Lina Trabelsi

A la télévision algérienne on parle de politique, mais pas du pouvoir

Chroniqueurs de l'émission Al Djazairia Weekend
Chroniqueurs de l’émission Al Djazairia Weekend

Les réformes  » démocratiques  » engagées par les gouvernements successifs se sont parfois transformées en cadeaux empoisonnés tant pour le pouvoir que pour le peuple. Lorsque le président Chadli a voulu ouvrir l’Algérie au multipartisme, elle a connu le FIS (Front islamique du salut) et la décennie noire. En 2011, le gouvernement a décidé de privatiser partiellement le secteur télévisuel. Trois ans plus tard, la chaîne  » Atlas TV  » a été mystérieusement retirée de nos listes de chaînes, et aujourd’hui, une émission satirique  » El Djazairia Weekend  » a été arrêtée, à la « surprise » de ses animateurs comme de son public,après  » des pressions insoutenables » .

Il faut dire qu’avant l’apparition des chaînes privées, l’audimat algérien n’avait pas vraiment la possibilité de regarder des débats politiques puisque la seule place que les chaînes publiques réservent à la politique, c’est dans le JT (lorsqu’il s’agit de parler de la visite d’untel ou la déclaration d’un autre) et au moment de la présidentielle (séquences agrémentées de clips de chansons patriotiques tournés dans les années 70).

Encore pouvons- nous compter une émission telle que  » Houna el Djazair  » (ici l’Algérie) qui organise de manière hebdomadaire des confrontations politiques entre politiciens, membres de partis, activistes et journalistes. Bien entendu, il est rare de voir un ministre en fonction si ce n’est les cadres les plus stupides du FLN à l’exemple de Akila Rabhi, députée FLN qui ne s’est jamais cachée de son passé de coiffeuse-esthéticienne… peut- être sera-t-elle la digne héritière de Leila Trabelsi. Cette députée avait fait parler d’elle puisqu’elle est devenue la porte-parole de l’augmentation des salaires des parlementaires avec un salaire déjà fixé (officiellement) à 300 000 dinars soit un peu moins de 3 000 euros, et croyez-moi, en Algérie, c’est un très bon salaire. Mais la dame a justifié le besoin d’augmenter les salaires du fait qu’elle perdait 30 000 dinars en forfait téléphonique, parce que ses contacts  » ne faisaient que la bipper « . Elle n’a qu’à demander à son parti la prise en charge de son forfait si onéreux plutôt que de grignoter sur l’argent du contribuable qui à ce rythme, ne pourra ni appeler, ni  » bipper « .

Après l’arrêt de l’émission  » El Djazairia Weekend  » il ne nous reste donc plus qu’à écouter les dialogues sans fin et sans fond de certains caciques du régime. Pour information, l’émission récemment arrêtée était, de par son caractère satirique, un lieu d’expression qui  » irritait  » le pouvoir. Mais chez nous, le pouvoir réplique sévèrement dès les premières irritations, un peu comme la blague d’Abdelmalek Sellal, notre premier ministre qui pratique la satire d’une autre manière  » Les moustiques du printemps arabe ont voulu venir en Algérie, nous leur avons mis du Moubyd !  » (Spray anti-insectes).

Mais si le pouvoir a semblé garder le silence sur ses premières irritations, il a sévèrement réagi dès les débuts de l’éruption cutanée. Cette éruption cutanée ou volcanique pour certains de nos ministres a débuté avec la sortie du livre Paris-Alger : une histoire passionnelle dans lequel les deux auteurs ont dévoilé de nombreuses informations quant aux avoirs français et non moins modestes de nombreux ministres en exercice ou non, et d’autres représentants politiques comme Amar Saidani, chef de file du FLN. Vous savez, l’ancien joueur de tambour qui est devenu chef du parti majoritaire… Te prends pas la tête Bourdieu, chez nous l’ascension ça commence au plus bas !

Vous ne serez pas étonné de savoir que ce livre est le  » 50 Nuances de Grey  » qui tourne en masse dans le pays, entre les proches qui les ramènent de France (soigneusement emballé dans du papier journal) ou d’autres qui ont pu le mettre en ligne afin de le rendre accessible à tous. Mais certains sont déjà déçus du contenu, alors qu’ils attendaient des éléments  » choc  » … peut être la fameuse réponse à la question  » Est-ce que Bouteflika est vraiment célibataire ? Et sinon, il est gay ?  » Mais ce n’est pas le thème du sujet, puisque le dernier à avoir abordé cette question a pu quelques années publier un livre-témoignage intitulé Les geôles d’Alger. Autant vous dire qu’on ne badine pas avec les amours du président. On ne badine pas non plus avec les propriétés immobilières des ministres qui possèdent ainsi des résidences dans les quartiers chics parisiens des Champs Elysées au 5e arrondissement et qui ciblent des personnalités comme la fille du premier ministre, le ministre des Energies et des Mines ou encore l’ancien ministre aux Moudjahidines (ministère du 3e âge et des paiements de pensions si vous préférez) qui, avant une visite officielle de Nicolas Sarkozy avait appelé à boycotter la France… Ce même possède un appartement à Lyon, ainsi que, excusez du peu, une carte de résidence. Ce même personnage critique avec véhémence les harkis qui ont trahi le pays…

Mais au fond, qui trahit vraiment l’Algérie ?

Parmi les pressions politiques subies par l’équipe de cette émission, les appels personnels de certains ministres furieux que l’on dévoile un faste dont les citoyens sont en droit de demander la provenance financière. Encore plus furieux qu’on mette à nu l’illégalité dans laquelle ils sont, puisqu’il est interdit d’acheter des biens à l’étranger alors que les revenus proviennent d’Algérie . Ces mêmes, qui appellent les expatriés à rentrer au pays, aux Algériens à consommer local, ou à se serrer la ceinture suite à la chute des prix du pétrole.

Cette victoire temporaire du pouvoir sur la liberté d’expression quoique, encadrée par la bienveillance étatique, ne fait qu’alourdir le climat ambiant.

Le plan du ministre de la Communication Ahmed Grine commence peut-être à prendre forme, lui qui rêvait d’un  » journalisme sans cholestérol  » (oui, il a vraiment dit ça) , c’est-à- dire un journalisme neutre, mais qui ne critique pas le pouvoir. Les chroniqueurs d’El Djazairia Weekend ont préféré stopper l’émission plutôt que d’en revoir le contenu afin qu’il soit plus favorable au pouvoir.

Si Ahmed Grine connaît le peuple algérien, à moins qu’il n’ait lui aussi une carte de résidence française, il devrait savoir que l’Algérien, sans cholestérol, ce n’est pas viable.

 

 


Une histoire de legging…

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En rentrant chez moi, je suis tombée sur ce reportage réalisé par la première web-tv algérienne  Dzair Web Tv intitulé : « La drague à l’algérienne : agression ou séduction? » Le titre est déjà assez révélateur, puisque nous, Algériens et Algériennes avons le monopole sur une technique de drague bien spéciale. Ayant vécu à Alger et vivant aujourd’hui en France, et pour avoir temporairement expérimenté la vie tunisoise, je peux effectivement confirmer que les Algériens ont une méthode assez originale pour vous séduire, même si je me suis déjà pris une main aux fesses à Montpellier, mais sans vouloir faire dans le Cuckierman ou Tesson… c’était un Arabe.

Ce reportage confronte ainsi les opinions de femmes et d’hommes algériens sur la drague. Pour ceux qui comprennent l’arabe (même si je traduirai les perles de certains) , vous comprendrez l’écart intellectuel entre les hommes et les femmes interviewés. Pour les hommes, les motivations de ce type de séducagression sont diverses : trouver la fameuse « fille de bonne famille » (si tes parents sont divorcés, c’est déjà la merde pour toi) , pour « passer le temps, parce qu’il n’y a pas de travail » (pour ne pas dire que son vrai passe-temps c’est de tenir le mur) ou pour certains, cette séducagression se transforme en victimisation de l’homme parce que « le legging, ça se fait pas… les filles de maintenant c’est ballerine, fuseau manteau » (le gars est en réalité un fétichiste des pieds qui ne supporte pas le décolleté sur les orteils des ballerines).

Du côté des femmes, cela se résume en trois choses : handicap, agacement, frustration. Alors, si pour certains, nous sommes les agresseuses et non pas eux, qui nous demandent nos numéros de téléphone, nous suivent parfois jusqu’à la maison, et pour les plus courageux, visitent furtivement nos courbes : venez nous voir chaque matin devant notre placard, notre miroir, ou dans les cabines d’essayage.

Etape 1 : Le placard à vêtements

Petit listing des vêtements à porter, à ne pas porter, ou à porter d’une certaine façon. (Bien entendu cela s’applique à une fille non voilée)

Le fameux legging Bien entendu, vous vous doutez bien qu’on ne portera pas le legging comme un pantalon, car cela donnerait l’impression que nous marchons fesses nues. Donc il faut généralement le prévoir avec une robe, ou un haut long jusqu’au bas des fesses.

– Le jean : Vous pouvez vous permettre un jean moulant, à condition qu’il ne laisse pas dévoiler vos hanches.

– Le jogging : On adore ! Surtout s’il est un peu ample. Vous pouvez le mettre absolument partout, de la maison jusqu’à vos sorties en centre-ville.

– La jupe : Attention, on touche un sujet sensible là. La portabilité de la jupe se mesure en fonction de sa longueur, si elle est longue jusqu’aux chevilles, vous pouvez y aller. Si elle se porte au niveau des genoux, elle est acceptable uniquement pour les femmes d’un certain âge (40 ans) ou pour certaines professions (employée de bureau, hôtesse de l’air, secrétaire, médecin…) . C’est tout pour la jupe, puisque la mini-jupe est une espèce en extinction depuis les années 80.

– Le short : Il n’y en a pas dans votre placard. Ou alors il sert « pour la maison », si vous avez un père assez ouvert d’esprit.

– Les hauts : Plus c’est long, mieux c’est ! En général, on préfèrera un t-shirt long qui descend aux fesses, même si le court (niveau hanches) est acceptable. Pour les manches, ça va du long au court… les bretelles ne sont pas acceptées, ou alors, c’est à vos risques et périls, et vous ne direz pas que je ne vous ai pas prévenu. Les bretelles servent généralement en tricot de peau… Sous un pull bien entendu. Enfin, pour ce qui est du col, évitez les cols V et autres décolletés surtout si vous avez une poitrine importante, mais dans tous les cas, les hommes arrivent à s’exciter sur un 75A. Pour les chemisiers, la limite autorisée est de 2 boutons en partant du haut.

Les robes : C’est un peu la même méthodologie qu’avec la jupe. La devise « Plus c’est long, mieux c’est » ou « Longer is better » s’applique également. Par chance, les robes longues sont redevenues à la mode ces deux dernières années, une aubaine tant pour les filles voilées que les non voilées. Pour les robes mi-mollet et genoux, c’est accepté encore pour les femmes d’un certain âge et d’un certain métier, à condition que la fente respecte la distance de sécurité. Pour les robes courtes, il y a jurisprudence. Si vous disposez de leggings (obligatoirement de couleur noire) vous pouvez les porter sous votre robe, à condition qu’elle descende au niveau des fesses. A éviter en été sous 40 degrés, le Noir , ça absorbe la chaleur.

Etape 2 : Le miroir

Bon, après avoir prié très fort Dieu pour être un garçon pendant au moins une journée, il est temps de ressembler un peu à une fille, puisque vous ne vivez pas que pour les hommes.

La coiffure:

En général, le choix de la coiffure dépend de la physionomie de votre visage. Si les cheveux attachés vous embellissent, alors lâchez-les, et vice versa. Pour les cheveux lâchés, c’est un peu plus délicat lorsque vous sortez de chez le coiffeur : plus de racines frisottantes, cheveux brillants, odeur de shampoing… bref, « sha3rek lisses » comme chantait Mazouni dans les années 80 : pour la petite histoire, la suite de ce refrain était « La police , la police ! Appelez la gendarmerie pour qu’ils l’emmènent loin de moi ». Ça vous donne une idée du changement des mentalités.

Le maquillage : 

« Reste NA-TOU-REL ma chérie » scanderait Cristina Cordula, celle que l’on aime regarder sur M6 dans « Les reines du shopping » , en voyant défiler les tenues avec cette petite voix intérieure « ça je peux pas, ça je peux pas, ça … ça passe ». Bannissez les rouges à lèvres flashy (sauf pour les mariages) , le baume incolore est votre nouvel ami. Idem pour le blush, évitez qu’il soit trop marqué sur votre peau. Dans tous les cas, votre mère aura déjà pris soin de l’atténuer en humidifiant son doigt avec sa salive avant de passer la porte de la maison. Pour le fond de teint (et c’est valable même hors de l’Algérie) , évitez l’effet masque, et les nuances plus claires ou plus foncées : vous vous ferez traiter soit d’anémique ou alors de basanée. Bien entendu, on oublie le maquillage pendant le mois du ramadan. 

