M.C Agnini

Yaya TOURE part, l’Afrique reste

Les prochaines heures seront difficiles à vivre. Autant vous dire très chers frères et sœurs africains, que vous devrez user de courage. L’Afrique est orpheline. L’Afrique devra désormais décider de son devenir sans Yaya Touré. La perte est énorme, les conséquences le seront certainement plus encore.

Oui Yaya Touré a décidé de laisser l’Afrique s’occuper d’elle même, désormais, » Yaya s’occupera de Yaya et va laisser l’Afrique se débrouiller. Et puis on verra comment ça va se passer ». Voila ce que l’on peut retenir de la déclaration du capitaine des champions d’Afrique en titre, suite au sacre du gabonais Aubameyang.

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Yaya TOURE / CREDIT : Flickr

Une question de forme, pas de fond

Cet article est loin d’être ironique. L’ironie serait donc de le lire en pensant qu’il est ironique. Vous êtes prévenus. Nous voila donc sur le parcours !

Le 7 janvier 2016, c’est sûrement avec une confiance gonflée à bloc que notre Gnegneri national s’est rendu à Abuja (Nigéria). Toutes les chances étant réunies pour lui assurer un 4e trophée continental, nous y croyions tous. Le ballon d’or, distinction très gratifiante fut-elle individuelle, peut être un peu trop aux yeux de Yaya, a pourtant la peau dure et les habitudes surprenantes. Dur comme le règne éternel du sieur Issa Ayatou, le tout puissant roi du royaume CAF. Surprenant comme les décisions souvent prises par cette institution. Mais bon, ce n’est pas à l’ordre du jour, comme les élections à la tête de cette institution. Passons donc !

Un égo démesuré, pourtant le silence vaut de l’or

Je n’y croyais pas. Je ne voulais pas y croire. J’ai dû me résigner en voyant la vidéo dans laquelle le très panafricaniste Yaya  déshéritait la terre mère. Sans autre forme de procès il l’a fait. Son attachement à mama Africa* ne tenait donc qu’à un ballon d’or ? La vérité si elle est différente ne doit pas être bien loin de celle-ci. La sortie du champion d’Afrique a été aussi surprenante qu’inutile, si ce n’est de jeter sur lui le discrédit quant à son amour pour son continent, donc pour son pays. Comment expliquer une telle sortie pour un titre remporté 4 fois déjà ? Je cherche encore des réponses.

« Ta femme, tu sauras la choisir », me disait mon père 

Yaya n’a pas hésité à le dire « comme on me  le dit souvent, ma femme aussi me le dit souvent, il ne faut pas trop s’occuper de l’Afrique parce que l’Afrique sera la première à te lâcher ». Pour lui donc, ne pas remporter le ballon d’or serait synonyme d’une trahison de la part de l’Afrique. Non, il a du être influencé par sa femme si ça se trouve. Elle le pense vraiment, l’Afrique est un continent ingrat. Yaya semble indiquer la fautive dans cette affaire.  La décision est donc prise, au détriment de l’Afrique.

  • Concrètement, jusqu’où ira cette « décision » prise par l’ivoirien ?

  • Quitter le continent à jamais pour le laisser se débrouiller ? (il ira surement droit dans le mur)

  • Arrêter les projets de développement entrepris en faveur de ce continent ?

  • Mettre fin aux dotations faites aux ONG ?

  • Stopper l’envoie régulière d’équipements sportifs aux centres de formation de football qui ont du mal à décoller ?

S’il n’en est  rien, alors pourquoi s’inquieter ? Certainement que notre « africanité » nous empêche de comprendre.

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Yaya a donc pris sa décision, partir et ne plus regarder en arrière. Nous n’aurons que nos yeux pour pleurer. Les prochaines heures seront difficiles à vivre. Autant vous dire très chers frères et sœurs africains que vous devrez user de courage. L’Afrique est orpheline. L’Afrique devra désormais décider de son devenir sans Yaya Touré. La perte est énorme, les conséquences le seront certainement plus encore.

Espérons qu’après cette injure, il aura le culot de ne pas succomber à la tentation de réclamer le brassard au sein de l’équipe nationale de football. Enfin, s’il souhaite toujours défendre les couleurs d’un peuple ingrat.

*Mama Africa : L’Afrique mère


Africains, faut-il des morts chez le voisin pour nous remémorer les nôtres ?

Les attentats de Paris n’étaient donc pas une épreuve pour le seul peuple français. Sous d’autres cieux, les nôtres notamment, cela a permis de mettre à nu le manque d’humanisme de certains. Il a fallu des morts chez le voisin pour nous remémorer nos fils tombés.

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Dans l’entendement de plusieurs d’entre nous, nul autre, si ce n’est le seul peuple français, n’avait le droit de crier son désarroi face au mépris de la vie humaine. Et comme un beau « come-back », ceux-ci se sont laissés prospérer dans des contre-hommages, déguisés en hommages à leurs disparus à eux. De quoi faire retourner du fond de leurs tombes, les pères des durs combats pour l’égalité entre les races.

Aux premières heures, j’ai été de ceux qui ont soutenu qu’un africain qui meurt, ce n’est pas le monde qui brûle. Mon avis n’a pas changé d’un iota sans pour autant que cela me donne un cœur de pierre. Oui car il fallait l’avoir très dur et même les nerfs en acier pour rester insensible à la barbarie qui s’est déroulée à Paris. Dès le lendemain de ces attentats, l’indignation du monde entier n’a pas tardé à s’exprimer. Et comme pour faire taire cela – car nos morts eux n’en ont pas bénéficié – j’ai vu mes frères marteler que l’Occident n’a pas été aussi sensible aux morts qui se comptent par milliers sur le continent mère de l’humanité. Un mort, de plus victime des idéaux de barbares d’une autre ère, n’a ni religion, ni nationalité, ni race… Mais pour paraître plus africain, il fallait faire un effort surhumain pour ne pas se laisser influencer par le diktat du blanc. Oui c’était là le mot d’ordre.

Du « pseudo-panafricanisme » à « l’afro-égoïsme »

J’ai entendu, j’ai vu et j’ai eu encore plus mal.
Comment peut-on se réjouir d’un malheur qui arrive à autrui sous prétexte que ce dernier n’a pas versé de larmes quand le même malheur nous atteignait ?
Et comment peut-on faire des décomptes macabres de mort et annoncer que ce n’est rien en comparaison aux nôtres.
Nous sommes africains, nous sommes fiers de l’être et surtout de le dire. A chaque coin de rue nous crions cela mais avant tout, nous sommes bien des humains. Choisit-on de ressentir de la compassion surtout quand il s’agit de mort ? En réalité les dénonciateurs du suivisme sont les plus grands suiveurs.
Pour certains, le panafricanisme ne se résume qu’à accorder de la valeur à ce qui concerne l’Afrique, tout le reste n’a aucune raison d’être cité. Alors que vous compatissiez à la douleur de l’autre fait de vous un idiot à l’intelligence engraissée par les idéologies colonialistes.

La force des médias, la vraie puissance

La communication, c’est le pouvoir. Lorsqu’une catastrophe se produit quelque part, et qu’il faut que nous africains, attendions l’action des organes de presse occidentaux pour en être informés, comment voulez-vous que l’engouement du monde entier soit sans appel ? En Afrique, c’est la famille du défunt qui donne le rythme des pleurs, les soutiens ne font que suivre. Tant que nous ne pleurerons pas nos morts avec l’énergie qui sied à la valeur qu’ils occupaient dans nos cœurs, nous ne verrons jamais le monde compatir à notre douleur. Les occidentaux peuvent bien passer cela sous silence mais nous que décidons nous de faire ? J’ai encore en mémoire les attentats de Nairobi (université kényane de Garissa) qui n’auraient certainement pas eu le même écho si les médias internationaux n’avaient pas relayés les informations. Ou étions-nous donc africains fiers de sang et de chaire ? N’avons-nous pas attendu que ce soit Michelle Obama qui donne le signal pour dénoncer l’enlèvement de 267 lycéennes par les membres de Boko-Haram ? Qu’avions nous fait avant ? Et après ? Alors ne nous trompons pas de combat.

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Un hommage en appelle un autre

Dans le même temps, certains de mes frères ivoiriens ont trouvé une superbe parade à #JeSuisParis. En effet, dans la journée du vendredi 13 novembre 2015 (simple superstition ?), il s’est produit un accident dans la circulation abidjanaise (carrefour Riviera 2 et Riviera Faya). C’est donc des inscriptions portant la mention #JeSuisRiviera2 ou encore #JeSuisFaya que mes frères ont trouvé pour contrattaquer l’invasion émotionnelle occidentale. Sauf que cette réaction n’est pas venue naturellement et c’est là tout le paradoxe. Aucun ne vous dira exactement combien de victimes il y a eu dans cet accident. Aucun ne nous décriera avec certitude les circonstances de cet accident. Notre très chère télévision nationale n’en a pas fait échos comme les compatriotes s’y attendaient ou du moins pas comme un media international l’aurait fait. Comment voulez-vous que des voix puissent s’élever quand l’esprit est en veille ? Et pourquoi faut-il attendre les morts du voisin pour nous rappeler des nôtres ? Réaction épidermique ? Rien n’est moins sûr. Dans une folie de jugement, j’ai pleuré de voir des personnes crier haut et fort leur satisfaction pour ce coup dur porter à la France. La folie est souvent sans limite !

