement. C’est dommage que tu sois noir, le plus souvent. C’est dommage que tu sois l’image qu’on attribue au Noir, le plus souvent. L’image que certains ont de moi, donc. L’image erronée qu’ils préfèrent considérer.

Je serai le premier à être choqué, blessé, révolté, quand on t’attaquera à cause de la couleur de ta peau ! Compte sur moi pour te défendre, prendre les rues, s’il le faut, et exiger justice, quand on violera tes droits à cause de ton origine !

Bien sûr, le racisme existe. C’est quand on te colle des étiquettes à cause de ton origine. Ça commence par des petits mots qui font mal jusqu’aux os, puis aboutit, parfois, à des actes horriblement stupides. J’en suis victime.  Et je suis décidément un militant contre le racisme sous toutes ses formes. A condition qu’il soit bien distingué.

Crédit photo: www.outofborders.net

Ne t’empresse pas de qualifier de raciste chaque personne qui prend un recul quand tu arrives. C’est peut-être seulement à cause de ton style. Lorsqu’une personne d’une couleur différente te traite de la même manière que moi, elle ne le fait pas forcément par racisme. C’est parfois une question de goût et de préférences. Une question de « Dis-moi qui tu fréquentes, et je te dirai qui tu es ».

Ici, c’est la démocratie. Tu peux toujours préférer garder ton comportement. Moi, je peux toujours préférer t’éviter. Je ne suis pas raciste pour autant. Donc, eux non plus !


Que faire d’une voiture à New York ?

On me demanderait sûrement si j’ai perdu la tête puisqu’il y a des milliers de voitures qui circulent à New York. Commençons par souligner que c’est justement pour ça qu’avoir une voiture à New York est un vrai casse-tête.

Crédit photo: community.michelinchallengebibendum.com

Moi je viens d’Haïti où les bouchons de circulation sont souvent terribles. Pourtant, avoir une voiture là-bas est, comme on dit, un luxe pour la plupart des gens. C’est pourquoi quand on arrive aux Etats-Unis, on s’empresse d’en acheter une pour montrer la différence. Les amis d’Haïti qui me visitent me demandent toujours : « Mais, où est ta voiture ? ». J’en ai pas. « Tous les gens aux Etats-Unis ont une voiture ». Oui, mais à New York, c’est un peu différent, beaucoup de gens optent pour le transport public. C’est pas une question de classe sociale, on rencontre souvent des millionnaires dans le métro.

crédit photo: we-love-new-york.com

Que faire d’une voiture dans cette ville quand on est un jeune étudiant qui n’a pas de grand revenu ?  En cette journée mondiale sans voiture, je me réjouis en tant que « sans-voiture« . Pensez pas que je suis en train de me plaindre, c’est pas seulement que j’ai pas de voiture, c’est surtout que j’en veux pas. Tant que je suis à New York. Tant que je suis étudiant. Et ça va être long.

Contrairement à d’autres villes, à New York, le transport en commun c’est 24/24 et le métro arrive toutes les cinq minutes. Donc quand comme moi on a un metrocard illimité, on n’a pas peur de circuler ! J’ai qu’à payer un petit frais tous les mois et puis ça va ! (En passant, j’aimerais mieux que le « petit frais » soit beaucoup moindre pour les étudiants).  Et je peux me déplacer dans tout New York City et quelques zones avoisinantes sans aucun souci. Si je veux aller plus loin, y’a tout un éventail de possibilités : MetroNorth, LIRR, Greyound, etc.

Crédit photo: ohgizmo.com

Avec mon metrocard, j’ai pas de corvée à faire quand il neige, j’ai pas à m’inquiéter pour le carburant, les problèmes mécaniques, le nettoyage, le changement d’huile, l’assurance et… les « tickets ».  Ah, les tickets sont toujours comme un coup de poignard dans le dos. Et ils sont presque inévitables dans cette ville bondée où la police est « sans pitié » pour les chauffeurs. Et puis l’assurance est plus chère par rapport aux autres villes du pays (la vie en général est plus cher à New York). De plus, partout, il faut payer pour le parking, si on réussit à en trouver (à Manhattan on peut payer jusqu’à 30$/heure pour un parking privé).

Si j’avais une voiture, ce serait trop pour moi. J’ai déjà le boulot, les études, le volontariat, ce blog, etc. D’ailleurs, j’ai toujours trouvé que conduire est une perte de temps. On doit se concentrer uniquement sur la route, et on ne devrait même pas parler au téléphone ni envoyer des textos. D’autre part, les accidents de la circulation et les bouchons sont plus probables en voiture qu’en transport public.

En fait, j’adore partir en bus et en train pour pouvoir contempler le paysage. Je m’inspire mieux et les idées jaillissent. Ça me permet aussi de me détendre, de rêver et d’occuper mon temps – je trouve toujours quelque chose d’intéressant à faire durant le transport : mes notes à réviser, un livre à lire ou quelque chose à écrire surtout. Par exemple, je rédige cet article dans le train en direction du Connecticut.

Y’a une époque où je lisais deux romans par semaine uniquement durant le transport de chez moi à mon boulot. Qui peut faire tout ça en voiture privée (à l’exception des gens qui ont un chauffeur) ?

En gros, s’il y a une chose dont je n’ai vraiment pas besoin pour le moment, c’est une voiture! (Par contre si vous souhaitiez me faire cadeau d’une voiture, j’accepterais volontiers car je ne compte pas rester à New York toute la vie :)).

En cette journée mondiale sans voiture, je dis : Vivement le transport public !