 

Alors vous, jeunes hommes qui trouvez nos tenues trop agressives alors que nous les adaptons déjà à vos vices, cessez de rejeter toutes vos frustrations sur nos épaules. Le Code de la famille pèse déjà assez comme ça.

 

 


Pourquoi Tunis n’est pas Alger

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Voici maintenant deux semaines que le petit palmier a de nouveau posé ses valises dans le Sud, de retour d’un autre Sud, vous savez celui où l’on aime bien stocker les pauvres. Me voilà partie après un mois passé dans la capitale tunisienne, une capitale qui n’a fait que casser toutes les images que j’avais d’elle, souvent véhiculées par les documentaires Arte ou LCP qui, je peux vous le dire, sont un peu trop romancés. Dans ma naïveté et mon espoir d’un tournant démocratique pour les « printemps arabes », je me disais que Tunis était un peu « the place to be » au Maghreb, et dans le monde arabe.

Mais depuis mon arrivée, les Tunisiens que j’ai pu rencontrer m’ont stoppé net dans mon élan un peu Bernard-Henri Lévyste de la chose. D’ailleurs, les Mondotunisiens vous raconteront bien mieux que moi la réalité de leur pays, 4 ans après la révolution dont on « fêtait » l’anniversaire il y a peu. Pour moi, il était plus dans l’esprit « Bled Mickey » de comparer Alger à Tunis, que j’aurais presque envie d’appeler « Bled Minnie ».

Les mots du quotidien 

Tout le monde vous le dira, les Arabes sont frères, ils ont en commun une culture, une civilisation, une langue. Mais il faut admettre que cette devise ne s’applique pas tellement aux Algériens puisqu’avec le temps, nous avons créé notre propre arabe… que nous préférons appeler « l’Algérien » pour ne pas heurter les oreilles des arabophones littéraires. L’équation est la suivante: les Marocains et les Algériens se comprennent, tandis que nous comprenons les Tunisiens qui ne nous comprennent pas. Les Egyptiens nous comprennent, mais préfèrent se moquer, tandis qu’au Moyen-Orient, c’est une tout autre langue. Mais de manière générale, si les mots se prononcent différemment, ils gardent souvent la même racine. A Tunis, il n’y a plus de racine commune. Leur usage des mots du quotidien comparé au nôtre subit d’ailleurs des écarts assez flagrants.

Pour quelques exemples (et en guise de mini-guide touristique de Tunis) :

Maintenant : Tawa (tunisien) – Douka (algérien)

Là bas : Ghadi (tunisien) – El Temmak (algérien)

Beaucoup : Barcha (tunisien) – Bezzaf (algérien)

Autant vous dire qu’il vous faut une petite période d’adaptation avant de pouvoir vous payer un café au lait par exemple, qu’ils nomment « Direct »… pour des raisons inconnues des Tunisiens même.

Le vendredi 

vendredi

Bon, on le sait, le vendredi chez les Arabes… c’est sacré… un peu trop même.

En Algérie, le vendredi est férié, histoire que vous consacriez pleinement votre esprit… et votre estomac à ce jour pieux, et le couscous qui va avec. En Algérie, vous savez que c’est vendredi. Les rues sont vides, les magasins fermés et la télévision nationale retransmet la prière en direct. Vers 14 heures vous pourrez apercevoir les troupeaux de fidèles marchant vers leur demeure respective, vêtus d’une djellaba d’un blanc immaculé et tapis de prière sur l’épaule. A Tunis, mon premier vendredi était un jour de semaine comme un autre, à un détail près, avec les différents commerces qui s’alignent sur la même ligne religieuse : diffuser des cassettes de Coran juste avant la prière.

Sinon, la vie reprend son cours, quoique. La prière du vendredi en centre-ville à Tunis demande quelques capacités d’adaptation de la part des piétons qui doivent effectuer quelques détours pour ne pas déranger les fidèles agenouillés en masse sur les trottoirs (manque d’espace oblige) tandis que le métro (en vrai, c’est un tramway) passe dans la discrétion la plus absolue devant la mosquée, autant prévoir 5 minutes de retard si vous vous rendez en centre-ville à cette heure-là.

Les taxis 

taxis

Ici à Tunis, les taxis occupent une place prépondérante dans le paysage routier. Là où vous allez, vous ne pouvez manquer ces voitures jaunes qui se donnent un air de cabs new-yorkais. Il y a deux catégories de taxis dont l’humeur diffère selon leur position hiérarchique. Les taxis de l’aéroport savent très bien que vous avez besoin d’eux, surtout si vous n’êtes pas Tunisien, encore mieux si vous avez des euros. Car oui, lorsque vous arrivez à l’aéroport de Carthage, certains chauffeurs vous demanderaient presque en mariage du moment que vous leur payez la course en euros. Dommage pour eux, j’avais non seulement changé tout mon stock d’euros (un stock bien moindre comparé à celui de Ben Ali), mais j’étais accompagnée d’une Tunisienne pure souche. L’autre catégorie de taxi est celle qui circule normalement dans les rues de la ville, avec qui vous avez un peu plus de chance de ne pas vous faire arnaquer, à condition de parler arabe bien sûr. Même s’ils travaillent au compteur, il y aura toujours un taux d’intérêt variable selon votre identité tunisienne, arabe ou d’une autre nationalité. Mais l’importante différence à faire entre les chauffeurs tunisiens et algériens, c’est qu’ils sont réellement individuels et qu’ils vous emmènent là où vous devez aller.
En Algérie, prendre un taxi relève d’une vraie négociation, un peu comme celles qui se déroulent régulièrement à Alger sur la situation du Nord-Mali. La première étape est bien évidemment de réussir à attraper un taxi, en général ceux-ci ne vous calculent même pas, quand ils ne simulent pas une inattention de leur part style « wellah ma cheftek » (je te jure que je ne t’ai pas vu). La deuxième étape, c’est d’arriver à le convaincre de vous emmener là où vous devez aller, ou du moins de vous en rapprocher. Parce qu’à Alger, c’est le chauffeur qui décide où il vous emmène, pas vous. La troisième étape, c’est de vous trouver seul dans le taxi, car même si ces taxis prétendent être « individuels », cela fait bien longtemps qu’ils sont devenus aussi collectifs que les minibus. Et pour compliquer la chose, une fois le taxi bien rempli (quand vous n’êtes pas assise sur les genoux d’une inconnue dans le meilleur des cas) il y aura toujours une vieille dame avec quelques difficultés à marcher qui demandera au chauffeur de la ramener au pas de la porte. Vous l’aurez compris, ne prenez pas de taxi à Alger si vous n’avez pas de temps à tuer.

Le dosage de harissa 

harissa

Faut pas se mentir, la harissa en Tunisie, c’est sacré, presque plus que la prière du vendredi et la petite Celtia de fin de journée. Mieux vaut avoir un tube de harissa dans le frigo qu’un tube de dentifrice dans sa trousse de toilette. Nous, Algériens, sommes aussi dans un amour assez fraternel du « har », c’est-à-dire tout ce qui est piquant. Et n’importe quel Algérien vous dira que la harissa tunisienne ne donne pas autant de brûlures d’estomac que la harissa algérienne. Qu’importe l’endroit où vous irez manger sur le pouce à Tunis, il y a toujours un énorme saladier rempli de harissa, contrairement à la petite boîte de conserve de 150 g dans les fast-foods algériens. Gare à vous si vous oubliez de préciser au serveur « shouai harissa » (un peu d’harissa) ou que vous n’en voulez pas du tout, mais au vu de la moue systématique qu’ils vous font lorsque vous n’en voulez pas, mieux vaut en mettre un peu, histoire de respecter la coutume locale. Mais si jamais vous souffrez sur le moment de douleurs dentaires, ou d’un rhume, ne lésinez pas sur la quantité, la harissa a des propriétés anesthésiantes et décongestionnantes que vous ne soupçonnez même pas. En Algérie, et ce, d’après un témoignage véridique, certains enfants se faisaient punir par leurs parents qui leur mettaient une motte de harissa dans la bouche, pour aller ensuite saliver dans la baignoire pendant des heures. En Tunisie, je pense que cet acte relèverait de l’illégalité et d’un degré majeur de violence sur l’enfant.

Le métro 

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En Algérie, nous avons le métro depuis peu. Un métro dont la construction a mis plus de 30 ans pour une ligne unique de 15 km. A Tunis, ils ont le tram, mais ils l’appellent le métro. Et même si, malgré vos hallucinations « harissiques » , vous êtes foncièrement convaincu que ce tram ne va jamais sous terre, ne tentez même pas de leur dire que c’est un tram. Ils vous diront tout simplement qu’il n’y a pas de tramway en Tunisie. Sur ce point se trouve un certain écart entre le métro algérois et le métro tunisois. Le métro algérois, du fait de sa nouveauté, et de sa très faible capacité à vous emmener là où vous voulez (un peu comme le taxi) , est assez coûteux, dont le ticket est de 50 dinars, alors que le ticket de bus n’est que de 10 dinars. A Tunis, le métro (puisqu’il faut bien l’appeler comme ça)  ne se cache plus de sa popularité. Il est même trop populaire. Aux heures de points, les passagers font preuve d’une incroyable capacité de compression, au point que même des sardines seraient plus à l’aise.

Le président de la République

bajbouj

Dans ce domaine, on ne peut nier un combat de titans entre Boutef et « Bajbouj » qui n’est autre que Béji Caid Essebsi, nouveau président tunisien. A la seule différence que Bajbouj tient encore debout malgré ses 88 ans, quoiqu’on ne l’a plus revu depuis l’élection. Toujours est-il qu’à écouter les dires des Tunisiens, ce président qui s’est évaporé après son élection a peut-être été atteint du syndrome Bouteflika. A moins que ce dernier n’ait déjà fait appel au meilleur sorcier du pays, jaloux de voir que son homologue, plus âgé que lui, ait pu mettre un bulletin dans l’urne sans avoir besoin de fauteuil roulant. Mais dans cette potentielle et future rivalité entre ces deux présidents, le tout étant de savoir qui va enterrer l’autre; il faut avouer que Bajbouj est en tête des courses du fait de son originalité politique qui va bien au-delà de l’imagination bouteflikienne. Car dans son hypocrisie, Bouteflika nous fait croire qu’il dirige encore le pays sur ses 4 roues en apposant sa signature sur les différents décrets et communiqués qui pleuvent comme vache qui pisse en Algérie. A contrario, Bajbouj a fait, ce qu’aucun autre n’a fait avant lui, nommer un ministre représentatif de sa personne, un peu comme Saddam Hussein avait des sosies pour éviter qu’on tue le bon Saddam. Un ministre représentatif âgé de 87 ans, en sachant que Béji en a 88, et Boutef 77 ans.

Qui sera le premier à quitter l’aventure?

L’Algérie 

Un peu étrange de comparer l’Algérie entre Tunis et Alger, mais en ma bonne qualité d’Algérienne, j’aime m’auto-jeter des fleurs en tous genres. Le rapport à l’Algérie et plus particulièrement aux Algériens est une des choses qui m’a le plus frappée à mon court passage à Tunis. En général, un Algérien n’arrive jamais à se défaire de son accent qui mélange arabe moyen et français retravaillé pour ne pas dire fracassé. De fait, la première question qu’un Tunisien vous posera c’est « vous êtes marocaine »…En connaissant la nature des relations très « passionnées » entre Marocains et Algériens, vous comprendrez bien que cette question est davantage une petite provocation de la part de votre interlocuteur, généralement friand des Unes de Jeune Afrique qui traitent de la guéguerre interminable entre le Maroc et l’Algérie. Mais à peine après avoir rétorqué que j’étais Algérienne, c’était comme si j’avais droit à tout le packaging de réductions jeunes,seniors, chômeurs, handicapés. Les Tunisiens (ou du moins une grande partie) adorent les Algériens, ils adorent son président même sur un fauteuil, mais ils regrettent pour la plupart « que nos jeunes soient trop fainéants ».

Pourquoi cette comparaison avec Alger. Parce qu’à Alger, et en Algérie plus largement, les Algériens aiment… les Algériens si ce n’est leur propre personne uniquement. Quoique je n’ai jamais pu assister à une discussion entre un Algérien et un Tunisien pour déterminer le taux d’amour que nous leur dédions. Mais dans le fond, l’Algérien a la sale tendance à se méfier de tout ce qui est arabe, ce qui s’entend d’ailleurs dans nos insultes « ya rassa » (sale race) : hors de question de traiter avec un Marocain, ni même un Egyptien, tandis que nous voyons les Libyens comme des bédouins tribaux, et les Tunisiens, disons que ce sont « les moins pires ». Excusez notre ego.

Le style vestimentaire 

style

Il était nécessaire de conclure ce billet par ce chapitre. Les Tunisiens sont pour le Maghreb, ce que les Italiens sont à l’Europe en matière de « sape ». Du moins pour la catégorie d’âge des 40-90 ans. Etant donné que nous avons déjà perdu la femme maghrébine entre les fashion-weeks séoudiennes d’un côté et européennes de l’autre, les hommes tunisiens sont ceux qui se sont le mieux approprié l’équilibre entre moderne et traditionnel. En hiver, le look se tourne plutôt vers le manteau long en laine (beige ou foncé) et le petit béret en laine , tandis que d’autres préfèrent le look costard et kabous (chapeau traditionnel en laine rouge)… et ceux-là, ont définitivement tout compris au swag.