Il y a encore de l’humanité sur terre. Pour ceux qui ont encore un cœur, face à tout massacre qu’il soit perpétré à deux pas de chez eux ou à l’autre bout du monde, l’émotion se doit d’être exprimée, la désapprobation montrée et l’inaction dénoncée.
Alors nous continuerons à pleurer les morts – quitte à être influencés par les médias – qui tombent sous les balles assassines des ennemis de la vie humaine. « L’amour des siens ce n’est pas la haine des autres« , aurait-dit Youssoupha.


A Abidjan, aux heures de pointe, le client perd sa couronne

A Abidjan, se déplacer prend des allures d’énigmes conçues pour personne au QI impressionnant. Le vrai casse-tête abidjanais tout simplement. Les heures de pointe, le matin (7h30-9h) et le soir (18h30-20h), représentent un véritable supplice pour le client. Lui qui est censé jouir de tous les privilèges, se voit très souvent martyrisé par son bourreau-serviteur : le chauffeur.

N’est-il pas dit que le client est roi ? Quand sonne cette tranche d’heure, la formule change radicalement et la couronne se pose délicatement sur la tête de monsieur le conducteur. Dès cet instant, c’est lui qui impose les règles du jeu.

Aux heures de pointe, le chauffeur perd de sa galanterie
Aux heures de pointe, le chauffeur perd de sa galanterie

L’embouteillage, le bouc émissaire

Les transports en commun ont pour avantage de réduire un tant soit peu, les dépenses des usagers en matière de déplacement. Les déplacements en gbaka, ainsi qu’en woro-woro, occupent une place de choix dans les habitudes des abidjanais. De ce fait, pour des raisons que seuls les chauffeurs sont capables de comprendre et surtout d’expliquer, il leur arrive de faire la pluie alors que le ciel est beau et ensoleillé. Leur politique de prix est bien difficile à comprendre. Avec des tarifs qui varient au fil des heures, on se demande bien si offrir un « service » a encore de la valeur. Pour justifier cette fluctuation qui frise l’arnaque, la raison trouvée est la présence des embouteillages. Pourquoi faut-il que ce soit le client qui supporte alors ce désagrément ? Difficile de trouver une réponse à cette question, toujours est-il que les transporteurs ont leurs méthodes bien à eux pour faire payer plus au client.

Segmentation du trajet

Les objectifs ne sont visiblement pas les mêmes. Alors que le client, soucieux de ne pas avoir à se justifier devant son employeur, cherche par tous les moyens à se rendre sur son lieu de travail, les chauffeurs eux veulent faire caisse pleine. Exigence des propriétaires de véhicule ? Mieux vaut ne pas chercher à savoir. Pour y arriver, il faut trouver des stratagèmes aussi ingénieux que malhonnêtes. Sinon comment expliquer qu’aux heures de pointe, le trajet qui se parcourait avec un seul véhicule exige que vous en empruntiez deux. Dès lors, vous vous retrouvez avec une note deux fois plus salée que la normale. Illustration :

  • Pour le trajet Cocody-Angré woro-woro facturé normalement à 300 F CFA, une segmentation du trajet en deux portions vous obligera à payer 250 F CFA pour chacune d’elles. Ainsi, Cocody- 2 plateaux (Sococé) 250 FCFA, puis 2 plateaux-Angré 250 F CFA.

  • Pour le trajet Adjamé-Abobo en gbaka qui est facturé à 200 F CFA, le double trajet vous imposera de payer 200 F CFA pour la portion Adjamé-Zoo, puis la même somme pour l’autre portion.

  • Pour le trajet Riviera 2-Angré en woro-woro dont le coût est de 300 F CFA, vous n’aurez pas d’autre choix que de « décomposer » en suivant cette logique : Riviera 2 – Attoban (200 F CFA), puis Attoban-Angré (200 F CFA).

  • Et la liste est longue

Ce consensus mafieux entre chauffeurs donne le tournis aux clients mais ont-ils vraiment le choix ? L’unique solution serait de se déplacer bien avant cette tranche d’heure fatidique, ou encore d’attendre que les choses se calment pour le faire.
Au pire des cas, vous pouvez vous mettre à plusieurs et emprunter un taxi compteur suite à un arrangement très serré, car eux aussi sont les rois à ces heures-là.

Pas de monnaie, pas de chance pour vous !

Aux heures de pointe, lorsque le transporteur s’accapare la couronne sensée revenir au client, inutile de sortir les phrases du genre « chauffeur, pardon j’ai un billet de 1000 Francs », avant même que vous n’ayez terminé votre phrase il vous dira « montez avec la monnaie, sinon ce n’est pas la peine ». De quoi se demander lequel du client ou du conducteur est sensé fournir la monnaie à l’autre. Comment expliquer qu’un conducteur qui prend deux clients disposant de la monnaie, refuse en retour d’en prendre deux autres qui n’en ont pas, sachant bien que la monnaie des deux premiers peut être utilisée pour « libérer » les deux autres. Un conducteur expliquait à ce sujet que certains de ses collègues profitaient des heures de pointes pour se faire un stock de monnaie qu’ils utiliseraient plus tard. Difficile de comprendre la logique de cette attitude. A défaut de tomber sur un conducteur de bonne foi, une solution s’offre à vous; faire un achat pour « casser » votre billet.

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Vous avez dit courtoisie ? N’y pensez même pas

Vous n’êtes plus le centre des intérêts car ayant perdu votre couronne. Et puis, pas besoin de vous faire un dessin, vous remarquez par vous-même que ce ne sont pas les clients qui manquent à l’appel. Alors évitez d’être trop exigeant ! Acceptez que l’on vous manque de respect, que l’on ne vous donne aucune réponse alors que vous essayez simplement de vous renseigner, que l’on ne vous dépose pas exactement là ou vous souhaitez descendre mais bien là ou l’envie du roi-conducteur vous emmène…

Acceptez car pour l’heure vous n’avez pas trop le choix. Vous aurez le cœur serré, le moral affecté mais tenez bon car très bientôt, ce sera votre tour. Votre couronne vous reviendra et vous pourrez rendre la pareille, cela à votre aise, quitte à présenter un billet de 2000 Francs pour régler une course de 200 Francs.

Et que dire de la conduite à ces heures, là aussi c’est une autre paire de manche.

*Gbaka : Minicar de transport en commun 

*Woro-woro : Taxi communaux 


Des microbes au pays des éléphants, la menace plane !

Insidieusement et sans que cela ne saute aux yeux des agents producteurs d’anticorps, les microbes (antigènes) ont infecté le « pays des éléphants ». Ils s’y sont installés comme en territoire conquis. Depuis, toutefois que leur vient le besoin de se recharger en calories, ils puissent dans la réserve emmagasinée par l’organisme hôte, et cela contre sa volonté. Au pays des éléphants, l’invasion des microbes a atteint des proportions qui nécessitent l’action de tous afin de garantir l’immunité. Mais curieusement, certains des principaux agents sont inactifs.

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Un gang qui n’a peur de rien

L’on en avait entendu parler comme d’une rumeur qui venait grossir le nombre de celles qui naissent chaque jour de ce côté ouest de l’Afrique. Âgés pour la plupart de 17 ans, 16 ans et parfois même de 13 à 10 ans, ces préadolescents n’ont peur de rien. Pour avoir de quoi survivre, ils sont prêts à tout et ne reculent devant rien. C’est pour exprimer la rapidité de leur infiltration dans la société ivoirienne et surtout la dangerosité de leurs agressions que l’appellation « microbe » leur a été attribuée. D’où vient donc ce gang qui n’a peur de rien ?

Un gang hérité de la crise post-électorale

Le gang des microbes est l’héritage direct de la crise post-électorale qui a secoué la Côte d’Ivoire en 2011. Plusieurs d’entre eux ont été utilisés comme éclaireurs et certains ont même combattu auprès des milices. Après la fin de la crise et la normalisation de la sécurité du territoire, il fallait trouver des moyens de subsistance et c’est alors que les choses sont venues d’elles-mêmes. Pour ceux qui avaient déjà des armes automatiques en leur possession, ils y ont trouvé un moyen efficace pour faire fortune. Pour les autres, des armes blanches suffiront à passer à l’action.
L’un des détails qui frappent aux yeux, c’est le mode opératoire du gang des microbes. La plupart du temps, ils agressent les populations au vu et au su de tous, sans que cela ne les inquiète vraiment. Les intimidations des populations constituent leur cheval de bataille et leur permettent d’accroître leur domination.
Ils font  des descentes musclées dans des commerces : intimidation, agressions violentes et souvent meurtrières, viols… et récupèrent la caisse.