En Algérie, disons que ça fonctionne plutôt en matière de ce qui est le plus clinquant. Depuis quelques années la tendance s’est tournée vers les chemises brillantes dont j’ignore encore la matière et son taux de combustibilité, ou encore les chemises qui laissent toujours entrevoir (entrevoir est un faible mot) le relief d’un « marcel « neuf ans d’âge. Pour les plus traditionnels, ou les radicaux, la djellaba est bien entendu le vêtement imparable, accompagné d’un pantalon (même si la djellaba descend aux chevilles) ou d’un jogging, traversé par des chaussettes blanches montantes jusqu’au mollet.

On se consolera avec le foot.


Jusqu’à quel point peut-on aimer le prophète Mohammed ?

marche alger

« Kouachi chouhada , kouachi chouhada… » refrain qui résonne ce soir à travers mes enceintes que je ne vais pas tarder à balancer par la fenêtre. C’est aussi le refrain qui a été chanté avec ferveur dans les rues d’Alger ce vendredi, alors que de nombreux pays musulmans ont été le théâtre de manifestations contre la nouvelle Une de Charlie Hebdo, où le prophète Mahomet portant une pancarte « Je suis Charlie », pardonne tout.

Dans ce refrain, un paradoxe subsiste entre cette phrase qui signifie « Kouachi, martyrs » et le rythme qu’il me semble avoir déjà entendu lors de défilés de supporters algériens. Mais j’imagine que ça fonctionne un peu comme le rap, il y a certaines instrus ne vieillissent jamais.

Si dire « Je ne suis pas Charlie » reste une phrase au sens parfois mal compris, elle ne fait pas nécessairement l’apologie du terrorisme. En revanche, scander le nom de Kouachi, en élevant les deux frères au rang de martyrs… ne relève pas vraiment d’une ambiguïté de sens.

Avons-nous vécu pendant ces 10 dernières années dans l’illusion ? Pensant que le terrorisme en Algérie s’essoufflait, au profit de la concorde civile qui, comme nous le voyons aujourd’hui, n’a pas apporté la paix sociale qu’elle promettait.

Dans un pays où les manifestations sont souvent réprimées de manière sévère, voir un rassemblement de 3 000 personnes, cela étonne. Mais cela effraie aussi. Alors que le même jour, au même endroit, au même moment; des manifestants contre le gaz de schiste se faisaient jeter dans des fourgons de police. Voilà le sens des priorités en Algérie. Caresser les islamistes dans le sens du poil de la barbe en espérant qu’ils n’auront pas de revendications plus politiques. Une erreur déjà commise auparavant.

Cet évènement, même si l’on peut penser qu’il s’étouffera en même temps que l’esprit contestataire jetable de ses manifestants; porte un sentiment d’effroi qui n’avait pas été ressenti depuis plusieurs années. Non pas parce qu’il s’agit d’une marche religieuse, ou parce que les barbes de certains méritent un sérieux de ciseaux. Mais surtout à cause de cet autre refrain qui a été scandé pendant la manifestation.

« Pour elle nous vivons, pour elle nous mourrons et pour elle nous nous battons »

« Elle », ce n’est pas la religion de l’islam, ni Mohammed vu que c’est un homme (est-ce que je blasphème ?). « Elle », c’est la République islamique, vous savez celle pour qui des « musulmans » ont tué d’autres musulmans pendant les années 90. C’est aussi un chant sinistrement familier, puisqu’il était fièrement entonné dans les rues du pays durant cette même période. Les dernières images de la vidéo ci-dessus ravivent non seulement une mémoire macabre de nombreux Algériens, mais aussi une angoisse indescriptible. Celle de voir se reproduire une nouvelle décennie noire, si ce n’est pire.

En France et ailleurs, des milliers de personnes, personnalités politiques et médias ont appelé à ne pas faire l’amalgame entre islamistes et musulmans (excepté Fox News). En Algérie, ce n’est même plus de l’amalgame, mais une confusion anarchique et incohérente (et je pourrais continuer dans le pléonasme) entre liberté d’expression, fanatisme religieux et apologie du terrorisme… tout ça au nom de Mahomet et d’Allah… Un peu comme la jolie boîte Happy Meal qui rattrape le jouet pourri dont vous ne vouliez pas quand vous étiez gosse.

« Nous sommes tous Mohammed… » Les manifestants du 16 janvier 2014 rejettent radicalement (à tous les niveaux) la Une de Charlie Hebdo, l’hebdomadaire, et ses dessinateurs qu’ils soient morts ou vivants. Et, ils n’ont pas manqué de reproduire avec une quasi-perfection, le même mouvement de foule qui s’était produit en faveur du journal satirique. Mais une question reste encore sans réponse… Si l’on manifeste contre l’acte blasphématoire de représenter le prophète, n’est-il pas tout autant blasphématoire de s’assimiler à lui en clamant « Nous sommes tous Mohammed » ?

Mais de manière générale, les Algériens s’interpellent souvent par « Ya Moh » (eh moh ! ) ou « Ya Si Mohammed » (monsieur) quand ils ne connaissent par le prénom de l’autre. Ceci explique peut-être cela.

C’est après la prière du vendredi que les manifestants ont défilé dans les rues du centre-ville pour rejeter la nouvelle Une de Charlie Hebdo, déclarer leur fidélité au prophète, demander à ce que Daesh soit importé chez eux comme s’il s’agissait du dernier modèle Audi, rappeler que les frères Kouachi sont des martyrs et qu’implicitement les journalistes morts « l’avaient bien cherché »; et pour finir rappeler que le conflit israélo-palestinien, « c’est pas bien » !

Plus sérieusement, rendez-vous compte du sacrifice pour ces personnes d’aller manifester juste après la prière du vendredi. Habituellement, l’Algérien attend avec impatience la fin du prêche, vers 14 heures, pour pouvoir rentrer à la maison, bomber le torse devant la famille qui l’attend pour déjeuner et se faire servir le couscous en premier, en bon pater familias qu’il est. Il est donc compréhensible que ces manifestants aient mélangé tous les messages lors de cette manifestation : question d’économie.

La communauté musulmane (sans vouloir généraliser) avait l’opportunité de montrer la liberté d’expression dans les deux sens. Dénoncer un dessin considéré comme blessant sans cautionner le meurtre et le terrorisme. Mais l’heure était plutôt à la haine dans les rues d’Alger.

Fidèle à cette devise algérienne « Mieux vaut en rire qu’en pleurer », je trouve tout de même un peu de réconfort à voir que des caricatures de l’islam manifestaient contre une caricature du prophète. Charb , Cabu , Wolinsky et Tignous n’auraient-ils pas envoyé une nouvelle blague de l’au-delà ?


Après Bébé Doc, Pépé Boutef !

pépéboutefL’Aid est fini. Nous voilà bien repus de ce weekend sanguinolant, des abats à foison et des indigestions nocturnes. Cette année, ma page Facebook a été envahie de photographies et de vidéos qui traduisent l’épopée « moutonesque ». Entre mouton suicidaire qui tente de se jeter d’un balcon ou un autre qui n’avait plus rien à perdre et préférait mourir sur une autoroute que de finir dans l’assiette des Algériens.

Une chose est sûre, c’est que cette année, les moutons auront été de meilleurs révolutionnaires que nous. Ou c’est peut être que nous qui sommes devenus des moutons.

Après la réélection de Bouteflika à un 4ème mandat, ce dernier avait probablement exprimé sa joie en faisant des salto-arrières sur ses 4 roues. Mais Pépé Boutef ne nous a pas fait profiter de sa joie puisqu’on ne l’a plus revu depuis …depuis quand déjà?

En tout cas, le grabataire n’était point présent  lors de la cérémonie de l’Aid, à la grande « surprise » des médias. Peut être que la mosquée ne disposait pas de structures adaptées aux  handicapés, ou que la viande de mouton n’a pas suffit à lui donner le taux de fer dont il avait besoin. Dans ce cas, c’est un cheval qu’il aurait fallu égorger, peut être celui qu’il a offert à Mr Hollande tiens !

Même si nous n’avons pas pu jouir du petit minois moustachu du président à la cérémonie religieuse, sachez le, Pépé Boutef sera toujours là.

Mais alors que de nombreux musulmans sacrifiaient la bête, Jean-Claude Duvalier,ancien président à vie ou dictateur haitien décéde tandis qu’une certaine partie de son peuple rêvait probablement de le voir à la place du mouton. Alors que peu de gens ont pleuré la mort de Bébé Doc, allons nous pleurer la mort de Pépé Boutef?

Pour l’heure, le gouvernement algérien tient à ce que ça soit le cas, en organisant une « grande exposition » à l’effigie du président (encore vivant), à l’occasion d’une date pas banale. Le 60ème anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne.

(Petite entracte le temps que j’aille libérer mes entrailles) 

Comment un 60ème anniversaire, anniversaire clé d’une date clé ayant marqué l’Algérie puisqu’elle a fait de ses hommes des hommes libres; peut-être célébré de la sorte?

Un évènement qui pourrait être célébré de multiples façons en rendant d’abord hommage aux hommes et aux femmes qui ont permis ce 60 ème anniversaire. A la place, nous voilà affublés de ce culte de la personnalité presque pornographique par son exhibitionnisme, d’un président qui s’est décrédibilisé dans un premier temps en tant que politique (avec la modification de la Constitution pour les mandats illimités) puis dans un deuxième temps, en tant qu’homme tout court.

Nous Algériens, continuons notre longue traversée en Absurdie, où l’on fait l’éloge d’un homme qui n’a jamais touché une arme de sa vie, ni même foulé la terre maquisarde.

Comme si nous ne le voyions pas assez dans le hall de l’aéroport ou dans les manuels scolaires, il ne manquerait plus qu’on affiche son portrait sur les packs de lait.Surtout que l’intolérance au lactose est très handicapante. Sans mauvais jeu de mot.

Bouteflika, alors qu’il savait encore aligner plus de 2 mots à la secondes avait fait part d’une blague qu’on lui avait racontée à un journaliste. Simple plaisanterie ou auto-dérision? La seconde semble plus appropriée.

Un citoyen lui avait apparemment demandé de mettre une devise religieuse sur le drapeau algérien, à l’image des drapeaux irakien et saoudien. Bouteflika ne sachant quoi lui proposer, le citoyen lui répond alors « Allah Ghaleb » . Pour traduction « C’est dommage, mais c’est comme ça ».

Bouteflika en plaisantait, mais il ignore peut être qu’il est l’archétype même de cette devise.

 

 


Air Algérie : c’est le brouillard !

Le slogan d'Air Algérie "Always care for you" parodié par Billy Créations.
Le slogan d’Air Algérie « Always care for you » parodié par Billy Créations.

Depuis l’âge où j’ai commencé à regarder des films qui n’étaient pas forcément de mon âge, j’ai toujours eu une étrange passion pour les films catastrophes surtout quand le lieu de l’histoire était un moyen de transport : Speed, Des serpents dans l’avion, Titanic, Seul au monde … Des films qui me faisaient ressentir des émotions contradictoires : des rires aux cris. De plus, ils ajoutaient une petite dose d’adrénaline chaque fois que je voyageais. 

Pour l’avion, c’est une autre affaire. Même si les histoires de crash, tant dans la fiction que dans la réalité, me faisaient tenir le petit sac en carton comme mon meilleur ami de voyage, j’étais toujours rassurée à l’idée de prendre un vol Air Algérie. En effet, la compagnie ne comptait que très peu d’accidents, à savoir deux crashs, l’un en 2003 (102 morts) à Tamanrasset et le second en 2006 (3 morts).

On l’aimait bien, notre Air Couscous national : les carnets de coloriage, les plateaux-repas généreux, les hôtesses quadragénaires parfois maquillées comme des danseuses du Crazy Horse, ou d’un cabaret oranais pour être plus modeste.

On leur pardonnait presque leurs fréquents et interminables retards ainsi que leur shopping occasionnel dans nos valises qui leur ont fait une réputation en or (volé) !

Mais voilà que depuis quelques temps, Air Couscous s’enlise non pas dans la sauce aux légumes, mais dans une saga tragi-comique qui lui vaut une chute vertigineuse dans l’opinion algérienne. Aujourd’hui, certains n’hésitent plus à se tourner vers d’autres compagnies comme Aigle Azur ou Air France. (Bon j’avoue, je prends Aigle Azur depuis un moment, mais seulement parce que les retards d’Air Algérie étaient rarement compatibles avec les trains nocturnes allant de Marseille à Montpellier.)

La saga Air Algérie débute avec le drame du vol Ouagadougou-Alger, qui s’est écrasé au Nord-Mali le 24 juillet dernier, bilan : 116 passagers morts sur le coup. Fidèles à leur impatience, les médias se sont lancés dans toutes les suppositions possibles quant aux raisons de cet accident : détournement, appareil touché par un missile, raisons climatiques,défaillances techniques? Une personne en particulier a trouvé une explication beaucoup plus simple : c’est une compagnie du Tiers Monde.

« Si une dictature n’avait pas ruiné les Français, ils ne seraient pas obligés de prendre des compagnies aériennes du Tiers Monde. #AH5017 » – Nadine Morano

Venant d’une personnalité politique française dont la compagnie aérienne ne sert que 3 biscuits apéritifs au moment du déjeuner, la notion de Tiers Monde n’est peut-être pas très appropriée.

Ce crash, d’un avion algérien, sur le territoire malien,dont une grande partie des passagers était de nationalité française, a créé un certain brouhaha entre les différents acteurs chargés de gérer le drâme. Puis, on décida que c’était une affaire française ! De toutes les manières, Air Algérie s’était déjà lavé les mains de toute culpabilité en rejetant la faute (comme à son habitude) sur la nationalité « espagnole » de l’équipage. Histoire de dire que même une tornade à 200 km/h pourrait être évitée par nos pilotes.

Côté algérien, la crise a été gérée selon nos coutumes locales : pas ou alors très peu de communication quant aux avancements de l’enquête. Notre ministre des Transports, Amar Ghoul n’a pas manqué de mettre les pieds dans le plat en brandissant la boîte noire de l’avion comme un butin de guerre, qui n’est en réalité que le maigre butin de la faible souveraineté de l’Algérie dans cette affaire.

La faute « à la main étrangère »

Par la suite, de nombreux incidents techniques à des degrés de  gravité variables ont placé Air Algérie à la frontière de la redoutable liste noire.

A l’aéroport de Lille, un avion s’est enlisé en touchant le gazon, bloquant les pistes aériennes pendant deux heures. Il y a deux jours, double incident : sur le sol d’Alger, deux avions se « frôlent légèrement » , ne touchant qu’un bout de l’aile. Le fait est raconté comme si une voiture avait frôlé le rétroviseur d’une autre. Et c’est finalement un sanglier, qui clôt (momentanément) la série d’incidents d’Air Algérie, comme la malheureuse victime de la gestion médiocre de la compagnie aérienne. Et puis de toute façon, le halouf c’est hram !

Car il serait bien facile de dire, comme l’ont fait nos politiciens à de nombreuses reprises que c’était la faute « à la main étrangère ». Cette fameuse main qui pèse de tous ses maux sur l’Algérie depuis son indépendance. Les plus superstitieux pourraient aussi dire que c’est la faute au mauvais œil, celui qui remplace la main étrangère quand elle est en congé. En réalité, ces incidents n’ont fait qu’éclairer l’opinion algérienne sur la crise interne d’Air Algérie.

Car même en dehors de l’avion, des agents de la compagnie sont capables d’oublier un enfant pendant plus de 30 heures, alors qu’il était censé être accompagné lors de son  transit. Où sont donc passés ces agents si gentils avec les enfants voyageant en « UM », qui nous faisaient monter dans l’avion par le monte-charge qui transportait les chariots de plateaux-repas (Ceci est une histoire vécue).

Actuellement, Mohamed Salah Boultif est toujours à la tête de l’entreprise, malgré un silence de mort face à cette série d’incidents. Seul le président peut le limoger, encore faudrait-il qu’il prenne un avion Air Algérie. C’est donc Amar Ghoul qui se charge de porter la responsabilité (et la moustache) en annonçant un audit qui promet de faire tomber des têtes au sein d’Air Couscous.

En attendant, Air Algérie vous souhaite excellent voyage, et de rester en vie. Inchallah.

*halouf: cochon

*hram : péché


Cher journaliste, je ne vous salue pas !

migrants

Si vous ne le savez pas encore, mon dernier article portait sur le racisme anti-noir en Algérie, si vous le savez, alors tant mieux pour vous ! Et pour ceux qui ne le savaient pas, vous auriez dû car ceux qui le savent penseront que cet article tourne un peu à l’obsession puisque j’en remets une couche.

Mes excuses pour cette introduction plagiée sur Stéphane De Groodt, qui , vous devriez le savoir, est un excellent poète des temps nouveaux. Le fait est, que mes capacités rédactionnelles viennent d’être mises à mal , ou a néant (c’est comme vous voulez) après la lecture d’un article, des plus bluffants.

L’article en question date du 21 Août dernier , rédigé par un certain *** dont je ne citerai pas le nom comme ça vous lirez l’article avant. Étonnant par son contenu, autant que le journal sur lequel il le publie, l’auteur exprime clairement sa crainte voire son dégoût, envers l’ensemble des migrants et réfugiés présents dans le pays. En cachant à peine sa xénophobie, il argumente ses propos par les raisons douteuses de ces migrations ou encore la propagation du virus Ebola , pour enfin conclure sur la problématique suivante « L’Algérie a-t-elle vocation à accueillir toute la misère du monde? » .

Pour bien comprendre mon étonnement, la presse algérienne se divise en 2 catégories : les journaux pro-gouvernement, à l’image d’El Moudjahid , qui , au vu de sa Une vous donne l’impression que l’Algérie, c’est Monaco ! Ensuite , il y a les journaux dits « libres » à l’image du Quotidien d’Oran, où les journalistes se permettent de taquiner un peu les gouvernementaux. Une petite blague algérienne pour illustrer cette distinction.

 « Un homme achète un kilo de sardines chez le poissonnier,qui les lui emballe dans une feuille du journal « El Watan », l’homme rentre chez lui , en tenant le           paquet , puis s’empresse de les faire frire puis de les déguster .

 

Le lendemain,le même homme achète un kilo de sardines chez le poissonnier qui les lui emballe dans une feuille du journal « Le quotidien d’Oran », l’homme rentre chez lui et demande à sa femme de les lui griller (oui, il ne va tout de même pas cuisiner tous les jours ! ) avant de les manger.

 

Le surlendemain,il achète son kilo quotidien de sardines chez son poissonnier  qui les lui emballe dans une feuille du journal « El Moudjahid ». Sur le chemin, le paquet se déchire et les sardines tombent par terre. Fou de rage,l’homme s’exaspère « Ah ! en plus d’être un torchon , ce journal n’est même pas foutu de porter des sardines !  »

 

La conclusion ici, hormis le fait que le monsieur aime beaucoup les sardines, montre bien la qualité de certains journaux algériens. Avec cet article du Quotidien d’Oran, les sardines n’auraient pas fait long feu !

Alors,cher journaliste, je ne vous salue pas ! Et je vous conseille vivement de remettre votre diplôme dans le Kinder Surprise où vous l’avez trouvé.Je vous ferai quand même l’honneur d’étayer mon billet avec vos meilleures citations , que je mettrai même en gras. C’est cadeau !

« Des réfugiés supplémentaires risquent de nous tomber dessus et nous asphyxier de toutes parts […] de s’éparpiller dans le pays profond de l’Algérie, « Mecque des révolutionnaires et légendaire terre d’asile ».

Voilà un bien beau portrait qu’il dresse de notre pays. « Mecque des révolutionnaires et légendaire terre d’asile ! » . L’Algérie, bras grands ouverts, sur laquelle s’abat une pluie de réfugiés toxiques ! Au cas où son horloge biologique se serait arrêtée aux années 60, l’Algérie n’est plus « La Mecque » qui a vu Nelson Mandela y effectuer sa formation militaire. Car, aujourd’hui, l’Algérie n’est autre qu’un sanctuaire clos abritant un grabataire sur quatre roues entouré de ses larbins qui se délectent de sa sénilité. Cette même Mecque qui, par son caractère religieux a été le foyer d’une multitude de terroristes durant la décennie noire. Preuve que le mal ne vient pas forcément de l’extérieur !

« Il y a aussi la mauvaise gouvernance et la corruption, sévissant, notamment, en Afrique et dans le monde arabe qui sont à ajouter à ce constat ; et dans tout cela, l’Algérie, riche et puissance régionale, dit-on, est concernée au regard de ce qui se déroule à ses frontières. » 

L’Algérie riche, oui, mais seulement pour quelques uns! Puissance régionale, également, mais qui s’effondrera à la dernière goutte de pétrole qui sortira de nos sols. Cette Algérie si pure et innocente, qui voit entrer la corruption par ses frontières. Or, on le sait bien, celle-ci se développe tout aussi bien à l’intérieur du pays sans aucune influence extérieure.

« Après avoir accueilli des centaines de familles syriennes, solidarité arabe oblige, voilà que notre pays est assailli par des contingents d’africains, nigériens et maliens majoritairement, qui ont élu domicile dans les rues d’Alger et dans le pays profond. « 

Sans franchir la frontière du racisme, la juxtaposition des mots est assez flagrante. Entre l’accueil et la solidarité arabe qu’offre l’Algérie aux réfugiés syriens, s’opposent les contingents d’Africains qui arrivent tels des assaillants. Vous l’aurez compris, solidarité arabe, oui.Solidarité africaine, pas trop.

« Les hommes égrènent, en silence, un chapelet qu’ils arborent, ostentatoirement, manière de dire «on est musulmans,il faut nous aider ! »

Quand un Algérien arbore un chapelet,on dit qu’il est pieux. Lorsque c’est un réfugié qui le tient, c’est forcément un mendiant! Cette méfiance de l’auteur démontre à merveille la décadence de la solidarité musulmane. A croire que l’identité musulmane, en Algérie, ne se fait voir que lorsqu’il faut condamner le port des maillots féminins à la plage ou  manifester contre la réouverture des synagogues !

 

Il serait compliqué de critiquer chaque propos de cet article mais l’auteur a raison sur deux de ses inquiétudes. La première, qui n’est autre que la migration de terroristes venus de la frontière libyenne qui pourront à moyen ou long terme, mettre à mal notre politique de sécurité. La deuxième qui est l’indifférence du gouvernement face à ce phénomène de flux humains. Malheureusement, ce gouvernement nous a bien prouvé qu’il n’y a pas grand chose à attendre de lui, même pour des problèmes foncièrement internes au pays : la crise à Ghardaia, la gestion sécuritaire des stades après la mort d’Ebossé…

« L’Algérie a-t-elle vocation à accueillir toute la misère du monde?  » en sachant qu’une bonne partie de sa propre misère est déjà prise en charge en Occident. Toujours est-il que le poids de cette misère du monde, ne pèsera qu’à une infime proportion sur cette Algérie, qui subit déjà le poids de sa propre misère politique, sociale , intellectuelle et culturelle.

Alors, avant que vous ne finissiez asphyxié par les contingents africains, allez prendre l’air auprès de Mr Le Pen qui adhérera pleinement à vos idées; à moins que Monseigneur Ebola n’ait pris possession de votre corps, perdu dans cette « déferlante » de migrants et de réfugiés!

 

 


Carton rouge et brassard noir pour le football algérien

ALBERT-ÉBOSSÉRetour sur Mondoblog après quelques semaines de chômage, le petit palmier ayant décidé d’étendre ses feuilles sous le soleil espagnol et le vent portugais. Le parfum de rentrée se fait sentir aussi bien que les rouleaux de peaux mortes annonçant le décès imminent de mon furtif bronzage.

De retour à la réalité, après m’être un peu coupée des réseaux sociaux. Ma première connexion m’offre, après mon bain glacial en océan Atlantique, une deuxième douche froide. Albert Ebossé, joueur camerounais pour la JS Kabylie , décède juste après la fin d’un match touché par le jet d’un projectile « lourd et tranchant ».

Je suis tout d’abord étonnée, puis  la honte m’envahit lorsque j’apprends que l’objet que le défunt joueur a reçu n’est pas tombé du ciel, mais bien d’un supporter. Événement triste, mais pas si surprenant lorsque l’on voit l’ampleur des mesures de sécurité mises en place avant et après un match. Des dizaines de fourgons de police, des hommes prêts à maîtriser les foules sauvages de supporters en délire.

Sans faire dans la généralisation, il faut avouer que nombre de nos compatriotes, de mes compatriotes, en temps de match, sont bien souvent incontrôlables. Ne vous fiez pas a leur allure … maquillés grossièrement de la tête au pied, criant bien entendu « ehnaya les Algériens » (Nous on est les Algériens) histoire de bien vous rappeler qu’il ne faut pas les confondre avec des Suédois. Je me souviens parfois des vendredis familiaux que je passais chez mes grands-parents qui habitaient à quelques pas du stade du 5-Juillet, grand stade de la capitale, où il fallait souvent attendre une ou deux heures d’accalmie avant de pouvoir prendre la voiture. C’est dire que les sorties de match sont parfois similaires à une soudaine ouverture des cages d’un zoo… un scénario un peu à la Jumanji.

Et les femmes dans tout ça ? J’imagine déjà quelques dames à qui vous poseriez la question dans un salon de coiffure, éclatant de rire en se demandant de quelle planète vous provenez ! Comme des lions affamés, certains des supporters pourraient renifler les hormones féminines à quelques kilomètres de là, et si elles osaient s’en approcher … on leur laisserait le choix entre sauce samouraï ou sauce algérienne.