L’impuissance des autorités…

Devant tant de déviations de la part du gang des microbes, l’incapacité des autorités à venir à bout de la bombe à retardement devient un peu plus inquiétante chaque jour qui passe. Plusieurs fois, des présumés microbes ont été mis aux arrêts, mais cela n’a altéré en rien la récurrence des agressions et surtout leur montée en violence. La situation est telle l’on se surprend à dire que ce gang jouirait d’un certain privilège dans ses actions. La longue traînée de poudre de ses forfaits continue de laisser des marques de douleurs dans le cœur des Ivoiriens.
Puis un jour, certains habitants décidèrent de réagir.

L’entrée en action de la justice populaire

Le chef du gang des microbes, cet intouchable au sobriquet de Zama régnait en maître absolu au milieu de sa meute. Rien ne semblait le dissuader. Il dirigeait même des fumoirs et s’y imposait. Avait-il des raisons de s’inquiéter lui qui avait déjà été arrêté plusieurs fois et remis en liberté ? Avait-il des raisons d’avoir peur, lui entre les mains de qui son père avait remis de puissants pouvoirs mystiques. Les populations de la commune d’Attécoubé où il régnait disent de lui qu’il agissait avec une cruauté déconcertante (éventration de femme enceinte, passage à tabac, meurtres…) il était toujours prêt à passer à l’action.
Le film de sa mort fut à l’image de la vie de terreur qu’il mena : lynchage puis décapitation. La foule venait ainsi de se faire justice.
Après cet événement, un calme régna et donna l’impression que le gang s’était disloqué ou résigné à mener une autre vie. Mais il ne fallait pas s’attendre à un tour de magie. Ne dit-on pas   » Chassez le naturel, il revient au galop « . Les microbes ont repris leurs activités quelque temps après.
L’indignation se leva dans la commune de Yopougon lorsqu’une jeune fille du nom de Larissa Abogny se fit tuer à l’arme blanche lors d’une agression du gang. Les représailles ne se firent pas attendre. Trois prétendus microbes ont été lynchés par la population dès le lendemain.

L’on ne saura jamais si les trois jeunes gens faisaient réellement partie du gang des microbes. Une seule chose est réelle et nul ne saura dire le contraire : si rien n’est fait pour endiguer ce phénomène de rue qui est une cause directe de la crise post-électorale, mêlée à plusieurs autres facteurs sociaux, de plus en plus de personnes quitteront un peu trop tôt l’affection de leurs familles. Qu’une personne soit coupable de la pire des atrocités ou qu’elle ait les mains les plus immaculées qui puissent exister, lui arracher la vie ne se justifie pas.

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Avant que le pays tout entier ne soit infecté, il faut agir vite. Il faut agir en tenant compte du fait que ces microbes sont en quelque sorte le résultat d’une réaction chimique qui a mal tourné. Certes, les mesures qui serviront à les mettre hors d’état de nuire doivent être rigoureuses, mais aussi, et surtout réfléchies et efficaces. En voulant les détruire de façon trop hâtive, c’est l’organisme lui-même qui pourrait en pâtir. Entre antigène et anticorps, la différence ne tient qu’à quatre lettres.


Hourra ! Le chef de l’État visite notre région, le développement aussi

Dans mon pays, oh mon beau pays qui est le meilleur au monde (chacun dit cela de son pays, alors permettez-moi de faire pareil), l’arrivée du chef de l’état dans une région est une bénédiction. Cela n’est pas nouveau, que ne s’en offusquent donc pas les adeptes des prises de défense des hommes politiques. Aucune référence à X ou Y, cette logique des choses se fait depuis toujours.

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Toute une organisation pour un séjour parfait 

Des mois avant l’arrivée du chef de l’État, toute une organisation se met en place avec à sa tête un président de comité d’organisation et certainement un budget pour que les choses se fassent dans les règles de l’art. Quoi de plus normal ! Ainsi, les routes reçoivent une nouvelle couche d’asphalte, les poules sont priées de retourner dans les basses-cours afin que les nids soient réparés, l’éclairage public sent soudainement que les attentions se portent à son endroit, les infrastructures dont l’existence commençait à être mise en doute se voient rappeler aux souvenirs de tous. La région refait sa toilette, et plus principalement la ville qui doit recevoir l’illustre invité le temps d’un séjour.

À qui le tour ? 

Vous comprenez sans doute pourquoi l’arrivée du chef de l’État suscite bien d’émotions de la part des autorités administratives, mais aussi au sein des ressortissants, fils et filles des régions chanceuses. Partant sur cette base, il convient de se demander si un chef d’État peut, durant son seul mandat, effectuer des visites officielles dans chacune des régions d’un pays. Difficile de répondre par l’affirmative, car en général, il n’y a que lorsque les élections approchent que ces visites se font en cascade. Pour quelle raison ? Même les sourds l’ont déjà au moins une fois entendue.

S’il est possible que toutes les régions, sans excepter aucune, puissent être visitées, ce serait une grande chance, car chacune d’elle se verrait dorlotée et bichonnée pour le grand bonheur (?) des populations. Si malheureusement cela n’est pas faisable, sur quelle base le chef de l’État choisit-il de visiter une région ? Information classifiée « secret défense », nous n’irons donc pas plus loin dans notre réflexion.

En attendant la visite du président

Pourquoi faut-il attendre une visite du chef d’État pour que l’on se souvienne d’une région laissée aux oubliettes en même temps que ses populations ? Il est d’autant plus préoccupant de se poser la question lorsque l’on réalise que ce sont les fonds du contribuable qui participent à leur donner ce qui leur revient de droit : éducation, services sanitaires, sécurité… Devrait-on alors chanter les louanges du chef de l’État, le présenter comme homme au grand cœur parce qu’il accomplit ce pour quoi il a été élu ? Curieux de savoir qui donnera la réponse à cette question.

Que soient alors organisées des éditions spéciales pour chanter les louanges de nos braves paysans, pauvres paradoxalement à ce qu’ils apportent à l’économie de nos pays africains, que soient organisées des journées d’hommage pour nos médecins, nos enseignants, nos braves femmes dans les marchés, car chacun à sa manière accompli ce qu’il est censé faire et peut être même mieux encore.

Un jour… peut-être

Un jour peut-être, monsieur le président viendra dans notre région. Ou bien devrions-nous attendre d’avoir dans nos rangs un fils influent et digne de confiance, qui pourra rappeler au chef de l’État que de là où nous sommes, nous l’attendons impatiemment. Nous l’attendrons les bras ouverts, mais de grâce que personne ne vienne entreprendre de quelconques travaux de rénovation. Nous l’aimons tellement que nous voudrions qu’il nous voit dans notre réalité la plus simple. C’est certain qu’en retournant, il gardera une belle image de notre région qui se meurt. Vu que les élections approchent, nous en sommes surs, la probabilité de le voir nous rendre une prochaine visite, jadis voisine de 0, se rapproche tout doucement de 1.


Messi débarque au Gabon et le culte des apparences resurgit

Vendredi 17 juillet 2015, les réseaux sociaux s’enflamment suite à des photos  de Lionel Messi, superstar de Barcelone arrivant en terre gabonaise. Son péché, se présenter dans une tenue trop décontractée devant « Mister president ». Ce dernier, par contre, semble avoir apprécié la venue de son hôte. Il lui offrira une promenade en conduisant lui-même le véhicule. Il n’en fallait pas plus pour soulever les ardeurs les plus déchaînées.

Lionel Messi

Une polémique qui subsistera

La raison de la venue de Lionel Messi au Gabon a été annoncée officiellement : la pose de la première pierre du futur stade Port-Gentil. Je précise que cet article ne fait pas référence à la bienséance de la venue de Messi en terre gabonaise ni aux contrats signés secrètement ou non pour que son arrivée soit effective. Les uns et les autres tergiverseront sur le sujet en soulevant les nombreux problèmes sociaux que traverse le pays, mais là n’est pas la question. Ici, il s’agira d’analyser le tollé qui est né autour de son arrivée en référence à des raisons bien précises.

Le complexe d’infériorité, un faux-semblant qui ne dit pas son nom

Le complexe d’infériorité se manifeste très souvent par une tendance à tout considérer négativement. Ainsi, une personne très complexée prendra pour du mépris le fait de lui reconnaître des impairs, ou encore, elle dira que vous lui manifestez de la jalousie si vous lui faites des remarques. Des exemples parmi tant d’autres. Le véritable complexe réside dans le fait de vouloir que le sportif en vacances se mette en costume 3 pièces sous une chaleur d’Afrique centrale et soit tiré à quatre épingles, sous prétexte qu’il s’apprête à rencontrer un chef d’État. À un moment donné, il faut savoir rester soi-même.
On aime bien oir Michelle Obama se défouler sur scène au vu et au su de tous, on apprécie encore un Barack Obama qui stoppe son cortège, se rend lui-même dans un fastfood, fait des achats et se permet même de prendre des photos avec les personnes présentes. Pourquoi faut-il donc qu’un président africain qui pour souhaiter la bienvenue à son hôte, se permet de faire des choses que tout homme « normal » peut faire sans être blâmé. Encore la manifestation du complexe d’infériorité.