La Coupe du monde l’a bien prouvé. Même s’il y a eu quelques femmes parmi les supporters algériens envoyés au Brésil, nous avons surtout admiré des supporters bedonnants, barbouillés de peinture et vêtus de chapeaux si originaux que même Jamiroquai envierait !

Albert Ebossé, objectivement, n’est pas la première victime du football algérien. Nous pouvons rappeler par exemple, la mort de deux jeunes supporters dans l’effondrement d’une tribune à Alger. Ou encore, deux autres fans des Fennecs lors des défilés post-match Algérie-Russie. En Algérie, certains restent liés à la mort dans la joie comme dans la tristesse avec le football !

Mais en réalité, de quoi devrions-nous avoir honte ? De la bêtise du supporter ou de son racisme ? Une réponse que nous n’aurons peut-être jamais puisque le coupable court toujours et que le gouvernement a toujours d’autres chats à fouetter, comme le dernier court métrage du président Bouteflika recevant Rached Ghannouchi (restez concentrés sur les fleurs). La FAF (Fédération algérienne de football) quant à elle, s’est contentée de donner deux jours de vacances aux joueurs : une suspension des matchs du 29 au 30 Août.

Si la raison de cet acte est raciste, alors le coupable peut dormir sur ses deux oreilles, car le racisme coule des jours heureux en Algérie.

Malgré sa sonorité mignonne « Kahlouche » (noiraud) cache bien souvent très peu de considération pour les Noirs parfois traités comme des sous-hommes. Certains en sont réduits à cirer des chaussures sous un parasol en espérant se faire quelques sous. Vous verrez rarement (pour ne pas dire jamais) un Algérien assis par terre demandant à cirer des chaussures … de toute façon, ils ne cirent même pas leurs propres chaussures ! En bref, il n’est pas bon d’être noir en Algérie.

Africains, anciens colonisés, parfois musulmans. Beaucoup de choses relient les Algériens aux autres Africains, et pourtant, certains vivent encore à l’époque de la traite des Nègres. Il existerait peut-être une sorte de chaîne alimentaire du racisme, où certains ressentent le besoin de faire payer pour le racisme dont ils sont victimes en Europe. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité ou comme on dit chez nous, le singe qui fait du zèle à une banane !


Ramadan en Algérie : le pardon, le partage et la poêle à frire

violence_ramadhan

Voici déjà quelques jours que le mois « sacré » du ramadan a pris place dans les foyers musulmans. Entre thé à la menthe et conflits au Moyen-Orient, on partage, on pardonne et on ne peut plus esquiver les repas de famille.

Pour ma part, ces premiers jours se déroulent en France où mes repas ressemblent plus à une initiation à la cuisine algérienne qu’autre chose. Après avoir ingurgité des litres de chorba et de Selecto, me voilà fin prête à découvrir la série traditionnelle du ramadan via mon ordinateur posé sur le socle qu’est devenu mon ventre. N’ayant pas accès à la chaîne terrestre, je me résous donc à aller sur Canal Algérie , chaîne dédiée aux Algériens résidant en France , puisque j’en fais partie désormais.

En Algérie, les soirées ramadanesques seraient vides de sens sans le célèbre « mouselsel », qui signifie feuilleton. Ces séries mélodramatiques, semblables aux « soaps » ou aux « télénovelas » trouvent pour principales cibles : les ménagères, les personnes dépressives et ceux qui aiment avoir matière à faire de l’humour noir.

Je vous laisse deviner ma catégorie.

La série dont je me suis imprégnée tourne autour d’un double portrait, celui de deux femmes au foyer (premier cliché), dont le quotidien se résume à faire la vaisselle et à éplucher des patates (deuxième cliché) et qui entretiennent des relations quelque peu houleuses avec leurs conjoints. En Algérie, il faut comprendre par « relations houleuses » qu’elles se font battre par leur mari. C’était le troisième cliché.

La règle des trois « C » (Chômage, Cuisine, Conjoint) ayant été appliquée à la lettre, la série a  tout pour plaire.

Contrainte à baisser le volume au bout de trois minutes (à cause des hurlements), je découvrais donc ce nouvel épisode, me demandant s’il y avait matière à rédiger un billet sur le sujet. Tout le long de l’épisode, un homme frappe sa fille au visage, il s’attaque ensuite aux cheveux de sa femme; l’autre femme pense au divorce dans sa cuisine, une autre fille pleure en épluchant des pommes de terre dans une autre cuisine (oui la cuisine est une pièce maîtresse dans les séries du ramadan). La violence et la tristesse sont les mots « sacrés » de ce mois.

La violence oui, mais pas n’importe laquelle. Celle qui choque et fascine à la fois. La dernière scène de l’épisode montre une violente dispute entre une des héroïnes (ou zéroines) et son mari. C’est à qui crie le plus fort et réveillera en premier les voisins. A la fin, la femme hurle qu’elle veut divorcer et vivre seule avec ses enfants, car elle ne supporte plus d’être mariée à un voleur,un menteur, un assoiffé d’argent … La femme aurait pu continuer à énumérer ses défauts, avant qu’elle ne se prenne une poêle au visage.

L’homme se trouvant fort dépourvu quand la crise fut venue ne trouva d’autre moyen que d’attraper la poêle dans laquelle des frites (d’où la récurrence des pommes de terre) bouillonnaient tranquillement dans de l’huile à 190°.

J’aurais un message à passer à cet homme : « Des gens meurent de faim , alors en ce mois sacré, pense au moins à retirer les frites avant de frapper ta femme avec la poêle ».

Je pense qu’il est inutile de vous faire part de mon dégoût, mes toilettes en sont déjà chargées.

Je ne comprendrai décidément pas quel est l’intérêt d’aller purifier son corps et son esprit en satisfaisant sa journée de jeûne par ce genre de poison mental.

A l’avenir, je regarderai Les feux de l’Amour, au moins, Victor ne bat pas Nicky !

 


Une qualification sans frontières.

A Gaelle, et tous les autres supporters blessés…

Célébration de la qualification à Montpellier.
Célébration de la qualification à Montpellier – Crédits: Lina Trabelsi

L’Algérie et le football ne font pas souvent bon ménage. En France, quelques débordements font le bonheur de la politique de recyclage du FN , au prix d’une désinformation souvent risible. Mais aujourd’hui,c’est l’Afrique qui s’indigne.

Toute la communauté des supporters algériens convulsait de joie , courant dans tous les sens , à pied , en scooter ou en voiture ; brandissant le drapeau au son des derboukas et sous les fumées rougeâtres des fumigènes made in China.

Alors que les plus fous rêvaient déjà d’une victoire de l’Algérie comme finaliste de la coupe du monde, voilà qu’un personnage aux allures d’un soldat blessé de la Grande Guerre balance une grenade en direction de son propre continent , pardon , de celui de ses parents .

« Cette qualification est pour tous les algériens du monde, pour les arabes et tous les musulmans »

Tant pis pour les africains, ils n’auront qu’à supporter le Nigéria. Et puis, autant mettre les non-musulmans dans le même sac au passage.

Personne ne demande à Ribéry de parler correctement français , alors ne demandez pas à Feghouli de savoir d’où il vient.

Si tout est confus à ce niveau là, Feghouli (joueur franco-algérien né à      Levallois-Peret) reflète de manière assez honnête la mentalité nombriliste de certains algériens. Les voisins se scrutent au travers de leur judas, les Oranais et les Constantinois se traîtent respectivement de débauchés et de constipés, et notre propre gouvernement nous vend la haine de notre voisin marocain. Feghouli dédie la qualification aux algériens musulmans qui ne savent même pas (ou peu ) aimer leur prochain , si ce n’est dans un cercle sanguin réduit.

Avec ce magnifique couscous de jalousie, de régionalisme et de rancoeur, comment voulez vous qu’un joueur franco-algérien qui apprend encore son hymne national puisse penser à des personnes étrangères à sa maigre culture , qui risque encore de s’amoindrir à l’approche du ramadhan. Il se contredit lui-même car évoluant dans une équipe dirigée par un bosniaque , jouant avec des algériens, des français, et un congolais (Rais M’bolhi , gardien de but dont le père est congolais).

La qualification de l’Algérie ne doit pas être dédiée selon des standards de sélectivité arabo-musulmane.Elle appartient à tous ceux qui ont vibré devant leur télévision , qui ont soutenu cette équipe,et à ceux qui ont défilé dans toutes les rues aux côtés des algériens qu’importe la couleur de leur dra-peau.

 

 


De la nécessité de la « maarifa » en Algérie

"Tu as une connaissance?"
« Tu as une connaissance ? »

En Algérie, il existe deux croyances appliquées à la lettre par les habitants. Il y a l’Islam bien entendu, mais aussi et surtout la « maarifa », peut être plus importante que la religion musulmane dont le pays se réclame.

Cette dernière étant déjà religion d’Etat, la « maarifa » serait donc une devise d’Etat, une sorte de « In maarifa we trust ».

Voilà que je viens de citer ce mot trois fois sans l’avoir clairement défini. Il ne s’agit pas d’une religion alternative de type vaudou ou autre, même si la pratique est devenue rituelle en Algérie. La maarifa, c’est « la connaissance », celle qui s’associe au piston, et qui vous ouvrira les portes de différents paradis, plus ou moins luxueux. Cette maarifa s’étend depuis des décennies sur tous les secteurs possibles et imaginables. De l’entreprise pétrolière à la quincaillerie du coin. Elle peut s’avérer nécessaire à la Daira* quand vous souhaitez accélérer une demande de passeport, à l’hôpital si vous voulez passer avant une centaine de personnes pour un scanner ou encore pour vous faire embaucher à un poste confortable dans une entreprise.

Nécessaire, que dis-je , elle est indispensable !

La maarifa ne connaît aucune limite, elle ne fait aucune distinction entre les âges, les sexes ou les niveaux sociaux. Tout le monde en a au moins une mais ne l’a jamais touché de près. Elle apparaît généralement au cours d’une conversation entre individus entamée par une phrase type: « Mon cousin travaille dans cette entreprise et il connait bien le patron, je vais lui filer ton numéro » .

Bien entendu, la maarifa n’est jamais gratuite, et même si elle est la sœur jumelle cachée de la corruption, elle ne se monnaye pas forcément. Parlons plutôt d’un troc ou d’un échange de bons procédés. Mon père, médecin, en est l’exemple parfait et sait depuis de nombreuses années manier l’art d’échanger les services, au profit d’un carnet de contacts bien rempli . « Appelle Mr…….. de ma part, dis lui que j’avais passé une radio à sa femme il y a quelques mois ». Et je peux vous le dire, s’il s’avère un jour que la maarifa est un péché, je me réserve une chaleureuse place en Enfer.

S’il est très facile de connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui peut vous rendre un service, il est plus compliqué de s’établir un réseau solide et durable au point de juste connaitre quelqu’un.

A vos calculatrices !

La maarifa peut se définir comme une fonction exponentielle faisant intervenir la qualité du service et la valeur intrinsèque de celui qui vous le propose, moyennant une variable, celle des intérêts émis par l’intermédiaire (celui qui connait quelqu’un qui connait quelqu’un …) .

A vos calculatrices ! Considérons qu’un certain Mohammed, chômeur diplômé, en recherche d’emploi, connaît Mahmoud qui connait Brahim, cadre dans une grande entreprise d’agro-alimentaire. Mahmoud, qui a déjà rendu un service X à Brahim, lui demande d’employer Mohammed. Quels seront les intérêts perçus par Mahmoud?

Je vous donne la réponse, ne pouvant subvenir à vos demandes de récompenses . Quand Ibrahim sera embauché, celui-ci devra dans un futur proche ou lointain, embaucher la fille ou le fils de Mahmoud, ou une autre connaissance proche de ce dernier.

C’est mathématiquement prouvé, la maarifa est un secteur socio-économique à part entière. Même s’il est du stade de l’informel, les disciples de cette secte ne se comptent même plus, tant il a été massivement accepté et démocratisé. Tant pis pour la justice ou l’équité, si vous souhaitez passer au travers, vous ne ramasserez que les moqueries de ses initiés.

Aprés les calculs, passons maintenant à la solution de notre problème. En définitive et selon le théorème algéro-mafieux, la maarifa est une fonction exponentielle dont le résultat est la réussite, résultat qui s’oppose à celui de la méritocratie.

*Daira : préfecture


Des Verts et des pas mûrs

Il existe un point commun entre la blogueuse algérienne que je suis et les supporters de l’équipe nationale. Nous sommes tous les deux verts. A la seule différence qu’ils sont Verts de la tête au pied, tandis que moi, je suis verte de rage.

Pourtant, je me souviens bien d’une adolescente qui était encore loin de se soucier de la dangereuse tournure politique que prenait son pays. Une adolescente qui n’hésitait pas à sortir le maillot de foot vert et blanc et à s’enduire le visage de peinture Made in China au point d’en développer un urticaire sévère.

La position phare du supporter algérien lors d'un défilé.
La position phare du supporter algérien lors d’un défilé.

Si le foot unit les peuples, il peut aussi les désunir. Preuve à l’appui. En 2010, l’équipe algérienne de football se rendait au Caire pour disputer le match contre l’Egypte pour la qualification au Mondial 2012. L’accueil fut des plus chaleureux, les Pharaons n’ayant que très peu d’estime pour les Fennecs. Après caillassage du bus de l’équipe et quelques blessures pour certains joueurs, la guerre fut déclarée. Dans la capitale, on voyait des jeunes défiler avec des boites en cartons déguisées en cercueil et ornées du drapeau égyptien. Du côté égyptien, on entendait parler d’étudiants algériens qui se faisaient agresser car ils étaient algériens, et que le foot passait avant toute idée de tolérance et de vivre-ensemble. Ceux qui se trouvaient le cul entre deux chaises, étaient bien entendu les couples mixtes, dont certains ont choisi de suivre la même lignée que les deux peuples : le divorce.

Comment un sport peut-il avoir une telle incidence sur des comportements inter-relationnels ? Pourrait-on concevoir une guerre entre deux quartiers après un affront violent entre deux joueurs de domino ?

Un vieil Algérois vêtu d’un shangai pourrait me répondre simplement « Benti, les algériens ont le sang chaud ! Et puis, tu es une fille, tu ne peux pas comprendre, le foot c’est tout ce qu’on a ! ».

C’est donc tout ce que l’Algérie possède. Un beau méchoui halal de joueurs pour la plupart importés d’Europe, courant vers le pays de leurs parents (accompagné d’un chèque) comme un âne vers la carotte. Une équipe qui, le temps d’une qualification et de 3 matchs en Coupe du Monde, fera oublier à l’Algérien ses tracas quotidiens.

Rien n’est plus beau que de voir un peuple s’unir le temps d’une soirée au nom du sport !

Rien n’est plus laid que de voir des supporters bafouer des règles primaires du fair-play et du football qu’ils adulent tant, en huant l’hymne du pays adverse, en jetant une bouteille de yaourt contre un arbitre ou en envahissant un stade au risque de faire sanctionner leur propre équipe.

Je sens qu’après cet article, certains m’attendront de (coup de) pied ferme à Alger !

 

*shangai: également appelée « bleu de chine » , il s’agit d’une tenue portée par beaucoup d’Algériens , sorte de chemise en jean à col Mao.

*benti: « ma fille » en arabe

 

 


Africaine ? Moi ?

Basilique "Notre dame d'Afrique" située sur les hauteurs d'Alger. Nommée par certains algérois "Madame l'Afrique"
Basilique « Notre dame d’Afrique » située sur les hauteurs d’Alger. Nommée par certains algérois « Madame l’Afrique » – © Lina Trabelsi

Je suis Algérienne. A ma naissance, on a coupé mon cordon ombilical pour en laisser un morceau souvenir à ma mère. Par la suite, on a délicatement tamponné mon front de l’invisible mention « arabe et musulmane ». Je suis née en Algérie , un pays peuplé d’arabes ,de kabyles ,de mzab, de chaouis,de touaregs…bref…un fourre-tout culturel. Ces différents peuples sont les résultats de nombreuses migrations entre les pays qui bordent les frontières algériennes : Maroc , Tunisie , Libye , Mali , Niger, Mauritanie. Bref, l’Afrique quoi !

L’Afrique. Voici un mot bien grand dans la bouche des Algériens , mais bien plus petit dans leur culture. Dans mon pays, l’Afrique n’a de nom que celui d’un contenant géographique et territorial, comme si l’Algérie était tombée dedans par le pur hasard des mouvements sismiques.

Lors de mon premier séjour en Afrique de l’Ouest, mon choc a été de voir comment j’étais perçue par d’autres habitants du même continent que le mien. Je me sentais un peu comme « le nouveau voisin bizarre du 3ème ». Vous savez ? Celui qui vient d’emménager dans votre immeuble et que vous n’osez pas inviter chez vous parce qu’il habite seul avec ses 3 chats et qu’il jette tous les jours ses poubelles à la même heure.

C’était moi , c’était l’Algérie. Ce pays qui a choisi de s’enfermer dans son petit club privé du Maghreb où règnent toutes sortes de chamailleries avec le Maroc ou l’Egypte sous fond d’indépendance saharienne ou de spéculations footballistiques.

J’ai bien tenté de chercher le coupable ! L’école? Mon manque de curiosité? Ou peut être le président Houari Boumediene qui,de son vivant, avait hissé le drapeau algérien en direction des aigles de Nasser et du panarabisme.

Qu’est-ce que le monde arabe nous a donné de plus que l’Afrique aurait pu nous donner? Une vue panoramique sur les printemps arabe , la burqa ou les séries édulcorées égyptiennes. Mais je ne vais pas cracher dans la chorba, sans le Moyen Orient, je n’aurai pas eu Naguib Mahfouz, Fayrouz ou même une 3ème langue sur mon C.V. J’aurai quand même aimé grandir en lisant Léopold Sedar Senghor, sous les notes d’Alpha Blondy.

Il a donc fallu que j’aille au delà des frontières maghrébines pour découvrir ma nouvelle identité avec comme caractéristiques: la générosité,l’humanisme et la simplicité.Cela est-il valable pour tous les Algériens? Ca semble bien compliqué du fait qu’ils préféreraient se payer un billet Alger-Paris pour aller à Disneyland plutôt qu’un aller Alger-Abidjan pour un stage d’initiation à l’africanisme.

Pour l’heure on ne peut que constater les dégâts causés par l’isolement du pays dans son propre continent : du racisme à toutes les sauces, repris sans concession par certains médias locaux. 

Qu’on vienne me parler de la « grandeur arabe et musulmane » alors que certains rejettent ouvertement leurs propres voisins , parmi eux des frères musulmans. N’est-il pas précisé dans le Coran que c’est bien un noir, Bilal Ibn Rabah qui a été le premier Muezzin de l’Islam ?

Afrique, si tu m’entends. Ouvre moi tes bras et libère moi de l’actuelle schyzophrénie arabo-musulmane, je te promets d’apprendre à danser le coupé-décalé, à préparer l’attiéké et à toujours avoir un CD de Papa Wemba dans ma poche.

 

 

*chorba: soupe traditionnelle largement consommée au Maghreb , surtout en Algérie et au Maroc.
*attiéké : semoule de manioc


Aprés l’ivresse Mondoblog , la gueule de bois.

C’est fini. Voici la phrase qui accompagnait ma dernière vue sur Abidjan , alors que mon avion décollait pour Paris. La ville était vêtue de ses plus belles lumières nocturnes, avant qu’elle ne disparaisse sous les nuages de l’altitude. Il était temps de lui dire au revoir, même si ma tête ne cesse d’entendre « Akwaba » de toutes parts.

De retour à Montpellier , la ville que j’avais quitté avec une certaine appréhension et que je retrouve dans la confusion.Se quitter pour mieux se retrouver ? Quelques doutes s’emparent de moi en même temps que la solitude. Je ne pourrai plus débattre sur l’intrigante texture des croissants , de m’indigner du retard interminable des cuisiniers à nous servir le repas , ou faire le bilan des personnes qui sont tombées malades pendant le séjour.

Les lézards aux allures de dinosaures ont été remplacés par les pigeons grassouillets nourris aux frites du Mc Donald. Tandis que je n’ai plus aucune crainte à passer sous un cocotier puisqu’à Montpellier , il n’y en a pas.

mondoblog_bassam

Remontons quelques semaines plus tôt. Je m’enjaillais à l’idée d’aller au pays de Drogba et des éléphants puisqu’on ne le rappellera jamais assez. Mais au delà de tout ça , j’ai découvert des choses bien plus grandes que ce à quoi je m’attendais. Car au delà , il y a les Mondoblogueurs. Ces 67 personnes venus des 4 coins du monde et de la francophonie , d’horizons parfois inattendus. Chacun d’entre eux a son histoire , qu’il porte fièrement sur ses épaules et dans ses billets. Le genre de personnes qui vous donnent des claques chaque fois que vous discutez avec eux. Mais je n’oublie pas ceux qui portent le projet Mondoblog , l’équipe de l’Atelier des Médias : Ziad Maalouf et Simon Decreuze , les big boss de la formation. Raphaelle Constant et Manon Mella, qui portent en elle la philosophie Mondoblog mieux que personne. Sans oublier Philippe Couve, fondateur de Mondoblog et qu’on ne cessera de considérer comme notre papa à tous , qui comme un père , fonde tous ses espoirs dans ses blogueurs. Enfin, mes derniers remerciements vont bien entendu à tous ceux qui ont donné de leur temps et de leur savoir à nous , Mondoblogueurs. Merci à RSF, J++ et France 24 pour ces précieuses connaissances !

Car oui, je retiendrai surtout ces rencontres qui, en même pas quelques heures, ont su combler les côtés creux de ma personne. Simplicité, gentillesse et humour, 3 mots qui vous définissent le mieux, vous les Mondoblogueurs, amis d’un instant et mémoires pour toujours!

Habituée à faire dans l’humour, je n’ai pas envie de vous laisser dans l’ambiance d’un billet mélancolique. Alors je continuerai à me rappeller les moments de joie qui ont accompagné cette formation , mais aussi , quelques dérapages innatendus qui ont ajouté un petit coté « épique ».Le plus mémorable restera bien évidemment l’explosion du climatiseur en pleine préparation de l’émission « L’Atelier des médias spécial Mondoblog ». Il faut dire que le technicien avait une bien curieuse façon de rafistoler les câbles électriques. Encore , le plongeon historique de Ziad « Maalof » tout habillé dans la piscine de l’hôtel, entraînant dans son mouvement une bonne trentaine de Mondoblogueurs, comme un troupeau de pingouins. Et je ne peux non plus oublier le safari aérien de notre ami mauricien Stéphane, dont l’avion a été retardé d’un jour du fait d’une collision avec une antilope.

Mon titre conclut cette expérience. Après avoir vécu 10 jours d’une richesse humaine des plus inattendus , il ne me reste plus rien que des souvenirs et de belles images d’une réalité éphémère qui s’est transformée en rêve.

En réalité , ma gueule de bois a vraiment eu lieu . Ce matin , après ma première nuit sous ma couette IKEA , je me lève avec des nausées et quelques perturbations digestives …symptômes semblables à un lendemain de cuite. J’imagine que les cuisines de l’hôtel ont voulu me laisser un souvenir d’adieu.

Pour y remédier : fleurs d’hibiscus , eau , sucre et menthe.

Seuls les vrais comprendront.

mur_abidjan

 


Le dernier clip de campagne de Bouteflika : décortiquer le vrai du faux

Plus qu’un jour avant l’élection présidentielle algérienne. Je pourrais vous parler des derniers évènements qui ont secoué le pays à la veille de cet événement très attendu dont de nombreux Algériens connaissent déjà le résultat. Mais je ne le ferai pas, car comme les jours qui précèdent le baccalauréat, mieux vaut se reposer qu’avoir la tête dans les livres de cours.

Comme la direction de campagne de Bouteflika a lu dans mes pensées, elle a publié le 15 avril son dernier spot de soutien (puisque la campagne électorale est désormais terminée). Le dernier court métrage de soutien à Bouteflika « Notre serment »,  tourné comme un « We are the World » version morbide avait provoqué un immense tollé auprès de l’opinion publique, amenant de nombreux artistes à justifier leur participation à ce clip.

L’équipe de campagne de Bouteflika a quand même le mérite de retenir de ses erreurs, en diffusant ce nouveau clip « Avec toi tous unis » sentimental à souhait et aussi mielleux que nos pâtisseries traditionnelles.

D’un premier abord, le clip présente différentes séquences censées représenter les différents acteurs de la société algérienne. Le pêcheur qui retrouve sa famille, le père expliquant le terrorisme à son enfant, la jeune fille de la Casbah qui va travailler et tant d’autres. Mais ne nous égarons pas, car je compte bien rectifier ce clip à la minute près pour ne pas laisser croire à certains que le bilan de Bouteflika consiste à aller joyeusement pêcher la sardine au large méditerranéen ou à aller regarder un match dans le café du coin.

0: 00 à 0: 32 : Le pêcheur 

Début du clip, un jeune homme, vêtu d’un sweat et d’une casquette sur une barque au large. Naïvement, j’ai anticipé sur la suite de la scène pensant qu’il s’agirait d’un « harraga » qui déciderait d’abandonner sa barque pour retourner vers sa terre natale… grâce à qui ? A Bouteflika bien sûr ! Malheureusement, je n’ai aucun talent prémonitoire puisqu’il s’agit simplement d’un pêcheur. Ne m’en voulez pas, mais vous aurez plus de chance de trouver « harraga » que « pêcheur » au duo « barque » et « algérien ». Après une pêche plutôt correcte, le pêcheur retrouve sa femme et son enfant et s’en va gaiement vers sa routine quotidienne.