On se souvient encore de la visite du président français François Hollande en Côte d’Ivoire en juillet 2014 et des baskets que portait la secrétaire d’État française au Développement et à la Francophonie, Annick Girardin. Certains n’ont pas hésité à parler d’un manque de considération. Vous pouvez lire un article sur le sujet  ici

Le culte des apparences, une création africaine ?

Au sens africain du terme donc, la considération résiderait dans l’apparence que l’on donne à voir à celui en face de qui l’on se trouve ? Pas surprenant que certaines langues disent que l’hypocrisie est purement et simplement africaine. Sans autre forme de procès, nous aimons bien à nous focaliser sur le « paraître ». Lionel Messi serait venu habillé comme pour se rendre à un dîner gala que cela aurait fait de lui un respectueux du Gabon ?

Un jour peut-être, les choses changeront

Ne serait-il pas temps que l’on s’élève un peu pour voir plus loin que les apparences. Un jour peut être les choses changeront et nous n’aurons plus le bonheur d’apercevoir un chef d’État africain verser des larmes, par souci d’apparence, pour une affaire qui se passe en France alors qu’à quelques contrées de chez lui, des populations meurent par dizaines sous des explosions. Quand ce jour-là sera venu, peut-être aurons-nous enfin la chance extraordinaire de voir des chefs d’État africains faire la promotion de leurs patrimoines culturels. Ils se mettraient alors dans des tenues traditionnelles lors de visites à l’Élysée, à la Maison Blanche ou ailleurs ? Ce grand jour-là peut-être, aurons-nous compris que la valeur se mérite et ne s’acquiert pas par des apparences.


Coupé-décalé et « broutage », une relation de cause à effet en Côte d’Ivoire

 

Lorsque les enceintes se mettent à cracher les décibels d’un air de « coupé-décalé », difficile de ne pas bouger la tête ou de faire remuer les talons au rythme des mélodies. La musique invite à se lever pour esquisser quelques pas de danse. Ceci, comme lors des soirées très arrosées, exercice favori des arnaqueurs du net appelés en Côte d’Ivoire « les brouteurs ». Entre coupé-décalé et broutage*, nul besoin de chercher à le démontrer par A+ B, il existe un lien très fort. 

 Coupé-Décalé-Broutage-LautreRegard
 

Un effet « tâche d’huile »  dans les esprits… 

Début des années 2000, la Côte d’Ivoire musicale est dominée par la musique congolaise. Dans les maquis et boite de nuit, c’est sur des airs tout droit venus de Kinshasa que l’on se défit sur la piste de danse. Quelques années plus tard, après la crise militaire que connait la Côte d’Ivoire — nous sommes alors autour des années 2003 — l’on découvre un nouveau genre musical prôné par de jeunes Ivoiriens vivant pour la plupart en Europe (en France majoritairement).

 

Un passage de comète 

Dès lors, c’est toute une idéologie qui se met en place, avec ces jeunes gens qui se réclament de la Jet-set ivoirienne. Avec eux, le luxe n’est pas une option, il faut faire le boucan pour marquer les esprits. Vêtements de luxe, chaussures de marques prestigieuses, montres de grandes valeurs et bien entendu des voitures qui vont avec cette armada. Lors de certaines de leurs prestations, ils distribueront même de l’argent au public, le phénomène du « travaillement » naissait. C’était le cas de l’un des précurseurs du mouvement, appelé président Douk Saga. Il décèdera le 12 octobre 2006, après avoir souffert d’une maladie pulmonaire, selon ses proches.

S’il est vrai que le coupé-décalé a permis à la Côte d’Ivoire de se « retrouver » et de se positionner musicalement en Afrique et même au-delà, il faut admettre qu’il a aussi introduira auprès de la jeune génération, une nouvelle manière de voir les choses et de les concevoir : vivre dans le luxe par tous les moyens.

Luxe, luxure, fastlife, badlife 

L’arnaque sur internet était longtemps pratiquée en Côte d’Ivoire par des Nigérians. Avec discrétion, ils accomplissaient leurs besognes sans vraiment être inquiétés, loin du bruit tapageur des brouteurs de ces dernières années. Puis avec le temps, la relève a été passée. Agès pour certains de 18 — 20 ans voire moins, plusieurs élèves ont préféré remettre uniformes scolaires et cahiers dans le placard, pour enfiler les pantalons jeans et les tee-shirts super plaqués, code vestimentaire du mouvement. Vous les verrez circuler dans des voitures de luxe (les BMW sont leurs modèles de prédilection), que le citoyen moyen ne peut s’offrir. Dans plus de 90 % des cas, l’objectif premier d’un brouteur, c’est la quête de la popularité. Pour y arriver, tous les moyens sont bons. A chaque besoin, il existe une réponse dit-on, certains artistes coupé-décalé leur offrent cette plateforme d’expression.

Des chansons, des billets et de la gloire

Ne soyez pas du tout surpris si en écoutant un titre coupé-décalé, vous entendez des noms aux consonances aussi étranges que ridicules : « Sénateur des sous », « Landry CFA », « le Volcan d’argent », « Evrad 2 Tera », « Steve eau minérale », « Jojo arobase », « Jacky  1000 euros », « 5 étoiles garçon de luxe », « Enzo la fortune en dollars »… Des DJ (entendez Disc Jockey, mais ici nul besoin de savoir se servir d’une table de mixage, des onomatopées sur un instrumental suffiront) se sont même faits spécialistes dans les spots*. Que retenir d’une chanson qui, de la première à la toute dernière minute, ne fait que citer des noms de personnes pour leur donner de la gloire ? La notoriété aussi existe dans ce milieu. Si un artiste d’une certaine trempe chante votre nom, cela sous-entend que vous avez misé gros, votre cote grimpera donc. Le principe : plus de broutage, plus de fric, plus de spot et donc plus de gloire…

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Sur un chemin sans retour ?

Dans cette course au gain facile, les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous, du moins pas aussi rapidement que d’autres l’espèrent. Alors, il faut trouver d’autres moyens. L’Afrique et ses mystères aident ! Certains n’hésitent pas à vendre leur âme au diable pour recevoir de lui espèces sonnantes et trébuchantes. Après ce genre de pactes, ils se retrouvent à respecter des règles très contraignantes, comme, ne pas offrir son argent à un membre de sa famille, ne pas acheter de biens durables avec son argent…

Et demain ? 

Et lorsque la nuit tombe et que les bars et autres lieux de plaisance ouvrent grandement leurs portes, on s’en donne à cœur joie, l’alcool coule à flots, on distribue les billets de banque,  on s’arroge un instant de gloire, une gloire éphémère et on vit comme si ce jour était le dernier. Demain, ce sera peut-être la fin car pour un « brouteur-coupeur-décaleur », la vie est beaucoup trop courte pour attendre…

Broutage : Arnaque sur internet

Brouteur : Personne qui pratique le broutage

Faire un Spot : Le fait de citer le nom d’un individu dans une chanson, contre rémunération

 

 


L’adoption du numérique, est-ce la solution pour les entreprises africaines ?

Le continent africain, on ne le dira jamais assez, a accusé un long retard en terme de développement sur bien de points. Comparativement à d’autres continents, il est encore à la traîne. Pour les plus optimistes, le « réveil » de l’Afrique viendra par l’adoption des TIC. Rien n’est moins sûr. Pour y arriver, un préalable doit être atteint par l’adoption du numérique de façon conséquente.
Dans cette dynamique, la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), organise les 9 et 10 avril 2015, les Journées de l’Entreprise Numérique avec pour thème : « l’entreprise numérique, défi pour une Afrique émergente».

Une vue des participants lors de la première journée
Une vue des participants lors de la première journée

Une rencontre aux objectifs multiples

Sous l’égide du ministre des Postes et des TIC de Côte d’Ivoire, M. Bruno Nabagné Koné, les Journées de l’Entreprise Numérique, prévoient plusieurs tables rondes, des conférences, des rencontres B2B, des plénières… afin de montrer la nécessité de « passer au numérique » au sein des entreprises, ceci dans le souci de les rendre plus performantes. Pour la première journée, l’on a pu remarquer une forte délégation française et marocaine.

Les participants ont pu en savoir un peu plus sur les thèmes suivants :

  • Votre entreprise survivra-t-elle au choc du numérique ?

  •  Quelles infrastructures pour l’entreprise numérique africaine, cas de la Côte d’Ivoire

  •  Gouvernance numérique, la transformation numérique du secteur public (e-Gouv)

  •  Gérer le capital humain à l’heure du digital

Un défi de taille se présente pour cet événement qui est à sa deuxième édition. L’objectif majeur est de réunir les grands acteurs et les experts des TIC afin de leur permettre de partager de façon concrète, leurs expériences mais aussi leurs visions de ce que seront les entreprises du continent et donc l’Afrique elle-même, en adoptant le numérique.