0: 32 à 1: 03 : Coup de foudre dans les embouteillages 

Nous voilà maintenant dans les rues d’Alger centre reconnaissable à ses bâtisses historiques de style haussmannien. Un conducteur, stressé par les embouteillages ne cesse de klaxonner. Jusqu’ici, tout est normal, les Algériens étant connus pour figurer parmi les pires conducteurs du globe. Tout d’un coup, une autre voiture arrive avec plusieurs personnes dont deux femmes voilées assises à l’avant, joyeuses, tapant des mains et dansant. PAUSE. En Algérie, les femmes voilées sont bien connues pour être des conductrices assez particulières. Dans la vraie vie  la conductrice aurait déjà éraflé la voiture du monsieur, et celui-ci serait sorti furieux de sa voiture en insultant la dame et en attaquant tout son patrimoine généalogique. A la fin, ces deux sourient et se font même un petit « coucou ». Si seulement les trajets en voiture pouvaient être comme ça dans la vraie vie !

1: 04 à 1: 48 : Wonder Woman de la Casbah 

Cette séquence peut sembler montrer l’émancipation professionnelle de la femme, à travers la jeune femme qui quitte la maison familiale de la Casbah pour aller se rendre à son lieu de travail. J’ai quand même noté deux éléments assez furtifs, mais qui font partie du discours même de Bouteflika quant à son bilan présidentiel. Le premier élément est le zoom sur le fusil accroché au mur. Fusil, guerre, guerre d’Algérie. Un événement ancré dans toutes les mémoires, transmis de générations en génération et qu’on aime bien ressortir à toutes les sauces. Tous mes respects aux moudjahidines, afin de ne pas oublier que sans nos aînés, nous serions peut être encore sous le joug colonialiste. Et Bouteflika fait partie de cette génération d’aînés.

Deuxième élément ; lorsque la jeune femme marche dans la rue on a droit à la petite vue sur « le tramouay » , le fameux, qui est une réalisation de l’ère Bouteflikienne. Même si cette ère n’a pas encore touché à sa fin.

1: 48 à 2: 11 : Le spectre du terrorisme 

Un enfant et son père. Duo attendrissant. Le père protecteur qui retient son fils alors qu’il allait traverser sans regarder. Bonne initiative en  connaissant les conducteurs algériens. Les deux se promènent lorsqu’ils passent devant un écran de TV diffusant des images de la crise syrienne. L’enfant semble apeuré face à ce massacre, puis son père le rassure , avant que l’enfant retrouve le sourire. On peut aisément deviner les dires de son père « Ne t’inquiètes pas mon fils, l’Algérie est un pays stable maintenant, le pire est derrière nous ». Heureusement que son fils n’a pas lu les journaux dernièrement pour découvrir les émeutes destructrices de Ghardaïa, dans son pays.

2 :11 à 2 : 34: Le barbu trop bien intégré 

La dernière séquence est censée refléter l’une des oeuvres les plus importantes du président et celle qui a le plus marqué le peuple algérien. La concorde civile ou la Charte de la réconciliation nationale. Celle-ci a consisté à réconcilier en quelque sorte le peuple algérien avec les anciens terroristes en leur offrant l’amnistie sous la condition unique de la repentance. Cette « réconciliation » est ici illustrée par un musulman (et je ne dirai pas islamiste) vêtu de la gandoura. Il est très rabaissant de penser que les terroristes sont tous vêtus de la sorte, ou qu’à contrario tous les hommes vêtus de cette manière seraient des islamistes fanatiques complètement marginalisés de la société civile. Ce qui n’est réellement pas le cas en Algérie.

Enfin, le clip se termine sur une courte séquence du président entouré d’enfants (parce que c’est plus mignon) avec le slogan « Pour la paix et la stabilité de notre pays ». Tout est dit, voici les deux arguments phares du président : Paix et Stabilité, à travers la réconciliation nationale, la modernisation du pays la sécurisation du territoire et j’en passe. Les communicants auront omis de signaler les différents scandales financiers qui ont ébranlé la sphère politique ou encore les dernières émeutes à Ghardaïa qui remettent en cause ladite « stabilité » du pays.


Pourquoi je voterai pour Bouteflika le 17 avril

akakir

(source photo : Akakir)

Depuis mes précédents articles, je n’ai cessé de taper sans aucune pitié sur la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à son propre poste de président de la République. Plutôt qu’un sprint en fauteuil roulant, ce dernier a préféré organiser un marathon de partisans à son profit. J’ai eu tort. Ces dernières semaines m’ont ouvert les yeux quant à la candidature du président Bouteflika, car il est bien le seul à pouvoir gérer notre pays, de sa main (droite) de fer ! (La gauche étant un peu plus molle). De nombreux partisans et représentants du président, du simple civil à son directeur de campagne (notre cher ex-chef du gouvernement Abdelmalek Sellal) m’ont finalement convaincu de voter Bouteflika aux élections du 17 avril …enfin… si le consulat se décide à envoyer ma carte d’électeur. Si c’est le cas, je penserai à toutes ces choses que Bouteflika a fait pour l’Algérie et que je n’ai cessé d’entendre ces dernières semaines.

Grâce à lui , je bois du café : 

Depuis quelques années, le consommateur algérien a pu observer une explosion des marques de café sur le marché. Nizière, Bonal, Facto, Mani, Famico et j’en passe, remplissent désormais les étals des supermarchés et épiciers de quartier. Etant une petite nature, mes expériences avec ces cafés m’ont généralement valu des palpitations et des nausées sévères. Par précaution, de nombreux cafés préfèrent servir à leurs clients du café « Lavazza » (donc italien) plutôt que le bon vieux tord-boyaux local. Mais les « qahwaji » restent toujours fidèles au local en servant le bon vieux « café press » à leur clientèle aussi viril que le gout du café qu’ils boivent. Cependant, je ne m’étais jamais posé la question sur cette large gamme de cafés qui se répandait en Algérie, pensant que le café était aux Algériens ce que le riz est pour les Chinois, un point c’est tout.

Mais voici qu’une mystérieuse supportrice de Bouteflika est invitée sur un plateau télévisé pour vanter les mérites de son grabataire. Son argument de choc : « C’est grâce à lui que nous buvons du café ». Enfin, elle ne l’a pas vraiment dit comme ça, disons que je m’en tiens à une simple reformulation de son argument qui était le suivant :

 « Avant, on ne trouvait même pas un seul endroit où prendre un café. Aujourd’hui ,en rentrant dans nos grandes surfaces, on se croirait en France ou aux Etats-Unis. Tout est disponible. Et c’est grâce à qui ? C’est grâce à cet homme : Bouteflika ! « 

Je ne vais pas m’attarder à faire la comparaison entre un supermarché algérien et un supermarché américain. Pour la conclusion si vous voulez toucher un algérien au coeur, parlez-lui de café !

C’est Allah qui l’a choisi 

Dans la catégorie des meilleurs partisans de Bouteflika, j’appelle « le visionnaire ». Encore un autre invité d’une émission de la chaîne publique (si dévouée à la neutralité de l’information ) qui déclare : « Dieu a donné le pouvoir au président Bouteflika pendant quinze ans, vous êtes contre Allah ?  » . Et c’est ainsi qu’Allah fit une révélation à Abdelaziz Bouteflika un jour d’avril 1999 « Mon petit , je te donne le pouvoir, durant quinze ans tu régneras sur l’Algérie, tu sortiras ce pays de la médiocrité, gagneras le second mandat à 84,99 % des voix parce que 85 %, ça fait moins crédible. Tu useras d’intelligence pour modifier la Constitution et mettre fin à la limitation des deux mandats. »

Voilà qu’on élève Bouteflika au statut de prophète. Mais si Allah lui a donné le pouvoir pendant toutes ces années, va-t-il lui donner l’immortalité ?

Parce que Cheb Khaled peut boire du whisky avec ses amis 

Après Allah et le café, Cheb Khaled est probablement le 3e plus grand centre d’intérêt des Algériens. Ambassadeur musical de l’Algérie à travers le monde entier, adulé par les pays arabes, à un tel point que le Maroc lui a offert un passeport. Qui de mieux placé pour parler de Bouteflika ? Un artiste résidant en France, puis au Maroc et qui  grâce à Bouteflika effectue des séjours au bled un peu plus « agréables » en allant boire un whisky avec un ami dans un grand hôtel. Un luxe que beaucoup d’Algériens ne peuvent se payer !

Parce que les moustiques du « printemps arabe » ne nous ont pas atteints

Depuis le début de la campagne du président Bouteflika, Abdelmalek Sellal ne cesse de nous régaler avec ses « sellaliates », friandises humoristiques que je ne saurais compter tellement elles sont nombreuses. La dernière en date, celle du « moustique », ou devrais-je dire, le « printemps arabe ». Car c’est ainsi qu’il nomme le « printemps arabe », à qui le président Bouteflika aurait « fermé la porte ». Toutefois, il tient à signaler que si le moustique tentait d’entrer par la fenêtre, « nous, nous avons du Moubid* pour les exterminer! » .

Tout est dit, les moustiques du « printemps arabe » n’auront qu’à bien se tenir !

Parce qu’il s’adresse toujours directement au peuple (ironie)

Depuis son retour en Algérie après son AVC contracté en avril dernier, Bouteflika est très rarement apparu sur la sphère médiatique. Voire jamais. A l’exception de quelques apparitions télévisées muettes dans lesquelles on le voyait toujours confortablement installé dans son fauteuil et accueillant tel ou tel diplomate, ministre ou membre de son gouvernement. Alors que les autres candidats à la présidentielle sont déjà à l’assaut des wilayas du pays pour leur campagne, Bouteflika est le grand absent de sa propre campagne. Sa présence lors de cette campagne se limite au dépôt de son dossier de candidature au Conseil constitutionnel. Une première dans l’histoire des campagnes présidentielles. Toujours est-il qu’il aime bien continuer dans la mascarade électorale dans laquelle il est devenu le maître. A défaut d’un discours au peuple, il s’est contenté d’écrire ou de dicter, peu importe, cette longue et interminable lettre. Une révolution dans la politique, la présidence épistolaire ! 

Grâce à lui, les médias télévisés sont enfin libres !

Depuis quelques années, le visage télévisuel algérien a vu la multiplication de chaînes en tous genres, pour la plupart d’information généraliste à la BFM TV ou CNN. Version algérienne bien entendu. En Algérie, nous avons une version bien spéciale de la liberté d’information. Prenons l’exemple parfait : Ennahar TV versus Atlas TV.

Ennahar TV diffuse régulièrement des reportages en soutien à Bouteflika, à l’exemple d’un micro-trottoir tourné au centre d’Alger, où les passants tenaient tous des propos des plus élogieux à l’égard de Bouteflika. A l’exemple d’une concitoyenne qui se réjouissait du fait qu’il avait donné du travail aux jeunes (d’où les nombreuses manifestations de chômeurs), qu’il avait créé le métro (le projet a été lancé il y a plus de 20 ans, Bouteflika n’était même pas élu) et « le tramouway », oui on le prononce comme ça chez nous. Sur cette chaîne , vous verrez les opposants au 4e mandat diabolisés, considérés comme des traîtres à la patrie. A l’opposé, Atlas TV est une des rares chaînes locales ayant diffusé les images des manifestations du mouvement BARAKAT contre le 4e mandat, et montrant de manière explicite certains manifestants se faire jeter dans des fourgons de police. Mais bon, ça, c’était avant le 12 mars, date où les autorités ont décidé la fermeture de la chaîne. La police s’en est donné à coeur joie : perquisition des locaux et saisie de matériel. La chaîne a cessé d’émettre depuis.

Pour finir sur la neutralité de l’information , la journaliste Farida Belkacem en est l’exemple le plus incroyable. Alors qu’elle présente une émission politique sur la chaîne publique , elle pose comme question de fin à ses invités « Si vous aviez le choix entre l’Algérie et la démocratie , que choisiriez-vous ? « . Elle a le mérite d’être franche, entre démocratie et Algérie, il faut choisir !

En bref , je voterai pour Bouteflika parce que je suis une « vraie » Algérienne, celle décrite par les vendus du système. J’aime le café qui me noircit les dents. Je n’aime pas contrarier Allah même si je me permets un petit whisky de temps en temps. Et pour finir, j’aime me déplacer dans la capitale en métro pour entendre la douce voix des speakers me dire « Prouchaine statian : Place du 1er Mai ». En bref, je suis une utopie algérienne.

 

Si certains continuent à hésiter quant à leur choix de vote, je les invite à visionner cette nouvelle vidéo de soutien à Bouteflika. Après le célèbre titre d’USA for Africa « We are the world », voici « Notre serment pour l’Algérie ».

Comme vous l’avez vu Bouteflika est devenu une cause humanitaire. Alors, faisons-lui don de ce 4e mandat !

 

Moubid : marque de spray antimoustiques 


The Grand Mouradia Hotel

Nous voilà donc à bientôt un mois de la présidentielle algérienne. Dans mon précédent article, je parlais de l’éventualité d’une quatrième candidature pour le président Abdelaziz Bouteflika alors qu’il était retourné dans sa résidence favorite du Val-de-Grâce pour une « visite de routine ». Les choses ont bien évolué depuis, quoique je préfère encore l’usage du mot dégradation qu’évolution, car peut-on parler d’évolution lorsqu’un vieillard de 76 ans décide de se présenter pour un 4e mandat alors qu’il parlait de laisser la place aux jeunes. Les prochains événements que je vais conter ici nécessitent un esprit très ouvert à l’incohérence et au monde de l’imaginaire. C’est effectivement le cas de cette élection  que j’apparente aux scénarios loufoques du désormais célèbre Wes Anderson, et plus particulièrement son dernier film à succès The Grand Budapest Hotel. Alors , pour respecter la structure du film, voici comment se présente l’histoire du Grand Mouradia* Hotel.