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Un brin d’espoir pour une Afrique meilleure ?

Les objectifs ainsi formulés ne vont pas sans soulever énormément de questions quant à leur faisabilité. Inutile de rappeler que les équipements et autres moyens de communications connaissent une évolution lente en Afrique. Cela sans compter avec le faible taux d’investissement qui est fait dans ce secteur.
Il faut rappeler que cette deuxième édition des Journées de l’Entreprise Numérique s’inscrit dans le cadre de la Signature du Protocole d’Accord Afrique Numérique mais aussi dans la dynamique de la célébration des 150 ans de l’Union International des Télécommunications (UIT).
En marge de ces journées, des prix seront remis à des acteurs qui se sont démarqués dans divers domaines :

  •  Prix spécial de l’entreprise numérique 2015
  •  Prix de la startup de l’innovation TIC
  •  Prix spécial de l’entreprenariat féminin TIC

Une Afrique émergente qui passe par l’adoption du numérique au sein des entreprises, cela est possible si chaque acteur y met du sien, c’est ce que l’on est tenté d’affirmer à la fin de la première journée.


L’humanité a foutu le camp de nos sociétés

Entre l’espèce humaine et l’espèce animale, il y a un élément fondamental qui marque la différence. Les animaux agissent par instinct, aussi réfléchies que certaines de leurs actions puissent sembler être. Les humains par contre ont la faculté de peser le pour et le contre, avant de prendre des décisions, tout simplement parce qu’ils sont doués de raison. C’est bien cette faculté qui leur confère leur humanité. 

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Où est donc passée l’humanité ? 

La différence est fondamentale. Comment donc ne pas s’offusquer lorsque le règne animal semble faire preuve de plus d’humanité que la société humaine ? Loin de tout paradoxe sémantique, l’humanité a bien foutu le camp de nos sociétés.

Pour s’en rendre compte, pas besoin de fouiller bien loin. Il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder la vitesse à laquelle notre monde court à sa perte. Avidité de pouvoir, cupidité, méchanceté gratuite, coup bas, trahison… Jusqu’où ce  monde s’arrêtera-t-il ?

L’homme veut s’imposer vaille que vaille…

Plus un jour ne passe sans que les médias internationaux ne brandissent des bilans macabres d’actions. À force d’entendre ces informations, il nous arrive de trouver cette situation normale, ou du moins inévitable.

Comment expliquer qu’une personne qui souhaite mettre fin à ses jours, lesquels jours dans leur ensemble auront été plus sombres que le cœur de la nuit, se sente obligée d’emporter avec elle des dizaines de vies ?

Comment expliquer que des innocents se trouvant dans un village prétendu être le bastion d’une supposée organisation terroriste, elle-même dirigée par un probable guide religieux, se fassent bombarder par un drone piloté depuis des bureaux cossus de l’autre côté du globe ?

Comment expliquer encore que des États se trouvent incapables de protéger leurs populations et se sentent obligés de faire appel à une force extérieure aux camaraderies douteuses ?

Est-ce normal, sinon admissible que des personnes massacrent leurs semblables sous prétexte que celles-ci ont des idéologies différentes de la leur ?

Dieu lui-même accepterait-il que l’on tue, martyrise ses créatures.

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… Pourtant observer le règne animal lui donnerait une grande leçon

Devrions-nous rabaisser l’humain en allant jusqu’à le comparer aux animaux ? J’ai bien peur que nous en ayons le choix. Les animaux ne tuent que par instinct de survie et de conservation. Les humains devraient s’en inspirer et notre monde n’en serait que plus assaini et il irait beaucoup mieux. Pour l’heure, le premier ennemi de l’homme demeure son semblable.

En attendant, comptons nos morts et prions

Cette société court à sa perte et ceci sans perte de temps. Au regard de toutes les dérives et déviations qui ont lieu ici et là-bas, il est effrayant de vouloir se projeter dans le futur afin d’imaginer ce que demain sera. Même dans les zones du globe qui paraissaient échapper à la chienlit humaine, l’exception ne semble plus exister. Ces étudiants qui étaient à la recherche du savoir méritaient-ils de subir un sort si atroce à l’université de Garissa ? 147 vies balayées du revers de la main ! Triste réalité qui continuera pourtant. Le plus écœurant, c’est lorsque les commanditaires de ces actions aussi lâches que sordides « revendiquent » leur forfait, la fierté n’a visiblement pas de limites.

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Chaque matin à mon réveil, j’ai peur. J’ai peur que la radio, la télévision, les journaux, Internet ne soient encore de mèche, pour me faire part d’informations qui me rendront encore triste. J’ai peur de constater que l’homme a une fois de plus échoué dans sa mission terrestre. Ce dont j’ai le plus peur, c’est de ne trouver aucune réponse à cette question.

Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? 


Abidjan et son transport low-cost à prix d’or : « le bus de la SOTRA »

Se déplacer à Abidjan est un véritable casse-tête. Le souci n’est pas de ne pas parvenir à trouver facilement son chemin, mais plutôt le moyen de locomotion adéquat. Citée cosmopolite, la ville connait à l’instar des grandes capitales, une démographie galopante. Les transports en commun sont alors très prisés pour les déplacements. Parmi eux, un moyen low-cost qui coûte de l’or : le bus de la SOTRA (Société des TRansports Abidjanais). Découverte insolite.

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Un bus de la SOTRA – Crédit photo : Wikipedia

Dès 1960 les dirigeants de la Côte d’Ivoire mettent sur pied la SOTRA, une société anonyme à participation financière publique détenue majoritairement par l’Etat. Depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, cette société a connu bien de difficultés et a vu maintes fois son parc automobile pris d’assaut par des pyromanes d’une autre ère lors de troubles sociaux.

Le bus c’est une affaire de « durs »

Les usagers des bus abidjanais le savent tous, la première vertu à avoir c’est la patience. C’est même une nécessité. A l’arrêt, vous pouvez poiroter pendant 15 minutes à 30 minutes voire 1 heure ou 2 avant qu’un bus ne se pointe. Tout est une question de disponibilité. Pour un rendez-vous très important, mieux vaut se rendre à l’arrêt au moins 2 heures avant, ou opter pour un autre moyen de transport.
Ceux qui font le plus gros frais de l’irrégularité du bus, ce sont les élèves et étudiants, sa plus grande part d’usagers d’ailleurs. Pour certains dont les cours débutent à 8 heures du matin, il faut rejoindre l’arrêt de bus dès 5 heures pour espérer ne pas être en retard. Une fois les usagers à l’arrêt, alignés dans des rangs aux longueurs effrayantes, pouvoir monter à bord du bus est une autre affaire.

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Longue file d’attente devant un arrêt de la SOTRA – Crédit Photo : M.C Agnini

Une capacité extensible

Si vous désirez savoir le nombre d’usagers qu’un bus abidjanais peut « supporter » (le mot est utilisé à souhait), vous risquez de ne pas trouver de réponse exacte, du moins pas facilement. En effet, les bus dénommé « mon bus », qui sont les bus standards, sont conçus pour transporter un maximum de 80 personnes. C’est cette information qui est marquée par le constructeur à l’intérieur de l’engin. Dans la pratique, les choses sont très différentes. Aux heures de forte affluence, le bus peut « engloutir » jusqu’à 3 voire 5 fois (ou plus) sa capacité requise. Le plus important est d’arriver à destination. Pour ce qui est du confort, pas besoin de s’en offusquer.

Le confort n’est pas à l’ordre du jour

Une fois à l’intérieur d’un bus bondé à craquer, c’est un trajet infernal qui s’annonce. Chaque virage est transformé un vrai supplice. Certaines fois, l’on a juste un petit espace pour poser un seul pied au sol, le second restera suspendu jusqu’à ce qu’un périmètre se libère quelque part. Cris de douleur, plaintes et complaintes mais aussi chant de réjouissance pour cacher ce traitement difficile. Debout ou assis, la chaleur caniculaire risque de ne pas vous laisser sans désagréments. Et puis dans le bus abidjanais, on en vient souvent aux mains.

Le low-cost a un prix

La Sotra a harmonisé le coût de transport à bord de ses bus. Quelque soit la destination, un « tour » à bord du bus ordinaire vous coutera 200 francs CFA. Aussi, il existe des abonnements mensuels subventionnés par l’Etat à hauteur de à 3.000 francs CFA pour les élèves et étudiants. En retour faudra compter avec toutes les contraintes citées plus haut.
A coté de cela, le voyage à bord du « bus express » coûte 500 francs CFA et 25.000 francs CFA l’abonnement mensuel. C’est en quelque sorte les Rolls Royces de la Sotra. Plus réguliers et moins bondés, ils sont plus empruntés par les travailleurs.

Quoique l’on dise du bus, il reste à Abidjan, l’un des moyens de transport les plus populaires. Certaines langues affirment même que pour être téméraires dans cette ville aux multiples facettes, il faut avoir emprunté le bus durant une période de sa vie. Comme quoi le bus, ça forge le mental.


Un Africain qui meurt, ce n’est pas le monde qui brûle

Ces derniers jours, nul n’a pu rester indifférent devant la vague d’émotion qu’a soulevé l’attentat contre Charlie Hebdo. Au nord comme au sud, nombreux sont ceux qui ont été indignés par ces exécutions. L’évènement relayé par les médias dits internationaux a drainé beaucoup d’audience.

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Source : Wikimedia.org

Bien sûr, nul ne pouvait rester stoïque devant cette atteinte à la liberté de la presse. Chacun ira de son avis en criant haut et fort « JeSuisCharlie » ou « JeNeSuisPasCharlie« , c’est bien cela la liberté aussi. Devant tout ce ballet médiatique, il est indispensable de porter un regard sur la question de la démocratisation de l’information, car dans la même période, la secte Boko Haram  éliminait de la surface de la terre, plus de 2 milliers de personnes. Un massacre passé presque sous silence.

La valeur de la vie

Loin de vouloir faire le décompte macabre des morts, car une vie qui se perd est déjà de trop, l’affaire Charlie Hebdo a « bénéficié » du « spotlight » de tous les grands médias. Aucun détail n’a été omis. Des éditions spéciales aux plateaux dédiés à la situation de grave crise, le monde entier a pu suivre de très près les soubresauts de cette l’affaire. Hommages et recueillements ont été rendus à ces 12 personnes tombées sous les balles assassines des frères Kouachi. C’est d’ailleurs à la suite d’une intervention militaire,  diffusée presque en temps réel que les forcenés ont été mis hors d’état de nuire.

Plus loin de là, à plusieurs milliers de kilomètres, plus de 16 villages sont rasés. Une affaire passée presque sous silence, ici et ailleurs. La vie, semble-t-il, n’a pas la même valeur partout. Un drone qui décime (par erreur ?) une famille entière en Irak, cela sera rangé dans le dossier des dommages collatéraux et nul n’en parlera sur aucun média dit international. Une tuerie dans un pays africain attristerait moins le monde que si elle avait eu lieu en plein cœur de Paris, à Boston, ou encore à Kiev. Oui, la valeur de la vie a plusieurs significations, selon le lieu géographique, la puissance financière, la force de frappe militaire… Mais nous, que faisons-nous pour nous-mêmes ?

Source : Wikimedia.org
Source : Wikimedia.org

Chacun doit faire son deuil

Le 14 avril 2014, plus de 260 jeunes filles d’une école secondaire publique à Chibok (dans l’Etat du Borno Nigeria) ont été enlevées alors que celles-ci n’aspiraient qu’à s’instruire. Non, je ne vous parle pas de 3 jeunes filles, mais de plus de 260, enlevées comme on emporterait des têtes de bétail.
Suite à cela est née un slogan (#BringBackOurGirl) initié par Michelle Obama, la plus africaine des chefs d’État dira-t-on, celles qui sont légitimes étant trop occupées à se refaire une beauté, en shopping à Paris ou que sais-je encore. Des associations sont nées, réclamant avec bec et ongles, la libération de ces jeunes filles.

Plus de huit mois après, aucune trace des jeune filles. J’éviterai de vous inviter à penser un instant au calvaire que cette situation doit constituer pour leurs différentes familles, aux défis auxquels elles ont à faire face dans leur nouvelle vie, aux missions qui leurs sont confiées, aux atrocités qu’elles sont peut-être emmenées à commettre…

C’est de notre passivité que l’ennemi tire sa force

Boko Haram ne compte pas s’arrêter en si bon chemin dans son aventure macabre. Chaque jour, de nouvelles familles sont endeuillées. Le Nigeria, bastion de cette secte reste impuissant devant son avancée. Le Cameroun est en observateur, le Bénin préfère décréter un jour de deuil national pour pleurer les caricaturistes de Charlie Hebdo tués, le Tchad a mis du temps à se préoccuper de cette affaire, le Niger reste passif. Quant au Cameroun, dont le président au pouvoir depuis 32 ans se fait narguer par Abubakar Shekau (Chef de Boko Haram), il faut croire que sa réaction se fera encore attendre.

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Source : Google Map

Ici, une personne qui meurt, c’est le destin qui l’aura voulu ainsi. Pour certains, Dieu aura repris ce qu’il a donné, pour d’autres, les génies protecteurs auront eu besoin d’un sacrifice. Quoi qu’il en soit, cette décision est irrévocable. Comme ces enfants qui sont enlevés çà et là, en Côte d’Ivoire depuis plusieurs mois, sans que cela n’émeuve personne.

Un Africain qui meurt ce n’est vraiment pas le monde qui brûle.


Des vœux pour 2015 oui, mais quel est l’essentiel ?

Dans seulement quelques heures, les rideaux retomberont et avec eux les lampions s’éteindront sur la scène de théâtre qu’aura constitué cette année 2014. Personnellement ou en collectivité, des bilans seront faits sur les évènements qui auront marqué ces 12 longs mois. Si pour certains ce fut une année extraordinaire, pour d’autres le calvaire n’aura pas duré qu’un jour. Et lorsque viendra l’heure de faire des vœux, que chacun puisse faire taire toute once d’égoïsme et d’égocentrisme afin que nos vœux ne soient pas que des paroles en l’air.

 

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Quel est votre engagement ?

Dans quel monde voudrons-nous que les générations à venir évoluent-elles ? Telle est la question que chacun de nous devrait se poser avant que 2014 ne passe le flambeau à l’année suivante. De cette question, une réponse devrait aboutir à une réflexion profonde. Réflexion qui devrait emmener chacun à une prise de conscience et un engagement ferme. Quel engagement prends-tu pour 2015 ?

Plus de tolérance

Si les cœurs étaient plus tolérants, le monde connaitrait moins de tribulations, les guerres seraient des tragédies que nous ne serions plus emmenés à voir ici bas. Palestiniens et Israéliens réaliseraient qu’ils sont frères, ils se rendraient enfin compte que les litres de sang qui coulent dans leurs veines sont faits de la même substance. Ils comprendraient enfin que cela fait 66 ans et bientôt 67, que des frères d’hier se font à tort ou à raison, une guerre (sans raison ? ) . Avec beaucoup de tolérance, tous comprendraient que nul n’a le droit d’arracher la vie à son semblable au nom d’une quelconque religion. Avec plus de tolérance, le Kamikaze ne se ceindrait plus d’une ceinture d’explosif. Il comprendrait qu’à Kaboul, à Kano ou encore à Bagdad, la violence, quelles que soient ses motivations, ne sera jamais une solution à envisager pour rétablir la justice. De tels actes arrachent des dizaines de vies humaines, alors comment penser rétablir la justice par l’injustice ?

 

Barrière de séparation israélienne
Barrière de séparation israélienne

Penser pour la communauté

Pour 2015, si chacun de nous prenait l’engagement de penser d’abord aux intérêts de la communauté avant de faire passer les siens, le monde connaitrait des jours meilleurs. Nos chefs Etats africains, élus et élevés avec des liesses populaires, comprendraient que nul n’a souhaité les mettre à ces postes dans l’intention de leur donner la chance de se faire des milliards sur leurs comptes bancaires. Le ministre se rendrait enfin compte que l’argent du contribuable ne sert pas à redorer le blason de sa seule région et qu’une feuille de route ne sert pas qu’à orner les placards d’un bureau, après qu’il ait pris ses fonctions. Le fonctionnaire réaliserait que travailler, c’est la satisfaction d’avoir effectué pleinement et efficacement ce pour quoi l’on sera rémunéré le moment venu, et non une simple formalité pour se faire de l’argent. L’élève, l’étudiant, se serrerait davantage les ceintures, se donnerait avec plus de dévouement à ses études, afin de plus tard tenir valablement les rênes des nations. En gros, chacun effectuerait sa tâche avec assiduité, honnêteté et probité.

Une société d’égalité

Si l’envie d’un monde égalitaire habitait un peu plus les cœurs, aucun chef d’Etat africain ne vendrait les ressources du pays qu’il dirige à de super puissances. Celles-ci ne viendraient par conséquent pas, par la suite, lui dicter des règles qu’il serait obligé de suivre à la lettre, se souciant peu des besoins et des priorités des populations. De cette manière, aucun Africain ne se sentirait dans l’obligation de prendre le large, à bord d’une embarcation de fortune, pour espérer retrouver l’eldorado de l’autre côté de l’Atlantique. Le monde serait alors un village ou l’humanité reprendrait vie, les plus forts aideraient ceux qui le sont moins, sans forcement ne rien attendre en retour. La couleur sombre de la peau ne dispenserait pas quiconque de quoi que ce soit au profit d’une autre peau plus claire. Le mot racisme tomberait dans la désuétude du fait de son délaissement total.