PART I : l’appel d’Oran 

Depuis quelques temps, le peuple algérien commençait à oublier l’existence de son président qui n’apparaissait qu’à de rares occasions. Vêtu de son teint blafard et malade , tentant de cacher son bras gauche immobile et de bafouiller quelques mots qui avaient été mis sous silence par notre chaîne de télévision nationale si dévouée à la liberté de l’information. Son éthique journalistique n’avait pas déplu à ses voisins français du Petit Journal (Canal +) qui a été le premier à montrer par A+B que les images du président avaient été montées et répétées plusieurs fois. Dans ce contexte d’élection présidentielle, les voix des candidats retentissaient de toutes parts, chacun prêchant pour la paroisse de la jeune génération et de l’essor algérien. Dans cet immense brouhaha, on ne percevait que le silence du président Bouteflika dont tout le monde attendait un mot sur une candidature prochaine. Et c’est alors que retentit l’appel de Abdelmalek Sellal, chef du gouvernement algérien. C’est depuis Oran  que le grand maître des Fakakir a annoncé la candidature de Bouteflika. Le président aurait peut-être dû annuler sa précédente représentation théâtrale avec Jean-Marc Ayrault, cela lui aurait donné plus de force pour s’adresser directement au peuple quant à sa candidature.

PART 2 : la fuite des courageux

Cette élection algérienne aura été marquée par une grande pluralité de candidats, peut- être même un peu trop lorsqu’on sait qu’une centaine de personnes ont retiré le formulaire de candidature. Parmi les candidats crédibles nous avons pu revoir des habitués comme Ali Benflis ou Louisa Hannoune, mais cette élection a aussi été faite de personnalités surprises à l’instar de l’écrivain Yasmina Khadra ; Rachid Nekkaz, l’immigré qui revenait à  » ses racines  » ou encore Soufiane Djillali , vétérinaire de formation qui avait décidé de discipliner le zoo qu’est devenu le pouvoir algérien. Parmi ces nominés à la présidence algérienne, certains ont décidé d’abandonner la course avant le top de départ à l’image de Soufiane Djillali, Ahmed Benbitour ou encore l’ex-général Mohand Yala qui se sont retirés de l’aventure à la suite de la candidature de Bouteflika. Leur raison commune : ne pas être un acteur de la mascarade électorale. A la suite du dépôt des dossiers de candidatures, le Conseil constitutionnel a publié une liste de 10 candidats officiels sur laquelle figurent entre autres Ali Benflis, Louisa Hanoune, ou encore Moussa Touati qui ne se présentent pas pour la première fois. Pour la petite histoire, j’ai découvert un bureau de vote en 1999 , j’avais alors 6 ans et j’accompagnais ma grand-mère pour aller voter. Bouteflika a été élu. 15 ans plus tard, rien n’a changé. Même président, mêmes candidats. J’appelle ça, l’effet « vélo d’appartement » , vous pédalez, vous vous fatiguez, mais au final le vélo n’avance jamais.

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PART 3 : « Barakat ! » ou comment manifester est devenu antidémocratique

Avant tout , rappelons le contexte de la candidature en toute objectivité. Bouteflika, 76 ans , victime d’un AVC au mois d’avril dernier, hospitalisé en France pendant plusieurs mois. Cet homme se représente pour un 4e mandat. Maintenant, revoyons cette configuration avec le regard d’un Algérien. Bouteflika, 76 ans et président depuis 15 ans d’un pays dont la population compte 70 % de jeunes. Victime d’un AVC au mois d’avril dernier , il se fait hospitaliser à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce aux frais du contribuable. Ce contribuable ne peut compter chez lui que sur des hôpitaux miteux. Il se contentera de prier pour ne pas avoir de cancer, car l’attente pour une chimiothérapie est de deux ans minimum . Donc, Bouteflika se représente pour un 4e mandat , alors qu’il s’était octroyé un 3e mandat en modifiant la Constitution pour annuler la limite des mandats. Face à ce raisonnement , un mouvement de contestation a commencé à éclore , « Barakat » , en arabe , cela signifie « ça suffit ! « . Un mot simple et assez fort pour dire stop aux mandats illimités, au régime d’un système corrompu, et ramenant à la surface tous les douloureux problèmes quotidiens de l’Algérie. La première manifestation réprimée a lieu le 1er mars devant la Fac centrale d’Alger. Et quand je dis réprimée, je parle d’un quota de 4 policiers par manifestant, de nombreuses arrestations, souvent arbitraires. Au final , on ne distingue que le bleu foncé des uniformes policiers dans ce soulèvement populaire encore modeste.

Le même jour, notre cher Amara Benyounes (secrétaire du Mouvement populaire algérien) léchait les bottes de … pardon… tenait un discours de soutien au 4e mandat de Bouteflika. Le célèbre auteur de la citation très philosophique « C’est avec sa tête qu’il gère le pays et pas ses pieds » n’a pas tardé à fustiger les opposants au 4e mandat, déclarant que ces manifestations étaient « antidémocratiques » et que « Hamdoullah » ils n’étaient que 12 ou 13 à manifester. On va lui pardonner ses lacunes en maths !

Contrairement aux sages paroles d’Amara Benyounes, le mouvement ne se réduit pas à quelques chiens qui aboient. Le mouvement Barakat commence lentement, mais surement son avancée dans la contestation avec des représentations dans différentes wilayas  et la création de sa plateforme politique. Bien entendu, les médias ne parleront pas de « printemps arabe », mais de sortie d’une léthargie collective entretenue par le pouvoir en place.

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PART 4 : The walking dead

Dans toute élection qui se veut « démocratique » , chaque candidat doit présenter au Conseil constitutionnel un dossier contenant des signatures de citoyens et/ou d’élus. Plus précisément 60 000 signatures de citoyens ou 600 signatures d’élus. Le tout doit être déposé avant le 4 mars dernier délai. Concernant Bouteflika, nous n’avions aucun doute qu’il battrait ses concurrents haut la main (la droite de préférence, sachant que la gauche est quelque peu défaillante). Mais pour cette candidature, Bouteflika a voulu jouer la folie des grandeurs … peut-être comme un clap de fin ? (attention je ne souhaite la mort de personne). Alors que la plupart des candidats ont obtenu un score à la limite du correct, voilà que le mort-vivant confortablement installé dans son corbillard présidentiel est venu déposer « personnellement » son dossier de candidature, suivi de son cortège de fourgons transportant les …4 millions de signatures.

https://www.youtube.com/watch?v=KO-Ip07HRSk

Je vous épargne la description du spectacle qui s’en est suivi. Parfois les images suffisent.

https://www.youtube.com/watch?v=d4Z1vDAXd14

Pour la traduction « Je suis venue vous saluer , et je viens déposer mon dossier de candidature  »

PART 5 : le mystère Nekkaz

Si je devais parler de cette élection comme d’un film, je dirais que cette partie est de loin ma préférée. Celle qui me fait tomber de mon siège de cinéma. Et qui me vaudrait de nombreux « chut » dans la salle. Alors que de nombreux candidats étaient venus déposer leurs signatures à Mourad Medelci , président du Conseil constitutionnel, Rachid Nekkaz patiente tranquillement dans une des salles du siège constitutionnel. Il a même eu le temps de faire un petit selfie #dépôtdecandidatures pour l’occasion.

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Ce qu’il attendait, c’était ses 62 000 signatures que son frère devait lui apporter. Mais à 22 heures, Rachid Nekkaz attend toujours, la voiture n’est toujours pas là, ses signatures non plus. Coup de théâtre, le délai expire et Rachid Nekkaz a perdu sa candidature, ses signatures, son frère et la voiture qui transportait tout ça. Connaissant le passif de Rachid Nekkaz, il est difficile de croire à la disparition mystérieuse de ces signatures. Mais chacun voit midi à sa porte ! Toujours est-il qu’au lieu de faire profil bas, Rachid Nekkaz s’est empressé de donner une conférence de presse devant la Grande Poste d’Alger, soutenu par une centaine de citoyens. L’ancien business-man français a annoncé qu’il voulait que le Conseil constitutionnel le déclare comme candidat. Voyons Mr Nekkaz , à peine vous êtes-vous détaché de votre nationalité française vous souhaitez déjà faire des arrangements à l’algérienne ?

PART 6 : et maintenant ?

Le temps presse , nous sommes à un mois de l’élection. Va-t-on assister encore une fois à une victoire du président Bouteflika avec au minimum 70 % de votes ? Doit-on espérer un coup de théâtre? Oui, mais qui en sera l’acteur principal ? L’armée ou le peuple?

Pour l’heure , chacun mène sa bataille. Bouteflika dispose d’une grande armée de larbins qui viendront chanter jusqu’au 17 avril la douce sérénade de la stabilité et de la démocratie. Du côté du peuple, Barakat redescendra dans la rue le 15 mars pour exprimer son refus du 4e mandat. Cette date sera assez particulière puisque l’appel à manifester a été lancé par Djamila Bouhired, moudjahida historique qui a participé à la libération de l’Algérie du colonialisme et qui reprend son combat pour libérer à nouveau l’Algérie. La libérer du système corrompu et clanique dirigé depuis 15 ans par Abdelaziz Bouteflika .

Comme il faut rester dans le registre cinématographique, je vous laisse sur ce générique de fin. Pour la petite histoire, la musique utilisée est également le générique d’une émission française, un peu cucul la praline « 4 mariages pour une lune de miel ». Le titre est sûrement une inspiration pour Bouteflika qui devrait rebaptiser cette campagne « 1 candidat pour 4 mandats ».

https://www.youtube.com/watch?v=vwOyeS5U6T0

*Mouradia : Nom du palais présidentiel algérien

*Fakakir : Lors d’un discours , le premier ministre Abdelmalek Sellal a utilisé le mot « Fakakir » en arabe pour dire « les pauvres » , alors que cela se dit « Foukara ». Cette erreur est devenue l’emblème de Sellal pour les Algériens.


Bouteflika de retour au bercail …

 

Abdelaziz Bouteflika , notre « encore président à tous » , est dans un bien mauvais état , pire que celui que Le Petit Journal nous avait montré. Et oui, Bouteflika est de retour dans son humble demeure , non pas celle du palais présidentiel d’El-Mouradia, mais je veux parler de celle du Val-de-Grâce , hôpital militaire dont il est devenu un adhérent privilégié au point d’en avoir peut être une carte membre et une chambre à son nom …qui sait.

Les nouvelles ne sont pas bonnes pour nous , pauvres Fakakir* que nous sommes . Le président est retourné lundi à l’hôpital parisien pour « un contrôle de routine ». Il est vrai qu’une visite après un AVC est toute aussi anodine qu’une visite pour une grippe. Si les autorités affirment que son état s’améliore, la crédibilité et véracité des ces affirmations restent à prouver. Les médias et de nombreux membres de l’opposition redoutent un nouveau scénario mensonger de la part du gouvernement , comme celui d’avril dernier où nous pensions qu’il s’agissait d’un infime souci de santé et qu’il reviendrait une semaine plus tard. Il revint trois mois plus tard.

Non pas que cela nous dérange que Bouteflika veuille s’imprégner quelque temps de l’air frais de la capitale aux frais du contribuable , mais nous aimerions bien savoir si l’élection présidentielle aura bien lieu , ou non .

Et oui, il y a un petit hic (il y en a toujours un ), car si l’on se tient scrupuleusement au code électoral, le président devrait convoquer le corps électoral avant le 19 janvier. Soit dans trois  jours.

Mais il y a un autre hic, le président pourrait reporter cette convocation en « cas de force majeure ».

Bouteflika serait-il en train de devenir son propre alibi pour retarder cette élection ?

Attention, je ne souhaite la mort de personne, mais sur la scène politique, seul le FLN (Front de libération nationale) continue de clamer la candidature du président pour un 4e mandat dans une arène vide. Si Bouteflika se résout à ne pas se présenter, alors il ferait le choix de terminer sa vie dans l’ombre. Et de mourir comme un simple « ancien président ». Bien entendu, il aura droit comme ses prédécesseurs Ahmed Ben Bella et Chadli Benjedid à sa petite semaine de deuil national. Mais rien n’égalerait des obsèques nationales « du président défunt ».

Mais je m’égare trop dans l’avenir. Un avenir incertain. Encore une fois , les Algériens s’accrochent à l’avenir du président …qui est un peu leur avenir à eux aussi.

 

*Fakakir : terme utilisé par le premier ministre Abdelmalek Sellal pour désigner les pauvres. Ce terme a fait polémique dans l’opinion, sachant qu’en arabe « pauvres » se dit « foukara » et non pas fakakir.