Des habitudes écologiques

Si le monde entier se souciait un peu plus de bienêtre de la nature, si les humains ne faisaient pas passer en avant leur insatiable envie de confort et de luxe, ce monde respirait mieux. Nous envisagerions avec beaucoup plus de sérénité, l’état de la couche d’Ozone dans les 40 années à venir. Avec beaucoup plus de sérieux, nous prendrions à cœur le problème de la déforestation de nos terres et regarderions avec plus de réalisme le problème de la pollution industrielle. Et plus près de nous, nous repenserions nos systèmes de gestion des ordures ménagères et nous éviterions de jeter sur la place publique, des ordures qui ont visiblement leurs places ailleurs.

 

L'une des principales artères de la capitale Abidjanaise
L’une des principales artères de la capitale Abidjanaise

2015 est là, les vœux génériques aussi

Bien sûr lorsque 2015 sera là nous adonnerons à notre exercice favori, exercice d’hypocrisie et de singerie. Nous dirons tous en cœur « que cette année vous apporte la joie, le bonheur, la prospérité, la longévité… » La liste est bien longue. Mais dans quel monde seront-nous avec toutes ces bontés si les uns continuent de vivre tandis que les autres survivent.
Pour moi, ces vœux cités plus hauts sont là les meilleurs pour 2015.
Quels sont les vôtres ?


Côte d’Ivoire, quand l’argent fixe sa propre valeur

Les billets de banque et les pièces de monnaie utilisés en Côte d’Ivoire ont une drôle de manière d’être estimés. En effet, en plus de la valeur qui leur est attribuée par la banque centrale, les utilisateurs les évaluent en fonction de leur état. Ainsi, par exemple, un billet de 2.000 francs peut être estimé à 2000 francs effectifs s’il est flambant neuf, comme se voir attribuer une valeur moindre si son état laisse à désirer. Dans mon pays, la valeur de l’argent se fixe en fonction de son état.

 

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Les marchés, ces mouroirs à billet de banque

Les billets de banque, relativement plus délicat que les pièces de monnaie doivent bénéficier d’une attention toute particulière du fait de leur fragilité. Certains secteurs d’activité ou corps de métiers jouissent de la mauvaise réputation d’affliger d’affreux traitements aux billets de banque. Si vous vous rendez dans les marchés, nos braves dames risquent de vous choquer par leurs manières de les traiter. Ballottées entre marchandage et mouvements constants, la plupart d’entre elles disposent leur argent à des endroits qui restent accessibles et à portée de main. Ce sera donc une banane, ou le bout du pagne noué avec expérience, qui accueillera le butin. Les billets en ressortent pliés, froissés, martyrisés et très amochés. Les billets les moins chanceux finiront par goutter aux gouttes de sang restées accrochées aux doigts d’une vendeuse entre deux prises de monnaie. Que dire du traitement infligé par les vendeurs de charbon, les bouchers… permettons nous d’en limiter là cette liste… Un billet qui porte les stigmates de maltraitance, rafistolé avec un adhésif en l’occurrence, a de très forte chance de ne pas avoir de chance d’être utilisé à sa juste valeur.

Vous avez dit personnalisation ?

Il est nécessaire de se demander pour quelles raisons valables certaines personnes se permettent de « personnaliser » les billets de banque. La raison la plus plausible serait que ces derniers sont insatisfaits de la signature du gouverneur de la banque centrale qu’arborent fièrement ces billets. Ils y porteraient donc la leur pour pouvoir les « retracer ». Là ou le problème se pose, c’est lorsque ce genre de billet vous atterrit entre les mains et que vous devez le faire circuler.

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Les pièces de monnaie aussi ont leur lot de contraintes

Certaines pièces ont traversé le temps et les générations. Du fait de leur solidité, elles résistent mieux aux affres du temps. Comment pensez vous qu’une pièce de monnaie mise en circulation, depuis 1970 par exemple, puisse se présenter aujourd’hui ? Ces pièces sont alors lisses et les indications gravées par la banque centrale deviennent difficiles à la perception. Dès lors leur circulation peut devenir difficile.

Avec le temps, la monnaie peut perdre sa valeur

Détériorés et Usés par le temps, l’état des billets de banque est à la base de bien de désagréments pour les usagers. Il n’est pas rare de voir des vendeurs refuser des billets que leur proposent un client. Si le billet en votre possession est jugé trop vieillot, vous risquez de ne pouvoir vous en servir que pour orner votre portefeuille. Très frustrant comme situation. Le phénomène fonctionne sur fond d’action qui entraîne une réaction. L’individu qui s’est vu refuser un billet de banque jugé trop chiffonné ou une pièce estimée trop lisse, ferra, à son tour, une sélection très rude de tout argent que l’on lui tendra à l’avenir.

Un problème crée (toujours ?) une activité

Certains individus offrent leur service, bien sur contre une marge bénéficiaire. En effet, en fonction de l’état de dégradation de votre billet, ils vous le rachètent à un prix en deçà de sa véritable valeur. Le service ne s’impose à personne vous diront-ils.
Pourtant les banques remplacent ces billets et ces pièces devenues trop usés . Difficile alors de croire certaines personnes lorsqu’elles affirment que certains établissements financiers leur ont retourné des billets jugés trop vieux.

Une technique originale mais …

Une technique est souvent utilisée par bon nombre de personnes. Elle consiste à s’offrir un service et lorsque vient le moment de payer, sortir sont billet ou sa pièce « à problème ». Ensuite il faut expliquer au vendeur que l’on n’a rien d’autre comme argent à lui proposer en remplacement. La possibilité d’empoignade n’est alors pas à écarter.

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Abidjan : incursion dans une ville aux multiples facettes (2)

Avant, vous devriez jeter un coup d’œil à la première partie.

Fierté de la ville d’Abidjan, le Plateau est le Manhattan local. Avec ses gratte-ciels, ses hôtels de haut standing et ses restaurants feutrés, c’est le cadre rêvé pour tout technocrate désireux d’avoir, ou d’appliquer les bonnes habitudes dignes de l’Occident. Chacun ira de son avis. Les entreprises qui désirent avoir une certaine notoriété doivent être représentées dans la commune du plateau, commune stratégique pour les affaires. Mais ne vous y méprenez pas, au Plateau, l’on peut découvrir des réalités insolites.

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De l’expertise à revendre…

À proximité de l’hôtel de ville se trouvent les deux jardins publics. Ces cadres sont agréables, on y passe de bons moments, la verdure aide à passer le temps dans la quiétude. De temps à autre, vous vous ferez ramener aux réalités d’Abidjan par de jeunes déscolarisés qui vous proposeront leurs services, vente de papiers mouchoirs, cirage de chaussures, vente de journaux . . . Entre ces deux jardins, se trouvent des spécialistes d’un art bien particulier : le pari en ligne sur les chevaux. En général, ces hommes affichent des allures qui laissent penser qu’ils ont déjà passé l’âge de la retraite. Sur leurs tables disposées méthodiquement, ils ont des bouquins, des bouquins spécialisés, acquis tout le long de leur longue expérience de parieurs. Avec eux, vos combinaisons ne seront plus jamais aléatoires. Ils vous aident à calculer, avec des méthodes bien à eux. Leurs méthodes marchent-elles ? Difficile à dire, toujours est-il que leurs clients les consultent encore et encore.

Une trop grande magnanimité…

Si vous vous engagez vers la rue des banques, vous risquez de tomber sur des individus qui, à première vue, ne font rien de particulier à cet endroit, ils sont pour la plupart d’entre eux, assis à l’ombre d’un arbre, attendant un éventuel nécessiteux envers qui ils feront prévaloir leur bonté. Ici ces individus sont appelés des « margouillats ». N’allez pas me demander pour quoi le choix de cet animal rampant, je ne saurais vous répondre. Personnellement, j’y vois plutôt une allusion faite au mot « magouille ». En effet, ces individus viennent en aide aux personnes qui se retrouvent dans des situations de difficultés financières, en leur octroyant des prêts. La particularité avec les « margouillats » se trouve au niveau du taux d’intérêt quand vient l’heure du remboursement. Ces taux peuvent aller jusqu’à 100 voir 150 % dans certains cas. Les moins chanceux se retrouvent dans des spirales desquelles ils ne ressortent jamais, allant jusqu’à remettre leurs cartes bancaires à leur, jadis, bienfaiteur. Les prochains retraits se feront désormais à deux. C’est aussi cela le plateau.

Service gratuit ?

Vous n’aurez pas de mal à vous faufiler entre les rues qui sont pour la plupart à sens uniques. Vous souhaitez vous stationner ? Les jeunes gens appelés communément « djosseur de nama » vous y aideront. Des fois, ils vous proposeront même des solutions que vous aviez déjà envisagées. Pas de panique, ils ne vous obligent pas à leur donner quoi que ce soit, laissez juste parler votre générosité, une pièce de 100 francs suffira. Comme dans la commune d’Adjamé, le plateau ne facilite pas la tâche aux nouveaux conducteurs, ici certains panneaux de signalisation qui n’existent pas ailleurs, feront leur apparition. Ouvrez donc grand les yeux.

 

Et c’est déjà le départ…

En quittant la commune, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur le flanc lagunaire, le spectacle en vaut la peine. C’est surtout cette merveille naturelle qui fait le charme du centre des affaires abidjanais. Abidjan, c’est avant tout la perle des lagunes.
Abidjan-lagune-ébriéEn définitive, que vous décidiez de vous rendre dans la commune d’Adjamé, ou dans celle du plateau, vous découvrirez des réalités bien de chez nous. Surtout, vous garderez à l’esprit que ces deux communes sont similaires par leurs différences.
A quand votre prochaine visite ?


Et Blaise se fit hara-kiri au «pays des hommes intègres»

Blaise était bien naïf de se laisser prendre au piège. Mais de quel piège parle-t-on ? Un piège façonné minutieusement, 27 années durant. C’est long n’est-ce pas ? Mais quand on tient les rênes du pouvoir depuis 1987, cela fait bien 27 années de règne. Et Blaise ne s’est pas – suffisamment – gavé de toutes les largesses dues à son rang de super président de la République, de médiateur continental. Visiblement, il en voulait encore. « Le pays des hommes intègre » semblait en avoir marre, cette fois-ci c’était la tentative de trop.

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Blaise, le super président…

Ils sont donc encore d’actualité ces chefs d’État qui considèrent le fauteuil présidentiel comme une chaise royale ? Il n’y aurait donc que la mort qui pourrait mettre fin à leur règne ? Blaise était de ceux-là, il est était le prototype même ! Sinon comment ne pas comprendre qu’après tout ce temps il était pour lui l’heure de partir, oui partir par la grande porte comme le dirait l’homme de la rue. De cette catégorie par contre, Blaise n’était pas. Son appétit n’avait pas encore été assouvi et, lui avait d’autres ambitions. Alors il tenta le coup de force, le coup de grâce.
Et puis depuis qu’il était à la tête de ce pays, les coups d’Etat avaient bien cessé, n’est-ce pas ? Il y avait la stabilité, pas vrai ? Le pays se portait bien, l’avez-vous aussi constaté ? Les populations n’avaient qu’à lui accorder leur confiance une fois de plus. S’il n’ avait pas déçu le peuple  depuis tout ce temps, ce n’est pas aujourd’hui qu’il le ferait. Il fallait pour cela que l’Assemblée nationale l’aide à tordre le coup, que dis-je, à recadrer la Constitution. Un certain article 37. Découvrez son abécédaire ici .

27 ans de règne, la soixantaine passée et l’article 37 dans le viseur…

Blaise visait-il les 37 ans de pouvoir, de règne ? Il lui aurait fallu encore deux quinquennats. Rien n’est certain. Toujours est-il qu’il visait cet article, il comptait même le faire réviser. Ne l’avait-il pas déjà fait par deux fois (1997 et 2000 ) ? A un peu plus de 60 ans avec dans son palmarès 27 ans de règne, Blaise ne pouvait être tenté par autre chose que l’article 37. Mais comme le dit si bien l’adage :  » On peut tromper une fois mille personnes, mais pas mille fois une personne « . Oui le peuple quand il en a marre devient un, uni et déterminé. La grande majorité des jeunes (les 15-25 ans), n’ont connu d’autre président que le super Blaise, à un moment, rompre avec le train-train quotidien, surtout quand ce dernier semble avoir pris du plomb dans l’aile, est une tentation à laquelle on finit par céder. Le clivage générationnel finit par faire tout seul son effet. Blaise venait là de planter le décor.

Une situation qui était pourtant prévisible…

Mais comment s’était-il arrangé pour ne pas les voir venir ces représailles. Comment avait-il pu être aussi dupe notre très cher Blaise ? Folie des grandeurs ? Boulimie du pouvoir peut-être. Naïveté ou plutôt hara-kiri politique ? Toujours est-il que ce qui devait arriver arriva. Et le pauvre Blaise se sentit contraint de dissoudre le gouvernement, de déclarer l’état d’urgence, de donner sa démission… Euh nous allons vite en besogne, nous n’en sommes pas encore à ce dernier point. Quoique le pouvoir semble se dessiner dans le rétroviseur pour notre super président.
Face à tant de gâchis qui auraient pu être évités si notre super président avait fait montre de sagesse et de réalisme, on réalise que le pouvoir semble avoir un pouvoir qui n’est compréhensible que par ceux qui ont les rênes du pouvoir. Jetez un coup d’œil à côté, certains voisins vous le confirmeront.

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Et demain ?

Et quand le soleil tente de se coucher sur Ouaga, sur Bobo, on se demande de quoi sera fait demain, car  » au pays des hommes intègres « , chaque jour a son lot de dignité à préserver. Cette dernière, Blaise ne l’avait sûrement pas comprise.


Abidjan : Incursion dans une ville aux multiples facettes (1)

Cité cosmopolite, la ville d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’ivoire, comporte plusieurs quartiers tous aussi différents les uns des autres. Et ce sont toutes ces différences qui font de « babi » une ville si particulière que certains considèrent comme « le plus doux au monde ».

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Adjamé et Plateau, deux communes similaires par leurs différences

Lorsque vous vous engagez sur le boulevard de la corniche dans la commune de Cocody, et que vous longez la voie jusqu’à la caserne des sapeurs pompiers, deux options s’offrent à vous : si vous virez sur la gauche vous prendrez la direction de la commune du Plateau, par contre si vous avez des penchants de droitier, c’est la commune d’Adjamé qui vous ouvrira ses portes. Deux centres des affaires, dos à dos.
J’avoue que personnellement j’hésite, alors je vous donne un petit instant afin que vous puissiez vous décider. Alors votre choix est fait ? Tout à fait d’accord avec vous, virons donc à droite (il parait que ça porte bonheur), direction la commune d’Adjamé.

Bienvenu à Adjamé

Dès que vous entrez dans cette commune, vous êtes attiré par le nombre impressionnant de personnes qui s’y trouvent. Tout le monde se déplace pour on ne sait quelle direction. Le désordre qui y règne est organisé.
Les vendeurs à la criée règnent en maitres absolus. Quelqu’un disait un jour : « si tu cherches à acheter quelque chose et que tu n’en trouves pas à Adjamé, cela veut dire que cette chose n’existe pas encore. » Tout est dit, dans cette commune il se vend presque tout, encore faut-il savoir où et comment trouver ce que l’on recherche. Les étalages sont organisés selon la nature des articles vendus, un peu comme par secteur d’activité.
A « roxy » par exemple, vous trouverez des médicaments de tout genre, il n’y a qu’à demander. A dire vrai, les bonnes dames qui les vendent s’y connaissent. Lorsque vous leur décrivez le mal dont vous souffrez, elles vous diagnostiquent, dans certains des cas, le mal qu’un médecin vous aurait diagnostiqué, aussi soyez en rassuré, l’ordonnance n’en sera pas si différente. Cependant, la conservation de ces médicaments laisse à désirer, confrontés aux intempéries sans aucune protection, il est clair que les propriétés chimiques risquent fort de changer. Aussi l’on ne peut jamais être persuadé de se trouver en face de la bonne prescription médicamenteuse.

Le shopping c’est aussi ça 

Si vous faites un tour au « black market », comme son nom l’indique, vous risquez d’alimenter les caisses de la recèle. Mais gardez votre sérénité, ils vous persuaderont que le téléphone ou encore l’ordinateur que vous êtes sur le point d’acheter a été vendu en « ken ». Eh oui ! chez moi à Abidjan on vend en « ken », cela consiste à une vente sur la base de la confiance, aucun reçu, aucun papier, juste un consensus formel. Ayez le sens de la discussion, ici ce n’est pas un supermarché, encore moins une pharmacie, on fini (toujours ?) par s’entendre. Une dernière chose, avant de quitter votre vendeur, n’oubliez pas de vérifier par deux fois que vous êtes bien en possession de votre « bonne affaire » du jour, car ici, la magie s’opère très souvent, une fois à la maison, votre Smartphone peut se transformer en pierre, eh oui ! C’est aussi ca les méthodes appliquées ici.

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Vous commencez à afficher un air de nervosité, c’est surement dû à tous ces cris et ce monde un peu trop chaleureux que l’on croise à tout bout de champ. Pas de panique, nous aurons certainement du mal avec le boulevard « Nangui Abrogoua », où les piétons aiment bien à ignorer les voitures, mais nous arrivons sans encombre, avec beaucoup de coups de klaxons, dans la commune du Plateau. Autant dire que le conducteur qui arbore encore l’étiquette « ATTENTION NOUVEAU CONDUCTEUR, SOYEZ INDULGENTS » doit éviter cette commune. Comme convenu, nous virons dans la commune du plateau.

La suite dans la deuxième partie